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    Parménide et la découverte du fait d'être.

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    aliochaverkiev

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    Parménide et la découverte du fait d'être.

    Message  aliochaverkiev le Lun 30 Jan 2017 - 8:24

    Le texte qui suit est le résultat de notes prises il y a plusieurs années dans un cours public donné par un enseignant à la Sorbonne. La personne qui a pris ces notes n'a plus le souvenir du nom de l'intervenant. Il m'a semblé intéressant de les partager ici plutôt que de les garder pour moi.



    Parménide et la découverte du fait d'Être.


    "Nous allons parler de la notion d'Être d'abord, puis de l'Être comme substantif ou verbe substantivé.

    Au début "être" est un verbe. Chez les Grecs il avait un poids énorme. C'est ainsi que la philosophie a pu naître. Cela s'est produit à l'intérieur d'un peuple qui pensait en grec et qui parlait grec. La philosophie est née en Grèce et est restée un phénomène grec pendant six siècles. Ce n'est qu'ensuite, avant le début de notre ère, que des gens qui parlent et pensent en latin se mirent eux aussi à philosopher. Il y eu alors une cohabitation : les philosophes qui philosophent en grec et ceux qui philosophent en latin. Ensuite on philosophe en plusieurs langues.

    Mais au début et pendant six siècles la philosophie a été un phénomène grec.

    On peut se demander jusqu'à quel point le verbe "être" a eu un poids décisif dans l'origine de la philosophie. Pourquoi privilégier la Grèce si le verbe être se retrouve dans toutes les langues ? Pourquoi est-ce grâce au verbe être et à l'intérieur d'un peuple qui disait "être" en grec que la philosophie est née?"

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    Re: Parménide et la découverte du fait d'être.

    Message  aliochaverkiev le Lun 30 Jan 2017 - 10:52

    "D'abord il y a des langues qui ne possédaient pas le verbe être. Les grecs possédaient le verbe "être" et le possèdent encore aujourd'hui.De plus il y a des langues anciennes et modernes qui, pour la notion d'être, possèdent plusieurs verbes. Il n' y a pas un verbe, il y a des douzaines de verbes pour faire allusion à des manières d'être. Une manière d'être est consacrée par un verbe, une autre manière d'être par un autre verbe. En revanche dans le cas de la langue grecque tout est différent.

    Benveniste : "le Grec non seulement possède un verbe être ce qui n'est nullement un nécessité de toute langue mais il a fait de ce verbe des emplois tout à fait singuliers. La structure linguistique grecque prédisposait la notion d'être à une vocation philosophique".

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    Re: Parménide et la découverte du fait d'être.

    Message  aliochaverkiev le Mar 31 Jan 2017 - 8:38

    "Il ne faut pas oublier que "être" est d'abord un verbe. Il devient ensuite un substantif, le substantif : être. Le verbe être appartient à la langue courante c'est-à-dire au grec que l'on parlait chez soi et au grec que l'on écrivait quand Homère ou Hésiode et d'autres poètes ont écrit avant que la philosophie existe. C'était un mot courant. Les mots physis et logos étaient des mots rares. Ils appartenaient à la langue écrite et on suppose à la langue orale. Ils figuraient dans les poèmes homériques, ils figuraient chez Hésiode mais il s'agissait de mots plutôt rares. Physis une seule fois chez Homère, logos deux fois. En revanche le verbe être est partout dans les poèmes homériques comme il est aujourd'hui partout dans n'importe quelle langue qui possède le verbe être. Mais le verbe être, déjà dans les poèmes homériques, a plusieurs nuances, plusieurs significations. Vers la moitié du IV siècle Aristote dira : "l'être se vit d'une manière multiple" c'est-à dire le verbe être a une signification multiple".

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    Re: Parménide et la découverte du fait d'être.

    Message  aliochaverkiev le Mer 1 Fév 2017 - 13:45

    "Et lorsque Aristote dit cela il ne fait que regarder la langue grecque. Cette signification multiple du verbe être se trouve déjà dans les poèmes homériques. Comme en français on peut dire : "Marie est belle" et le verbe être a un sens copulatif. [copulatif : qui lie le sujet d'une proposition à l'attribut]. Nous pouvons dire : "Nous sommes à l'institut" et le verbe être a un sens locatif. "Cette montre est à moi" et le verbe être a un sens de possession...

