Partagez
Aller en bas
kerso
Messages : 5
Date d'inscription : 09/03/2013

Quel intérêt de penser si tout a déjà été pensé ?

le Lun 15 Avr 2013 - 14:35
Quand on parle de penser par soi-même, on met en avant la faculté à remettre en question les affirmations, les dires d’autrui. C’est-à-dire, ne pas adopter une position morale ou philosophique simplement parce qu’une « autorité » (prof, culture/tradition, grands auteurs...) nous le dit.

C’est en effet un aspect des choses, un second aspect dont il est également question quelquefois, est de ne pas s’arrêter à une formulation minimaliste d’une idée sans faire l’effort de la creuser. Par exemple : « la religion est inutile, le mensonge est mal, etc. ».

Pour ma part, je pense avoir fait ces efforts, j’ai rarement accepté une idée, qu’elle me soit inculquée par quelqu’un ou qu’elle résulte d’une interrogation personnelle, sans la confronter à d’autres thèses. Et petit à petit je me suis construit une pensée « que je croyais personnelle ». Cela je l’ai fait sans étudier, ni m’arrêter sur les grands philosophes, théologiens, logiciens, etc. Mais, je me suis rendu compte que tout ce que j’ai pu penser, d’autres l’avaient fait avant moi et de bien meilleure manière. Ils en ont laissé des traces, une formalisation limpide qui souvent m’a permis de mettre des mots sur ce que je n’avais qu’effleuré de ma pensée ou de mes rêveries.

Bref, je me demande aujourd’hui ce que j’aurais à penser qu’un autre n’aurait pensé avant moi. Même si je n’arrive pas à adopter exactement la pensée d’un de ces grands « penseurs », je trouve en chacun d’eux une part de ma pensée. De plus, j’ai l’impression que chacun exprime à peu près les mêmes choses, simplement sous un angle de vue différent, mais ce n’est pas le sujet. Il en découle qu’aujourd’hui, lorsque je commence à réfléchir sur un sujet, je me demande à quoi cela peut bien servir, et je me dis que je ferais aussi bien de chercher ce qu’un autre a dit sur le sujet. Mélange de paresse, de modestie et peut-être de sous-estime de soi. Donc plutôt que de produire ma pensée, je finis aujourd'hui toujours par consulter ces autres qui formalisent pour moi ce que je pense. Mon travail n’est plus de penser, mais de faire le tri.

J’ai l’impression de ne plus pouvoir penser par moi-même, car je me dis qu’il n’y aura rien de neuf sous le soleil, que de toute façon ça ne sera jamais aussi élaboré qu’une Critique de la raison pure, qu’une méditation cartésienne, qu’une analyse sur les hypothèses mathématiques de Poincaré. S’il n’y a rien de nouveau à penser, ou en tout cas si je suis incapable d’avoir des pensées nouvelles, quel intérêt de penser par moi-même ?


Dernière édition par kerso le Jeu 18 Avr 2013 - 22:52, édité 1 fois
avatar
Vangelis
Princeps
Princeps
Messages : 722
Date d'inscription : 11/03/2011

Re: Quel intérêt de penser si tout a déjà été pensé ?

le Mar 16 Avr 2013 - 12:50
Quel est donc votre objectif ? Parce que si c'est pour devenir le nouveau Kant du XXIe siècle, effectivement ça ne va pas être simple.

