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Lucien Cadet
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Re: Être juste.

le Sam 26 Mai 2012 - 22:55
Bonsoir Jean,

Pour en venir à Nietzsche, il me semble justement qu'il inaugure, en partie (j'espère que ce n'est pas trop de le dire ainsi) une sociologie, car le sentiment de culpabilité n'existe que chez les "puissants", c'est-à-dire ceux qui savent qu'ils vivent mieux en société que les "faibles" : ils ont plus de possibilités de participation. Je dis une "sociologie" car il pose un problème socio-politique : celui des rapports de force entre les "puissants" et les "faibles". Kant justement pose la question de la responsabilité, mais Nietzsche en fait la critique précisément dans la mesure où Kant "rationalise" la morale et, aux yeux du philosophe de la Naissance de la tragédie, pose un voile théologique sur la "morale" en "reliant" les hommes entre eux. Or, pour ce dernier, la vie ne saurait être jugée.
le tigre
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Être juste

le Lun 6 Aoû 2012 - 15:14
Bonjour !

"Être juste", une question tacite bien vaste. Être désigne, selon moi, la première interprétation que chacun peut se constituer : l’être corps et esprit qui naturellement implique l’intelligence, la subjectivité, le jugement.  Pour moi la justice n'existe pas, elle désigne selon l’interprétation contemporaine, le fait d'agir sur quelqu’un ou quelque chose, en fonction des agissements de ce sujet. Cependant la justice est historiquement tissée avec l'injustice. Exemple concret : une pomme a été volée, elle représentait le trésor d'une famille, avec "actualité" je vais retrouver le voleur et l'emprisonner, justice est faite. Cependant suis-je résolument juste avec le prisonnier ? A-t-on trouvé une "balance" entre les deux ? établi un équilibre ? manifestement non. C'est pourquoi la justice se limite à un certain seuil, degré : je donne 4 pommes à 4 familles, justice rigoureusement faite. J'emprisonne quelqu'un pour son vol de pomme, la fin de l'affaire n'est pas "équilibrée" parfaitement, le prisonnier recommencera peut-être.

Je crois que le fait d'être juste  n'existe pas tant qu'il ne débouche pas sur un accord moral, intérieur plus qu'Extérieur, et pour finir, à l'insu de l'idée préconçue, le terme juste n'est pas si carré, équilibré que ça. Merci ! (dsl pour les pommes...).
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broceliand
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Re: Être juste.

le Lun 6 Aoû 2012 - 17:14
Bonjour à vous le tigre,

Vous écrivez :
tigre a écrit:Pour moi la justice n'existe pas
Qu'est-ce que cela signifie ?

Je vous demande cela car je pense avoir une idée de la Justice qui s'approche de la vôtre. Effectivement je conçois la Justice comme une limite parfaite de nos tentatives de justice (donc justices humaines) et par-là, je rejoins Pascal lorsqu'il écrit, dans ses célèbres Pensées, que "nos instruments sont trop mousses" pour pouvoir toucher la véritable Justice (on peut mieux comprendre cette image si l'on représente la justice comme un "pic pointu" [pléonasme peu heureux je le concède] et l'ensemble de nos tentatives de justice [droit positif, châtiments par exemple] par une sorte de tissu moelleux venant se superposer sur ce pic : jamais la forme empruntée par le tissu ne sera exactement identique au pic d'origine  :scratch: bon là je vous l'avoue ce n'est pas terrible comme image, enfin c'est comme cela que je me représente la citation de Pascal)

Plus loin vous ajoutez :
tigre a écrit:je donne 4 pommes à 4 familles, justice rigoureusement faite
Vous remettez en cause votre première thèse : ici la justice humaine se confond avec la justice absolue (la Justice) (à moins que votre thèse soit finalement : il existe différents types de justice humaine qui ne se superposent que rarement avec l'Idéal de Justice)

