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    Autour d'une pensée de l'existence

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    Hervé BOURGOIS

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    Re: Autour d'une pensée de l'existence

    Message  Hervé BOURGOIS le Ven 15 Juil 2016 - 16:05

    Vangelis a écrit:Vous pouvez développer votre propre sujet sur l'existence de votre point de vue, à condition de respecter la pensée des auteurs que vous citez et le vocabulaire que vous employez.
    Nous pouvons partir des choses. Ce que je nomme une chose, c’est tout ce que l’homme peut désigner d’abstrait ou de concret, un caillou, une maison, Dieu, le courage, une licorne, un être vivant… Une chose ne peut exister que si elle peut être désignée par un être vivant parce qu’il l’aura distinguée, probablement car il pourra l’utiliser. Je veux dire par là qu’une chose n’existerait pas sans les êtres vivants. Cela ne signifie pas que l’univers n’existerait pas, mais que ce que nous en distinguons est dépendant de notre besoin de nous y adapter. Lorsque je distingue le soleil, je fais abstraction du fait qu’il est constitué de matière, que cette matière n’existait peut-être pas il y a plusieurs centaines de milliards d’années, que ce que j’observe est différent de ce que mes ancêtres nommaient le soleil, car il s’est imperceptiblement transformé, que le soleil n’est pas indépendant des autres choses, des autres étoiles de sa galaxie, des planètes qui gravitent autour. A l’instant t, celui où je l’observe, il existe en même temps que les autres choses, je ne peux imaginer ce que serait le soleil si l’une d’elle manquait, ces choses sont simplement là en même temps. Ainsi ce caillou qui est là devant moi, ne peut qu’être là, je peux le déplacer, le transformer, mais je ne peux pas le faire disparaître, je ne peux imaginer un monde où il ne serait pas là. Lorsque je dis que ce caillou existe, cela signifie qu’il existe en même temps que les autres choses, je ne fais que le distinguer. Il peut subir ces autres choses, la gravité terrestre, moi qui le lance en l’air, ou en être issu, n’être qu’un morceau de ce rocher gisant à ses côtés, ou qu’un amas d’atomes. Pour dire que ce caillou existe, j’ai dû apprendre auprès de ma communauté, le mot qui permet de le désigner et ce à quoi il pouvait être utile. Ce caillou existe parce que j’ai appris à le reconnaître, à le distinguer des autres choses par des pensées. Peut-être que ce caillou n’existe pas pour le chat qui passe devant moi et semble l’ignorer, mais je constate que cette souris devant laquelle il se fige existe, il a appris d’une façon ou d’une autre à la reconnaître. Le chat a appris également de sa communauté, au travers de son patrimoine génétique ou par apprentissage, que la souris existait. De même, il sait que lui-même existe, car il sait se distinguer de ce qui l’entoure. Mais, il ne peut pas dire « j’existe », car il ne dispose pas d’un langage qui lui permet de parler de choses abstraites, de choses qu’il ne peut pas percevoir. L’existence du chat n’existe que pour moi qui peut en parler, lui n’a pas d’existence, il ne sait rien de pourquoi il est là, de pourquoi il devrait distinguer les souris, de pourquoi il peut s’élancer vers elle en courant. Il vit dans l’action.
     
    Je peux imaginer que la partie de mon cerveau qui crée les pensées soit atrophiée, que je ne puisse pas apprendre des mots pour créer des pensées. Je serais alors comme ce chat, je n’aurai pas d’existence. Pourtant, comme lui, je serais dépendant des autres choses, celles que je peux subir, celles que j’utilise, celles dont je suis issu que je ne connaîtrais pas, puisque je n’aurai pas pu les apprendre. J’aurais des relations avec mes parents, je les distinguerais, mais je ne saurais pas que j’en suis issu et qu’eux-mêmes sont issus d’autres individus. J’existe uniquement parce que je peux en parler avec autrui, ceux qui peuvent me comprendre parce qu’ils parlent le même langage qui désignent les mêmes choses, et pour cela, parce que je peux créer des pensées qui me distinguent des autres choses. C’est ce qui me différencie des autres qui permet de définir mon identité, mes différences par rapport à mes semblables, ceux qui font partie de ma communauté.
     

    L’existence est un mot on ne peut plus ambigu, puisqu’il me permet de parler de l’existence des choses et de leurs ramifications avec les autres, du fait que je peux créer des pensées pour me distinguer des autres, et encore du fait que par mes pensées, je peux chercher à réconcilier la chose que je suis d’avec les autres choses qui existent, incluant les pensées que je peux produire. Toutes ces pensées ne sont que des constats de ce que je connais. Répondre à la question qui « suis-je », est une quête illusoire car je ne suis qu’une abstraction humaine qui n’existe que parce qu’elle m’est utile, pas parce que je pourrais la réconcilier avec toutes les autres choses. Mais, nous avons le même problème avec toutes choses, chacune d’elle n’étant qu’une abstraction humaine.
     

    Qu’est-ce qui peut faire que je puisse être obnubilé par la connaissance d’une chose, que ce soit moi parce que j’ai appris à étudier cette chose que je suis, ou un atome parce que je suis un scientifique et que mon travail consister à faire la quête illusoire des connaissances relatives à son existence ? Est-ce que cela fait réellement une différence que cette chose soit moi ? Mais là encore, lorsque je pense à quelque chose, telle que mon existence, je produis des pensées selon un langage et des schèmes (disons des mécanismes de production de pensées) que j’ai appris auprès de ma communauté. Dans quelle mesure puis-je dire que ce sont mes pensées ? Ces questions amènent ainsi deux remarques, d’une part les questions des philosophes sur leur existence ne concernent qu’eux, parce qu’ils ont appris à se poser ces questions et à en chercher les réponses, comme le scientifique sur l’atome, d’autre part les pensées que je pourrais avoir sur ma propre existence ne sont pas nécessairement les miennes, mais celles que j’ai appris à produire. Je n’aurai pas les mêmes pensées si je lis Sartre, si je suis catholique pratiquant, si je suis chef d’une grande entreprise… et aucune ne sera une vérité, car ce ne sont que des pensées qui nous servent à savoir ce que nous pouvons ou devons faire.
     

    La notion d’Être (Cf. explication d'Acturus) est intéressante puisqu’elle semble englober toutes les dépendances d’avec les autres choses qui nous permettraient de comprendre l’existence d’une chose. Comme les choses ne sont que ce à quoi elles peuvent nous servir, apparemment il ne sert qu’à désigner tout ce que nous pourrions connaître d’une chose, sans lever le voile sur ce qu’il serait possible de connaître.
     

    Il reste l’aspect qui concerne le changement, le fait qu’une chose se transforme, ce qui sous-entend qu’une partie pourrait sembler ou rester similaire, et qu’une autre pourrait être différente. Ce n’est plus la même chose, mais nous continuerons à la nommer de la même façon tant qu’elle nous sera utile de la même façon. Nous pourrions dire la même chose des êtres humains, l’esclave de Platon le restera tant qu’il saura accomplir les mêmes tâches. Mais, si nous voulions savoir pourquoi il ne veut plus le faire, cela devient plus complexe. Les êtres humains ont comme particularité qu’ils peuvent apprendre, mais qu’ils ne peuvent pas désapprendre. Je peux apprendre à avoir la nausée en pensant à mon existence, mais je ne peux pas le désapprendre. La question peut ainsi se reporter sur l’apprentissage, mais le sujet est également très vaste et je ne suis pas certain que ce soit le lieu.

    Arcturus

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    Re: Autour d'une pensée de l'existence

    Message  Arcturus le Lun 18 Juil 2016 - 9:35

    Hervé BOURGOIS a écrit:
    Kercoz
    La notion de semblable me semble importante. Elle appelle à des invariances conceptuelles d'un autre ordre.
    Saussure, cité dans Signes de Merleau Ponty (premières phrase) dit aussi que le signifiant des mots ne réside pas dans les mots mais dans les écarts entre les mots.
    Ce que vous dites ne demande pas de réponse, mais je m'en autorise une...
    Monsieur Bourgois et monsieur Kercoz, j'ai un peu l'impression que vous vous greffez sur un sujet donné pour débattre d'autre chose. Pourquoi n'ouvrez-vous pas un "fil" qui corresponde à vos préoccupations philosophiques ? Cela vous obligerait à travailler à fond les ouvrages que vous citez, et je pourrai aussi venir vous suivre, et même enrichir votre réflexion ; mais là il m'apparaît que nous partons vers des horizons assez éloignés du sujet traité !

    Arcturus

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    Re: Autour d'une pensée de l'existence

    Message  Arcturus le Lun 18 Juil 2016 - 9:43

    Hervé BOURGOIS a écrit:
    Acturus a écrit:Exister c'est d'abord se rendre compte que je suis ici, à ce moment-là, que d'abord j'existe.  C'est un point de départ. C'est une perception, ce n'est pas déjà un raisonnement mais c'est une perception. En essayant d'attraper aussitôt un écrit comme vous le faites dans un filet rationnel vous vous attelez aussitôt à une chaîne causale. Il faudrait que vous vous laissiez aller. J'écoute cet mouvement musical, sans le critiquer, je regarde ce tableau sans l'expliquer, je respire le parfum de cette rose sans en inférer la structure moléculaire...Vous existez, première étape, première perception. Mais perception aussitôt oubliée si la volonté de tout resituer dans une chaîne causale vous empêche de rester sur ce moment originel.
    En disant cela vous êtes inconsistant. 
     Vous êtes dans le jugement de valeur, c'est-à-dire que vous émettez un jugement dans lequel vous n'êtes plus dans l'exercice de la raison, mais dans un exercice émotionnel, dans un exercice purement subjectif. Je ne peux pas vous suivre dans un débat émotionnel ou dans un débat où vous m'imposeriez votre subjectivité.Ce n'est pas le lieu ici.
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    Hervé BOURGOIS

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    Re: Autour d'une pensée de l'existence

    Message  Hervé BOURGOIS le Lun 18 Juil 2016 - 9:47

    Acturus a écrit:En quoi l'existence pose plusieurs problèmes philosophiques? A quoi répondent ces philosophies existentielles? Il va falloir d'abord comprendre pourquoi et en quoi l'existence pose un certain nombre de problèmes philosophiques pour ensuite voir comment chaque mouvance de l'existentialisme s'empare de ces problèmes et tente de donner une réponse.