Si certaines de vos idées arrivent à recouper en partie celles d'illustres penseurs, vous pouvez déjà vous enorgueillir d'un tel résultat. Ceci ne fait pas de vous un génie, mais pour le moins ça devrait vous encourager. Alors bien sûr il y a de la frustration née de ce que l'on croyait être une création originale. Mais il faut en passer par là, et c'est aussi être lucide que de s'en rendre compte, en même temps que cela signifie grandir.
Vous faites bien de commencer ou de recommencer par lire des auteurs autorisés. Et qui sait si de cette base vous n'arriverez pas à avoir vos propres idées ? Kant a bien remercié Hume…
En tout état de cause, tout n'a pas été pensé. Il reste donc de la place parce que l'on ne peut pas épuiser ni l'existence, ni la pensée. Y arriverez-vous ? Là c'est un autre problème. Mais penser par soi-même n'est pas toujours (loin s'en faut) développer un système philosophique original. Ce peut être aussi une façon d'exprimer ce que vous avez intégré, dans le sens où vous n'êtes pas constitué uniquement d'une pensée, mais d'une pensée qui agit. Or cette pensée mise en situation débouche toujours sur des comportements, des actions et des jugements qui vont sensiblement s'éloigner de l'idée d'origine parce qu'elle se nourrit et se transforme par vos situations et vos réponses, qui ne sont qu'à vous. Ainsi, partout où il y a de l'action et de la vie, et parce que vous êtes une individualité, il y aura toujours quelque chose à dire en propre. Vivez, confrontez-vous, et à défaut de devenir Kant vous parviendrez à devenir vous-même. Ce qui n'est déjà pas rien.
kerso
Messages : 5
Date d'inscription : 09/03/2013

Re: Quel intérêt de penser si tout a déjà été pensé ?

le Mar 16 Avr 2013 - 17:34
@Vangelis a écrit:Quel est donc votre objectif ? Parce que si c'est pour devenir le nouveau Kant du XXIe siècle, effectivement ça ne va pas être simple.
C'est une bonne question, quel est mon objectif ? En tout cas, non, il ne s'agit pas de devenir le nouveau Kant, il s'agit plutôt d'une quête personnelle et métaphysique. Comprendre le sens de la vie ("mon sens de la vie" ?)...

@Vangelis a écrit:Par contre puisque certaines de vos idées arrivent à recouper en partie celles d'illustres penseurs, vous pouvez déjà vous enorgueillir d'un tel résultat. Ceci ne fait pas de vous un géni, mais pour le moins ça devrait-vous encourager. Alors bien sur il y a de la frustration née de ce que l'on croyait être une création originale. Mais il faut en passer par là, et c'est aussi être lucide que de s'en rendre compte, en même temps que cela signifie grandir.
Peut-être que la manière dont j'ai exprimé les choses fait croire que j'ai un désir de gloire ou d'exceptionalité, mais ce n'est pas le cas.
Sur l'originalité des réflexions, autant j'ai mis en évidence que les miennes ne l'étaient pas, autant je ressens que celles que je peux lire des auteurs autorisés (pourquoi cet "autorisé" ?) ne le sont pas non plus. Ce qui est exceptionnel à mes yeux c'est la profondeur d'analyse et la faculté qu'ils ont à formaliser leurs pensées.
D'où ma question : à quoi bon penser par soi-même ? Ne vaudrait-il pas mieux se contenter de l'expression des pensées des autres ?
Petite digression, j'ai parlé à ce sujet de faire le tri, mais en fait, peut-on faire le tri ? Je disais me retrouver un peu dans chaque auteur que j'ai lu (enfin parcouru), et par conséquent il m'est difficile d'en rejeter un seul ou une seule pensée. Soit c'est la pensée elle-même qui me parle, soit c'est le fait qu'elle ait pu être pensée. Par exemple, je n'adhère pas à la démonstration de l'existence de Dieu de Descartes et pour autant son cheminement est parlant et l'idée d'une inspiration au-delà de l'homme signifie quelque chose (que ce soit vrai ou non). Peut-être y a-t-il aussi la peur de remettre une autorité reconnue en question... à creuser...

Pour en revenir au fait de penser par soi-même, pour être concret, j'ai toujours aimé échanger des idées (forums ou amis), mais aujourd'hui j'ai beaucoup plus de mal, car je me rends compte que même si les échanges sont sincères, s'ils traduisent quelque chose de potentiellement "puissant", cela restera superficiel, confus et brouillon, donc à quoi bon ? Parce qu'il n'y pas le temps, parce que nos connaissances sont limitées, parce que pour ma part mon intelligence ne me permet pas d'embrasser un problème de cet ordre dans sa globalité et je n'exprime finalement qu'une infime portion de ce que j'ai alors à l'esprit. Et pourquoi ne pas se retourner vers ceux qui ont vraiment creusé la question ? Lire, comprendre, puis oublier ?
Le seul intérêt que je vois est justement ce que vous souleviez ci-dessus, c'est-à-dire la satisfaction d'un désir d'orgueil, de voir ses idées prévaloir, et de se sentir "intelligent". Il y aurait bien aussi l'envie de faire découvrir à l'autre quelque chose qui nous paraît révélateur... Mais en fin de compte, pourquoi ? Si ce n'est pour confirmer ce qu'on a déjà pensé.