Mais surtout vous donnez une définition de la justice que je nommerai, tout comme Aristote, arithmétique. Pour vous la justice apparaît comme corrective :  la Justice doit rétablir un équilibre, équilibre qu'un acte injuste aurait chahuté. Néanmoins, pour prolonger votre questionnement, Aristote, notamment à travers son Éthique à Nicomaque étudie ce problème. Tout comme vous il trouve une justice corrective (justice arithmétique) mais il fait l'expérience d'une autre forme de  justice. En effet, comment le chef de la cité peut-il redistribuer les honneurs de manière juste ? Aristote met en évidence une justice due au mérite (justice qu'il nomme géométrique).

Enfin Pascal affirmait que "Le cœur a ses raisons, que la raison ne comprend pas". Finalement pouvons-nous définir rationnellement la Justice ?

Et cette question fait écho à vos propos :
Tigre a écrit: Cependant la justice est historiquement tissée avec l'injustice
Ayant un esprit limité nous ne pouvons que remarquer l'injustice et donc appréhender et établir notre justice par rapport à son contraire.
Gerboiz
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Re: Être juste.

le Jeu 9 Aoû 2012 - 20:54
Il me semble qu'il y a une différence entre "Être juste" et "Rendre justice" :
- Le mot "Justice" représente une institution étatique chargée d'exercer un pouvoir.
- Le mot "Juste" a un spectre bien plus large et fait référence à un comportement naturel.

Définition du mot Justice par le Larousse :
• Principe moral qui exige le respect du droit et de l'équité : Faire régner la justice.
• Qualité morale qui invite à respecter les droits d'autrui : Agir en tout avec justice.
• Droit de dire ce qui est légalement juste ou injuste, condamnable ou non, ce qui est le droit : Exercer la justice avec rigueur, impartialité.
• Action par laquelle le pouvoir judiciaire, une autorité, reconnaît le droit ou le bon droit de quelqu'un : Demander justice pour un préjudice subi.
• Institution chargée d'exercer le pouvoir judiciaire, d'appliquer le droit : Poursuivre quelqu'un en justice.
On y retrouve des mots tels que "principe", "droits", "légalement", "pouvoir judiciaire", "appliquer le droit" comme rappel que la Justice est un "programme" conçu par l'Homme.
La Justice a son utilité dans la société, mais il ne faut pas fonder tous ses espoirs dessus au risque justement d'être blessé/choqué/attristé devant cette injustice parfois générée.
Comme tout programme il y a des "bugs" ou incohérences. Donc il est "normal" que l'injustice soit présente dans les rouages de la Justice... Évidemment c'est mon point de vue...

Du coup, le tigre, pour relativiser votre exemple avec la pomme : il y a in-Justice lorsque le voleur vole la pomme et il y a Justice lorsque celui-ci est arrêté (car tout ceci est un processus conforme aux lois établies par la justice), bien que ça puisse être in-Juste pour le voleur d'être contraint de rendre la pomme (forcé) et emprisonné (privé de liberté) pour cela.

Je dissocie clairement les deux notions : "Être juste" et "Rendre justice".

Être juste (au sens large) étant simplement un comportement naturel qui devrait être cultivé volontairement par tout le monde. (Évidemment ce n'est pas le cas, bref.)

J'espère ne pas me tromper dans mes propos, avoir été compris et avoir positivement contribué à ce sujet !

PS : Afin de caractériser un peu plus mon point de vue sur cette discussion, je fais un rapport évident entre "Être juste" et le principe de l'hédonisme (d'après Michel Onfray) : "Jouis et fais jouir, sans faire de mal ni à toi ni à personne, voilà toute la morale". Voilà ce qu'est "Être juste".

