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    Critique de la raison pure

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    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Jeu 5 Jan 2017 - 8:40

    Chrome a écrit:Bonjour, 

    Je suis quelque peu perdu avec les définitions kantiennes... 

    Dans le début de la Logique transcendantale Kant écrit que notre connaissance a deux sources, à savoir:
    - La sensibilité qui nous donne des représentations
    - L'entendement qui nous permet de penser l'objet par l'intermédiaire justement de ces représentations

    Ce que je conçois assez correctement. J'avais récupéré juste avant de commencer je ne sais plus où une autre version sur un support d'aide à la lecture de la critique. Selon celui-ci, il y aurait trois sources de connaissances: la sensibilité, l'entendement et la Raison. Ces trois sources engendrent l'intuition, le concept et l'Idée comme savoirs, connaissances.


    Je vais essayer de vous répondre en avançant lentement...

    Pour Kant notre connaissance procède de deux sources, la sensibilité et l'entendement.
    Laissons pour le moment "tomber" la connaissance par idées, qui est une toute autre connaissance, une connaissance qui, selon Luc Ferry est une connaissance non d'un point de vue humain, mais d'un point de vue d'un être omniscient (j'y reviendrai).

    Mais précisons d'abord la source de toute connaissance humaine. Je cite ici Kant, premières lignes du chapitre "la logique transcendantale".

    "Notre connaissance procède de deux sources fondamentales de l'esprit, dont la première est le pouvoir de recevoir les représentations...la seconde le pouvoir de connaître par l’intermédiaire de ces représentations un objet."

    J'insiste sur les mots :

    Recevoir  : ce mot exprime le fait que nous ne créons pas, nous ne pensons pas ces représentations dans leur apparition (réfutation de l'idéalisme dogmatique).
    Connaître : ce mot exprime le fait que connaître c'est penser, c'est opérer une synthèse, une union sous un même concept de diversités.

    Plus loin :

    "Par la première [source de connaissances] nous est donné un objet, par la seconde celui-ci est  pensé... Intuition et concepts constituent donc les éléments de toute notre connaissance, si bien que ni des concepts sans une intuition...ni une intuition sans concepts ne peuvent fournir une connaissance".

    Ces deux sources sont donc : la sensibilité et l'entendement.

    Il est nécessaire de partir de ces affirmations de Kant pour construire ensuite notre pensée (construire notre pensée pour comprendre Kant). Nous partons en quelque sorte d'axiomes, de postulats, comme dans la géométrie d'Euclide. Il est important de toujours se souvenir de ces postulats, de ces fondements pour ne pas verser ensuite dans la confusion.

    Je poursuivrai plus tard mes explications.

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Jeu 5 Jan 2017 - 13:35

    Je continue mes explications.


    Vous écrivez : "Il y aurait trois sources de connaissances : la sensibilité, l'entendement et la raison. Ces trois sources engendrent l'intuition, le concept et l'idée comme savoirs, connaissances."

    Il faut faire attention. La connaissance a deux sources indissociables pour Kant : la sensibilité et l'entendement. Il n' y a donc pas une connaissance exclusivement liée  à la sensibilité et une connaissance exclusivement liée à l'entendement. Il faut ces deux sources pour arriver à une connaissance.

    Nous pouvons envisager la "connaissance" sous deux rapports. La connaissance ce peut être  d'abord l'adéquation entre la représentation que j'ai en moi d'une chose et cette chose elle-même. La chose que je perçois et dont j'ai l'image (ou la sensation) en moi est conforme à la chose en soi.

    C'est l'interrogation : est-ce que la chose que je perçois, existe quand même, telle quelle, même quand je ne la perçois pas ? Le plus commode est de dire oui : il y a adéquation entre ma perception et la chose en soi. A vrai dire nous vivons chaque jour en considérant que cette hypothèse est vraie !