@Vangelis a écrit:En tout état de cause, tout n'a pas été pensé.
"Pensé", peut-être que si, mais tous les modèles n'ont pas été imaginés, tout n'a pas été écrit... Je n'en sais rien, en fait.

@Vangelis a écrit:Il reste donc de la place parce que l'on ne peut pas épuiser ni l'existence, ni la pensée.
De la place pour quoi ?

@Vangelis a écrit:Y arriverez-vous ? Là c'est un autre problème. Mais penser par soi-même n'est pas toujours (loin s'en faut) développer un système philosophique original. Ce peut être aussi une façon d'exprimer ce que vous avez intégré, dans le sens où vous n'êtes pas constitué uniquement d'une pensée, mais d'une pensée qui agit. Or cette pensée mise en situation débouche toujours sur des comportements, des actions et des jugements qui vont sensiblement s'éloigner de l'idée d'origine parce qu'elle se nourrit et se transforme par vos situations et vos réponses qui ne sont qu'à vous. Ainsi, partout où il y a de l'action et de la vie, et parce que vous êtes une individualité il y a aura toujours quelque chose à dire en propre. Vivez, confrontez-vous, et à défaut de devenir Kant vous parviendrez à devenir vous-même. Ce qui n'est déjà pas rien.
Avoir une pensée pragmatique ?
Pour ma part, actions et pensées sont biens distincts. J'agis dans le cadre qui est le mien (avec mes possibilités et tout mon background), mais ma pensée peut aller bien au-delà de mon propre cadre. Et si l'on excepte l'émotionnel, ce cadre peut s'adapter à n'importe quel type d'action, sans pour autant que je me convertisse à une nouvelle manière d'agir. C'est juste que dans l'ignorance du sens, j'agis avec automatisme, émotions, et conventions, mais la raison n'influe que peu, ou alors sous forme de "ma" raison.


Dernière édition par kerso le Jeu 18 Avr 2013 - 22:59, édité 1 fois
avatar
Ménandre
Messages : 10
Date d'inscription : 08/04/2013

Re: Quel intérêt de penser si tout a déjà été pensé ?

le Mar 16 Avr 2013 - 19:15
Bonjour,

Que vous ayez l'impression de lire toujours la même chose parmi les grands auteurs du passé est une preuve d'un bon esprit de synthèse et d'analogie. De bon fonctionnement du "cerveau droit", d'après les vulgarisateurs de neurologie. Seulement, ça vous apporte une vision tronquée des possibilités de la pensée et il n'y a rien de surprenant à ce que vous trouviez vain de "penser par vous-même" !

Ce n'est qu'à travers les contrastes des idées que l'on peut saisir l'histoire des pensées dans toute sa richesse. Essayez maintenant de voir ce qui oppose les auteurs plutôt que ce qui les rassemble. Tentez de saisir la distinction radicale entre Héraclite et Parménide, entre Platon et Aristote, entre l'épicurisme, le stoïcisme et le platonisme, entre le rationalisme et l'empirisme du XVIIe, entre Kant et Schopenhauer, entre Nietzsche et tout ce qui précède Nietzsche, etc.
Par cet exercice (askesia, ascèse), vous aboutirez à la pensée discursive, analytique, sur laquelle se base toute méthode rigoureuse. Dans ce tumulte d'idées, vous ne pourrez alors vous empêcher de vous situer par rapport aux grands auteurs, de prendre parti et d'avoir des opinions, puis, par souci d'honnêteté envers vous-même, vous douterez de votre position, la critiquerez, et en ressortirez grandi. Vous penserez peut-être autant "par vous-même" que "par les autres", mais vous penserez vraiment.
Et si votre esprit d'analogie, qui vous fait aujourd'hui voir une même pensée chez tous les penseurs, survit à cela, et bien, vos aurez tous les "prérequis mentaux" pour être un vrai philosophe, créateur de concepts.

