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    La place du bonheur dans la philosophie.

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    jean ghislain

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    Re: La place du bonheur dans la philosophie.

    Message  jean ghislain le Ven 24 Juin 2011 - 5:54

    Quand Nietzsche dit que l'homme compte pour coup heureux du hasard, il veut dire ironiquement que c'est une chance d'avoir survécu à tant de mauvaise conscience, tant de déchaînement de l'esprit contre le corps (par exemple l'ascétisme) tant de haine de l'Église pour les instincts naturels de l'homme. Et s'il fait une généalogie de la morale, c'est pour mieux lui enlever sa légitimité. Mais il est vrai que le langage nietzschéen n'est jamais bien explicite, c'est une pensée circulaire, herméneutique, qui est bouclée sur elle-même et qui conduit forcément à l'erreur quand on veut l'expliquer par un raisonnement étranger à son sens interne, ou qu'on la tire par les cheveux pour l'aiguiller et la faire aboutir sur des concepts chrétiens. Mais je comprends que Nietzsche soit déroutant aussi quand il dit qu'il est le crucifié (d'ailleurs remarquez qu'il ne nomme pas Jésus, ce qui est encore sujet à interprétation... :roll: ). Nietzsche ne se comprend jamais en première lecture, il n'est pas aussi simple que Descartes.

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    Re: La place du bonheur dans la philosophie.

    Message  Liber le Ven 24 Juin 2011 - 9:20

    @jean ghislain a écrit:Quand Nietzsche dit que l'homme compte pour coup heureux du hasard, il veut dire ironiquement que c'est une chance qu'il ait survécu à tant de mauvaise conscience, tant de déchaînement de l'esprit contre le corps (par exemple l'ascétisme) tant de haine de l'église pour les instincts naturels de l'homme.
    Non, ce n'est pas ironique. Nietzsche (qui est très explicite au contraire dans ce passage de la Généalogie) montre que cette mauvaise conscience a été une chance :
    Ajoutons de suite que d’autre part le fait d’une âme animale se tournant contre elle-même fournit au monde un élément si nouveau, si profond, si inouï, si énigmatique, si riche en contradictions et en promesses d’avenir que l’aspect du monde en fut réellement changé.


    @jean ghislain a écrit:le ton que prend Nietzsche dans ses écrits ressemble à une prêche du dimanche, mais ça donne d'autant plus de force au discours, puisque ses mots touchent ainsi aussi un public religieux.
    Il est vrai que Nietzsche donne l'impression de parler du haut d'une chaire, mais je ne crois pas qu'il ait voulu viser un public particulier. C'est son style, tout comme le choix de l'aphorisme, peu commun avec l'habitude qu'a la philosophie de démontrer longuement des propositions.
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    jean ghislain

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    Re: La place du bonheur dans la philosophie.

    Message  jean ghislain le Ven 24 Juin 2011 - 10:32

    Je vous assure que Nietzsche emploie souvent l'ironie, c'est-à-dire qu'il feint de comprendre un point de vue pour mieux en prendre le contre-pied, ce qui déconcerte d'ailleurs souvent les gens peu habitués à sa pensée. Mais à force de le relire, vous la verrez mieux certainement, car son ironie est parfois dure à déceler. Prenez le Zarathoustra, il y dit des sages (à peu près de mémoire) : "bienheureux les sages, par leurs vertus apaisantes" , pour dire bien plus loin à la fin du texte : "car tous ceux qui les écoutent finiront par s'endormir" (je m'en rappelle car ça m'avait beaucoup fait rire à l'époque !), ce qui veut dire ironiquement que les "sages" sont ennuyeux.

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    Re: La place du bonheur dans la philosophie.

    Message  Liber le Ven 24 Juin 2011 - 14:16

    Où est l'ironie dans le passage que j'ai cité de la Généalogie ?
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    jean ghislain

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    Re: La place du bonheur dans la philosophie.

