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    Humanité-inhumanité

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    Zingaro
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    Re: Humanité-inhumanité

    Message  Zingaro le Jeu 9 Aoû 2012 - 10:17

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:
    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:De deux choses l'une, soit on considère qu'il est fondamentalement ennemi parce que ses actes le prouvent, et alors c'est nier l'humanité que de ne pas abattre définitivement cet ennemi, soit on considère qu'il n'est plus ennemi parce que les responsabilités se perdent dans les dédales du totalitarisme et qu'une fois celui-ci abattu, l'homme qu'on juge n'est plus dangereux (reste alors à canaliser la vengeance des victimes par quelque sacrifice et à se prémunir du fléau).
    Votre propos montre bien tout le danger de la notion d'inhumanité, à partir du moment où une frange de l'humanité (quelle que soit son importance), se croit autorisée à pouvoir éliminer un homme, ou un groupe d'hommes, au nom de l'humanité.
    Je cite un extrait de La notion de politique de Carl Schmitt, si sa pensée peut être sujette à discussion, il a parfaitement su entrevoir néanmoins toutes les conséquences de ces catégories assez récentes "d'humain" et "d'inhumain".
    Je ne vous reprocherai pas de vous servir de mon message pour développer votre propos. En revanche son contenu critique est à revoir ; à aucun moment je n'ai prétendu m'être hissé au rang de l'humanité. L'ennemi fondamental (avec lequel on est engagé dans une lutte à mort) n'est pas nécessairement inhumain - bien au contraire.
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    Intemporelle

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    Re: Humanité-inhumanité

    Message  Intemporelle le Jeu 9 Aoû 2012 - 10:42

    Vous déclarez que c'est nier l'humanité que de ne pas l'abattre. N'est-ce pas se hisser au rang de l'humanité que de décider de qui il faut abattre pour ne pas nier l'humanité ?

    Liber

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    Re: Humanité-inhumanité

    Message  Liber le Jeu 9 Aoû 2012 - 10:54

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Or les régimes totalitaires, et plus particulièrement le régime nazi présente une originalité par rapport à ce modèle parce que la logique nazie est d'entrée de jeu une logique qui rend possible le révisionnisme, en ce que dès le début on a cherché l'effacement des traces par l'accomplissement de la réification des victimes de telle sorte qu'elles ne puissent plus témoigner, d'où l'émergence de ce qu'Agamben appelle le "témoin intégral", celui qui précisément ne peut plus témoigner, parce qu'il a été abîmé dans son être même de sujet.
    En effet, ce que vous dites me fait réfléchir. Mettons qu'en effet, ils ne cherchaient même plus à obtenir une réaction de leurs prisonniers. Néanmoins, parler de réification veut dire que l'on essaie de faire d'un être vivant une chose. Or, les Nazis étaient pleins de cynisme envers leurs victimes, un comportement qui suppose qu'on imagine encore dans l'homme qu'on torture une pensée, ici une question : "Pourquoi ?". Les victimes devaient bien se demander pourquoi elles étaient méprisées à ce point, une réponse que les Nazis pensaient être les seuls à détenir, dans le sentiment de leur immense supériorité.

    J'ai du mal avec cette assimilation entre culpabilité et dualité Bien/Mal, en ce que la culpabilité est une notion liée à la philosophie chrétienne avant tout, or la dualité Bien/Mal a précédé le christianisme.
    Bien sûr, Zarathoustra a même été choisi par Nietzsche car il a été le créateur légendaire de cette dualité. Mais cela ne diminue pas l'importance que le Bien et le Mal ont prise grâce au christianisme.

    Par ailleurs, la conception chrétienne de la culpabilité me semble moins liée à la dualité Bien/Mal qu'à l'émergence d'un sujet-créature qui répond au singulier de ses actes devant son Créateur.
    C'est parce que Nietzsche lie la culpabilité à la domination d'une catégorie d'hommes sur les autres, à cette époque les Romains. Les Chrétiens vont imaginer un enfer où ils pourront se venger des Romains, leurs maîtres, ne pouvant le faire dans la vie réelle. Les Grecs n'ont jamais eu cette idée.
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    Zingaro
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    Re: Humanité-inhumanité

