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Corvus corax
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L'homme a-t-il des droits sur les animaux ?

le Dim 9 Déc 2012 - 15:35
Avons-nous le droit de disposer de la vie d'êtres vivants si nous n'en avons pas le besoin ?

Nous faisons partie des métazoaires, ceux d'entre eux qui ont un système nerveux doivent probablement ressentir la douleur. La douleur est un outil évolutif qui permet de détecter un danger. La peur doit permettre de le fuir.
Le bonheur est l'outil qui permet de détecter une opportunité. Dans ce contexte, je pense que les êtres vivants qui ne peuvent fuir, ne peuvent ressentir ou percevoir le monde de façon analogue à la nôtre, comme les végétaux. C'est pourquoi j'exclus ces derniers de ma théorie car même si j'entretiens une véritable passion pour certains d'entre eux, je ne prétendrai jamais les comprendre et de toute façon, j'ai besoin de les consommer pour survivre.

Bref, je pense que certains animaux vivent en "symbiose" avec l'homme, comme le chien, la vache, le poulet. Je peux leur prendre certaines choses ou leur demander certains services en échange de nourriture et de protection. Mais en aucun cas, je ne peux leur prendre la vie si j'en ai le choix.
L'homme a tendance à établir une échelle de ce qui se mange ou pas, en fonction de son rapprochement affectif, mais c'est une échelle arbitraire. Cette justification nous donne-t-elle vraiment le droit de décider qui va vivre ou mourir ?
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Intemporelle
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Re: L'homme a-t-il des droits sur les animaux ?

le Dim 9 Déc 2012 - 17:00
Vous minimisez la différence entre homme et animal. Le bonheur est un sentiment spécifiquement humain, les animaux ressentent de la douleur ou du plaisir, mais pas le bonheur qui est une idée de l'imagination, l'idée d'un tout de satisfaction.

Qu'il s'agisse des lois, ou des droits, ce sont des législations qui ne peuvent s'appliquer qu'à des hommes, qu'à des êtres capables de se donner à eux-mêmes les lois de fonctionnement de leur monde, par autonomisation relative vis-à-vis des lois de la nature. Sur le plan de la rigueur conceptuelle, les animaux n'ont ni droits, ni expérience du bonheur.
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Corvus corax
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Re: L'homme a-t-il des droits sur les animaux ?

le Dim 9 Déc 2012 - 22:22
A mes yeux, la philosophie est un outil cognitif servant à comprendre ce que la science ne peut encore expliquer et détermine le comportement à adopter face à nous-mêmes, aux autres, et au monde matériel.

Le bonheur est si difficile à définir que je n'aurais peut-être pas dû utiliser ce mot. En le définissant tel un moment au cours d'une vie, dans lequel aucune sensation négative ne fait ombrage à l'état émotionnel de l'être et également éprouvé par un stimulus émotionnellement positif et intermittent ou un outil de détection d'opportunité. Le droit est aussi une notion ambiguë car il dépend de celui qui l'exerce et de celui qui le donne. Celui qui donne ces droits a le pouvoir, c'est-à-dire un avantage sélectif sur les autres espèces. Je pense que ceux qui détiennent le pouvoir ont un devoir envers ceux qui dépendent d'eux. L'homme a le pouvoir de détruire toute vie mais son devoir dépend de sa conscience et des émotions qu'il ressent à l'idée de son acte. S'il ressent une émotion positive, il appuie sur le "bouton rouge", si c'est une émotion négative, il n'appuie pas. Les capacités émotives d'un être lui donnent la capacité de faire des choix donc le pouvoir. Les capacités émotives d'un être lui donnent donc un pouvoir, des devoirs et des droits. Notamment, cela lui donne le devoir de prendre soin des autres membres de son espèce en dépit des membres d'autres espèces mais ses émotions ou son devoir lui dicte également de prendre soin des autres espèces, de leur diversité et de leur bonheur.
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JimmyB
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Re: L'homme a-t-il des droits sur les animaux ?