Le tutoiement n'est pas autorisé sur ce forum (Euterpe).
Gerboiz
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Re: Être juste.

le Jeu 9 Aoû 2012 - 23:23
@jean ghislain a écrit:En vivant en société, nous prenons conscience de lois et de règles qui doivent être respectées par tous afin de pouvoir vivre en communauté. Il arrive parfois que l'on se demande si ces mêmes règles et lois sont vraiment justes
[...]
Ainsi un homme juste, ce serait celui qui accomplit une action droite, une action dont on dira qu'elle ne dépasse pas les bornes.
[...]
Et à défaut d'être juste, l'institution judiciaire remédierait à l'injustice, en réglant des différends qui iraient contre le bien commun, en sanctionnant (raisonnablement) l'individu corrompu.
Jean, vous faites juste une erreur en formulant "un homme juste", car un homme n'est pas juste parce qu'il se conforme aux lois, un homme est juste dès lors qu'il agit au maximum dans le bon sens et le respect, son bien-être et celui d'autrui. C'est de cette façon là qu'un homme est juste.

Comme vous le dites si bien, il arrive parfois que des lois soient injustes. Alors, en homme juste, quel comportement adopter face à ces lois ?
Faut-il les transgresser sur le champ ou valider l'injustice, contribuer à l'injustice ?

Henry David Thoreau a répondu à cette question lorsqu'il a refusé de payer l'impôt servant à financer la guerre contre le Mexique, il fut envoyé en prison et il a formulé par la suite deux phrases fondamentales :
• Sous un gouvernement qui emprisonne injustement, la place de l'homme juste est aussi en prison.
• La seule obligation que j'ai le droit d'adopter, c'est d'agir à tout moment selon ce qui me paraît juste.
Comprenez-vous cette différence entre les deux façons d'être juste ? Les deux sont additionnables évidemment ! Mais l'une est prioritaire...

Il est fondamental de comprendre cette différence je pense, au quotidien ça vous change la vie. Cette simple différence de vision de la "juste-attitude" (je n'utilise pas le mot "justice" volontairement car ce serait mal l'employer) a de l'influence au quotidien dans votre vie. Vous ne considérerez plus les obligations, la pression, les ordres dans le monde du travail (par exemple !) de la même manière, car vous ferez toujours référence en premier à la justice naturelle avant la justice institutionnelle, vous veillerez toujours à ce que votre intégrité, le respect qu'on vous porte, votre bonheur et votre confort (dans le meilleur des cas) qui sont non-négociables soient respectés avant toutes choses. Bref je m'évade dans un autre sujet bien que relié à celui-ci. J'arrête là pour cette réponse.

Le tutoiement n'est pas autorisé sur ce forum (Euterpe).
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JimmyB
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Re: Être juste.

le Sam 11 Aoû 2012 - 3:49
Si être juste correspond à l'idée selon laquelle l'homme aurait des dispositions naturelles à juger ce qui est bon ou mauvais alors il semble qu'un tel homme n'existe pas. Premièrement parce que la morale n'est pas naturelle, elle dépend de la société dans laquelle elle s'inscrit, société politique donc. Ensuite j'adhère davantage à une définition circonstantialiste et continuiste de l'individu comme la proposait John Dewey c'est-à-dire d'une nature humaine se réduisant à un organisme biologique individuel devant s'adapter aux conditions de son environnement. Cette nature humaine ne fait pas la totalité de l'individu.

