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    L'intuition du « cogito, sum ».

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    Euterpe

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    L'intuition du « cogito, sum ».

    Message  Euterpe le Lun 13 Aoû 2012 - 17:59

    @Tom a écrit:pour moi l'évidence, comme elle peut être immédiate avec le cogito (la première fois que j'ai entendu cette proposition, "je pense donc je suis", j'ai comme été foudroyé par son évidence), est en lien avec une certaine intuition.
    Le « cogito, sum » n'est pas une intuition au sens où l'entend le vulgaire. La philosophie cartésienne est une philosophie analytique. Descartes parvient au « cogito, sum », qui est le résultat d'une pensée à l'œuvre. Ensuite seulement, il en tire les conséquences pour bâtir une connaissance nouvelle.
    Reprenons le texte :
    Par intuition j’entends non le témoignage variable des sens, ni le jugement trompeur de l’imagination naturellement désor­donnée, mais la conception d’un esprit attentif, si distincte et si claire qu’il ne lui reste aucun doute sur ce qu’il comprend ; ou, ce qui revient au même, la conception évidente d’un esprit sain et attentif, conception qui naît de la seule lumière de la raison, et est plus sûre parce qu’elle est plus sim­ple que la déduction elle-même, qui cependant, comme je l’ai dit plus haut, ne peut manquer d’être bien faite par l’homme
    La conception est une intellection qui construit des concepts. Intuition et conception seraient la même chose. On comprend pourquoi Descartes s'en explique, et pourquoi il prend soin de justifier l'acception qu'il donne à l'intuition (ce n'est pas un hasard s'il commence en disant que "par intuition j'entends..." : il sait qu'il ne l'entend pas tel qu'on l'entend d'habitude, c'est donc à lui, pas à l'habitude, de se justifier, parce qu'il innove et il le sait. Et il le dit, dans les lignes mêmes qui suivent :
    Mais de peur qu’on ne soit troublé par l’emploi nouveau du mot intuition, et de quelques autres que dans la suite je serai obligé d’employer dans un sens détourné de l’acception vulgaire, je veux avertir ici en général que je m’inquiète peu du sens que dans ces derniers temps l’école a donné aux mots ; il serait très difficile en effet de se servir des mêmes termes, pour représenter des idées toutes différentes ; mais que je considère seule­ment quel sens ils ont en latin, afin que, toutes les fois que l’expression propre me manque, j’emploie la métaphore qui me paroît la plus convenable pour rendre ma pensée.


    Dernière édition par Euterpe le Sam 18 Nov 2017 - 11:26, édité 2 fois
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    shub22

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    Re: L'intuition du « cogito, sum ».

    Message  shub22 le Dim 11 Mar 2018 - 18:36

    Le problème est que les savants (les physiciens comme on les appelait depuis l'Antiquité) à cette époque écrivaient en latin. Il y a une interprétation trompeuse.
    Cogito ergo sum , ça veut bien dire "je pense donc je suis", pas de doute. Une interprétation courante des philosophes modernes est de dire que le "je" du "je pense" n'est pas le même que le "je" du "je suis".
    Mais c'est une interprétaion fausse -ou faussée à la base- car le pronom personnel, s'il existe bien en français et dans plein d'autres langues n'existe pas en latin.
    Que pensez-vous d'une telle interprétation, fausse linguistiquement? Traduttore, traditore comme on dit en latin, c-a-d que ce n'était pas la pensée ni l'intention de Descartes en écrivant son cogito que de parler de la transformation du "je" en passant par inférence d'un prédicat à l'autre ?
    Cordialement,

      La date/heure actuelle est Mar 21 Aoû 2018 - 20:01