    Message  jean ghislain le Ven 24 Juin 2011 - 14:57

    C'est l'ironie de l'histoire qui réside en un retournement stupéfiant : d'un côté la conscience et la mauvaise conscience sont dans la logique de l'évolution de l'homme donc soi-disant utiles (et là est l'ironie car Nietzsche considère qu'elles sont devenues inutiles). En effet, il en a fallu passer par la conscience, puis la mauvaise conscience pour enfin s'en détacher (il dénigre ici la conscience morale qui nous mène à retourner nos propres instincts naturels contre nous-même — par exemple l'ascétisme — conscience morale développée à son comble par les religions). N'est-ce pas là le fil directeur de ce texte de Nietzsche, en cohérence alors avec le reste de son œuvre ?
    Donc le "hasard heureux" de la nature qui a produit la conscience nous a rendu malheureux à un point qu'il faut surmonter l'homme en se détachant de la conscience morale. Ai-je répondu à votre question ?

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    Re: La place du bonheur dans la philosophie.

    Message  Liber le Sam 25 Juin 2011 - 10:32

    @jean ghislain a écrit:la conscience et la mauvaise conscience sont dans la logique de l'évolution de l'homme
    Non, je ne suis pas d'accord. La thèse de Nietzsche est que l'homme a suivi l'inverse d'une évolution logique ! Il aurait dû rester l'animal sans mauvaise conscience, l'oublieux, l'instinctif, mais il s'est passé un fait inattendu, avec l'homme la nature n'a pas agi comme elle le faisait d'habitude avec les autres animaux. Il y a effectivement de l'ironie dans cette histoire, mais c'est un effet du hasard. Nietzsche s'amuse de ce que les hommes cherchent un sens à ce coup du hasard, parce qu'ils n'ont pas compris qu'ils sont le jouet de ce "grand enfant" :
    un drame trop délicat, trop merveilleux, trop paradoxal pour être joué sans signification aucune sur n’importe quelle misérable planète où il passerait inaperçu
    Notez au passage l'allusion à l'art dramatique.


    @jean ghislain a écrit:Donc le "hasard heureux" de la nature qui a produit la conscience nous a rendu malheureux à un point qu'il faut surmonter l'homme en se détachant de la conscience morale.
    Ce n'est pas parce que nous sommes malheureux que nous devrions nous surmonter. D'abord, il n'y a pas d'obligation là-dedans ;), et puis, au contraire, Nietzsche nous montre bienheureux dans notre conscience morale ! Que fait Nietzsche ici, à ce stade de la Généalogie ? Il replace l'homme en face de son destin. La nature a beaucoup fait pour nous, par chance elle a tiré un bon numéro avec l'homme, maintenant à nous de prendre la suite. C'est un défi que Nietzsche lance à l'humanité.
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    Re: La place du bonheur dans la philosophie.

    Message  Invité le Jeu 7 Juil 2011 - 22:14

    Sérieusement, la vision du bonheur par la philosophie antique (la raison, le logos = les discours, l'attitude), comment ne voyez-vous pas qu'il s'agit d'une philosophie du rite ? La raison comme rituel (et oui... si les valeurs sont intangibles avec tout ce que cela comporte de religieux...), les discours comme rituels (mise en mots des valeurs + force de la rhétorique sur les âmes sensibles), l'attitude étant à elle seule le rituel (postures de monstration).

    Le philosophe qui ne dit pas et qui ne montre pas qu'il en est un, l'est-il ?

    Changez les valeurs clés d'un homme, modifiez ce qui compte vraiment pour lui, et vous changerez toute sa vision du bonheur et les sources qui peuvent l'alimenter. Le bonheur de vos 20 ans est-il celui de vos 40 ? Cette bonne blague...

    On se surprend à être heureux bien plus que l'on ne peut s'y préparer.
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    Re: La place du bonheur dans la philosophie.

    Message  Desassocega le Jeu 7 Juil 2011 - 23:12

    Le philosophe qui ne dit pas et qui ne montre pas qu'il en est un, l'est-il ?
    Un philosophe qui a besoin de dire et de montrer qu'il est philosophe pour qu'on le sache ou qu'on le croit, l'est-il ? Je ne pense pas...