En effet l'individu se caractérise chez Dewey par la tension entre une nature humaine au champ réduit et l'influence de l'environnement social. L'individu évoluera en adaptant l'environnement selon ses besoins et s'adaptera aux contraintes de l'environnement, qu'il soit social ou naturel. C'est ce qu'il appelle l'expérience. L'expérience habituelle n'est pas nécessairement consciente, sauf lorsque celle-ci rencontre un obstacle. L'individu procède donc à une enquête afin de réagir pour pouvoir adapter l'environnement de manière à réenclencher la continuité de l'expérience. Ainsi les qualités dites humaines ne sont que la résultante d'interactions avec le milieu social. Ceci est donc un cheminement individuel et il n'y a pas à prêter telle qualité naturelle et immuable à tel individu et ce, tout simplement parce que l'homme ne pourrait évoluer par l'expérience si les qualités étaient immanentes. De mêmes si ces qualités étaient naturelles, alors tout le monde pourrait les éprouver, ce qui infirmerait l'idée que nous sommes des individus uniques. Toute conduite est donc l'interaction entre la nature humaine et l'environnement social. Comme le décrit Joëlle Zask :
la conscience est un événement naturel, la pensée une fonction organique, la liberté naturelle procède d'un formalisme, la dignité une fin instrumentale, et l'organisme humain ne développe ses aptitudes que par l'éducation et la socialisation.
Nulle qualité psychologique naturelle donc, toutes nos aptitudes réflexives ne sont que le résultat d'interactions avec le milieu social dans lequel nous nous trouvons. Nous ne pouvons donc être justes si nous partons du principe que c'est une disposition naturelle. Et si nous le sommes grâce à l'expérience ce ne sera que lors de circonstances précises, ce ne sera donc pas un état permanent. Et si nous ne sommes justes qu'à un moment précis ce n'est ni une qualité ni un état mais un événement qui tiendra davantage d'un "agir" ou d'un "faire" plutôt que d'un "être" me semble-t-il.
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Euterpe
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Re: Être juste.

le Sam 11 Aoû 2012 - 15:49
Pour éviter la redondance des sujets, j'ai fusionné celui de Jean Ghislain et de le tigre, qui ont le même titre.

Concernant ce que je peux lire des uns et des autres, le sujet file tout droit dans la confusion la plus totale. Un sujet tel que celui-ci interdit les avis personnels, d'autant moins qu'il est aussi technique que théorique.

Tout d'abord, dès lors que vous formulez une question du type : "Peut-on être juste ?", vous êtes dans la philosophie du droit. Mais la question vous mènera, à un moment ou à un autre, au droit naturel. Dans vos interventions, je distingue pour l'essentiel des exemples qui relèvent du droit positif, sans poser la question de savoir ce qu'est la justice, comme si c'était une évidence. Comme souvent, vous avez tendance à ne considérer que la justice rétributive et la justice réparatrice en les assimilant implicitement à la justice commutative (la justice arithmétique que mentionne broceliand), celle des égalités ; à peine évoquez-vous la justice distributive (justice géométrique), celle des proportions, du mérite, inégalitaire donc.

Gerboiz, vous ne parlez que de la justice comme institution (le pouvoir judiciaire). Et, du point de vue du droit positif, et notamment du point de vue des normes, vous faites du seul individu la norme. Non que la justice lui serait à la fois naturelle et évidente (vous ne dites pas ce qu'est la justice), mais c'est la nature de l'individu comme tel qui (lui) dicte ce qu'est la justice. C'est évidemment indéfendable. C'est comme si on faisait table rase de la philosophie du droit (à commencer par la justice comme "idéal", non comme un idéal à atteindre, mais comme idée, notamment chez les philosophes grecs, à commencer par les présocratiques), et en amont, de ce qui deviendra la métaphysique : la physis.

Pour éviter que ça parte dans tous les sens, essayez de poser les termes du problème.
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broceliand
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Re: Être juste.

le Lun 13 Aoû 2012 - 12:56
Il y a là quelque chose que je trouve dommage.

Certains ouvrent des topics sans y revenir. Je pense notamment à vous Tigre (et dans une autre mesure au topic portant sur le fanatisme de Monsieur Merah). Nous sommes "nombreux" à avoir répondu à votre initiative. Pourriez-vous revenir recadrer, approfondir le débat ? (Car comme l'écrit très justement Euterpe je ne pense pas que vous ayez là une réponse nette.)

C'est fort dommage car il y a de bonnes discussions à avoir sur ce thème de la Justice (aussi bien pour les concepts que pour la culture et l'histoire philosophique [je pense notamment aux travaux de Blaise Pascal, Aristote, John Rawls, Rousseau, Platon ou encore Camus et bien d'autres] et il serait embêtant de stopper net cette discussion.

