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    Critique de la raison pure

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    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Dim 5 Fév 2017 - 9:01

    Avant de continuer avec l'Analytique des principes je fais un bref retour sur le chapitre précédent (analytique des concepts) avec un résumé du livre de Jacques Rivelaygue sur cette question (leçons de métaphysique).

    L'entendement est la faculté de relier, de synthétiser. "Penser c'est juger". Cette thèse s'appuie sur l'unité de l'entendement ou de la conscience. L'entendement est le lieu même de l'unification. L'entendement (ou la conscience) est synthèse.

    Les concepts a priori, les catégories, ne sont pas conscients au moment où on les emploie. La catégorie est le concept intellectuel pur et ce concept pur n'est pas dans notre représentation. Ce concept pur  est simplement la condition de possibilité de cette représentation.

    C'est la même fonction qui donne unité aux jugements  et aux représentations dans l'intuition. La catégorie est ce qui rend possible le jugement c'est-à-dire la synthèse de deux concepts, elle est aussi la synthèse de l'intuition sensible. Ce qui sert de synthèse aux concepts est aussi ce qui sert de synthèse aux représentations sensibles pour constituer l'expérience.

    La conscience est le lieu des synthèses. Il y a identité entre synthèse et aperception. L’entendement est une fonction unifiante dont la conscience résulte. Si les représentations sensibles doivent être conscientes  alors elles doivent être synthétisées selon les règles de l'entendement.

    Les catégories sont des règles de synthèse, des formes, elles ne créent pas un objet. Pour qu'il y ait connaissance il faut que ces règles aient quelque chose à synthétiser car elles ne sont que des formes vides. Elles ont besoin de quelque chose qui vienne de l’expérience.


    L'expérience possible  est la définition des conditions qui doivent être remplies pour qu'il y ait expérience, pour que des objets soient pensés. Pour déterminer ces conditions, il faut faire abstraction du contenu de l'expérience et ne retenir que les propriétés qui se retrouvent dans tous les objets. Il faut former un concept d'objet en général. Un objet sera constitué comme tel quand il sera pensé selon les catégories (quantité, qualité, etc.). L'ensemble des règles qui constitue l'objectivité est l'objet transcendantal = X.

    "Les conditions de possibilité de l'expérience sont aussi les conditions des objets de l'expérience".

    L'imagination transcendantale ce sont les catégories s'appliquant au temps pur. Les catégories prennent comme matière de leur synthèse le temps pur. Ainsi l'idée de causalité signifie n'importe quel type de production de A par B qui temporalisée devient la succession nécessaire d'événements. La notion de quantité une fois temporalisée devient le nombre.

    L'imagination transcendantale fait que les catégories se temporalisent, que les concepts a priori synthétisent l'intuition a priori, à savoir le temps. Montrer que les catégories peuvent s'appliquer au temps à l'intérieur du sujet lui-même et en faire la synthèse est l'objet de la déduction subjective. Cette synthèse des formes entraîne ensuite celle des contenus : déduction objective.

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Dim 5 Fév 2017 - 14:01

    L'imagination pure est capable de penser la succession des moments (le temps) soit comme succession objective (un événement succède à un autre) soit comme simultanéité (perception progressive d'une maison, de sa droite à sa gauche par exemple).

    Elements en présence :

           L'intuition, la perception
           L'imagination (action des catégories sur le temps)
           L'entendement avec les catégories
           L'activité originairement synthétique de l’aperception

    Le temps est la condition de tous les phénomènes (le sens externe  renvoie à l'intériorité de la perception, i.e. au sens interne, i.e. au temps). On ne prend conscience de quelque chose que dans le temps.

    La déduction subjective fait l'objet des trois synthèses étudiées dans l'analytique des concepts :

           Synthèse de l'appréhension dans l'intuition
           Synthèse de la reproduction dans l'imagination
           Synthèse de la recognition dans le concept

    Selon la déduction objective les objets de l'expérience se conforment a priori aux catégories. Les phénomènes ne pourraient  être perçus, on ne pourrait rien percevoir si cette perception n'obéissait pas aux catégories de l'entendement.

    La difficulté de tout empirisme est de saisir comment des relations vont s'appliquer à des objets qui sont extérieurs à ces relations. Kant montre que la relation, i. e. la catégorie constitue les objets. De fait si la catégorie les constitue il n' y a plus de problèmes pour savoir comme ils se laissent synthétiser par elle. Tout repose sur la synthèse de l'appréhension : sans une synhèse par les catégories il n' y aurait pas d'objet, mais un continuum spatio-temporel. Tout objet doit obéir aux catégories pour pouvoir être perçu.