    Le bonheur de vos 20 ans est-il celui de vos 40 ? Cette bonne blague...
    Bien que l'étendue de l'âge que vous évoquez ne me concerne pas, je ne peux vous répondre d'expérience. Mais je voudrais tout de même réagir à votre phrase : il me paraît illogique que le bonheur change selon l'âge et la personne... Le bonheur est un état. On est heureux. Bien sûr il y a des différences dans les états. Mais ces différences concernent les causes qui l'ont généré. On n'est pas heureux pour les mêmes raisons à 20 ou 40 ans, ça je suis d'accord. Mais l'intensité du bonheur ne change pas. Car dire qu'on est heureux plus intensément à un moment qu'à un autre est inepte, d'ailleurs rien que dire qu'on est heureux intensément est une tautologie.

    Prenons un autre état pour donner un exemple : la peur. Nous n'avons pas les même peurs à 5 ans qu'à 20 ans, c'est un fait. Mais la différence ne concerne que les causes de la peur et peut-être là l'intensité aussi, c'est un peu équivoque car d'un côté l'intensité se vit pour le sujet, et je ne pense pas qu'un enfant de 5 ans ait moins peur qu'un homme de 20 ans. Sa peur est équivalente à son âge ; mais de l'autre il peut avoir plus peur d'une chose que d'une autre. En ce qui concerne l'intensité de l'état je dirai donc qu'il faut établir un distinguo entre les peurs générales (qui sont de mêmes intensité) et les peurs isolées (qui ont une intensité différente selon la cause de l'état).

    Bref, tout cela pour dire que pour moi l'état ne change pas, il est. Ce sont les causes qui le génèrent qui changent. Mais l'état en lui-même ne change pas.

    On se surprend à être heureux
    Je suis totalement d'accord. D'ailleurs ça me paraît logique. D'une part car le bonheur n'est pas un état continu, et de l'autre car on ne se sent heureux que quand le bonheur devient en nous conscient, or il est impossible qu'il le soit toujours.
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    Message  Invité le Jeu 7 Juil 2011 - 23:36

    Si vous voulez dire que l'on ne peut pas nier qu'il y ait un état de la psyché (et du corps) que l'on peut grosso modo ranger sous la catégorie du "bonheur", je veux bien vous l'accorder. Mais tout dépend de ce grosso modo car songez-y, le bonheur est accompagné de la conscience du bonheur (vous le dites vous-même) là où par exemple le petit enfant éprouve d'abord de la joie. Or la conscience que l'on a de soi, y compris dans nos états "heureux", amène avec elle tout le poids de la vie passée, et vous comprendrez aisément que l'état dont vous parlez s'en trouve modifié.

    Le fameux "on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve" d'Héraclite s'applique : on n'éprouve jamais deux fois le même bonheur, on se lasse, on change, on découvre d'autres goûts, les nouveautés se font rares, on devient même heureux d'être moins sensible au désir !

    Non, décidément le bonheur, on ne le met en mots que pour tenter de l'attraper, mais il ne se laisse pas saisir.
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    Re: La place du bonheur dans la philosophie.

    Message  Desassocega le Jeu 7 Juil 2011 - 23:43

    Or la conscience que l'on a de soi, y compris dans nos états "heureux" amène avec elle tout le poids de la vie passée, et vous comprendrez aisément que l'état dont vous parlez s'en trouve modifié.
    Vous n'avez pas tort ici...

    Non, décidément le bonheur, on ne le met en mots que pour tenter de l'attraper, mais il ne se laisse pas saisir.
    Peut-être bien oui... Mais cela ne doit nous empêcher ni d'en parler, ni de l'éprouver Smile

    Silentio

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    Re: La place du bonheur dans la philosophie.

