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    Critique de la raison pure

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    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Dim 21 Fév 2016 - 15:14

    Nous terminerons l'étude de la préface par quelques remarques.
    Page 85 Kant introduit le concept de croyance  par opposition au savoir; nous étudierons ces concepts ultérieurement, dans le corps de l'œuvre.
    Enfin page 87  il donne quelques indications sémantiques intéressantes en opposant la démarche dogmatique, démarche légitime qui consiste à procéder de manière rigoureusement démonstrative à partir de principes a priori sûrs,  au dogmatisme qui consiste en la démarche adoptée par la raison pure sans critique préalable de son propre pouvoir.

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Dim 21 Fév 2016 - 15:50

    Nous allons maintenant étudier l'introduction.
    Elle est divisée en 7 parties.

    1) De la différence entre la connaissance pure et la connaissance empirique
    2) Nous sommes en possession de certaines connaissances a priori et même l'entendement commun n'est jamais sans posséder de telles connaissances
    3) La philosophie requiert une science qui détermine la possibilité, les principes et l'étendue de toutes les connaissances a priori
    4) De la différence des jugements analytiques et des jugements synthétiques
    5) Dans toutes les sciences théoriques de la raison sont contenus des jugements synthétiques a priori faisant fonction de principes
    6) Problème général de la raison pure
    7) Idée et division d'une science particulière portant  le nom de critique de la raison pure

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Dim 21 Fév 2016 - 16:16

    1) De la différence entre la connaissance pure et la connaissance empiriques  (page 93)

    Toute connaissance commence, d'un point de vue chronologique, avec l'expérience. Nulle connaissance ne précède l'expérience. Mais si toute connaissance débute avec l'expérience elle ne dérive pas en totalité de l'expérience. Car toute connaissance amorcée par l'expérience pourrait bien aussi contenir, in fine, des connaissances issues de l'esprit, mobilisées par l'apparition en lui d'impressions sensibles.
    De semblables connaissances, issues de l'esprit, sont appelées a priori, tandis que les connaissances empiriques, issues de la seule expérience (de l'impression sensible) sont dites a posteriori.
    Il faut bien préciser que sont appelées connaissances a priori  celles qui interviennent de façon absolument indépendante  de toute expérience.
    Kant introduit une distinction entre les connaissances  a priori qui sont pures de celles qui ne le sont pas, les connaissances a priori pures étant sauves de toute trace d'empirisme (expérience); ainsi la proposition "tout changement a sa cause" est une proposition a priori (le concept de cause est a priori) mais elle n'est pas pure car elle inclut le concept de mouvement qui, lui, est issu de l'expérience.

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Dim 21 Fév 2016 - 17:17

    2) Nous sommes en possession de certaines connaissances a priori, et même l'entendement commun n'est jamais sans posséder de telles connaissances (page 94)

    Kant pose les critères permettant de distinguer une connaissance pure d'une connaissance empirique.

    Voici ces critères :

    S'il se trouve une proposition dont la pensée inclut en même temps sa nécessité  alors c'est un jugement a priori (si cette proposition dérive elle-même d'une proposition absolument nécessaire alors cette proposition est absolument a priori).

    Si un jugement est pensé selon une rigoureuse universalité, c'est-à-dire de telle manière que pas la moindre exception ne soit admise comme possible  alors il s'agit d'un jugement a priori.

    Nécessité et rigoureuse universalité sont donc des critères sûrs d'une connaissance a priori et renvoient inséparablement l'un à l'autre (un seul de ces critères donc suffit à définir une connaissance a priori).

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Dim 21 Fév 2016 - 18:27

    3) La philosophie requiert une science qui détermine la possibilité, le principes et l'étendue de toutes les connaissances a priori (page 97).

