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    Qu'est-ce que la Volonté de Schopenhauer ?

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    Euterpe

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    Qu'est-ce que la Volonté de Schopenhauer ?

    Message  Euterpe le Mar 17 Mai 2011 - 21:32

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:est-ce qu'on ne peut pas voir la Volonté [chez [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]] comme une force remplaçant Dieu, à la manière dont [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] parle de Dieu, c'est-à-dire la Nature ?
    Desassossego a écrit:La Volonté, qui s’écrit avec un « v » majuscule, correspond à la puissance aveugle de la vie, sans fondement et surtout sans intention ou finalité, ce qui fait de l'homme un jouet inconscient de ce qui l'anime. Notre existence est toujours insatisfaite puisque la volonté ne veut rien d'autre que sa propre affirmation. Elle ne veut que vouloir. Et la seule délivrance sera alors pour lui la négation du vouloir-vivre, par l'acte de la non-volonté.


    Dernière édition par Euterpe le Jeu 11 Aoû 2016 - 13:02, édité 2 fois
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    Euterpe

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    Re: Qu'est-ce que la Volonté de Schopenhauer ?

    Message  Euterpe le Sam 6 Aoû 2016 - 15:23

    Attention avec la volonté comme "puissance aveugle" chez Schopenhauer, ou encore avec l'absence de finalité. La tentation est grande de plaquer sur son œuvre une lecture spinoziste.

    Certes, la volonté est sans conscience, dit-il, dès la première phrase du [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]. Il dit pourtant le contraire quelques paragraphes plus loin. Que la volonté ne soit pas l'intellect ne signifie pas qu'elle ne serait pas une substance pensante (j'utilise ce terme dans le sens que lui donne Descartes dans le § 9 de la [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]**, pour bien faire la distinction avec ce que Schopenhauer appelle intellect ici). Que faut-il entendre par volonté sans conscience ? Qu'elle ne se dédouble pas, qu'il n'y a pas dans la volonté quelque chose comme une connaissance, qui implique "un élément connaissant et un élément connu", un sujet et un objet, par conséquent une représentation. La volonté ne se représente rien. Elle n'est que du connu, pas du connaissant. La volonté, c'est ce qu'il reste une fois qu'on a enlevé la connaissance (l'intellect). La volonté n'est pas un intellect, donc. Soit. Cependant :
    Schopenhauer a écrit:Sont, en effet, des impulsions et des modifications de la volonté, non seulement la volition et la résolution, au sens étroit du terme, mais encore toute aspiration, tout désir, toute répulsion, toute espérance, toute crainte, tout amour, toute haine, bref tout ce qui constitue immédiatement le bonheur ou la souffrance, le plaisir ou la douleur ; tous ces états d'âme sont précisément l'acte de volonté, en tant qu'il agit au dehors. Or, dans toute connaissance, c'est la partie connue et non la partie connaissante qui est l'élément premier et essentiel.

    [Remarque qu'on ne peut que rapprocher de la définition cartésienne infra]
    Schopenhauer a écrit:C'est donc la connaissance qui différencie les consciences. Au contraire le désir, les aspirations, la volonté, la répugnance, l'aversion, le non-vouloir sont propres à toute conscience : l'homme les a en commun avec les polypes. Ce sont donc ces états qui constituent l'essence et la base de toute conscience. Sans doute ils se manifestent différemment dans les diverses espèces animales ; mais cette différence tient au plus ou moins d'étendue de leur sphère de connaissance : car c'est dans la connaissance que se trouvent les motifs qui provoquent ces états. Tous les actes et tous les gestes qui, chez les animaux, expriment des mouvements de la volonté, nous les comprenons immédiatement, par analogie avec notre propre être. Aussi avons-nous pour eux une sympathie aussi profonde que variée dans ses formes. L'abîme au contraire qui nous sépare d'eux, c'est uniquement la différence d'intellect qui le creuse. [...]. De cette considération il résulte clairement que la volonté est dans tous les êtres animaux l'élément primaire et substantiel.
    Schopenhauer parle même, quelques lignes plus loin, des "fins directrices de la volonté d'une espèce animale, qui arment cette espèce de sabots, de griffes, de mains, d'ailes, de cornes ou de dents, la dotent aussi d'un cerveau plus ou moins développé, dont la fonction est l'intelligence nécessaire à la conservation de l'espèce". On appelle ça une intelligence [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], une remarque de la plus pure orthodoxie aristotélicienne, puisqu'elle tient pour réelles les causes finales - lesquelles, par définition, sont une intention à l'œuvre.

    Schopenhauer se débat même avec de telles difficultés qu'à le lire, on se demande si l'être ne serait pas plutôt, pour lui, une conscience, qu'il subdivise en deux parties : la représentative et la voulante.
    Nous voyons donc que l'instrument de l'intelligence, c'est-à-dire le système cérébral et les organes des sens, suit pas à pas dans son développement l'extension des besoins et la complication de l'organisme ; l'augmentation de la partie représentative (par opposition à la partie voulante) de la conscience, reçoit son expression physique dans la prédominance du cerveau sur le reste du système nerveux d'abord, et ensuite dans la prédominance du cerveau proprement dit sur le cervelet [...].
    L'influence de la biologie d'alors est flagrante ici, comme le finalisme. Autre exemple de confusion possible entre conscience et volonté :
    Nous ne connaissons guère la conscience que comme une qualité des êtres animés ; donc nous pouvons, nous devons même la concevoir comme conscience animale, et trouver une tautologie dans cette dernière expression même. - Or, ce qui se rencontre toujours dans chaque conscience animale, même la plus imparfaite et la plus faible, ce qui en constitue la base, c'est le sentiment immédiat d'une appétition tour à tour satisfaite et contrariée à des degrés divers. Nous savons cela en quelque sorte a priori. Car si étonnamment différentes que soient les innombrables espèces animales, si étrange que nous en apparaisse au premier abord une espèce inconnue jusqu'alors, toutefois nous considérons d'ores et déjà comme nous étant connue et familière l'essence intime de leur nature. Nous savons en effet que l'animal veut, nous savons même ce qu'il veut, l'être et le bien-être, la vie et la persistance dans l'espèce [...].
    Il y a bien une intelligence à l'œuvre pour Schopenhauer.

    La partie connaissante de la connaissance, c'est la pensée qui se pense, et c'est la pensée en tant qu'elle produit des idées (ou des objets intellectuels). C'est savoir et savoir qu'on sait. La partie connue, c'est la pensée en tant qu'elle ne se pense pas elle-même (d'où la tentation d'assimiler purement et simplement volonté schopenhauerienne et "puissance aveugle"). Ainsi, elle n'est pas capable de dédoublement. C'est savoir et ne pas savoir qu'on sait (ce qui n'implique pas une absence de conscience). Or, la volonté est l'élément premier de la connaissance, tandis que l'intellect est l'élément secondaire. Nous avons la conscience. La conscience, c'est de la volonté et de l'intellect. La part de l'une et de l'autre varie avec la part de connaissance connue ou connaissante que possède la conscience.