    Dans les poèmes homériques pareillement le verbe "einai" [ einai : être, en grec] avait plusieurs significations. Il avait surtout une signification qui s'est affaiblie dans le temps. C'était la signification forte surtout quand il n'est pas accompagné d'un prédicat : "Marie est belle", belle est un prédicat. Quand il n' y a pas de prédicat le verbe être a une signification forte, il est synonyme d'exister. Les dieux existent, en grec on dit "le dieu est" mais avec un sens fort. Le sens fort signifie être présent, être là. Attention nous sommes avant la philosophie. Ce sont des phénomènes de langue, la philosophie n'a rien à voir. C'est surtout ce sens fort du verbe être qui prédomine dans les poèmes homériques. Ce sens est un héritage de l'origine indo-européenne du mot être".

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    Re: Parménide et la découverte du fait d'être.

    Message  aliochaverkiev le Ven 3 Fév 2017 - 9:56

    "A l'origine le verbe être en grec avait une racine qui était assimilée au verbe respirer. Je respire, je suis, je suis vivant. Chez Homère le sens de respirer du verbe être a disparu, mais il reste le sens de présence, d'existence. Par exemple quand Homère fait allusion aux dieux il a cette formule "toujours vivants". C'est la seule différence entre un dieu et un homme. Pour les grecs les dieux sont nés, ils vivent comme nous mais ils ne meurent pas. Ils sont toujours vivants. Dans les textes grecs de l'Iliade ou de l'Odyssée il y a les dieux qui "sont toujours" : le verbe être est employé mais avec le sens de vivre. En plus avec l'adverbe "toujours" il y a le sens d'immortalité propre à la divinité.
    Etant donné que dans la langue grecque le verbe être est omniprésent, il y a des modes, des temps du verbe être. Dès que nous entrons dans le domaine de la philosophie il y aura une forme du verbe être qui sera privilégiée. Il s'agit du participe présent du verbe (aimer---amant; protester--- protestant, croire---croyant), soit : étant".

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    Re: Parménide et la découverte du fait d'être.

    Message  aliochaverkiev le Dim 5 Fév 2017 - 9:15

    "En français un participe présent est parfois assimilé à un substantif ou à un adjectif. En grec le participe présent conserve toujours le sens de participe et il est utilisé dans la langue avant d'être utilisé dans la philosophie. Quel est le participe présent du verbe être ? C'est le mot "étant". En grec il existe aussi un participe passé et un participe futur comme en latin. Mais c'est le participe présent qui a été privilégié. En grec le mot "étant" était un mot courant. On peut traduire "étant" par : "ce qui est". Etant donné que le participe peut être masculin, féminin ou neutre, en grec on peut traduire le participe par "celui qui est", "celle qui est" ou "ce qui est". Quand un Grec utilise ce participe présent il tient toujours présent cette notion d'existence ou de présence du verbe être. Quand le mot va rentrer dans la philosophie, le mot être, donc aussi le participe présent étant, va rentrer avec un sens absolu, c'est-à-dire sans prédicat [sans adjectif pour le qualifier]. Nous pouvons dire que " Marie étant sympathique est invitée toujours à des réunions" étant est le participe présent certes, mais la phrase continue. Il faudrait imaginer une utilisation du mot "étant" qui ne soit pas suivie après d'un complément [ni d'aucun mot]. En français cela ne se peut pas. Marie étant quoi ? étant sympathique, c'est un prédicat [sympathique est le prédicat de Marie, prédicat : l'attribut].
    Si le verbe a un sens absolu il est utilisé sans prédicat. Alors le mot "étant" a le sens de "ce qui existe", l'existant, l'étant, ce qui est présent.[Il faut imaginer pouvoir dire en français : "Marie étant"].
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    Re: Parménide et la découverte du fait d'être.

    Message  BOUDOU le Mer 8 Fév 2017 - 15:39

    @aliochaverkiev a écrit:On peut se demander jusqu'à quel point le verbe "être" a eu un poids décisif dans l'origine de la philosophie.