Si dans quelques jours ce topic ne renaît pas de ses cendres comptez sur moi pour le relancer.

Bien à vous,

Broceliand
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broceliand
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Re: Être juste.

le Jeu 16 Aoû 2012 - 19:22
Pour Marx le vol n'est qu'une notion morale introduite par les propriétaires pour que ces derniers soient justement protégés du prolétaire. Ainsi de nos jours le voleur est minoritaire tant le remords peut être fort et violent pour qui vole pour la première fois. A partir de cet argument on peut essayer de voir s'il y a d'autres exemples permettant de renforcer cette idée d'une justice manipulée.

D'une part, la première remarque que l'on peut faire c'est que d'un pays à un autre la notion de justice varie. Pascal écrivait par exemple : "Vérité au-deçà des Pyrénées, erreur au-delà" ou encore "plaisante justice qu'une rivière borne" et "un méridien décide de la vérité'. D'autre part, la notion de justice varie d'une époque à une autre. Il y a peu l'esclavage et la peine de mort étaient choses normales en France, dorénavant il serait socialement (dans le sens : la majorité de la plèbe trouverait cela choquant) et surtout pénalement injuste de faire d'un individu un esclave et réclamer la mort pour le meurtrier de tous les membres de votre famille par exemple. Pour revenir sur Pascal : "Tout branle avec le Temps", "Le droit a ses époques".

De ces constats on peut s'interroger : pourquoi la justice des hommes varie-t-elle ? Et là je pense qu'il est devenu plus acceptable de penser que les puissants de ce monde ont mis en place une "justice personnelle" pour assurer la paix sociale.

Le problème de ce développement c'est que Tom est parti d'un exemple sur l'enfant qui ressent LA Justice. Son exemple voulait montrer que nous sentons TOUS une justice idéale (pour mieux ressentir cette idée pensez à Antigone qui n'hésite pas à enterrer son frère Polynice contre l'avis et surtout le décret de son oncle Créon : elle dit suivre une loi "immuable non écrite dont personne ne connaît l'origine") et là on est passé de la Justice aux justices (relativité de la Justice) pour aboutir finalement au DROIT. Nous avons changé de référentiel d'étude sans nous en rendre compte.
roulio
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Re: Être juste.

le Sam 18 Aoû 2012 - 14:30
Comme la plupart des participants à ce débat, il me paraît évident que la relativité de la justice, des valeurs d'une façon plus générale, ne fait plus débat aujourd'hui ; avec pour présupposé que chaque peuple a sa propre justice différente de celle de son voisin. Ainsi la question véritablement problématique devient de nos jours : quelle est la nécessité de la justicev? et ensuite si la justice est bel et bien nécessaire, quel type de justice est la plus justev? Comme point de départ à cet horizon général de la problématique contemporaine concernant l'idée de justice, il peut être utile d'avancer la position de Spinoza : le bien et le mal sont bien des catégories sociales issues d'un conformisme sur l'utile et l'inutile (qui ont eux une utilité en soi, en deça de tout présupposé social, de même chez Nieztsche : "par delà bien et mal cela ne signifie pas par-delà le bon et le mauvais", voir à ce sujet Deleuze, Spinoza : philosophie pratique, 1e chap.) Même chose pour la justice et l'injustice ; mais - et c'est à ce niveau que le réalisme en philosophie coïncide souvent avec la violence de la pensée comme chez Machiavel - si de manière objective, entendons ici en pensant en deça du conformisme social, "on ne peut en vouloir à un chien qui a la rage, on ne l'en étrangle pas moins".
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Janus
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Re: Être juste.