    Par conséquent, mieux vaut dire que, chez Schopenhauer, la volonté n'a pas de but, d'objectif, d'idéal au sens où l'on parle communément d'une idée projetée (faire un projet). Quant à l'absence supposée de finalité chez lui, l'extrait cité montre qu'on ne peut l'affirmer.




    Reste une difficulté qui mérite qu'on la mentionne : "c'est dans la connaissance que se trouvent les motifs qui provoquent ces états", dit Schopenhauer. Or, d'aucuns auraient tôt fait d'assimiler sans prudence motifs et mobiles, qui ne sont pas exactement la même chose. Par définition, est considéré comme mobile ce qui est susceptible d'être mis en mouvement (d'être mu, de se mouvoir - même famille qu'émouvoir/émotion), et qui renvoie à des déterminations d'ordre psychologique et affectif (on recherche le mobile d'une action, crime, etc.), mais d'une manière plus générale, d'origine obscure, voire inaccessible à la conscience. Par définition, est considéré comme motif (même famille que mobile : cf. le mouvement) ce qui explique, justifie un jugement, une décision, une action, etc. Toutefois, on imagine mal une méduse capable de rendre compte de ce qu'elle fait, puisque un motif suppose qu'on puisse rendre compte de, répondre de. Toute la difficulté est de comprendre la nature du lien de cause à effet qu'établit Schopenhauer entre les états de la conscience (désir, etc.) et "tous les actes et tous les gestes" dont il parle. Si nous agissons en fonction de mobiles, nous ne savons pas ce que nous faisons quand nous le faisons. Ce n'est pas qu'une question de déterminisme, mais aussi une question de savoir ce qu'on fait de la raison.

    **
    Descartes, Les Principes de la Philosophie, I, 9 a écrit:§ 9. Ce que c’est que penser.

    Par le mot de penser, j’entends tout ce qui se fait en nous de telle sorte que nous l’apercevons immédiatement par nous-mêmes ; c’est pourquoi non seulement entendre, vouloir, imaginer, mais aussi sentir, est la même chose ici que penser. Car si je dis que je vois ou que je marche, et que j’infère de là que je suis ; si j’entends parler de l’action qui se fait avec mes yeux ou avec mes jambes, cette conclusion n’est pas tellement infaillible, que je n’aie quelque sujet d’en douter, à cause qu’il se peut faire que je pense voir ou marcher, encore que je n’ouvre point les yeux et que je ne bouge de ma place ; car cela m’arrive quelquefois en dormant, et le même pourrait peut-être arriver si je n’avais point de corps ; au lieu que si j’entends parler seulement de l’action de ma pensée ou du sentiment, c’est-à-dire de la connaissance qui est en moi, qui fait qu’il me semble que je vois ou que je marche, cette même conclusion est si absolument vraie que je n’en puis douter, à cause qu’elle se rapporte à l’âme, qui seule a la faculté de sentir ou bien de penser en quelque autre façon que ce soit.


    Dernière édition par Euterpe le Mar 8 Aoû 2017 - 9:34, édité 2 fois
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    Pilipili

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    Re: Qu'est-ce que la Volonté de Schopenhauer ?

    Message  Pilipili le Sam 7 Jan 2017 - 12:38

    La définition de la Volonté selon Shopenhauer ne semble pas évidente, et les diverses réflexions que je lis ci-dessus ne contribuent pas à mon sens à clarifier les choses mais plutôt à initier des débats.
    Mon approche personnelle prend son départ dans l'observation.
    Lorsque dans un désert chaud comme un four, les termites, se comportant en architectes de premier plan, vont édifier leur termitière de manière à ce qu'une circulation ingénieuse de l'air permette d'y conserver une certaine fraîcheur, indispensable à la survie et à l'éclosion de leurs œufs, on peut leur accorder un certain talent, au point que les meilleurs architectes contemporains s'inspirent de leur savoir-faire.
    Évidemment il s'agit d'une forme d'intelligence (téléologique effectivement), dans la mesure où on définit l'intelligence comme la capacité à s'adapter et à résoudre des problèmes. Évidemment aussi, ces animaux n'ont qu'une conscience extrêmement limitée et agissent (et se coordonnent) certes de manière sophistiquée, mais un peu comme des automates.
    Alors oui, s'il faut donner un nom à ce processus observable partout, et qui n'a aucun lien avec notre propre intelligence analytique (et logique), pourquoi ne pas l'appeler "la Volonté", encore que le choix de ce mot soit discutable à mon sens, car dans sa définition commune, une "action volontaire" fait plutôt référence à un libre-arbitre et donc à une capacité d'effectuer des choix conscients.
    La Volonté est donc une action aveugle, qui dans le cas d'un organisme vivant tendrait à favoriser la survie de l'espèce.
    Par contre, en ce qui concerne la matière non vivante, je crois me rappeler que Schopenhauer donnait comme exemple de Volonté, la force de gravité qui provoquait la chute d'une pierre.
    Les théories de Darwin ont permis de comprendre un peu mieux comment la sélection au sein d'une espèce pouvait concourir à faire émerger une volonté à partir de comportements et de spécificités totalement aléatoires à la base. D'autres mécanismes participent sans doute à l’émergence de cette "Volonté"...
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    BOUDOU

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    Re: Qu'est-ce que la Volonté de Schopenhauer ?

    Message  BOUDOU le Mer 15 Fév 2017 - 17:36

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Attention avec la volonté comme "puissance aveugle" chez Schopenhauer, ou encore avec l'absence de finalité. La tentation est grande de plaquer sur son œuvre une lecture spinoziste.
    Peut-on penser que Schopenhauer emprunte à Spinoza le concept d'expression pour traduire le rapport de la Volonté aux Phénomènes : Tout ce qui est est l'expression de la Volonté (Le Monde) ?
    Christophe Bouriau a écrit:
    Schopenhauer ne comprend pas comment Kant […] applique indûment les concepts de causalité et d’effectivité à un objet soustrait à l’intuition, c’est-à-dire à la chose en soi, à l’encontre des exigences mêmes de sa doctrine critique. […]  (Selon Schopenhauer) : les phénomènes ne sont pas l’effet mais l’expression de la chose en soi (volonté).

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Il y a bien une intelligence à l'œuvre pour Schopenhauer.

    Suivant le concept d'expression, la volonté ne serait-elle pas simplement ce qui est sous-jacent à cette intelligence ? Le mot volonté ne traduirait-il pas un certain organicisme ?
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    Euterpe

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    Re: Qu'est-ce que la Volonté de Schopenhauer ?

    Message  Euterpe le Lun 24 Juil 2017 - 11:45

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Peut-on penser que Schopenhauer emprunte à Spinoza le concept d'expression pour traduire le rapport de la Volonté aux Phénomènes : Tout ce qui est est l'expression de la Volonté (Le Monde) ?
    [...]
    Suivant le concept d'expression, la volonté ne serait-elle pas simplement ce qui est sous-jacent à cette intelligence ? Le mot volonté ne traduirait-il pas un certain organicisme ?

    L'hypothèse est évidemment très intéressante, et vraiment stimulante, précisément parce qu'elle implique de manière impérieuse l'examen du rapport à maints égards si mystérieux, tant on s'y achoppe, entre les penseurs allemands et Spinoza (je vous renvoie à [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], et à [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], dont j'espère qu'il sera l'un des premiers "webinaires" de notre site).