le Lun 10 Déc 2012 - 9:02
Tout d'abord il existe des droits pour les animaux. Rien qu'en France existe une charte des animaux et des lois encadrant la maltraitance et l'abandon. Ensuite vous confondez droits et devoirs. Les droits exigent une réciprocité, les devoirs non. Pour quelle raison ? Parce que nous sommes dans un régime politique qui défend l'égalité, or tout le monde ne possède pas les mêmes capacités à respecter un devoir mais l'on peut accorder à tout le monde les mêmes droits. Dans la notion de droit c'est la société qui est actrice en permettant la préservation de ceux-ci et en les définissant, dans celle du devoir c'est le citoyen qui est en charge de s'y investir. On ne peut exiger de chaque citoyen la même chose mais on peut exiger de la société le même égard pour tous. C'est une conception commune en Occident. Après il existe des décalages économiques qui entraînent des déterminismes sociaux et donc des inégalités, mais ce n'est plus le sujet.

Et c'est bien cela le problème, les animaux ne sont pas des citoyens. Donc il ont des droits a minima et nous avons des devoirs a minima envers eux. Il nous est interdit d'être cruels et eux ont un droit de protection, d'où la SPA par exemple.
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Intemporelle
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Re: L'homme a-t-il des droits sur les animaux ?

le Lun 10 Déc 2012 - 13:29
Philosophiquement parlant, parler de droits des animaux n'a aucun sens. Il en existe de fait, mais uniquement par projection. Si vous leur enlevez leurs droits, les animaux n'iront pas vous les réclamer. Il ne peut exister de droit véritable que pour une personne, au sens philosophique du terme. Les droits ou lois qui sont liés aux animaux, ou à des biens matériels ou immatériels, ou encore à des espaces géographiques (je pense notamment au droit de la mer) ne sont pas liés à ces objets en tant que tels, mais en tant qu'ils sont liés aux hommes. Et vous restez précisément dans cette logique anthropocentrique, puisque la seule manière à laquelle vous pouvez penser pour défendre les animaux, c'est leur dénier leur spécificité, et les rapprocher le plus possible de l'homme, en niant ou minimisant l'écart entre les deux, un écart au passage qui n'est pas quantitatif, mais surtout qualitatif.
La preuve est bien que les défenseurs des droits des animaux s'appuient sur la volonté de faire reconnaître aux animaux le statut de "personne", ce qui est une aberration philosophique.

Un droit implique une reconnaissance. Qu'est-ce qu'un droit qui ne serait qu'unilatéral ? Qui ne concerne que le regard que l'homme porte sur les animaux et le statut qu'il choisit de leur attribuer dans le monde ? Un droit, dont ceux qui en bénéficient, non seulement en fait ne sont pas  capables de le comprendre ou de le réclamer en fait, mais surtout, n'en seront jamais capable en droit ?

Je précise que je ne prends pas parti ici, je suis personnellement contre la violence gratuite faite aux animaux, et le fonctionnement global de l'élevage industriel. Ceci étant dit, j'estime que les défenseurs des droits des animaux se trompent d'angle d'attaque, d'où toute ma critique ci-dessus. Ce n'est pas en jetant sur les animaux un regard anthropocentrique, qui leur enlève toute leur spécificité, que vous parviendrez à mieux les défendre, au contraire, ça ne fait que décrédibiliser la position des soi-disant "défenseurs des animaux", qui croient s'écarter de la position égocentrique dominante, alors même qu'ils restent dans cette logique.