    Le sujet initial n'induit pas de définir ce qu'est l'existence et c'est le vôtre. J'arrête donc de vous faire dévier.

    Arcturus

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    Re: Autour d'une pensée de l'existence

    Message  Arcturus le Lun 18 Juil 2016 - 9:54

    Monsieur Bourgois, j'ai lu l'ensemble de vos interventions, mais il me semble que vous êtes en quête de reconnaissance, et pourquoi pas d'ailleurs. Mais cette quête vous l'exprimez par l'exposé de vos sentiments, de vos propres sentiments. Je ne peux pas entrer dans un dialogue dans lequel votre subjectivité s'imposerait. Non que cela m'ennuie mais ce n'est vraiment pas le lieu. Je me répète : pourquoi n'ouvrez-vous pas un fil, dans lequel vous pourriez exposer votre sensibilité, vos sentiments, vos perceptions ?

    Je vais donc poursuivre l'exposé de mon étude.
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    Hervé BOURGOIS

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    Re: Autour d'une pensée de l'existence

    Message  Hervé BOURGOIS le Lun 18 Juil 2016 - 10:03

    Acturus a écrit:Vous êtes dans le jugement de valeur...
    Je m'excuse, je parlais de ce que vous aviez écrit, pas de vous. Mais, je ne suis pas certain que votre réponse à mon post (a priori hors sujet) soit en rapport avec le sujet. Sinon, je peux tenter à nouveau d'expliquer en quoi en mélangeant des choses concrètes et abstraites (désignées par le même nom) nous faisons des non-sens. La raison n'interdit pas les non-sens, mais c'est également hors sujet.

    Arcturus

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    Re: Autour d'une pensée de l'existence

    Message  Arcturus le Lun 18 Juil 2016 - 10:46

    La métaphysique pose l’être comme un principe, comme une nécessité, une nécessité logique qui va assurer la pensabilité des choses. Donc l’être est un requisit, une nécessité d’abord d’ordre logique, puis épistémologique, c’est-à-dire qui va concerner l’existence des sciences, puis gnoséologique qui va concerner la possibilité même de la connaissance. 

    L’être est cette catégorie première. Platon va poser l’être comme cette catégorie absolument nécessaire pour penser quelque chose, puis connaître toute chose. L’être va être représenté par les essences, les idées ou les archétypes. 

    En dégageant la nécessité absolue de l’être, particulièrement de ses essences, le beau, le bien, le vrai, Platon manifeste une ambiguïté fondamentale: l’ambivalence du langage. Le langage véhicule de la pensée, est pris dans les rets du devenir puisque parler, produire un discours, c’est nécessairement enchainer selon l’antérieur et le postérieur, comme dit Aristote, des éléments du discours, des mots, des outils grammaticaux qui permettent de les articuler. 

    Parler atteste de mon devenir. Je suis un être qui, y compris dans mon discours, est voué au devenir. Si je veux comprendre une phrase je suis obligé d’en passer par le début, le milieu, la fin. Le langage m’enracine dans le devenir, montre que tout en moi est devenir y compris ma pensée. Mais de la même façon, d’où son ambivalence, le langage révèle et dévoile qu’à l’intérieur même des mots, qui finalement épousent le devenir mais aussi la multiplicité des choses, des phénomènes, se lit l’exigence de quelque chose qui échappe à ce flux, à ce devenir, à cette multiplicité. L’existence, le cheval, la pluie, la terre sont autant de termes génériques, même si nous n’en n’avons pas toujours conscience. 

    A l’intérieur même du langage, sans que nous nous en rendions compte, nous avons deux choses : 

    1) La tentative des mots d’épouser la labilité, la fluctuance, le devenir auquel tout phénomène et nous-mêmes sommes soumis. 

    2) L’emploi constant de termes génériques, même quand nous n’en n’avons pas la pleine clairvoyance, nous montrons que nous avons cette exigence de poser de l’être, c’est-à-dire de poser une essence. 

    Il faut que le cheval existe, que la pluie existe. Il faut que dans mon esprit je puisse recourir à l’existence d’un concept, d’une essence au moyen desquels ensuite je vais pouvoir comparer les choses, les identifier, donc me les approprier, les saisir, les comprendre et dans un deuxième temps les connaître. Comprendre n’est pas forcément connaître. Nous pouvons comprendre une chose sans la connaître, et la connaître sans la comprendre. 

    A chaque fois ce sont des opérations différentes mais possibles. Platon l’a bien compris. La métaphysique est l’aveu de la compréhension de cette nécessité, une nécessité humaine, qui ne nous dit pas ce que sont les choses, mais ce qu’est l’âme humaine, ce qu’il lui faut pour qu’elle puisse fonctionner. 

    Nous comprenons qu’il devient nécessaire de poser l’être, se confondant chez Platon avec les pures essences. Pour que le changement, le multiple, le variable me soient compréhensibles, en tant que tels, il me faut disposer de quelque chose qui soit permanent et identique c’est-à-dire l’être. 

    Cette trace on peut la suivre dans toute l’histoire de la métaphysique, mais on la retrouve aussi dans les philosophies existentialistes, d’abord dans l’existentialisme chrétien qui est beaucoup plus attaché à la métaphysique que l’existentialisme athée, particulièrement G. Marcel « Le mystère de l’Être » (Ed. Présence- chapitre Ma vie p.172). 

    Cette nécessité, cette tentation de dépasser les pures apparences et de nous réfugier dans ce que nous appelons traditionnellement de l’être pour justement unifier, synthétiser, arrêter d’une certaine façon ce flux dont nous ne pouvons nous repérer, G. Marcel l’a illustré dans l’exemple du journal intime. 

    En effet nous retrouverions la trace de cette conception dans nos quêtes multiples et personnelles, où nous manifestons à certains moments de notre vie, le désir d’essayer un peu de nous comprendre. Évidemment nous comprendre nous amenant à cette idée d’arrêter de nous défaire dans le temps, mais au contraire de nous reconstituer, c’est-à-dire de nous constituer une deuxième fois solidement. 

    Allons-nous pouvoir dans nos vies respectives dégager une unité, une permanence ? 

    La tentation que beaucoup ont connue, c’est la tentation du journal intime, tentation qui résumerait cette possibilité que je veux me donner, résumer ma vie, la transformer en objet que je pourrai ainsi contempler comme de l’extérieur. Mais ces multiples cahiers qui sont censés contenir ce que j’appelle mon existence, que je contemple devant moi, sont évidemment des choses nulles et non avenues. « Ce journal que je relis avec la masse de détails qu’il renferme, dégage pour moi une impression chaotique. Ma vie a-t-elle été ce chaos ? Si vraiment elle a été cela je ne puis absolument plus rien en dire. Ce n’est plus qu’une sorte d’amoncellement, de déchet » 

    Nous nous retrouvons devant une impasse et une aporie. Nous le comprenons sur le plan logique. Pour ressaisir quelque chose qui passe nous avons besoin d’un point fixe. L’être assure la logicité du monde. 

    Si le monde est pensable, c’est à ce prix-là, et nous allons nous arranger pour qu’il le soit. La pensée elle-même est une sorte de coup de force. Les féministes des années 70 disaient la logique est une affaire d’homme. Il y a là un acte guerrier, on donne assaut au monde qui est un chaos d’enchevêtrement dans lequel il n’y a aucune signification et encore moins du sens, mais il faut bien faire avec ce monde pour tenter d’y vivre. 

    L’une des possibilités c’est précisément d’essayer, de mettre un peu d’ordre, d’introduire de la signification. Il faut penser le monde. Il va falloir enfermer toutes ces qualités, tous ces milliards de chatoiements qu’ont les choses, ne serait-ce que sur le plan affectif, les faire rentrer de force dans des cadres constitués que nous appelons les concepts. Si nous ne faisons pas cela, nous ne faisons rien du monde. Nous ne pouvons pas penser, nous ne pouvons pas transformer, nous ne pouvons pas vivre, tout simplement

    Cette tentation est celle-là même du journal. Nous aurions envie de nous poser un moment et de dire ma vie a été invraisemblable, essayons d’écrire tout cela et j’y mettrai de l’ordre. Quand je relis, toutes les notes accumulées sont reprises, retravaillées pour donner quelque chose qui est autre que la vie réelle. G. Marcel dit je cède à cette tentation de faire un peu d’ordre, synthétiser, unifier les choses, et quand je me ressaisis de ce qui est ce matériau, d’abord je ne me souviens de rien, la trahison de la mémoire est cette image chaotique, de sorte que je me retrouve avec une chose qui même passée par l’écriture, ressemble davantage « comme un amoncellement de déchets », qu’autre chose. 