    Message  Zingaro le Jeu 9 Aoû 2012 - 11:38

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Vous déclarez que c'est nier l'humanité que de ne pas l'abattre. N'est-ce pas se hisser au rang de l'humanité que de décider de qui il faut abattre pour ne pas nier l'humanité ?
    Exact, c'est un faux pas ! Une radicalisation de trop, ou trop rapide. C'est-à-dire que si effectivement vous reconnaissez cet ennemi mortel en tant qu'il existe, c'est autant nier l'humanité de l'abattre que de ne pas le faire. Le problème des interrogations que posent ses actes vient une fois qu'on s'est débarrassé de lui, et le choix de la torture par l'isolement n'est rien de plus qu'un raffinement moral (certes, c'est déjà beaucoup). J'essayais d'évacuer la distinction humain/inhumain des strates universelles vers lesquelles elle semblait pousser dans le message de Liber.

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Déclarer qu'un individu est inhumain est un acte de violence oui, mais motivé avant tout par l'effroi, pas par la volonté d'être "cruel" vis-à-vis" du criminel, mais par une incompréhension fondamentale, voire un refus de comprendre tout aussi fondamental. J'exclus bien entendu de cette analyse le fait de déclarer quelqu'un inhumain sous motif d'idéologie (comme dans le cas de l'idéologie nazie), où ce n'est plus l'effroi qui motive le qualificatif, mais la haine et l'idéologie. Mais comme je le soulignais plus haut, ces deux tendances se rencontrent singulièrement dès lors que ceux qui le font par effroi, décident qu'il faut anéantir l'inhumain.

    J'apprécie le positionnement que votre développement dévoile, vous évitez l'écueil du jugement moral dans l'absolu pour en observer les effets et ressorts... physiologiques ? Vous le replacez dans son matériaux humain. Maintenant je trouve que vous êtes trop catégorique dans vos conclusions ; le rejet de l'autre est cruel pour la simple raison que tout un chacun sait, "intuite" qu'il n'y a pas de soi sans un nous. Pour un Juif en particulier puisque vous choisissez cette perspective, l'exclusion est une sentence terrible, hautement symbolique. Dans le cas des nazis je vous accorde qu'elle est imprégnée d'une certaine impuissance, elle n'en perd pas moins à mon sens ses allures guerrières.

    Silentio

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    Re: Humanité-inhumanité

    Message  Silentio le Jeu 9 Aoû 2012 - 12:56

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:En effet, ce que vous dites me fait réfléchir. Mettons qu'en effet, ils ne cherchaient même plus à obtenir une réaction de leurs prisonniers. Néanmoins, parler de réification veut dire que l'on essaie de faire d'un être vivant une chose. Or, les Nazis étaient pleins de cynisme envers leurs victimes, un comportement qui suppose qu'on imagine encore dans l'homme qu'on torture une pensée, ici une question : "Pourquoi ?". Les victimes devaient bien se demander pourquoi elles étaient méprisées à ce point, une réponse que les Nazis pensaient être les seuls à détenir, dans le sentiment de leur immense supériorité.
    Les sous-hommes se trouvent entre l'homme véritable, supérieur et l'animal, il y a la volonté à la fois de chosifier ou d'animaliser et celle de préserver une conscience minimale pour que soit reconnue la grandeur du bourreau, du peuple qui détruisant l'autre s'affiche, dominant, comme le nouveau peuple élu. Ce qui est cruel, justement, c'est de jouer avec ce résidu de conscience, de maintenir l'homme en l'homme tandis que tout est fait pour l'humilier, le dégrader et en faire un animal blessé qui en même temps doit mesurer l'horreur de sa mort, de sa disparition en tant qu'être humain conscient et digne. Le pire a dû être la détresse morale face à cette implacable entreprise de destruction, la mise à mort de la foi et des espérances. Il ne devait y avoir alors que des sujets vides ; la souffrance de se sentir disparaître tout en maintenant l'écart qui fait la conscience humaine, même si brimée, amenuisée, et à la limite de l'animal sans jamais y plonger totalement. C'est une situation d'impuissance et de détresse.