A propos de votre tri... Oubliez-le. Crachez sur Cicéron et l'éclectisme. Une belle pensée est une dentelle, pas un patchwork. Lire Descartes sans s'attarder sur ce qui concerne Dieu, ou lire Nietzsche en fermant les yeux sur ce qu'il dit sur les femmes - simplement parce que l'on n'est "pas d'accord" avant même d'avoir lu - revient à renoncer à comprendre vraiment Descartes ou Nietzsche. Si vous voulez vous lancer dans la rude tâche qu'est la lecture et la relecture des anciens penseurs, il vous faudra tenter de comprendre jusqu'à ce qui peut vous sembler être leurs erreurs les plus grossières. Plutôt que d'attribuer le théisme de Descartes à son époque, ou la misogynie de Nietzsche à sa misère sexuelle, cherchez à voir en quoi ces "tares" avaient leur place dans les discours de leurs auteurs. Ce n'est qu'à ce prix que l'on peut les dépasser.
kerso
Messages : 5
Date d'inscription : 09/03/2013

Re: Quel intérêt de penser si tout a déjà été pensé ?

le Mar 16 Avr 2013 - 20:08
Merci Ménandre pour cette contribution, que je ne cerne pas encore complètement, car elle met en évidence des éléments de contexte que j'ai du mal à percevoir, tant je me me concentre sur l'idée en soi en la sortant du temps et de l'espace.

Cela ne m'empêche toutefois pas de voir (enfin percevoir) que les idées et modèles philosophiques semblent découler des mêmes questions ou besoins. Je ne vais pas développer beaucoup, j'en serai incapable, mais mon sentiment est que toutes ces thèses développées ne sont qu'une tentative de réponse au même questionnement de base (pourquoi suis-je là ? qu'est-ce qui est bien ? qu'est-ce que le bonheur ? etc.), aux mêmes besoins (appartenir à un genre, comprendre, être reconnu...).
Si l'on prend l'épicurisme et le stoïcisme, ne sont-ils pas tous deux une réponse à la recherche d'un équilibre. L'un en cherchant les plaisirs nécessaires auxquels on peut laisser libre cours, l'autre en reconnaissant ce qui dépend de nous et en se contentant de cela ?
Je comprends ces pensées, mais je suis incapable de prendre parti. L'origine est la même, la finalité est la même, seul le chemin diffère. Si je réfléchis à ma situation, je suis tantôt l'un, tantôt l'autre. Comment peut-on adopter une position et s'y attacher au point de développer des raisonnements et d'aligner des lignes de proses ou de vers sans jamais (en tout cas sans jamais reconnaître) que l'on dévie ? Comment peut-on adopter une ligne de pensée, avoir sa propre ligne de pensée ?

Ce que je dis a l'air de rejoindre votre conseil de prêter attention au contexte dans lequel les idées sont développées. Mais pour ma part, ce contexte change constamment, alors pourquoi serait-il déterminant pour un autre de manière continue vis-à-vis de sa pensée (de son œuvre) ? C'est assez égocentrique comme vision, je vais y travailler.

Au delà de ça, je reviens sur la question de Vangelis : "quel est mon objectif ?"
Peut-être qu'il y a également un désir (un besoin ?) de trouver un élément (un repère) stable, quelque chose dont je sois "sûr", quelque chose qui me guide dans les réponses que je peux donner à mes besoins et à mes questionnements. J'ai bien la façon dont j'y réponds aujourd'hui, mais il y en a tant d'autres (les nuances que vous évoquez) qui me paraissent acceptables (ou que je comprends), et je les pense (ou je les lis)... Et là encore je rebondis sur une remarque de Vangelis, peut-être que l'expérience de la pensée ne suffit pas, peut-être faut-il expérimenter par l'action pour évaluer. Mais que peut-on s'autoriser comme actions ? doit-on réaliser tout ce que nous pensons ?

Bon, c'est suffisamment confus pour que je m'arrête là pour le moment.
Juste une dernière question si je pousse à l'extrême, l'idée qu'une pensée ne vaut que dans son contexte, alors que vaut-elle en-dehors ? Pourquoi s'y attarder ? Y a-t-il 2 contextes identiques ?