    Les figures de l'"être" sont diverses (Barbara Cassin, Parménide, Sur la nature ou sur l'étant. Le grec, langue de l'être?). Le verbe être à la troisième personne aurait une connotation plus philosophique qu'à la première : théologique. Si l'on voit une synonymie entre être et chose en soi, le rapprochement entre penser et être dans Parménide gommerait cette quête de la philosophie qu'est la vérité.

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    Re: Parménide et la découverte du fait d'être.

    Message  aliochaverkiev le Mer 8 Fév 2017 - 22:00

    A ce point de cette "leçon" je me laisse plutôt aller à cette constatation : "Il y a ce fait que les choses sont, que les étants sont ". Je lisais ce matin quelques lignes de Heidegger qui signalait cet oubli de l'être. Dès lors que nous recherchons un sens, une cause (d'où vient l'être) nous oublions le fait d'être, nous oublions de nous arrêter au fait d'être, au fait de l'être pour nous détourner vers d'autres considérations.
    Quant à la chose en soi je ne crois pas que cela soit en rapport avec l'être. La chose en soi est inaccessible à toute contemplation,  à toute connaissance, à toute "vision".
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    Re: Parménide et la découverte du fait d'être.

    Message  BOUDOU le Jeu 9 Fév 2017 - 14:23

    Je vous remercie de votre réponse intéressante sur être vs. chose en soi. Si le terme polysémique être est aussi fondamental comme vous le questionnez, il me semble (très modestement) qu'il serait utile d'examiner le sens de ce terme en examinant aussi ses relations avec penser, connaître, vérité, etc. ainsi que la réception de Parménide chez Platon et les grands philosophes.

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    Re: Parménide et la découverte du fait d'être.

    Message  aliochaverkiev le Jeu 9 Fév 2017 - 18:01

    Pour le moment je ne suis pas dans la recherche du sens. J'ai le sentiment que Parménide tente de nous défaire du sens; il nous attire sur le verbe lui-même : "être", il tente de négliger la personne (je, tu il, ou un quelqonque autre sujet) afin que nous nous arrêtions sur le fait d'être. Il ya là une phase quasiment contemplative pour moi : me défaire du sens; me défaire du mouvemnt impérieux de ma raison, me défaire des exigences de la raison, pour m'arrêter à cela: "être". Comment dire ? Je regarde cet arbre, mais je tente aussitôt de me défaire de l'arbre pour ne plus apercevoir que [quelque chose] "est". Je m'émerveiile du fait qu'il y a de l'être plutôt que pas d'être. A ce stade la raison ne se mobilise pas encore.
    La chose en soi c'est encore un autre sujet (à mon sens).

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    Re: Parménide et la découverte du fait d'être.

    Message  aliochaverkiev le Jeu 9 Fév 2017 - 19:02

    "Le pluriel du participe est utilisé. "Etant", en grec, c'est "on" [omicron-nu] tout simplement mais c'est "onta" au pluriel [omicron-nu-teta-alpha]. "Onta" ce sont les étants. En grec on utilise un neutre pluriel. Il y a aussi un participe masculin, un participe féminin près du participe neutre. Pour dire "les hommes qui existent" il y avait une forme, "les femmes qui existent" une autre forme. Mais quand on dit "onta" on parle des choses qui existent. C'est un pluriel neutre qui fait appel, allusion à quelque chose de général. C'est le sens générique. Le sens du mot "onta" (non pas la traduction qui est : "étants") ce sont les choses concrètes ou abstraites, les choses matérielles ou spirituelles. On rajoute un article neutre, "ta", qui n'est ni masculin ni féminin. "ta onta" : les chose qui existent, "les étants".
    Dès que la philosophie commence à regarder les choses, elle regarde "ta onta". Le premier philosophe pose le regard sur les choses et il se pose des questions sur les choses, est-ce que toutes les choses sont semblables ? Toutes les questions posées par les premiers philosophes concernent "ta onta". Déjà en grec dire les choses cela veut dire les étants. Que sont "les étants" ? Est ce qu'il y a "des étants" privilégiés ? Quelle est l'origine des "étants" ?