    Message  Silentio le Ven 8 Juil 2011 - 0:28

    Aristippe de Cyrène a écrit:rien que dire qu'on est heureux intensément est une tautologie.
    Cet état est ou n'est pas, il n'y a pas de demi-mesure car il ne peut y avoir de gradations différentes comme dans le cas de la souffrance ou du plaisir. Mais lorsque les Anciens parlent d'un bonheur comme ataraxie peut-on parler d'intensité ? L'ataraxie est justement l'absence de trouble, l'absence de déplaisir ; c'est un état supposé neutre. Peut-on parler de neutralité intense par sa platitude ? Faut-il chercher du côté de la satisfaction ou du calme, de l'apaisement, de la sensation d'harmonie ? L'absence de trouble, de tumulte, etc., ne conduit-elle pas à une absence de soi ? Bien sûr on pourra alors se demander s'il s'agit là véritablement du bonheur. A moins que cela ne soit précisément cela, la paix retrouvée dans la réunion avec l'ordre et l'unité du Tout auxquels on participe. C'est alors la voie de l'acceptation, du contentement dans la pure présence au monde et/ou du monde, la confiance et l'évidence retrouvées, voire l'innocence du regard. En même temps on pourrait dire que c'est une attitude qui veut s'échapper du monde puisque l'absence de trouble est l'exception, tandis que la vie se meut ou est mue d'une série d'événements qui surgissent et nous provoquent.
    Votre définition du bonheur suppose un parti pris spinoziste. Je vais me permettre une quasi digression. Le Désir est l'essence de l'homme et si ce dernier n'a pas atteint la perfection il la vise, s'efforce de persévérer dans son être en assimilant ce qu'il n'est pas et qui lui donne à être plus. L'homme est un mode de l'être, réalisant une dynamique de visée vers la puissance, vers l'unité personnelle pleine d'elle-même et jouissant d'elle-même, ce qui est une façon de rester dans le monde et d'en jouir, le monde (ou Dieu, c'est-à-dire la Nature) étant lui-même inachevé dans son unité (il y a une substance unique qui est active et productive, y prendre place c'est vivre dans une multiplicité ouverte et changeante), toujours en activité, infiniment, laissant les êtres le constituer et se réaliser eux-mêmes dans ce mouvement d'affirmation. Le bonheur serait-il alors la joie que l'on sent à se satisfaire doublé du sentiment et du savoir d'être justifié dans l'existence en participant à l'ordonnancement du monde (on réalise notre être, notre puissance, et on en assure les conditions de possibilité et de satisfaction) ? Peut-être faudrait-il parler de béatitude, d'adéquation de notre être avec l'Être et de leur "alimentation" mutuelle ?
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    Re: La place du bonheur dans la philosophie.

    Message  Desassocega le Ven 8 Juil 2011 - 1:20

    Cet état est ou n'est pas, il n'y a pas de demi-mesure car il ne peut y avoir de gradations différentes comme dans le cas de la souffrance ou du plaisir.
    Exactement.

    Concernant l'ataraxie, c'est vrai que c'est assez compliqué du coup. Je n'ai pas lu énormément Épicure donc je ne préfère pas trop m'avancer.  

    Bien sûr on pourra alors se demander s'il s'agit là véritablement du bonheur.
    Je ne pense pas que ce soit suffisant en effet. On ne peut pas se sentir heureux par la seule absence de trouble, bien que ça y participe. Mais je ne vois pas la philosophie Épicurienne seulement dans ce sens là. Pour moi, au delà de l'absence de trouble, c'est aussi une capacité à ne pas s'animer et s'embraser pour rien, il faut un juste milieux, de la tempérance, comme dit Aristote.  

    et si ce dernier n'a pas atteint la perfection
    Pour Spinoza, l'homme est déjà parfait, en tant qu'il est.
    par réalité et perfection, j'entends la même chose.ÉthiqueII, définition VI

    Le bonheur serait-il alors la joie que l'on sent à se satisfaire doublé du sentiment et du savoir d'être justifié dans l'existence en participant à l'ordonnancement du monde (on réalise notre être, notre puissance, et on en assure les conditions de possibilité et de satisfaction) ?
    Peut-être oui... En tout cas il y a de ça.
    Il ne faut pas non plus négliger la part d'affectivité dans le bonheur et aussi dans la philosophie spinozienne. La réalité humaine est d'abord une réalité affective.

