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PhiPhilo
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La théorie sur la conscience de Dehaene en question - Page 8 Empty Re: La théorie sur la conscience de Dehaene en question

le Lun 4 Fév 2019 - 7:24
Dans son roman Siddhartha, Hermann Hesse conte l'histoire d'un personnage éponyme, un jeune brahmane hindou à la recherche de la sagesse. Ses qualités morales et intellectuelles lui font rencontrer le Gautama (Bouddha) qui lui enseigne sa doctrine consistant à combattre la souffrance existentielle en dissolvant son propre moi et en abolissant la tyrannie de ses désirs. Peine perdue, puisque Siddhartha n'y trouve pas le bonheur. Alors, par scepticisme autant que par dépit, il abandonne la recherche de la sagesse et se jette dans les mondanités que sa jeunesse et son rang social lui autorisent. Mais, là encore, il se rend vite compte que sacrifier sensuellement à la débauche ne le comble pas plus que d'y renoncer intellectuellement et moralement. Alors, il décide d'aller vivre au bord du fleuve, de se faire passeur et de méditer en écoutant le "AUM" que font "les dix-mille voix du fleuve". Là il comprendra que la sagesse consiste en la recherche de la paix intérieure plutôt que du bonheur :
peu à peu se développait et mûrissait en Siddhartha la notion exacte de ce qu'était la sagesse proprement dite, qui avait été le but de ses longues recherches. Ce n'était, somme toute, qu'une prédisposition de l'âme, une capacité, un art mystérieux qui consistait à s'identifier à chaque instant de la vie avec l'idée de l'Unité, à sentir cette Unité partout, à s'en pénétrer comme les poumons de l'air qu'on respire"(Hesse, Siddhartha, iii, 3).

Pour cet amoureux des sagesses orientales et, plus particulièrement, de l'hindouisme que fut Hermann Hesse, ce Bildungsroman n'est rien d'autre que le récit de la découverte par son personnage principal des fondements du Yoga ("Yoga" vient d’une racine sanskrite que nous retrouvons en français dans les mots  "joindre" ou "joug"). Si l'on se réfère, en effet, aux Yogas Sutras de Patanjali (Patanjali est le nom propre ou collectif que la tradition hindoue attribue au(x) sage(s) qui aurai(en)t rédigé les Yogas Sutras entre 300 av. J.C. et 500 ap. J.C.), "le yoga est la cessation de la fragmentation mentale"(Pantanjali, Yogas Sutras, i, 2), voulant dire par là que la recherche de la sagesse doit commencer par un renoncement, une phase négative : l'arrêt ("nirodhah") de ce qui nous perturbe, de ce qui nous fait souffrir ("vritti").
Jean Bouchart d'Orval, l'un des traducteurs et commentateurs des Yogas Sutras, remarque justement que "Pantanjali propose ici la même perspective pratique pour la vie spirituelle que celle mise en avant par le Bouddha, à savoir l'élimination de la souffrance"(in Pantanjali, Yogas Sutras, i, 5). Il commente ainsi Patanjali en disant que le terme "mental" est un "concept pour décrire une suite d'actions, de réactions, d'impressions, d'émotions, de pensées et de sensations données qui n'ont de lien entre elles que le sentiment d'être ressenties par une entité particulière qui se désigne elle-même par le vocable "je" mais qui ne possède, en fait, aucune existence réelle"(in Pantanjali, Yogas Sutras, iv, 5). Cela fait irrésistiblement penser à Pascal :
Qu'est-ce que le moi ? Un homme qui se met à la fenêtre pour voir les passants, si je passe par là, puis-je dire qu'il s'est mis là pour me voir ? Non ; car il ne pense pas à moi en particulier ; mais celui qui aime quelqu'un à cause de sa beauté, l'aime-t-il ? Non : car la petite vérole, qui tuera la beauté sans tuer la personne, fera qu'il ne l'aimera plus. Et si on m'aime pour mon jugement, pour ma mémoire, m'aime-t-on moi ? Non, car je puis perdre ces qualités sans me perdre moi-même. Où est donc ce moi, s'il n'est ni dans le corps, ni dans l'âme ? et comment aimer le corps ou l'âme, sinon pour ces qualités, qui ne sont point ce qui fait le moi, puisqu'elles sont périssables ? car aimerait-on la substance de l'âme d'une personne, abstraitement, et quelques qualités qui y fussent ? Cela ne se peut, et serait injuste. On n'aime donc jamais personne, mais seulement des qualités. Qu'on ne se moque donc plus de ceux qui se font honorer pour des charges et des offices, car on n'aime personne que pour des qualités empruntées.
(Pascal, Pensées, B323)

Apparemment donc, pour Patanjali (comme pour Pascal), le mental ("citta") est conçu exactement de la même manière que chez les empiristes classiques et à l'opposé des cartésiens ou des phénoménologues, c'est-à-dire comme essentiellement fractionné et non unitaire. Sauf que, chez eux, le mental est présupposé en tant que réalité normalement co-présente au corps, tandis que Patanjali en fait, d'emblée, la forme dissolvante ou pathologique, du corps. Toute souffrance est souffrance du corps, mais du corps en tant qu'il est coupé de ce qui lui donne sa réalité. Donc, le mental, pour Patanjali, c'est le corps fractionné par "l'errance, l'égoïsme, l'attachement, l'aversion et la peur de la mort" (Pantanjali, Yogas Sutras, ii, 3), autrement dit, par ce qui fait que notre corps vivant se coupe de son milieu, soit en ne se reliant à rien (errance), soit en se reliant à un objet unique (attachement), soit en n'entretenant de relation qu'avec soi-même (égoïsme), soit en anticipant sa propre dissolution (peur de la mort). Cette irréalité mentale fait encore songer à Pascal qui dit :
le membre séparé, ne voyant plus le corps auquel il appartient, n'a plus qu'un être périssant et mourant. Cependant il croit être un tout, et ne se voyant point de corps dont il dépende, il croit ne dépendre que de soi, et veut se faire centre et corps lui-même.
(Pascal, Pensées, B483)

Or, pour Pascal,
la vraie et unique vertu est donc de se haïr (car on est haïssable par sa concupiscence), et de chercher un être véritablement aimable, pour l'aimer. Mais, comme nous ne pouvons aimer ce qui est hors de nous, il faut aimer un être qui soit en nous, et qui ne soit pas nous, et cela est vrai d’un chacun de tous les hommes. Or, il n’y a que l’Être universel qui soit tel. Le royaume de Dieu est en nous : le bien universel est en nous, est nous-mêmes et n’est pas nous.
(Pascal, Pensées, B485).

S'unir à Dieu, pour Pascal, c'est retrouver l'unité du soi véritable par la participation au corps mystique du Christ, c'est pourquoi il faut "se haïr", c'est-à-dire haïr cela même qui fait souffrir le corps en le fractionnant. De même, pour Patanjali, "nous atteignons l'état de parfait samâdhi [Terme sanskrit très difficile à traduire qui connote en même temps l'unité finale, la stabilité et la paix intérieures du yogi] en nous abandonnant totalement au Divin"(Pantanjali, Yogas Sutras, ii, 45). Ce que Bouchart d'Orval commente de la manière suivante : "l'abandon au Divin ne constitue pas un exercice délibéré ou volontaire […]. C'est le relâchement complet de toute emprise sur la rive du connu"(in Pantanjali, Yogas Sutras, ii, 45). Il ne s'agit donc pas, pour le yogi, de tendre intentionnellement vers le bonheur comme but aléatoire de sa recherche, mais au contraire de se dé-tendre, de s'abandonner à ce qui, de toute façon, nous dépasse. Cette condition remplie, le but est atteint ipso facto ou, plus exactement, se confond avec le moyen de l'atteindre.

(à suivre...).
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La théorie sur la conscience de Dehaene en question - Page 8 Empty Re: La théorie sur la conscience de Dehaene en question

le Mar 5 Fév 2019 - 17:54
ce qui est recherché ici, c'est avant tout de rétablir ce qu'est l'acte conscient en vue de permettre si possible de trouver en quoi il est initiateur de la conscience...


réponse de PhilPhilo : " Il me semble percevoir une pétition de principe dans cette formule (ce qui initie la conscience serait un acte ... conscient). Mais je me réjouis néanmoins de ce que vous puissiez enrichir le débat d'une contribution néo-platonicienne. "


comme seule la deuxième phrase est de mon cru, je ne répondrais qu'à votre deuxième commentaire ci-dessus...


la pétition de principe qui est un mésusage de l'induction, n'est ici absolument pas présent, car c'est justement pour moi ce point nodal de notre recherche du  mind-body problem  qui me fît poser que la conscience,( tout comme la liberté), est acte et état, dans un rapport dynamique constitué par la position du corps vivant en son milieu de vie...




pour ce qui est de l'apport néo-platonicien à ce débat, il est un fait que l'extension de la culture hellénistique qui désignait un objet d'étude par son appartenance au monde des idées dans l'exposé platonicien, mais aussi à la catégorisation dans la physique pour Aristote, toujours  subalterne à la science de l'être en tant qu'être du livre Γ et étendu aux livres Z et H, car même si tout le génie de la philosophie grec n'est pas restitué totalement par ces deux auteurs, la ligne qu'ils ont tracé pour rendre compte des questions philosophiques véhiculées par leur culture(les présocratiques entre autres) et par les apports d'autres cultures et religions, est ce qui a servit de contrefort à la gnose, au stoïcisme et en presque totalité au néoplatonisme, pour traiter et tenter d'affiner certaines notions...


ainsi on peut lire dans chez Plotin Ennéade IV, livre viii : De la Descente de l’âme dans le corps [481]
"Il y a en effet dans l’univers deux espèces de Providence [l’une universelle, l’autre particulière : la première, sans s’inquiéter des détails, règle tout comme il convient à une puissance royale ; la seconde, opérant en quelque sorte comme un manœuvre (αὐτουργῷ τινι ποιήσει) abaisse sa puissance créatrice jusqu’à la nature inférieure des créatures en se mettant en contact avec elles. Or, comme c’est de la première manière que l’Âme divine administre toujours tout l’univers, en le dominant par sa supériorité, et en envoyant en lui sa dernière puissance [la Nature], on ne saurait accuser Dieu d’avoir donné à l’Âme universelle une mauvaise place : en effet, celle-ci n’a jamais été privée de sa puissance naturelle ; elle la possède et elle la possédera toujours (parce que cette puissance n’est point contraire à son essence) ; elle la possède, dis-je, de toute éternité et sans aucune interruption."



cette réalisation consciente de la nature de l'âme et de sa place participative, à mesure que l'effet du devenir vital la conduit jusque dans des "états"de troubles, se cherche une voie et l'on peut lire plus bas   : [493]
VIII. "S’il convient que je déclare ici nettement ce qui me paraît vrai, dussé-je me mettre en contradiction avec l’opinion générale, je dirai que notre âme n’entre pas tout entière dans le corps: par sa partie supérieure, elle reste toujours unie au monde intelligible, comme, par sa partie inférieure, elle l’est au monde sensible. Si cette partie inférieure domine, ou plutôt, si elle est dominée et troublée, elle ne nous permet pas d’avoir le sentiment de ce que contemple la partie supérieure de l’âme. En effet, ce qui est pensé n’arrive à notre connaissance qu’à la condition de descendre jusqu’à nous et d’être senti. En général, nous ne connaissons tout ce qui se passe dans chaque partie de l’âme que lorsque cela est senti par l’âme entière : par exemple, la concupiscence, qui est l’acte de l’appétit concupiscible, ne nous est connue que lorsque nous la percevons par le sens intérieur (τῇ αἰσθητιϰῇ ἔνδον δυνάμει), ou par la raison discursive (τῇ διανοηητιϰῇ), ou par toutes les deux à la fois. Toute âme à une partie inférieure tournée vers le corps, et une partie supérieure tournée vers l’Intelligence divine. L’Âme universelle administre l’univers par sa partie inférieure sans aucune espèce de peine, parce qu’elle gouverne son corps non par raisonnement, comme nous, mais par intelligence, par conséquent d’une tout autre manière que celle dont procède l’art. Quant aux âmes particulières, qui administrent chacune une partie de l’univers [c’est-à-dire le corps auquel chacune est unie], elles ont aussi une partie qui s’élève au-dessus du corps ; mais elles sont distraites de la pensée par la sensation et par la perception d’une foule de choses qui sont contraires à la nature, qui viennent les troubler et les affliger. En effet, le corps dont elles prennent soin, ne constituant qu’une partie de l’univers, étant d’ailleurs incomplet et se trouvant entouré d’objets extérieurs, a mille besoins, désire la volupté et est trompé par elle. La partie supérieure de l’âme est au contraire insensible à l’attrait de ces plaisirs passagers et mène une vie uniforme."

là encore, nous retrouvons une des questions que souleva le stoïcisme(surtout aristocratique) dans la recherche de maîtrise du corps et des passions en vue de l'απάθεια  et reprenant l'ἀταραξία de Démocrite,  si il est assez simple de faire des connexions entre la théorisation de cet effort au moment où une nouvelle forme de renoncement naissait à partir du proto-christianisme, c'est aussi avec certaines formes du bouddhisme que le stoïcisme pourrait être comparé (voir la thèse de Pierre HAESE  (décembre 2016) Stoïcisme et bouddhisme, une réflexion des origines à nos jours Thèse dirigée par Michel TERESTCHENKO)


a p o s t i l l e à PhiPhilo
la mise en lecture parallèle de la réflexion de Pascal et de Patanjali sur le mental est bien vue compte tenue que la rigueur des vertus est portée dans le jnana-yoga et le Bakti-yoga tout comme dans une des formes acétiques chrétiennes dans le primo-jansénisme au même point de syndérèse : l'abandon qui est en même temps un renoncement et une disposition à l'unification supérieure, réclame en effet que l'intelligence laisse passer devant elle un des actes les plus ultimes de la volonté:  le désir indifférencié, le Samâdhi ...