    En ce sens, l'in-humain serait peut-être l'apparition des forces aveugles (et pré-individuelles) en l'homme qui le désindividuent et défont les formes de vie qui lui permettent d'être ce qu'il est au travers d'une certaine mesure. C'est l'illimité en l'homme qui détruit son porteur, à la fois l'individu qui n'est plus personne et la communauté dont les liens se dissolvent. C'est la destruction des conditions de possibilité de la vie humaine, le dépassement des limites fixées et vitales. Mais c'est une force aussi bien créatrice que destructrice qui est toujours en l'homme. L'inhumain est l'absence de visage (pas au sens de Levinas, bien que le Visage soit présence de la singularité irréductible de l'Autre infiniment transcendant, mais comme ce qui singularise quelqu'un, le distingue comme tel par ses traits propres et reconnaissables, tandis que le Juif, en étant essentialisé, est néantisé, fondu dans la masse de ses semblables, du Même - ce qui me fait penser au masque, persona, par lequel résonne le daimon, soit les forces impersonnelles en tant qu'elles sont mises en forme dans l'individuation), c'est la réduction de l'homme à la force pure, l'anonymat et à la marchandisation, à la guerre des porteurs anonymes de forces (cf. Levinas).

    Ainsi, le problème du nazisme est la négation de ce qui fait l'humain, de la mesure, et le déploiement excessif de forces pour accumuler et exercer impitoyablement la puissance. Mais on sait que l'hubris, en menant à vouloir égaler les dieux (qui ont pouvoir de vie et de mort), se retourne contre celui qui en fait preuve (elle crée la guerre, la dissension, la corruption et son prix est le sacrifice de la conscience, de la liberté, les nazis n'étant eux-mêmes plus que quelque chose entre l'animal et la machine calculante sans individualité, ils ne sont plus que les rouages d'une machine impersonnelle de destruction et de rationalisation des activités portées par un sujet global qui devient un "destin" pour ces soldats qui ne font qu'obéir aux ordres ; d'ailleurs si on étudie un peu la bureaucratie nazie on s'apercevra de l'absurdité d'un système où les ordres sont décidés contradictoirement à différents étages, chacun pouvant exercer son autorité à partir du Führerprinzip qui "donne vie", anime le corps social ou militaire - puisqu'il n'y a justement pas de politique au sens arendtien, pas de pluralité, pas de commun, pas d'espace d'apparition où les acteurs se singularisent, c'est au contraire l'absence d'espace, de loi, de relations qui permettent la conscience et le vivre-ensemble).


    Dernière édition par Silentio le Jeu 9 Aoû 2012 - 13:27, édité 1 fois
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    Re: Humanité-inhumanité

    Message  Intemporelle le Jeu 9 Aoû 2012 - 13:19

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Maintenant je trouve que vous êtes trop catégorique dans vos conclusions ; le rejet de l'autre est cruel pour la simple raison que tout un chacun sait, "intuite" qu'il n'y a pas de soi sans un nous. Pour un Juif en particulier puisque vous choisissez cette perspective, l'exclusion est une sentence terrible, hautement symbolique. Dans le cas des nazis je vous accorde qu'elle est imprégnée d'une certaine impuissance, elle n'en perd pas moins à mon sens ses allures guerrières.
    Je me plaçais sur le plan des motivations. Le rejet de l'autre peut être éprouvé comme cruel par celui qui en est l'objet, je ne dis pas le contraire, mais il faut distinguer entre l'intention et l'effet. Quand un groupe social qualifie un individu d'inhumain, l'intention n'est pas de faire mal, c'est une réaction de repli du groupe social, sous le coup de l'effroi face aux actions commises, même si, dans les faits, exclure quelqu'un de l'ordre de l'humain pour ses actes est non seulement cruel, mais même arrogant à mon sens.

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:C'est parce que Nietzsche lie la culpabilité à la domination d'une catégorie d'hommes sur les autres, à cette époque les Romains. Les Chrétiens vont imaginer un enfer où ils pourront se venger des Romains, leurs maîtres, ne pouvant le faire dans la vie réelle. Les Grecs n'ont jamais eu cette idée.
    D'accord, c'est plus clair avec cet exemple.
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    Euterpe