(Une aspirine et au lit, bonne soirée).


Dernière édition par kerso le Jeu 18 Avr 2013 - 23:03, édité 1 fois
avatar
Ménandre
Messages : 10
Date d'inscription : 08/04/2013

lire

le Mar 16 Avr 2013 - 23:28
Bonjour Kerso,
Êtes-vous vraiment sûr que les questions que se posent les philosophes sont toujours les mêmes ?
Voyez-vous, la science est facile. Il y a différentes branches, chaque branche est définie par son champ d'intérêt et à chacune est associé la méthode la plus appropriée. La philosophie, malheureusement, ne peut pas se permettre le luxe d'une telle simplicité, car ce serait justement faire d'elle une science...

Un scientifique appartient à une science (math, biologie, sociologie, etc.), et répond aux questions de cette science avec les méthodes de cette science. Il a la chance d'avoir un "destin", car nous le destinons à faire quelque chose, d'une certaine manière. Mais faire le même don à un philosophe reviendrait à le priver de son statut de philosophe... Le philosophe doit faire face à l'absurde de sa situation. Il ne pratique pas une philosophie comme on pratique une science, il élabore sa philosophie. C'est à lui de définir ses questions et ses méthodes.
Quelles questions se poser ? Métaphysique ? Éthique ? Esthétique ? Pourquoi celle-ci en particulier ? Quelle méthode adopter ? Critique de type kantien ? Réduction phénoménologique transcendantale husserlienne ? Herméneutique d'inspiration heideggerienne ? Ou peut-être une analyse logico-linguistique telle que les aiment les anglo-saxons ?

Il y a bien sûr des "philosophes" qui tentent de continuer ce qu'ont fait les précédents, en se posant les mêmes questions, et en tentant d'y répondre avec les mêmes méthodes. Mais ce à quoi l'on reconnaît le vrai philosophe est sa volonté de questionner les méthodes autant que les questions qui lui sont proposées, de leur donner un nouveau sens, et si nécessaire, d'en trouver d'autres.

Voir l'unité ou l'opposition de deux pensées n'est qu'une question de point de vue, et tant que les deux pensées ne sont pas strictement identiques, les deux approches sont autant valables l'une que l'autre. Il est par exemple de coutume d'affirmer la quasi-identité de Démocrite et d'Épicure. Et bien, un certain Karl Marx a tout de même réussi à les voir comme deux personnages radicalement différents, opposés en tout (vous pouvez trouver la réflexion en question ICI).
C'est à ce genre d'exercice que vous devez vous livrer. Le stoïcisme et l'épicurisme n'était pas véritablement de bons exemples... Prenez plutôt, pour rester dans les classiques, Platon et Diogène. Êtes-vous sûr de pouvoir affirmer qu'ils se posaient les mêmes questions ?
Car se sont bien les questions (ainsi que les méthodes) qu'il faut comparer. Les "réponses" sont somme toute très secondaires !

Juste une dernière question si je pousse à l'extrême, l'idée qu'une pensée ne vaut que dans son contexte, alors que vaut-elle en-dehors ? Pourquoi s'y attarder ? Y a-t-il 2 contextes identiques ?
Et bien, étant pour ainsi dire bouddhiste, j'ai envie de vous répondre que non seulement d'un instant à l'autre le monde n'est plus le même (ou "ni le même, ni un autre"), vous non plus. Une pensée est toujours une création, et gagne toujours un nouveau sens de ses invocations, puisque jaillissant toujours de manière nouvelle dans un monde nouveau.

J'aimerais m'étendre un peu plus mais je n'en ai malheureusement pas le temps (révision...). A bientôt.
kerso
Messages : 5
Date d'inscription : 09/03/2013

lire 2

le Mer 17 Avr 2013 - 21:15
@Ménandre a écrit:Bonjour Kerso,
Êtes-vous vraiment sûr que les questions que se posent les philosophes sont toujours les mêmes ?
Sûr ? Non. Mais j'en ai le sentiment... Vouloir "donner du sens" peut se formuler de pleins de manières différentes : d'où vient-on ? vers quoi allons-nous ? qu'est-ce qui est bien ou mal ? qu'est-ce que le bonheur ? le monde existe-t-il en dehors de moi ?
Que l'on réponde qu'il y a un sens, ou au contraire qu'il n'y en a pas, la trame de fond est la même. Et au passage on en profite pour imaginer comment la réponse à cette question peut également satisfaire (ou justifier) les besoins humains (ou animaux).