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le Mer 6 Fév 2019 - 12:04
la pétition de principe qui est un mésusage de l'induction, n'est ici absolument pas présent, car c'est justement pour moi ce point nodal de notre recherche du  mind-body problem  qui me fit poser que la conscience, ( tout comme la liberté), est acte et état, dans un rapport dynamique constitué par la position du corps vivant en son milieu de vie...

Dans ce cas, votre formulation ("ce qui est recherché ici, c'est avant tout de rétablir ce qu'est l'acte conscient en vue de permettre si possible de trouver en quoi il est initiateur de la conscience") est maladroite dans la mesure où vous ne recherchez pas en quoi "l'acte conscient [...] est initiateur de la conscience" mais plutôt en quoi "l'acte conscient [...] est initiateur d'un rapport dynamique constitué par la position du corps vivant en son milieu de vie".


nous retrouvons une des questions que souleva le stoïcisme (surtout aristocratique) dans la recherche de maîtrise du corps et des passions en vue de l'απάθεια  et reprenant l'ἀταραξία de Démocrite,  s'il est assez simple de faire des connexions entre la théorisation de cet effort au moment où une nouvelle forme de renoncement naissait à partir du proto-christianisme, c'est aussi avec certaines formes du bouddhisme que le stoïcisme pourrait être comparé

Tout à fait d'accord.
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le Mer 6 Fév 2019 - 12:55
@PhiPhilo a écrit:Dans ce cas, votre formulation ("ce qui est recherché ici, c'est avant tout de rétablir ce qu'est l'acte conscient en vue de permettre si possible de trouver en quoi il est initiateur de la conscience") est maladroite dans la mesure où vous ne recherchez pas en quoi "l'acte conscient [...] est initiateur de la conscience" mais plutôt en quoi "l'acte conscient [...] est initiateur d'un rapport dynamique constitué par la position du corps vivant en son milieu de vie".

Certes vous avez raison, la composition de cette phrase n'est pas aussi exacte qu'il serait possible qu'elle fût si j'avais eu l'intention de faire de l'acte conscient (ἐνέργεια)  non pas seulement ce qui initie et désigne la conscience comme un état passif (δύναμις ), mais plutôt comme la permanence, lucide et engagée de la position du corps en son milieu de vie... car en fin de compte ma visée était autre puisque j'ai eu soin de développer par la suite :
"Ce qui trouble souvent le jugement d'existence que nous posons sur notre propre présence au monde et sur celles des autres personnes, c'est que cette présence est en mouvement continuel(rapport dynamique) et cela est dû aux trois mouvements du réel en nous et dans les autres, celui de la matière, celui de la vie et celui de l'individuation, et si parfois l'acte conscient permet de saisir par l'intelligence, la volonté et la mémoire, une immobilisation de ces trois mouvements, alors sont causées en nous consciemment une union et une unité..."
C'est bien cette union (acte conscient) et cette unité (état de conscience) du corps avec le réel que je visais (ἐντελέχεια)...

Merci à vous PhiPhilo pour votre correction


Dernière édition par Zeugme le Jeu 7 Fév 2019 - 15:12, édité 1 fois
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La théorie sur la conscience de Dehaene en question - Page 8 Empty Re: La théorie sur la conscience de Dehaene en question

le Mer 6 Fév 2019 - 16:12
[Pièce versée au dossier de la conscience comme état transitoire]

Conscience collective impasse de l'univers extra-mental ?

Au point ou nous en sommes il semble indispensable de projeter quelque chose de l'humanité hors temps et hors lieu, puisque notre constat sur la signification dérisoire des efforts du travail des humains est maintenant établi comme une constante fuite de lui même et de sa source, à savoir la nature...
Pour essayer d'établir avec précision cette errance de l'humanité, nous partirons des quatre impasses qu'elle s'ait elle-même imposé, car en terme de blocage, il est vain de chercher une sortie si de prime abord l'on ignore où l'on en est...

Les quatre impasses sont donc :

1/ la conscience collective
2/ la responsabilisation de la vie
3/ l'usage de la matière
4/ la perspective de la stabilité universelle

1/c'est en premier à la conscience collective que nous poserons la question de la finalité, car c'est au travers des représentations communautaires que se sont tissées les lignes légalistes du bien et du mal normatifs et pour tout dire que se sont construites toutes les civilisations comme projections d'une conscience d'appartenances, voir même d'une conscience d'origination, mais qu'en est-il du but à atteindre ?...
La conscience collective est aussi une attente de figuration des zones de rencontres entre individus, cette attente passe par la complexité éducative des parents envers leurs enfants, c'est pourquoi elle est une forme de passivité interactive entre la prudence communautaire et la prudence personnelle, et pour tout dire cette attente résulte de la passation d'autorité entre les parents et le milieu social, ce qui génère évidement une plus ou moins active solidarité entre tous ses acteurs éducatifs, l'autorité étant une dépendance de responsabilité réciproque...
Et puis dans la symbolique culturelle, la conscience collective pose en creux une suite de référencements éminemment plus structurant que l'imaginaire collectif instauré par les arguties de la psychologie, et cela est assez net lorsque nous réfléchissons sur les notions de "patrie", de "propriété", de "responsabilité", ou encore de "socialisation", bref, tout groupe humain a un caractère évolutif à partir des éléments identifiés comme collectivement présent, c'est-à-dire comme régulation des références de notre humaine nature...
C'est pourquoi la conscience collective pourrait être identifiée à une zone de conditionnement trans-personnelle, dans la mesure où elle permet l'émergence d'une signification communautaire du réel, et bien plus, ou elle projette la disponibilité individuelle sur une voie futur de réalisation collective (constitution nationale), matérielle(développement économique), morale (législation) et voir même spirituelle (laïcité)...
En soi cette conscience qui se veut protectrice et génératrice est aussi une forme de délimitation dans l'amplitude des possibles voies d'expériences de la personne, et évidement aussi de son sens de la liberté, comme état intérieur et comme acte de singularisation, il s'agit maintenant de comprendre pourquoi cette conscience collective est une impasse...
L'impasse dans ce cas là est ce qui se termine par un obstacle, une voie sans issue autre que de demeurer dedans ou de faire demi-tour par le même chemin que celui qui a fait atteindre cette impasse, en ce qui concerne la conscience collective, demeurer dedans suggère de s'installer : c'est la méga-culture de la consommation actuelle, ou de faire demi-tour, qui serait alors chercher à identifier la prégnance(entendu uniquement dans le sens philosophique) de ce commun partage référentiel, et de le remplacer par un échange afin de remonter à la responsabilité personnelle indispensable pour sortir de la mise en échec qu'est cette impasse...
L'historicité et la médiatisation ayant toutes deux contribué à l'édification de la conscience collective, elles doivent être aussi regardées comme deux aides pour sortir de l'impasse, et ce sera par l'inventorisation des fonctions nodales de l'histoire et par la régulation de la résilience informative que pourra-t-être envisagée une nouvelle appropriation du bien commun historique et de la mise en commun des faits issus du devenir...
Dernier point, et des plus importants, la certification de l'identité nationale, qui est comme le sceau ultime de cette impasse de passivité, et cela pour trois raisons :
a/ le nationalisme est la pire caricature communautaire qui provient du nœud historique que l'on nomme, appartenance territorial,
b/ le patriotisme est la pire caricature culturelle qui provient du nœud historique que l'on nomme, la langue commune,
c/ les finances public est la pire caricature économique qui provient du nœud historique que l'on nomme intérêt supérieur de l'état...
2/ la responsabilisation de la vie dans la procréation, la médecine et la guerre signalent l'impasse ambiguë des contradictoires par l'acceptation des oppositions, puisqu'il paraît évident ici aussi que les seuls prédateurs de l'humain, en plus des maladies, des accidents et du vieillissement, c'est l'humain lui même, nous devons bien poser la question de la responsabilisation de la vie dans ses formes extrêmes...
Là où se trouve inclus, par interdépendance, les moments de survie collective, là aussi se trouve exclus la prédation naturelle puisque les humains ont asservi collectivement les zones naturelles où ils vivent jusqu'à s'imposer eux même comme prédateurs absolus, ce sont par les guerres, toutes les formes d'homicides ainsi que par les pollutions que se forment une responsabilisation de la vie pour le moins ambiguë...
La responsabilisation de la vie n'est pas un droit de propriété sur les vivants, comme nous le voyons dans l'élevage et l'agriculture, car il n'y a pas d'appropriation naturelle de la vie autre que de sa propre vie, et là aussi une impasse personnelle peut interdire de percevoir La Vie dans ce qu'elle a d'impersonnelle et de sur-individuelle...
Ainsi dans la procréation, la médecine et la guerre, certains humains se figurent être responsables de la vie d'autres personnes, ce qui pose bien la question de la responsabilisation, mais comme une impasse et non pas comme une causalité naturelle directe, c'est-à-dire que certains actes sont générateurs d'une relation de dépendance spécifique qui enclos une part du devenir personnel dans un devenir communautaire...
Enfin c'est particulièrement dans cette impasse que l'autorité fonctionnelle se forge, mais là encore non pas au plan naturel mais au plan subjectif, c'est donc un des passages les plus contraignant de la socialisation, mais aussi de l'éducation, et pour cela cette impasse a une place prépondérante pour notre conscience face à la conscience collective...
Mais la responsabilisation collective est aussi une base de renoncement aux autres participations personnelles sous des formes plus subtiles, c'est ainsi que par mimétisme ou par obéissance civique, beaucoup d'individus se sentent en droit de pratiquer des activités contre-nature, comme par exemple la conduite des voitures, la fabrication d'objets destructeurs du milieu de vie, ou encore l'exploitation forcenée des "ressources naturelles", comme nous allons le voir dans le prochain paragraphe...
3/ l'usage de la matière est en effet un des sommets de l'égarement humain et une des impasses par le fait des plus difficiles à s'extirper, en particulier du droit à la propriété, c'est que la spécificité de la nature humaine peut se trouver uniquement dans la projection de ses envies dans la matière à la suite de la recherche pour satisfaire ses besoins, et pour ce faire l'espèce humaine utilise des moyens irréversiblement réducteurs de vie...
En effet tout travail qui se dirige, par un usage de la matière, vers la satisfaction d'un besoin ou d'une envie, est un projet qui fait prévaloir le comment sur le pourquoi, puisque l'effort nécessaire à l'obtention de ce qui satisfait par cette maîtrise, enferme le vouloir dans une autosatisfaction de l'oeuvre accomplie et dans son appropriation...
La valorisation de cette action qui a trouvé sa finalité dans l'oeuvre pose de fait une distanciation avec la finalité de la vie, puisque la matière transformée efficacement génère une dépendance avec le mode efficient(assurance de l'effet par la cause)de la production, sorte d'autonomisation subséquente (et pas conséquente) à la dynamique naturelle de l'instinct d'autonomie naturelle...
De plus, l'organisation interdépendante des activités de transformation de la matière, qui est à la source de l'organisation politique en dominant sur plan de l'économie familiale, est par le commerce, le lieu de la financiarisation du partage des ressources, et fait de l'usage de la matière une contrainte culturelle quasi indépassable(aussi bien dans le capitalisme que dans le marxisme), donc une impasse...
Nous aussi voyons donc que l'usage de la matière est vectrice en continuité historique, de la saturation des inégalités entre humains, par la domination exponentiel du savoir scientifique relégué par les techniques de l'ère industrielle, c'est pourquoi cette étape est aussi une impasse car elle préfigure une domination absolue du projet sur le besoin...
En effet là où le besoin est toujours relatif au devenir du corps vivant singulier, la projection du savoir scientifique rend l'envie de connaissances première dans l'ordre de la motivation et de la volonté de dominer les possibles, c'est dans ce champs du successible d'être réalisé que se porte l'effort humain sans autre fin que d'étager les diverses maîtrises de la matière...
Et en plus il y a en tout effort tant intellectuel que physique, une continuation de l'état physiologique de l'individu dans sa recherche de confort, c'est-à-dire de suffisance énergétique dans une orientation sécuritaire de l'avoir, car tant du coté de la connaissance théorique que du coté de la maîtrise pratique, il y a pour l'espèce humaine, une singularisation sociale qui passe par la contribution à un projet commun...
La continuation de cette forme spécifiquement humaine de la sécurisation par l'avoir est à l'origine de l'éducation à l'identique des intelligences et des mœurs pratiques, cette culture de l'usage de la matière c'est substituée à l'évolution naturelle en ne gardant que deux paramètres, la communication et la reproduction, mais même en ces deux constantes naturelles, l'usage progressif de la matière est devenue une déviance(soumission au dicta des techniques de communication et eugénisme possible en continuité de la f.i.V)...
L'usage des énergies fossile et nucléaire pose aussi une impasse, et une suite de questions comprenant la durée et la localisation, donc en ces deux dimensions du conditionnement humain, la recherche de réponses d'évaluation quantitative et qualitative uniquement soumise à la dépense, c'est pourquoi une tendance d'appropriation domine en chaque projet de transformation de la matière, et même à une consommation régulée en vue de maintenir un pan de l'économie collective sous domination dans l'usage des particuliers...
Ainsi le moteur de la localisation et de la temporalité des humains est passé de l'élan de la nature biologique à la dynamique de l'activité physico-économique des entreprises, sorte de corps de substitution là aussi extra-mental, dont la prégnance brouille la conscience d'être au monde naturel de chaque individu...
De tous ces éléments substitutifs, et de cette nouvelle conscience matérialisée de l'avoir et du faire techno-scientifique, il appert que la seule finalité recherchée soit une stabilisation du mouvement des éléments tracteurs de la nature, ou autrement dit une contre évolution, non plus vitale mais uniquement matérialiste, comme si la visualisation de la vie corporelle limitée dans le temps et le lieu n'ouvrait plus sur la participation et la transmission, mais uniquement sur la consommation et la satisfaction, unique stabilité recherchée pour elle-même...
4/ la perspective de stabilité universelle, qui pourrait être une apologie et un apogée de l'histoire humaine est significative de l'impasse qu'elle génère, puisque les données bruts du réel sont admises dans cette perspective comme des possibles vecteurs de stabilité, tant au plan du devenir que de l'étant, c'est-à-dire de l'état extra-mental de la conscience collective constitué artificiellement par le travail et ses œuvres...
L'obéissance passive et active au "progrès", tel qu'il a été défini dans sa théorisation et sa mise en pratique, a justifiée un enfermement dans une logique de compensation, car le partage des travaux et des matériaux remplace dans ce progrès, l'échange et la disponibilité de la vie...
Ainsi la réduction de notre présence sociale à une commercialisation consumériste en un point focal qui vitalement permettrait de stabiliser la productivité et la répartition des biens matériels et intellectuels se trouve aujourd'hui être une forme tyrannique de domination, et cela pour la seule raison que la valorisation pécuniaire dédouble chaque produit, et c'est dans cette impasse que nous nous imposons la presque totalité de nos relations sociales...
Au cours de son évolution, l'humaine nature a voulu établir une stabilité par la recherche des vertus cardinales, et ainsi toute éducation aurait pu les prendre comme piétement des activités collectives et individuelles puisque ces vertus se répartissent dans la quasi totalité des spécificités caractérielles en leur donnant une stabilisation évolutive...
Pourtant ce qui se passe résulte plus d'une impossibilité pratique dans l'exercice des vertus, puisque les valeurs communautaires ont fait outrepasser les zones du conditionnement culturel jusqu'à réduire les dimensions personnelles de l'auto-détermination tant au plan de l'intelligence(la communication, le choix, l'intelligibilité orienté, la contemplation)que de la volonté (le besoin, l'envie, les projets, le désir)...
Ainsi la prudence et la justice dans la détermination de l'intelligence à parfaire sa recherche du vrai et du juste et en évitant l'erreur et l'injustice, se trouvent réduites en nos sociétés à une recherche de "conformité" et de "moindre mal", tout autant que la force et la tempérance dans la détermination de la volonté à parfaire sa recherche de responsabilité et de modération, se trouvent réduites en nos sociétés à une recherche de "représentativité" et de "consommation"...
Idem dans le sentiment euphorique d'une victoire collective(économique scientifique ou sportive), où une pseudo immobilité de domination est prise comme rayonnement idéal de l'unité entre individu, permet de reléguer toutes les questions identificatrices de "problèmes" telle que l'incomplétude et donc tout recherche de finalité...