    Cela sert-il de tenir un journal ? se demande G. Marcel « Dès lors ne suis-je pas tenu de m’appliquer à découvrir ce qui demeure malgré tout, ce qui ne se laisse réduire ni à une fumée ni à un rebut ? » Il nous laisse sur cette question, c’est-à-dire cette espèce de nostalgie de l’Être que nous avons tout le temps dans le moindre repli de notre existence. A la fois, il faut l’assumer comme un flux, un kaléidoscope où toutes les qualités sans cesse se remplacent mutuellement l’une l’autre. Ceci est une expérience qui est davantage de l’ordre de la perte que de l’ordre de la saisie de soi (littérature contemporaine : Blanchot, Bataille…ne cessent de dire ce dessaisissement de soi et cette perte.)

    aliochaverkiev

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    Re: Autour d'une pensée de l'existence

    Message  aliochaverkiev le Jeu 21 Juil 2016 - 21:36

    Vangelis a écrit:Et ce n'est pas mon jugement comme vous dites, ce sont les propres mots de Sartre ! Dienekes vous a donné la référence, mais il est visible que vous ne l'avez pas consultée. Vous la trouverez ci-dessous :
    Sartre, L'existentialisme est un humanisme - Edit Folio,p 70 a écrit:Les uns qui se cacheront, par l'esprit de sérieux ou par des excuses déterministes, leur liberté totale, je les appellerai lâches ; les autres qui essaieront de montrer que leur existence était nécessaire, alors qu'elle est la contingence même de l'apparition de l'homme sur la terre, je les appellerai salauds.
    Ainsi, quel serait le troisième homme
    Puisque j'ai un peu de temps (vacances) je peux travailler plus intensément ! donc je vais ici répondre à Dienekes et à Vangelis sur ce fameux troisième homme qui n'existerait  pas. [Il n' y aurait que des lâches et des salauds].

    Je cite Sartre L'existentialisme est un humanisme, éditions Navel, page 84.
    "Lorsque sur le plan d'authenticité totale, j'ai reconnu que l'homme est un être chez qui l'essence est précédée par l'existence, qu'il est un être libre qui ne peut, dans des circonstances diverses, que vouloir la liberté , j'ai reconnu en même temps que je ne peux vouloir que la liberté des autres. Ainsi,au nom de cette volonté de liberté, impliquée par la liberté elle même, je puis former des jugements sur ceux qui visent à se cacher la totale gratuité de leur existence, et sa totale liberté".
    Sartre ne dit pas que tous visent à se cacher... il emploie bien le mot ceux, ce qui implique qu'il y a aussi, près de "ceux-là", d'autres "ceux" ceux qui ne se cachent pas la totale gratuité de leur existence ni leur totale liberté [ceux qui se cachent la totale gratuité de leur existence sont des lâches pour Sartre et les autres, ceux qui se cachent leur totale liberté sont des salauds].

    Le troisième homme c'est donc celui qui ne se cache pas la totale gratuité de son existence ni sa totale liberté.

    Arcturus

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    Re: Autour d'une pensée de l'existence

    Message  Arcturus le Mer 27 Juil 2016 - 15:28

    Ce dessaisissement de soi commence avec Montaigne.

    Montaigne montre que si nous ne pouvons pas supporter le dessaisissement de soi, nous pouvons nous attacher à construire le monde. L’écriture repose sur un plan strictement existentiel, celui où nous essayons de reconstruire une partie de nous pour trouver une cohérence et une substantialité. Toute vie humaine, même la plus réussie, est vouée à cet aspect chaotique, elle va nécessairement tout induire d’un point fixe, ce que traditionnellement on appelle l’être. [Qu’est la réussite ? Est-ce quelque chose qui est défini socialement d’abord ? « Qu’est-ce qu’une vie réussie ? » Luc Ferry. La réussite est une notion qui est une valeur, et comme toute valeur la question est : d’où nous évaluons ?].

     Ne cédons-nous pas à la même tentation, poursuit G. Marcel, lorsque nous pensons comprendre Cézanne ou Van Gogh au prétexte que nous avons vu une exposition qui a rassemblé les toiles de l’artiste, c’est-à-dire l’œuvre. Or, les pages qui suivent nous mettent aux prises avec un paradoxe incontournable, que nous vivons tous, et que G. Marcel appelle le mystère.

     Ce paradoxe sur lequel toute existence humaine repose, à partir duquel toute existence humaine est faite, nous pouvons le résumer de la façon suivante : 

     D’une part nous devons vivre notre vie, la dérouler dans le temps, essayer de la constituer comme œuvre, ne pas la juger, elle n’est pas forcément belle, bonne. Au sens nietzschéen si nous prenons conscience que notre vie est notre œuvre, essayons d’en faire une belle œuvre. Essayons de faire de cette existence une œuvre au sens plastique, esthétique. 
     Voilà d’un côté quelle est la contrainte qui attend toute vie humaine, ce que justement nous appelons l’existence, la vie n’est que le processus biologique qui porte l’existence.

     L’existence est ce qui est traversé par la signification, la connaissance, la créativité.

     D’autre part, paradoxe, nous constatons tous que l’œuvre n’est pas la vie, que la vie échappe à l’œuvre, et que par définition aucune œuvre ne saurait jamais totaliser une existence. L’existence refuse absolument d’être synthétisée, unifiée. C’est bien pour cela encore une fois, que nous sommes voués à vivre dans un double mystère. Ce double mystère est le mystère même de l’existence puisque toute existence est sous-tendue à ce paradoxe, et met en œuvre ce paradoxe, à la fois cette volonté de codifier, pour peut-être la contempler, la connaître, parce qu’une œuvre se donne aussi à contempler, c’est la première chose, mais en même temps le constat que tout le monde fait, sous une forme, ou sous une autre, est qu’aucune œuvre n’est de nature à totaliser notre existence.

    Ce mystère de notre existence propre va être redoublé par ce que G. Marcel appelle le mystère de l’Être, sauf que l’Être lui-même est un mystère.

    Toute existence est cernée par ces deux mystères. Il ne tient qu’à nous, soit de faire de notre existence un enfoncement dans les ténèbres, soit de l’illuminer par quelque chose. Pour G. Marcel c’est Dieu qui va pouvoir nous éclairer, ne pas nous laisser dans les ténèbres et nous allons peu à peu récupérer la lumière divine.Si nous ne voulons pas de cette solution, il y en a d’autres.

     Que pouvons-nous retenir de cela ?

     Nous ne pouvons nous dispenser de l’être qui confère intelligibilité à toute chose mais comprenons  que par rapport à l’être ou par rapport à ces essences, au sens platonicien du terme, l’existence des phénomènes, les phénomènes étant des  manifestations de choses existantes, ne peuvent constituer que des dégradations de cet être, autrement dit des altérations (Platon- Le sophiste. La république- Heidegger).

    Platon va nous expliquer que si les choses que nous appelons sensibles ont pour nous un certain degré d’existence, c’est parce qu’elles ne sont que le reflet, à des degrés variables, de ces essences. Il faut se reporter au mythe de la caverne (République- fin du livre VI-509- et début du livre VII) où Platon explique deux choses qu’il nous faut absolument croiser.

      Si nous n’y prenons pas garde et si nous n’éduquons pas notre âme par le moyen de la philosophie, nous allons rester prisonniers d’un préjugé, d’une croyance et d’une illusion, les trois choses en même temps. Ce préjugé, cette croyance et cette illusion sont que l’existence réelle c’est l’existence matérielle et sensible des choses, c’est-à-dire que pour nous les choses n’existent que sous leur forme matérielle, leur matérialité.

     Pour nous, le monde sensible est le monde existant, et nous sommes comparables à ces malheureux prisonniers enfermés dans une caverne, enchainés, qui ne voient que des ombres défiler sur les murs de la caverne, qui ne sont que des ombres projetées de gens réels qui défilent dans cette caverne et qui sont éclairés par un feu qui brûle derrière eux mais dont ils ne connaissent rien, puisqu’ils ne peuvent pas tourner la tête. Dans cette situation ces ombres constituent la réalité.
    Que se passe-t-il si quelqu’un vient délivrer un prisonnier ? Il va lui permettre de renverser les choses. Le prisonnier va découvrir qu’il y a des gens véritables qui marchent sur un petit chemin de la caverne, que ces ombres projetées qu’il voyait et qu’il croyait être la réalité, la vérité, ne sont que des ombres. Mais cela il ne peut le savoir que lorsqu’il a vu le feu qui éclaire les véritables personnes. Il comprend que ce qu’il pensait être la vérité n’est qu’une ombre, un reflet. Si on le traine dehors il va voir que ces gens qu’il voyait très mal parce que le feu ne jette pas une lumière très puissante dans cette caverne, quand il arrive à l’extérieur, il est complètement ébloui, il va peu à peu découvrir l’existence du monde extérieur illuminé par le soleil. Il va voir que ce qu’il croyait être la réalité dans la caverne ne l’est pas.
    Dans la caverne il est dans un monde d’ombres et de reflets d’un monde extérieur qui est beaucoup plus vrai et beaucoup plus réel. A un certain moment celui qui va délivrer le prisonnier va, par les cheveux, lui tirer la tête le contraignant à regarder un moment le soleil. Il y a alors une analogie feu-soleil, le prisonnier va comprendre qu’il pouvait voir des ombres parce qu’il y avait le feu, cause, qui éclairait les personnages, de la même façon, il y a de la lumière qui vient du soleil qui éclaire toutes choses.
    Là enfin le monde bascule. Il faut attendre tout cela pour que les choses soient totalement renversées. La métaphysique est un renversement des choses.
    Ce que nous prenons au départ pour de la réalité n’est pas. Le monde sensible et le monde matériel ne sont que des reflets d’un monde beaucoup plus vrai, beaucoup plus réel, et ce monde vrai et réel qui confère une existence absolue à ces choses-là, nous ne le trouvons pas dans le sensible, nous le trouvons dans l’intelligible. A partir de ce moment le prisonnier comprend que ce qui permet d’éclairer toute chose, de rendre visible les choses, c’est le soleil. C’est le mythe du sens du vrai, du bien dans le domaine éthique.