Je ne parle pas d'une reconnaissance du côté des hommes, mais d'une reconnaissance du côté des animaux. Les hommes peuvent attribuer tous les droits qu'ils veulent aux animaux en fait, mais en droit, les animaux ne seront jamais capables de comprendre, reconnaître, et s'approprier ces droits, parce qu'avoir des droits, cela suppose un être doué de raison (ou de liberté, ce qui revient au même dans une perspective kantienne), donc de pouvoir être lié à des obligations. On n'est pas dans l'ordre de la relation, mais dans l'ordre de l'imposition, l'homme en donnant des droits aux animaux, est juge et partie des droits qu'il octroie, il nie le rapport à l'animal, donc on reste dans une logique de domination, et de rapport antropocentré. On ne sort pas de l'égocentrisme de l'homme, qui se réserve le droit de décider non seulement de sa place dans la nature, mais de la place que doivent occuper tous les autres êtres de la nature : c'est lui qui assigne son statut à l'animal. Il en est de même pour ce qui est des animaux domestiques, qui relèvent encore une fois d'une assignation vis à vis du règne animal. Cela m'a toujours étonnée qu'on puisse se prétendre défenseur des animaux, et que dans le même temps, l'on possède un animal domestique, alors même que la création des animaux domestiques est quand même l'expression la plus aboutie de la domination de l'homme sur l'animal, et de la négation de la spécificité de l'animal, puisqu'il est dressé, intégré de force dans un monde où il doit se plier aux contraintes humaines, il est en quelque sorte "humanisé", transformé en l'un de ces multiples objets qui ne sont là que pour servir l'homme, ni plus ni moins qu'une peluche. Donc se prétendre "défenseur" des animaux, et justifier le fait que l'homme aie des animaux domestiques, tout en s'offusquant qu'il mange de la viande, pour moi cela relève d'une contradiction. Au moins manger de la viande relève des besoins de l'organisme (ce n'est pas pour rien que les végétaliens qui se privent de toute protéine animale, doivent en complément prendre des pilules) alors que l'animal domestique relève tout simplement du besoin de l'homme d'avoir un être entièrement asservi à sa satisfaction. Il n'y a aucun respect d'aucune sorte là-dedans.

Le bon angle d'attaque serait de réaliser une bonne fois pour toute que la nature était là avant l'homme, que la nature sera toujours là après l'homme, et donc de s'interroger sur les logiques anthropocentriques qui sous-tendent tous nos rapports à la nature et à l'animal, et notamment celles qui sous-tendent le discours des soi-disant "défenseurs des animaux" : est-ce vraiment les animaux qu'ils défendent, ou une certaine idée que l'homme se fait de l'animal ? L'exemple des requins est très éclairant : après les attaques de requins très médiatisées de cet été, d'un côté on a les pêcheurs et les surfeurs qui proposent de les tuer, de l'autre les défenseurs des animaux qui proposent de les "déplacer", de créer des réserves en gros, où ils seraient tranquilles, tout en ne pouvant plus blesser d'hommes. Le problème aboutit à une impasse quand, comme à la Réunion par exemple, les requins se trouvent déjà dans une réserve. Dans les deux cas, le rapport à l'animal est pensé avant tout dans la perspective de la sécurité humaine, dans les deux cas, l'animal est réduit à un meuble, à éliminer ou à déplacer. Le terme même de "réserve" est ambigu, réserve pour qui ? Ceux qui prétendent protéger les animaux sauvages, ne les protègent pas en tant que tels, mais à titre de réserve pour l'homme, qui, ils l'espèrent, réalisera un jour que la préservation de l'écosystème est indispensable à sa qualité de vie sur terre. A vrai dire, je ne sais pas si cette logique anthropocentrique est mauvaise en soi, s'il faudrait même désirer en sortir, mais je pense qu'il vaut le coup de s'interroger sur elle, puisqu'elle est au fondement de tous nos rapports à la nature. Les industriels de l'agroalimentaire au moins l'assument, alors que les défenseurs des animaux ne se rendent même pas compte de combien elle imprègne leurs discours, et c'est là leur principale faiblesse.