Pour conclure, cette utopie communautaire de la stabilité universelle dans la valorisation des connaissances scientifiques, résume à elle seule la caricature de la modernité qui se confond en oppositions là où la diversité vitale de la nature harmonisait les contraires...
Et il est assez évident qu'une certaine folie collective se partage dans toutes les associations de compétences du monde industriel et commerciale, jusqu'à enfermer le bon sens dans un carcan de raisonnements et d’auto-justifications, c'est pourquoi à mon avis, la seule issue à cette impasse sera l'intelligibilité du réel issue de la vie contemplative...
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le Mer 6 Fév 2019 - 21:41
@Zeugme a écrit:une constante fuite de lui même et de sa source, à savoir la nature...
La fuite de lui-même et de sa source, la nature, est attribuable à son incapacité à se voir tel qu'il est, conséquence des performances de son imagination et de son narcissisme (?) qui se substituent à une vision objective de lui-même. Depuis au moins 2000 ans, il est persuadé de posséder une âme divine qui fait de lui un être surnaturel.
Cicéron, dans "La nature des dieux" : "Or si la figure humaine est supérieure à la forme de tous les êtres vivants, dieu étant un être vivant, sa figure est assurément la plus belle de toutes". Les belles lettres, 2018, page 23. Il semble que ceci cause aujourd'hui des problèmes climatiques.
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le Jeu 7 Fév 2019 - 7:14
il est assez évident qu'une certaine folie collective se partage dans toutes les associations de compétences du monde industriel et commerciale, jusqu'à enfermer le bon sens dans un carcan de raisonnements et d’auto-justifications, c'est pourquoi à mon avis, la seule issue à cette impasse sera l'intelligibilité du réel issue de la vie contemplative...

Contrairement à tout un préchi-précha mi-scientiste mi-moraliste qui se donne pour l'horizon indépassable de la pensée (quand ce n'est de la philosophie) occidentale et qui n'est, en réalité, que la "bonne" conscience de nos élites en déroute, ce que vous dites est suffisamment profond pour mériter qu'on s'y attarde. Je tâcherai, pour ma part, d'y revenir après quelques jours de vacances loin de la logo-sphère. Non sans vous avoir, au préalable, livré les dernières lignes de mon feuilleton conceptuel consacré à la nécessité du dualisme corps-esprit.

A plus tard.
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le Jeu 7 Fév 2019 - 7:47
 Voilà sans doute le propre de ces pratiques que nous désignons, aujourd'hui, par le terme de "spiritualité". Comme chez Aristote, Pascal ou Spinoza, le but de la quête est à comprendre comme l'expression et non pas la récompense d'une sagesse. Mais, comme chez Pascal, et contrairement à Aristote ou Spinoza, et même Wittgenstein ou Bourdieu, la sagesse ne consiste pas en la recherche active et positive d'une vertu, mais en l'abandon, le relâchement, le lâcher-prise (ce que les jazzmen appellent le being cool) à l'égard de ce qui nous perturbe, à savoir, la fragmentation mentale. Ce que les spiritualités, en particulier la pratique du yoga, partagent, en revanche, avec toutes ces conceptions philosophiques, c'est l'idée que le bien-être du corps propre de l'agent est la conséquence immédiate de la manière avec laquelle il se connecte à son environnement pour la raison que le corps vivant reste une matière infiniment déformable (ou in-formable) que la spécificité humaine rend, en un certain sens, déformable (ou in-formable) de "l'intérieur". Dans tous les cas, la réalisation (positive ou négative) de la vertu, la perfection, le divin, c'est le soi authentique. Comme chez Pascal, "s'abandonner au divin ne signifie pas s'abandonner à un autre être, mais bel et bien s'abandonner au seul être, à son être"(Bouchart d'Orval, in Pantanjali, Yogas Sutras, ii, 45), ce que les yogis appellent "atman". Dans la mesure où "tout mental est une création de l'ego"(Pantanjali, Yogas Sutras, iv, 4), la direction de l'esprit ("purucha") consiste donc à se départir du mental, à se débarrasser du moi pour atteindre le soi. Il y a donc, chez Patanjali, un double dualisme : un dualisme spontané corps-mental, c'est-à-dire corps-forme pathologique du corps, et un dualisme corps-esprit, c'est-à-dire corps-forme accomplie du corps qui suppose une ascèse ("samyama"). Finalement, l'histoire de Siddhartha n'est que le récit du passage réussi d'un dualisme à l'autre. Mais ce que Siddartha accomplit, en quelque sorte, spontanément, les spiritualités, et, en particulier, le yoga, proposent des exercices ("yâmas") pour laisser le corps prendre la forme du "samâdhi" qui est sa forme authentique et qu'il n'aurait pas abandonnée, n'eussent été ces perturbations mentales qui l'accablent. Nous en citerons trois : la méditation ("dhyâna"), la respiration ("pranâ)" et le son AUM. Par le premier exercice, le pratiquant s'évertue à ne plus penser (Le sage est sans idée, disait Confucius), donc à ne plus se diviser, ne plus se séparer du tout dont il fait partie : "seule la méditation dissout cette idée que nous sommes une entité séparée, un ego, un mental"(Bouchart d'Orval, in Pantanjali, Yogas Sutras, iv, 6). À travers le second, il contient et maîtrise son souffle, lequel est à la fois symboliquement et matériellement le vecteur du bien-être. Symboliquement en ce que "le mot hébreu rouha, le grec pneuma et le latin spiritus désignent tout à la fois le souffle et l'esprit"(Bouchart d'Orval, in Pantanjali, Yogas Sutras, ii, 49). Matériellement en ce qu'a contrario une respiration courte, désordonnée, irrégulière est irrécusablement le signe de ces troubles que le yoga a pour finalité d'éliminer. Enfin, par la prononciation du "mantra" AUM, le pratiquant ne fait rien d'autre que nommer le divin : "on l'évoque par le son sacré AUM"(Pantanjali, Yogas Sutras, i, 27). Pour tous ces exercices, il convient que "l'assise soit stable et facile"(Pantanjali, Yogas Sutras, ii, 46), dans la mesure où "quand tout va bien dans le corps, quand il n'y a rien à signaler, il n'envoie aucun signal et le relâchement s'installe […]. L'assise parfaite est celle de l'être sans effort, de l'être libéré de toute contrainte"(Bouchart d'Orval, in Pantanjali, Yogas Sutras, ii, 46). Ainsi, l'enjeu de l'assise ("âsana") est-il, comme celui de la respiration ("pranâ"), symbolique (la stabilité, voire l'immobilité, comme image de l'éternité) autant que matériel (la stabilité, a fortiori l'immobilité, comme négation du déséquilibre). On voit en quoi la pratique de la spiritualité est à la fois proche et éloignée d'une éthique, par exemple au sens aristotélicien de ce terme. Car si l'esprit y reste la forme et la réalisation parfaite d'un corps vivant, pour autant, il reste, pour celui-ci, une sorte de principe de moindre action (rappelons que, ce qu'on appelle action, en physique, est le produit d'une énergie - ML2T-2 - par une durée et a donc, pour dimension ML2T-1), autrement dit une tendance à minimiser l'énergie dépensée ou, ce qui revient au même, maximiser l'énergie accumulée par le corps, dans l'instant. C'est de cette manière que les corps inertes luttent contre l'entropie, tandis que les corps vivants, nous l'avons dit, essaient de résoudre les problèmes que leur pose cette lutte sur un terme d'autant plus long et avec une quantité d'informations d'autant plus importante qu'ils sont plus complexes. Les spiritualités confirment donc Freud pour qui il s'agit de "rétablir un état qui a été troublé par l'apparition de la vie [...]. Aussi, tout ce qui vit retourne à l’état inorganique"(Freud, Essais de Psychanalyse). En ce sens, un bon indice du degré de sagesse spirituelle acquise par le pratiquant réside dans la forme de son corps à l'instant de sa mort. Dans le Jeu des Perles de Verre, Hermann Hesse évoque les derniers instants d'un maître de musique, un sage : "quand ces quelques personnes [autorisées à veiller le corps] entraient, l'esprit préparé et recueilli, dans la petite pièce où l'ancien Maître était assis dans son fauteuil, elles avaient le privilège de pénétrer dans ce doux éclat de la fin d'un devenir, de partager l'intuition de cette perfection devenue sans paroles ; comme à portée d'invisibles rayons, elles passaient dans la sphère critalline de cette âme des instants de félicité, auditeurs d'une musique qui n'étaient pas de cette terre et revenaient ensuite à leur journée, le cœur éclairé et fortifié, comme au retour d'un grand sommet"(Hesse, le Jeu des Perles de Verre, ix). Les spiritualités confirment aussi Nietzsche pour qui "l'esprit le plus profond doit être également le plus léger"(Nietzsche, Fragments Posthumes, xiv) c'est-à-dire rendre le corps "léger comme le coton"(Pantanjali, Yogas Sutras, iii, 42) par le fait que "les énergies fondamentales […] retournent à leur état latent originel"(Pantanjali, Yogas Sutras, iv, 34). Dans le cadre de ces spiritualités, donc, la vertu de l'esprit propre à la forme la plus accomplie du corps en acte ne s'apprécie plus à l'aune de son bonheur comme c'est le cas pour les éthiques philosophiques, mais à l'aune de la paix ("shanti", "samâdhi"), autrement dit, de l'abolition des conflits. En ce sens, les sagesses occidentales pré-socratiques, mais également l'épicurisme, le stoïcisme et même, dans une certaine mesure, les philosophies de Rousseau ou de Schopenhauer, pour ne rien dire de celles de Pascal ou de Nietzsche précédemment évoquées, peuvent être rapprochées des spiritualités orientales.

Il ne nous appartient pas, dans le cadre de cet article de prendre parti pour ou contre l'éthique, pour ou contre la spiritualité. Nous apporterons juste deux éléments de réflexion. Premièrement, le principe de moindre action consistant à minimiser une dépense ou à maximiser un gain dans un minimum de temps est le principe fondamental du capitalisme. Deuxièmement, conformément à ce que Stefan Zweig suggère dans sa nouvelle Virata (un sage hindou qui part vivre seul dans la forêt et qui, faisant des émules, désorganise, à son corps défendant, toute la vie sociale de son village) il n'est pas du tout évident que les principes des spiritualités puissent être universalisés. Il reste que les grands classiques du dualisme occidental s'illusionnent donc tout autant que les prétendus monismes. Ceux-ci parce qu'ils montrent toujours le contraire de ce qu'ils prétendent dire, à savoir qu'ils sont incapables d'éliminer l'idiome mentaliste quand bien même ils entendent le réduire à une simple manière de parler. Ceux-là parce qu'ils considèrent le dualisme comme une sorte d'accident de l'histoire ou de la nature. Or, nous pensons avoir donné suffisamment d'arguments pour être autorisés à conclure que le dualisme corps-esprit est une nécessité au sens logique du terme : il ne peut pas en être autrement parce que l'âme est une propriété interne ou immanente du corps vivant et vice versa. L'esprit (ou l'âme ou, en général, tout terme mentaliste) est, nolens volens, quelque chose d'autre que le corps dans le sens où il n'y a pas de corps informe et où, précisément, l'esprit est le nom que l'on donne à la forme actuelle du corps, sinon dans le cas de tous les corps vivants, du moins dans celui des corps humains. Contrairement au réductionnisme ou à l'éliminativisme monistes, le dualisme est extrêmement tolérant en ce qu'il n'implique aucune conception ontologique, épistémique ou psychologique particulière. Si le dualisme corps-esprit est un grand invariant anthropologique, c'est manifestement parce qu'il est compatible, non seulement avec tous les systèmes philosophiques, mais aussi, ne leur déplaise, avec toutes les théories scientifiques, ainsi, nous l'avons vu, qu'avec toutes les conceptions spirituelles et, bien entendu, avec le langage ordinaire.