    Mais, pour être séduisante et précisément parce qu'elle paraît au premier abord très cohérente, elle me semble trompeuse, et mener à une impasse dans la mesure où elle exige de renoncer au Schopenhauer critique de ce qu'il appelait les néospinozistes (à commencer par Hegel, celui-là même dont toute son œuvre est l'ellipse). Je ne peux, pour lors, que me contenter de vous renvoyer, d'abord à ce texte de Christophe Bouriau pour explorer votre hypothèse : [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], mais aussi à [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] : [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien].

    Cordialement.


    Dernière édition par Euterpe le Mar 8 Aoû 2017 - 9:39, édité 2 fois
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    BOUDOU

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    Re: Qu'est-ce que la Volonté de Schopenhauer ?

    Message  BOUDOU le Sam 29 Juil 2017 - 18:35

    Le concept polysémique d'expression traduit une relation non causale. Comme pour tous les concepts, il faut en préciser le contenu dans son contexte d'utilisation. C'est ainsi que par exemple le contenu de ce concept est très différent chez [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] ou [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]. Sans aucune référence particulière à d'autres philosophes de l'expression, on pourrait peut-être dire que pour Schopenhauer la volonté/chose en soi/monde s'exprimerait sous forme de phénomènes qui seraient à la métaphysique (qui se situe ici au cœur de l'expérience - et non au-delà de l'expérience) ce que les mots, les notes, les touches, etc., sont au texte, à la musique à la peinture, à l'art..., à la représentation. Kant comme Sch. admettent que qqch. ne peut être pour nous qu'à la condition d'être représenté par nous, mais la représentation chez Sch., qui passe par l'intuition sensible, est empreinte de physiologisme et d'organicisme.


    Dernière édition par BOUDOU le Sam 29 Juil 2017 - 23:45, édité 1 fois
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    Euterpe

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    Re: Qu'est-ce que la Volonté de Schopenhauer ?

    Message  Euterpe le Sam 29 Juil 2017 - 22:03

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:on pourrait peut-être dire que pour Schopenhauer la volonté/chose en soi/monde s'exprimerait sous forme de phénomènes qui seraient à la métaphysique (qui se situe au cœur de l'expérience - et non au-delà de l'expérience) ce que les mots, les notes, les touches, etc., sont au texte, à la musique à la peinture, à l'art…, à la représentation.
    Encore une fois, l'idée me paraît bonne ; mais, comme elle risque de tirer Schopenhauer du côté de [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] (cf. l'Urphänomen), qu'il admirait, cela exige d'y regarder de très près.

    J'ajoute que, pour être bien formulée, votre comparaison n'est pas encore convaincante : les mots, le langage musical, etc., sont autant de formes d'expression codifiées, qui supposent une capacité d'abstraction et de distanciation que tous les êtres vivants n'ont pas, et qui impliquent une intention, un projet, etc., une transformation (l'émotion, la sensibilité, etc., ne sont pas encore des œuvres).
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    BOUDOU

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    Re: Qu'est-ce que la Volonté de Schopenhauer ?

    Message  BOUDOU le Ven 4 Aoû 2017 - 17:02

    Pour poursuivre ma réflexion, alors que j’aborde la philosophie de Schopenhauer, je citerai ce passage du XVIIe et dernier chapitre du Monde comme volonté et comme représentation ([Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien][Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] — pp. 879-880 de l'éd. PUF (1966) :

    Je laisse ainsi subsister intacte la doctrine de Kant, suivant laquelle le monde de l'expérience est un pur phénomène, auquel seul sont applicables les connaissances a priori ; mais j'y ajoute ceci, que précisément comme phénomène, ce monde est la manifestation de la chose qui y apparaît et que j'appelle avec lui la chose en soi. Cette chose doit imprimer son essence et son caractère dans le monde de l'expérience ; en interprétant cette expérience, dans sa matière bien entendu et non pas seulement dans sa forme, il doit être possible d'y retrouver l'empreinte de la chose en soi. La philosophie n'est donc que l'intelligence exacte et universelle de l'expérience même, l'explication vraie de son sens et de son contenu. Ce contenu, c'est la chose métaphysique, dont le phénomène n'est que le vêtement et l'enveloppe, et cette chose est au phénomène ce que la pensée est aux mots.

    Autrement dit, comme les ombres projetées dans la caverne de Platon, la représentation serait une œuvre théâtrale dont l'auteur est la volonté. Schopenhauer surmonte la dualité de la chose en soi et du phénomène en envisageant le recto et le verso du monde. Il met en scène cette structure dans ses Aphorismes sur la sagesse dans la vie[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]. Suivant une conception immanentiste de la métaphysique, cette chose « éblouissante » et incommunicable — que les philosophes, les génies et ceux doués d’imagination (car l’homme sans imagination ne connaît d’autre intuition que l’intuition réelle des sens) doivent apprivoiser, et qui est située dans notre être intime où elle se manifeste comme volonté — serait accessible à l’intuition interne car elle fait partie du monde. Une fois exposées ces vagues généralités, il resterait à préciser le caractère plus ou moins flou, inachevé et indéterminé des concepts d’intuition, de rationalité, de pensée, de conscience et d’expression linguistique, dans le cadre de la philosophie de Schopenhauer et dans la science et la philosophie actuelles qu’il a influencées. Il faudrait aussi étudier, comme le suggère Euterpe [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], le rôle conscient/inconscient de la volonté, au sens de Schopenhauer (comme intention, force vitale prenant conscience d’elle-même), dans le processus de rumination/création.


    Dernière édition par Euterpe le Sam 5 Aoû 2017 - 16:05, édité 2 fois (Raison : intégration de liens cliquables et du texte de Schopenhauer)
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    Euterpe

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    Re: Qu'est-ce que la Volonté de Schopenhauer ?

    Message  Euterpe le Sam 5 Aoû 2017 - 16:04

    Le texte que vous convoquez est essentiel, en effet, puisqu'il conclut non seulement le Supplément au premier livre, mais toute la question de la représentation (la question du monde comme représentation). Et [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] n'est pas loin non plus, d'autant que Schopenhauer le place en exergue au [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], donc immédiatement avant le chapitre XVIII (« Comment la chose en soi est connaissable »), qui ouvre ce Supplément et qui constitue le commentaire de la toute première phrase de l'œuvre : « Le monde est ma représentation », i. e. le monde n'est pas la réalité :
    Le côté réel, lui, doit être radicalement distinct du monde comme représentation, il est ce que les choses sont en elles-mêmes ; et c'est cette diversité absolue de l'idéal et du réel que Kant a mise en lumière mieux que personne.