    Sous un autre rapport la connaissance est déjà, en soi, synthèse. Je peux dire : l'arbre existe tel qu'il m'apparait (connaissance brute, adéquation entre ma perception et la chose en soi) mais je peux aussi dire : l'arbre est vert, l'arbre est un résineux, etc. c'est-à-dire que j'opère aussitôt des synthèses. La connaissance alors est une synthèse entre différents concepts.

    Passons à la raison comme source de connaissances.

    Ici il faut faire attention. Le mot raison est parfois employé pour désigner l'entendement, parfois pour désigner la raison pure. Si je corrige la copie d'un élève en mathématiques je peux noter : excellent raisonnement par exemple. Un bon élève, en maths, sera pour moi un élève dont le raisonnement est sûr. Raisonnement réfère bien sûr à la raison. Mais pourtant ce type de raisonnement mathématique est  en général affecté à l'entendement. L'entendement est une activité raisonnable donc ! Plutôt que de parler de raison il vaudrait mieux parler de raison pure. Le terme raison pouvant à vrai dire être aussi affecté à l'entendement.

    Donc je corrige et je dis : il y a la sensibilité, l'entendement et la raison pure.

    C'est la raison pure qui produit l'idée. Qui serait connaissance.

    De quoi s'agit il en vérité ? (à suivre).

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Jeu 5 Jan 2017 - 18:07

    J'en viens maintenant à l'Idée "opération de la raison pure" (je reprends là une locution de Luc Ferry dans son livre : Kant).
    La raison pure dans ses opérations s'appuie aussi sur l'entendement. Mais elle va en quelque sorte extraire le concept (de l'entendement) pour en faire une abstraction autonome. On pourrait aussitôt objecter que Kant distingue lui aussi des concepts purs (de l'entendement) sans relation avec la sensibilité, ce pourrait être des idées au fond ces concepts purs, mais en fait il ne les définit qu'en fonction de leur aptitude à s’appliquer à la sensibilité. Nous sommes avec Kant dans le transcendantal c'est-à-dire dans l'aptitude des concepts purs à se saisir ou à rendre compte des phénomènes sensibles.
    L'idée se déconnecte totalement de tous phénomènes. Le concept dont la raison pure s'empare  existe pour elle en soi, sans relation avec une quelconque réalité qui l'engendrerait.
    Ce sont les idées telles que Platon les définit. Prenons l'idée du cheval. Pour Platon, il existe réellement une idée, l'idée du cheval, dont tous les chevaux réels (pour nous réels) sont en fait des copies. Il n ' y a donc qu'une seule réalité : les idées, dont les copies que nous percevons ne sont que des reflets. Dans l'idéalisme il n' y a de vraie connaissance qu'à partir des idées. C'est cela que Kant réfute avec la plus grande vigueur.
    Nous pourrions prendre aussi l'idée de Dieu. La raison pure peut penser l'idée d'un Dieu à la connaissance infinie par opposition en quelque sorte avec la finitude de l'homme; il est toujours possible de penser par opposition à un concept de l'entendement; mais pour Kant, ce n'est pas parce que la raison pure peut penser Dieu (comme être parfait) que Dieu existe. (Dieu existe peut-être par l'opération de la foi, mais il ne peut pas exister par l'opération de la raison pure). Kant dénonce  ce mécanisme de la raison pure : donner l'existence à un concept dégagé de toute réalité perçue. Ce type de connaissance pour Kant est illégitime. La raison pure ne peut pas engendrer l’existence pour Kant. La raison pure, seule, ne peut pas engendrer de connaissance légitime car la raison  pure, seule, ne peut pas créer l'existence. Ce qui ne signifie pas que l'idée en soi, est inutile ! Mais elle ne peut pas être utilisée comme source de connaissance.