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    Re: La place du bonheur dans la philosophie.

    Message  Liber le Ven 8 Juil 2011 - 9:47

    @Silentio a écrit:Faut-il chercher du côté de la satisfaction ou du calme, de l'apaisement, de la sensation d'harmonie ? L'absence de trouble, de tumulte, etc., ne conduit-elle pas à une absence de soi ?
    Elle ressemble au sommeil (non troublé par des rêves). Je la vois plutôt comme un état transitoire, alors qu'elle se veut le contraire. La vie est faite de passions, "de tumulte et de fureur", conformément à notre constitution, notre corps étant alimenté en permanence par un flot de sang chaud.
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    Re: La place du bonheur dans la philosophie.

    Message  Invité le Ven 8 Juil 2011 - 13:21

    Sur le thème : "à la recherche du bonheur", les précédentes interventions tendent à rendre nécessaire une recherche préalable (comme l'avait bien compris Platon) à savoir : y a-t-il une essence éternelle et immuable de l'homme ? Y a-t-il une nature de l'homme ?

    Car, ou bien, sur ce thème, on se situe dans le camp des essentialistes et, dans ce cas, le recours aux classiques jusqu'à Spinoza est légitime ; ou bien on accepte l'idée que le thème du bonheur n'a plus aujourd'hui ne serait-ce que 30 % du sens qu'il avait à l'âge classique, et alors qu'est-ce que cela signifie ?

    Distinguons bien ce qui relève de la culture de l'époque dans les notions de passion, de désir, de liberté, d'altruisme, d'accomplissement de soi et même d'ataraxie... de ce qui relève de la "sensation de bonheur" (identique physiologiquement chez tous les individus ??? = une autre chimère que celle de croire que nous serions tous égaux devant le bonheur !)

    Oui, la tradition philosophique s'intéresse toujours à ce qui "reste vrai" en l'homme lorsque tout change, mais attention sur la question du bonheur, très liée à celle de "conscience du monde". Il est possible que l'enveloppe des mots demeure tandis que la recherche du bonheur ne s'y retrouve pas au sens propre du terme.

    Je ne sais pas si vous classeriez nettement le philosophe Alain parmi les essentialistes mais il a écrit une petite phrase sur le sujet : "Le bonheur est une récompense qui vient à ceux qui ne l'ont pas cherché". A méditer.

    Le bonheur : est-ce croire qu'on le cherche ? Le bonheur : est-ce croire que (éventuellement grâce aux classiques) on le trouverait mieux que notre voisin de palier, maçon de son état et qui sifflote en moyenne deux verres par jours ? Attention au philosophisme sur cette question.

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    Re: La place du bonheur dans la philosophie.

    Message  Silentio le Ven 8 Juil 2011 - 13:31

    Le bonheur me semble moins lié à l'intensité (c'est le plaisir, la joie, que l'on voudrait sortir de leur instantanéité) qu'à la simplicité. En général c'est le maçon, par exemple, qui a plus tendance à se dire heureux. Il jouit de la simplicité de sa vie, se contente de peu, à moins qu'il ne veuille dire que sa vie n'est pas troublée et qu'il est satisfait par l'équilibre qu'il a trouvé (ou peut-être n'est-ce qu'atteindre un idéal fixé par l'opinion, c'est-à-dire avoir un travail, une belle femme et des enfants qui réussissent, de même que de l'argent, du confort et de quoi satisfaire tous les désirs). Le philosophe moderne ne saurait connaître ce bonheur à moins de travailler à devenir un sage et retrouver l'innocence de l'enfant et parfois la moquerie face à tout ce qui est en trop dans nos vies. Personnellement je ne sais pas ce qu'est le bonheur tel que vécu, par contre je sens que je cherche quelque chose qui me complète et m'assure contre l'insatisfaction quotidienne.
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    Re: La place du bonheur dans la philosophie.