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    Re: Parménide et la découverte du fait d'être.

    Message  aliochaverkiev le Mar 14 Fév 2017 - 14:32

    "Pour nous c'est un mot ["étant"] qui fait partie du vocabulaire des initiés, mais pour un grec c'est une notion tout à fait banale. Et l'on pose la question au pluriel parce que le philosophe s'intéresse à la totalité, à toutes choses, et non à une chose.
    Nous trouvons cette formule "ta onta" dans les tous premiers textes philosophiques parvenus jusqu'à nous. Dans les trois lignes qu'il nous reste d'Anaximandre, au début du VI siècle (avant JC), il y a déjà cette expression "ta onta".
    [Lorsque Anaximandre parle de "ta onta" il parle de tout : les dieux, les animaux, les étoiles. Il parle d'une source de tout "étant" puis retour à cette source après un cycle dans le temps. Tant que les choses se trouvent en leur devenir, elles se font injustice les unes par rapport aux autres. Elles doivent payer cette injustice en revenant à l'origine].
    Il y a aussi un participe passé et un participe futur du verbe être. Mais pourquoi les philosophes n'ont utilisé que le participe présent ? Parce que les philosophes parlent des choses présentes. Ce qui s'est passé n'existe plus, ce qui se passera n'existe pas encore. Donc "ta onta" ce sont les choses présentes et envisagées sans aucune nuance temporelle. On pourrait parler d'un présent éternel. Quand un philosophe parle de "ta onta" il parle de quelque chose qui était, qui est et qui sera. Le présent était présent hier, il est présent aujourd'hui, il sera présent demain. On appelle cela le présent philosophique. C'est en ce sens que "ta onta" est un participe présent.

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    Re: Parménide et la découverte du fait d'être.

    Message  aliochaverkiev le Mer 15 Fév 2017 - 9:16

    "Ta onta" fait allusion à la totalité des choses. Pourtant quelques années après le début de la philosophie il y a des philosophes qui commencent à utiliser le mot "physis" pour faire aussi allusion à la totalité des choses. La "physis" c'est la nature et la nature est aussi constituée par la totalité des choses. C'est le cas d'Héraclite qui le premier utilise le mot "physis". Mais le mot  "physis" est un singulier, ce n'est pas un mot pluriel comme "ta onta". C'est toutefois un faux singulier car c'est un singulier générique. Ce que Héraclite dit à propos de la nature est valable pour toute chose qui se trouve dans la nature. Lorsque Héraclite dit qu'il faut écouter la "physis", la "physis" c'est la tension des forces opposées. Ces tensions se trouvent en chaque chose, mais aussi dans l'ensemble des choses. Déjà le passage d'un pluriel au singulier c'est un bond en avant considérable pour la philosophie. La philosophie vient de trouver un sujet singulier. Ce sujet singulier chez Parménide ce sera l'être. Ainsi avant d'arriver à l'être il faut commencer par la langue, par le pluriel des "étants" et ainsi on arrive à l'être".

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    Re: Parménide et la découverte du fait d'être.

    Message  aliochaverkiev le Sam 18 Fév 2017 - 11:36

    "Ce qui nous intéresse maintenant c'est l'originalité de Parménide qui a essayé de ressortir tout ce qui est présupposé dans cette formule "ta onta". Que voulons-nous dire quand nous disons "ta onta" ? "Nous" ici désigne les philosophes antérieurs à Parménide. Et pour la première fois Parménide décide d'utiliser le singulier. Au lieu de parler de "ta onta" il va parler de "to on" [on, omicron, nu, est le participe présent singulier neutre du verbe être]. Comme dans le cas de "physis" le singulier "to on" est un faux singulier qui veut dire quelque chose. Etant donné que toutes les choses partagent quelque chose, au lieu de parler des choses Parménide va parler de l'étant. L'étant c'est ce qu'il y a de commun dans toutes les choses. Ainsi l'anthropologue va parler de l'homme mais lorsqu'il parle de l'homme, qui est singulier, il étudie ce qui est commun à tous les hommes. C'est l'unité générique qui embrasse une multiplicité. Et parce qu'il s'agit d'une unité il faut l'écrire au singulier. Voilà la fameuse unité parménidienne. C'est l'unité d'une notion qu'il trouve dans tous les étants.
    Au lieu d'étudier un étant + un étant  + un étant, il étudie ce qu'il y a dans tous les étants. Et ce qu'il y a dans tous les étants c'est de l'être. S'il y a des étants, s'il y a des choses préexistantes, c'est qu'il y a de l'être. S'il n' y avait pas de l'être il n' y aurait pas les étants. Cela nous semble d'une banalité totale et c'est cela la philosophie de Parménide. S'il y a des étants c'est parce qu'il y a de l'être. Et c'est à ce moment-là que la philosophie est née".