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Sam 7 Jan 2017 - 9:05

    Je termine avec les réponses faites à Chrome.
    Vous dites  : "La raison fournit les connaissances a priori...".
    Il y a là une erreur d'analyse du mécanisme même de la connaissance.
    Je vais prendre un exemple pratique.
    Pour faire un liant solide, en maçonnerie, il vous faut faire un mélange adéquat de ciment, de sable, de gravier et d'eau. Peut-on dire que les sources du liant sont le "savoir mélanger" ? Non, nous dirons que les sources du liant, les constituants du mélange, sont l'eau, le sable etc.
    Bien sûr il faut aussi le savoir faire. Mais nous ne dirons pas que le savoir faire est un constituant du liant. Il ne faut pas confondre les constituants de la connaissance et le fait de savoir les mettre en œuvre, ces constituants. Bien sûr la raison au sens large (pas au seul sens de : raison pure) est nécessaire à l'activité cérébrale. Mais le fait que la raison soit nécessaire à l'activité cérébrale ne signifie pas que la raison est un "matériau" de la connaissance.
    Notons, pour éviter d'être taxé de nominalisme, que la raison elle-même est une activité cérébrale, pas une "chose" existant dans l'esprit.

    Enfin, à propos des jugements synthétiques a priori qui permettent d'avoir des connaissances sans l'expérience, notons que ces jugements ne peuvent se développer pour Kant que dans les formes pures de l'intuition, l'espace et le temps. Ces connaissances restent donc toujours issues de l'intuition (dans ses formes pures) et de l'entendement (dans ses catégories).


    Je vais maintenant continuer l'étude de la Critique là où je l'avais laissée.

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Dim 8 Jan 2017 - 18:04

    Troisième section : du rapport de l'entendement à des objets en général et de la possibilité de les connaître a priori (page 188).


    Les sens, l'imagination et l'aperception sont donc les trois  sources subjectives des connaissances. (Sources subjectives au sens : traitements subjectifs de l'information). Elles sont empiriques dans leur application mais elles ont aussi des fondements a priori qui rendent possibles leur utilisation empirique (c'est là le principe même, l'essence du transcendantal).


    Les sens représentent les phénomènes dans la perception, l'imagination dans l'association (et la reproduction), l'aperception dans la conscience de l'unité des représentations avec les phénomènes dont elles sont issues, soit dans la recognition.



    Au fondement de la perception il y a la forme de l'intuition pure : le temps; au fondement de l'association, il y a la synthèse pure de l'imagination; au fondement de la conscience empirique il y a l'aperception pure c'est-à-dire l'identité complète de soi-même à travers toutes les représentations possibles.

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Lun 9 Jan 2017 - 9:59

    Il y a connection des représentations-intuition/imagination/aperception jusqu'au point de convergence dans l'unité de la connaissance qu'exige toute expérience possible.
    Toutes les représentations ont une relation nécessaire à une conscience empirique possible, laquelle entretient une relation nécessaire avec une conscience transcendantale : "C'est-à-dire avec la conscience de moi-même en tant qu'aperception originaire" [page 189-note].
    "Or il y a une unité synthétique du divers de la conscience qui est connue a priori et qui fournit ce sur quoi se fondent les propositions synthétiques a priori  qui concernent la pensée pure".

    Nous voyons là comment Kant va en arriver aux catégories.

    Cette unité de la connaissance provient de la continuelle identité de nous-mêmes vis-à-vis de toutes les représentations. C'est même, cette identité de l'aperception, la condition nécessaire  de la possibilité de toutes représentations. "Ce principe est solidement établi a priori et peut s'appeler le principe transcendantal de l'unité de tout le divers de nos représentations" (y compris le divers de l'intuition) [page 189].

    "Or l'unité du divers est synthétique : donc l'aperception pure fournit un principe de l'unité synthétique du divers dans toute intuition possible" (est encore annoncée là la catégorie).
    "Il ne faut pas laisser échapper que la simple représentation "Je"" constitue ...la conscience transcendantale".

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Lun 9 Jan 2017 - 10:14

    Ce principe de l'unité synthétique du divers vaut donc pour l'intuition possible mais vaut aussi pour l'imagination.
    "L'unité transcendantale de l'aperception se rapporte [aussi] à la synthèse pure de l'imagination" [page 190].
    "Nous appelons donc transcendantale la synthèse du divers dans l'imagination quand...elle ne s'applique a priori à rien d'autre qu'à la simple liaison du divers".
    "L'unité transcendantale de la synthèse de l'imagination est la forme pure de toute connaissance possible".