    Message  Desassocega le Ven 8 Juil 2011 - 14:11

    "Le bonheur est une récompense qui vient à ceux qui ne l'ont pas cherché". A méditer.
    Le bonheur ne peut être une récompense. S'il était une récompense, cela supposerait qu'on fasse quelque chose, puis qu'ensuite le bonheur vienne. Le bonheur se vit dans l'instant, c'est un "passage de joie" comme disait Spinoza.

    En général c'est le maçon, par exemple, qui a plus tendance à se dire heureux.
    Pourtant je n'ai pas l'impression qu'au Portugal les gens soient spécialement plus heureux.
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    Re: La place du bonheur dans la philosophie.

    Message  Euterpe le Ven 8 Juil 2011 - 14:26

    aristippe de cyrène a écrit:
    En général c'est le maçon, par exemple, qui a plus tendance à se dire heureux.
    Pourtant je n'ai pas l'impression qu'au Portugal les gens soient spécialement plus heureux
    La saudade n'est pas incompatible avec le bonheur. Accompagnée d'un Schweppes bien frais, l'amertume adoucie par le sucre inciterait même les Brésiliens à danser doucement et chaudement.

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    Re: La place du bonheur dans la philosophie.

    Message  Silentio le Ven 8 Juil 2011 - 14:37

    Je voulais dire que j'ai l'impression que ce sont ceux qui ne sont pas des intellectuels, malgré leur condition parfois pauvre (ou très pauvre comme dans certains pays), qui font preuve de joie de vivre ou ont tendance à se dire heureux. Je suis frappé dans les reportages télévisés par la facilité avec laquelle les gens communs et simples (ce qui est très bien) avouent leur bonheur, et cela pour des motifs ou selon des causes parfois dérisoires. Si on me posait la question j'aurais tendance à répondre que je ne suis pas heureux, mais cela ne signifierait pas que je suis obligatoirement ou toujours malheureux. Simplement cette notion évidente de bonheur est un mystère pour moi. Je ne connais que la joie et si elle se prolongeait je l'appellerais de la même façon ; mais faire durer la joie la détruirait, je vois mal comment faire durer son intensité et si elle durait elle ne serait plus une intensité dans son mouvement ascendant. Peut-être les gens veulent-ils dire qu'ils sont contents de ce qu'ils font et qu'il leur arrive assez souvent de prendre du plaisir. Ce ne serait donc qu'un bonheur relatif et partiel mais plus régulier et d'une intensité plus faible.
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    Re: La place du bonheur dans la philosophie.

    Message  Desassocega le Ven 8 Juil 2011 - 14:55

    Je ne connais que la joie et si elle se prolongeait je l'appellerais de la même façon ; mais faire durer la joie la détruirait, je vois mal comment faire durer son intensité et si elle durait elle ne serait plus une intensité dans son mouvement ascendant. Peut-être les gens veulent-ils dire qu'ils sont contents de ce qu'ils font et qu'il leur arrive assez souvent de prendre du plaisir.
    Le bonheur n'est jamais continu ou immuable. Le bonheur, c'est quand on sent que la joie est disponible maintenant. C'est quand on se lève le matin et qu'on sent que la joie viendra, puis repartira.
    Vous savez, si je devais imager le bonheur, je dessinerais sur une feuille une multitude de cases, certaines seraient coloriées en joie, d'autres en tristesse, et d'autres non coloriées. Puis je reculerais, loin, très loin. Et puis, de si loin, je regarderais de nouveau cette feuille, mais ne distinguerais plus toute la variété qui la compose, je ne verrais plus que la couleur de la joie. Autrement dit le bonheur n'est pas que la joie, c'est un ensemble. Et quand on prend du recul et qu'on s'observe soi-même, on voit très vite la couleur qui nous compose Smile

    La saudade n'est pas incompatible avec le bonheur
    Tout à fait ! La saudade est une promesse, une promesse de bonheur qui transforme la mémoire en horizon.
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    Re: La place du bonheur dans la philosophie.