     Seules les pures essences, le beau en soi, le pur en soi, le vrai en soi, le juste en soi..., existent véritablement, c’est-à-dire là où une essence et existence sont jointes, archétypes du sens. Les existants que nous sommes, tant les choses matérielles et sensibles, inanimées que évidemment les êtres animés et même les êtres animés possédant une âme véritable, une conscience, que nous sommes, ne sommes quand même que des reflets de ce monde purement intelligible.
    Pour Platon la réalité n’est pas dans le monde réel, elle est au-delà du monde réel, transcendance, elle ne désigne que le monde des pures idées, des pures essences et ceci va décider d’une conception métaphysique du monde. En posant les choses comme cela Platon nous lègue un certain nombre de difficultés.
    C’est cela la théorie de la participation. Dans cette théorie, ou au travers de cette théorie, l’existence est quelque chose de totalement défaillant.

     L’existence est par essence un moindre être. 

     Les conséquences sont très grandes puisque cela nous laissera jusqu’à maintenant la certitude, et ce sera un grand thème de l’existentialisme, que nous ne sommes jamais véritablement.

     Il y a de très belles pages dans « L’être et le néant »  le chapitre :  les relations concrètes avec autrui, sur l’amour, où Sartre dit : l’amour est ce qui nous justifie à exister, puisque nous ne pouvons pas fonder notre existence, puisque nous n’avons pas d’être. Nous allons en grignoter un peu dans l’amour que les autres nous portent. Toute ma vie je vais essayer de susciter de l’amour, d’être aimable, d’être aimé car c’est uniquement là que je vais me donner un simulacre de fondement ontologique. D’où la position très spécifique d’autrui. C’est l’autre qui me justifie pleinement. D’où l’hypothèse de l’autre dans la philosophie sartrienne, qui me tient lieu de fondement ontologique, nourrit mon narcissisme en permanence, et décide de ma liberté puisque le jugement : « je suis tel que » apparait à autrui. « Autrui est pièce maîtresse de mon univers » dira Tournier.

     Tout mon être défaillant ne peut arriver à se donner une consistance qu’à travers autrui, au travers de son regard, au travers de son jugement, puisque le regard est la métaphore du jugement, et je suis le jouet permanent des caprices d’autrui.
    Il n’est pas étonnant que Sartre soit pessimiste sur les relations entre autrui et moi. Je ressens autrui comme forcément tout puissant, et craignant sa toute puissance, je suis voué face à autrui, même et surtout dans les rapports amoureux, à inventer des stratégies très sophistiquées pour essayer de faire barrage à cette emprise.

     Ce primat de l’être, cette idée que par nature toute existence est défaillante, c’est cela que les existentialistes vont trouver pour essayer de nous tirer de la métaphysique. Y arriveront-ils ? La question est posée. Ne font-ils pas dans leur analyse que tirer ultimement les conséquences de ce que traditionnellement la métaphysique nous apporte?
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    Re: Autour d'une pensée de l'existence

    Message  Vangelis le Mer 27 Juil 2016 - 18:55

    aliochaverkiev a écrit:Ceux qui se cachent la totale gratuité de leur existence sont des lâches pour Sartre et les autres, ceux qui se cachent leur totale liberté sont des salauds.
    Non, non et mille fois non ! Arrêtez de dire n'importe quoi parce que c'est juste le contraire.
    Sartre, L'existentialisme est un humanisme - Édit Folio, p 70 a écrit:Les uns qui se cacheront [...] leur liberté totale, je les appellerai lâches [...]

    aliochaverkiev a écrit:Le troisième homme c'est donc celui qui ne se cache pas la totale gratuité de son existence ni sa totale liberté.
    Encore une fois :
    Sartre, L'être et le néant - Edit Tel, p 97 a écrit:Que signifie, dans ces conditions, l’idéal de sincérité sinon une tâche impossible à remplir et dont le sens est en contradiction avec la structure de ma conscience ?
    Mais, puisque je vous l'ai déjà cité, je pense que ça ne va pas être suffisant.

    Vous me dites donc :
    aliochaverkiev a écrit:Le troisième homme c'est donc celui qui ne se cache pas la totale gratuité de son existence ni sa totale liberté.
    Et moi je vous demande : pourquoi vous dites cela ? (Ce n'est pas une vraie question, juste un exercice si vous me le permettez)
    Et j'ajouterai que votre réponse ne doit comporter aucune excuse - y compris le motif - ni aucune nécessité, pour accomplir cet idéal de sincérité. Bon courage...

    Arcturus

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    Re: Autour d'une pensée de l'existence

    Message  Arcturus le Mer 3 Aoû 2016 - 14:29

    Cette position inaugurée par Platon n’est pas sans difficultés.


    1ère difficulté : 

    Si on admet la théorie de la participation, c’est-à-dire les choses existent et nous existons mais seulement comme résultat d’une participation à une essence, est-ce que l’essence puisqu’elle est participée ne risque pas de perdre sa pureté ? Ne va-t-elle pas être altérée, dénaturée?

    2ème difficulté :

    Cette participation ne va-t-elle pas compromettre l’unité, l’identité de l’essence en introduisant la division, la multiplicité, c’est-à-dire toutes les caractéristiques des phénomènes ?

    3ème difficulté :

    C’est celle que l’on retrouvera avec St Augustin. Comment une essence peut-elle être à la fois participée, c’est-à-dire forcément unie à un phénomène, une chose qui en retire des caractéristiques, et en même temps séparée? Car si elle n’était pas d’une certaine façon séparée, elle finirait par se dissoudre au travers des choses.

    D’où cette théorie de la participation est tout à fait problématique, et c’est la dernière question que nous allons retrouver.
    La doctrine de la participation constitue le cœur de la doctrine platonicienne, et montre bien le côté marginal de la notion d’existence qui n’existe pas en elle-même et par elle-même. C’est toujours référé, référable à la notion d’essence.
    Cette doctrine nous laisse en héritage des questions qui ont traversé toute la période médiévale.
    L’arrivée du christianisme ne va pas simplifier les choses. Il va falloir régler ses comptes avec le platonisme, faire le choix d’Aristote, l’adapter aux nouvelles exigences du christianisme, autour de l’essence et de l’existence.
    Tant que certaines choses ne seront pas réglées, on comprendra pourquoi l’existence ne peut apparaître en elle-même, pour elle-même, ce qui peut surprendre tant  nous avons l’impression que c’est une chose évidente.

          d) L’essence comme simulacre de l’existence. (lecture nietzschéenne de l’Être- « Crépuscule des idoles »).

    Nietzsche entreprend de démolir totalement les fondements de la métaphysique pour en révéler le côté vain, totalement vide.
    La question qui se pose est celle du platonisme : comment une essence peut être à la fois réelle sans exister? (au sens où nous entendons ce terme d’une façon générale).

    Réponse de Nietzsche : ce n’est qu’une abstraction vide. 

    Nietzsche écrit dans « Le crépuscule des idoles » que cette essence n’est pas autre chose qu’une existence dont on enlève progressivement, comme les pelures d’un oignon, tout ce qui est accidentel, toutes les qualités accidentelles, toutes les contingences couleur, taille, dimension, de sorte que l’on arrive avec quelque chose qui s’évanouit totalement.

    Autrement dit l’essence n’est proprement rien, dit Nietzsche. Nous retrouverons à peu près cette idée dans « L’être et le néant » lorsque Sartre dira que l’essence est un  « néant d’être, un oxymore », c’est-à-dire cette figure de rhétorique qui consiste à conjoindre deux termes totalement contraires pour dégager une idée qui nécessite des périphrases.

    Nietzsche traite les archétypes platoniciens, ces pures essences comme n’étant pas autre chose  « qu’une fumée, la dernière vapeur de la réalité totalisée ». Cette démarche qui est en fait la démarche métaphysique dans son entier est coupable, aux yeux de Nietzsche d’être un symptôme, symptôme d’une culture décadente qui ne possède plus d’énergie vitale, de désir de vivre, va délaisser l’existence au profit d’une protection fantasmatique qui est l’essence. On va déserter l'existence pour Nietzsche, progressivement, avec une condamnation par le christianisme littéral de l’existence, puisque l’existence est frappée du pêché originel et de la culpabilité. Donc exister c’est forcément être coupable, c’est forcément être voué au mal et au péché.

    De la métaphysique traditionnelle jusqu’à la reprise qu’en fera le christianisme, nous avons une dévalorisation de l’existence, dévalorisation progressive, mise à l’écart de l’existence au profit de l’essence qui est le seul concept premier.

    Nietzsche place une métaphore pour une façon de philosopher : « il faut philosopher à coups de marteau ». Le coup de marteau est une métaphore à double sens.
    Non seulement c’est le marteau pour casser les idoles, les choses creuses et vaines que nous adorons, qui nous aliènent et nous empêchent de penser mais nous permettent de vivre, de faire de notre existence autre chose que du remords, de la culpabilité.
    Il faut aussi l’entendre comme une métaphore médicale. Le marteau c’est le marteau du médecin qui tape sur les côtes du patient pour entendre quel son ce marteau rend. Cette métaphore doit être utilisée dans les deux sens.
    Jouant au médecin Nietzsche s’arme de son marteau frappe quelques coups sur le corps de la métaphysique et le son qu’elle rend est extraordinairement inquiétant. Nietzsche va montrer que tout ceci peut effectivement s’interpréter. Nous sommes dans l’interprétation comme le signe d’une maladie très grave.