    p. 888 de l'éd. PUF — p. 6 du t. 3 de l'éd. Alcan

    Mais, avant de poursuivre dans l'hypothèse que Schopenhauer lui-même vous suggère, il faut prendre la mesure de ce qu'il dit dans ce chapitre XVIII. Il y prétend que le réel (la chose en soi) est accessible, « connaissable », ce que Kant jugeait pourtant impossible. Inconséquence ? Schopenhauer se veut au contraire un kantien conséquent, et même le plus conséquent des kantiens. Pourtant, il vient à peine de rappeler que la connaissance n'est qu'une représentation, et que comme telle, elle se tient à distance du réel :
    Qu'est-ce que la connaissance ? — C'est avant tout et essentiellement une représentation. — Qu'est-ce que la représentation ? — Un processus physiologique très complexe, s'accomplissant dans le cerveau d'un animal, et à la suite duquel naît dans ce même cerveau la conscience d'une image. [...]. Voilà peut-être la manière la plus simple et la plus claire de mettre en évidence l'abîme profond qui sépare l'idéal du réel.
    p. 886 (PUF) — p. 4 (Alcan)

    Être un kantien conséquent, c'est rompre avec Kant en allant à rebours. La chose en soi n'est plus inaccessible : l'abîme est certes profond, mais il n'est pas déclaré infranchissable. Or, pour espérer le franchir, Schopenhauer renonce à descendre le cours du processus physiologique de la représentation du plus simple au plus complexe, de l'image à la raison en passant par le concept (entendement), du plus subjectif (de l'en soi — cf. votre « être intime », ou encore « le cœur de l'homme » du texte de Gœthe en exergue au Supplément) au plus objectif. A l'opposé, il se propose de remonter ce processus jusqu'à la source, du plus objectif au plus subjectif, jusqu'à ces images qu'il assimile à des « représentations intuitives », comme on peut le lire ci-dessous :
    Quant à savoir si, grâce à des processus ultérieurs du cerveau, les représentations intuitives ou images qui y sont nées donnent naissance par voie d'abstraction à des concepts généraux (universalia), concepts qui permettent des combinaisons nouvelles et par quoi la connaissance devient raisonnable, devient pensée — ce n'est plus là la question essentielle ; c'est un problème d'une importance secondaire. Car tous ces concepts empruntent tout leur contenu à la seule représentation intuitive. Celle-ci est donc la connaissance originaire, et doit seule être prise en considération dans cette recherche des rapports de l'idéal et du réel.

    pp. 886-887 — p. 4

    Il justifie ce choix un peu plus loin : « on ne dépassera jamais la représentation, c'est-à-dire le phénomène, si l'on part de la connaissance objective, autrement dit de la représentation » (p. 890). Mais s'il peut désormais nommer le problème dont il s'occupe : « l'intuition [a un rapport] avec l'existence en soi de ce qui est intuitivement perçu, et c'est cette dernière relation qui constitue le grand problème » (p. 887), il nie que l'intuition soit déjà la connaissance de la chose en soi (puisque la connaissance, comme représentation, « ne nous donne jamais que des phénomènes et non pas l'essence en soi des choses », p. 889).
    La question est de savoir en quoi l'intuition, comme « connaissance originaire », se distingue de la connaissance comme représentation (au besoin, relire [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] pour comprendre ce qui suit). En fait, l'intuition n'est pas encore exactement une représentation, parce qu'elle est immédiate (tandis que la connaissance est une médiation, donc une distanciation qui nous éloigne du réel) et qu'en ce sens elle ne saurait être objective :

    Jusqu'ici je suis de l'avis de Kant. Mais, en regard de la vérité qu'il a établie, j'ai posé la vérité suivante qui en constitue le contrepoids [« qui la tient en quelque manière en échec » dans l'éd. Alcan], à savoir que nous ne sommes pas seulement le sujet qui connaît, mais que nous appartenons nous-mêmes à la catégorie des choses à connaître, que nous sommes nous-mêmes la chose en soi, qu'en conséquence, si nous ne pouvons pas pénétrer du dehors jusqu'à l'être propre et intime des choses, une route, partant du dedans, nous reste ouverte : ce sera en quelque sorte une voie souterraine, une communication secrète qui, par une espèce de trahison, nous introduira tout d'un coup dans la forteresse, contre laquelle étaient venues échouer toutes les attaques dirigées du dehors.
    La chose en soi, comme telle, ne peut entrer dans la conscience que d'une manière tout à fait immédiate, à savoir en ce sens qu'elle même prendra conscience d'elle-même ; prétendre la connaître objectivement, c'est vouloir réaliser une contradiction.

    pp. 890-891 — pp. 7-8
    Dès lors, le lecteur est préparé pour aborder la question de la volonté.

    [La connaissance que chacun a de son propre vouloir] ; cette connaissance n'est pas une intuition (toute intuition étant située dans l'espace), et n'est pas non plus vide ; elle est au contraire plus réelle qu'aucune autre. Elle n'est pas non plus a priori, comme la connaissance purement formelle, mais entièrement a posteriori [...]. En fait, notre volonté nous fournit l'unique occasion que nous ayons d'arriver à l'intelligence intime d'un processus qui se présente à nous d'une manière objective ; c'est elle qui nous fournit quelque chose d'immédiatement connu, et qui n'est pas, comme tout le reste, uniquement donné dans la représentation. C'est donc dans la Volonté qu'il faut chercher l'unique donnée susceptible de devenir la clé de toute autre connaissance vraie ; c'est de la Volonté que part la route unique et étroite qui peut nous mener à la vérité. Par conséquent, c'est en partant de nous-mêmes qu'il faut chercher à comprendre la Nature, et non pas inversement chercher la connaissance de nous-mêmes dans celle de la nature. [Ce qui nous est connu immédiatement doit nous fournir l'interprétation de ce qui ne l'est que médiatement (cette dernière phrase ne se trouve pas dans l'éd. Alcan).]

    p. 891 — p. 8

    Malheureusement, nous n'avons pas une perception de nous-mêmes suffisamment immédiate, « par conséquent cette connaissance de la chose en soi n'est pas complètement adéquate » (p. 892). De sorte que Schopenhauer est contraint de concéder, un peu plus loin : « L'acte de la volonté n'est donc sans doute que le phénomène le plus proche et le plus précis de la chose en soi » (p. 893). Il en tire d'emblée cette conséquence que la question de savoir ce que c'est que cette volonté « ne recevra jamais de réponse ». Il reste toujours « quelque chose de mystérieux et d'insondable » ; « nous devinons que quelque chose est caché là-dessous, mais ce quelque chose nous ne pouvons pas le connaître ».

    Maintenant seulement, on peut affronter votre hypothèse. Vous aurez pu noter, d'abord, qu'il n'étend pas sa comparaison à la musique, la peinture, etc. Il se contente de transposer le rapport entre la chose en soi et le phénomène à celui entre la pensée et les mots. Une fois établi qu'il restreint cette comparaison à cela, et compte tenu de ce qu'il dit de la volonté, on comprend qu'il procède au moyen d'une approximation la plus éclairante, la plus significative possible. On peut, ainsi, reprendre le chapitre XVII, au moment où il tente de préciser cette comparaison. A cinq reprises, il emploie le terme « déchiffrement » (« déchiffrement du monde »), à deux reprises le terme « alphabet », ou encore les termes « écriture », « clé », etc. Le champ lexical permet de mieux circonscrire encore sa comparaison.