Entre l'homme et l'animal, il y a une différence qualitative. La raison est le propre de l'être humain, et en minimisant cette différence essentielle, on tombe dans le travers anthropocentrique, puisque on annihile la différence entre l'homme et l'animal, pour défendre les animaux, comme s'il fallait nier leur spécificité, leur différence pour obtenir leur protection.
Prenons l'exemple de la maladie, qui est toujours une anomalie par rapport à une norme de l'espèce. Mais du point de vue de la norme du vivant, cela dépend des maladies. Si l'organisme parvient à s'adapter, et à créer de nouvelles normes de fonctionnement qui lui permettent de vivre, même si c'est de manière diminuée, il crée une nouvelle norme du vivant (puisque la norme du vivant n'est rien d'autre que ce qui permet la conservation de la vie). Il y a une re-hiérarchisation des fonctions dans la maladie, une ré-organisation de l'organisme autour de l’élément malade, la partie bouleverse le tout, et le tout est forcé de se réinventer pour continuer à vivre avec la maladie de la partie. Canguilhem a écrit des choses très intéressantes là-dessus, dans Le Normal et le Pathologique. Mais précisément, Merleau-Ponty, qui lui répond d'une certaine manière, montre que cette invention de normes reste au niveau de l'individu, et ne permet pas la constitution d'un nouveau partage du monde (donc ne peut constituer une norme pour l'espèce). Pour développer brièvement, dans la vie quotidienne, nous ne sommes que très rarement rapportés à notre corps, le corps fonctionne un peu comme l'outil de Heidegger, qui ne se phénoménalise que lorsqu'il perd son usage, que lorsqu'un dysfonctionnement survient. C'est pourquoi Bichat définit la santé comme « le silence des organes ». Mais la maladie, en tant que le corps est le lieu de notre être au monde, nous rapporte d'une toute autre manière au monde, puisque le corps soudain se phénoménalise, on n'est jamais autant conscient de notre condition corporelle que lorsqu'on est malade, soudain le corps devient pesant, encombrant, "de trop". Cependant, ce nouveau rapport au monde, qui est celui du malade, reste individuel, ne permet pas un partage de ce monde avec l'homme sain (alors que le monde de l'homme sain, est habitable par l'homme malade). En ceci que précisément, l'oubli du corps est la condition d'une certaine efficacité de notre action dans le monde (cf. la grâce de la danseuse, ou encore la dextérité du pianiste), la question du partage du monde, est comme le retour entêté de la question de la norme. C'est en cela que l'on peut parler d'anomalie, selon le point de vue auquel on se rapporte, point de vue de l'espèce humaine / point de vue du vivant.
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Desassocega
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Re: L'homme a-t-il des droits sur les animaux ?

le Mer 12 Déc 2012 - 20:19
Je n'ai pas vraiment suivi le débat, mais quant à la question de savoir si les animaux sont doués de raison, de nombreux philosophes pensent qu'ils le sont, et que la différence avec l'homme est seulement de degré, et non de nature...
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Vangelis
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Re: L'homme a-t-il des droits sur les animaux ?

le Mer 12 Déc 2012 - 21:09
Le changement de degré ne débouche-t-il pas sur un changement de nature ?
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Intemporelle
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Re: L'homme a-t-il des droits sur les animaux ?

le Mer 12 Déc 2012 - 21:26
Le glissement lexical qui se produit dans votre propos de raison, à intelligence, montre que vous ne prenez pas le terme dans le même sens que moi. Je le prends au sens philosophique (comme je l'ai plusieurs fois précisé) : dans cette perspective, la raison ne se réduit pas à l'intelligence, ou à un ensemble de facultés cognitives (ce qui est plutôt de l'ordre d'une définition scientifique), elle les comprend. Je répète ce que j'ai déjà dit plus haut, pour que ce soit plus clair : au sens philosophique, et spécifiquement kantien, la raison, c'est la liberté, au sens d'autonomie, de capacité à se donner ses propres lois, et non pas à les tirer de la nature (instinct), ou de sa nature (nos passions par exemple). C'est seulement à ce titre, que la raison définit la personne : c'est d'ailleurs sur ce présupposé moral kantien, que la plupart des définitions juridiques s'appuient, la personne c'est l'être qui peut répondre de ses actes, c'est-à-dire l'être qui a agit en toute liberté et en toute conscience de ses actes. C'est pour cela que je vous parle de différence qualitative et non quantitative, puisque de la liberté, à l'absence de liberté, il n'y a pas de degrés.