le Lun 20 Aoû 2012 - 0:52
@broceliand a écrit:pensez à Antigone qui n'hésite pas à enterrer son frère Polynice contre l'avis et surtout le décret de son oncle Créon : elle dit suivre une loi "immuable non écrite dont personne ne connaît l'origine")
Je dirais que ce qu'illustre l'exemple d'Antigone  est plus exactement l'idée de "droit naturel" qui sous-entend celle d'origine "naturelle" ou innée de l'idéal éprouvé originairement par l'être humain, mais pas tant au plan de la justice que celui de la liberté individuelle. Par son refus de se soumettre à cette décision relevant de l'arbitraire d'un gouvernant, qu'elle considère irrespectueux de la dignité humaine, Antigone donne l'exemple d'un acte de rébellion motivé par un impératif que, selon elle, aucune loi humaine ne pouvait transgresser, considérant que le respect dû à la dépouille de son frère relevait d'un ordre supérieur, ayant le rang de valeur spirituelle, de type divin. (Certains pourront toujours ensuite, pour discréditer la justice et s'exonérer de toute obligation morale ou devoir, prétendre que ces valeurs résulteraient de manipulations...)

Ceci dit, je doute fort qu'un enfant soit en mesure, par lui-même, de "ressentir LA justice", ce qui aurait d'ailleurs plutôt le statut d'une idée abstraite et universelle que d'un sentiment. Qu'il soit intellectuellement ou raisonnablement pré-outillé pour acquérir en grandissant les règles de justice ou de bonne conduite que lui inculqueront les adultes (pas tant par leurs dires mais plutôt par leurs actes), ou d'une façon plus générale la société, cela ne me semble faire aucun doute.

La notion même de justice ne s'est "forgée" qu'au cours de l'histoire. Antigone ne saurait qu'illustrer une prise de conscience collective qui s'est manifestée au début de l'histoire humaine, et représenter une étape d'un processus historique (et juridique), mais chaque enfant à sa naissance ne reproduit pas individuellement ce schéma : il prend le train en marche en quelque sorte, et épouse le contexte, d'autant plus qu'au-delà de l'idée pure, le phénomène de Justice se réalise concrètement dans un cadre de type intersubjectif et social.

PS : la Justice étant rapportée à un phénomène concret, rien de surprenant à ce que son contenu (le droit positif) soit variable d'un lieu à l'autre, ou d'une époque à l'autre : il est normal qu'il se réalise diversement dans l'espace et dans le temps, suivant la diversité des mœurs. (Il serait de mauvaise foi de s'appuyer sur cette diversité pour prétexter un quelconque relativisme).
tweedledee
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Re: Être juste.

le Lun 11 Aoû 2014 - 3:24
Bonjour,

Tous les êtres sont sacrés. Si j'exerce la justice, je me dois donc d'avoir de la bonté pour mes semblables. Par exemple, si je méprise un itinérant parce qu'il ne travaille pas, je suis injuste, car il n'a peut-être pas choisi de se retrouver dans cette situation. Si je l'aide au moins un peu à s'en sortir, même si je ne peux pas lui apporter toute l'aide que je voudrais faute de moyens pour qu'il soit parfaitement heureux, j'accomplirai un acte de justice. Si je l'écoute et vois ses qualités, je pourrai peut-être l'orienter pour lui trouver un logement et même un travail qui lui convient. Peut-être que ce sera un autre qui l'aidera à devenir un être qui s'accomplit. Alors, pour moi, la justice, c'est d'aller au-delà des préjugés. Ne pas juger, mais comprendre en se mettant dans les bottines de l'autre.
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Desassocega
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Re: Être juste.