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    Re: Humanité-inhumanité

    Message  Euterpe le Jeu 9 Aoû 2012 - 14:32

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Je ne crois pas à cette idée de "crime contre l'humanité", parce que tuer un seul homme ou un million, signifie renier l'humanité dans les deux cas, et cela même s'il s'agit d'un crime d'État (peine de mort). Je ne trouve pas l'homme plus essentiel (au sens philosophique, essence d'un être) quand on le considère par milliers que seul.
    Il y a une typologie des crimes, en fonction de mobiles, d'objectifs et de circonstances significativement différents. Rares sont les crimes qui répondent à une intention claire et distincte de viser et de supprimer, dans un individu, l'humanité elle-même. Que le résultat soit le même est trompeur. La victime d'un psychopathe n'est pas la même "chose" que la victime d'un voyou écervelé qui se laisse dépasser par les circonstances, ou que la victime d'une passion amoureuse ou que les victimes de criminels nazis. Pour un psychopathe, la question même de l'humanité ne s'est jamais posée, et pour cause, il n'a le plus souvent jamais été lui-même considéré comme un homme ; un jaloux, en supprimant un rival, supprime plus humain que lui, parce qu'il refuse sa propre infériorité fantasmée. Pour le nazi, dès avant les atrocités commises pendant la guerre, un juif est une tare en soi, une impureté, un microbe, un sous-homme et finalement ce qui met en danger biologiquement et culturellement la race aryenne, le fleuron de l'humanité. Les centaines de réunions sur la question juive entre les hauts dignitaires nazis, dès les années trente, montrent que la question de la quantité des victimes n'est pas une question secondaire : on veut éradiquer par les moyens les plus appropriés un génos, jugé dangereux biologiquement, c'est une manipulation génétique à la plus grande échelle qu'on puisse imaginer, puisqu'il s'agit d'intervenir dans le processus même de la vie pour en infléchir la direction, pour la "corriger". A côté, Faust est un enfant de chœur.

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Si les Nazis avaient dénié l'humanité de leurs victimes, ils ne leur auraient pas infligé des traitements humiliants. Il faut lire Dostoïevski, qui a beaucoup écrit sur ce thème de l'humiliation, pour comprendre à quel point c'est un sentiment humain, trop humain, pour reprendre l'expression nietzschéenne (lequel fut très lucide sur cette question).
    Rien de ce qui a été écrit ou imaginé avant la mise en œuvre des nazis ne peut préfigurer ce que ça a été. Il y a une rupture radicale dont on commence à percevoir ce que c'est au moment de la première guerre mondiale, mais pas avant. L'humiliation extrême peut être le fait de sadiques, dont le plaisir est le but. Les nazis n'ont pas le projet de "se faire plaisir". On devait bien compter des sadiques, dans les rangs de la Wehrmacht et de Schutzstaffel, mais l'objectif est bien dans une éradication, et les moyens révèlent un jusqu'au-boutisme et un systématisme qui ne peuvent être mobilisés par la seule humiliation, laquelle n'est pas un mobile suffisant ni constant. Les sentiments humains, trop humains ne le sont que dans des circonstances humaines, trop humaines. Si le nazisme était la règle, alors nous serions dans ce cas de figure, mais ça ne l'est pas.

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Certes, on dit souvent que la pitié nous distingue des animaux.
    Rousseau ne dit pas cela. Il dit même que c'est un point commun entre les animaux et les hommes dans l'état de nature. Or le propre de la pitié, chez Rousseau, c'est qu'elle n'est pas le moyen d'une domination. Il est explicite : dans l'état de nature, l'homme n'est ni bon ni mauvais, il n'y a pas de bien ni de mal, ni de vertus ni de vices. Cela est antérieur à la société, et à plus forte raison au christianisme. D'où ma question au sujet de Nietzsche.
    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:
    Dès lors, je me demande si Nietzsche ne fait pas fausse route, lorsqu'il vise le christianisme en démasquant la pitié.
    En tous les cas, il lie dans le christianisme la pitié à la dualité Bien/Mal, ce qui me semble une évidence. D'autre part, comme il le rappelle justement, la pitié a toujours été méprisée par les plus grands philosophes. Je veux bien que Rousseau ait beaucoup de qualités, cependant, il sera difficile de le confronter à eux.
    Mais le terme, chez Rousseau, désigne autre chose. Il ne parle pas de la pitié au sens le plus courant qu'on lui donne. Rousseau découvre un sentiment nouveau qu'il nomme ainsi, mais dont il prend le temps de développer ce à quoi ça réfère. Or ça ne réfère pas à ce dont parle Nietzsche, ou Hegel, ou un autre. Sur ce point, les Allemands me paraissent obnubilés par le christianisme. Platon, le prétendu père du christianisme, était tout aussi sévère à l'endroit de la pitié. Il y a donc quelque chose qui cloche.