(Vous pouvez retrouver l'intégralité de cet article sur Nécessité du Dualisme Corps-Esprit).
Zeugme
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le Jeu 7 Fév 2019 - 17:39

citation de PhiloGL 
La fuite de lui-même et de sa source, la nature, est attribuable à son incapacité à se voir tel qu'il est, conséquence des performances de son imagination et de son narcissisme (?) qui se substituent à une vision objective de lui-même. Depuis au moins 2000 ans, il est persuadé de posséder une âme divine qui fait de lui un être surnaturel.
Cicéron, dans "La nature des dieux" : "Or si la figure humaine est supérieure à la forme de tous les êtres vivants, dieu étant un être vivant, sa figure est assurément la plus belle de toutes". Les belles lettres, 2018, page 23. Il semble que ceci cause aujourd'hui des problèmes climatiques.


PhiloGL saluons tout d'abord votre sens ramassé de la mise en perspective mais aussi votre position suspicieusement feuerbachienne, lorsque vous nous dites : "il est persuadé de posséder une âme divine qui fait de lui un être surnaturel." ce qui me donne la possibilité de réaffirmer ce qui est spécifiquement humain dans notre devenir d'animaux naturels...


car si ce n'était que l'effet de ne point se voir tel qu'il est et de se croire en possession d'une âme divine, qui donnait à l'humain cette dérive actuelle, l'évidence de nos échecs nous maintiendra dans une impasse de déresponsabilisation par notre activité communautaire...
mais il y a quelques jours à la question de savoir si il existait une spécificité humaine, j'avais répondu en proposant le passage du livre Λ et PhiPhilo écrivait très justement : 
"Dans ce passage de Métaphysique Λ où Aristote introduit la notion de premier moteur non-mû (ὃ οὐ κινούμενον κινεῖ) qu'il assimile au dieu (ὁ θεός), c'est de la spécificité de la vie divine parfaite et éternelle (τὸν θεὸν εἶναι ζῷον ἀίδιον ἄριστον) qu'il est question, et non de l'éventuelle spécificité de la vie humaine. Problème auquel je propose la solution suivante ..."


ainsi il proposait de faire reposer cette spécificité humaine sur sa capacité à vivre ensemble par la cohésion cohérente du langage et l'édification de la famille et de la cité, ce qui est très juste au plan d'une spécificité qui le porte au partage et à l'échange, mais qu'en est-il de sa finalité en tant que personne singulière ?


c'est là où il me semblait judicieux que seule la contemplation proposée par Aristote au livre Λ  permettrait, en parallèle avec l'amitié, de finaliser notre nature humaine dans ce qu'elle a de plus spécifique, ainsi ce passage de l'éthique à Nicomaque"Et l’activité de l’homme d’État est, elle aussi, étrangère au loisir, et, en dehors de l’administration proprement dite des intérêts de la cité, elle s’assure la possession du pouvoir et des honneurs, ou du moins le bonheur pour l’homme d’État lui-même et pour ses concitoyens, bonheur qui est différent de l’activité politique, et qu’en fait nous recherchons ouvertement comme constituant un avantage distincte. Donc, si parmi les actions conformes à la vertu, les actions relevant de l’art politique ou de la guerre viennent en tête par leur noblesse et leur grandeur, et sont cependant étrangères au loisir et dirigées vers une fin distincte et ne sont pas désirables par elles-mêmes ; si, d’autre part, l’activité de l’intellect, activité contemplative, paraît bien à la fois l’emporter sous le rapport du sérieux et n’aspirer à aucune autre fin qu’elle-même, et posséder un plaisir achevé qui lui est propre (et qui accroît au surplus son activité) ; si enfin la pleine suffisance, la vie de loisir, l’absence de fatigue (dans les limites de l’humaine nature), et tous les autres caractères qu’on attribue à l’homme jouissant de la félicité, sont les manifestations rattachées à cette activité : il en résulte que c’est cette dernière qui sera le parfait bonheur de l’homme, − quand elle est prolongée pendant une vie complète puisque aucun des éléments du bonheur ne doit être inachevé.
Mais une vie de ce genre sera trop élevée pour la condition humaine : car ce n’est pas en tant qu’homme qu’on vivra de cette façon, mais en tant que quelque élément divin est présent en nous. Et autant cet élément est supérieur au composé humain autant son activité est elle-même supérieure à celle de l’autre sorte de vertu. Par conséquent, si l’intellect est quelque chose de divin par comparaison avec l’homme, la vie selon l’intellect est également divine comparée à la vie humaine. Il ne faut donc pas écouter ceux qui conseillent à l’homme, parce qu’il est homme, de borner sa pensée aux choses humaines, et, mortel, aux choses mortelles, mais l’homme doit, dans la mesure du possible, s’immortalisera, et tout faire pour vivre selon la partie la plus noble qui est en lui ; car même [1178a] si cette partie est petite par sa masse, par sa puissance et sa valeur elle dépasse de beaucoup tout le reste. On peut même penser que chaque homme s’identifie avec cette partie même, puisqu'elle est la partie fondamentale de son être, et la meilleure. Il serait alors étrange que l’homme accordât la préférence non pas à la vie qui lui est propre, mais à la vie de quelque chose autre que lui. Et ce que nous avons dit plus haut s’appliquera également ici ce qui est propre à chaque chose est par nature ce qu’il y a de plus excellent et de plus agréable pour cette chose. Et pour l’homme, par suite, ce sera la vie selon l’intellect, s’il est vrai que l’intellect est au plus haut degré l’homme même. Cette vie-là est donc aussi la plus heureuse."


en suivant le texte d'Aristote et particulièrement : "Il serait alors étrange que l’homme accordât la préférence non pas à la vie qui lui est propre, mais à la vie de quelque chose autre que lui." nous percevons mieux que la spécificité humaine soit en premier lieu et dans l'ordre génétique l'établissement de la communauté politique, mais selon l'ordre de perfection c'est plutôt à la contemplation ( καὶ ἡ θεωρία τὸ ἥδιστον καὶ ἄριστον. ) de reposer la question de la spécificité humaine...


toutefois, Rémi Brague par exemple nous suggère de faire une autre lecture de cette spécificité humaine par le portrait humaniste "d'une fin de règne" dans son livre de 2013 "le propre de l'homme....sur une légitimité menacée"  lecture pour le moins décapante d'où j'extrait ce passage à la page 214:  l'imitation de l'invisible [...] Günther Anders a vu clairement la liaison entre le projet d'une anthropologie philosophique et celui d'une théologie. C'était dans son cas pour déduire de l'athéisme, l'impossibilité de toute anthropologie. On peut en prendre acte. On est d'ailleurs tenté de retourner sa constatation à des fins apologétiques, de rire triomphalement et d'en tirer la nécessité d'une théologie, pour la constitution d'un discours sur l'homme. il y aurait certes là-dedans un grain de vérité. Mais il serait hâtif de s'en contenter.  En effet l'affirmation de la création à l'image de Dieu est justement ce qui rend toute anthropologie essentiellement provisoire. L'image, l'homme en l'occurrence, devra être aussi impossible à définir que son modèle divin. D'autre par, il n'est pas possible de prendre un tel Dieu pour modèle. Il est bien question "d'imiter Dieu", et ce n'est pas sans raison que les Pères de l'Église ont intégré la formule forgé par Platon à la théorie de leur mystique." suit une référence du Théétète de Platon [176b] : 
                                                                      

  Socrate  :"Mais il n’est pas possible, Théodore, que le mal soit détruit, parce qu’il faut toujours qu’il est y ait quelque chose de contraire au bien ; on ne peut pas non plus le placer parmi les dieux : c’est donc une nécessité qu’il circule sur cette terre, et autour de notre nature mortelle. C’est pourquoi nous devons tâcher [176b] de fuir au plus vite de ce séjour à l’autre. Or, cette fuite, c’est la ressemblance avec Dieu, autant qu’il dépend de nous ; et on ressemble à Dieu par la justice, la sainteté et la sagesse. Mais, mon cher ami, ce n’est pas une chose aisée à persuader, qu’on ne doit point s’attacher à la vertu et fuir le vice par le motif du commun des hommes : ce motif est d’éviter la réputation de méchant et de passer pour vertueux."
 
cette vision d'une anthropologie qui ne pourrait se distancer d'un sous-bassement religieux et d'une théologie qui se soit elle-même édifiée par l'adjonction de concepts philosophiques, semble avoir causé une impasse dans la compréhension de la spécificité humaine, mais permettrait d'ouvrir l'espace à une théologie naturelle, qui pourrait, sans référence à l'autorité dogmatique d'une religion ni au corpus philosophique le plus rigoureux, affirmer que la contemplation peut être infuse ou acquise...




il y a donc en attente une nouvelle transcription de cette spécificité humaine, qui puisse être à la fois l'affirmation de l'identité personnelle et la perspective d'un effort communautaire pour réintégrer le milieu de vie naturel, et il ne fait aucun doute que toutes les contributions à cette bivalence de la présence humaine passe par nos échanges, et que la question du mind-body problem  y participe...
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La théorie sur la conscience de Dehaene en question - Page 8 Empty Re: La théorie sur la conscience de Dehaene en question

le Jeu 7 Fév 2019 - 19:22
 Je tâcherai, pour ma part, d'y revenir après quelques jours de vacances loin de la logo-sphère. Non sans vous avoir, au préalable, livré les dernières lignes de mon feuilleton conceptuel consacré à la nécessité du dualisme corps-esprit.
merci grandement à vous PhiPilo en vous souhaitant de bonnes vacances, la lecture de votre dernière participation et surtout ce passage  "Car si l'esprit y reste la forme et la réalisation parfaite d'un corps vivant, pour autant, il reste, pour celui-ci, une sorte de principe de moindre action (rappelons que, ce qu'on appelle action, en physique, est le produit d'une énergie - ML2T-2 - par une durée et a donc, pour dimension ML2T-1), autrement dit une tendance à minimiser l'énergie dépensée ou, ce qui revient au même, maximiser l'énergie accumulée par le corps, dans l'instant. C'est de cette manière que les corps inertes luttent contre l'entropie, tandis que les corps vivants, nous l'avons dit, essaient de résoudre les problèmes que leur pose cette lutte sur un terme d'autant plus long et avec une quantité d'informations d'autant plus importante qu'ils sont plus complexes."


me rappela un auteur, Olivier Costa de Beauregard qui dans son livre: le second principe de la science du temps à la page 94  nous dit  : "la question que nous posons alors, c'est si le caractère apparemment si élusif des processus syntropiques, des actions avancées, de la finalité, ne résulterait pas avant tout du sens où regarde l'activité,( voir la passivité ? ) de l'homme naturel, du technicien, du savant, : si la quasi-invisibilité scientifique de la finalité ne résulte pas tout simplement de ce qu'en observant, on lui tourne le dos ?!
Ne serait-il pas de l'essence même de la finalité de ne pouvoir être ni vue, ni observée directement (seulement d'être alors inférée indirectement) ? De ne pouvoir être vue dans l'observation, mais seulement dans l'action ? L'évidence de la finalité ne relèverait-t-elle pas de la conscience volitive, comme l'évidence de la causalité relève symétriquement de la conscience cognitive ?
Si il en était ainsi, le problème de vérifier notre hypothèse relative au processus élémentaire de l'action, celui de faire sortir la conservation de l'information en néguentropie des arcanes phylogénétiques, ontogénétiques et organiques où pensons-nous elle se cache, serait beaucoup plus qu'un problème de perfectionnement des techniques d'observations ! 
Ce serait secondairement un problème de perfectionnement des techniques d'observations, mais se serait fondamentalement une discipline d'exaltation de l'action, d'emprise du psychisme sur l'organisme, telle que la vivent, paraît-il, certains ascètes orientaux.
Ce n'est là qu'une question, qu'une hypothèse de travail, mais nettement formulée. Elle nous a été dictée par la seule logique, par la symétrie interne du problème en question."

ainsi cet auteur, dont le livre recèle une intelligibilité claire et épistémologiquement assurée, nous permet de prendre aussi la question du mind-body problem   sous la conduite de l'essors cybernétique de son époque, car il pose en effet une suite de questionnements sur la transition néguentropie/information qu'il établit en détail mais cela n'est pas immédiatement notre propos... 
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le Ven 8 Fév 2019 - 9:05
@Zeugme a écrit:votre position suspicieusement feuerbachienne

Je ne sais pas si je suis feurbachien (j'ai assez rapidement abandonné la lecture de son livre le plus connu, trouvant qu'il avait assez mal vieilli), mais quand je lis le mot "nature", j'interviens dans l'espoir de participer à une réflexion sur le réel, une réflexion réaliste sur base de faits scientifiques et historiques. Je viens de terminer la lecture de "qu'est-ce que la philosophie ?" de Deleuze et Guattari. J'ai eu l'impression de lire un recueil de poésie. Et dans cette discussion, j'ai l'impression que l'on confond Eloquence et Philosophie, sous couvert de production de concepts. La phénoménologie me laisse de marbre. Bon, je ne suis pas un artiste, je ne lis pas de romans et je crois que je peux renoncer aussi à lire cette discussion. Un sujet de discussion que je pourrais lire (juste lire, pas participer) : les philosophes sont-ils des artistes ?

ce qui me donne la possibilité de réaffirmer ce qui est spécifiquement humain dans notre devenir d'animaux naturels...