    La métaphysique n’est pas autre chose qu’une maladie, une maladie qui s’est emparée de la pensée occidentale, qui l’a amenée à arracher à l’existence tout ce qui en fait la valeur pour conférer à l’existence une entité dont on pose à la fois qu’elle est réelle sans exister véritablement.
    Nous retrouvons l’exposé platonicien. La métaphysique, une production de malade qu’il convient de guérir au plus vite. Le nietzschéisme figure probablement l’une des voies ou l’une des brèches ménagées dans la métaphysique qui va ouvrir la porte aux philosophies existentielles.
    « Crépuscule des idoles » livre I, « Le livre du philosophe » partie III sont des textes où nous assisterons au procès de Platon, et nous trouverons que pour Nietzsche l’idée même d’essence n’est qu’une fiction.
    Pour Nietzsche le fait d’établir des fictions et de s’accrocher à ces fictions au point de se les transmettre pendant plus de deux mille ans révèle quelque chose que l’on ne peut écarter, de la même façon Sartre nous dira que nous révélons davantage dans nos mensonges que dans les vérités que nous prétendons dire.
    Ce n’est pas un divertissement. Dans cette façon d’assujettir la notion d’essence et d’assujettir la notion d’existence par rapport à cette notion d’essence au point de refuser de lui donner droit de cité, il faut y voir l’incapacité qui serait la nôtre d’exister pleinement, de prendre en charge notre existence, de l’assumer.
    Nous savons tous combien l’existence est quelque chose qui nous confronte à la contradiction, qui nous voue au conflit, à la perte des autres, de soi..., que nulle existence n’existe sans son lot de deuils et de peines, de douleurs, souffrances extrêmes à certains moments de la vie.

    Il y a aux yeux de Nietzsche une sorte de refuge dans ce monde idéal de l’essence en laissant l’existence exister seulement comme pâle reflet. Plus nous allons spéculer, c’est-à-dire plus nous allons nous réfugier dans une philosophie hautement idéaliste, hautement spéculative, type Hegel, plus nous allons d’une certaine façon fuir la vie.
    L’un des intérêts de toutes les philosophies dites existentielles, puis ensuite existentialistes, c’est de faire retour sur toute la philosophie d’une façon traditionnelle.

    L’antiquité grecque, en dehors de Platon et Aristote, est un heureux moment. Dans toutes les écoles socratiques il y a ce moment qui va durer très peu de temps dans notre histoire, où la philosophie s’attache à méditer sur l’existence concrète des gens et s’emploie à leur donner dans les mains, non pas des réponses et des solutions, mais des instruments pour peut-être lutter, se défendre mieux qu’il est possible devant certaines choses de l’existence qui peuvent être évitées, ou pour ne pas accentuer certaines souffrances.

    La philosophie dans notre culture est devenue une philosophie savante, inaccessible, qui explique pour beaucoup d’entre nous le peu de soucis que nous avons par rapport à cette matière. A quoi cela sert-il de lire Platon, Aristote ou St Augustin, ce n’est pas cela qui va m’aider à me positionner correctement dans l’existence. La métaphysique est en partie responsable de cela et cette mise à l’écart de l’existence est chargée de conséquences.

    Cela peut expliquer pourquoi en à peine un siècle, ce qui pèse lourd par rapport au poids de la tradition métaphysique, il y a eu tellement de philosophes qui sont parties de la notion d’existence, et pourquoi leurs travaux ont créé un engouement tous azimuts.
    Après la deuxième guerre mondiale et pendant un certain temps, la scène philosophique a été existentialiste.
    La dévalorisation, la condamnation de l’existence  n’est qu’un symptôme qui signale une défectuosité de notre élan vital, une incapacité de vivre, d’assumer l’existence.


    Dernière édition par Vangelis le Mar 9 Aoû 2016 - 21:21, édité 1 fois (Raison : Mise en forme.)
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    Georges Réveillac

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    Re: Autour d'une pensée de l'existence

    Message  Georges Réveillac le Ven 23 Sep 2016 - 11:02

    Bonjour Arcturus et bonjour à tous les participants.
    Après mes trois ans d'absence, Boudou est venu me chercher sur le topic [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] :

    Boudou a écrit:Si on accepte de voir une parenté entre idée reçue, préjugé, hypothèse, conjecture, postulat, axiome, modèle, théorie, superstition, croyance, etc. on peut situer votre sujet sur la réfutation ou la déconstruction des idées reçues (qui ne sont, a priori, ni tout à fait vraies, ni tout à fait fausses) dans un contexte plus large que celui de la politique - Karl Popper (Misère de l'historicisme) prône une recherche perpétuelle de la vérité et plaide pour une société ouverte et démocratique. L'histoire des idées reçues quant à elle s'inscrit dans l'histoire des idées et à ce titre interagit avec l'histoire de la philosophie et la philosophie politique. Ne pourrait-on pas à partir de ce concept d'idée reçue faire une théorie générale de la philosophie comme le fait Arcturus avec celui d'existence (idée reçue vs. vérité qui serait le seul concept premier)
    Il fallait donc que j'étudie votre topic, Arcturus.
    Quand vous avez présenté l'expérience fondatrice de Sartre comme celle d'un homme qui réagit d'abord en écrivain avant de passer le message au philosophe, là, j'ai moi aussi eu une révélation : j'ai commencé à  mieux comprendre cet homme.
    Le mot existence était peu employé avant le 18ème, dites-vous. C'est vrai, mais quel début !
    Julien Offray de la Mettrie a écrit:
    Qui sait si la raison de l’existence de l’homme ne serait pas dans son existence même ?
    (Julien Offray de la Mettrie ; Saint Malo : 1709-Berlin 1751 –L’Homme machine)
    L'"illumination" de Sartre quand, assis dans un jardin public, il perçoit l'existence de cette racine qui émerge du sol sous son banc, cette illumination est comparable à celle de Newton qui aurait reçu l'intuition de la gravitation universelle en voyant tomber une pomme. Il comprend tout à coup qu'il est vain de chercher à comprendre les choses et les êtres pour donner un sens à sa vie, il suffit d'exister avec le monde. Il entre alors dans une "extase horrible". Pourquoi n'éprouve-t-il pas plutôt le bonheur d'exister, comme d'autres éprouvent la joie de vivre ? Parce que l'existence n'est pas nécessaire :
    L'essentiel c'est la contingence. Je veux dire que, par définition, l'existence n'est pas la nécessité. Exister, c'est être là, simplement; les existants apparaissent, se laissent rencontrer, mais on ne peut jamais les déduire.
    Jusque-là, en cherchant à pénétrer l'essence des choses, il espérait y trouver des bases solides pour conduire sa vie, comme Descartes qui crut y trouver les preuves de l'existence de Dieu, ce Dieu dont il avait tant besoin en ce 17ème siècle.
    Sartre a écrit:
    Je transforme ce « Je pense donc je suis » qui m’a tant fait souffrir –car plus je pensais, moins il me semblait être- et je dis : on me voit, donc je suis. (Tiré du dictionnaire Le Petit Robert au mot "être")
    Damnation ! L'existence ne nous apprend rien si  ce n'est qu'elle est là :
    Tout est gratuit, ce jardin, cette ville et moi-même. Quand il arrive qu'on s'en rende compte, ça vous tourne le cœur et tout se met à flotter.
    En effet, c'est plutôt désespérant. Mais, après tout, qu'est-ce qui prouve la contingence de l'existence ? Le fait qu'on ne peut pas la démontrer. C'est bien mince, quand même ! Un esprit supérieur comme celui de Sartre ne devrait pas s'en contenter. A moins que... A moins que cette conviction parvienne à son esprit par une faculté extraordinaire de percevoir les grands ensembles, les très, très grands ensembles. Et quoi de plus grand que l'histoire de l'univers ? Les grands événements fondateurs y apparaissent comme résultant de hasards extraordinaires.
    En effet, notre univers avait une chance infime de se former. Et, dans cet univers si improbable, la vie paraît être le fruit du plus grand des hasards. Et, au sein des milliards d'espèces animales ayant vécu ou vivant encore, la naissance de l' espèce humaine était à tel point inimaginable qu'elle est restée la seule.
    L'existence est gratuite. Il y a de quoi être désespéré. Et pourtant Sartre lui-même croit que les hommes obéissent à des lois de la nature. Et quand il soutient Mao Zedong enclenchant la Révolution Culturelle, il montre son adhésion au marxisme qui croit utiliser les lois de l'histoire. L'existence est-elle gratuite ? Ou obéit-elle à des lois ?
    Je crois qu'on peut échapper à cette contradiction insupportable. Il suffit de penser que l'Existence est le fruit d'un immense besoin primordial : le besoin d'existence. Ensuite, il n'y a plus qu'à en induire toutes les implications. J'ai développé cette hypothèse sur le topic [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]
    J'ai demandé à Google de me trouver des pages où il serait question du besoin d'existence ou du besoin d'exister, ou encore du désir d'exister. Je n'ai pratiquement rien trouvé, sauf quelque chose d'approchant chez Spinoza :
    Le désir est l'essence de l'homme. (Le désir comme puissance d'être. Spinoza. par Simone Manon) L'auteure écrit encore : "L'homme est par nature une puissance d'exister".
    Par contre, ce concept, je l'ai rencontré chez vous, Arcturus, dans la langue courante -non philosophique- me semble-t-il :
    Arcturus a écrit:Je pensais justement, Monsieur Crosswind, que vous pourriez ouvrir un "sujet" [...] J'ai le sentiment que, par moments, vous réalisez votre désir d'exister plus dans la réaction que dans la création. [.....]