@Ménandre a écrit:Voyez-vous, la science est facile. Il y a différentes branches, chaque branche est définie par son champ d'intérêt et à chacune est associée la méthode la plus appropriée. La philosophie, malheureusement, ne peut pas se permettre le luxe d'une telle simplicité, car ce serait justement faire d'elle une science...

Un scientifique appartient à une science (math, biologie, sociologie, etc), et répond aux questions de cette science avec les méthodes de cette science. Il a la chance d'avoir un "destin", car nous le destinons à faire quelque chose, d'une certaine manière.
Cela ne me paraît si évident, les limites sont floues, et savoir où s'arrête un domaine scientifique et où commence un autre ne me paraît pas du tout simple... Mais il est vrai qu'il y a une distinction (enfin une distinction qui me parle) : la science se contente du "comment ?", même si je soupçonne de nombreux scientifiques d'espérer trouver le "pourquoi ?". Pour moi la distinction est bien là, la science s'arrête au "comment ?" et la philosophie prend le relais pour tendre vers le "Pourquoi ?" (un peu bateau, mais bon...)
En conclusion, plutôt que de restreindre le domaine, je restreindrais le type de question :
- "comment ?" pour le scientifique.
- "pourquoi ?" pour le philosophe

Après, il y a peut être une question de méthode... Il est vrai que je suis plutôt scientifique, et par conséquent ai peut-être du mal à cerner "l'esprit" philosophique. Mais je crois que d'autres ont appliqué l'analyse (ou des méthodes scientifiques, de logique) avant... comme Russell par exemple... est-il scientifique ou philosophe ? Gödel, lorsqu'il aborde les fondements des mathématiques, ou Poincaré, sont-ils philosophes ou mathématiciens ? Personnellement, j'ai du mal à distinguer. La faculté de récurrence dans nos raisonnements est-elle une preuve de l'au-delà ? Est-ce une réalité ou une illusion ? Le raisonnement qui prend sens dans la pratique donne-t-il un sens à notre univers ?

@Ménandre a écrit:Mais faire le même don à un philosophe reviendrait à le priver de son statut de philosophe... Le philosophe doit faire face à l'absurde de sa situation. Il ne pratique pas une philosophie comme on pratique une science, il élabore sa philosophie. C'est à lui de définir ses questions et ses méthodes.
Peut-être puis-je alors vous retourner la question : en quoi les questions de ces philosophes diffèrent-elles fondamentalement ?

@Ménandre a écrit:C'est à ce genre d'exercice que vous devez vous livrer. Le stoïcisme et l'épicurisme n'était pas véritablement de bons exemples... Prenez plutôt, pour rester dans les classiques, Platon et Diogène. Êtes vous sûr de pouvoir affirmer qu'ils se posaient les mêmes questions ?
Je pense que leur recherche était la même, oui. Mais, leurs méthodes diffèrent certainement. Ce serait comme chercher à satisfaire sa faim. On peut la repousser (jusqu'à certaines limites), ou la satisfaire, qu'importe le prix. On peut estimer qu'elle est une nécessité (avec une finalité), ou un simple besoin. Qu'elle est une conséquence ou une cause. Qu'y répondre est bien ou mal. Mais au final la question reste la même : "comment répondre à cette faim ? Et puisque j'avance un "pourquoi ?" comment cela s'articule-t-il ?. Pour moi, chercher une réponse au "sens" est un besoin du même ordre, et est celui du philosophe... en trame de fond...
Cela dit, je n'étudie pas la philosophie, et je ne parle donc que "d'émotions" et de "ressentis" vécus au contact des textes, extraits, que j'ai eu la chance de côtoyer.