Sans doute pour les raisons données ci-dessus, votre développement est pour moi tout simplement illisible.
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le Ven 8 Fév 2019 - 11:02

@Zeugme a écrit:votre position suspicieusement feuerbachienne

Je ne sais pas si je suis feurbachien (j'ai assez rapidement abandonné la lecture de son livre le plus connu, trouvant qu'il avait assez mal vieilli), mais quand je lis le mot "nature", j'interviens dans l'espoir de participer à une réflexion sur le réel, une réflexion réaliste sur base de faits scientifiques et historiques. Je viens de terminer la lecture de "qu'est-ce que la philosophie ?" de Deleuze et Guattari. J'ai eu l'impression de lire un recueil de poésie. Et dans cette discussion, j'ai l'impression que l'on confond Eloquence et Philosophie, sous couvert de production de concepts. La phénoménologie me laisse de marbre. Bon, je ne suis pas un artiste, je ne lis pas de romans et je crois que je peux renoncer aussi à lire cette discussion. Un sujet de discussion que je pourrais lire (juste lire, pas participer) : les philosophes sont-ils des artistes ?

ce qui me donne la possibilité de réaffirmer ce qui est spécifiquement humain dans notre devenir d'animaux naturels...


Sans doute pour les raisons données ci-dessus, votre développement est pour moi tout simplement illisible.
Salut PhiloGL


Je profite de votre intervention pour rappeler comme je l'ai fait il y a peu que la problématique de ce fil initié par mon article sur Dehaene est la suivante : "Le mécanisme d’intégration computationnel tel qu’il existe dans le cerveau et tel qu’il pourrait être reproductible dans un ordinateur produit-il ou non le quale de la conscience ?"  Que certain ait cru bon de greffer là-dessus un long développement philosophique sur les rapports entre l'"esprit" et le corps ne change aucunement cette problématique à laquelle je vous invite à vous accrocher comme vous l'avez fait très bien jusqu'alors. Pour le reste je ne saurais que me répéter :"A partir de là, c’est vrai que la discussion peut s’embarquer dans des considérations abstraites et abstruses vite déroutantes ou se concentrer sur des études anatomiques, physiologiques, physiques extrêmement pointues et réservées à des spécialistes que nous ne sommes pas. Tâchons de nous garder de ces deux écueils. "


Cordialement,


CD
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le Ven 8 Fév 2019 - 11:21
clément dousset,

Je comprends que vous essayiez de ramener la discussion à votre sujet initial, mais il y a un obstacle infranchissable dans la discussion. Le fonctionnement du cerveau est un problème scientifique, même si certains, de formation "classique" et non scientifique, prétendent le contraire. La seule façon de répondre à votre question, c'est de faire l'expérience et d'observer le résultat. Si vous persévérez dans une discussion avec des philosophes vous serez toujours aussi insatisfait que moi quand je suis supposé lire de la Phénoménologie. Voici un extrait du livre "La connaissance objective" de Karl Popper qui se rapproche de ce que je viens d'écrire : "Le plus grand scandale de la philosophie, à mes yeux, c'est celui-ci : pendant que tout autour de nous le monde de la nature périclite - et pas seulement le monde de la nature -, les philosophes continuent de s'entretenir, tantôt avec intelligence, et tantôt non, de la question de savoir si ce monde existe. Ils s'empêtrent dans la scolastique (discutent sans avoir de problème sérieux à débattre), dans des puzzles linguistiques, dans la question de savoir, par exemple, s'il y a des différences entre être et exister. (Tout comme dans l'art contemporain, il n'y a pas de normes dans ces univers philosophiques)". Ecrit en 1972 !
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le Ven 8 Fév 2019 - 11:52
@PhiloGL a écrit:clément dousset,

Je comprends que vous essayiez de ramener la discussion à votre sujet initial, mais il y a un obstacle infranchissable dans la discussion. Le fonctionnement du cerveau est un problème scientifique, même si certains, de formation "classique" et non scientifique, prétendent le contraire. La seule façon de répondre à votre question, c'est de faire l'expérience et d'observer le résultat. Si vous persévérez dans une discussion avec des philosophes vous serez toujours aussi insatisfait que moi quand je suis supposé lire de la Phénoménologie. Voici un extrait du livre "La connaissance objective" de Karl Popper qui se rapproche de ce que je viens d'écrire : "Le plus grand scandale de la philosophie, à mes yeux, c'est celui-ci : pendant que tout autour de nous le monde de la nature périclite - et pas seulement le monde de la nature -, les philosophes continuent de s'entretenir, tantôt avec intelligence, et tantôt non, de la question de savoir si ce monde existe. Ils s'empêtrent dans la scolastique (discutent sans avoir de problème sérieux à débattre), dans des puzzles linguistiques, dans la question de savoir, par exemple, s'il y a des différences entre être et exister. (Tout comme dans l'art contemporain, il n'y a pas de normes dans ces univers philosophiques)". Ecrit en 1972 !

On peut toujours discuter des mécanismes qui, à partir des réalités physiques telles qu'on les connaît ou telles que l'on peut les supputer, seraient susceptibles d'engendrer la conscience individuelle subjective. Dehaene, par son ouvrage, apporte une pierre à cette discussion. Il soutient qu'un mécanisme d'intégration des informations produites par les différents centres cérébraux est susceptible d'engendrer cette conscience. Je soutiens que non et je propose un autre mécanisme. On peut proposer d'autres mécanismes encore. On peut faire connaître des faits, des études, des expériences susceptibles de défendre ou de contester la validité de ces divers  mécanismes. On peut aussi proposer des directions de recherche, des protocoles d'expérience susceptibles de vérifier la justesse de telle ou telle explication. Tout cela constitue ample matière à nourrir le débat proposé ici...
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le Ven 8 Fév 2019 - 13:14
PhiloGL respectant la charte de publication de ce site, il n'est pas question de débattre en dialogue privé sur les zones d'accès de la réflexion philosophique et sur celles qui lui serait fermées pour rester le pré carré des sciences...


mais juste vous dire que si vous posez la question : " les philosophes sont-ils des artistes ?" c'est sans doute que vous avez dit juste avant: "Un sujet de discussion que je pourrais lire (juste lire, pas participer) " par là vous validez le dicton, "ce que mon filet prend je l'appelles poissons" puisqu'en vous désignant vous même comme spectateur, vous indexez de possibles artistes,(fautes de voir des œuvres dignes d'intérêt à vos yeux)...


ce qui est évident pour moi c'est que la question: "les scientifiques sont-ils des artistes ?" ne se pose même pas puisque qu'il est là aussi évident qu'ils le sont en aillant le même appétit de reconnaissance, bien qu'ils aient substitué la cause efficiente à la cause exemplaire dans leur processus d'intelligibilité du réel, faisant donc de l'inspiration naturelle une source inépuisable de performation, avec l'oubli consubstantiel des effets induits et additionnels de toutes les sciences sur la Nature dont l'humanité fait partie...


donc passons, puisque nous sommes hors sujet comme vient de nous le rappeler avec raison clément dousset...




ce qui me pose question en ayant lu les huit pages de ce sujet c'est que le thème inaugural, dont voici extraite une phrase du début : "En un mot que le cerveau pouvait enregistrer l'information contenue dans une image, la présentation d'un nombre par exemple, sans que le sujet ait eu conscience d'avoir vu l'image. Ils ont ainsi établi assez clairement l'existence d'un fonctionnement cérébral inconscient qui pouvait même être lié à l'élaboration de la pensée abstraite."
pose pour le coup assez clairement, que tout acte d'intelligibilité à partir d'un stimulus d'un récepteur corporel, est validé comme information/contact, c'est-à-dire comme validation d'un échange énergétique...
il est pour moi évident aussi, dans le cas où un faisceau d'informations est saisi, non plus par un stimulus corporel mais par le résultat d'une programmation, protocole ou expérimentation ciblée, que l'intelligibilité est déjà conditionnée...
ce qui me fait m'interroger sur la validité universelle des résultats issus de ces expérimentations, dans la mesure où ils sont déjà dans l'entrée de données brutes, l'effet d'un choix méthodologique, et donc d'une reconstruction arbitraire...
c'est pour cela que ce qui suit n'est qu'une contribution à la mesure humaine de l'interrogation individuelle, lors même où nous avons chacun une expérience directe de notre conscience, et qu'il est peut-être abusif de diffuser des informations issues de résultats acquis par une modalité d'intelligibilité conditionnée par une technique mécaniste, puisque ces informations ne sont intégrables qu'au prix de l'acceptation de la méthode qui les a produites...
je sais que cette position, radicale et critique sur le statut du savoir scientifique n'est pas nouveau et surtout pas acceptable pour la plupart de nos contemporains, mais que restera-t-il de notre conscience humaine dans l'avenir si le traitement de l'information consciente corporelle et individuelle n'est plus que le report inconditionnel du produit des technologies ? 
du texte inaugural de ce sujet je retient donc cette phrase comme point d'achoppement  : " Ils ont ainsi établi assez clairement l'existence d'un fonctionnement cérébral inconscient qui pouvait même être lié à l'élaboration de la pensée abstraite." si je prends cette affirmation comme solution de l'interrogation personnelle : qu'est-ce-que la conscience ?", alors que je ne devrais être convaincu de sa véracité qu'au prix de refaire moi même toute la recherche qui l'a établie, ou de faire confiance à toute l'équipe de Mr.Stanislas Dehaene ! 
car pour autant que je ne peux pas refaire tout le chemin expérimental qu'ils ont fait, dois-je accepter ces informations comme j'accepte d'utiliser tous les objets et fonctions du monde technique, dont j'ignore aussi la complexité de construction et la programmation fonctionnelle qui les rends pratiques ? ...

je ne répondrais pas pour le moment à cette question car, si il ne restait à la personne qui s'interroge sur la nature de sa conscience, que l'option de prendre pour acquises et sûres les "découvertes scientifiques", c'est aussi de manière certaine que son irresponsabilité se trouverait posée tôt ou tard dans les conséquences pratiques de ces découvertes, d'où le problème cette fois "politique" de l'autorité et du pouvoir de la représentativité...

mon propos est donc la conscience, sommet de la tension vitale ?!

la conscience comme sommet de la tension vitale, reprend nécessairement quelque chose des trois mouvements naturels, selon la forme, la croissance et le lieu, il nous est donc possible de trouver en chacun de ces mouvements ce par quoi le corps prédispose sa matière à cet aboutissement, et pour ce faire nous reprendrons le lien qui existe entre chacun de ces trois mouvements et les trois termes qui y sont présent...
puisque dans l'ordre de la vie qui est un devenir, quelque chose de l'origine se trouve aussi dans la fin et que toutes les opérations vitales sont liées ensembles par une unique disposition présente à chaque moment de la durée de vie d'un corps(âme), il y a bien aussi un déploiement de la conscience au travers de ces moments...
nous pourrions alors dire que la conscience est aussi bien quelque chose de biologique, avec la part localisée de matière que la vie singularise en un corps mobile, qu'elle est éthique par sa croissance de connaissance et par les relations aux autres personnes et enfin écologique quant à l'irréductibilité de son milieu de vie, et enfin formelle en ce qu'elle touche par la tension qui l'anime, un bien singulier dans le désir et la connaissance...
en détail, si nous reprenons une à une ces modalités de la conscience, selon l'ordre génétique, vient la conscience biologique, lorsque la matière du corps est qualitativement apte à la disposition localisée du mouvement des fonctions vitales, alors une quantité d'éléments du milieu de vie par la croissance du corps vivant produit une dépendance constante à ce milieu, d'où une suite de mouvements particuliers pour se conserver en vie : se nourrir, respirer, dormir et percevoir sensiblement son milieu, la reproduction étant plus complexe, elle reste biologique mais tient aussi d'autres formes de conscience, mais reste que cette conscience "biologique" est souvent appelée : besoins vitaux...
puis vient la conscience éthique, qui est proprement la disposition à entretenir des relations avec les autres personnes, tous les vivant et de fait aussi avec le milieu physique naturel, en répartissant les choix par des projets communs d'organisations plus ou moins complexes, qui se retrouvent dans le travail de la matière par la coopération et dans la sociabilité avec les projets politiques, et par extension à cette conscience éthique de nos jours, avec plus d'acuité vient la conscience écologique...
puis vient la conscience spirituelle qui elle nous porte à considérer un bien ultime voulu pour lui même et pas en vue d'un autre, reprenant donc un mode de perception qui ne se trouve pas au plan biologique, ni au plan éthique puisqu'il positionne la conscience face à ce qu'elle a de plus personnel, qui sans nier la vitalité du corps ni l'ensemble des relations aux autres, permet d'avoir en propre une disponibilité, une présence totalement libre de temps et de lieu dans l'amitié et  la contemplation, mais peut on suggérer que ce dernier mode de conscience est comme la finalité même de la vie, en tant que mouvement en tension d'elle même...?
pour ce qui est de l'inconscient et de la pensée abstraite, il y a bien heureusement d'autres voies de recherche philosophique pour tendre à un plus universel accord sur ce qu'ils sont réellement...
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le Ven 8 Fév 2019 - 18:35
@PhiloGL a écrit:Je ne sais pas si je suis feurbachien (j'ai assez rapidement abandonné la lecture de son livre le plus connu, trouvant qu'il avait assez mal vieilli), mais quand je lis le mot "nature", j'interviens dans l'espoir de participer à une réflexion sur le réel, une réflexion réaliste sur base de faits scientifiques et historiques. Je viens de terminer la lecture de "qu'est-ce que la philosophie ?" de Deleuze et Guattari. J'ai eu l'impression de lire un recueil de poésie. Et dans cette discussion, j'ai l'impression que l'on confond Eloquence et Philosophie, sous couvert de production de concepts. La phénoménologie me laisse de marbre. Bon, je ne suis pas un artiste, je ne lis pas de romans et je crois que je peux renoncer aussi à lire cette discussion. Un sujet de discussion que je pourrais lire (juste lire, pas participer) : les philosophes sont-ils des artistes ?

