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    Autour d'une pensée de l'existence

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    Arcturus

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    Autour d'une pensée de l'existence

    Message  Arcturus le Jeu 21 Avr 2016 - 17:04

    Je propose autour de ce sujet de développer les différents moments de la pensée de l'existence, comment a pu naître le mot existence, comment il a évolué jusqu'à ce que les philosophies existentielles s'en emparent.


    I INTRODUCTION


     En quoi l'existence pose plusieurs problèmes philosophiques? A quoi répondent ces philosophies existentielles? Il va falloir d'abord comprendre pourquoi et en quoi l'existence pose un certain nombre de problèmes philosophiques pour ensuite voir comment chaque mouvance de l'existentialisme s'empare de ces problèmes et tente de donner une réponse.

    La Nausée, 1938 (Jean-Paul Sartre) : "J'étais tout à l'heure au jardin public. La racine du marronnier s'enfonçait dans la terre jusqu'au-dessous de mon banc...quand on s'en rend compte, cela tourne le cœur. Et tout se met à flotter ". Ce texte nous dit tout ou presque de l'existence. La première chose que dit le texte, qui va tant intéresser les existentialistes, est que l'existence se manifeste en se cachant, invisibilité habituelle de l'existence. Nous sommes donc ce qu'on appelle des existants. Précisément parce que nous sommes des existants nous ne sentons pas, nous ne voyons pas, nous ne remarquons pas notre existence.

    Le texte de la Nausée est un moment particulier dans le roman puisque le narrateur, Roquentin, assis sur son banc dans le jardin public découvre tout à coup l'épaisseur, la consistance de l'existence. Cette découverte est une découverte très angoissante, très inquiétante "extase horrible". Sartre utilise le terme d'extase dans son sens littéral : état dans lequel nous nous trouvons comme à l'intérieur de nous-mêmes. Les choses, dit Sartre, sont pétries, s'enferment dans l'existence, laquelle constitue la pâte même des choses. Nous pourrions décliner la métaphore culinaire, nous mangeons la pâte, mais nous ne la sentons pas. Découvrir tout à coup cette pâte des choses, habituellement dissimulée, est qualifiée par Sartre d'obscène.

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    Re: Autour d'une pensée de l'existence

    Message  Arcturus le Jeu 21 Avr 2016 - 17:54

    La découverte de l'existence, si l'on en croit Sartre, n'est pas quelque chose qui va de soi, mais quelque chose qui va peut-être nous révéler une partie de nous mêmes qu'il faudra ensuite assumer, à laquelle il faudra se confronter.
    Dans le texte il y a une découverte majeure non seulement que l'existence est la pâte même des choses et se dissimule, mais aussi qu'elle est contingente (contingent : non nécessaire).

    Découverte de la contingence de l'existence. "Tout est gratuit, ce jardin, cette ville et moi-même". Dire que l'existence est contingente revient à dire que nous ne pouvons que constater que nous existons. L'existence est de l'ordre du constat, du factuel. Certes j'existe, je suis, je suis là "da sein" dira l'allemand, mais je ne pourrai jamais dépasser ce constat. Comme le dit Sartre "Je ne peux jamais déduire mon existence". L'existence ne se déduit pas, nous ne sommes donc pas nécessaires. Je suis là, mais j'aurais bien pu ne pas être là. Quand on se hisse à cette notion de contingence,  que notre esprit s'empare de cette notion, le résultat de cette extase horrible est que tout se met à tourner, à flotter. Nous commençons à éprouver ce curieux sentiment métaphysique que Sartre va appeler particulièrement dans son roman "la nausée", la nausée étant ce vertige qui était sans doute le vertige pascalien devant l'infinité du cosmos, à la différence que ce vertige ne va pas se saisir de nous devant l'immensité qui s'ouvre devant nous, mais devant le fait que moi, qui suis ce à partir de quoi le monde et les autres existent, j'aurais pu ne pas exister. Dans cette belle page littéraire se trouve la majeure partie des problèmes philosophiques qui occuperont tous les courants existentialistes.

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    Re: Autour d'une pensée de l'existence

    Message  Arcturus le Jeu 21 Avr 2016 - 18:20

    On peut donc se demander quelle est cette existence avec laquelle chacun se confond et qui cependant nous apparaît comme une énigme, laquelle à son tour ne tarde pas à nous apparaitre comme étant l'énigme suprême. C'est-à-dire je ne puis rendre compte, je ne puis justifier ma propre existence, je n'en suis pas l'auteur, je n'en suis pas la cause, l'origine, je n'en suis pas non plus, sauf exception, le sujet et l'instance qui en décidera de la fin. Je suis là, jeté dans l'existence, et cette existence m'apparaît à la fois comme quelque chose qui va de soi et en même temps m'aveugle. Sous cette mauvaise évidence, non pas l'évidence philosophique travaillée, mais l'évidence au sens commun du terme, se cache un abîme susceptible de nous donner cette nausée dont nous parle Sartre. Donc évidence et en même temps énigme suprême car notre être est par définition un être existant. Ce qui nous conduit à noter que, au départ sur le plan philosophique, nous sommes conduits à confondre, à assimiler "être et exister". Nous ne faisons pas dans la vie courante de différence entre être et exister. Lorsque la différence sera faite, elle sera très tardive et sera le fait des travaux des existentialistes.

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    Re: Autour d'une pensée de l'existence

    Message  Arcturus le Ven 22 Avr 2016 - 7:46

    Si on ouvre les "méditations métaphysiques", grand moment de Descartes, celui-ci emploie "être" au sens "exister", à commencer dans la formulation "cogito" : "je pense donc je suis", voulant dire j'existe. Je pense, et par ma pensée j'ai bien la certitude d'exister. Nous avons du mal à ne pas mélanger "être et exister". Nous assimilons être et exister parce qu'il nous semble que notre existence est par définition ce qui fonde notre être. Être ceci ou cela présuppose que tout d'abord je sois, c'est-à-dire j'existe. Je suis, j'existe donc cela semble hors de doute. Cette position va valoir, va s'imposer à deux niveaux, un niveau existentiel et un niveau ontologique.

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    Re: Autour d'une pensée de l'existence

    Message  Arcturus le Ven 22 Avr 2016 - 7:51

    L'ontologie appartient au domaine de la métaphysique, domaine qui essaye de connaître les êtres en dehors de notre portée, les êtres transcendants sur lesquels on ne peut mener aucune expérience, voire expérimentation. L'ontologie est la partie la plus extrême de la métaphysique. C'est une discipline qui remonte à Aristote, est définie par Aristote comme la science de l'être en tant qu'être. "Être-exister" référence à certaines définitions qu'Aristote nous donne dans son ontologie, dans certains livres de la métaphysique, parce que ces définitions vont marquer totalement la pensée occidentale jusqu'à Sartre. Et ce n'est pas par hasard que Sartre a écrit "L'être et le néant".
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    Re: Autour d'une pensée de l'existence

    Message  Crosswind le Ven 22 Avr 2016 - 10:33

    Je n'ai malheureusement pas encore eu le temps matériel de lire son livre, ma question pourrait en conséquence sembler naïve si la réponse s'y trouve, mais que sous-tend chez lui le mot "existence" ? J'intègre facilement la première partie de votre intervention, qui concerne la difficile constatation de l'étrangeté de l'Être, mais dès qu'il s'agit de l'existence, je vibre. Vous écrivez "


    Dire que l'existence est contingente revient à dire que nous ne pouvons que constater que nous existons. L'existence est de l'ordre du constat, du factuel"


    Je n'oserais pour ma part jamais aller aussi loin en ce qui concerne l'établissement existentiel absolu d'un "je" (du moins est-ce ainsi que je le comprends). Faire le constat d'une expérience est une chose, cela revient à dire il y a, en déduire une ontologie de la personne (la proposition est peut-être un peu forte mais c'est en l'état celle qui me semble la plus parlante) est abusif en droit : il n'y a pas nécessairement quelque chose pour quelqu'un. A moins que je ne comprenne pas du tout le fond de sa pensée ce qui est fort possible ! De même, s'il est d'évidence impossible d'opérer une déduction lorsqu'il s'agit de s'ouvrir à l'expérience (et cette phrase devrait être lue et relue par les neurologues), il en est de même d'une quelconque opération déductive en ce qui concerne la nature même de cette existence, si d'ailleurs une nature peut être invoqué  ici. De quel droit attribuer une quelconque caractéristique à ce constat d'évidence de l'éprouvé puisque, de facto on ne peut en sortir pour en avoir une vision objective ? Enoncer "il y a" ou "je suis là", ce qui n'est pas pareil mais passons, ne permet pas d'inférer la proposition "il y a mais il aurait pu ne pas y avoir" (ou "je suis là mais j'aurais pu ne pas être là"), du moins pas sans se projeter dans une métaphysique particulière. On peut en effet envisager l'existence de quelque chose, une chose transcendante, d'où émergerait le fait de l'éprouvé d'existence, et dans ce cas il est à la rigueur possible (à la rigueur car je crains que même cette position reste faible) de dire "j'existe et j'aurais pu ne jamais l'être". Mais c'est un choix, pas une implacable déduction logique. Toute utilisation d'une partie du contenu de l'éprouvé en vue de le caractériser implique un choix métaphysique de la part de l'auteur. 


    Dernière édition par Crosswind le Ven 22 Avr 2016 - 18:37, édité 3 fois

    Arcturus

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    Re: Autour d'une pensée de l'existence

    Message  Arcturus le Ven 22 Avr 2016 - 10:51

    (J'emploie la formule "Être-exister" pour signifier que, pour le moment-chez Aristote- ces deux mots ne sont pas encore significativement dissociés)

    J'existe signifie littéralement  : je suis un être existant. L'existence est toujours objet d'une ellipse, c'est cela que les philosophes existentialistes vont essayer de faire ressortir, de faire apparaître : ce qui se dissimule. Mais que signifie un être existant? Quand on se pose cette question, on commence à rencontrer des petites difficultés.

    Car je suis un être existant veut dire, premier niveau de transcription, je suis un être réel, un être vrai, un être qui est dans la réalité. Mais dire que je suis un être réel, un être vrai n'a de signification que lorsque je confronte le réel, l'être, et de l'autre côté le néant. Dire que je suis un être réellement existant, un être réel, signifie que je me tiens face au néant. Or cet acte que Sartre étudiera par définition dans "L'être et le néant" l'amène à fracturer le néant, appelé aussi le non-être, à le fondre, le contraindre à s'ouvrir en deux vagues opposées que mon existence va littéralement repousser. En effet il y a le néant d'avant ma naissance, et le néant d'après, après ma mort. 

    De sorte que mon existence pourrait déjà se qualifier comme cette déchirure qu'involontairement j'inflige au néant. Ma mort sera la suture, c'est-à-dire que ces deux vagues de néant vont se raccorder au-delà de mon existence. Lequel d'entre nous n'a pas été frappé d'étonnement, pris de vertige, de nausée pour reprendre le célèbre terme sartrien, face à ce constat? Celui par lequel nous découvrons que nous ne sommes qu'une forme de membrane très fragile qui sans cesse écarte deux aspects du néant. Fragilité ontologiquement extraordinaire de l'existence. C'est peut-être parce qu'il y aura une fragilité ontologique de l'existence qu'il va falloir la doper, la transformer en liberté, en action.
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    Re: Autour d'une pensée de l'existence

    Message  Crosswind le Ven 22 Avr 2016 - 11:51

    Arcturus a écrit: Dire que je suis un être réellement existant, un être réel, signifie que je me tiens face au néant. 

    Je ne comprends pas. Dire "je suis un être réellement existant" signifie-t-il autre chose que l'énonciation du simple constat de l'expérience sensible ? Il semblerait que oui puisque le terme "réel" employé revêt un costume manifestement métaphysique en s'associant au concept de vérité. Le réel dont on parle n'est donc pas suffisamment précisé : si par réel on entend le simple fait sensible, alors il n'y a pas de néant qui tienne. Si par réel on entend une étroite relation avec la vérité, alors le néant doit intervenir puisqu'une vérité ne peut s'établir que par référence à un étalon. Mais quel étalon choisir lorsque l'on parle du fait plénier de la phénoménalité ?

    Parler de néant peut se faire au sein des objets l'expérience sensible, mais pas pour parler de l'expérience sensible. Cela n'a aucun sens !
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    Re: Autour d'une pensée de l'existence

    Message  Desassocega le Ven 22 Avr 2016 - 14:42

    Arcturus, simple remarque concernant la forme de votre sujet : veuillez éviter les post à répétition. Les longs développements sur un même message ne posent aucun soucis, au contraire. 

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    Re: Autour d'une pensée de l'existence

    Message  Arcturus le Ven 22 Avr 2016 - 17:07

    Desassocega a écrit:Arcturus, simple remarque concernant la forme de votre sujet : veuillez éviter les post à répétition. Les longs développements sur un même message ne posent aucun soucis, au contraire. 
    Oui bien sûr, je vais faire du mieux que je peux; j'ai malheureusement peu de temps libre devant moi et j'essaye de taper quand j'ai un moment.

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    Re: Autour d'une pensée de l'existence

    Message  Arcturus le Ven 22 Avr 2016 - 17:25

    Crosswind a écrit:
    Je n'ai malheureusement pas encore eu le temps matériel de lire son livre, ma question pourrait en conséquence sembler naïve si la réponse s'y trouve, mais que sous-tend chez lui le mot "existence" ? J'intègre facilement la première partie de votre intervention, qui concerne la difficile constatation de l'étrangeté de l'Être, mais dès qu'il s'agit de l'existence, je vibre. Vous écrivez "


    Dire que l'existence est contingente revient à dire que nous ne pouvons que constater que nous existons. L'existence est de l'ordre du constat, du factuel"


    Je n'oserais pour ma part jamais aller aussi loin en ce qui concerne l'établissement existentiel absolu d'un "je" (du moins c'est ainsi que je le comprends). Faire le constat d'une expérience est une chose, cela revient à dire il y a, en déduire une ontologie de la personne (la proposition est peut-être un peu forte mais c'est en l'état celle qui me semble la plus parlante) est abusif en droit : il n'y a pas nécessairement quelque chose pour quelqu'un. A moins que je ne comprenne pas du tout le fond de sa pensée ce qui est fort possible ! De même, s'il est d'évidence impossible d'opérer une déduction lorsqu'il s'agit de s'ouvrir à l'expérience (et cette phrase devrait être lue et relue par les neurologues), il en est de même d'une quelconque opération déductive en ce qui concerne la nature même de cette existence, si d'ailleurs une nature peut être invoqué  ici. De quel droit attribuer une quelconque caractéristique à ce constat d'évidence de l'éprouvé puisque, de facto on ne peut en sortir pour en avoir une vision objective ? Enoncer "il y a" ou "je suis là", ce qui n'est pas pareil mais passons, ne permet pas d'inférer la proposition "il y a mais il aurait pu ne pas y avoir" (ou "je suis là mais j'aurais pu ne pas être là"), du moins pas sans se projeter dans une métaphysique particulière. On peut en effet envisager l'existence de quelque chose, une chose transcendante, d'où émergerait le fait de l'éprouvé d'existence, et dans ce cas il est à la rigueur possible (à la rigueur car je crains que même cette position reste faible) de dire "j'existe et j'aurais pu ne jamais l'être". Mais c'est un choix, pas une implacable déduction logique. Toute utilisation d'une partie du contenu de l'éprouvé en vue de le caractériser implique un choix métaphysique de la part de l'auteur. 
    Vous êtes dans l'analyse exclusive des mots dissociés de leur rapport entre eux. Je dirai que vous êtes totalement acquis à l'analyse. Sartre est un écrivain, et il vient à la philosophie par la voie de l'écrit. Un écrivain, imaginez Proust, ne construit pas son écrit comme vous, vous le pensez. Il n' y a pas analyse mais synthèse immédiate des mots entre eux. Un écrivain entre en liaison avec le sentiment (je vous laisse chercher le sens de "sentiment "en philosophie).
    J'ai bien conscience que mon approche du langage n'est pas la vôtre. Je reste néanmoins chevillée à ma manière d'écrire en raison des résultats que j'obtiens, puisque je suis une femme enseignante, et que je j'obtiens des résultais probants près de mes élèves. 
    Pour avoir la possibilité de fréquenter d'autres "philosophes" en quoi je diffère de vous? En ce sens que je suis dans le "sentiment", que je perçois les réalités à partir du sens interne comme dirait Kant (je suis l'exposé actuel d'aliochaverkiev).
    Il est nécessaire que vous vous laissiez aller à la musique du texte que j'écris; quand vous l'aurez lu en entier, alors vous pourrez me faire part de vos remarques.
    Bien à vous.
    Nicole.
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    Re: Autour d'une pensée de l'existence

    Message  Crosswind le Ven 22 Avr 2016 - 17:30

    La philosophie n'est pas une musique et les mots doivent porter un sens, sans quoi ce ne sont que des notes poétiques. Comprenez : j'accorde une importance capitale au sens et au rapport entre les mots.

    J'apprécie votre style d'écriture, mais je m'intéresse avant toute chose au sens précis des propos.

    Et si vraiment un écrivain est incapable de s'exprimer autrement que par le truchement de l'emphase, il n'en reste pas moins qu'une traduction plus "analytique" peut se voir proposée.

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    Re: Autour d'une pensée de l'existence

    Message  Arcturus le Ven 22 Avr 2016 - 17:55

    Crosswind a écrit:La philosophie n'est pas une musique et les mots doivent porter un sens, sans quoi ce ne sont que des notes poétiques. Comprenez : j'accorde une importance capitale au sens et au rapport entre les mots.

    J'apprécie votre style d'écriture, mais je m'intéresse avant toute chose au sens précis des propos.

    Et si vraiment un écrivain est incapable de s'exprimer autrement que par le truchement de l'emphase, il n'en reste pas moins qu'une traduction plus "analytique" peut se voir proposée.
    Je vous recommande la lecture des types psychologiques de C. G. Jung. Malheureusement ce livre n'est plus édité, l'école freudienne censure cet auteur en France.
    Vous verrez qu'il y a selon lui deux approches de la "pensée", la raison proprement dite et le sentiment. Il est vrai que la philosophie est l'apanage des hommes qui l'abordent par la voie dite "rationnelle" (extériorisation des images, des représentations) alors que souvent les femmes l'abordent par la voie dite du sentiment (représentations exclusivement interne). Vous avez une vision de la philosophie. Bien. Doit elle être la vision dominante? Etes vous celui qui dit le vrai? 
    Encore une fois attendez de me lire jusqu'au bout! et n'achetez surtout pas la Nausée! vous risquez  de ne pas pouvoir lire trois lignes de ce livre tant Sartre donne dans le "sentiment"  "l'impression!' Formuler un jugement sur ce que j'écris alors que vous n'avez pas même lu Sartre trouvez-vous que ce soit vraiment rationnel?
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    Re: Autour d'une pensée de l'existence

    Message  Crosswind le Ven 22 Avr 2016 - 18:03

    Je ne pense pas qu'il s'agisse ici de sentiments car vos mots n'en sont pas. Vos mots, et ce quels que soient vos sentiments, expriment chacun un sens, et l'ensemble de ces sens en exprime un ou plusieurs autres de telle sorte que l'on puisse aboutir, en bout de course, à un accord intersubjectif. Vous pouvez bien entendu laisser libre court à vos émotions au travers des mots, mais vous êtes alors en devoir de préciser au mieux le sens que vous donnez à telle ou telle graphie sous peine de tomber dans un monologue émotif dont on serait bien en peine de décrire la finalité. Vous usez de mots, ils ont un sens, nous nous en servons pour communiquer. De même, je ne formule aucun jugement, je me contente de vous lire, d'apposer un sens à ce que je lis, et d'en tirer des conclusions, puis des questions.

    Je réitère donc... mes questions !

    N'oubliez pas non plus que vous ignorez tout de mon sexe biologique.
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    Re: Autour d'une pensée de l'existence

    Message  Vangelis le Ven 22 Avr 2016 - 19:20

    Arcturus a écrit:
    Le texte de la Nausée est un moment particulier dans le roman puisque le narrateur, Roquentin, assis sur son banc dans le jardin public découvre tout à coup l'épaisseur, la consistance de l'existence.

    Je donne un extrait plus long car, vraiment, il le mérite :
    La nausée - Jean-Paul Sartre a écrit:
    Donc j'étais tout à l'heure au jardin public. La racine du marronnier s'enfonçait dans la terre, juste au-dessous de mon banc. Je ne me rappelais plus que c'était une racine. Les mots s'étaient évanouis et, avec eux, la signification des choses, leurs modes d'emploi, les faibles repères que les hommes ont tracés à leur surface. J'étais assis, un peu voûté, la tête basse, seul en face de cette masse noire et noueuse, entièrement brute et qui me faisait peur. Et puis j'ai eu cette illumination.
    Ça m'a coupé le souffle. Jamais, avant ces dernier jours, je n'avais pressenti ce que voulait dire « exister». J'étais comme les autres, comme ceux qui se promènent au bord de la mer dans leurs habits de printemps. Je disais comme eux « la mer est verte ; ce point blanc là-haut, c'est une mouette », mais je ne sentais pas que ça existait, que la mouette était une « mouette-existante » ; à l'ordinaire, l'existence se cache. Elle est là, autour de nous, en nous, elle est nous, on ne peut pas dire deux mots sans parler d'elle et, finalement, on ne la touche pas. Quand je croyais y penser, il faut croire que je ne pensais rien, j'avais la tête vide, ou tout juste un mot dans la tête, le mot « être ». Ou alors, je pensais... comment dire? Je pensais l'appartenance, je me disais que la mer appartenait à la classe des objets verts ou que le vert faisait partie des qualités de la mer. Même quand je regardais les choses, j'étais à cent lieues de songer qu'elles existaient : elles m'apparaissaient comme un décor. Je les prenais dans mes mains, elles me servaient d'outils, je prévoyais leurs résistances. Mais tout ça se passait à la surface. Si l'on m'avait demandé ce que c'était que l'existence, j'aurais répondu de bonne foi que ça n'était rien, tout juste une forme vide qui venait s'ajouter aux choses du dehors, sans rien changer à leur nature. Et puis voilà: tout d'un coup, c'était là, c'était clair comme le jour: l'existence s'était soudain dévoilée. Elle avait perdu son allure inoffensive de catégorie abstraite : c'était la pâte même des choses, cette racine était pétrie dans l'existence. Ou plutôt la racine, les grilles du jardin, le banc, le gazon rare de la pelouse, tout ça s'était évanoui : la diversité des choses, leur individualité n'était qu'une apparence, un vernis. Ce vernis avait fondu, il restait des masses monstrueuses et molles, en désordre - nues, d'une effrayante et obscène nudité. [...]
    J'étais là, immobile et glacé, plongé dans une extase horrible. Mais, au sein même de cette extase quelque chose de neuf venait d'apparaître; je comprenais la Nausée, je la possédais. À vrai dire je ne me formulais pas mes découvertes. Mais je crois qu'à présent, il me serait facile de les mettre en mots. L'essentiel c'est la contingence. Je veux dire que, par définition, l'existence n'est pas la nécessité. Exister, c'est être là, simplement; les existants apparaissent, se laissent rencontrer, mais on ne peut jamais les déduire. Il y a des gens, je crois, qui ont compris ça. Seulement ils ont essayé de surmonter cette contingence en inventant un être nécessaire et cause de soi. Or, aucun être nécessaire ne peut expliquer l'existence : la contingence n'est pas un faux semblant, une apparence qu'on peut dissiper; c'est l'absolu, par conséquent la gratuité parfaite. Tout est gratuit, ce jardin, cette ville et moi-même. Quand il arrive qu'on s'en rende compte, ça vous tourne le cœur et tout se met à flotter.
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    Re: Autour d'une pensée de l'existence

    Message  Crosswind le Ven 22 Avr 2016 - 19:39

    Merci pour l'extrait. Quand je pense que j'ai hésité à l'acheter lors de mon dernier passage en librairie... 

    Je suis étonné des qualificatifs employés par Sartre. Horrible, nausée, ce sont des mots qui sonnent étrangement lorsque je les compare à mes propres expériences existentielles, qui soulèvent bien plus une incompressible angoisse, car auto-entretenues, qu'une horreur ou une nausée. La prise de conscience de "l'existence" suscite chez moi, depuis mon plus jeune âge, certaines crises d'angoisses maintenant maîtrisées, mais toujours latente. Attention cependant, il ne s'agit pas d'une angoisse "classique" de mort, de danger, de suffocation ou que sais-je. Plutôt une sorte de révélation auto-immune en ce qui concerne l'angoisse délivrée suite au constat incroyable (innommable aurait écrit Lovecraft) de la perception réelle. Prendre conscience de l'abîme existentiel n'est donc pas une expérience que je recherche vraiment, bien qu'elle me trouve à intervalle régulier...

    Mais soit, tout ceci ne répond pas à mes questions, qui se posent toujours...

    kercoz

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    Re: Autour d'une pensée de l'existence

    Message  kercoz le Ven 22 Avr 2016 - 20:13

    Crosswind a écrit: La prise de conscience de "l'existence" suscite chez moi, depuis mon plus jeune âge, certaines crises d'angoisses maintenant maîtrisées, mais toujours latente. Attention cependant, il ne s'agit pas d'une angoisse "classique" de mort, de danger, de suffocation ou que sais-je. Plutôt une sorte de révélation auto-immune en ce qui concerne l'angoisse délivrée suite au constat incroyable (innommable aurait écrit Lovecraft) de la perception réelle.
     Vous critiquez la littérature chez d' autre.  J' aimerais que vous développiez le concept de "révélation auto -immune" qui me semble obscène ( au sens premier du terme) si les mots ont un sens.(quand on connaît le résultat de ce qualificatif dans son signifiant premier, sur des personne connues)
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    Re: Autour d'une pensée de l'existence

    Message  Crosswind le Ven 22 Avr 2016 - 20:28

    Je ne critique pas la littérature pour la littérature, je critique son usage en tant que bouclier évasif au sein du discours philosophique. Il n'est donc pas incongru de lire chez moi l'une ou l'autre locution qui, prise au premier sens se trouve hors propos, mais qui sous la houlette de l'intuition commune donne accès à un sens subséquent apte à enrichir le propos. C'est d'ailleurs le cas ici : une réaction auto-immune se caractérise par une action pathogène d'une partie d'un corps sur lui-même. Par extension, cette image médicale aide, je veux le croire, à montrer combien la reconnaissance de l'existence entretient l'angoisse par elle-même, du fait d'elle-même.
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    Re: Autour d'une pensée de l'existence

    Message  Vangelis le Ven 22 Avr 2016 - 20:59

    Arcturus a écrit:L'ontologie appartient au domaine de la métaphysique, domaine qui essaye de connaître les êtres en dehors de notre portée, les êtres transcendants sur lesquels on ne peut mener aucune expérience, voire expérimentation. [...] Et ce n'est pas par hasard que Sartre a écrit "L'être et le néant".
    Dans le raccourci que je cite, comment passez-vous de la première phrase à la seconde ? Ne faites-vous pas un contresens sur le néant Sartrien ?

    Arcturus

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    Re: Autour d'une pensée de l'existence

    Message  Arcturus le Sam 23 Avr 2016 - 0:43

    Vangelis a écrit:
    Arcturus a écrit:L'ontologie appartient au domaine de la métaphysique, domaine qui essaye de connaître les êtres en dehors de notre portée, les êtres transcendants sur lesquels on ne peut mener aucune expérience, voire expérimentation. [...] Et ce n'est pas par hasard que Sartre a écrit "L'être et le néant".
    Dans le raccourcis que je cite, comment passez-vous de la première phrase à la seconde ? Ne faites-vous pas un contresens sur le néant Sartrien ?
    La seconde phrase n'est pas liée à la première phrase que vous citez. Mais à une autre phrase où je faisais remarquer combien la question de l'Être était propre à la philosophie occidentale. Et que cette question de l'Être, Sartre en venait aussi à en débattre dans son livre "l'être et le néant".

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