    La dévalorisation, la condamnation de l’existence  n’est qu’un symptôme qui signale une défectuosité de notre élan vital [...]
    En tout cas, je partage votre point de vue : le concept du désir d'exister et celui de l'élan vital sont proches. Mais l'élan vital s'arrête à la vie tandis que l'autre s'étend bien au-delà.
    L'idée du besoin d'exister comme source de l'existence ne m'est pas venue en voyant tomber une pomme, mais c'est presque aussi fortuit. Je le raconte dans l'introduction de mon roman philosophique :
    Georges Réveillac a écrit:
    Enseignant, retraité maintenant, jusqu’en 1979 j’étais en même temps communiste. Entre l’histoire réelle qu’il me fallait enseigner et l’histoire prétendument scientifique que diffusait le « Parti », je découvrais trop souvent ce qui me paraissait être des contradictions. Cette année-là, leur masse avait dépassé le seuil critique. Je demandai un emploi à mi-temps, ce qui me permit de chercher une meilleure explication de l’histoire.
    Après plusieurs mois de cogitation, je découvris, grâce à Jean Paul Sartre, ce qui m’apparut comme une illumination : le concept d’ « existence humaine » qui me permettrait enfin de rendre intelligible l’histoire.
    Et d’où venait-il, ce « besoin d’existence » ?
    J’obtins rapidement une réponse. Il se trouvait déjà chez nos ancêtres les animaux ainsi que dans tout le vivant. Il fallait donc refondre la « Théorie de l‘Évolution » dans un ensemble plus vaste qu‘on pourrait appeler la « Théorie de la Lutte pour l‘Existence ».
    Et ce « besoin d’existence » du vivant, comment la matière avait-t-elle pu en accoucher ?
    Cette question me tint quelques mois encore, jusqu’à ce qu’un verrou sautât. Et derrière la porte qu’il avait verrouillée, je découvris ceci : « Et si le « besoin d’existence » était dans la matière ? »
    Cette théorie, j'aimerais la mettre en discussion sur ce forum. J'ai regardé un documentaire sur Confucius hier soir et j'ai vu comment il conduisait les débats avec ses disciples ou d'autres personnes. Ce n'était pas vraiment à la manière dialectique -thèse, antithèse, synthèse- mais sur le mode coopératif, chacun apportant son idée pour faire avancer la recherche commune. Voilà le genre de débat que j'aimerais avoir.
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    Pensécrire

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    Re: Autour d'une pensée de l'existence

    Message  Pensécrire le Sam 24 Sep 2016 - 15:47

    Bonjour,


    Je pense que le concept d'existence est ce qui pose problème. Il est à la fois confus, mis au sein de théories existentialiste ou vitaliste, il n'est pas défini clairement quant au sujet abordé et parfois même il porte un "e" majuscule au sein de questionnements métaphysiques.

    Wittgenstein en une proposition résout l'un des plus grands problèmes interne à la philosophie :
    " 6-53 La méthode correcte en philosophie consisterait proprement en ceci : ne rien dire que ce qui se laisse dire, à savoir les propositions de la science de la nature - quelque chose qui, par conséquent, n'a rien à faire avec la philosophie -, puis quand quelqu'un d'autre voudrait dire quelque chose de métaphysique, lui démontrer toujours qu'il a omis de donner, dans ses propositions, une signification à certains signes. [...]"


    "7 - Sur ce dont on ne peut pas parler, il faut garder le silence."

    Tractatus logico-philosophicus, 1922.
     

    Qu'il est dure de vous lire et d'entendre qu'un concept, celui d'existence, parle de l'existence même. N'avez-vous pas pensé à traiter le terme d'existence en tant que concept et le séparer du vécu, de l'existence effective, passée, historique, actuelle. Il y a un fossé entre l'étude d'un terme conceptuel, ce qu'il veut dire et ses conséquences et l'étude empirique de l'existence.

    (Propos effectifs, science du vivant) Je ne suis pas persuadé ni convaincu que si nous décrivions l'existence empirique nous tomberions sur le concept d'existence. Au contraire, on développerait le fait d'exister et ses conséquences voire ses facteurs.

    (Philosophie du langage) Quant au concept d'existence, il est à prendre en considérant le terme de vie. La biologie, la vie est d'abord première, puis ensuite exister s'inscrit dans un chemin de vie, un devenir. Et c'est ici, dans le terme de vie qui est premier, qu'on retrouve les raisons de l'existence, pour comprendre le besoin d'existence, cette pulsion d'être au monde, il faut comprendre le concept de vie. Le terme de vie est une force naturelle (venant du monde et de la nature), il est donc normal qu'il y ait une existence qui se veut elle-même car la vie est une force ou puissance donc rejeter son existence est absurde car l'existence ne cesse d'être dans le milieu vivant, ce milieu a toujours comme base une force chimique et physique qui s'insère dans le monde. En réalité, la vie, le monde, l'existence sont des découpages rationnels pour appréhender notre environnement, mais en réalité, dans le monde des choses, ces concepts parlent de choses inséparables et interdépendantes formant un tout, qu'on peut appeler nature, univers etc...

    Le désir de vivre, la volonté de puissance, le besoin d'exister, la contingence de l'existence sont pour moi non pas tirer de l'expérience mais de déductions conceptuelles. Pourquoi ne pas tout réduire à l'instinct de conservation qui sait prendre différentes formes et s'allie avec notre être et ses aspects psychiques, cognitifs, sensibles, rationnels, politiques... ?


    Je n'ai pas les moyens (intellectuels ou les ressources) pour définir le concept d'existence et ses différents sens qu'on pourrait lui donner. Il est plus aisé de parler de ce qui tourne autour.


    Dernière édition par Vangelis le Lun 3 Avr 2017 - 16:06, édité 2 fois (Raison : Mise en forme.)
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    Georges Réveillac

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    Re: Autour d'une pensée de l'existence

    Message  Georges Réveillac le Dim 25 Sep 2016 - 11:09

    Pensécrire a écrit:Wittgenstein en une proposition résout l'un des plus grands problèmes interne à la philosophie :
    " 6-53 La méthode correcte en philosophie consisterait proprement en ceci : ne rien dire que ce qui se laisse dire, à savoir les propositions de la science de la nature
    La science n’a jamais su répondre à tous les besoins de l’homme, ni même aux plus importants de ces besoins. Voilà ce qui nous pousse à chercher hors des sentiers scientifiques. Combien de spéculations métaphysiques dont le principal but était d’échapper à la mort ? Et les recettes du grand amour ?
    Autre chose : la science a besoin d’hypothèses et de théories qui disent dans quelle direction il faut chercher faute de quoi on risque de s’égarer vainement. Ainsi, pour étudier le mode d’apparition des bactéries, Pasteur s’appuyait sur l’hypothèse que ce sont des êtres vivants comme les autres, qui se reproduisent donc, tandis que ses détracteurs supposaient qu’il s’agissait de génération spontanée. Aujourd’hui, la science fait appel plus que jamais à des hypothèses et à des théories. Sommes-nous loin de la métaphysique ?
    Peut-être pourrait-on décider de tenir pour insignifiantes les hypothèses qui ne peuvent être confirmées par l’expérience ? A ce propos, les implications du concept de besoin d’existence peuvent donner lieu à beaucoup d’expériences.
    Pensécrire a écrit:Le désir de vivre, la volonté de puissance, le besoin d'exister, la contingence de l'existence sont pour moi non pas tirer de l'expérience mais de déductions conceptuelles. Pourquoi ne pas tout réduire à l'instinct de conservation qui sait prendre différentes formes et s'allie avec notre être et ses aspects psychiques, cognitifs, sensibles, rationnels, politiques... ?

    L’instinct de conservation expliquerait la vie mieux que le besoin d’exister ? Que faites-vous de ceux qui sacrifient leur vie ? Le désir de conquête, non pour éloigner une menace, mais pour étendre son territoire et ses richesses relève-t-il de l’instinct de conservation ? Et l’envie d’innover ? Et le goût des voyages illustré par ces millions de retraités qui sillonnent la planète ?...

    Arcturus

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    Re: Autour d'une pensée de l'existence

    Message  Arcturus le Ven 20 Jan 2017 - 15:15

    2) Existence comme accident. 

      Cette idée de l’accidentalité de l’essence aura une incidence très grande dans la théologie occidentale. Avant que nous pensions d’une façon laïque la notion d’existence, nous recevons en héritage une problématique théologique et religieuse.

    Nous connaissons l’expression « naître par accident ». Dans cette expression idiomatique il y a des traces très lointaines d’un positionnement philosophique, qui ne se signale pas comme tel, qui est par le commun oublié, puisque nous ne sommes pas forcés d’avoir tous lu Aristote, mais c’est de cela dont il s’agit. Qu’allons-nous faire de cet accident qui a été notre existence ?

    Comprenons pourquoi, comment non seulement pour Platon l’existence n’est pas un être réel, c’est un reflet de reflet, un simulacre toujours secondarisé par rapport à l’essence, et essayons maintenant de comprendre que l’existence débute mal dans la tradition philosophique puisque Aristote va en faire un simple accident.

    Quand nous aurons mélangé platonisme et aristotélisme nous n’aurons en guise d’existence que, comme dit Nietzsche, une fumée de quelque chose qui aura été vidé de sa réalité.

    Aristote va contribuer à affaiblir la notion d’existence au point de pratiquement l’escamoter, alors que justement il part en guerre contre Platon. C’est en critiquant tous les acquis du platonisme, en dégageant sa propre philosophie qu’il va contribuer à aller encore plus loin que Platon. Il critique les idées de Platon, refuse la théorie de la participation.

    Comment va procéder Aristote ?

    En partant délibérément du côté symétriquement opposé au côté platonicien. Aristote va penser, va développer sa réflexion en partant de l’expérience. Qui dit expérience dit de l’existence d’être particulier qui présente une forme et une matière. Quand je vois un chat j’ai un être vivant, mais j’ai un être particulier, individué, qui a une forme et cette forme contient une matière. La forme est ce qui veut limiter la matière et lui donner une existence.

    Nous partons de la matière, de l’expérience, de l’individualité et nous nous attendons que l’existence surgisse et acquiert son autonomie par rapport à l’essence et partant sa valeur. Cependant il n’en n’est rien, parce que l’aristotélisme continue à faire de la question de l’être la question fondamentale première.

    D’autre part cette pensée de l’existence ne parvient pas à s’affranchir d’un cadre religieux, théologique et métaphysique. Nous sommes dans des pensées posant que si nous existons, si nous pensons, c’est parce que nécessairement nous recevons ce que nous appelons l’existence, ce qui, à un certain moment a été appelé notre Être.

    Ce qui nous constitue, ce qui nous fait, ce qui nous fait être et exister, nous le recevons d’êtres supérieurs.