N'ayant pas toute cette culture que vous montrez tous ici je me garderai bien d'intervenir dans un débat proprement philosophique 
mais si vous me permettez une légère critique, un débat et des discussions qui restent cependant surtout académiques ou marquées par ce dernier pour une grande part: comme si l'académisme était une sorte de garde-fou, de garantie d'une véracité ou au moins d'une validité a posteriori de tout discours à but ou prétention philosophique..
Je ne connais Feuerbach que par la critique que Marx en a fait -sans toutefois négliger son apport à sa propre théorie-, et cette lecture remonte à assez longtemps
Vous dites que "qu'est-ce que la philosophie ?" de Deleuze et Guattari vous fait penser à de la poésie ? Au risque de vous choquer -ou pas !-, leurs auteurs auraient pris cela pour un compliment.
Ayant fréquenté assez longtemps des cercles deleuzo-guattariens, je puis vous dire que la re-territorialisation et son complémentaire la dé-territorialisation émanent bien de la rencontre entre un philosophe universitaire reconnu , Deleuze, et un psychanalyste indépendant proche des courants dits de "psychothérapie institutionnelle", Félix Guattari.
J'avais écrit un bout d'article au départ destiné à une revue fondée par eux, et que vous connaissez peut-être la revue Chimères.
J'ai du poster le texte quelque part ici sur ce site mais je redonne le lien au cas où.
http://la-vague-en-creux.over-blog.com/2018/04/deleuze-territorialite-et-anti-systeme.html



donc pour répondre à votre question, oui les philosophes sont des artistes: pire, les artistes sont des philosophes, les schizophrènes sont des artistes ET des philosophes bien qu'au départ ils sont censés être des soignés 
qui peuvent se révéler à l'occasion des soigneurs
Tout cela fait partie d'un complot international dont je suis membre... ou je l'ai été
Un complot qui s'appelle le "complot schizo-analytique": sur ce bonne soirée et au plaisir de vous lire
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le Ven 8 Fév 2019 - 19:58
@shub22 a écrit:"qu'est-ce que la philosophie ?" de Deleuze et Guattari vous fait penser à de la poésie ? Au risque de vous choquer -ou pas !-, leurs auteurs auraient pris cela pour un compliment.

Non cela ne me choque pas. Au contraire, ainsi les choses sont claires. Quand j'étais ado j'aimais la poésie. Mes études ultérieures ont fait changer cela. Chacun son truc...
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le Ven 8 Fév 2019 - 21:39
Et si les qualia, c'était juste de la poésie ? Laissons Dehaene penser qu'ils sont "solubles" dans la Science, il restera toujours de très nombreuses personnes pour ne pas en croire un mot parce qu'elles préfèrent la poésie. Je vois mal Dehaene devenir un dictateur qui parviendrait à éradiquer la poésie (même si Fahrentheit 451 ou 1984 peuvent y faire penser, il y a toujours une résistance qui s'organise. Non ?) Mais il faudrait que clément dousset admette qu'il est inutile de chercher une théorie alternative à celle de Dehaene, qu'il renonce lui aussi à essayer de scientifiser les qualias…
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le Sam 9 Fév 2019 - 10:25
si pour déterminer le rapport qui existe entre la fonctionnalité cérébrale et la conscience, nous avions nécessairement besoin de connaître, via les études de neurobiologies, la gradualité d'inférences d'un stimulus sensoriel, par exemple dans le lien causal entre la lecture et une partie délimitée du cerveau, ou dans les capacités mnésiques nécessaire pour reconstruire la signification d'une phrase même si la qualité de la symbolique orthographique est dégradée (volontairement ou pas), nous serions sur la voie qui, pour être conditionnellement dépendante de la plastique cérébrale, conduit inexorablement à prendre le moyen pour la fin...




c'est en bon nombre de cas où les études scientifiques partant de la matérialité du corps dans l'expérimentation, et cherchant à établir et à rendre compte de ses capacités par sa fonctionnalité, aboutissent à ce que les résultats qui inversent la primauté de l'acte sur la puissance, ou dit autrement, réduisent le pourquoi au comment...






il en va de même pour le sujet en question, si nous acceptons comme présupposé que la conscience puisse être uniquement la permanence répétitive de la multitude de contact informatifs avec le réel sensible, nous passerons aveuglément sur le point nodal que l'évolution vitale a posé, spécifiquement distinct par le rapport du corps vivant à son milieu...


c'est à ce dessein que ce qui suit est posté, en vue de requestionner notre conscience sur son pourquoi et pas uniquement sur son comment, là aussi en plus d'être hors sujet pour certains, cette contribution paraîtra "abstruse" ou plus prosaïquement illisible...




Présence et Héritage, comment et pourquoi être au monde...   












préambule










il est indispensable d'essayer de distinguer en toute première analyse l'appréciation que chaque conscience personnelle a d'elle même et une vision communautaire de l'être au monde pour un humain, car ce qui est à découvrir (ou redécouvrir) c'est bien l'histoire singulière dans l'histoire communautaire, ou dit autrement, le lien entre présence et héritage de cet être au monde de la personne humaine...




pour ce faire il faut préciser que : pourquoi et comment être au monde, doivent être admis comme deux faits matériels, biologiques et relationnels, puisque la présence et l'héritage, reçus et/ou transmis, tiennent de ces trois niveaux de déploiement de la vie...




mais comme toujours il n'y aura aucune référence à d'autres travaux sur ce thème car c'est face au réel qu'il nous est donné de réfléchir, et si de manière sous-jacente certains retrouvent des filiations avec d'autres auteurs, disons que cela confirmera la notion d'héritage que nous avons à exposer ici...




Questions :




1/ Qu'est qu'être présent pour un vivant ?




2/ Existe-t-il un héritage actif et un héritage passif ?




3/ le Comment et le Pourquoi de la vie épuisent-ils toutes les causes de l'être au monde pour un humain ?




4/Existe-t-il une modalité de figuration historique qui brouille la conscience d'être au monde ?




5/La position physiologique du corps humain en un lieu est-elle la première et la dernière justification de l'être au monde ?




1/ tout d'abord la présence, et si de dire "être" et "être présent" a le même sens, car pour un vivant exister et vivre consciemment ne se recouvrent pas totalement, alors que "être" et "être présent" pour des réalités qui n'ont pas la vie se recouvrent complètement, c'est dire que, dans la présence d'un vivant, la vie s'effectue aussi dans une partition de temporalité et de localisation qui par la mort se trouve modifiée radicalement, mais n'est pas entièrement détruite puisqu'il y a toujours un reste de sa présence dans les autres êtres vivants par voies générationnelle et/ou mémorielle, ainsi que dans le monde matériel(je ne dis rien d'une possible survivance spirituelle ici)...




nous avons donc par la singularité du vivant comme "phénomène" complexe de la matière, une présence et un héritage qui semble ouvrir à une spécificité "d'être au monde", et qui repose constamment la question de son autonomie et de son autonomisation puisque cette singularité est mue selon des normes évolutives propres...




donc être présent pour un vivant humain semble devenir avec sa croissance et son mouvement local, un mouvement d'autonomisation et de coresponsabilité à l'égard des autres vivants et de son milieu de vie, toutefois ce mouvement pose aussi la question des niveaux de l'autonomie respective de chacun, et de leurs cohérence avec le milieu de vie, à savoir leur conscience vitale...




c'est aussi pourquoi être en vie par la présence du sujet devrait toujours être perçu comme, ce qui est partagés et échangés des éléments de son autonomie plutôt que ce qui est acquis des avoirs de son autonomisation...




de plus être présent pour un vivant humain, en ce que cela réclame de relations avec les autres et le milieu de vie porte(mais parfois échoue) à faire correspondre tous les éléments qui constituent sa personnalité, tant au plan affectif qu'au plan pratique, car il en va de la cohérence interne donc de la conscience comme de la cohésion externe, elles sont toutes les deux relatives à l'échange d'informations...




toutefois pour fuir définitivement tout risque d'idéalisation, il est nécessaire de dire que le vivant comme phénomène issu de la matière n'existe réellement que par la présence additionnelle de chaque vivant et de tous unifiés par conséquent, et ils sont présent comme "éléments singuliers et multiples", et cela nous ramène au centre de la question de la présence, puisque c'est dans la singularisation du multiple que le tout est envisageable comme héritage actif et passif...




2/ existe-il un héritage actif et passif ?




il semble bien que oui mais encore faut-il préciser la répartition de ces deux mouvements et surtout simplifier la lisibilité de ces lois pour découvrir ce par quoi et ce pour quoi, c'est bien un héritage dont il s'agit...




tout d'abord, un héritage est actif ou passif si il répond à deux critères, celui de complétude(dynamique d’acquisition d'informations) pour la part active, et celui d'acceptabilité pour la part passive, ces deux critères s'expliquent et se justifient puisque l'individu en recherche d'autonomie est à mis chemin entre deux conditions naturelles, son existence et sa survie...




cette tension entre "être" et "être en vie" et entre "exister" et "vivre", implique le même rapport que la diversité a avec le multiple, et que la qualité a avec la quantité, cela est assez évident si nous replaçons le vivant dans son milieu de vie avec lequel il a un lien de réciprocité impliquant justement que chaque qualité soit vectrice de la répartition de la quantité, tout autant que la diversité unifie le multiple pour la pérennité du phénomène vital...




mais cette tension est aussi, dans la complétude de l'héritage actif, ce qui confirme l'acceptation de l'héritage passif, et surtout ce qui le finalise et unifie les deux, car en effet le mouvement vital en plus d'être cause de sa propre évolution par son activité, est aussi cause de sa stabilisation par sa passivité(nous retrouvons la conscience acte et la conscience état déjà débattue plus haut)...




pour le comment de la vie, cet héritage actif et passif semble être en ces termes, l'unité de ces deux moments d'émission et de réception, base commune d'une même réalité, l'individu vivant, mise en évidence avec le pourquoi de la vie...




il est à noter pourtant que le sens de la notion d'héritage, utilisée de manière si restrictive quant il s'applique aux biens culturels et parfaitement caricaturale lorsqu'elle s'applique aux biens matériels, doit être redécouverte dans une dynamique de l'échange via la relation, comme nous allons le voir plus loin...




et si l'intelligence humaine a la capacité de distinguer entre le comment et le pourquoi de la vie, est-ce-que cela rend compte totalement de ce qu'est "être au monde pour un humain" ? nous allons voir que non...




3/en effet, une autre cause se trouve présente pour "l'être au monde" de chaque vivant, qui échappe au comment et au pourquoi, c'est la relation, car elle ne se trouve justifiée par aucune explication de la vie, ni en sa qualité générationnelle, ni en son caractère répartiteur des corps, ni même en sa propre pérennisation par le milieu de vie, et se retrouve pourtant comme effet et cause en chacune de ces trois modalités du déploiement de la vie, la génération, la localisation des corps et la durée de vie...




mais puisque la relation existe aussi comme cause, ce qui nous pose une question sur la nécessité de la vie(aporie ou seule question vraiment intéressante ?, au delà de son origine matérielle qui est découverte par son comment, et de sa finalité qui est découverte par le pourquoi...




la relation comme cause de l'existence de la vie doit être regardée avec une intelligence contemplative qui se tourne vers une forme de gratuité de l'être, car la relation est la plus instable et précaire, mais aussi la plus indispensable et universelle des manifestations de l'être...




c'est avec la relation comme cause et effet que le comment et le pourquoi passent de leur dualité de questionnements à l'évidence d'une réponse vraisemblable, et que l'union des éléments constitutifs d'une réalité complexe passe à l'unité de sa permanence (ici la conscience), c'est aussi par la relation que toutes réalités singulières contribuent à la présence du tout en chacune d'elles...




la relation est à ce point partout et toujours que son existence passe à première vue comme faisant partie de chacun des individus qui en profitent, et en relaye la qualité première, c'est-à-dire l'être en acte,(dans sa forme reconnue par certaines consciences humaines comme cause et fin, qui est aussi nommée, amour)...




pourtant la participation active et passive à cette part de l'héritage que l'on peut nommer relation/cause du singulier au singulier et des singuliers au tout, il y a aussi un mode restrictif par le fait de la figuration historique, qui brouille parfois (et même souvent) notre conscience d'être au monde, c'est ce que nous allons voir maintenant...