    Message  friedrich crap le Ven 8 Juil 2011 - 15:03

    Je vous laisserais volontiers disserter sur un thème biblique célèbre : "heureux les simples d'esprits" (Qu'en pensez-vous réellement ?) Alain voulait dire cela justement : la récompense, c'est sans doute de ne pas croire que le bonheur relève d'un programme ou d'une œuvre généralisable à tous. Silentio a le droit d'être heureux en philosophant, le maçon a le droit d'être heureux, l'homme marié aussi...

    D'où une autre sentence classique : le bonheur relève de l'accord avec soi-même.

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    Re: La place du bonheur dans la philosophie.

    Message  Silentio le Ven 8 Juil 2011 - 15:32

    Aristippe de Cyrène a écrit:Autrement dit le bonheur n'est pas que la joie, c'est un ensemble.
    Je ne vois pourtant que la joie. Le bonheur recouvre une part d'inconnu qui nous fait extrapoler à partir du seul connu qu'est la joie. Pourquoi ne pourrait-on parler que de la joie ?
    Aristippe de Cyrène a écrit:Le bonheur n'est jamais continu ou immuable. Le bonheur, c'est quand on sent que la joie est disponible maintenant. C'est quand on se lève le matin et qu'on sent que la joie viendra, puis repartira.
    Je ne sais plus ce que dit précisément Spinoza sur le bonheur. Il faudrait que je le relise, ça commence à faire un moment. Voulez-vous dire que le bonheur c'est la joie redoublée par la connaissance intuitive de se savoir joyeux ou disposé à une joie prochaine ? La joie serait l'affect et le bonheur le sentiment ?
    friedrich crap a écrit:Alain voulait dire cela justement : la récompense, c'est sans doute de ne pas croire que le bonheur relève d'un programme ou d'une œuvre généralisable à tous.
    Et ce n'est pas la récompense d'actions visant à trouver ce bonheur. Je suis d'accord avec votre dernière citation sur l'accord avec soi-même. Du coup je me demande si ça n'explique pas cette formule de Spinoza :
    Spinoza, Ethique, V, 42 a écrit:La béatitude n'est pas la récompense de la vertu: c'est la vertu elle-même.
    Or la vertu, selon Nietzsche, est la réalisation de la nécessité de l'âme (il dit quelque chose comme ça dans le Gai savoir, je crois ; je le cite parce que je ne me souviens plus clairement de ce que dit Spinoza :oops: mais ça ne doit pas être éloigné - il faut vraiment que je relise l'Ethique -).
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    Re: La place du bonheur dans la philosophie.

    Message  Desassocega le Ven 8 Juil 2011 - 15:50

    Voulez-vous dire que le bonheur c'est la joie redoublée par la connaissance intuitive de se savoir joyeux ou disposé à une joie prochaine ?
    Exactement.

    C'est exactement la même chose pour l'amour et le désir, qui chez Spinoza est avant tout puissance. Sa théorie du désir vise d'abord la joie.
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    Re: La place du bonheur dans la philosophie.

    Message  Invité le Ven 8 Juil 2011 - 20:15

    Oui, je connais bien ces distinctions opérées notamment par Spinoza avec finesse et discernement... mais je suis embarrassé par la question de l'intensité et de ce que vit le corps. Soyons clairs : dans la joie il y a de l'intensité (souvent du rire ou tout au moins du sourire) tandis que dans le bonheur il y a avant tout un calme bien-être dont la conscience prend conscience.

    Dans la conscience du bonheur, songez-y, le corps est presque toujours au repos, ou dans une activité tranquille. Dès que le corps est excité (titillé chez Spinoza), le bonheur est remis après l'effort.  

    Il y a aussi le bonheur de la bonne chair et du bon vin. Vous voulez essayer ?
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    Euterpe

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    Re: La place du bonheur dans la philosophie.

    Message  Euterpe le Sam 30 Juil 2016 - 8:47

    Édition complète du topic. Messages hors-sujet déplacés dans les Archives du forum.

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