    Et comme toutes mes théories sont traversées par une pensée principale que j'applique en guise de clé à tous les phénomènes du monde, cette pensée se trouve être l'alphabet vrai dont l'application donne aux mots et aux phrases un sens, une signification. C'est ainsi que ma doctrine [...] ressemble donc à un calcul dont le dernier terme est trouvé.

    p. 881

    Nous sommes quand même assez loin du concept d'expression — quoique cela ne me paraisse pas encore invalider l'hypothèse. Sauf que, de l'aveu même de Schopenhauer, cette clé n'ouvre rien, pour ainsi dire :
    je n'entends pourtant pas dire par là que [cette clé] ne laisse plus aucun problème à résoudre, et qu'elle ait fourni une réponse à toute question. [...] [Notre] horizon demeurera toujours enveloppé d'une nuit profonde. [...]. Aussi la solution réelle, positive de l'énigme du monde, est-elle nécessairement quelque chose que l'intellect humain est absolument impuissant à saisir et à penser ; de sorte que si un être supérieur descendait sur terre et se donnait toute la peine du monde pour nous communiquer cette solution, nous ne comprendrions rien aux vérités qu'il nous révélerait (pp. 881-882).
    [...]
    [...] Quand même cette intuition [intellectuelle] existerait, il serait impossible de la communiquer aux autres ; la connaissance normale du cerveau est seule communicable, par des concepts et des mots quand elle est abstraite, par des œuvres d'art quand elle est purement intuitive (p. 882).
    Cela nous éloigne encore plus du concept d'expression. Peut-être que les chapitres XXX et XXXI (Supplément au troisième livre) vous permettraient de l'étayer. Il faudrait relire le Livre II également.

    Cordialement

    aliochaverkiev

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    Re: Qu'est-ce que la Volonté de Schopenhauer ?

    Message  aliochaverkiev le Dim 6 Aoû 2017 - 14:02

    Bonjour,

    L'intervention d'Euterpe, dans ce débat, suscite les réflexions suivantes. 

    Euterpe cite Schopenhauer :
    Le côté réel, lui, doit être radicalement distinct du monde comme représentation, il est ce que les choses sont en elles-mêmes.
    Dès lors que Schopenhauer est cité comme étant le commentateur le plus fin de Kant, cette citation m'inspire la remarque suivante :
    Lorsque Kant dit que le phénomène est un apparaître, il n'emploie pas le mot apparaître comme signification imparfaite voire falsifiée de la chose en soi ; l'apparaître est bien réel. C'est un réel distinct de la réalité de la chose en soi mais c'est bien un réel. L'apparaître n'est pas illusion, l'apparaître est réel. L'opposition n'est pas chez Kant entre le réel et l'idéal, il est entre le réel connaissable et le réel non-connaissable. Tout juste pourrait-on soulever l'opposition entre le réel perçu et connaissable et le réel pensé et non-connaissable (au sens kantien), entre le réel et l'idéel.

    Ma deuxième réflexion s'appuie sur la remarque suivante :
    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:renonce à descendre le cours du processus physique de la représentation du plus simple au plus complexe, de l'image à la raison en passant par le concept... du plus subjectif... au plus objectif.
    Ce mot "descendre" peut prêter à confusion. S'il signifie que nous passons chronologiquement du subjectif à l'objectif, cette chronologie descriptive, écrite par Kant dans la présentation des trois synthèses, n'est pas une chronologie dans le temps. C'est une chronologie analytique. Il n'y a pas le subjectif, puis constitution d'une représentation intermédiaire soumise ensuite, dans une succession temporelle, aux catégories (qui attendent la soumission) au contraire c'est bien l'action immédiate des catégories dans l'unité synthétisante de la conscience qui construit le divers de l'intuition. Le divers de l'intuition est aussitôt agi par les concepts purs de l'entendement qui mettent immédiatement en relation les sensations entre elles (selon d'autres lois que celles de la simple association) pour construire l'objet scientifique.

    Cette réflexion, je la poursuis en considérant le texte même de Schopenhauer :
    Quant à savoir si, grâce à des processus ultérieurs du cerveau, les représentations intuitives ou images qui y sont nées donnent naissance par voie d'abstraction à des concepts généraux...
    Le mot "ultérieurs" signifie une chronologie qui n'est pas celle de Kant. Au contraire, pour Kant c'est l'entendement qui construit l'image, ce sont les concepts généraux qui construisent l'image finale, ce n'est pas l'image finale qui donne naissance aux concepts généraux. Schopenhauer mentionne "le cerveau", concept qui lui est propre. Les rapports qu'entretiennent les deux concepts, cerveau et esprit, sont complexes. L'idée courante, matérialiste, est que le cerveau produit l'esprit, et, dans ce cas, nous sommes dans une chronologie telle que la défend Schopenhauer. Mais je pense que pour Kant c'est bien l'entendement, non vu comme cerveau mais comme esprit qui initie la construction de l'image, même si en l'occurrence l'esprit, la conscience transcendantale n'est pas elle-même le produit d'une décision (consciente).
    Ensuite Schopenhauer juge que c'est la représentation intuitive qui est la connaissance originaire. Pour Kant il n'y a pas de connaissance à proprement parler dans la seule intuition. Une connaissance a besoin de deux sources pour s'imposer comme connaissance : l'intuition et l'entendement.

    Troisième réflexion :

    Schopenhauer écrit :
    Nous sommes nous-mêmes la chose en soi
    Ici nous sommes dans une pensée qui n'a plus rien à voir avec celle de Kant. Cette proposition inaugure une nouvelle philosophie. Nous comprenons que pour Schopenhauer la volonté est la chose en soi. Cette assertion renvoie, pour moi, à cette réflexion de Nietzsche : le philosophe sait dès l'origine de sa pensée où il veut en venir, le raisonnement vient après. Schopenhauer veut que la volonté soit la chose en soi, il est logique : il pose ainsi un acte de la volonté. Mais ce qu'il appelle volonté est encore de l'ordre de la perception, perception interne certes mais perception quand même (la perception interne est appelée sentiment dans certains manuels de philosophie). Ainsi la volonté est encore dans l'ordre du phénomène, non de la chose en soi.

    Nous savons que ce questionnement sur la chose en soi provient de cette contradiction : la chose en soi n'est pas soumise à la causalité. Comment pourrait-elle être la cause de la sensation ? Cette contradiction force les esprits à se torturer pour la résoudre. D'où la forge de nouveaux concepts comme celui d'expression. Pour ma part, je ne vois pas vraiment de contradiction, car pourquoi la chose en soi n'aurait-elle pas un effet ? Elle serait vraiment soumise à la causalité si elle devait elle-même avoir une cause. Je suis en train de lire les Prolégomènes et surprise ! Kant envisage la liberté comme chose en soi pouvant avoir un effet, mais n'ayant pas elle-même de cause. Rappelons que pour Kant chose en soi et phénomène sont le même objet vu de deux façons différentes. Une vue dans l'ordre naturel, une autre hors du monde naturel.