4/ tout d'abord, une distinction est nécessaire entre ce qu'est le conditionnement et ce qu'est la détermination, car en ce sujet de la place de l'humain historique, une confusion pourrait intervenir entre ce qui lui donne sa dimensionnalité individuelle sociale et ce qui fait que cet humain singulier soit une personne...




cette complexification de représentativité est pour le coup, propre à notre espèce, avec des nuances évidentes, selon le lieu et le temps d'appropriation de telle ou telle culture, mais elle reste toujours une cause de proportionnalité active quant à la répartition de ce qui relève du conditionnement et de la détermination...




c'est même là le premier passage obligé de cette figuration historique comme formation de l'individualité, toujours en contact avec un milieu, pas seulement naturel mais aussi culturel, artificiel, et technologique...




ce que nous devons bien définir, ce sont tous les points de ruptures par lesquels le conditionnement se substitue à la détermination, faisant de la conscience une zone de réactivité et moins d'activité, car c'est presque toujours aussi en ces points que les conflits naissent( tout autant que les erreurs de compréhension de ce qu'est la conscience)...




la figuration historique est indéniablement vectrice d'une appropriation des lieux et des moments dans leur tensions respectives, que l'enjeu soit un champ de céréale ou un champ pétrolifère, c'est dire que l'amplitude et la constante oppositionnelle de cette appropriation génèrent sous de multiples apparences, la même erreur d'appréciation de cette figuration historique...




car elle est inséparablement cause de brouillage des quatre modalités d'être au monde pour un humain qui sont selon l'ordre chronologique : l'individuation corporelle, la singularisation de l'agir, la reconnaissance de son autonomie/dépendance et la participation au bien commun...




donc la modalité de figuration historique est évidement l’auto-justification de sa présence, qui s'arroge des droits et des normes historiques faisant au mieux un brouillage des quatre modalités cités plus haut et au pire en brise l'unité, c'est-à-dire disperse les dimensions de la personne humaine par des injonctions à représenter une figure ou à posséder un avoir...




........................pour finir sur cette analyse au delà de la critique, il se peut que l'une des quatre modalités d'être au monde prenne l'avantage sur les autres, dans ce cas nous aurons quatre formes caricaturales :




pour l'individuation personnelle---l'orgueil---oubliant l'altérité,




pour la singularisation de l'agir---la domination---oubliant la coopération,




pour la reconnaissance de son autonomie/dépendance---la propriété---oubliant le partage,




pour la participation au bien commun---l'usurpation...oubliant la justice distributive...




la seule pédagogie qui devrait être mise à disposition des nouvelles générations, devrait être l'apprentissage de l'unité et de l'équilibre des quatre modalités d'être au monde, car aucun savoir ni aucune compétence ne met à l'abri des quatre caricatures visibles dans cette figuration historique qui en brouillent la réalisation, et réduisent la présence de la personne à l'apparence corporelle du consommateur et du destructeur comme nous allons le voir par la cinquième question...




5/ la position physiologique du corps humain dans un lieu permet de justifier sa présence sous le rapport de l'équilibre des relations qu'il reçoit, instaure et transmet, c'est-à-dire que ses limites corporelles sont garantes de son autonomie consciente, ce qui n'est pas réductible à la fonction de consommateur, mais bien plus à la répartition des espaces d'échanges, tant au plan spirituels que matériels...




pourtant la position physiologique du corps humain ne justifie pas totalement sa présence d'être au monde, car dans de multiple cas, certains "relais" démultiplient tellement sa position qu'il serait hasardeux de prétendre qu'il y a encore une justification en toute la disproportionnalité de sa présence( moyens de transport et de communication )...




c'est pourquoi il serait utile de poser ici ce qui fait vraiment acte de justification en terme de présence physiologique et de voir, enfin de compte, ce qui relève du droit naturel de la conscience et des droits contre-natures de cet abus de conscience...




d'ailleurs, cette réévaluation aurait au passage aussi l'utilité de désarmer toutes les guerres dans ce qu'elles masquent de la réelle présence humaine sur cette planète, et sur ce qu'elles rendent problématique ou impossible, à savoir... la relation naturelle des présences humaines...




car une guerre n'est pas une relation, même pas une relation ratée ou déformée ou en attente ou quoi que se soit d'autres comme moindre mal, ou guerre juste !  
la guerre est une négation pure et simple de la relation, et donc devrait être considérer comme la seule ennemie de l'humain mais aussi de la vie qu'il abrite...




même les maladies, les accidents et la vieillesse n'ont pas au regard de la vie cette forme absolue de négativité, puisque se sont les trois fins des trois mouvements naturels selon la forme, la localisation et la croissance...




même le mouvement local, et sa fin mortellement possible qu'est l'accident ne recouvre pas totalement ce qu'est l'acte de guerre, car dans sa composition involutive, la guerre comme phénomène ne restitue aucun équilibre naturel puisqu'elle est incontrôlée, elle n'est donc pas la prédation de l'homme par l'homme comme le serait la prédation de l'homme par le lion, mais se situe en contradiction avec l'instinct même de survie, puisque c'est l'homme lui même qui se met en danger, par cela même elle est donc contre-nature, pour tout dire suicidaire...




et en fin de compte, la guerre ne s'auto-justifie que par elle même c'est pourquoi elle est injustifiable...




maintenant si nous voulons aller plus loin dans la recherche de ce qu'est vraiment la justification de la présence humaine, nous devons ouvrir une nouvelle phase, celle qui permettrait de passer de la présence à l'héritage par un lien, une relation, respectant les modalités de l'être au monde et de faire surgir l'acte libre de l'état de liberté de chaque individu...




cette liberté est contenue comme qualité dimensionnelle de la volonté qui recherche un bien, et uniquement dans cet élan, ainsi l'acte libre permet de respecter le lien/relation au monde...




ainsi elle existe pour tout être vivant, mais aussi sous des formes spécifiques dans l'organisation de la matière inorganique, ce qui a été mis en évidence par ailleurs dans toutes les recherches sur la finalité des causes : formelle, matérielle, efficiente, et exemplaire...






pour conclure en restant ouvert à un approfondissement de ce sujet, il faut noter que la hiérarchisation des vivants selon leurs capacités d'adaptations et de transformation de leurs environnements, en conscience a fait de l'espèce humaine dominant les autres vivants, une singularité qui ne sait plus se contenir elle-même...




c'est alors une forme de conscience collective survalorisée qui tente de s'imposer dans la fuite en avant de la recherche de connaissances...
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La théorie sur la conscience de Dehaene en question - Page 8 Empty pièce au dossier "mémoire et oubli"

le Jeu 14 Fév 2019 - 12:55
cet article est écrit en continuité des autres pour une participation ponctuelle et ciblée qui cherche à complémenter les connaissances scientifiques, car il y a bien en chaque transmission des connaissances une part de perdition (supplantation ou réutilisation), et c'est sur cette part fluctuante que nous devons réfléchir, tant pour évaluer la qualité et la quantité d'informations connues, que de trouver dans la dynamique (voulue ou fortuite) tous les attachements à une des formes évolutives de ce que l'on nomme "progrès", incluant une part "d'oubli"...
 
 
pour ce faire nous diviserons cet article en trois parties :
1/ la consolidation de la conscience
2/ l'imperfection de la mémoire
3/ l'improvisation comme secours immédiat
 
comme il est fait mention dans le titre de cet article, l'importance de l'oubli semble être en partie la résultante d'un refus de la dépendance, mais aussi une forme de sauvegarde de l'identité, car lorsque nous avons mis en évidence la tension qui existe entre l'autonomie et l'autonomisation, il apparu qu'une certaine instabilité de la conscience pouvait prendre une forme d'opposition et générer par le fait, des réactions de dominations entre humains, justement par le refus de dépendre d'autrui ou d'un milieu ou par l'attachement à une identité communautaire (conscience collective)...

alors que nous sommes biologiquement omni-dépendant du milieu et des autres, le développement de notre personnalité s'établit aussi dans une recherche d'autonomie par des actes d'autonomisations, devenant parfois même une recherche d'optimisation dans un savoir ou une maîtrise pratique...

c'est vers cette perspective de complétude (sens philosophique) d'une autonomie parfaite, que par contraste se soit dans une part de vacuité, comme manque de dispositions ou de capacités, que se révèlent toutes les possibles "fracturations" de notre conscience, car en tout devenir vital, l'interdépendance des êtres impose une réévaluation continuelle de la conscience, qui est relative à la diffusion et à la réception des informations portées par le réel...

la consolidation de la conscience est alors le seul expédient propre à soutenir ce besoin d'autonomie par tous les projets d'autonomisation, mais c'est là aussi que quelque chose de notre appartenance à la nature est oublié, cette dépendance radicale mise de coté, oblitérée même dans certains cas, laissant un vide ( un oubli) qui n'est ni objectif ni subjectif, mais relationnel entre les deux...

et si il y a bien trois modalités de l'oubli :  par substitution, par recouvrement et par fuite, c'est qu'il y a aussi trois dimensions de notre conscience qui en pâtissent, et comme elles sont issues des trois mouvements naturels à savoir : 
1/ la personnalité qui est la conscience issue du mouvement selon la forme 
2/ la responsabilité individuelle qui est la conscience issue du mouvement selon la croissance
3/ la liberté qui est la conscience issue du mouvement selon le lieu

nous pouvons dire alors que l'oubli est comme un passage obligé de l'évolution de la conscience en ses milieux que sont le corps et le monde, mais que chacune de ces modalités de l'oubli oblige à une consolidation artificielle de la conscience et pourquoi cette consolidation est à l'origine de beaucoup de rupture dans les relations naturelles entre humains...
il est indispensable de reprendre ces trois modalités de l'oubli selon leurs implications respectives dans le travail, dans l'éducation des jeunes et dans l'organisation politique...
 
qu'est ce que l'oubli dans le travail ?
par substitution nous le voyons clairement, c'est dans la hiérarchisation des techniques et dans leur développements performatifs qu'une part des "anciens savoir faire" est remplacés... 
par recouvrement il est aussi évident que la signification symbolique de la valeur financière du travail tend de plus en plus à recouvrir le sens de sa finalité ancienne, laissant apparaître des objets fabriqués uniquement pour la vente...
par fuite nous sommes devant la question de l'impacte écologique dans le travail, et surtout de la dégradation des ressources naturelles qui poussent en une fuite en avant absurde de la capitalisation des matières premières...
 
qu'est ce que l'oubli dans l'éducation des jeunes ?
par substitution dans le projet sociale de conformité culturelle, l'oubli se trouve évidement dans la limite de la cause efficiente éducative, c'est-à-dire dans l'inadéquation de transférer un savoir, car nous savons bien que ce dernier est toujours nécessairement sous tendu par la volonté d'atteindre un bien et il se peu que souvent ce savoir n’apparaisse pas comme un bien pour le jeune que l'on éduque...
 
par recouvrement l'oubli est justement dans la succession des générations, l'obligation des choix éducatifs selon les normes sociales, car éduquer c'est dans ce cas rendre le jeune responsable et autonome, et donc s'appliquer à revêtir une fonction dans une position sociale, ce qui exige évidement un oubli de certains traits caractéristiques de l'individu...
enfin par fuite puisque dans l'éventualité de problèmes éducatifs, la responsabilité des adultes proches du jeune oblitère une part de son présent et de son avenir en maintenant son passé comme handicap, et cela uniquement par peur de perdre leurs propres considérations sociales, là aussi la fuite par refus de soutenir un jeune qui commet des actes non-conformes à la socialisation est un refus de dépendance...
 
qu'est ce que l'oubli dans l'organisation politique ?
aparté...
il est indubitable que cette modalité de l'oubli influe grandement sur les deux autres, dans la mesure où l'organisation politique restitue par effet de représentativité, toutes les formes d'omissions de la sphère du travail et de l'éducation, c'est pourquoi c'est là aussi que se trouve réunies toutes les occasions de restituer l'intégralité de la conscience citoyenne...

par substitution nous devons convenir que l'oubli de l'autorité issue de la prudence pousse les responsables politiques vers un abus de pouvoir et cela pour trois raisons:
1 le devenir politique étant aussi instable que précaire, il suit donc que les décisions doivent se succéder dans un ordre qui tient plus de la logique du maintient de poste que des actes indispensables à la recherche du bien commun...
2 que l'organisation politique étant en grande partie constituée de fonctionnaires, il suit donc que le pouvoir fonctionnel efficace devienne très vite une envie d'efficience, d'où l'oubli par substitution de l'autorité pour le pouvoir...
3 que c'est dans un consensus relatif que toutes les décisions politiques sont misent en oeuvre, et qu'il y a dans cette relativité une propension à user du pouvoir politique pour imposer ses vues et projets, se rappelant de l'autorité qu'au travers des signes de supériorités des élus dans les cas où l'autorité de l'état est mise en cause...
 
par recouvrement l'oubli se trouve surtout dans la supplantation des faits historiques par le contexte formel de la législation qui tend avec retard, inexactitude et injustice à combler les véritables conséquences de certains faits historiques, pour s'en rendre compte il suffit de relire les actes forts des constitutions nationales et de voir en quoi elles recouvrent maladroitement tel ou tel fait historique qui, non loin d'être compris et acceptés pour ce qu'il sont, restent toujours ou le plus souvent cachés, recouverts par l'exigence d'une rédaction attendue...
 
par fuite en avant de la gestion économique d'un pays, faisant le plus souvent profiter l'intérêt particulier sur le bien commun, et cela avec des justifications très logiques de rendement et de pérennisation des emplois et des capitaux, comme si ils étaient liés indubitablement à un pseudo bien commun, et c'est là une fuite que nous retrouvons dans les luttes salariales et dans la quantité de temps exigée pour chaque personne qui travail, en fin de compte il appert que la signification de la modernité contraigne toute la société à une fuite vers toujours plus de rentabilité et de croissance, oubliant bien entendu le sens premier des questions touchant aux contraintes psychique et physique du travail et bien sûr à l'écologie...