    De la même façon si notre âme peut penser quelque chose, si nous fabriquons des représentations, cette faculté nous la recevons par imprégnation, par réflexion au sens du miroir qui réfléchit une image. En français,  le terme au sens optique et le terme au sens spéculatif, réfléchir une image et réfléchir quand je pense ma propre image, sont proches.

    Cela montre que nous sommes encore très proche de l’antiquité au point de vue pensée, c’est-à-dire lorsque nous réfléchissons, lorsque nous examinons notre propre pensée, d’une certaine façon nous ne faisons pas autre chose que nous transformer en miroir, réfléchir quelque chose qui nous est proposé ailleurs, par un modèle qui sera Dieu ou le premier moteur chez Aristote. Il faut bien comprendre cette idée qu’en fait, ce qui est déterminant, ce qui est premier, c’est le moteur.

    Avant la philosophie, il faut remonter à des traditions extrêmement anciennes, des traditions religieuses où on pense que les astres, le ciel, les corps célestes, les astres que l’on voit au firmament sont des intelligences célestes. Et puisqu’ils brillent ce sont des miroirs, c’est-à-dire ce sont des intelligences qui reçoivent leurs pensées et leurs propres mouvements d’une intelligence première, que l’on appelle cause première, premier moteur, qui meut toutes choses et qui va répondre de la pensée dans l’univers.

    En définitive, rien ne peut être autonome, et le présupposé fondamental est que notre être, incluant ici notre existence et notre pensée, tout étant confondu, sont des satellites, des choses qui dépendent étroitement de ces intelligences motrices et à terme de cette intelligence ultime, première, cause de toute chose, premier moteur chez Aristote.

    Nous avons besoin de ce cadre religieux, puis théologique. Aristote sera le premier à faire une théologie, pour ensuite descendre progressivement dans le monde des choses qui est le monde des êtres vivants.

    Quand nous passerons dans les religions monothéistes, rien ne changera. Le dogme de la création fait que le monde est créé, il n’est pas éternel comme les anciens le disaient. Cela posera des problèmes aux docteurs de théologie, parce qu’il va falloir continuer à lire Aristote et en même temps être chrétien.

    Dans le cadre général de la pensée cela n’a pas bousculé les choses. On va mettre Dieu à la place du premier moteur et de la cause suprême et tout va continuer à fonctionner. Il ne faut pas s’attendre à ce que le cadre général s’effondre et que cela libère des questions nouvelles. Pendant très longtemps on va essayer, sur certains points, de faire rentrer les choses qu’apportent les religions révélées dans ce cas de la métaphysique traditionnelle.
    Ne nous étonnons pas que chez Aristote tout soit régi par ces postulats ontologiques, donc existence d’un être premier, cause première.

    Pour Aristote l’ontologie, c’est-à-dire la science de l’être en tant qu’être, constitue ce qu’il appelle la philosophie première, par rapport à quoi tous les autres domaines qui constituent les sciences, la philosophie, tout ce qui constitue le savoir qui développe l’homme, la physique, la mathématique, la morale…, est appelé philosophie seconde. La philosophie première c’est bien la métaphysique, et particulièrement l’ontologie qui sous-tend tout.
    Pour Aristote, il n’existe pas, au-delà du sensible, ce pur domaines d’êtres, d’essences que Platon appelait les idées. Néanmoins il va conserver cette notion d’essence, mais va la débaptiser. Il n’emploiera plus du tout le terme d’essence, ou en tout cas pas dans ce sens-là, et lui substituera le terme de substance.

    Le postulat fondamental d’Aristote est celui-ci : être est, pour lui désormais, exister comme une substance.

    Qu’est-ce qu’exister comme une substance ? Comment comprendre cela ? Nous pourrons comprendre très rapidement cette notion d’accident arrivée jusqu’à nous.

    Fondamentalement l’accident est toujours quelque chose qui affecte l’existence, même au sens banal et courant dans lequel nous utilisons ce terme.

    Si nous nous penchons sur l’accident et si l’accident est vraiment quelque chose auquel, par définition, nous ne saurions nous préparer, c’est qu’il se fiche, littéralement comme une écharde plus ou moins grosse, dans l’existence. Ce vocabulaire vous l’avons peut-être vidé de ce sens savant qu’il avait mais il en reste quelque chose et il charrie forcément des valeurs qu’il a instaurées.

    Traité des catégories- livre II.

    Qu’est-ce qu’une substance ?

    Aristote répond comme à l’accoutumée par la voie négative, c’est-à-dire lorsqu’il doit définir quelque chose, au lieu de commencer par une définition positive telle chose est ceci, telle substance est ceci, il va d’abord dire ce qu’elle n’est pas. Et quand il aura dégagé ce qu’elle n’est pas, il va forcément trouver un résidu ce sera ce qu’elle est. Chose tout à fait simple et facile pour une fois, par la voie négative il va éliminer ce que la substance n’est pas.
    Qu’est-ce qui n’appartient pas à la substance ? Qu’est-ce qu’elle n’est pas ?

    Réponse.

    L’ensemble des choses qui sont présentes dans un sujet ou attribuées à un sujet.

    Que va-ton éliminer tout d’abord de la substance et qu’est-ce qui ne saurait définir la substance, ne saurait la constituer ?

    C’est d’une part toutes les choses qui sont présentes dans un sujet ou de l’autre côté attribuées à un sujet. Ces deux formulations désignent l’ensemble des qualités des corps comme les dimensions, les couleurs, la texture, la grandeur…

    Comme exemple Aristote prend la grandeur et la couleur blanche et dit que la grandeur ou le blanc ne sont pas des substances parce que la blancheur ne peut pas exister en elle-même, de même la grandeur ne peut pas exister en elle-même, nécessairement la couleur comme la grandeur doivent se rapporter à quelque chose, chose qui sera une substance.

    Imaginons un monde dans lequel les qualités existeraient sans leur substance (Lewis Carroll- Alice au pays des merveilles). Ceci va nous conduire directement à cette notion d’accident.

    Qu’est-ce qu’un accident ?

    C’est une qualité, on dira en logique un prédicat, c’est-à-dire une chose rapportée à un sujet. Prédiquer, c’est rapporter une qualité à quelque chose qui va recevoir des qualités qu’on appellera sujet en grammaire et substance en logique.

    L’accident n’est pas autre chose qu’une qualité c’est-à-dire au sens logique un prédicat qui est forcément contingent et qui va servir à qualifier, préciser quelque chose qui lui subsistera, en dessous de ces qualités ou de ces prédicats, qui sera là.

    Cette chose sera un sujet en grammaire, sujet grammatical qui associe des fonctions dans la phrase, et en logique ce sera une substance.

    C’est exactement la même chose sauf que l’on ne la désigne pas par le même mot selon que l’on passe de la logique à la grammaire.

    On voit que la substance se distingue radicalement des accidents, des qualités qui lui sont rapportées d’une façon contingente. La substance peut exister à part des accidents, mais l’inverse n’est pas vrai.

    Qu’est-ce qui n’est pas une substance ?

    Nous avons vu l’ensemble des qualités que nous appelons accident. Est-ce tout ?

    Non dit Aristote. Il y a une autre catégorie qu’il ne faut pas oublier, ce sont les termes génériques que nous n’arrêtons pas d’utiliser dans les phrases les plus banales de tous les jours et qui ne peuvent pas constituer véritablement des substances.
    Par exemple l’homme, au sens de l’être humain et non pas l’être de sexe masculin, l’homme ne peut pas exister tout seul. D’où le nominalisme.

    Comme dit Aristote je vois ce cheval dans le pré, mais en voyant ce cheval, je ne peux pas voir le Cheval, c’est-à-dire la chevalinité.

    C’est un terme générique que nous construisons purement mentalement pour nous permettre d’identifier des êtres singuliers, divers.

    C’est une ruse pour sortir de tous les problèmes que posent la différence en tant que différence en elle-même et pour elle-même. Comme nous héritons depuis Parménide d’une logique qui est la logique de l’identité, la différence fait toujours problème.

    L’invention de termes génériques est une invention qui permet de poser des enveloppes vides, de grands réservoirs dans lesquels nous pourrons fourrer des êtres qui présentent des qualités similaires, mais aussi des différences et qui vont nous permettre de passer outre ces différences, de ne pas nous laisser arrêter, et de savoir que même si j’ai un percheron sous les yeux, ou un pur-sang de course et qu’il y a de grandes différences, j’ai quand même affaire à un cheval, à quelque chose qui manifeste le cheval, la chevalinité.

    Ces termes génériques nous les employons constamment, parce que nous en avons besoin, ils nous permettent d’identifier en permanence les choses et les ranger dans de grandes catégories.

    aliochaverkiev

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    Re: Autour d'une pensée de l'existence

    Message  aliochaverkiev le Sam 21 Jan 2017 - 12:55

    C'est réconfortant pour moi de vous lire (je te vouvoie par respect des règles d'ici bien sûr) car vos connaissances, que je n'ai pas, me permettent de mieux caler les miennes (en philosophie). Sans doute devrais-je lire Aristote mais je suis désormais trop pris avec mon activité sociale de "transmission". Je n'ai plus le temps de tout lire. Mais transmettre, au fond, donner sa vie à la transmission, n'est-ce-pas aussi une façon, non de penser la philosophie, mais de la vivre ? Dans un rapport humain fort, quotidien ?
    Cela dit vous me permettez d’asseoir ma pensée. Je me rends compte qu'Aristote est à la base de toute notre façon occidentale de penser. Vous savez le rendre lisible à un profane sans jamais tomber dans l'ésotérisme.

    anormal

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    Re: Autour d'une pensée de l'existence

    Message  anormal le Sam 21 Jan 2017 - 18:50

    A Arcturus


    Les avancées dans le domaine scientifique sont parfois déroutantes pour l'intelligence. Ainsi l'idée de prédicat vs substance, semble devoir être revisitée à l'aune des dernières découvertes en mécanique quantique par exemple. Il se trouve en effet que l'on ne peut plus distinguer de manière radicale ce qui participe véritablement de la substance ou de l'accident, en cela qu'une qualité propre à un objet peut être transformée en un autre objet. Pour exemple: la vitesse d'un corpuscule peut être transformée lors d'une collision avec un autre corpuscule en un troisième corpuscule ( c'est-à-dire qu'après la collision, il y a apparition de matière)

    Qu'est-ce que cela change, si toutefois cela change quelque chose, d'un point de vue aristotélicien ?