    Ce questionnement provient aussi de cette révolte contre l'idée qu'une chose ne serait pas connaissable. Pourtant le concept même de la chose en soi porte en lui cette qualité du non-connaissable. En effet n'est connu pour Kant que ce qui emprunte la voie de l'intuition (couplée avec l'entendement) mais ce qui est intuitionné ne l'est que sous l'action d'un quelque chose. Autrement dit l'intuition ne nous permet que d'appréhender l'ACTION d'une chose sur soi et non la chose elle-même. Pour connaître la chose en soi et non l'action qu'elle exerce sur soi il faut la penser hors de toute RELATION. Quand nous sommes hors relation avec une réalité nous ne pouvons pas la connaître par les sens (l'intuition empirique). Si la chose en soi est un jour "connue", elle ne pourra l'être dans une représentation, mais dans une "intuition" pure intellectuelle. La chose en soi relèvera alors de l'intelligible pur, ce qui signifie qu'elle ne pourra pas être représentée au sens usuel du terme.
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    Euterpe

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    Re: Qu'est-ce que la Volonté de Schopenhauer ?

    Message  Euterpe le Lun 7 Aoû 2017 - 15:39

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Schopenhauer est cité comme étant le commentateur le plus fin de Kant
    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Schopenhauer se veut au contraire un kantien conséquent, et même le plus conséquent des kantiens
    Ceci ne voulant pas dire la même chose que cela. Ce n'est pas très grave.

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Euterpe cite Schopenhauer :
    Le côté réel, lui, doit être radicalement distinct du monde comme représentation, il est ce que les choses sont en elles-mêmes.
    Lorsque Kant dit que le phénomène est un apparaître, il n'emploie pas le mot apparaître comme signification imparfaite voire falsifiée de la chose en soi
    Schopenhauer non plus. Il ajouterait :
    Ainsi donc, l'impénétrabilité empirique de tous les êtres de la nature est une preuve a posteriori du caractère purement idéal et phénoménal de leur existence empirique.

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:l'apparaître est bien réel. C'est un réel distinct de la réalité de la chose en soi mais c'est bien un réel. L'apparaître n'est pas illusion
    Schopenhauer ne dit pas le contraire. La représentation est une réalité : la réalité d'une représentation. Quant à l'emploi du terme « apparaître », il est quelque peu imprudent, ici, dans la mesure où Kant distingue deux acceptions de l'apparence, distinction essentielle pour la Critique de la raison pure (cf. Théorie transcendantale des éléments, 2°partie, Introduction, I, [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] (cf. l'apparence logique et l'apparence transcendantale)).

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:L'opposition n'est pas chez Kant entre le réel et l'idéal, il est entre le réel connaissable et le réel non-connaissable.
    Schopenhauer distingue, sans les opposer, le réel (chose en soi, i. e. ce qui échappe à toute représentation) et la représentation (phénomène, i. e. ce qui, du réel, nous est accessible). Reprenons le texte lui-même : « on ne dépassera jamais la représentation, c'est-à-dire le phénomène, si l'on part de la connaissance objective, autrement dit de la représentation », ce qui signifie littéralement que la représentation ne saurait constituer un quelconque point de départ à partir duquel accéder à la chose en soi. Selon Schopenhauer toujours, il faut sortir, autant qu'il est possible, de la représentation elle-même. Autrement dit, il ne faut pas chercher à perfectionner la connaissance. Aussi objective soit-elle, elle n'en demeure pas moins une connaissance, c'est-à-dire une représentation, c'est-à-dire encore ce qui nous interdit d'accéder au réel (à la chose en soi). Il choisit un autre chemin que celui de la raison. Il n'y a pas là une opposition imputée à Kant et qui serait un contresens imputable à Schopenhauer. Les deux savaient bien que « le concept de chien n'aboie pas », pour reprendre ce que d'aucuns attribuent à Spinoza. Si le concept est bien référé à une réalité, il n'est pas la réalité qui lui sert de référence.

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:
    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:renonce à descendre le cours du processus physique de la représentation du plus simple au plus complexe, de l'image à la raison en passant par le concept... du plus subjectif... au plus objectif.
    Ce mot "descendre" peut prêter à confusion. S'il signifie que nous passons chronologiquement du subjectif à l'objectif, cette chronologie descriptive, écrite par Kant dans la présentation des trois synthèses, n'est pas une chronologie dans le temps. C'est une chronologie analytique. Il n'y a pas le subjectif, puis constitution d'une représentation intermédiaire soumise ensuite, dans une succession temporelle, aux catégories (qui attendent la soumission) au contraire c'est bien l'action immédiate des catégories dans l'unité synthétisante de la conscience qui construit le divers de l'intuition. Le divers de l'intuition est aussitôt agi par les concepts purs de l'entendement qui mettent immédiatement en relation les sensations entre elles (selon d'autres lois que celles de la simple association) pour construire l'objet scientifique.
    Je répondrai en commençant par rappeler qu'on ne trouve pas chez Kant que des concepts purs de l'entendement (les catégories, ou encore concepts primitifs). Vous oubliez les concepts purs a priori de l'espace et du temps, ou formes de la sensibilité, qui précèdent les catégories (cf. [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]) ; mais aussi tous les concepts dont la déduction n'est pas transcendantale (les concepts dérivés) ; enfin, et surtout, vous oubliez les concepts rationnels (concepts rationnels objectifs et concepts rationnels subjectifs). Schopenhauer se réfère, entre autre à ce fameux passage de la Critique de la raison pure, Théorie transcendantale des éléments, 2°partie, Introduction, II, A, [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] :
    Toute notre connaissance commence par les sens, passe de là à l'entendement et finit par la raison. Cette dernière faculté est la plus élevée qui soit en nous pour élaborer la matière de l'intuition et ramener la pensée à sa plus haute unité. Comme il me faut ici donner une définition de cette suprême faculté de connaître, je me trouve dans un certain embarras. Elle a, comme l'entendement, un usage purement formel, c'est-à-dire logique, quand on fait abstraction de tout contenu de la connaissance ; mais elle a aussi un usage réel, puisqu'elle contient elle-même l'origine de certains concepts et de certains principes qu'elle ne tire ni des sens, ni de l'entendement. Sans doute, la première de ces deux fonctions a été définie depuis longtemps par les logiciens comme la faculté de conclure médiatement (par opposition à celle de conclure immédiatement, consequentiis immediatis) ; mais la seconde, qui produit elle-même des concepts, ne se trouve point expliquée par là. Puis donc qu'il y a lieu de distinguer dans la raison une faculté logique et une faculté transcendentale, il faut chercher un concept plus élevé de cette source de connaissances, un concept qui renferme les deux idées. Cependant nous pouvons espérer, d'après l'analogie de la raison avec l'entendement, que le concept logique nous donnera aussi la clef du concept transcendantal, et que le tableau des fonctions logiques de la raison nous fournira en même temps celui des concepts de la raison.
    Or on ne passe pas des sens à la raison autrement que chronologiquement, puisqu'on apprend à penser. L'ordre (et non la chronologie) analytique est postérieur, du reste, à l'ordre chronologique, puisqu'il exige que la pensée se pense elle-même.