le Lun 11 Aoû 2014 - 3:45
@tweedledee a écrit:Tous les êtres sont sacrés. Si j'exerce la justice, je me dois donc d'avoir de la bonté pour mes semblables. Par exemple, si je méprise un itinérant parce qu'il ne travaille pas, je suis injuste, car il n'a peut-être pas choisi de se retrouver dans cette situation. Si je l'aide au moins un peu à s'en sortir, même si je ne peux pas lui apporter toute l'aide que je voudrais faute de moyens pour qu'il soit parfaitement heureux, j'accomplirai un acte de justice. Si je l'écoute et vois ses qualités, je pourrai peut-être l'orienter pour lui trouver un logement et même un travail qui lui convient. Peut-être que ce sera un autre qui l'aidera à devenir un être qui s'accomplit. Alors, pour moi, la justice, c'est d'aller au-delà des préjugés. Ne pas juger, mais comprendre en se mettant dans les bottines de l'autre.
Il y a une grande différence entre un acte juste et la justice. Or, il me semble que vous confondez les deux. Car je ne vois pas le rapport entre la justice et les préjugés, ni même entre la justice et la bonté.
tweedledee
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Re: Être juste.

le Lun 11 Aoû 2014 - 13:30
Je comprends votre point de vue. Je n'avais pas exprimé toute ma pensée. Je me dis que lorsque chaque personne multipliera les actes de bonté, la vraie justice régnera sur Terre. C'est idéaliste, j'en conviens, mais je suis certaine que l'être humain est capable de le faire.
Silentio
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Re: Être juste.

le Lun 11 Aoû 2014 - 14:14
Pourquoi tous les êtres seraient-ils sacrés ?

Et si vous reconnaissez que votre point de vue est idéaliste (ce qui comporte une connotation péjorative), ne faut-il pas alors en changer ? Préférez-vous ce vers quoi vous porte votre désir à la vérité ?
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Re: Être juste.

le Lun 11 Aoû 2014 - 14:36
Vous faites donc de la Justice une vertu purement intérieure, proche de la charité, indissociable de l’amour, et de l’homme un être pur. Osons le dire, vous nous entretenez de vertu chrétienne. Vous faite prévaloir l'équité sur la légalité, ce que les conceptions modernes de la justice ne font rigoureusement pas.
tweedledee
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Re: Être juste.

le Lun 11 Aoû 2014 - 16:09
Regardez autour de vous : vous ne pourrez qu'acquiescer que le monde est profondément injuste. Les exemples abondent : Gaza, l'Ukraine, le Congo, le Soudan, etc. Sans compter le virus Ébola, les victimes de fraudes, la malnutrition de milliers de gens, etc. L'être humain a besoin d'absolu, que cela rejoigne une religion ou non. Le besoin de bonheur est déjà là quand un enfant vient au monde et on le lui souhaite profondément. Alors, pourquoi ne fait-on pas tout pour que ce bonheur soit au rendez-vous ? Cela prend de la foi, beaucoup de foi en la vie. Mais je ne vois pas pourquoi ce ne serait pas possible.
Silentio
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Re: Être juste.

le Lun 11 Aoû 2014 - 16:28
Excusez-moi mais une profession de foi n'est pas de la philosophie.

Quant à vos postulats, il faudrait les appuyer sur un raisonnement. Le monde est-il injuste, ou plutôt est-il vécu comme injuste par les hommes ? Pour dire que le monde lui-même est injuste, il faudrait pouvoir le juger au regard d'une norme qui est hors de ce monde. Vous ne pouvez donc prétendre pouvoir en juger, car je doute fortement que vous ayez jamais accès à ce qui n'est pas de ce monde. Et ce n'est pas parce qu'il n'y a pas de justice (que vous pensez devoir être) qu'il y a de l'injustice.

Par contre, la justice est une création humaine, qui permet de trancher des litiges, d'imputer des fautes (une responsabilité), de demander des réparations.

Il me semble donc qu'il y a une différence entre perdre son bras et subir une guerre.
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Re: Être juste.

le Lun 11 Aoû 2014 - 17:01
La majeure partie de vos exemples vise à dénoncer la guerre. Je vous renvoie à une série de liens : La guerre juste  : essentiel pour nourrir votre réflexion & La guerre de Corée : une mise en application.
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