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Personnellement, je pencherais tout de même pour une folie nazie, ne serait-ce que pour le mysticisme qui accompagna toute leur vie politique, la folie des grandeurs, la paranoïa, qui sautent aux yeux de n'importe quel observateur, et qui ont leur attirance, car c'est par là que se recrutent les nostalgiques, certainement pas par les camps de la mort (cf. les négationnistes).
    Mais cela même ne dédouane pas les nazis, qui savaient ce qu'ils faisaient. La seule chose qui intéresse les juristes, ici, c'est de savoir si le cas ou les cas de folie constatés équivalent à une perte partielle ou totale de la raison, pour établir les responsabilités.

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Il y a encore quelque chose qui me chiffonne là-dedans. En quoi tuer est-ce "mal" ? Qu'est-ce qui nous amène à penser que tuer = mal ? Etant entendu que jamais un animal ne se posera ce genre de questions. Certes, le prophète a tranché la question comme Alexandre le nœud gordien : "Tu ne tueras point". Mais s'il avait dit "Tu tueras ton prochain", quelle eût été la différence ? Nietzsche pose clairement la question quand il déclare que le Vieux de la montagne, qui justement avait une telle morale, puisqu'il ordonnait à ses disciples de tuer, était le plus libre des esprits libres. Ces gens s'appelaient des Assassins, parce qu'ils consommaient du haschich, le Vieux leur fournissant, comme tout commandement militaire à ses soldats, de quoi affronter la peur.
    Vous envisagez la question sous l'angle d'une codification morale, mais la morale n'est pas d'abord une codification, la chose est même toujours extrêmement tardive. Quand on dit : "tu ne tueras point", on ne fait que formuler en la synthétisant une très longue expérience accumulée sur des centaines et des milliers d'années. La morale, c'est d'abord et avant tout une économie de la violence, autrement dit, c'est la société elle-même. Il n'y a guère que des individus vivant dans une société qui n'a de réalité que le nom pour se poser la question du bien et du mal, et dans laquelle, par conséquent, la morale comme telle est incompréhensible.

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Le nazi, pour se sentir dominateur, a besoin de rabaisser sa victime, il ne se contente pas de la parquer comme un animal, il veut qu'elle sache qu'elle n'est rien en comparaison de lui, la race supérieure.
    Les témoignages disent que non. Le nazi se contrefiche éperdument de faire savoir à ses victimes juives, fût-ce par les moyens les plus barbares, qu'elles ne sont rien en comparaison de lui. Vous lui prêtez des vertus "pédagogiques". Dans un camp de concentration, le juif sait qu'il n'est rien. Tout dans le Lager, le Lager en soi le lui dit.

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:
    Rousseau a écrit:Je demande laquelle, de la vie civile ou naturelle, est la plus sujette à devenir insupportable à ceux qui en jouissent ? [...] Qu'on juge donc avec moins d'orgueil de quel côté est la véritable misère. Rien au contraire n'eût été si misérable que l'homme sauvage, ébloui par des lumières, tourmenté par des passions, et raisonnant sur un état différent du sien
    Aucun grand comique n'a su manier l'ironie comme lui.
    Plaît-il ?