Heidegger développe une analyse très intéressante sur ce point dans Les concepts fondamentaux de la métaphysique, monde, finitude, solitude, en montrant comment l'animal est pauvre en monde, puisqu'il ne peut sortir de son milieu biologique (il s'inspire ici du propos de Uexküll sur le monde de la tique, dans Mondes animaux, Monde humain) alors que l'homme est configurateur de monde, parce que précisément, il peut "absenter le monde", s'abstraire du milieu. D'où sa fameuse formule : « l'homme n'est pas dans le monde comme un poisson dans son bocal ». Je vous conseille de lire Kant et Rawls en profondeur, pour éviter ce genre de contresens à l'avenir.
L'animal est ce qu'il est, il est défini par sa nature, par ses instincts, alors que l'homme devient (il est en quelque sorte dépourvu de nature fixe). Alors que l'animal est l'effet d'une nature, l'homme est le produit d'une histoire. Une telle différence est qualitative, puisqu'il ne s'agit pas d'un stade plus élevé dans l'un ou l'autre cas (ce sur quoi Rousseau insiste en montrant que l'homme peut tomber plus bas que la bête, puisque précisément, il devient, sans que ce devenir ne soit fixé), mais de deux modes d'être différents.
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Zingaro
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Les animaux ont-ils des droits ?

le Lun 26 Aoû 2013 - 17:36
Y a-t-il des droits des animaux ?
 
Le droit français accorde aujourd’hui aux animaux le statut d’objet, par opposition au statut de personne. C’est-à-dire qu’à l’instar d’un meuble, l’animal peut être la propriété d’une personne. Il bénéficie toutefois d’un régime particulier : la loi cherche à le protéger de tout acte dit de cruauté perpétré à son encontre ; ce ne sera pas le cas avec une armoire. Le droit, sans le dire ouvertement, reconnaît ainsi la qualité d’être "sentients" aux animaux - du moins, à certains animaux ; il reconnaît que l’animal connaît la douleur, entre autres. Néanmoins l’idée qu’un animal puisse être un sujet de droit, au même titre qu’une personne, est loin d’être unanimement admise. 
A travers l’idée d’environnement, et toutes les problématiques qui lui ont trait, les êtres humains, forcément au centre (environnement… de qui ?), reconnaissent que leurs ressources soient limitées et que les éléments qui composent leur cadre de vie soient interdépendants, en sorte qu’il n’est pas possible d’affecter un élément de ce cadre sans que cela modifie d’autres éléments. Éradiquer ou chercher à éradiquer une espèce nuisible à certaines cultures peut, par exemple, cela s’est vu, produire des effets souvent inattendus et parfois néfastes eux aussi. Dans la mesure où il tient un rôle qui participe de cet environnement de l’homme, l’animal a une valeur pour les hommes relative à leur qualité de vie, à leur bien-être. Un exemple emblématique serait la disparition des abeilles qui ne tarderait pas à provoquer la disparition de bon nombre de végétaux et l’effondrement de tout un pan de l’environnement. Autant de sinistres conséquences pour les hommes eux-mêmes, leurs technologies étant en l’état incapables de palier à cela.
Ainsi les animaux ont une valeur selon la place qu’ils occupent dans l’environnement des hommes. Cela ne fait pas d’eux des sujets de droit pour autant. L’enjeu que représente la préservation de la flore et de la faune est directement porté sur les hommes, il s’agit finalement de les protéger d’eux-mêmes et de leurs pratiques. La valeur d’un animal dépendra de sa place dans l’écosystème et, dans ce cadre, malgré qu’il soit un être sentient, un animal peut ne représenter strictement aucune valeur dans la mesure où sa disparition n’entraînerait pas ou peu de conséquences pour les hommes. Il faut toutefois noter que notre connaissance des chaînes de causalités liant entre eux les éléments de notre environnement est limitée sinon faible : loin s’en faut que nous sachions prévoir les conséquences de nos actes à une échelle globale. Nous pourrions invoquer un "principe de précaution" voulant que nous ne laissions pas certaines espèces disparaître sans savoir encore précisément les conséquences que leur extinction engendrerait. Pour rappel, l’extinction des espèces est actuellement plus rapide qu’après le cataclysme qui provoqua la disparition des dinosaures.
Voilà ce qui conduit certains théoriciens et idéologues militant pour les droits des animaux à utiliser le néologisme « êtres sentients ». Ils désignent par-là la sensibilité des animaux les rapprochant d'êtres humains en ce sens qu’ils connaissent également la douleur, qu’ils fuient, le plaisir qu’ils recherchent. En somme, il s’agit de reconnaître à l’animal une "valeur intrinsèque". L’expression peut prêter à sourire ; par valeur intrinsèque nous entendons que sa propre existence n’est pas indifférente à l’animal, les événements qui adviennent ne le laissent pas indifférent, il a des intérêts. Cela dit, rien n’oblige les hommes à valoriser cette valeur intrinsèque qu’a l’animal par et pour lui-même. Mais enfin, reconnaître cette valeur n'implique pas non plus de faire des animaux des sujets de droit dans la mesure où ils sont incapables de connaître les notions nécessaires à ces derniers. Un enfant non plus n'en est pas capable, il en est toutefois capable en puissance. Ainsi une condition au statut de personne est la capacité en puissance de comprendre les notions indispensables au sujet de droit, en conséquence de quoi les animaux ne peuvent pas se voir attribuer un tel statut. De plus, faire des animaux des sujets de droit conduirait inévitablement à des absurdités, nous devrions par exemple réparer le préjudice causé par un chien lors de son affrontement avec un renard...