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    Re: Parménide et la découverte du fait d'être.

    Message  aliochaverkiev le Dim 19 Fév 2017 - 17:14

    "Ce que Parménide fera va consister à découvrir le fait d'être qui se trouve dans les étants, le fait d'être qu'il y a dans tous les étants. Pour Parménide il faudrait découvrir quel est l'être qui se trouve à l’intérieur de tous les étants. Ce qui est intéressant  c'est la manière parménidienne de nous introduire dans cette problématique. Parménide a écrit un poème, ce qui suppose qu'il veut privilégier un côté didactique, il veut toucher les gens. Parménide fait un effort pour entrer à l’intérieur d'un disciple. Au lieu de partir  de la notion de "to on" de l'étant, il arrive à cette notion après un long chemin. Dans les trois pages de son poème il fait un parcours gigantesque. Quel est le point de départ du schéma  parménidien ? Il exprime la philosophie par un long chemin à parcourir. Le point de départ de Parménide est tout simplement la troisième personne du singulier du verbe être. C'est le mot "esti", c'est le mot "est". Parménide prend comme point de départ : "est". C'est le premier mot que la maîtresse de philosophie  (parce que ce jeune homme qui veut trouver un maître de philosophie trouve finalement une déesse) la déesse lui dit : tu dois apprendre "esti" : est. En grec il est possible d’utiliser une troisième personne sans sujet. En français il faut dire: il est. Le point de départ est "est" tout simplement "est". Mais pourquoi "est", pourquoi cette troisième personne du verbe être ? Si cette troisième personne était accompagnée d'un sujet, il ...dieu...la nature...le poids de la formule serait tombé sur le sujet. Le sujet aurait été le héros de la formule. Mais Parménide a montré que ce qui est important ce n'est pas le sujet, c'est le verbe."

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    Re: Parménide et la découverte du fait d'être.

    Message  aliochaverkiev le Mer 22 Fév 2017 - 22:37

    "A ce moment-là il n'écrit aucun sujet. Il laisse la formule sans sujet. Et pourquoi à la troisième personne ? Parce que la troisième personne en grec, comme en français finalement est la personne qui se rapproche le plus de l'impersonnel. Quand nous disons : "il pleut", le "il" de "il pleut" n'est pas une personne, le "pleut" c'est à la troisième personne. Il tonne, il neige...troisième personne. "Il" est impersonnel, ce n'est pas une personne. En grec la troisième personne se rapproche le plus de ce qui serait un impersonnel. S'il y avait un sujet, le sujet aurait été le noyau. Mais du moment qu'il n' y a pas de sujet, Parménide peut renforcer ou mettre en avant le fait d'être. Imaginons qu'au lieu de dire "est" il aurait dit "aime" ou "mange", troisième personne. Imaginons un dialogue. Un interlocuteur aurait pu dire : qui aime ? qui mange ? Parménide aurait dit du moment que je dis mange ou que je dis aime je veux montrer que aimer est possible, manger est possible. Pourquoi ? Parce qu'il y a quelqu'un qui aime, il y a quelqu'un qui mange. C'est l'activité que je veux mettre en avant. L’activité d'aimer, l’activité de manger. Après on verra qui aime ou qui mange. Ce qui est important c'est dire que l'aimer a lieu, le manger a lieu. C'est pour cela que je le dis au présent : mange; aime; est. Donc au lieu de dire aime ou mange Parménide a dit "est" troisième personne du verbe être. C'est la même chose si l’interlocuteur redemandait : qui est ? Parménide aurait dit si tu veux le savoir il y a un sujet possible qui, nécessairement, appartiendra à cette troisième personne. Un seul sujet que tu devras tirer d'une manière analytique de l’intérieur de cette troisième personne. Cette troisième personne elle seule va produire un sujet et c'est le seul sujet qui produira une trace vraie dans toutes les langues du monde".