    Il existe une science, la métaphysique, dont l'intention finale est de traiter des problèmes de Dieu, de la liberté et de l'immortalité mais sa méthode est dogmatique, c'est-à-dire qu'elle s'engage dans cette étude sans examen préalable des réels pouvoirs de la raison pure. Comme elle utilise des concepts face auxquels il n'existe aucun objet donné par aucune expérience possible le métaphysicien ne risque pas d'être contredit par aucune réalité tangible. La métaphysique s'égare, en raison de son dogmatisme, mais aussi en raison de l'exemple de la mathématique qu'elle pense pouvoir suivre. La mathématique fournit en effet un exemple éclatant des progrès que nous pouvons faire a priori dans la connaissance  indépendamment de l'expérience. Mais ce que ne voient pas les métaphysiciens c'est que la mathématique  s'occupe d'objets qui se présentent dans l'intuition (dans les formes de l'intuition pure, ceci sera exposé plus loin). Ce qui n'est pas le cas de la métaphysique qui s'appuie sur des concepts purs, hors intuition pure. Il est donc crucial de d'abord définir les limites de la métaphysique et il faut déjà pour cela  traiter des différentes sortes de connaissances, à savoir les jugements analytiques et les jugements synthétiques.
    Nous observons la difficulté  de compréhension provoquée par Kant. Page 87 il justifie la démarche dogmatique (voir ci-dessus étude de la préface) et ici il fustige la méthode dogmatique...ce qu'il veut dénoncer en fait c'est le dogmatisme, pas la méthode ou la démarche (dénonciation du cadre mais non pas dénonciation de la méthode).

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Lun 22 Fév 2016 - 18:14

    4) De la différence des jugements analytiques et des jugements synthétiques (page 100).

    Soit un jugement quelconque, composé d'un sujet, d'un verbe et d'un prédicat, le prédicat étant une propriété, une caractéristique, une qualité qualifiant le sujet.

    Nous appellerons jugement analytique tout jugement tel que le prédicat peut être tiré du sujet par simple analyse.

    Par exemple le jugement "une table possède un plateau" est un jugement analytique, puisque toute table est définie par le fait qu'elle a au moins un plateau.
    "Tous les corps sont étendus" est un jugement analytique, puisque tout corps a une spatialité (l'étendue : volume, espace occupé par un corps).

    Nous appellerons jugement synthétique tout jugement dans lequel le prédicat apporte une information supplémentaire quant au sujet, information non comprise dans la définition, l'être même du sujet.

    Par exemple "la table est verte" est un jugement synthétique, puisque la couleur verte n'est pas une caractéristique propre aux tables en général. Il y a apport d'une information supplémentaire.

    L'exemple donné par Kant est un peu plus difficile à saisir : "tous les corps sont pesants" peut dans une première approche être pris pour un jugement analytique; mais  si j'analyse un corps, il ne contient pas en lui la qualité de peser; nulle part il est possible de trouver "la pesance", "le poids" comme constituant de son
     être; l'exemple employé par Kant est un peu obscur car  "être pesant" est en fait une relation spécifique entre deux corps (il n' y a pas de poids s'il n' y a qu'un corps). Le prédicat "pesant" désigne une certaine façon pour chaque corps d'entrer en relation avec un autre corps. Nous sommes donc dans un registre complètement différent de celui  de la nature d'un corps.


    Un jugement analytique est aussi appelé explicatif et un jugement synthétique est aussi appelé extensif.

    Les jugements d'expérience sont tous synthétiques.


    En effet si je recours à l'expérience c'est bien pour apprendre quelque chose de supplémentaire quant à l'objet étudié.

    Il existe enfin des jugements synthétiques a priori, c'est-à-dire de jugements synthétiques qui ne s'appuient pas sur l'expérience pour apporter une information supplémentaire quant à un sujet (le sujet du jugement).

    Par exemple le jugement "tout ce qui arrive  possède sa cause" est un jugement synthétique a priori car le concept de cause n'est pas constitutif du concept "tout ce qui arrive" et pourtant il lui appartient, et même il lui appartient avec nécessité (critère permettant de désigner une connaissance a priori, voir ci dessus). 

    Sur quoi l'entendement s'appuie-t-il pour émettre un tel jugement? Ce ne peut être sur l'expérience car la certitude liée à cet a priori est universelle (pour l'entendement) et non liée à telle ou telle expérience. C'est ce qui sera étudié par Kant dans les développements à venir.

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Dim 28 Fév 2016 - 11:51

    Je reviens sur ces notions de jugements analytiques et jugements synthétiques sur lesquels je suis passé beaucoup trop vite.
    Kant structure ainsi sa pensée :
    Existence d'un jugement affirmatif  composé d'un sujet A  et d'un prédicat B, les deux  concepts étant reliés par un connecteur, un lien, un verbe (attributif).
    Jugement analytique : le concept B est inclut dans le concept A, il appartient au concept A implicitement.
    Jugement synthétique : le concept B n'est pas inclut dans le concept A, il lui est extérieur (bien qu'en connexion avec le concept A par le truchement du lien : verbe, connecteur, etc.). Un tel jugement ajoute une connaissance au concept A.

    Dans un jugement analytique je peux extraire le prédicat B  conformément au principe de contradiction (page 101).

    Qu'est ce que le principe de contradiction? (Kant emploie cette notion à la page 101 mais il ne le définit qu'à la page 232!).

    Je ne vais pas reprendre la définition de Kant à ce stade-là mais faire simplement remarquer que le principe de contradiction est le principe du tiers exclu en mathématique. Est ce que la négation du jugement que je viens d'émettre est possible ? Est-elle vraie dira-t-on en mathématique? Si la réponse est absolument non, alors ma proposition d'origine est vraie.

    Tout paraît simple au vu des définitions.

    Mais rien n'est si simple en fait!

    En effet je peux être tenté de dire :

    "Une table possède un plateau" est un jugement analytique puisque le concept "plateau" est inclut dans celui de "table" par définition.

    Mais un contradicteur avisé pourra me rétorquer, "oui mais le concept de table est déjà lui même une construction!", un lien opéré entre divers éléments, un lien synthétique opéré préalablement entre le plateau et les pieds d'une table. J'ai donc ici un jument analytique fondé sur un concept dont je connais les éléments par construction préalable.  Comme Kant affirme ensuite que tous les jugements  mathématiques sont synthétiques justement en arguant de constructions préalables de concepts il faut bien que j'étende sa remarque aux concepts construits empiriquement, pour dire que, si je les construits au préalable, il y a peut être quelque abus d'en tirer ensuite des jugements analytiques (ce qu'il argue nous le verrons pour les jugements mathématiques).

    D'ailleurs à bien regarder les exemple donnés par Kant quant aux jugements analytiques nous n'avons aucun jugement analytique du style "une table possède un plateau". Non il avance comme jugements analytiques des jugements qui rapportent à un concept donné des concepts tels que l'étendue, l'impénétrabilité ou la figure...

    A se demander si nous ne pourrions pas aussi nous poser la question : "comment des jugements analytiques, fondés sur aucun concept au préalable construit, sont-ils possibles?". Il est possible de répondre à cette question mais il faut au préalable étudier l'esthétique transcendantale, et nous ne sommes là qu'au niveau de l'introduction.

    Enfin dernière précision le jugement "tout ce qui arrive a une cause" est bien sûr un jugement synthétique. La cause, en tant  que concept, n'est pas implicitement inclut dans le concept "tout ce qui arrive" mais elle lui est nécessairement liée. Kant emploie le mot "appartient" qui peut prêter à confusion comme étant un concept inclut dans le concept : "tout ce qui arrive". Non, ce jugement est bien synthétique. 

    Enfin ultime précision, le mot concept chez Kant désigne tout ce qui peut être pensé. Ce qui le conduit à des expressions savoureuses, du style : démontrons que le concept "espace" n'est pas un concept! Dans le premier emploi il s'agit de l'espace en tant qu'il peut être pensé, dans le second emploi il s'agit du concept empirique. Nous verrons cela ultérieurement.

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Dim 28 Fév 2016 - 13:54

    5) Dans toutes les sciences théoriques de la raison sont contenus des jugements synthétiques a priori faisant fonction de principes (page 103)

    a) Les jugements mathématiques sont tous synthétiques.


    Cette affirmation surprenante Kant la limite ici à la mathématique pure c'est-à-dire à toute mathématique employée dans le seul cadre de la mathématique (bien qu'il affirme que tous jugements mathématiques sont des jugements a priori; mais il renonce à défendre ici ce point de vue pour ne parler que des concepts de la mathématique pure, c'est-à-dire celle qui est totalement a priori, sans lien donc avec l'expérience).

    Il prend pour exemple de jugement synthétique la proposition suivante : 
    7 + 5 = 12.
    Pour un mathématicien cette proposition est analytique.
    Pour bien expliquer cette assertion, citons  Jean-Michel Muglioni, "Apprendre à philosopher avec Kant", collection Ellipses, page 74 :
    "il peut sembler comme le voulait Leibniz, que 1+1 = 2 soit une proposition analytique. Kant veut dire que la définition elle-même est la construction du concept 2 : nous ne trouvons en nous le concept de deux et ne pouvons l'analyser que parce que nous l'avons construit".

    Et, bien sûr, tout mathématicien sait qu'il faut au préalable construire l'ensemble des nombres naturels avec l'opérateur + (l'ensemble des entiers naturels, muni de la loi de composition + est un monoïde). Mais une fois cet ensemble construit, une fois donc cet ensemble défini, le mathématicien s'appuie sur la construction , la définition de l'ensemble des nombres naturels, comme d'une nouvelle base en soi, une base  de calcul donnée, sur laquelle il ne revient plus, sur laquelle il ne réfléchit plus (sauf cas bien particuliers). Bien sûr si nous revenons sans cesse sur la construction même des concepts, alors nous retrouvons sans cesse des propositions synthétiques. Dans ce cas alors la proposition 7 + 5 = 12 peut être considérée comme une proposition synthétique, car il a fallu au préalable construire de proche en proche (avec un pas de 1) chaque nombre des entiers naturels.

    Pourquoi alors l'exemple de Kant suscite-t-il une certaine critique chez nombre de mathématiciens? 

    C'est que sa proposition s'écarte assez de sa définition du jugement pris dans la paragraphe précédent, le jugement étant un concept ainsi construit :
    Un concept A, un lien (verbe attributif) et un prédicat formé par un concept B.

    Ici le lien est le signe = qui est loin d'être équivalent à un verbe attributif puisqu'il s'agit d'une relation d'équivalence, dont l'une des caractéristiques est d'être symétrique (si A = B, alors B = A). Est-ce que les jugements dont parlent Kant ont ce caractère de symétrie? Est ce que le lien employé, le verbe attributif, a ce caractère de symétrie (est ce que  : concept A, lien, concept B est identique à concept B, lien (le même), concept A?). La réponse est non.

    Car nous voyons bien que si nous retournons la proposition de Kant ainsi (et le signe = l'autorise) nous avons alors 12 = 5 + 7, et la question doit maintenant être posée ainsi : est ce que les concepts de 5 et de 7 peuvent être trouvés dans le concept 12? (la question posée par Kant est : est ce que le concept 12 peut être trouvé dans les concepts 5 et 7, question qui, posée ainsi, entraîne la réponse  : non!).

    Bien sûr il reste l'opérateur + qui est un opérateur de construction! donc dire qu'un jugement qui emploie un opérateur de construction est une construction paraît aller de soi...

    Donc l'exemple choisi par Kant est un peu limite! mais nous comprenons ce qu'il veut dire et nous pouvons donc le suivre dès lors qu'il fait remarquer que tout concept mathématique est déjà en lui même une construction. Mais n' y a t il pas alors des "briques" originelles, des concepts originaux que ne soient pas des constructions? Nous arrêterons là notre propre critique ( critique destinée ici à provoquer la réflexion du lecteur).

    L'autre critique avancé par le mathématicien c'est qu' une construction fondée sur un acte de volonté est une définition, tandis qu'une construction fondée sur un raisonnement est l'œuvre non pas de la volonté mais de la raison, ou de l'entendement pour reprendre les mots de Kant.

    Prenons cet exemple :

    Un rectangle a ses diagonales d'une égale longueur et se coupant en leur milieu.

    Le concept "rectangle" est une définition, tandis que "diagonales d'égale mesure et se coupant en leur milieu", est l'œuvre d'un raisonnement.
    D'un côté une définition, de l'autre un raisonnement. Mais pour Kant les deux concepts sont des constructions (jugements synthétiques).
    En effet le rectangle est un quadrilatère qui a quatre angles droits (il faut construire dans son esprit ou sur la feuille un quadrilatère quelconque de telle manière qu'il ait quatre angles droits). Le mathématicien range cette proposition dans un coin de sa mémoire auquel il ne recourt plus et il affirme un rectangle a, en soi, 4 angles droits.

    Pourtant nous voyons qu'il y a une différence essentielle dans les deux constructions, l'une est un effet de la volonté, l'autre est l'effet d'un raisonnement. Ce n'est pas une différence anodine. Quand il s'agit d'enseigner un enfant il est nécessaire de lui dire la différence. Si la différence n'est pas faite, et dans certains manuels elle n'est pas faite, l'enfant prenant la définition pour un raisonnement, va se mettre à réfléchir, à chercher le raisonnement qui conduit à faire d'un quadrilatère un rectangle. Il faut vite l'arrêter, et lui dire, non, ne cherche pas un raisonnement, une rectangle a quatre angles droits par définition, par volonté. Libéré d'une recherche de raisonnement (qui n'a pas lieu d'être) alors il peut se donner tout entier au raisonnement qui conduit à trouver que les diagonales sont d'égale mesure et se coupent en leur milieu.

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Dim 28 Fév 2016 - 14:35

    Page 105, Kant affirme que tout axiome de la géométrie pure est un jugement synthétique (ce qui répond à l'interrogation précédente: existe-t-il des concepts de base qui ne soient pas eux-mêmes des constructions? oui, mais dans un jugement il y a deux parties, la partie A (sujet) et la partie B (prédicat), et si aucun des concepts n'est une construction, une réunion de briques, alors il n'est pas possible de trouver B dans A! Le fait que des concepts soient des briques élémentaires n'empêche pas les jugements mathématiques d'être des jugements synthétiques, au contraire).
    Kant s'intéresse ici à la géométrie pure car il divise les mathématiques en arithmétique et géométrie (dans le paragraphe précédent il parlait des jugements arithmétiques).
    Son exemple : la ligne droite est, entre deux points, la plus courte, est une proposition synthétique. Cela saute aux yeux. En effet la distance n'est pas comprise dans le concept ligne droite; le concept de distance est bien bien ajoutée au concept ligne droite.

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Dim 28 Fév 2016 - 16:24

    Page 105 Kant reconnaît le caractère analytique de quelques propositions mathématiques fondamentales mais pour en réduire aussitôt la portée en affirmant que, dans ces jugements, le prédicat n'est pas pensé comme étant inclus dans le concept sujet mais qu'il est en fait intuitionné comme étant dans ce concept. Kant respecte là sa logique de pensée car il démontrera ensuite dans l'esthétique transcendantale que la possibilité des jugements synthétiques résulte de ce fait qu' espace et temps sont deux formes a priori de l'intuition, et que les jugements synthétiques sont possibles dans ces formes pures de l'intuition.

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Dim 28 Fév 2016 - 16:51

    b) La science de la nature contient en elle des jugements synthétiques a priori intervenants comme des principes. (page 105).


    Nous sommes là dans l'énonciation de principes propres à la physique (laquelle science emploie toujours ce mot  : principe) : principe de la conservation des masses dans une réaction chimique (conservation de la quantité de matière dit-on en chimie), principe de l'action-réaction (troisième loi de Newton en mécanique) selon lequel toute force d'action entraîne une force de réaction, d'intensité égale, mais de direction opposée (attention il n ' y a donc pas égalité des forces! puisque les sens sont opposés).
    Ces principes sont effectivement synthétiques.  Quant à dire qu'ils sont tous a priori...Kant est peut être optimiste, car certains principes ne surgissent manifestement dans l'esprit des savants qu'après moultes expériences. Notons que le principe de l'action-réaction défie dans certains cas l'intuition! que l'action exercée par un camion sur un vélo soit immédiatement contrée par une réaction d'intensité égale du vélo sur le camion est un principe difficile à accepter pour certains étudiants en sciences physiques!
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    Crosswind

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  Crosswind le Dim 28 Fév 2016 - 17:18

    Merci, aliochaverkiev. J'ai peu de temps libre pour les jours à venir, mais votre effort n'est pas vain. Au moins pour une personne !

    Je lirai l'ensemble de votre sujet dans les jours à venir. Avec grande attention.

    Bien à vous.

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Mar 1 Mar 2016 - 7:22

    Crosswind a écrit:Merci, aliochaverkiev. J'ai peu de temps libre pour les jours à venir, mais votre effort n'est pas vain. Au moins pour une personne !

    Je lirai l'ensemble de votre sujet dans les jours à venir. Avec grande attention.

    Bien à vous.
    Merci beaucoup pour vos encouragements!

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Mar 1 Mar 2016 - 7:32

    Je jette ici quelques idées matinales avant qu'elles  ne s'envolent.
    Toujours à propos des jugements analytiques et synthétiques.
    Pour moi le jugement "une table possède un plateau" est un jugement analytique, même si j'ai au préalable construit la table intellectuellement.
    Mais formulons le jugement autrement et écrivons :
    "Une table c'est un plateau et des pieds".
    Je suis encore dans un jugement analytique, car les concepts "plateau" et "pieds" sont implicitement compris dans le concept table.
    Mais si j'écris "un plateau et des pieds c'est une table", alors je ne suis plus dans un jugement analytique mais je suis dans un jugement synthétique puisque le concept table n'est pas inclus dans les concepts "plateau" et "pieds".
    Conclusion, le sens de l'écriture est essentiel, car le sujet c'est le premier terme et le prédicat c'est le terme final.
    Donc pour Kant le signe = n'est pas une relation d'équivalence, il ne lui accorde pas la transitivité.
    Mais si j'écris 12 = 7 + 5 au lieu de 7+5 = 12, suis-je encore dans un jugement synthétique. Car le sujet devient 12 et le prédicat 7 + 5, et ces deux concepts ne sont-ils pas alors inclus dans le concept 12?
    La pensée de Kant est parfois floue.

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Mar 1 Mar 2016 - 11:12

    c ) Dans la métaphysique il doit y avoir des connaissances synthétiques a priori.(page 106).


    Il faut entendre sous le verbe "devoir" comme non pas une possibilité mais une nécessité. C'est nécessaire puisque le but de la métaphysique est d'élargir nos connaissances a priori par le truchement de jugements synthétiques a priori qui vont au delà de l'expérience.

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Mer 2 Mar 2016 - 20:37

    6) Problème général de la raison pure (page 106)

    Le véritable problème de la raison est contenu dans cette question :

    Comment des jugements synthétiques a priori sont-ils possibles?


    Répondre à cette question est une question de survie pour la métaphysique. Répondre à cette question c'est aussi permettre la fondation et la mise en œuvre de toutes les sciences contenant une connaissance a priori d'objets c'est-à-dire des sciences suivantes : 

    la mathématique pure
    la physique pure.

    Qu'en est-il de la métaphysique? Bien qu'elle n'ait pas le caractère d'une science, son activité répond à un besoin humain, elle est une disposition naturelle des hommes à se poser des questions qui ne peuvent pas trouver de réponses à travers un usage empirique de la raison.

    Aussi se pose la question : comment la métaphysique est elle possible comme disposition naturelle? Mais se pose aussi cette question au vu des contradictions dans lesquelles tombe la métaphysique dans son exercice dogmatique (confiance absolue dans toute démonstration fondée sur une raison pure livrée à son propre pouvoir sans aucun contrôle ou limitation) : comment la métaphysique est elle possible comme science?


    Dès lors que la métaphysique aura, dans un premier temps, appris à connaître entièrement son pouvoir vis à vis des objets de l'expérience, il lui sera alors facile, selon Kant, de déterminer l'étendue et les limites de son usage légitime au-delà des limites de l'expérience.

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Ven 4 Mar 2016 - 10:59

    7) Idée et division d'une science particulière portant le nom de critique de la raison pure. (page 110)

    De tout ce qui précède Kant a conçu donc l'idée d'une critique de la raison pure.

    Il définit la raison comme le pouvoir qui fournit les principes de la connaissance  a priori, et la raison pure comme celle qui contient les principes  permettant de connaître quelque chose absolument a priori.

    Le mot "absolument" distingue ici raison et raison pure. Le mot "absolument"  qualifie tout connaissance totalement pure c'est-à-dire toute connaissance où ne se mélangent pas données pures et données empiriques.

    Un organon de la raison pure serait un ensemble réunissant les principes d'après lesquels toutes les connaissances pures a priori peuvent être acquises et effectivement établies. Toutefois Kant avertit que si l'établissement d'un tel organon s'avérait impossible à établir alors il se rabattrait sur l'établissement d'un canon de ces connaissances.

    Vocabulaire organon-canon.

    Pour comprendre ce que Kant entend par ces deux mots  nous donnons cette indication reprise dans le vocabulaire  de la philosophie (Lalande) page 119 :

    "Dans sa logique Kant oppose organon et canon  de la façon suivante: la logique n'est pas un organon des sciences, comme le sont par exemple les mathématiques, parce qu'elle ne fournit pas d'indication  sur la manière d'atteindre certaines connaissances et d'élargir le domaine des vérités scientifiques; elle est seulement un canon, en tant qu'elle formule les lois nécessaires que la pensée doit respecter et vérifie si l'entendement, dans ses applications, est resté d'accord avec lui-même".

    Un canon (norme) donne donc seulement les règles élémentaires à suivre dans toute démarche scientifique tandis qu'un organon va plus loin que le respect de la logique de pensée pour établir aussi des moyens d'investigation pour chercher de nouvelles vérités ou données.

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Ven 4 Mar 2016 - 11:37

    L'établissement d'un tel organon procurerait un système de la raison pure. Mais Kant réduit aussitôt une telle ambition en la déclarant trop vaste. Il préfère s'en tenir à une propédeutique (enseignement préparatoire à des études plus approfondies) à ce système, ce qui réduit l'ambition d'écrire une doctrine de la raison pure à celle d'écrire seulement une critique de la raison pure, critique en ce sens qu'il ne s'agit pas de déterminer les usages éventuellement élargies de la raison pure mais uniquement d'en déterminer les limites et les utilisations non entachées d'erreurs.

    Il donne ensuite sa définition de l'adjectif "transcendantal" :

    "Je nomme transcendantale toute connaissance qui s'occupe moins d'objets que de notre mode de connaissance  des objets, en tant que celui-ci (le mode) doit être possible a priori".

    (Nous reviendrons ultérieurement sur la définition de ce mot)

    L'établissement d'un organon de la raison pure et de l'ensemble des concepts purs ouvrant à toutes les connaissances analytiques et synthétiques a priori permettrait de fonder une philosophie transcendantale. Mais là encore Kant réduit son ambition en déclarant vouloir se limiter à l'établissement d'une simple critique (de la raison pure, critique au sens indiqué ci-dessus) qui tracerait  le plan de cette philosophie de façon architectonique "c'est-à-dire en partant de principes et en procurant la garantie pleine et entière que sont complètes et sûres toutes les pièces qui constituent cet édifice".

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Ven 4 Mar 2016 - 12:52

    La critique de la raison pure serait donc l'Idée (l'architectonique) de cette philosophie transcendantale et se limiterait dans l'esprit de Kant à l'appréciation complète de la connaissance synthétique pure et a priori, à défaut de l'analyse détaillée de TOUTE la connaissance humaine a priori. Ce que veut exclure Kant, à ce niveau d'étude, c'est tout concept qui contiendrait en lui quelque chose d'empirique, ce qui exclut notamment tous les concepts fondamentaux de la moralité en ce qu'ils doivent être mis en relation avec des concepts de plaisir et de déplaisir par exemple, tous concepts qui sont empiriques.

    Il en résulte que la philosophie transcendantale, et partant son architectonique : la critique de la raison pure, sera une philosophie (et une  critique)  de la raison pure simplement spéculative (hors expérience).

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Ven 4 Mar 2016 - 13:39

    Kant annonce ensuite le plan de son œuvre : 

    Il exposera d'abord une théorie des éléments puis une théorie de la méthode de la raison pure.

    ll y a deux souches de la connaissance humaine (peut-être issues d'une racine commune) la sensibilité et l'entendement.

    Ls objets sont donnés par la sensibilité et ils sont pensés par l'entendement.


    La sensibilité et l'entendement sont les deux éléments de la théorie des éléments. 

    Ils seront étudiés l'un sous le titre  : esthétique transcendantale, l'autre sous le titre logique transcendantale.

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