@Ménandre a écrit:Et bien, étant pour ainsi dire bouddhiste, j'ai envie de vous répondre que nous seulement d'un instant à l'autre le monde n'est plus le même (ou "ni le même, ni un autre"), vous non plus. Une pensée est toujours une création, et gagne toujours un nouveau sens de ses invocations, puisque jaillissant toujours de manière nouvelle dans un monde nouveau.
Alors à quoi bon raisonner et retranscrire sa pensée, puisqu'elle ne perdure pas ? Carpe diem... agissons dans le présent... Le passé n'existe plus et le futur n'existe pas... Le présent ne se décrit pas, car il est alors déjà passé.

@Ménandre a écrit:J'aimerais m'étendre un peu plus mais je n'en ai malheureusement pas le temps (révision...). A bientôt.
Bonnes révisions, alors !

Pour kind of blue, merci du commentaire.

Les 3 niveaux de socialisation me rappellent un peu ce que je rétorque souvent aux avis qui me sont donnés, à savoir "à quelle échelle de temps et d'espace vous placez-vous ?"
- Est-ce que vous parlez pour vous, pour votre groupe, pour l'humanité, ou pour l'univers ?
- Est-ce l'instant présent que vous considérez ? Votre vie ? l'existence de l'humanité ? Ou l'existence de l'univers ?

Et sur l'inné et l'acquis, pour m'être un peu penché sur la question, notamment via l'éthologie (le comportement animal), je dirai que ni l'un ni l'autre n'existent vraiment.
Nous avons (les animaux, et l'homme a peut-être un truc de plus... je ne sais pas) un développement (issu de notre patrimoine génétique, lui-même issu de la sélection...) qui autorise les apprentissages à des instants bien donnés. Pour certaines espèces d'oiseaux, par exemple, l'apprentissage du chant n'est possible qu'à certains instants de la vie. Mais il n'est pas inné. Et n'est pas uniquement acquis, puisqu'il dépend du moment l'individu est sensible à cet apprentissage.

Ménandre parle de nuances... Et oui, le monde n'est que nuances. Lorsqu'on les extrapole on aboutit à des paradoxes, lorsqu'on les accepte on devient incapable de distinguer quoi que ce soit. (Je n'affirme pas une vérité, simplement un ressenti...) Comment raisonner dans un tel contexte ? Et quel intérêt de raisonner par soi-même ?


Dernière édition par kerso le Ven 19 Avr 2013 - 9:04, édité 1 fois
Christon
Messages : 1
Date d'inscription : 08/12/2014

Nous sommes des recepteur-transformateurs de la pensée universelle

le Sam 10 Mar 2018 - 11:29
Nous fonctionnons comme les neurones de nôtre cerveau, les courants de pensées cherchent des connexions où se relier, se développer, vivre quoi, cela par résonnance sur un sujet.
Nous sommes tous connectés par ces courants de pensées collectives, mais parfois il advient, lorsque l'on travaille précisément sur un sujet, d'approfondir justement une question... En soi, il arrive une réponse, quelque chose de nouveau, jamais lu, entendu... c'est "Eurêka!, et voilà, on tombe dans le piège de se croire concepteur d'une nouvelle idée, sauf que c'est la Vie qui parle, nous n'avons de rôle et de responsabilité que de la partager... Se croire auteur est sans doute une orgueilleuse erreur, (Tout existe déjà dans cet univers!), se considérer "révélateur" peut-paraître plus juste!
"Cela dans une période donnée où un besoin trouvera satisfaction grâce à votre apport."
Et c'est sur ce mot Juste que je souhaite rebondir, car c'est le sujet de prédilection qui me fascine.... Je suis co-concepteur (on est du coup toujours co- !) d'une étude sur ce principe d'équité, que je partage et utilise même en thérapie puisque les conséquences d'une non-équité pèse sur notre vie, lorsque nous ne sommes pas assez à son écoute...   (sujet dans consilience-bien-être.net)
"Toujours nous trouverons que l'on se fait du tort en ne voulant pas faire simplement ce qui est juste et que telle est l'origine de tous nos malheurs!"  citation de Démosthène, Athènes 322 av JC