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    Re: Parménide et la découverte du fait d'être.

    Message  aliochaverkiev le Sam 25 Fév 2017 - 10:27

    "C'est donc une paraphrase [ paraphrase : explication étendue d'un texte ]. Au lieu de parler de "est" parlons de  : "aimer". Qui aime ? Il y a des sujet possibles :  Jean-Paul, Pierre, Marie... Mais il y a des sujets impossibles : la pierre, la voiture... Il y a un sujet qui s'impose et qui est toujours vrai, c'est : l'amant. L'amant aime. Sans nous prononcer  sur l'identité de l'amant, si celui qui aime est une personne, est un animal, est de sexe masculin ou féminin. Si je dis l'amant aime, c'est une tautologie. C'est vrai dans toutes les langues du monde. Même chose pour croire. Qui croit ? Le croyant. On appelle tautologie une proposition dans laquelle le prédicat dit la même chose que le sujet. Nous n’apprenons rien de nouveau. Mais nous passons d'un verbe à un sujet. Nous avons tiré le sujet à partir du verbe. C'est un sujet qui s'impose et c'est le seul sujet qui s'impose dans toutes les conditions. Que le croyant croit, que l'amant aime, que le mangeur mange ou que l'être est.  Celui qui est, est; le sujet sort tout seul. C'est la fameuse formule de Parménide : l'être est. Il ne fait qu'ajouter d’une manière tautologique un sujet à cette troisième personne du verbe être qui est posé comme un axiome. Ce qui est : est. Qui pourrait nier que l'on est ? Du moment que cet axiome est valable pour tout ce qui est, ce verbe être appartient à tout ce qui est, puisque tout ce qui est  est. Parménide ne parle pas d'un certain type d’existence. Un rêve est un rêve, une montre est une montre. Il ne s'agit pas d'une hiérarchie d'existence, il s'agit d'attester la réalité de quelque chose, mais la réalité du point de vue d'une présence : présence dans la pensée, dans la réalité. Et cette présence est consacrée par le verbe être".

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    Re: Parménide et la découverte du fait d'être.

    Message  aliochaverkiev le Lun 27 Fév 2017 - 15:42

    "Le verbe être s'applique à tout ce qui est. Et c'est un axiome indéniable car qui pourrait nier, surtout pas un être humain, que l'on est. Ou dans le sens le plus impersonnel possible, un être humain ne peut pas nier qu'il y a de l'être parce qu'un être humain est un étant. Et si un étant n'admet pas qu'il y a de l'être, il n'est pas. Donc dès que nous sommes, nous sommes obligés de croire (mais pas dans le sens religieux) d'admettre qu'il y a de l'être. Nous ne savons pas s'il y a des martiens. Je peux dire que les martiens n'existent pas aujourd'hui. Mais un martien ne pourrait pas dire que le martien n'existe pas. Nous ne pouvons pas dire que l'être n'existe pas, car nous sommes des étants, comme un martien est un martien. Cela serait nier notre réalité. Voilà ce que Parménide a tiré à partir d'une analyse d'un verbe courant de tous les jours. Il a sorti toute une problématique de l'être. Et comme il est conscient  qu'il a fait une grande découverte, tout son poème est une analyse de cette notion. Lorsque nous disons qu'il y a de l'être que disons-nous ? Il fait une longue analyse de cette affirmation et la première chose qu'il essaie de démontrer c'est qu'il s'agit d'une affirmation, il y a de l'être, affirmation absolue et nécessaire.  Pourquoi nécessaire ? Parce qu'il n' y a pas du non-être. Etant donné qu'il est impossible de ne pas être, être est nécessaire. Et pour démontrer qu'il est impossible de ne pas être, Parménide dit que ce qui n'est pas ne peut pas être pensé, ce qui n'est pas ne peut pas être dit. Une chose que nous ne pouvons pas dire, une chose que nous ne pouvons pas penser n'est pas. Cela veut dire que ce qui n'est pas n'existe pas".