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Je cite un extrait de La notion de politique de Carl Schmitt, si sa pensée peut être sujette à discussion, il a parfaitement su entrevoir néanmoins toutes les conséquences de ces catégories assez récentes "d'humain" et "d'inhumain".
    Il y a là un procédé de justification des guerres particulièrement fécond de nos jours. Dans ce cas, les guerres se déroulent, chacune à son tour, sous forme de toute dernière des guerres que se livre l’humanité. Des guerres de ce type se distinguent fatalement par leur violence et leur inhumanité, pour la raison que, transcendant le politique, il est nécessaire qu’elles discréditent l’ennemi dans les catégories morales, religieuses et autres pour en faire un monstre inhumain, qu’il ne suffit pas de repousser, mais qui doit être anéanti définitivement au lieu d’être simplement cet ennemi qu’il faut remettre à sa place, reconduire à l’intérieur de ses frontières. (...)
    L’humanité en tant que telle ne peut pas faire la guerre, car elle n’a pas d’ennemi : le concept d’humanité exclut le concept d’ennemi parce que l’ennemi lui-même ne laisse pas d’être un homme, aucune distinction spécifique n’est possible. Le concept d’humanité est un instrument idéologique particulièrement utile aux expansions impérialistes, et sous sa forme éthique et humanitaire, il est un véhicule de l’impérialisme économique. On peut appliquer ce cas, avec la modification qui s’impose, un mot de Proudhon : « Qui dit humanité veut tromper.» Le fait de s’attribuer ce nom d’humanité, ne saurait que manifester une prétention effrayante à faire refuser à l’ennemi sa qualité d’être humain, à le faire déclarer hors la loi et hors l’humanité, et partant, à pousser la guerre jusqu’aux limites extrêmes de l’inhumain.
    Penser que l'ennemi est inhumain, et qu'au nom d'une certaine idée de l'humanité, il faut l'anéantir, rapproche singulièrement les tenants de la morale et les totalitarismes (Hitler, Staline, Mao etc.) ; toute la différence tient au contenu que vous mettez derrière le mot "humanité", mais tout comme ces hommes, au nom de ce contenu vous pensez être en droit de déclarer que X homme est un ennemi radical au point que ne pas le tuer serait nier l'humanité.
    Manent a écrit quelque chose de proche (cf. le fil de discussion : [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] ) :
    On pourrait dire que notre histoire politique consiste pour une grande part en la pacification successive, quoique imparfaite, des trois sortes de guerre. D'abord pacification des luttes d'honneur entre nobles guerriers par le souverain niveleur ; ensuite, métamorphoses et pacification de la guerre des classes, de la guerre entre le petit nombre et le grand nombre. Au terme de ce double processus, les États-nations démocratiques sont pour l'essentiel pacifiés à l'intérieur, et la guerre - de plus en plus rare mais de plus en plus violente - est reportée sur la frontière qui sépare chaque nation de l'étranger. Le phénomène de la frontière devient de plus en plus significatif, la séparation frontalière de plus en plus marquée en même temps que la distinction entre la guerre et la paix devient plus tranchée - la paix étant toujours plus douce, la guerre toujours plus violente. Progrès ou approfondissement de la paix, et aggravation ou exacerbation de la guerre vont paradoxalement de pair. Plus la paix est la condition naturelle des sociétaires, plus la guerre, lorsqu'elle éclate, est violente, illimitée, hors nature : les hommes sont jetés sans règles ni repères dans un élément qui leur est devenu tout à fait étranger, et ils sont susceptibles alors d'adopter des conduites, ou de tomber dans des comportements, qui eussent paru absurdes ou monstrueux à leurs pères des générations guerrières. Il suffit de penser aux tranchées de la guerre de 14, et au type de guerre dont elles furent le cadre et l'expression. De l'âge héroïque à l'âge bourgeois et démocratique, le processus politique nous a fait passer d'une situation où la guerre, avec ses différences internes, sous ses trois formes, était le mode de vie naturel des hommes, et comportait donc en général les règles et les limites qui vont avec cette condition - bien entendu, la guerre comporte nécessairement l'exaltation de parties de l'âme difficiles à maîtriser une fois éveillées, elle implique nécessairement emportement, excès, violence gratuite, cruauté... Achille ! -, à une situation où la guerre est devenue complètement étrangère à la vie normale et est donc exposée à l'emballement illimité dont la Première Guerre mondiale a donné le type.

    Avec les "guerres hyperboliques" du XXe siècle, selon l'expression de Raymond Aron, un point extrême a été atteint. Il fut impossible de revenir ensuite à une "situation normale", à la guerre as usual. En Europe, la situation bascula dans ce qu'on est irrésistiblement tenté d'appeler une paix hyperbolique : il n'y eut plus d'ennemi, les frontières s'effacèrent, et la guerre devint "impensable". C'est bien sûr une question de savoir si cette paix hyperbolique est durable.