    Pour Kant :

        Les relations précèdent les objets
        La conscience est synthèse
        Tous les phénomènes en tant qu'ils apparaissent sont soumis au temps.

    Expérience (Kant-Lexicon) : l'expérience est, grâce à des formes de connaissance a priori, élaboration d'un donné de nature sensible.

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Jeu 9 Fév 2017 - 18:34

    Livre II (de l'analytique transcendentale) : Analytique des principes.


    Introduction

    Les pouvoirs supérieurs de la connaissance sont : l'entendement, la faculté de juger et la raison, auxquels correspondent les concepts, les jugements et les raisonnements "en conformité directe avec les fonctions et l'ordre des facultés de l'esprit que l'on comprend sous la dénomination large d'entendement en général".

    "L'analytique des principes sera simplement  un canon pour la faculté de juger qui enseigne à celle-ci comment appliquer à des phénomènes les concepts de l'entendement qui contiennent la condition des règles a priori".


    Nous voyons ici la difficulté à comprendre le philosophe. Il englobe parfois sous le mot générique "entendement" : et la raison pure et l'entendement lui-même et la faculté de juger.

    Qu'est-ce donc cette faculté de juger ?

    Page 221 :

    "La faculté de juger est le pouvoir de subsumer (penser un fait comme l'application d'une loi, l'application de règles) sous des règles (celles de l'entendement, règles émanant des concepts purs i.e. les catégories) c'est-à-dire de distinguer si quelque chose s'inscrit ou non sous une règle donnée".

    L'entendement donne donc les règles, la faculté de juger les met pratiquement en oeuvre. Il s'agit de l'usage pratique des règles. Ou encore il s'agit du passage de la théorie à la pratique, de la théorie à l'action.

    Je peux par exemple apprendre à un élève les règles générales relatives à l'étude des fonctions, il faudra ensuite que l'élève passe à l'action en résolvant les exercices et problèmes que je vais lui soumettre. Un étudiant en médecine peut bien apprendre toutes les règles relatives à son métier il faudra bien un moment qu'il passe à l'action et qu'il soigne ses patients.

    Page 221 :

    "Cette faculté est aussi la caractéristique spécifique de ce qu'on appelle le bon sens à l'absence duquel nulle école ne peut suppléer; car une école peut bien offrir à un entendement borné une foule de règles...il faut néanmoins qu'appartienne à l'élève le pouvoir de s'en servir correctement".

    Page 223 :

    "La philosophie transcendantale a ceci de particulier qu'outre la règle (ou  plutôt la condition générale présidant à des règles) qui est donnée dans le concept pur de l'entendement, elle peut en même temps indiquer le cas a priori pour lequel la règle doit être appliquée".

    La philosophie transcendantale traite de concepts qui doivent se rapporter a priori à leurs objets.

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Sam 11 Fév 2017 - 19:19

    Chapitre I : du schématisme des concepts purs de l'entendement.

    (Pages 224 à 230)

    La question qui se pose est celle-ci : comment l'application des catégories aux phénomènes est-elle possible étant donné que les catégories sont issues de l'esprit humain (données a priori) alors que les phénomènes sont donnés par l'expérience (par la sensation qui modifie la sensibilité). Nous avons déjà eu un début de réponse dans le chapitre précédent. Les phénomènes sont une manifestation d'un état intérieur, nous sommes donc dans l'intériorité, tout comme les catégories le sont. Il reste tout de même à comprendre comment les catégories qui viennent de l'esprit vont s'appliquer aux intuitions qui sont elles issues de la sensibilité.

    Pour Kant il y a un troisième terme qui fait médiation entre la catégorie et le phénomène, entre l'intellect et le sensible  : c'est le schème transcendantal.

    Ce médiateur a une existence possible grâce à cette autre médiation : le temps. Le temps est, du côté intellect, déterminé par la catégorie qui en réalise l'unité par le moyen de règles a priori et universelles. Mais le temps est aussi une condition formelle de l'apparition du phénomène, il est la forme pure de la sensibilité sans laquelle rien ne peut apparaitre.

    Page 225 :

    "L'application de la catégorie à des phénomènes sera possible par l'intermédiaire de la détermination transcendantale du temps qui, comme schème des concepts de l'entendement, médiatise la subsomption des phénomènes sous la catégorie".


    Page 229 :

    "Le schème est  [l'accord] du phénomène ou du concept sensible d'un objet avec la catégorie".

    Nous verrons ci-après comment les schèmes réalisent cet accord. Mais il convient d'abord d'être attentif à cette distinction entre le phénomène et le concept sensible d'un objet. Le phénomène nous savons de quoi il s'agit. Mais le concept sensible d'un objet ? Ce concept sensible réfère aux figures géométriques comme le cercle ou le triangle par exemple, il réfère aussi aux concepts arithmétiques (le nombre). Nous formons ces concepts sensibles par l'intermédiaire de l'imagination pure. Rappelons que Kant inclut l'imagination dans la sensibilité (par son existence dans les formes pures de l'intuition).

    Kant reformule ses idées ainsi (page 225) :

    Les objets nous sont donnés par la modification de notre sensibilité.
    Les concepts purs doivent contenir (a priori) une "condition" sous laquelle la catégorie peut être appliquée à quelque objet. Cette condition s'applique à la forme pure de la sensibilité (le temps).
    Cette condition s'appelle le schème de la catégorie, "et la méthode que pratique l'entendement avec ces schèmes, nous l'appellerons le schématisme de l'entendement pur".

    Le schème est un produit de l'imagination mais il n'est pas une image (explication dans le prochain message).

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Lun 13 Fév 2017 - 18:38

    Kant prend l'exemple du nombre 5. Si je place 5 points l'un derrière l'autre j'ai une image. Mais si je pense  "5" (au lieu donc de le figurer par 5 points) je le pense comme méthode pour représenter le nombre 5 dans une image.

    Page 226 :

    "C'est alors cette représentation d'une méthode générale de l'imagination pour procurer à un concept son image que j'appelle le schème correspondant à ce concept".

    Les concepts sensibles purs sont construits à partir des schèmes qui existent dans la pensée et non à partir d'images. Ainsi le concept du triangle ne repose pas sur une image  mais sur une méthode de construction du triangle.

    Si je pense le cercle, c'est à partir de cette pensée du cercle que je vais construire le cercle. Le cercle va apparaitre, en construction. Comment ? en suivant une méthode, le schème. Le cercle ne surgit pas d'une image, il surgit d'une méthode de construction. La pensée du cercle ne réfère pas à une image mais à un schème, à une méthode de construction.

    Page 227 :

    "Le schème d'un concept pur de l'entendement est [...] la synthèse pure accomplie conformément à une règle de l'unité d'après des concepts en général, laquelle règle est exprimée par la catégorie."

    Le schème est un produit transcendantal de l'imagination qui détermine le sens interne dans sa forme pure (le concept) avec ses représentations, lesquelles s'articulent a priori dans un concept conformément à l'unité de l'aperception.

    Kant reconnaît que ce mécanisme, catégorie - schème - détermination du sens interne reste "un art caché dans les profondeurs de l'âme humaine, dont nous arracherons toujours difficilement les vrais mécanismes".

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Dim 19 Fév 2017 - 9:32

    La grandeur comme catégorie (quantité) a pour schème le nombre, "lequel est une représentation qui embrasse l'addition successive de l'unité à l'unité".

    Le nombre est l'unité de la synthèse du divers compris dans une intuition. Cette synthèse est possible par construction du temps dans l'appréhension de l'intuition (nous avons vu ce processus dans un chapitre précédent à propos des trois synthèses; le présent est constitué par rassemblement des moments infinitésimaux du temps).

    La réalité (catégorie de la qualité) indique l'existence dans le temps, ce qui correspond à une sensation en général.

    La négation (catégorie de la qualité) indique la non-existence dans le temps.

    Le schème d'une réalité est : quantité de quelque chose, "toute réalité est susceptible d'être représentée comme un quantum". "Le schème d'une réalité comme quantité de quelque chose est la production continue et uniforme de cette réalité dans le temps, au fil de quoi l'on descend, dans le temps, de la sensation possédant un certain degré jusqu'à sa disparition, ou bien l'on monte progressivement de la négation de cette sensation jusqu'à la grandeur qui la caractérise".

    Le schème de la substance (relation) est la persistance du réel dans le temps. "Le temps ne s'écoule pas, mais en lui s'écoule l'existence de ce qui est soumis au changement". Au temps, immuable, correspond dans le phénomène ce qui est immuable : la substance. C'est en elle que sont déterminées la succession et la simultanéité temporelles des phénomènes.

    Le schème de la cause (relation) consiste dans la succession du divers en tant qu'elle est soumise à une règle.

    Le schème de la communauté-action réciproque (relation) est la simultanéité des déterminations de l'une avec celles de l'autre d'après une règle générale.

    Le schème de la possibilité (modalité) est la détermination de la représentation d'une chose relativement à un temps quelconque.

    Le schème de la nécessité (modalité) est l'existence d'un objet en tout temps.

    Page 229 :

    "Les schèmes sont des déterminations a priori du temps d'après des règles et ces déterminatons portent sur la série du temps, le contenu du temps, l'ordre du temps et enfin l'ensemble du temps relativement à tous les objets possibles".

    Le schématisme de l'entendement vise à l'unité de l'intuition dans le sens interne et à l'unité de l'aperception.

    Les schèmes des catégories procurent à celles-ci une relation à des objets.

    Les catégories dont l'usage ne peut qu'être empirique servent à soumettre, à l'aide des principes d'une unité nécessaire a priori, des  phénomènes à des règles générales de synthèse.

    La vérité transcendantale précède toute vérité empirique et la rend possible.

    Les schèmes réalisent  les catégories mais ils les restreignent aussi à la sensibilité. Si, par exemple, nous prenons la substance et que nous mettons entre parenthèses la détermination sensible de la persistance, elle ne signifie plus qu'un quelque chose qui peut être pensé comme sujet sans être prédicat de quelque chose d'autre.
    Cette représentation n'indique pas quelles déterminations possèdent la chose qui est ainsi premier sujet.

    Page 230 :

    "Les catégories, sans schèmes, sont seulement des fonctions  de l'entendement relativement à des concepts, mais ne représentent aucun objet. Cette signification [représenter un objet] leur vient de la sensibilité, qui réalise l'entendement".

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Dim 26 Fév 2017 - 13:46

    Chapitre II : système de tous les principes de l'entendement pur.

    Première section : du principe suprême de tous les jugements analytiques.

    La condition universelle de tous nos jugements c'est qu'ils ne se contredisent pas eux-mêmes. Le principe qui énonce : à nulle chose ne convient un prédicat qui la contredise Kant l'appelle le principe de contradiction. Il constitue un critère universel bien que négatif de toute vérité.

    Dans le jugement analytique sa vérité est reconnue d'après le principe de contradiction.

    Page 232 :

    "Aussi devons-nous reconnaître au principe de contradiction la valeur de principe universel et pleinement suffisant de toute connaissance analytique".

    Rappelons qu'un jugement analytique est un jugement dans lequel le prédicat est contenu ou est extrait du sujet. Autrement dit un jugement analytique  ne nous apprend rien sur le sujet.


    Exemple (cité par Kant) : un ignorant n'est pas instruit.

    Si je lui soumets le principe de contradiction : un ignorant est instruit,  je vois que le prédicat contredit ici le sujet et ne lui convient donc pas. Que le prédicat ici ne convienne pas au sujet est donc bien une vérité. Cela dit nous sommes ici face à une évidence. Si je livre un prédicat qui contredit la définition même du sujet, je tombe sur cette proposition : une chose est ceci et n'est pas ceci, ce qui est impossible.


    Deuxième section : du principe suprême de tous les jugements synthétiques.

    Dans les jugements synthétiques il faut sortir du concept considéré (le sujet du jugement) et le rapporter à "quelque chose de tout autre que ce qui s'y trouvait pensé". Pour un tel type de jugement, considéré en lui-même, il n'y a a priori ni vérité, ni erreur. Si par exemple je dis "cette table est verte" j'émets bien un jugement synthétique (le vert n'est pas élément constitutif d'une table) dont je ne peux affirmer ni la vérité, ni la fausseté, dès lors que je m'en tiens au jugement en soi. Il faudra que je rapporte ce jugement à l'expérience pour en apprécier la vérité ou la fausseté.

    Nous avons donc là deux concepts, sujet et prédicat, dont l'un, le prédicat, n'est pas contenu dans l'autre, le sujet. Nous avons donc deux concepts "étrangers" l'un à l'autre. Comment alors pouvons-nous les rapprocher synthétiquement ? Grâce à un troisième terme, à un medium, le medium de tous les jugements synthétiques. Quel est ce medium ? C'est le sens interne et sa forme a priori, le temps. Rappelons que les représentations issues du sens externe, dont la forme pure est l'espace, sont aussi in fine représentées, interiorisées dans le sens interne.

    Kant en vient ensuite aux deux sortes de jugements synthétiques, les jugements synthétiques empiriques et les jugements synthétiques a priori.

    Si une connaissance doit avoir une réalité objective (un jugement synthétique empirique) il faut que l'objet soit donné. Donner un objet n'est pas autre chose qu'en rapporter la représentation à l'expérience effective ou possible. Même si l'expérience n'est pas effective, la possibilité de l'expérience suffit à donner de la réalité objective à toutes nos connaissances a priori.

    Les propositions synthétiques a priori en revanche paraissent inaptes à procurer de vraies connaissances puisqu'elles ne possèdent pas d'objet issu de l'expérience. Nous avons des connaissances a priori dans des jugements synthétiques qui ne réfèrent à aucune expérience, mais qui réfèrent tout de même à des objets issus de l'imagination productive et réalisés dans la forme pure de l'espace (nous pouvons produire un cercle sur une feuille de papier). Quid de ces connaissances a priori ? Elles ne sont rien sans l'expérience mais dès lors qu'elles se développent dans l'espace et que l'espace est "la condition des phénomènes constituant la matière de l'expérience externe" alors ces jugements synthétiques purs peuvent se rapporter aussi "bien que de façon seulement médiate, à l'expérience possible". "Tel est l'unique fondement sur lequel les jugements synthétiques purs font reposer la validité objective de leur synthèse". Ainsi les jugements synthétiques a priori sont possibles  (au sens : ils apportent une connaissance) si nous les relions à une expérience possible.

    Page 236 :

    "Le principe suprême de tous les jugements synthétiques est le suivant : tout objet est soumis aux conditions nécessaires de l'unité synthétique du divers de l'intuition, dans une expérience possible".

    "C'est de cette façon que des jugements synthétiques a priori sont possibles, quand nous rapportons les conditions formelles de l'intuition a priori (ces conditions sont les deux synthèses vues plus haut : celle de l'imagination et celle de l'unité nécessaire de celle-ci dans une aperception transcendantale) à une connaissance expérimentale possible (qui se substitue donc ici à la première synthèse, la synthèse de l'appréhension dans l'intuition) et que nous disons :
    Les conditions de la possibilité de l'expérience en général sont en même temps conditions de la possibilité  des objets de l'expérience  et elles ont pour cette raison une validité objective dans un jugement synthétique a priori".

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Sam 4 Mar 2017 - 13:23

    Troisième section : représentation systématique de tous les principes synthétiques.

    Toutes les lois de la nature sont soumises aux principes supérieurs de l'entendement, ces lois appliquant ces principes aux phénomènes. L'expérience fournit le cas qui est soumis à la règle, celle de l'entendement via le principe (le schème).

    L'usage de la synthèse des concepts purs de l'entendement en relation avec l'expérience possible est soit mathématique, soit dynamique.

    L'usage mathématique porte sur l'intuition dans ses conditions a priori, lesquelles sont nécessaires, l'usage dynamique porte sur l'existence d'un phénomène dont les conditions sont contingentes.

    Rapelons que Kant divise la table des catégories en deux sections dont la première se rapporte à des objets de l'intuition pure et empirique : catégories de la quantité et de la qualité, tandis que la seconde se rapporte à l'existence de ces objets soit dans la relation qu'ils entretiennent les uns avec les autres, soit en relation avec l'entendement : catégories de la relation et de la modalité. Les catégories de la première section sont : mathématiques, celles de la seconde section sont : dynamiques.

    La table des catégories sert de guide à Kant pour établir la table des principes "puisque ceux-ci ne sont rien d'autre que des règles (schèmes) pour l'usage objectif des catégories " (page 238). Soit la table suivante (avec concordance avec celle des catégories).

                      Table des principes                                                        Table des catégories

                 1) Axiomes de l'intuition                                                        1) de la quantité   

                 2) Anticipation de la perception                                             2) de la qualité

                 3) Analogies de l'expérience                                                 3) de la relation

                 4) Postulats de la pensée empirique en général                     4) de la modalité            

    Les deux premiers principes  :  axiomes de l'intuition et anticipation de la perception sont les principes mathématiques, ils donnent lieu à une certitude intuitive.

    Les deux principes suivants  :  analogies de l'expérience et postulats de la pensée empirique en général sont les principes mathématiques, ils ne sont susceptibles que d'une certitude discursive (qui repose sur le raisonnement).

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Mar 7 Mar 2017 - 9:43

    a) Axiomes de l'intuition


    Le principe en est : toutes les intuitions sont des grandeurs extensives.

    Preuve.

    Les fondements a priori des phénomènes sont les formes pures de l'intuition, l'espace et le temps. Les représentations d'un espace et d'un temps déterminés sont produites à travers la synthèse du divers, id est à travers la composition de l'homogène et la conscience de l'unité synthétique de cette diversité homogène. Ce que Kant appelle homogène ce sont les objets de même nature. Ainsi les deux triangles issus de la division d'un carré par une diagonale sont homogènes l'un à l'autre.

    Page 239 :

    "La conscience d'une diversité homogène dans l'intuition en général...est le concept d'une grandeur".

    L'unité de la composition du divers homogène est pensée dans le concept d'une grandeur.

    Page 240 :

    "Autrement dit, les phénomènes sont tous globalement des grandeurs ...et plus précisément des grandeurs extensives" (qui croissent par ajout d'unités).

    "J'appelle grandeur extensive celle où la représentation des parties rend possible la représentation et donc la précède)".

    Ainsi je peux me représenter une ligne qu'en la tirant à partir d'un point puis en lui donnant progressivement une extension. Il en est ainsi du temps. La pensée que nous avons du temps contient l'addition successive d'instants ce qui produit une certaine grandeur de temps déterminée.


    Page 240 :

    "C'est sur cette synthèse successive de l’imagination productive...que se fonde ..la géométrie avec ses axiomes exprimant les conditions de l'intuition sensible a priori sous lesquelles seulement le schème d'un concept pur...peut se mettre en place".

    Interprétation : les axiomes de la géométrie (les axiomes euclidiens à l'époque de Kant) permettent au schème d'un concept pur d'agir. Le concept pur semble être ici la catégorie de la quantité et le schème la grandeur.

    Kant cite les deux axiomes suivants : entre deux points une seule droite est possible, aucun espace n'est enfermé par deux lignes droites. Les grandeurs semblent être les lignes droites.

    Notons que Kant se place ici au niveau de l'imagination productive, celle qui est mobilisée par la spontanéité de l'entendement et non au niveau de l'imagination reproductive laquelle est empirique (mobilisée par l'expérience réelle (et non l'expérience possible) qu'il s'agit d'appréhender et de reproduire dans l'imagination).

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Dim 12 Mar 2017 - 9:43

    A côté des axiomes de la géométrie qui permettent au schème de la grandeur de se mettre en place il existe des formules numériques afférentes à l'arithmétique qui permettent la mise en place du concept de quantité (savoir combien une chose est grande). Ces formules numériques sont en général singulières en tant qu'elles portent sur des cas donnés et non sur des généralités.

    Exemple : 7 + 5 = 12 est pour Kant une proposition numérique synthétique. Cette proposition est synthétique selon lui au motif que le prédicat 12 ne peut être pensé ni dans 5 ni dans 7. J'ai déjà crtiqué plus haut cette assertion au motif que le signe égal définit  une relation d'équivalence en mathématiques, c'est-à-dire qu'il est indifférent d'écrire 7 + 5 = 12 ou 12 = 7 + 5, avec cette remarque qu'écrite ainsi cette proposition permet de penser que 7 et 5 sont ici bien pensés dans 12. Un jugement n'a pas le caractère d'une relation d'équivalence. Dans un jugement l'ordre de lecture est fondamental puisqu'il y a un sujet, une copule et un prédicat. Dans une relation d'équivalence il n' y a plus ni sujet ni prédicat. Aussi l'exemple de Kant qui pense l'égalité comme homogène à un jugement est-il limite.

    Kant oppose le caractère singulier des formules numériques de l'arithmétique au caractère général des axiomes de la géométrie. Par exemple il suffit de produire, dans l'imagination productive, trois droites quelconques (non parallèles entre elles, selon des sections suffisamment grandes pour respecter l'inégalité triangulaire) pour construire tous triangles.

    Ce principe transcendantal (toutes les intuitions sont des grandeurs extensives) rend la mathématique pure applicable aux objets de l'expérience. L'intuition empirique n'est possible que par l'intuition pure de l'espace et du temps donc ce que la géométrie dit de l'intuition pure vaut aussi pour l'intuition empirique.

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Mar 14 Mar 2017 - 14:30

    b) Anticipations de la perception

    Le principe en est : dans tous les phénomènes, le réel, qui est un objet de la sensation, possède une grandeur intensive, c'est-à-dire un degré.

    Preuve.

    La perception est la conscience empirique id est une conscience dans laquelle intervient une sensation. Les phénomènes  contiennent le réel de la sensation. Celle-ci constitue une représentation subjective par laquelle on prend conscience que le sujet est affecté. La conscience d'être affecté conduit le sujet à rapporter le réel de la sensation à un objet en soi. La notion de chose en soi exprime le corrélat général de l'affection : la conscience d'une extériorité.

    La sensation n'est pas une représentation objective, elle ne participe pas, en soi, ni à l'espace ni au temps, elle n'a donc pas de grandeur extensive. Mais il lui revient une grandeur intensive (la conscience empirique peut croitre depuis rien = 0 à une mesure donnée du réel de la sensation). Cette grandeur intensive est un degré d'influence sur les sens et doit être attribuée à tous les objets de la perception en ce que celle-ci contient de la sensation.

    Kant appelle "anticipation" toute connaissance par laquelle il est possible de déterminer a priori ce qui appartient à la connaissance empirique. La sensation ne peut, elle, être anticipée : elle appartient à l'expérience (affection par une extériorité). Néanmoins il est possible d'anticiper a priori qu'il y a un réel de la sensation caractérisé par sa grandeur intensive, par son intensité dirait-on aujourd'hui, par son degré. Ce qui est ici anticipé a priori c'est le fait donc que tout réel de la sensation a un degré.  

    Page 244 :

    "Ce qui dans l'intuition empirique correspond à la sensation est la réalité, ce qui correspond à son absence est la négation = 0". "Toute réalité dans le phénomène possède une grandeur intensive, c'est-à-dire un degré". "Le degré désigne uniquement la grandeur dont l'application est non pas successive mais instantanée".

    Toute sensation donc toute réalité présente dans le phénomène possède un degré qui peut varier et même être toujours diminué, ce qui fait qu'il y a entre réalité et négation (non-réalité) un enchainement continu de réalités possibles.

    Kant prête à la grandeur extensive (voir paragraphe précédent sur les axiomes de l'intuition) et à la qualité (ici la grandeur intensive) le caractère de la continuité. Il conçoit la continuité comme on la conçoit en mathématique, c'est-à-dire comme un déroulé sans aucune discontinuité (voir le théorème des valeurs intermédiaires par exemple). Dans une telle conception il n'existe pas de plus petite partie possible, toute partie est divisible. Ce concept de continuité n'est pas retenu en physique, confer les quanta d'énergie par exemple : il existe un plus petit quantum possible d'énergie. C'est même ce principe de continuité qui ne permettait pas de comprendre le rayonnement du corps noir jusque dans le début des années 1900. Le "quantum" d'énergie, en rompant le principe de continuité, a d'ailleurs créé une vraie stupéfaction.

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Ven 17 Mar 2017 - 8:57

    Tous les phénomènes sont donc des grandeurs continues. Mais quand la synthèse du divers du phénomène est interrompue ou achevée, la continuité du phénomène est stoppée et l'on passe alors à la synthèse d'un autre phénomène. L'agrégation de plusieurs phénomènes non continus l'un par rapport à l'autre ne remet pas en cause la continuité du phénomène en tant que quantum.

    Kant prend l'exemple de 13 thalers. Quand on les considère comme formant une quantité d'argent nous sommes dans la continuité. En effet cette quantité d'argent garde sa qualité d'argent et dans chaque partie d'argent considéré il en existe toujours une plus petite pouvant former une pièce d'argent. Mais si nous considérons ces 13 thalers, non plus sous le rapport de leur qualité, mais sous le rapport de leur nombre, il s'agit alors d'un agrégat et non plus de continuité.

    Toute réalité présente dans la perception présente un degré. Dans tout phénomène il y a une réalité  : "Ce qui veut dire (page 246) que ne peut de l'expérience jamais être tirée une preuve que l'espace est vide ou que le temps est vide". Kant critique les physiciens qui, constatant (page 247) une grande différence concernant la quantité de matière d'espèces différentes occupant un même volume, en concluent unanimement que ce volume (grandeur extensive du phénomène) doit contenir du vide". Kant souligne que ces physiciens fondent ainsi leur conclusion sur cette supposition métaphysique : le réel présent dans l'espace est de toute part d'une seule espèce (la matière considérée) et ne pourrait se différencier que par la grandeur extensive (le nombre). Il oppose aux physiciens  l'argumentation suivante : tout réel possède son degré de résistance ou de poids même si ce degré tend vers 0. En quelque sorte, pour lui, dès lors qu'il y a phénomène, il y a réalité, laquelle a un degré, même infiniment petit, il n' y a donc pas de vide. Le réel s'oppose au degré 0, il représente "quelque chose".

    Page 248 :

    "On peut faire totalement abstraction de la grandeur extensive du phénomène et se représenter pourtant dans la simple sensation, en un unique moment, une synthèse de la progression uniforme qui fait monter de 0 jusqu'à la conscience empirique donnée". Toutes les sensations possèdent cette propriété d'avoir un degré, propriété connue a priori. Il faut reconnaître que cette assertion de Kant qui défend l'idée d'une progression synthétique de l'intensité d'une sensation dans un instant unique est paradoxale, sauf à considérer que le temps n'est plus alors synthèse de moments, mais qu'il s'agit alors de temps en soi, forme "immobile".

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Jeu 23 Mar 2017 - 7:20

    c) Analogies de l'expérience

    Page 249 :

    "Le principe en est le suivant : l'expérience n'est possible que par la représentation d'une liaison nécessaire des perceptions".

    Dans la première édition Kant a écrit :

    "Le principe général en est le suivant  : tous les phénomènes sont, quant à leur existence, soumis a priori à des règles déterminant les rapports qu'ils entretiennent dans un temps".

    Le mot "représentation" doit donc être pris au sens : détermination.

    Dans l'expérience les perceptions n'entrent en rapport les unes avec les autres que de manière contingente. Aucune nécessité de leur liaison ne se dégage des perceptions elles-mêmes. Leur liaison nécessaire qui seule constitue l'expérience est le fait de concepts qui effectuent cette liaison a priori dans le temps.

    Les trois modes du temps sont la permanence, la succession et la simultanéité. D'où trois règles, trois principes structurant les rapports temporels des phéomènes, principes que Kant appelle analogies de l'expérience.

    Ces principes s'appliquent aux phénomènes sous le rapport de leur existence et du rapport qu'ils entretiennent entre eux quant à cette existence. En cela Kant qualifie ces pricipes comme étant des principes régulateurs au contraire des principes étudiés dans les deux paragraphes précédents que Kant appelle principes constitutifs car ils déterminent les phénomènes  en tant que grandeurs numériques.

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Dim 26 Mar 2017 - 11:44

    Première analogie

    Page 253 :

    "Dans tout changement connu par les phénomènes, la substance persiste".

    Texte de le première édition : "Tous les phénomènes contiennent quelque chose de permanent (substance) constituant l'objet même, et quelque chose de changeant correspondant à une simple détermination de cet objet, c'est-à-dire à un mode de son existence".

    Le temps en lequel est pensé tout changement des phénomènes ne change pas. Le temps ne peut pas être perçu en lui-même. C'est dans les phénomènes que l'on trouve le substrat qui représente le temps et ce substrat c'est la substance. L'élément permanent dans le phénomène c'est la substance.

    Le changement ne concerne pas le temps lui-même mais seulement les phénomènes inscrits dans le temps.

    Page 254 :

    "C'est par l'intermédiaire du permanent et de lui seul que l'existence reçoit, dans les diverses parties successives de la série chronologique, une grandeur que l'on appelle durée. C'est sur le fond du permanent qu'apparait la succession. Dans tous les phénomènes la dimension de permanence est la substance tandis que tout ce qui change appartient à la manière selon laquelle cette substance existe. "La substance demeure et seuls les accidents changent". Les accidents : déterminations, modes particuliers d'existence de la substance.

    Page 256 : 

    "Les détermiantions d'une substance qui ne sont que des modes particuliers de son existence s'appellent accidents". "On appelle cette existence (celle de l'accident) l'inhérence pour la distinguer de l'existence de la substance, que l'on appelle subsistance".

      La date/heure actuelle est Sam 23 Sep 2017 - 18:19