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:ce n'est pas l'image finale qui donne naissance aux concepts généraux.
    Schopenhauer ne parle pas d'image finale mais d'image initiale, qu'il assimile à l'intuition (« les représentations intuitives ou images »), intuition qu'il tient pour une connaissance originaire, non certes le tout de la connaissance, mais originaire en ceci que toute connaissance commence par là. Ce qui répond à votre remarque ci-dessous :
    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Ensuite Schopenhauer juge que c'est la représentation intuitive qui est la connaissance originaire. Pour Kant il n'y a pas de connaissance à proprement parler dans la seule intuition. Une connaissance a besoin de deux sources pour s'imposer comme connaissance : l'intuition et l'entendement.

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Ainsi la volonté est encore dans l'ordre du phénomène, non de la chose en soi.
    Reprenons le texte de Schopenhauer, encore une fois :
    [La connaissance que chacun a de son propre vouloir] ; cette connaissance n'est pas une intuition (toute intuition étant située dans l'espace) et n'est pas non plus vide ; elle est au contraire plus réelle qu'aucune autre. Elle n'est pas non plus a priori, comme la connaissance purement formelle, mais entièrement a posteriori [...]. En fait, notre volonté nous fournit l'unique occasion que nous ayons d'arriver à l'intelligence intime d'un processus qui se présente à nous d'une manière objective ; c'est elle qui nous fournit quelque chose d'immédiatement connu, et qui n'est pas, comme tout le reste, uniquement donné dans la représentation.
    La volonté de Schopenhauer n'est pas seulement un phénomène, mais « le phénomène le plus proche et le plus précis de la chose en soi ». Pour qu'elle ne fût qu'un phénomène, il faudrait pour cela qu'elle en soit aussi le concept correspondant. Mais nous ne sommes plus là dans le cadre de la philosophie kantienne, la volonté n'est le résultat d'aucune déduction. Elle échappe, pour partie, à la représentation.
    Surtout, c'est Schopenhauer lui-même qui prend soin de préciser (reprenons le texte, encore et toujours) que « cette connaissance de la chose en soi n'est pas complètement adéquate », et que la question de savoir ce qu'est cette volonté « ne recevra jamais de réponse ». Il reste toujours « quelque chose de mystérieux et d'insondable » ; « nous devinons que quelque chose est caché là-dessous, mais ce quelque chose nous ne pouvons pas le connaître ».

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:D'où la forge de nouveaux concepts comme celui d'expression.
    Le concept d'expression est antérieur à l'énigme de la chose en soi ; on le trouve chez Spinoza, et même chez certains théologiens du moyen âge.

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Je suis en train de lire les Prolégomènes et surprise ! Kant envisage la liberté comme chose en soi pouvant avoir un effet, mais n'ayant pas elle-même de cause.
    Ce qui doit aussi vous inciter à la patience, n'allez pas plus vite que le cours de votre lecture et de votre découverte progressive de l'œuvre.

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Si la chose en soi est un jour "connue", elle ne pourra l'être dans une représentation, mais dans une "intuition" pure intellectuelle. La chose en soi relèvera alors de l'intelligible pur, ce qui signifie qu'elle ne pourra pas être représentée au sens usuel du terme.
    Ce que Schopenhauer rejette fermement. Dans l'hypothèse où l'on souhaite accéder à la chose en soi, s'il faut certes, d'après lui, sortir de la représentation, il faut également renoncer aux intuitions intellectuelles. On peut lire ceci, dans le texte qui précède immédiatement ma citation de la page 882 du MVR un peu plus haut :
    Les systèmes qui prennent leur point de départ dans une intuition intellectuelle, dans une extase ou une voyance, présentent encore moins de garanties ; toute connaissance acquise de la sorte doit être écartée comme subjective, individuelle et conséquemment problématique.

    Si une confrontation des œuvres vous intéresse, je vous propose de créer un fil de discussion dans l'atelier de lecture du site, pour une analyse comparée, par exemple entre l'Appendice [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], qui précède immédiatement les Suppléments aux quatre livres du Monde comme volonté et comme représentation, et les textes de Kant. Compte tenu de la difficulté du sujet de ce topic, les interventions doivent se concentrer sur la nature de la volonté chez Schopenhauer, et non digresser sur la lecture schopenhauerienne de Kant, ou la version kantienne de Schopenhauer.

    Cordialement.
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    BOUDOU

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    Re: Qu'est-ce que la Volonté de Schopenhauer ?

    Message  BOUDOU le Ven 18 Aoû 2017 - 12:16

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Nous sommes quand même assez loin du concept d'expression — quoique cela ne me paraisse pas encore invalider l'hypothèse. Sauf que, de l'aveu même de Schopenhauer, cette clé n'ouvre rien, pour ainsi dire :
    je n'entends pourtant pas dire par là que [cette clé] ne laisse plus aucun problème à résoudre, et qu'elle ait fourni une réponse à toute question. [...] [Notre] horizon demeurera toujours enveloppé d'une nuit profonde. [...]. Aussi la solution réelle, positive de l'énigme du monde, est-elle nécessairement quelque chose que l'intellect humain est absolument impuissant à saisir et à penser ; de sorte que si un être supérieur descendait sur terre et se donnait toute la peine du monde pour nous communiquer cette solution, nous ne comprendrions rien aux vérités qu'il nous révélerait (pp. 881-882).
    [...]
    [...] Quand même cette intuition [intellectuelle] existerait, il serait impossible de la communiquer aux autres ; la connaissance normale du cerveau est seule communicable, par des concepts et des mots quand elle est abstraite, par des œuvres d'art quand elle est purement intuitive (p. 882).
    Cela nous éloigne encore plus du concept d'expression.

    La discussion porte sur la pertinence du concept d’expression  (comme acte) de la chose en soi proposé par Christophe Bouriau [1] pour dire que la chose en soi conçue (phénoménalisée) comme Volonté est susceptible de nous communiquer immédiatement quelque chose qui pourrait devenir la clé de toute connaissance vraie [2]. Formulé ainsi, on ne peut pas dire que le concept très polysémique d’expression épuise la pensée de Schopenhauer sur la possibilité de connaître la chose en soi. Ce concept d'expression, utilisé fréquemment dans Le MVR, pourrait venir de la théosophie boehmienne [3], mais surtout de la fascinante philosophie de Spinoza [4].

    [1] Christophe Bouriau, [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], Archives de Philosophie, 2002/3 (Tome 65), p. 503-518.