    Les métamorphoses de la cité. Essai sur la dynamique de l'Occident, pp. 71-73.
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    Humanité-inhumanité

    Message  Vangelis le Mar 14 Aoû 2012 - 12:29

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:[...] mais si justement vous situez l'inhumain dans l'humain, de telle sorte qu'ils ne s'excluent pas, en dissociant acte inhumain et auteur de l'acte qui lui est humain, pourquoi garder ce terme d'inhumain dont la radicalité ici ne se justifie plus ?
    On pourrait effectivement laisser ces deux termes au sens commun et essayer de trouver autre chose. Mais on pourrait aussi voir dans le préfixe in une exclusion, non pas de l'espèce humaine, mais de son projet. Ainsi l'exclusion aurait ici un sens qui s'apparenterait au bannissement par un groupement humain, ce qui rejoint votre position et avec laquelle je n'ai jamais été en désaccord. Je voulais juste montrer que nous n'avions pas besoin de la métaphore. Tout au plus ai-je recours à des contorsions, qui je vous l'accorde aussi, ne sont pas pleinement satisfaisantes. Il faudrait de l'innovation en ce domaine.
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    Euterpe

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    Re: Humanité-inhumanité

    Message  Euterpe le Sam 30 Juil 2016 - 11:37

    Nouveau topic suite à une digression de broceliand à propos d'un poème que quelqu'un avait publié dans le forum (section littérature). Les messages hors-sujet qui interféraient avec le fil de cette digression ont été déplacés dans les Archives du forum.
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    BOUDOU

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    Re: Humanité-inhumanité

    Message  BOUDOU le Ven 7 Oct 2016 - 16:30

    L'idée d'humain est portée par l'humanisme classique qui vise une réalisation de l'humain conformément au modèle cosmologique ou identitaire. Elle implique celui de barbare (inhumain) et justifie paradoxalement tous les barbarismes pour combattre l'inhumain - comme, par exemple, ceux perpétrés par la colonisation ou le manque de respect de la nature, car l’humain est le refus de tout ce qui est opposé à l'image que l'on se fait de l'homme (inhumain). Ces barbarismes commis au nom de l'humain nous font contester la notion d'humain sous la forme d'un certain antihumanisme -humanisme critique (Foucault), humanisme ontologique (Heidegger).

    Martin Heidegger Lettre sur l’humanisme
    […] la pensée qui s'exprime dans Sein und Zeit est contre l'humanisme. Mais cette opposition ne signifie pas qu'une telle pensée s'oriente à l'opposé de l'humain, plaide pour l'inhumain, défende la barbarie et rabaisse la dignité de l'homme. Si l'on pense contre l'humanisme, c'est parce que l'humanisme ne situe pas assez haut l’humanitas de l'homme.

    anormal

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    Re: Humanité-inhumanité

    Message  anormal le Sam 8 Oct 2016 - 22:23

    Je ne sais pas très bien où faire remonter l'Humanité, car l'Histoire ne nous est pas d'une grande aide dès lors qu'il s'agit de questionner les périodes durant lesquelles l'homme n'a pas communiqué de façon perenne ( écritures, signes etc.). De plus, nous ne pouvons savoir de quoi l'homme est capable, dans l'avenir...Ce qui me fait dire que les qualificatifs : humain/inhumain, sont empreints d'une forte subjectivité et que la question, si elle doit recevoir une réponse philosophiquement acceptable, doit surmonter un double paradoxe.

    En citant F Nietzsche qui nous dit qu'il n'y a pas d'actes moraux ou immoraux, mais uniquement des interprétations morales et immorales; on est en droit d'avancer que le qualificatif d'humain ou d'inhumain relève de l'interprétation morale. Cette interprétation, si elle est individuelle, n'a, dans un premier temps, de valeur que pour l'individu qui en est l'auteur, jusqu'à ce que cette interprétation soit communiquée et admise par autrui. Cette interprétation personnelle et subjective, peut cependant se répandre dans une population et, être en quelque sorte objectivée,ce qui lui donnera force de loi, implicitement.
    La sanction pour "traitement inhumain" est prévue par la Loi, or il est très improbable de le qualifier légalement, par avance. Si bien que le caractère inhumain d'une action ne peut être déclaré qu'a postériori; sauf pour un ex ,et peut-être, futur Président qui affirmait ( face à M Onfray) qu'il existait un gène du violeur et que la Justice devrait prendre des mesures pour prévenir les crimes de viol en ciblant les individus porteurs de ce gène, voire en intervenant dès le bas-âge....
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    BOUDOU