 
2/ l'imperfection de la mémoire
avec cette particularité nous sommes devant l'obligation de reposer la question de l'autonomie et de l'autonomisation, puisque la mémoire et la remémoration sont présentes à chaque moment de notre intelligence et de notre volonté, c'est pourquoi nous subdiviserons ce chapitre en cinq parties :

1/ le lieu et le temps mémoriels
2/ l'usage circonstancier de la mémoire
3/ la notion de saturation quantitative de la mémoire
4/ les conflits entre concepts issus de l'abstraction sensible et concepts issus de l'imagination
5/ les actes propres de la mémoire dans les limites de la conscience
 
aparté
le fil conducteur de cette division provient du constat de la dynamique et de l'irréversibilité de la mémoire comme extension évolutive de la conscience humaine, ayant cette spécificité de s'évaluer elle même par et dans une culture...
 
1/ la dynamique mémorielle provient de la distanciation entre le temps et le lieu que notre corps subit de part son devenir de croissance, c'est pour tenir ensemble cette partition spatio-temporelle que la mémoire et la remémoration ont évoluées comme "un corps" de substitution figuratif pour la conscience, et concrètement dans le langage et toutes les productions humaines idéelles ou réelles, qui établissent un substrat culturel variable selon les lieux et les moments...
 
de plus, l'acte de remémoration qui est en lui même divisé en deux à cause de sa nature d'identification et de présentation de "l'objet nécessairement recherché" doit reconstituer la temporalité et la localisation pour que l'idée soit portée de la cohésion à une cohérence, car la remémoration a fonction de réorienter l'intelligence dans le réel par adéquation entre les deux, et finalement de permettre à la volonté d'y adhérer...
 
il est aussi utile de préciser ici que les notions de lieu et de temps sont de manière indissociable, unies en chaque acte de l'intelligence, mais que lors de la mémorisation une distinction se fait car la mémoire doit ancrer un lieu dans un temps et un temps dans un lieu pour que l'ordre qu'elle instaure tout au long de la vie de l'individu soit conforme à la partition corporelle première de temps et de lieu...
 
si nous pouvons parler de l'imperfection de la mémoire c'est que le sujet qui mémorise un objet à partir des éléments sensibles le fait d'une manière partielle et doit recomposer via l'imaginaire cet objet, ainsi la captation d'informations nécessairement limitée dans le temps et le lieu oblige à une "recomposition", c'est ce qui est justement une possibilité de figuration erronée voir même une cause d'égarement pour l'intelligence comme nous allons le voir dans le chapitre suivant...
 
2/ l'usage circonstancié de la mémoire se trouve évidement dans un hiatus puisque l'usage de l'intelligence est lui aussi confronté aux circonstances que le réel impose, et c'est sans doute même à cause de ce contact circonstanciel de l'intelligence avec le réel via les sens, que la fonction mémorielle s'est développée, donc ce que nous recherchons ici c'est en quoi la mémoire est un corps de substitution imparfait mais pratique...
 
ce que nous apprenons volontairement nous donne une partie de la réponse à la question de l'importance de l'oubli comme refus de dépendance dès lors où nous découvrons que la mémoire est dépendante elle même de la capacité individuelle de rendre présent le sujet dans chaque relation avec le milieu et les autres vivants, c'est pourquoi aussi la mémoire est comme un passage obligé qui ajuste notre conscience au réel...
 
voilà pourquoi aussi il est évident que l'inconscient n'existe pas, mais uniquement cette imperfection mnémonique en continuelle adaptation circonstancielle, et que la recherche psychologique soit basée sur une erreur aussi fondamentale révèle qu'elle est toute entière pernicieuse, les maladies mentales devraient toutes être revues dans leurs traitements par ce fait bien simple que la mémoire est en quelque sorte notre histoire fragmentaire et donc instable...
 
dans cette perspective, la mémoire est imparfaite en sa qualité relative au devenir de l'individu, puisqu'elle est une dépendance continuelle au réel, en se réactualisant, en se repositionnant, et en imposant une part d'oubli à la conscience, ces trois "moments" de la mémoire doivent maintenant être examinés un par un...
 
par la "réactualisation", la mémoire est une fonction qui tend à normaliser la place de la conscience dans le réel, une mise à jour continuelle reprenant la suite des informations formelles disponibles en faisant passer l'état d’inquisition de l'intelligence à celui d'acceptation, c'est par le jugement d'existence que cette dernière pose sur le réel, que la conscience mémorielle peut se positionner et positionner les autres réalités...
 
pour le "repositionnement", comme nous l'avons déjà vu dans l'article sur "l'accès à sa propre conscience", il est d'usage de dire qu'il y a un ordre entre les diverses qualifications objectives du réel, et c'est par elles que le "repositionnement" est possible, car ce n'est pas dans la quantification que la mémoire travaille, mais dans la juxtaposition des semblables, donc dans le qualitatif du réel qui lui est soumit...
 
l'imposition de l'oubli se trouve par les limites de la conscience de chaque individu, comme une nécessaire privation d'informations mémorielles, puisque l'intelligence en acte saisissant en distinguant les diverses déterminations des réalités, est soumise elle aussi à la délimitation sensible du corps, ou de la réflexion logique ou analytique, ou même au mouvement de l'imaginaire...
 
donc cette intelligence en acte, qui se trouve ainsi focalisée par son objet, perd obligatoirement l'accès à tout ce qui ne correspondent pas à la finalité de sa recherche, à l'exemple du choix qui est l'acte de l'intelligence prudentielle, chaque saisie d'une part du réel en estompe provisoirement ou définitivement d'autres parties...
 
3/ la notion de saturation qualitative de la mémoire, comme nous venons de le voir, tient à l'importance de l'oubli et se trouve autant dans l'usage circonstancier de la mémoire que dans l'activité de l'intelligence, et cela en rapport à la limitation propre de la conscience, ce qu'il reste à préciser c'est la saturation quantitative autant dans l'activité captatrice de la mémoire que dans son activité résurgente...
 
c'est par la capacité de contact sensible du corps et par la rapidité du mouvement de l'imaginaire, qu'une certaine quantité d'informations passe du réel à la conscience mémorielle, mais ce qui limite premièrement cet afflux c'est l'appétence individuelle à vivre et à chercher par l'autonomisation, une figuration personnelle dans le milieu de vie et face aux autres humains...
 
c'est pourquoi la saturation (limite) mémorielle est indispensable, l'acceptation du réel devant être qualitatif, le quantitatif doit nécessairement lui laisser la place, en effet ce qui délimite la quantité d'informations c'est son inter-relativité car elle se reconditionne naturellement comme masse de significations dans de nouveaux groupes ayant un sens commun, c'est-à-dire une direction, une finalité...
 
4/ les conflits entre concepts issus de l'abstraction sensible et concepts issus de l'imagination
il n'est pas utile de trop s'étendre sur ces conflits, car tout le monde les connaît en chaque situation dans laquelle une différentiation de points de vues pose à l'intelligence "un cas de conscience" et où une lecture du réel ne suffit plus à prendre une décision, mais où aussi, l'impacte de la projection imaginaire dispute au jugement d'existence la première place dans le processus du choix...
 
il est préférable ici de passer à l'explicitation des points stables de la conscience en prenant toutes les occasions de relations de l'individu au milieu de vie et aux autres individus, pour faire aboutir une éventuelle intelligibilité de l'acte mémoriel, tant dans sa fonction sédimentaire que dans sa fonction additionnelle, ainsi nous pouvons passer au dernier paragraphe sur l'imperfection de la mémoire...
 
5/ les actes propres de la mémoire dans les limites de la conscience
nous touchons là le centre de la réflexion sur la mémoire, dans ses deux moments flux et reflux de l'information, c'est dans sa fonction vitale que nous allons voir pourquoi elle existe et comment elle garde malgré le mauvais traitement que l'historicité en fait, une des sources de survie pour l'avenir...
 
la mémoire native, est une disposition physiologique du vivant qui prédispose la conscience à établir une survie de l'individu dans son milieu de vie, et cela en permettant à l'intelligence et à la volonté de se positionner face au réel, dans chaque situation mais aussi dans sa propre connaissance et désir de bien, c'est pourquoi la mémoire est comme un environnement, un corps de substitution...
 
elle a pourtant des actes propres, ce sont en quelque sorte sa "respiration", faisant de la conscience ce que les poumons font pour le sang, et cette analogie physiologique d'inspiration et d'expiration nous donne au sens propre quelques indications sur ses limites fonctionnelles...
 
ainsi le passage entre le contact physique du corps avec une réalité et la conception mémorielle qui est produite, est le même que le contact de la fonction respiratoire en contact de l'atmosphère oxygénée, c'est pourquoi ce passage établit une codification de la survie dans des proportions semblables, et plus encore, base cette survie sur la capacité de transformation de l'information, ce que l'oxygène produit lui aussi comme effet pour la respiration, puisque l'oxygène dégrade le glucose...
 
cette analogie entre la respiration et la mémoire, qui peut surprendre, reste tout de même utile pour ne pas limiter la mémoire à sa fonction de stockage de l'information...
 
pour aller plus loin dans ces deux actes propres de la mémoire, que sont la mémorisation et la remémoration, il est indispensable de prendre toute l'envergure de l'instabilité de la conscience dans ces limites, puisqu'elle est une forme relationnelle dépendante du lieu et du temps du corps, ce pourquoi elle a en ces limites une certaines ressemblance avec le corps matériel de tel individu...
 
ce que la mémoire permet dans ces deux actes propres, c'est donc de réactualiser, de repositionner et "d'imposer" à la conscience des relations complètes(ou partielles) de la personne aux autres personnes et au monde, et c'est dans cette mesure que sa fonction touche à une limite d'acceptabilité/limite pour la conscience, car plus ou moins acceptée, cette triple fonctions se retrouve à la base de tous les troubles "dits psychologiques"...
 
la réactualisation est la base de tout les dénies de réalité
le repositionnement est la base du refus de la responsabilité 
et l'imposition est la base du refus (ou de l'inconnaissance) de ses limites 
 
enfin pour faire mieux comprendre ce que cette mémoire a comme finalité, il est utile de mettre en perspective la place de la reproduction dans la survie de l'espèce, car une part de la mémoire génétique de chaque individu est transmise d'une génération à l'autre, sorte de dédoublement informatif de l'espèce, comme une transmission mnésique entre personnes ayant une fin commune, la survie de l'espèce...
 
3/ l'improvisation comme secours immédiat
la question première est de chercher à préciser en quoi chaque improvisation/invention est un risque d'égarement dans le sens où elle ajoute quelque chose au réel par delà la saisie sensible et partageable par tous, faisant de tel sujet un novateur, créateur non pas uniquement par l'activité artistique, mais aussi par tout apport scientifique et technologique...
 
à cette question, la seule réponse se trouve dans la parfaite connaissance du lien qui existe entre l'intelligence et la volonté, car la nécessité de se positionner que la conscience a face au réel oblige cette unité entre ces deux puissances...
la première, l'intelligence apportant une continuelle base significative du réel...
la deuxième un aboutissement pour que la conscience accepte ce réel...
 
ce qui se passe dans le cas où, une improvisation par inventivité justifie quelques possibles, réalisables sous formes de projets, c'est une reconfiguration de ce réel avec l'apport de cette innovation, et cela depuis "le temps des cavernes" jusque dans notre saturation actuelle de productivité, le même processus est à l'oeuvre ouvrant de plus en plus une distanciation entre l'intelligence et la volonté, et privilégiant de la part de la volonté une soumission de complaisance, et de l'intelligence une mise à niveau forcenée...
 
c'est donc à partir de cette improvisation première, comme secours immédiat, que l'engrenage des savoirs et des avoirs ont modifié la place de l'humain dans la nature, et jusqu'à inverser aujourd'hui l'ordre de la prudence qui faisait de l'anticipation une base de survie, contraint l'humanité dans cette complexe imprudence et "civilisatrice en progrès" des temps modernes...
 
et c'est justement dans une saturation quantitative de la mémoire que certaines technologies tentent de continuer à gérer la position de l'humain dans ses propres impasses productivistes, c'est pourquoi il est impossible de retrouver un équilibre naturel de cette espèce dans la nature sans au préalable le remettre devant sa propre nature, et donc devant sa propre finalité...
 
en reprenant l'intitulé de cet article, nous devons accorder à la mémoire cette ambiguïté dont elle est pourvue comme fonction et aussi comme état, car tout comme elle est apparue pour réduire la dépendance du corps à l'afflux continuel d'informations sensibles, elle est aussi devenue une dépendance aliénante, c'est dans la conclusion que nous allons exposer ce dernier point de vue...
 
conclusion...
encore plus immédiate que la mémoire historique, l'implication de la mémoire pratique est une forme de conditionnement complexe et aliénant du devenir humain, en effet c'est dans l'accumulation continue des savoir-faire que s'établit la projection des possibles du devenir humain, et cela en réitérant de génération en génération une constante volonté collective de maîtrise et d'autonomisation...
 
cette mémoire collective pratique s'organise comme l'extension de la mémoire personnelle avec des particularités spécifiques d'amplification que la quantité des individus permet à partir de la qualité de production de chacun, ce qui reste aussi le point faible de cette mémoire, puisque la direction collective des savoir-faire est aussi dépendante d'autres causes d'orientations, ce qui fait que cette capacité d'entreprendre se trouve souvent dirigée dans une mauvaise direction...
 
dans ce cadre, l'improvisation pose, comme secours immédiat, de nouvelles difficultés car si dans un milieu de vie, un certain équilibre entre les contraires est garant de sa pérennité, dans un milieu matériel de production, seuls les opposés sont validés comme devant faire advenir les normes par une seule règle de l'intelligence pratique: tout ce qui fonctionne est bon !
et par une seule règle morale, celle : du moindre mal ! 
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