    Limitant strictement l’application des formes de la représentation aux phénomènes, Schopenhauer surmonte ainsi l’« erreur » kantienne consistant à établir un rapport de type causal entre la chose en soi et le phénomène. Mais un nouveau problème ne peut alors manquer de se poser : comment rendre compte du rapport entre la chose en soi et les phénomènes, si celle-ci est soustraite à toute forme de rapport ? La Volonté, définie comme « la moelle substantielle de l’univers », ne saurait être sans rapport avec les phénomènes soumis aux formes de notre représentation, et pourtant elle ne saurait être saisie selon aucun des quatre types de rapport précités, sauf à réitérer l’erreur de Kant. […]
    Schopenhauer pense échapper à cette difficulté majeure en utilisant la notion spinoziste d’expression. Le propre de l’expression est qu’elle n’établit pas un rapport entre deux choses conçues au préalable comme séparées l’une de l’autre. La notion d’expression permet de concevoir une même chose sous deux aspects différents. Ainsi, par exemple, la pensée et l’étendue expri-ment-elles chez Spinoza une seule et même chose, la substance, sous deux aspects différents. L’expression ne permet pas d’établir un rapport entre la substance d’un côté, et tel ou tel attribut de l’autre, bref entre deux choses qui seraient conçues au départ comme distinctes l’une de l’autre, mais au contraire de souligner l’identité entre la substance et l’attribut. La substance s’exprime dans ses attributs et les attributs sont l’expression de la substance, sans que l’on puisse penser la substance et ses attributs séparément.
    C’est exactement de cette façon que Schopenhauer parvient à penser le lien entre la chose en soi et les phénomènes. Les phénomènes ne sont pas l’effet mais l’expression de la chose en soi : « Ce qui..., de la même manière que les attributs en nombre infini sont l’expression de la substance spinoziste. L’exprimant (la Volonté) s’exprime dans l’exprimé (les phénomènes) mais ne les cause pas. Il n’y a pas d’un côté une cause (la Volonté) antérieure à un effet (le phénomène), mais, conformément au modèle spinoziste, une seule et même chose, tantôt envisagée comme Volonté, tantôt comme phénomène. Ce que Schopenhauer retient de l’idée spinoziste d’expression, c’est la possibilité qu’elle offre de penser une identité essentielle entre la substance (la Volonté) et les modes (les phénomènes). La relation d’expression entre la chose et ses phénomènes dispense d’établir entre eux, comme le faisait Kant, un rapport de cause à effet.

    [2] Arthur Schopenhauer, Monde comme volonté et comme représentation (pp. 1587-1588 de l'éd. numérique de Guy Heff ) — pp. 890-891 de l'éd. PUF (1966)]

    Jusqu’ici je suis de l’avis de Kant. Mais, en regard de la vérité qu’il a établie, j’ai posé la vérité suivante qui la tient en quelque manière en échec, à savoir que nous ne sommes pas seulement le sujet qui connaît, mais que nous appartenons nous-mêmes à la catégorie des choses à connaître, que nous sommes nous-mêmes la chose en soi, qu’en conséquence si nous ne pouvons pas pénétrer du dehors jusqu’à l’être propre et intime des choses, une route, partant du dedans, nous reste ouverte : ce sera en quelque sorte une voie souterraine, une communication secrète qui, par une espèce de trahison, nous introduira tout d’un coup dans la forteresse, contre laquelle étaient venues échouer toutes les attaques dirigées du dehors.
    La chose en soi, comme telle, ne peut entrer dans la conscience que d’une manière tout à fait immédiate, à savoir en ce sens qu’elle-même prendra conscience d’elle-même ; prétendre la connaître objectivement, c’est vouloir réaliser une contradiction. Tout ce qui est objectif est simple représentation, simple phénomène, voire simple phénomène du cerveau. […]
    En fait, notre volonté nous fournit l’unique occasion que nous ayons d’arriver à l’intelligence intime d’un processus qui se présente à nous d’une manière objective ; c’est elle qui nous fournit quelque chose d’immédiatement connu, et qui n’est pas, comme tout le reste, uniquement donné dans la représentation. C'est donc dans la Volonté qu'il faut chercher l'unique donnée susceptible de devenir la clé de toute autre connaissance vraie ; c'est de la Volonté que part la route unique et étroite qui peut nous mener à la vérité. Par conséquent, c'est en partant de nous-mêmes qu'il faut chercher à comprendre la Nature, et non pas inversement chercher la connaissance de nous-mêmes dans celle de la nature. Ce qui nous est connu immédiatement doit nous fournir l'interprétation de ce qui ne l'est que médiatement.

    [3] Arthur Schopenhauer, Monde comme volonté et comme représentation (pp. 518-519 de l'éd. numérique de Guy Heff ) — pp. 282 de l'éd. PUF (1966) ]

    Jacob Boehm, De signatura rerum, ch. I, §§ 15, 16, 17 : Et il n’est aucune chose dans la nature qui n’exprime aussi à l’extérieur sa forme intérieure. – Chaque chose a une bouche pour se raconter elle-même. – Et c’est là le langage de la nature par lequel chaque chose exprime son essence, se raconte et se révèle soi-même. – Car chaque chose porte la ressemblance de sa mère qui lui a donné l’essence et la volonté comme caractère.

    [4] Christophe Bouriau, [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], OpenEdition Books, Publications de la Sorbonne.

    Reprenant les termes mêmes de Spinoza, Schopenhauer déclare que la connexion des idées (Ideennexus) et la connexion causale des choses (Kausalnexus der Körper) expriment toutes deux (aüssern) le même être, la Volonté (ibid., SW, II, p. 176-177). C’est cette activité fondamentale s’exprimant dans les phénomènes, cet effort présent dans tous les étants, assigné par Spinoza au conatus, que Schopenhauer avoue traduire en vouloir-vivre, Willen zum Leben (Parerga, SW, IV, p. 163). On peut donc souligner sur ce point l’étroite parenté entre nos deux auteurs : « Chez moi comme chez Spinoza, écrit Schopenhauer, le monde existe par lui-même et grâce à son énergie intrinsèque » (Le monde, p. 1419). L’influence de Spinoza sur Schopenhauer apparaît très nettement si l’on examine la manière dont cette énergie inhérente au monde se rapporte aux étants de ce monde.

    aliochaverkiev

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    Re: Qu'est-ce que la Volonté de Schopenhauer ?

    Message  aliochaverkiev le Mar 22 Aoû 2017 - 23:15

    Euterpe écrit  :

    "Je répondrai en commençant par rappeler qu'on ne trouve pas chez Kant que des concepts purs de l'entendement (les catégories, ou encore concepts primitifs). Vous oubliez les concepts purs a priori de l'espace et du temps, ou formes de la sensibilité, qui précèdent les catégories" 

    Je ne commenterai pas les critiques (au sens non polémique du terme) d'Euterpe sur l'essentiel de mes observations. Le sujet de ce fil est en effet la Volonté chez Shopenhauer et non Kant et je risquerai de continuer à faire des développements hors sujet.

    Si je souligne tout de même la remarque d'Euterpe c'est qu'il faut bien prendre garde de ne pas ranger sous la rubrique "concepts purs" l'espace et le temps. Dans la CRP Kant démontre au contraire que l'espace et le temps ne peuvent pas être des concepts. C'est même essentiel à sa démonstration. L'espace et le temps sont des formes pures de la sensibilité  non des concepts purs. Pour ceux qui ne verraient pas la différence, essentielle (si l'espace et le temps sont des concepts ils ne peuvent plus appartenir à la sensibilité) je les renvoie à la CRP, éditée chez GF-Flammarion, pages 119 et suivantes pour l'espace, pages 126 et suivantes pour le temps.
    Il est possible que la confusion vienne de cette habitude chez Kant de parfois qualifier de concept tout ce qui est pensé. Mais en l'occurrence il est impossible de dire indifféremment : "concepts purs ou formes pures" lorque il s'agit de l'espace et du temps.

      La date/heure actuelle est Ven 15 Déc 2017 - 20:46