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    Re: Parménide et la découverte du fait d'être.

    Message  aliochaverkiev le Mer 1 Mar 2017 - 10:34

    "Lorsque j'essaye de penser ce qui n'est pas, il n' y a pas un objet possible parce que tout ce que je pense et tout ce que je dis : est. Il faut entendre la notion de penser et la notion de dire au sens strict c'est-à-dire dans le sens d'un contenu de la pensée. Quand je parle dans le sens d'un contenu de discours, je ne peux pas rien dire sinon je ne parle pas. Mais dès que j'ouvre la bouche même si je dis "bla" "bla" c'est le contenu du discours. Qu'il s'agisse d'un contenu sans signification est un autre problème.
    Si je pense au centaure, ma pensée a un contenu. Que le centaure existe ou n’existe pas c'est un autre problème. Je peux penser des événements qui se sont passés il y a des siècles, je peux penser à un ami disparu, je peux même dessiner le visage de cet ami disparu. Donc quand je pense, je pense toujours à quelque chose. La pensée a toujours un contenu. On ne peut pas penser à rien. On ne peut pas ne pas penser à quelque chose lorsqu'on pense. C'est cela que Parménide a inventé. S'il était possible de penser à quelque chose qui n'est pas, le non-être existerait. Mais comme le non-être n'existe pas, comme il n' y a rien qui ne soit pas, toute pensée a un objet, tout discours a un objet dans le sens d'un corrélat de la pensée. Antisthène avait pris au mot ce que Parménide avait dit : tout logos est vrai. Quand je dis une chose, une chose est quelque chose qui est, donc tout discours est vrai. Attention le faire de dire "chien" ne produit pas un chien. C'est là le sens qu'Antisthène donnait à la phrase de Parménide : dire ce n'est pas produire une réalité"

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    Re: Parménide et la découverte du fait d'être.

    Message  aliochaverkiev le Dim 5 Mar 2017 - 10:53

    "Platon a mis les choses en ordre lorsqu'il a dit :  "le discours est une structure des choses, il ne produit pas les choses. C'est ce que Parménide avait dit mais Parménide était resté du côté de ce qui produit le discours. Il est nécessaire de dire et de penser ce qui est, donc de dire ou de penser l'étant ou les étants. Pourquoi ? Parce que dans l'être tu ne trouveras pas la pensée. S'il n'y a pas un être comme support, tu ne trouveras pas la pensée. Même si cet être est une imagination. L'imagination est quelque chose, c'est un étant. La manière d'être de cet étant est un autre problème. Mais s'il n' y a pas l' étant comme support, tu ne trouveras pas l'être. C'est vrai que chez Parménide il n' y a aucun terme moyen entre être et ne pas être. Etant donné que ne pas être  n'existe pas, il est impossible  de ne pas être. L'alternative de Shakespeare "Être ou ne pas être" tire son origine de Parménide. Il n 'y a pas un terme moyen entre être et ne pas être. : soit nous sommes, soit nous ne sommes pas. Comme il est impossible  de ne pas être : nous sommes. Quelqu'un a parlé d'un totalitarisme ontologique de la part de Parménide. C'est une formule tout à fait adaptée au contenu de la philosophie de Parménide.
    Il faut maintenant dégager le noyau de la philosophie de Parménide. C'est Parménide  qui a découvert la notion d'être. Ce que Parménide a dit sur la notion d'être concerne le fait d'être. Cette sorte de force qui se trouve dans tous les étants".

    aliochaverkiev

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    Re: Parménide et la découverte du fait d'être.