    Est-ce que ce qui n'est pas, devient un potentiel infini de ce qui pourrait être ?

    aliochaverkiev

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    Re: Autour d'une pensée de l'existence

    Message  aliochaverkiev le Dim 22 Jan 2017 - 15:47

    Il est étrange de constater à quel point les littéraires sont fascinés par les sciences de la nature. Cela vient qu'ils restent trop éloignés de ces sciences. Il faudrait que, ainsi que l'aurait fait Aristote, ils s'inscrivent en fac, à un cursus de physique. Au bout de 5 ans, toute cette "magie" qu'ils prêtent aux sciences physiques disparaitrait.
    De tout temps les scientifiques ont troublé et les religieux et les philosophes. Mais entrer dans les sciences physiques demande un effort que l'écrasante majorité des apprentis philosophes ne font pas. Ils avancent des concepts tirés de la mécanique quantique mais ils n'ont même pas pris la peine de s'informer de ce qu'est la mécanique quantique.

    Si vous voulez élucider les découvertes des sciences physiques faites l'effort de travailler les sciences et physiques et mathématiques.  TRAVAILLEZ.  Je vois, sur d'autre forums des intervenants se plaindre de ne pas apprendre sur les forums ! Ils ne savent pas qu'apprendre, ça ne se passe pas sur des forums mais ça se passe en ouvrant des livres, en travaillant dans la solitude, ou en allant s'inscrire en fac pour les plus âgés ou dans les prépas pour les plus jeunes. TRAVAILLEZ dans la rigueur et la dureté d'heures entières passées dans la solitude de votre bureau.

    Enfin la philosophie ne se confond pas avec les sciences exactes : heureusement ! La philosophie, quand elle se met à paraphraser les idées des scientifiques se ridiculise; c'est pour cela que tant de scientifiques méprisent les philosophes.

    Mais la philosophie est bien plus vaste que les sciences exactes ! et peut se développer dans d'autres mondes ! Heureusement.

    Et quand Arcturus parle de substance, bien sûr que cela n'a rien à voir avec la matière du physicien. Nous sommes dans un autre monde !

    Arcturus

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    Re: Autour d'une pensée de l'existence

    Message  Arcturus le Dim 22 Jan 2017 - 19:29

    aliochaverkiev a écrit:C'est réconfortant pour moi de vous lire (je te vouvoie par respect des règles d'ici bien sûr) car vos connaissances, que je n'ai pas, me permettent de mieux caler les miennes (en philosophie). Sans doute devrais-je lire Aristote mais je suis désormais trop pris avec mon activité sociale de "transmission". Je n'ai plus le temps de tout lire. Mais transmettre, au fond, donner sa vie à la transmission, n'est-ce-pas aussi une façon, non de penser la philosophie, mais de la vivre ? Dans un rapport humain fort, quotidien ?
    Cela dit vous me permettez d’asseoir ma pensée. Je me rends compte qu'Aristote est à la base de toute notre façon occidentale de penser. Vous savez le rendre lisible à un profane sans jamais tomber dans l'ésotérisme.
    Merci aliochaverkiev, c'est un très bel hommage que vous me rendez. Cela m'encourage à poursuivre cette étude que j'avais quelque peu abandonnée. Abandonnée parce qu'en la débutant je n'imaginais pas que cela me conduirait aussi loin dans mes recherches.
    La pensée de Aristote me fut parfois difficile à appréhender. J'apprécie d'autant plus votre message.

    Arcturus

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    Re: Autour d'une pensée de l'existence

    Message  Arcturus le Mer 1 Fév 2017 - 9:45

    Penser c’est catégorier, c’est-à-dire mettre dans des catégories, et nous ne pensons qu’en utilisant des paradigmes.


    
Par exemple prenons le paradigme couvre-chef, dans ce paradigme nous rentrons chapeau, casquette, bonnet, béret qui sont autant de sous-catégories qui vont permettre la réalisation d’objets matériels, réellement existants et par ailleurs différents (très grand nombre de casquettes diffère de bérets). Toute cette arborescence est regroupée sous des termes génériques qui nous permettent de créer un ordre pour faire en sorte que le monde est intelligible.

    Ces termes génériques dont nous avons absolument besoin, sont exclus (de la définition de la substance) puisque l’Homme je ne le vois jamais qu’au travers des individus particuliers, qui dans leur particularité le manifeste, mais je ne rencontre jamais l’Homme, comme je ne rencontre jamais le Cheval. 
Donc nous savons que la substance ce n’est pas l’accident, ce n’est pas l’être générique.

    Alors qu’est-ce ?



    Aristote va nous le dire par déduction.
 La substance si elle n’est pas dans un sujet, c’est qu’elle est elle-même sujet, et si elle n’est pas un être générique c’est qu’elle est conséquemment un être individuel.
Nous avons une substance dès que nous rencontrons un être individuel, et véritablement un sujet.
Dans la vie nous ne faisons que rencontrer des êtres individuels qui vont être des sujets, c’est-à-dire supporter un certain nombre de qualités, et lorsqu’ils sont vivants, vont être sujets, vont faire des actions et vont être ce pôle actif.

    Qu’est-ce qu’une substance ?

    
C’est une réalité individuelle dont l’existence est pensée comme substrat des accidents ou des qualités. Aristote parvient donc à cette définition :

    Nous appellerons substance toute réalité individuelle dont l’existence est d’abord pensée comme substrat.

    C’est-à-dire comme quelque chose qui va subsister de l’ensemble des qualités et des accidents qui vont affecter la substance et à propos de laquelle on va prédiquer la chose.


    Quand nous allons parler, nous n’allons pas nous contenter de dire un âne ou l’âne. Pour que le propos ait un sens, il va falloir prédiquer des choses, c’est-à-dire rapporter un ensemble de qualités à ce sujet ou à cette substance, et dire quelle action s’opère sur elle, ou quelle action fait cette substance. C’est pour cela qu’il faut rajouter que la substance n’est pas ce qui est prédiqué de quelque chose, mais ce à propos de quoi on prédit quelque chose, ce à quoi on rapporte des qualités et de l’autre côté des actions, puisque nous n’arrêtons pas d’agir sur les choses et sur les gens. 



    Ce qui change par rapport à Platon c’est que nous ne pensons plus avec Aristote que l’idée a une réalité en soi, et qui plus est une réalité transcendante qui existe donc au-delà de notre monde phénoménal et sensible, mais que les concepts n’existent que parce que ce sont des termes prédicables d’une substance.



    Il faudra néanmoins distinguer parmi les substances, les substances premières et les substances secondes. Il y a une gradation qui correspondra à une gradation dans l’existence. Il y aura des degrés d’existence. Une fois cette définition posée, Aristote va hiérarchiser, va introduire des subdivisions subtiles à l’intérieur même de la notion de substance et va montrer que la substance première se confondra avec le sujet au sens grammatical. 


    Cette substance sera précisée par l’adjonction de substance seconde plus importante, au sens où la substance seconde donne une qualité qui ne peut être arrachée totalement à la substance première sans l’altérer profondément. A ces substances secondes, on ajoute une multitude d’accidents qui sont variables, changeables, absolument contingents donc jamais nécessaires.


    « Je vois Socrate un homme blanc, assis sur un banc »
. Socrate est sujet, c’est donc la substance au réel, au sens premier, c’est donc la substance première.


    Socrate qui est un homme blanc : On dira que l’homme est ici une substance seconde, c’est-à-dire que le rôle de cette substance seconde est de me permettre d’identifier cette substance première, Socrate, avant de reconnaître Socrate et non Diogène.
 Je sais que Socrate, comme Diogène, est un homme. La substance seconde n’a pas le même poids que l’accident, me permet d’identifier la chose particulière en la rapprochant en général à quelque chose de générique.


    Par exemple : je sais que cela est une table, je le sais parce que je m’arrache à la perception et au jugement qui s’attachent à cette chose-là, et je le raccroche à une catégorie beaucoup plus vaste qui est le concept de table. En langage aristotélicien, table serait une substance seconde qui va me permettre d’identifier cette chose-ci et pas une autre. En imaginant une table différente des autres, je verrai les différences, mais je saurai que c’est une table.
Le rôle de la substance seconde c’est de mener à bien l’opération d’identification des choses et des êtres d’une façon générale.

    
Alors, à cette substance seconde se rajoute des accidents variables : blanc, ici la couleur, c’est quelque chose. Socrate est assis sur un banc- assis, banc, sont des accidents, et assis avec la précision, sur un banc, de la modalité de la substance.

    
Donc ce qui relève de la substance c’est toute la réalité individuelle, de sorte qu’ici on est en opposition avec Platon qui conférait le maximum d’être, donc d’existence à ces essences.
 Ici on est apparemment dans un domaine où les choses se passent à l’envers, c’est-à-dire que c’est seulement la substance individuelle qui existe au sens le plus étroit et le plus fort du terme. Néanmoins, il ne faut pas nous laisser abuser par le fait qu’ Aristote a l’air de prendre acte de la réalité empirique, de s’intéresser à des êtres qui existent matériellement et qui sont, au sens courant du terme, réellement existants.
 Cela n’a pas suffi pour le conduire à une réflexion sur l’existence en tant que telle, à lui conférer une certaine forme d’autonomie.

      La date/heure actuelle est Lun 25 Sep 2017 - 17:12