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    Re: Humanité-inhumanité

    Message  BOUDOU le Dim 9 Oct 2016 - 15:45

    1) Il serait en effet judicieux de distinguer le non-humain de l'inhumain qui aurait une connotation morale. Alors que le premier terme serait l'opposé d'humain dans un projet d’épanouissement de l’être humain ou processus d'hominisation qu'étudie l'anthropologie (c'est-à-dire l'humanisme qui est une notion moderne). Il y aurait deux couples de termes : humain/non-humain et moral/inhumain. Ce serait la raison pourquoi un débat humain/inhumain n'aurait pas de sens. On dirait alors : dès lors qu'on décrète ce que c'est qu'être homme, on décrète ce que c'est qu'être non-humain. Être humain serait un jugement positif qui affirme sa liberté au sens de Kant (et non un jugement moral par nature répressif) en regard d'une idée que les hommes veulent avoir d'eux-mêmes.

    Jean-Paul  Sartre,  L’existentialisme est un humanisme.  
    […] l’homme n’est rien d’autre que ce qu’il se fait.

    2) Pour en parler, il faudrait bien comprendre ce qu'est le nazisme d'un point de  vue historique. Sinon en faire le sommet de l'inhumanité reviendrait à condamner la main qui tue en absolvant l'homme à qui elle appartient - en l'occurrence l'histoire à laquelle nous appartenons qui est passée par la colonisation et l'unité tardive de puissances européennes comme l'Allemagne et l'Italie.

    anormal

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    Re: Humanité-inhumanité

    Message  anormal le Dim 9 Oct 2016 - 20:14

    Je renonce à concevoir le fait humain sous un autre point de vue que celui qui consisterait à d'abord répondre à l'injonction: " connais-toi toi-même". On comprendrait mal le proto-jugement , pour ne pas dire: le préjugé, qui affirmerait que tel ou tel acte est humain/inhumain, alors même qu'on ne pourrait dire ce qui relève du "moi", ou du "on"; ou de toute autres causes exogènes. Tout comme l'on comprend mal, comment une émotion pourrait valoir jugement.

    Ce sentiment peut tout aussi bien découler d'un jugement objectif ( la Justice) que d'un préjugé émotionnel.

    Dans le cadre de la Justice, l'acte inhumain est probablement invoqué lorsque les faits ne sont pas qualifiés par le code pénal et qu'il faut souligner leur gravité et le trouble, voire la souffrance qu'ils engendrent ( torture mentale, manipulation nécrophile etc). Cela suscite l'émotion, mais ce n'est pas l'émotion qui mesure la gravité des faits.

    Or, dans le registre de la doxa, c'est bien l'émotion qui mesure le rejet de l'acte puisque la grille de lecture est subjective et relève d'habitudes conventionnelles qui constituent la conformité ( règles implicites non raisonnées, le plus souvent). Il fut un temps où l'on se précipitait en masse vers la place publique,car l'on y décapitait un condamné. Aujourd'hui, on est mal à l'aise avec l'idée qu'aux USA, on pratique encore le "meurtre" légal, alors que ce pays passe pour un modèle de démocratie...De plus ce préjugé émotionnel peut "tomber", quand bien-même il n'y aurait pas de délit; l suffit d'imaginer le sort qui est fait aux personnes " trop" hors-normes, à l'exemple des personnes qui présentent un état "monstrueux" tels que celles qui sont extrêmement quelque chose ( laides; grosses, poilues ...)
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    BOUDOU

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    Re: Humanité-inhumanité

    Message  BOUDOU le Dim 9 Oct 2016 - 21:41

    Le principe définitoire de l'humain est, en effet, la liberté (cf. Prométhée et Épiméthée) et la conscience qui est le fondement de la liberté -d'où le précepte de Socrate "connais-toi toi-même". En conséquence le contraire d'humain ne peut être cherché dans le plan de la morale, mais plutôt dans celui du pouvoir d'émancipation.

      La date/heure actuelle est Ven 24 Nov 2017 - 6:29