    Message  aliochaverkiev le Lun 13 Mar 2017 - 20:44

    Évidemment  Parménide parle de l'être qui se trouve dans tous les étants, mais quand il parle de l'être il ne parle pas d'un objet qui s'appelle l'être, qui est consacré par le tampon d'un article : la maison-la voiture-l'Être. Non. Être est toujours un verbe chez Parménide. C'est pourquoi on dit le fait d'être (comme le fait de manger). Tout ce que Parménide dit dans son texte concerne le fait d'être. Ce fait d'être est éternel. Car du moment que le non-être est impossible (non-être et néant sont synonymes chez Parménide) le fait d'être a toujours été. Il est toujours, il sera toujours. Parménide ne parle pas des étants mais du fait d'être. C'est pour cela que pour Parménide l'être est un. Il n' y a qu'une seule manière d'être. Mais ce n'est pas un objet qui est un objet. Parménide n'a jamais dit que l'être est un. Parménide a dit que le fait d'être est unique. (Plotin, huit siècles plus tard dira que l'être est un).
    On est ou on n'est pas. On ne peut pas être plus ou moins. Évidemment le fait d'être ne bouge pas. De quelle manière  un état pourrait se mouvoir ? L'énergie ne bouge pas. C'est une notion. Après tout ce qui possède de l'énergie  c'est autre chose. Les hommes marchent évidemment, mais le concept homme ne marche pas. Le concept est une notion. Même chose pour Parménide. L'être, le fait d'être est immobile. En revanche il y a cette tendance qui consiste à appliquer ce que Parménide a dit par rapport à la notion d'être, aux étants. Et surtout à fabriquer un étant privilégié qui serait l'être, unique, immobile, immuable. C'est une invention des historiens de la philosophie.
    Il est vrai que Parménide a eu des héritiers et ces héritiers ne l'ont pas très bien compris. Soixante après Platon écrit : "Parménide était un philosophe d'une profondeur énorme, mais je crains que nous ne comprenions pas ses paroles et  moins encore la pensée qu'il exprimait (dialogue le Théétète). Pourquoi ? Parce que Parménide a été original. On ne peut pas lui appliquer la philosophie de la matière, comme ces philosophes qui parlaient des éléments. On ne peut pas lui appliquer une philosophie des atomes parce qu'il ne parle pas des étants, il parle du fait d'être. Mais son héritier, Melissos, a essayé, étant donné la difficulté de la philosophie de Parménide, de placer ce fait d'être dans l'espace et dans le temps".

    Fin de cette étude.

    aliochaverkiev

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    Re: Parménide et la découverte du fait d'être.

    Message  aliochaverkiev le Sam 29 Juil 2017 - 20:07

    Je note ici quelques pensées issues de l'étude de Parménide.


    Il y a cette cascade : être-est-étant. Être est le verbe. Du coup je crains que lorsque nous écrivons "il y a de l'être" le verbe ne devienne un substantif, un nom commun, ce qui permet de "personnaliser" l'être. Mais il paraît difficile de faire autrement. Ou alors il faudrait dire "être" en pensant au verbe seulement. "est" c'est le fait d'être. Il faut qu'il y ait "être" pour qu'il y ait "est". Ensuite il y a le sujet, ce qui est, ce qui participe de "être", ça devient "étant". "Etant" ou ce qui est en train d'être, les choses. Être est hors du temps. "Être" ou ne "pas être", absolu. Être est un arrêt définitif sur le présent. 
    Cela me rappelle Saint-Jean "au commencement était le verbe et le verbe était Dieu". Il est possible de rapprocher le "Verbe" de "être". "Et le verbe s'est fait chair". Être, les étants. Saint-Jean toujours " avant qu'Abraham fut, je Suis" c'est Jésus qui parle. Si nous retirons "je" nous trouvons "Suis". "suis" , hors du temps, "suis" est avant qu'Abraham fut. Saisissant.
    "Être" précède "est" et conduit à "est". Est est surgi de "être", être est une intériorité aux étants. Nous passons d'un Dieu extérieur aux êtres, à "être" intérieur menant aux étants. La logique surgit à travers le raisonnement de Parménide. La science apparaît. Une autre vision du monde surgit. Avec Parménide il y a totale fusion entre philosophie et science. Entre exister et être, entre essence et existence. Surgissement du raisonnement aussi dans ce poème. Une première. La déesse ne révèle pas, la déesse raisonne. Fascinant. Parménide est fascinant. Nous passons de la révélation au raisonnement. De la religion à la philosophie/science.

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