Donc, oui, creuser, mais en sachant que nous sommes en fait de simples récepteur-transformateurs qui oserons mettre à jour une idée, qu'il se peux que d'autres transformateurs comme vous ai pensé aussi... Cela n'enlève rien à la potentialité de votre message, nos concitoyens ont besoin de rafraichissements pour sortir de l'ornière des conventions...
avatar
Armel Gonnifius
Messages : 6
Date d'inscription : 17/09/2017

Re: Quel intérêt de penser si tout a déjà été pensé ?

le Dim 11 Mar 2018 - 21:16
Chers amis, cher kerso,

Cette discussion se propose d'interroger l'utilité, peut-être la légitimité de ladite discussion: c'est bien le genre de réflexion spéculaire dont raffolent les philosophes. Je trouvais donc intéressant de commencer ma petite contribution en trahissant le paradoxe et surtout l'échec pour ainsi dire structurel d'une pensée ayant pour objet sa propre insignifiance.


Il y aurait beaucoup de choses à dire, mais puisque seuls les propos ayant de l'intérêt sont ici tolérés, je vais essayer de faire court et pertinent.
Une première réponse évidente à la question, «pourquoi penser par soi-même puisque tout a été pensé» est de signaler que toute pensée, et peut-être surtout celle d'autrui, n'est accessible qu'au prix d'un effort, c'est l'activité intellectuelle d'un sujet pensant qui se singularise nécessairement au cours de son expérience de lecture. Autrement dit, toute lecture de type philosophique -j'entends par là dont la substance et la visée sont philosophiques- est production originale: personne ne lit Spinoza de la même manière. Penser par soi-même est donc une fatalité.

Cependant il est possible de ne pas s'arrêter sur ce constat d'une certaine manière déprimant, en ajoutant que l'intérêt de l'activité intellectuelle proprement philosophique n'est jamais -affirmation apparemment cavalière mais qui me semble indépassable- a priori autre chose que sa propre activité (nous rejoignons ici la spécularité dont il était question au début de l'intervention).
Se poser des questions n'est absolument pas l'apanage du philosophe, ce qui le différencie de l'homme, disons banal, est l'intérêt intrinsèque qu'il accorde à la pratique philosophique. Alors oui, l'histoire des idées n'est peut-être qu'une suite de variations de quelques thèmes inlassablement revisités, mais il n'est pas interdit de penser que ces thèmes ont parfois été enrichis (c'est une affirmation qui mériterait certes une autre discussion entière) ou qu'ils puissent l'être encore. Penser par soi-même revient dès lors à faire preuve d'un certain optimisme: cela trahirait un secret espoir de progrès possible, ou pour le moins de l'utilité d'une pensée nouvelle -ou du renouvellement d'une pensée déjà existante chez un auteur ancien, peu importe.

La vraie difficulté est donc moins à propos de «penser par soi-même» que sur le «pourquoi». C'est se demander pourquoi faire ou accepter de faire ce que l'on n'est pas libre de ne pas faire. Les réponses sont multiples, et correspondent en réalité à la quintessence de toute philosophie. C'est en ce sens que Camus disait que la seule question philosophique vraiment sérieuse, c'est celle du suicide: refuser de penser par soi-même revient à refuser de vivre. Alors il faut penser, pour ne pas disparaître.
En somme, la réponse au pourquoi est à la fois simple et indicible; elle relève du même mystère qui fait de chaque individu un être aussi singulier qu'universel, à la fois Homme et homme (ou femme évidemment). Pour continuer avec Camus, l'important n'est pas que Sisyphe soit heureux, mais bien de l'imaginer c’est-à-dire de le penser ainsi: son bonheur sera alors le vôtre, vous aurez fait un pas vers une sagesse de type philosophique bref, vous aurez vraiment pensé par vous-même.


Ainsi il est possible de reformuler la réponse comme, il faut penser par soi-même pour ne pas que «soi» disparaisse, ou encore pour le créer, le façonner. C'est une réponse finalement assez faible, et elle impose assez rudement de faire l'expérience de la vanité de toute entreprise humaine; peu importe après tout, le prix de la lucidité est peut-être bien le désenchantement: reste à poursuivre son cheminement vers la sagesse, et accepter pleinement et joyeusement l'absurdité de la vie, et par extension de toute pensée.
Revenir en haut
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum