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    Conscience vs Connaissance.

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    Agrid

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    Conscience vs Connaissance.

    Message  Agrid le Lun 8 Fév 2016 - 7:30

    Bonjour.

    Pourriez-vous m'expliquer la différence entre "Conscience (de soi)" et "Connaissance (de soi)" ? En fait, dans la mesure où, étymologiquement, le mot "Conscience" signifie "avec science" d'où l'idée d'une "Connaissance", je ne saisis pas bien la différence.

    Merci d'avance pour votre réponse !
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    Montaignien

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    Re: Conscience vs Connaissance.

    Message  Montaignien le Lun 8 Fév 2016 - 12:03

    De manière immédiate, lorsqu'on dit "avoir conscience de quelque chose", cela signifie avoir une connaissance subjective de cette chose. Alors qu'avoir la connaissance de quelque chose relèverait bien davantage d'une connaissance objective. Ainsi, la conscience de soi serait une forme de connaissance subjective de sa propre subjectivité, d'où, peut-être, cette forme de redoublement réflexif dont parle Malcolm Cooper, alors que la connaissance de soi n'exigerait pas un tel redoublement, puisqu'elle supposerait le soi non plus comme subjectivité, mais comme objet possible de connaissance. Cela suppose une certaine sortie de soi.

    Prenez le cas de Descartes : la mise en doute de tout suppose que l'on ne peut plus appréhender quoique ce soit en dehors de notre conscience. C'est cette immanence qui est le propre de la conscience. La conscience de soi, c'est donc cette appréhension de soi-même à ce niveau immanent. Mais de "je pense" à "je suis une chose qui pense", peut-être qu'un pas est déjà fait, car là, on passe d'un rapport d'immanence à un rapport de transcendance : car dans le second cas, la conscience est considérée comme chose. Ce n'est plus le simple acte de pensée qui est considérée par Descartes à ce moment-là, mais la détermination de ce qui pense. Peut-être que, mais ce n'est qu'une hypothèse, on entre dans la dimension de la connaissance à ce moment-là.

    Alors, cela pose un problème au niveau de la réflexivité : est-ce que le dédoublement n'a pas plutôt lieu dans le cas de la connaissance de soi : car dans le cas de la conscience de soi, du moins chez Descartes, on est dans ce pur acte de penser, donc dans une subjectivité pure. Dans le cas de la connaissance de soi, on a un dédoublement de soi-même en sujet et objet (passage du "je pense" à "je suis une chose qui pense").

    Dans les deux cas, donc, il y a une forme de connaissance (de ce point de vue, il est vrai que la conscience de soi se détache difficilement de la notion de connaissance de soi), mais c'est le statut de cette connaissance qui est différent dans les deux cas : dans le cas de la conscience, c'est une connaissance de soi comme sujet, dans le second une connaissance de soi comme objet.
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    Don Quichotte

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    Re: Conscience vs Connaissance.

    Message  Don Quichotte le Mar 9 Fév 2016 - 9:29

    Bonjour, si l'on se tient à l'étymologie des deux termes : conscience = avec conscience, connaissance = avec naissance, la conscience me semble représenter une forme de connaissance dans l'instant, une connaissance de la nature ou des effets de ce qui est en train de se passer pour moi dans l'instant. Par exemple : j'ai conscience de rouler trop vite compte tenu de l'état de la route ou l'état de mes pneus, etc.
    La connaissance serait donc (selon l'étymologie), une forme de "savoir" qui m'accompagnerait depuis ma naissance, une forme de bagage par conséquent. Cela n'implique pas que l'accès à ce savoir est simple et évident, peut-être que le chemin pour y parvenir est-il rude à trouver, pénible à poursuivre. La connaissance profonde de mon être semble échapper le plus souvent à mon esprit, ma raison, mon regard intérieur.

    Chaque instant et en fonction de ce qui se passe en chaque instant, "je" est un autre, adapté à des conditions étrangères à ce "moi" virtuel, ne désignant rien de ces échanges qui se font entre le monde et mon être.
    Alors, mon corps, est-il bien mon corps ? Et qui est impliqué par cet adjectif possessif "mon" ? Cet adjectif, indique-t-il réellement un caractère de possession ou une simple association ? Lorsque je m'aperçois qu'à mon insu, et donc sans "ma" volonté, un de mes orteils remue, dois-je dire : je prends conscience que mon orteil bouge sans "moi" ? Peut-être, mais alors je devrais sans doute considérer le fait que pour qu'il y ait mouvement sans prise de décision par l'entité que je considère responsable en ma personne et que je nomme le plus souvent par ce "moi" possessif, il doit y avoir une "connaissance" qui se tient - par sa nature - à une certaine distance de ma conscience.

    Merci pour la correction d'orthographe du mot étymologique, j'étais sans doute dans un coma éthylique, et cette fois je pense qu'il faut bien un "h".


    Dernière édition par Don Quichotte le Mer 10 Fév 2016 - 8:16, édité 2 fois
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    Crosswind

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    Re: Conscience vs Connaissance.

    Message  Crosswind le Mar 9 Fév 2016 - 14:10

    Vous parlez ici de la conscience de soi, pas de la conscience tout court. Or, et quand bien même cette distinction peut être sujette à débat, la conscience de soi ne peut être aussi facilement assimilée à la conscience réflexive, la première pouvant être perçue comme dérivée de la seconde. Autrement dit, il est envisageable de considérer pouvoir jouir d'une conscience réflexive sans conscience de soi.

    Si l'on se réfère à la définition donnée par le CNRTL, la connaissance est un "acte de la pensée qui saisit un objet par les sens ou non, avec implication plus ou moins grande du sujet de la connaissance". Cette définition laisse à penser que le concept du sujet est nécessaire pour aboutir au concept de la connaissance. Connaître, c'est semble-t-il avant toute chose l'acte d'un sujet visant des objets, les relations entre ces deux pôles étant variables en intensité (monismes, dualismes, etc.).

    J'en arrive à ma réponse proprement dite. Le développement d'une conscience de soi et le concept de sujet y afférent est un préalable nécessaire pour la connaissance en général (qui vise des objets) et a fortiori pour la connaissance de soi, c-à-d la connaissance de ce fameux sujet pris dans ce cas pour objet. Plus trivialement : il n'est pas possible de travailler à se connaître si l'on n'a pas conscience de soi au préalable. 

    Mais connaître, cela revient en définitive à parler d'ontologie. Si je sais que je vois un arbre, je ne peux pour autant pas prétendre connaître l'arbre. Tout comme avoir conscience de soi n'est pas connaître ce soi. Qui suis-je en définitive ? Une substance disposant de propriétés particulières, ou rien d'autre qu'une sensation vaporeuse ? 

    Pour résumer : il faut d'abord avoir conscience dans sa plus simple expression, puis développer une conscience de soi pour enfin prétendre connaître ce qui se cache derrière cette sensation d'"être unique".
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    Montaignien

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    Re: Conscience vs Connaissance.

    Message  Montaignien le Mar 9 Fév 2016 - 19:20

    Je tiens juste à corriger Don Quichotte sur un point étymologique (sans h entre le t et le y) : conscience ne veut pas dire "avec conscience", mais "avec science". Quant à l'exemple de la route, je ne suis pas sûr qu'il soit bien choisi. Certes j'ai conscience, personnellement, que rouler sur une route mouillée avec des pneus lisses est dangereux, mais j'en ai conscience, parce qu'une connaissance la sous-tend : celle des lois de frottement. A moins que vous ne vouliez dire que la conscience permet à la connaissance de s'appliquer à certains cas (en ayant cette capacité, comme vous le dites, à saisir ce qui se passe dans l'instant), ce que j'ai cru lire en filigrane dans votre propos. Mais dans ce cas-là, la conscience ne serait-elle pas une forme de synthèse de mes sensations, ou simplement un siège des perceptions?

    @Malcolm Cooper a écrit:en quoi la subjectivité est condition de possibilité sine qua non de l'objectivité (Kant) et n'est plus si exactement "subjective" (au sens de singulière, personnelle) et accède à un statut phénoménologique "purement objectif" par elle-même

    Vous avez raison de rajouter entre parenthèses "au sens de singulière, personnelle", car ce n'est en effet pas comme cela que s'entend la subjectivité kantienne. Cela dit, Kant postule bien que ces conditions de possibilité d'une connaissance objective des choses en dehors de nous sont subjectives. A mon avis, mais je peux me tromper, Kant entend le terme d'objectif en son sens presque originel : c'est ce qui est objet, c'est-à-dire ce qui n'est pas en moi. Et en effet, les catégories de l'entendement, qui conditionnent toute connaissance, ne sont pas des produits de l'objet, mais bien du sujet qui cherche à connaître. Tout cela, en tous cas, va dans le sens d'une distinction de la conscience et de la connaissance, en termes de subjectif et d'objectif : et il ne s'agit pas là de conscience de soi, comme veut nous le faire entendre Crosswind, car il s'agit bien d'une conscience tournée vers autre chose que soi. On retrouve alors la question de l'intentionnalité.

    Mais la conscience de soi pose problème : est-ce une connaissance? Les catégories me permettent, si l'on suit Kant, de connaître les objets hors de moi. Cela peut-il s'appliquer au moi? Du coup, est-ce que la conscience de soi peut vraiment être appelée une connaissance, si aucune catégorie ne permet une telle connaissance? Une conscience tournée vers la connaissance, c'est le chemin logique de la conscience. Mais lorsque la conscience se prend elle-même pour objet, c'est plus difficile, car peut-on vraiment la prendre pour objet? Surtout si, comme le dit Kant, la subjectivité se réduit aux catégories de l'entendement. La conscience de soi, ce serait prendre les catégories pour objets d'une connaissance possible. Or, alors, il faudrait que ces catégories se sondent elles-mêmes, ce qui me paraît assez absurde, car elles seraient à la fois principes et objets. Bref, la conscience de soi, si tout de même elle est possible chez Kant, ne peut pas être une connaissance. Mais alors qu'est-elle? Car il y a bien une conscience de soi. Là je ne sais pas trop quoi répondre. Mais peut-être faut-il se tourner, dans ce cas-là, du côté de l'histoire du sujet, peut-être de l'autobiographie, auquel cas, on tomberait sur l'idée d'une subjectivité au sens personnel et singulier. Mais ce n'est là qu'une hypothèse.
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    Crosswind

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    Re: Conscience vs Connaissance.

    Message  Crosswind le Mar 9 Fév 2016 - 20:25

    @Montaignien a écrit: Les catégories me permettent, si l'on suit Kant, de connaître les objets hors de moi. 

    J'ai compris exactement le contraire. Chez Kant, l'immanence est prépondérante, hors de question de connaître quelque chose de transcendant.
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    Montaignien

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    Re: Conscience vs Connaissance.

    Message  Montaignien le Mer 10 Fév 2016 - 0:08

    Les concepts purs de l'entendement sont voués à l'application. Évidemment, c'est dans l'immanence qu'ils ont leur place, mais ils sont bien destinés à être appliqués aux intuitions sensibles, sans quoi ces concepts sont vides. N'oubliez pas : "un concept sans intuition est vide, une intuition sans concept est aveugle". C'est un crédo bien connu de Kant
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    Crosswind

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    Re: Conscience vs Connaissance.

    Message  Crosswind le Mer 10 Fév 2016 - 8:22

    Fort bien, mais hors de question de connaître quoi que ce soit de la "chose en soi" (qui par ailleurs se dissout tellement bien chez Kant qu'elle finit part n'être qu'un levier pour atteindre un but, la chose en soi n'étant pas réelle en soi).
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    Crosswind

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    Re: Conscience vs Connaissance.

    Message  Crosswind le Mer 10 Fév 2016 - 22:00

    @Malcolm Cooper a écrit:
    (1) [...] mais surtout depuis le quantisme ... kantisme versus quantisme [...]

    (2) Car il faut savoir que dans un certain pragmatisme philosophique, la distinction du sujet et de l'objet éclate au profit de l'expérience en laquelle ils se confondent l'un l'autre rétroactivement, mais rétroactivement uniquement pour les besoins de la cause schématique-systématique justement niée par le pragmatisme et son concept spécifique d'expérience totalisante (à l' "américaine", si vous voulez : life as an experience).
    Auquel pragmatique cas, conscience, conscience réflexive, conscience de soi, connaissance et connaissance de soi deviennent des concepts abstrus et abscons : demeure une effectualité tressée qui, à titre personnel, me fait subsumer (?) Machiavel et sa verità effetuale.

    Pourriez-vous expliciter ces deux points ? Car les théories physiques quantiques me semblent très proches des thèses de Kant, tandis que votre paragraphe portant sur le pragmatisme philosophique reste à mes yeux fort nébuleux.
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    Crosswind

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    Re: Conscience vs Connaissance.

    Message  Crosswind le Jeu 11 Fév 2016 - 9:23

    @Malcolm Cooper a écrit:Ce ne sera pas très compliqué, mais je ne pourrai pas en parler longtemps car mes connaissances sont limitées. Dans la théorie quantique, si bien entendu on intègre le fait que l'expérimentateur (sujet) conditionne l'expérimentation (objet) par le fait même d'observer là, et que cela semble du kantisme bien compris, il n'en reste pas moins qu'au niveau microphysique on observe une temporalité non-linéaire, à partir de quoi notre sujet transcendantal est pour moi remis en cause : le temps devrait être paramétré transcendantalement comme linéaire ou non, mais pas les deux, contradictoirement. Voilà tout ce que je puis dire, et il me semble que si l'on veut les concilier, il faille inventer un néokantisme dont je ne perçois pas l'utilité, sinon celle de perpétuer le paradigme criticiste/réaliste rationnaliste pour le perpétuer. Notez que j'aurais pu citer la théorie de la relativité, dont la "multitemporalité" est totalement contre-intuitive, que ça aurait été la même chose.

    Ce que vous dites m'intéresse, à plusieurs niveaux. Qu'appelez-vous plus précisément une temporalité non-linéaire au sein de l'ordre des phénomènes observés en mécanique quantique ? En quoi cette temporalité remet-elle en cause le principe unificateur du sujet transcendantal ?
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    Crosswind

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    Re: Conscience vs Connaissance.

    Message  Crosswind le Jeu 11 Fév 2016 - 14:40

    Mais qu'entendez-vous au juste par temporalité linéaire/non-linéaire ?

    Dienekes
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    Re: Conscience vs Connaissance.

    Message  Dienekes le Jeu 11 Fév 2016 - 22:54

    @Malcolm Cooper a écrit: Le transcendantal, lui, désigne la condition de possibilité de toute expérience, donc du savoir (dans ce sujet qui n'a rien de subjectif au sens de singulier, personnel, donc - et que les sciences actuelles pourraient éventuellement qualifier de cognition humaine (?) en changeant totalement l'aperception du truc).
    Le transcendantal fait référence à l’a priori (cf. Kant et le transcendantal)
    Je ne sais pas si c’est ce que vous vouliez dire mais votre phrase ne me semble pas très claire.

    @Malcolm Cooper a écrit:Dans la théorie quantique, si bien entendu on intègre le fait que l'expérimentateur (sujet) conditionne l'expérimentation (objet) par le fait même d'observer là, et que cela semble du kantisme bien compris, il n'en reste pas moins qu'au niveau microphysique on observe une temporalité non-linéaire
    Vous parlez du principe d’incertitude d’Heisenberg ? Que voulez-vous dire par conditionne ? J’ai peur que vous soyez en train d’en faire une mauvaise interprétation...

    Pour ce qui est du temps non linéaire, pourquoi parlez-vous de microphysique, n’est-ce pas plutôt en relation avec la physique relativiste ?

    @kercoz a écrit:Quitte à écrire une bêtise... e problème du temps ne résulterait-il pas plus d'une absence de direction que de linéarité ? Le quantique squatte actuellement les avancées de la "complexité" ou plutôt de la th. du Chaos sur ce domaine majeur et innovant de la "flèche" du temps et de sa conséquence immédiate : l'impossibilité de la réversibilité temporelle pourtant affirmée par les mécaniques classiques, relativistes et quantiques puisqu'elles usent su signe "=".
    Prygogine parle d'un changement de paradigme. Poincaré aussi.
    Le terme "linéaire" interpelle tous ceux qui se sont penchés sur ces problèmes. Ils savent que le reproche que l'on peut faire à l'homme et à la raison, c'est de linéariser des modélisations complexes du fait de notre impossibilité à traiter les équations complexes résultant de la modélisation du vivant.
    Impossibilité surpassée actuellement par les capacités de l'informatique, mais qui s'oppose à une sorte d'autisme qui préfère les ressentis de la raison immédiate aux conclusions de ces études.
    Une fois n’est pas coutume kercoz, mais merci d’éviter d’aligner des phrases lapidaires avec « théorie du chaos » et « mécanique quantique », je ne vois pas bien l’intérêt. Soit vous avez quelque chose à dire sur ce point et vous prenez le temps de l’exprimer, soit vous vous abstenez.

    @Malcolm Cooper a écrit:Ceci étant, dans l'ensemble, il me semble que nous faisons toujours plus de détail et de HS, relativement à ce topic. Il faudrait peut-être choisir nos lieux sur le forum, à ce carrefour.
    Effectivement, il serait préférable d'en rester au sujet initial.

    Si vous souhaitez poursuivre ce second sujet avec Croswwind et kercoz, ouvrez un nouveau sujet, j’y transférerai les messages correspondants. Par contre, il me semble qu’un travail préliminaire de clarification sera nécessaire.
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    Hervé BOURGOIS

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    Re: Conscience vs Connaissance.

    Message  Hervé BOURGOIS le Lun 15 Fév 2016 - 21:43

    La conscience est une faculté humaine qui est indissociable de celle qui permet d’utiliser un langage complexe, donc de créer des connaissances que nous pouvons partager (au travers d'un langage). Les connaissances sont par définition humaines puisque nous les partageons, la conscience est individuelle et nous permet d’avoir conscience des seules connaissances que nous avons acquises ou que nous avons créées (avant de les partager). Nous créons des connaissances par dissociation, nous ne pourrions pas en créer sans connaissance et nous n’aurions alors conscience de rien.
     
    Je peux développer si cela vous intéresse.
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    Crosswind

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    Re: Conscience vs Connaissance.

    Message  Crosswind le Mar 16 Fév 2016 - 0:18

    Pour une fois, je serais plutôt d'accord avec vous, Kercoz ! Ce dont parle Hervé Bourgeois n'est pas "la conscience" mais la conscience réflexive (à tous le moins). Malgré tout, je suis en désaccord profond en ce qui concerne la partie portant sur la spécificité humaine, et l'on retrouve ici Davidson qui disait, en substance, que pour qu'un langage soit reconnu comme tel, il lui fallait être traduisible. Je ne comprends pas le langage d'un animal donné, donc il n'use d'aucun langage. Cette façon de voir les choses, si elle a l'avantage scientifique de clarifier la recherche, reste hautement solipsiste...
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    T. Rex

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    Re: Conscience vs Connaissance.

    Message  T. Rex le Jeu 18 Fév 2016 - 18:10

    Avoir conscience de quelque chose, c'est être doté de sens ou de moyens permettant de détecter la chose.

    1ère classe d'objets de Schopenhauer, connaître quelque chose c'est :
    - en avoir entendu parler ou lire un livre à ce sujet,
    2ème classe d'objets, ou connaissance discursive chez Platon :
    - être capable de l'objectiviser soi-même,
    3ème classe d'objets, et principe de la philosophie selon Deleuze (fait de créer, concevoir, imaginer, fabriquer un objet) :
    - passer de la constatation de l'existence à sa compréhension,
    4ème classe d'objets :
    - se connaître soi-même en temps qu'être singulier.

    Bref la guêpe peut avoir conscience d'elle même, le bichon peut avoir conscience du rapport de causalité entre l'apparition de la lumière et le fait que Schopenhauer s'approche pour tirer les rideaux, il est peut-être plus difficile pour ces deux êtres d'arriver à la connaissance d'eux-mêmes, ne disposant pas des structures physiologiques nécessaires... On peut peut-être ajouter que la conscience de quelque chose peut mettre en évidence les attributs évidents de l'objet et certains rapports de causalité, mais pas ses propriétés fondamentales, la chose en soi. Ou encore que la conscience ne mène qu'à l'opinion.
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    Crosswind

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    Re: Conscience vs Connaissance.

    Message  Crosswind le Jeu 18 Fév 2016 - 21:34

    J'ai quelques questions... Je constate que vous appuyez l'ensemble de votre raisonnement sur un "sujet". Pouvez-vous en dire plus sur ce dernier ? Qu'est-il au juste ? De même, qu'est-ce donc que cette faculté d'objectiver soi-même une connaissance ? Si je fabrique une table, objectiverai-je dans ce cas une table ? Comment liez-vous aussi facilement la conscience à la science ?

    Et enfin, pourquoi les phénomènes conscients ne nous montreraient-ils pas la chose en soi ?
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    T. Rex

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    Re: Conscience vs Connaissance.

    Message  T. Rex le Jeu 18 Fév 2016 - 22:07

    Ce n'est pas parce qu'un système détecte une information (conscience) qu'il est capable de comprendre l'information et de la traiter. La conscience, au final, c'est une connaissance superficielle, dans un premier temps en tous cas, pour un objet nouveau, une connaissance perceptive - ou sensitive. L'exemple proposé plus haut sur l'œnologie va dans ce sens.
    Objectiviser l'objet, c'est entrer dans un rapport de causalité, par exemple, pour la table, est-ce simplement 4 bâtons soutenant une planche, ou un outil ? la fabriquez-vous par un mimétisme primaire - et certainement fort rare - ou dans le but beaucoup plus compréhensible d'améliorer votre quotidien ?

    (Je me rends compte que dans les faits j'ai pris le terme conscience, en opposition à la connaissance, cependant, cela m'est apparu ainsi après la pénible lecture du quadruple principe de raison suffisante de Schopenhauer ; certainement ai-je fait une confusion avec la sensation, qui serait la prémisse de la conscience dans sons sens communément admis.)
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    T. Rex

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    Re: Conscience vs Connaissance.

    Message  T. Rex le Jeu 18 Fév 2016 - 22:14

    En fait l'obstacle à mon sens, entre conscience et connaissance de la chose en soi est la différence entre l'intérêt réel - et non idéalisé - qu'on a à connaître la chose et l'énergie à consacrer pour en intégrer ses différents attributs ainsi que les schèmes permettant d'en extraire une connaissance synthétique. En mécanique, cela fait penser au lagrangien, action (sous-entendu dans ce cas de connaissance) = énergie cinétique (la volonté de connaître la chose) - énergie potentielle (la capacité à connaître la chose). Si l'action est négative, alors c'est l'échec...
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    Hervé BOURGOIS

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    Re: Conscience vs Connaissance.

    Message  Hervé BOURGOIS le Jeu 18 Fév 2016 - 22:26

    D'après l'Académie française, la conscience est la "perception que nous avons de notre existence, des états et des actes de notre esprit, de ce qui se passe en nous, et de l'effet produit en nous par ce qui se passe hors de nous." C'est sensiblement différent de :

    T.Rex a écrit:Avoir conscience de quelque chose, c'est être doté de sens ou de moyens permettant de détecter la chose.

    Un moustique détecte une chose, le gaz carbonique rejeté par un être humain, puis une autre chose, sa chaleur corporelle, et enfin une troisième chose, la pression sanguine dans la veine sur laquelle il s'est posé. Pour en avoir conscience, il faudrait qu'il sache ce qu'est le gaz carbonique, la chaleur corporelle, la pression sanguine. Il en va de même pour tous les mammifères (dont les hommes), si je perçois une vive douleur, je vais réagir à cette douleur, je vais mémoriser les circonstances associées à la douleur pour éviter de reproduire la situation. Si je ne peux pas associer des pensées à cette situation, ma réaction en dépendra. La différence entre l'homme et les autres mammifères est que nous sommes susceptibles d'associer des pensées à des situations. C'est la raison pour laquelle nous supposons que les autres mammifères n'ont pas de conscience, parce qu'ils n'ont pas de connaissances partageables par le langage qui leur permettraient d'associer des pensées à des situations. Une guêpe n'a pas conscience de son existence car elle ne peut pas savoir ce que signifie l'existence. Cela ne signifie pas qu'un animal ne sait pas s'adapter à son environnement et par là même distinguer les choses qui lui importent et ses états physiologiques... Mais, il ne sait pas que lui est une chose.
     
    La seule difficulté de compréhension est que nous avons conscience des actes de notre esprit puisque nous avons des pensées qui sont associées aux situations, mais aussi que nous pouvons réfléchir (reproduire des comportements intellectuels, faire des choix) et raisonner (produire des pensées). C'est pourquoi nous ne savons pas dissocier la conscience des facultés qui nous permettent de penser et de parler (échanger des connaissances par le langage).
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    T. Rex

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    Re: Conscience vs Connaissance.

    Message  T. Rex le Jeu 18 Fév 2016 - 22:57

    La critique naïve que je ferais de cela, en m'appuyant sur une source citée précédement, J-P Changeux, est que les neurones composant le cerveau de l'homme et celui de la souris sont identiques et disposés quasiment de la même manière. Il conviendrait donc que la souris soit tout aussi consciente, que ce soit de ses gestes, et de leur implication concrète sur un plan purement physique. Après, quant à la conscience de son existence, des états et des actes de son esprit, pour prendre un exemple facile à ce sujet, un Hutu qui massacre des Tutsi est-il différemment conscient d'un animal ? Cependant, on ne peut pas dire que c'est l'inconscient - au sens ou on l'entend - qui agissait... Être conscient, est-ce nécessairement faire preuve d'abstractions telles que la beauté ou la justice - un chien qui évite de se soulager dans une maison est bien conscient de ses actes... Le Hutu avait certainement mûri son action, mais le chien n'avait-il pas fait de même ? Tous deux, en tous cas, avaient effectué une synthèse du monde les entourant qui avait conditionné leur action, et il ne me semble pas que l'un soit plus raffiné que l'autre...

      La date/heure actuelle est Lun 11 Déc 2017 - 10:29