En revanche, les espèces (et non les individus) et certaines puissances naturelles telles les cours d'eau ou les forêts peuvent se voir reconnaître des droits que la loi devra protéger. Bien que cela revienne in fine à formuler des devoirs et reconnaître la responsabilité des hommes, ces puissances naturelles pourraient tout à fait être des personnes morales. Mais ce statut correspondrait en fait, soit à la valeur qu'ils incarnent dans l'environnement des hommes, soit à la valeur qu'ils incarnent par défaut à travers le principe de précaution dont nous parlions plus haut. Néanmoins, est-il possible de reconnaître et de valoriser par l'intermédiaire du droit, la valeur intrinsèque des êtres sentients ?
Pour ma part je pense qu’il faut valoriser cette "valeur intrinsèque". Je pense qu’il est inacceptable que des millions de bêtes naissent vivent et meurent dans des conditions infâmes afin de nourrir des millions de bouches qui pourraient aisément s’en passer. Tuer pour se nourrir ne me pose aucun problème, mais les conditions d’élevage de ces bêtes me rendent malade. Surtout lorsque je pense que la plupart des consommateurs de viande mangent bien plus que de besoin et sont parfaitement indifférents à ce qu’il y a derrière leur steak. J’aimerais que l’on me dise ici si ces "raisonnements" sont erronés en regard du droit et que l’on m’explique pourquoi. J’aimerais également que l’on raisonne sur des aspects peut-être plus philosophiques, relatifs à la valeur de la question elle-même, car se sont opposés à cette réflexion de nombreux individus qui se revendiquent de Nietzsche et qui ont affirmé que cette réflexion n’avait pas même lieu d’exister, qu’elle trahissait la faiblesse de leurs auteurs. J’aimerais comprendre en quoi ces réflexions sont ou ne sont pas dignes d’un philosophe.
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