    "L'unité de l'aperception relativement à la synthèse de l'imagination est l'entendement".
    "Il y a dans l'entendement des connaissances pures a priori qui contiennent l'unité nécessaire de la synthèse pure de l'imagination vis-à-vis de tous les phénomènes possibles".

    Il s'agit là des catégories.

    "L'entendement pur, par la médiation des catégories, est un principe formel et synthétique de toutes les expériences et les phénomènes ont une relation nécessaire à l'entendement".

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Mer 11 Jan 2017 - 17:29

    Kant va ensuite faire apparaitre le lien entre l'entendement et les phénomènes par l'intermédiaire des catégories en partant de l'empirique.


    Le premier élément donné est le phénomène qui, lorsqu'il est associé à une conscience,  s’appelle : perception.

    Tout phénomène contient un divers. Les perceptions qui en découlent reproduisent dans l'imagination les moments de la perception avec leur diversité (constitution du présent par rétention dans l'imaginaire de ces moments infinitésimaux).

    Page 191 : "La reproduction [dans l'imagination des moments de la perception] doit posséder une règle en vertu de laquelle une représentation entre en liaison dans l'imagination plutôt avec l'une qu'avec l'autre".

    Page 192 : " Ce principe subjectif et empirique de la reproduction selon des règles on le nomme l'association des représentations".

    Cette association des représentations est en effet nécessaire sinon nous aurions un magma de représentations sans aucun lien les unes avec les autres nécessitant du coup une multitude de prises de conscience incompatibles avec l'unité constatée de l'aperception.

    "C'est uniquement  dans la mesure où j’inscris toutes les perceptions au compte d'une seule conscience (aperception originaire) que, de toutes les perceptions, je peux en être conscient".

    Ce fondement objectif de toute association des phénomènes je l'appelle  leur affinité".

    Ce fondement nous ne pouvons le trouver nulle part ailleurs que dans le principe de l'unité de l'aperception.

    "L'unité objective de toute conscience empirique dans une unique conscience de l'aperception originaire est donc la condition nécessaire même de toute perception possible et l'affinité proche ou lointaine de tous les phénomènes est une conséquence nécessaire d'une  synthèse intervenant dans l'imagination qui est fondée a priori sur des  règles".

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Jeu 12 Jan 2017 - 10:49

    L'imagination est un pouvoir de synthèse a priori (imagination transcendantale).

    Nous possédons une imagination pure par l'intermédiaire de laquelle nous mettons en liaison le divers de l'intuition avec l'unité de l'aperception.

    Page 193 :

    " L'expérience effective qui consiste dans l'appréhension, l'association (la reproduction) enfin la recognition des phénomènes, contient dans cette dernière et ultime opération (la recognition des éléments simplement empiriques de l'expérience) des concepts qui rendent possible l'unité formelle de l'expérience et avec elle toute validité objective (vérité) de la connaissance empirique"

    Ces concepts ce sont les catégories.

    Page 194 :

    "L'ordre et la régularité c'est donc nous-mêmes qui les introduisons dans les phénomènes que nous appelons nature".

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Sam 14 Jan 2017 - 17:45

    Page 194 :

    "Ainsi pouvons-nous désormais caractériser l'entendement comme le pouvoir des règles".

    La sensibilité nous donne les formes de l'intuition, l'entendement nous donne les règles.  Ces règles s'appellent des lois. "Ces lois sont des déterminations particulières de lois encore supérieures dont les plus élevées proviennent  a priori de l’entendement ...et ne sont pas empruntées à l'expérience, mais doivent bien plutôt procurer aux phénomènes leur conformité à des lois et ainsi précisément rendre l'expérience possible".

    "L'entendement est lui-même la législation pour la nature ce qui veut dire que sans entendement il n' y aurait nulle part de nature, c'est-à-dire d'unité synthétique du divers des phénomènes selon des règles".

    Cette nature n'est possible que dans l'unité de l'aperception.

    Page 195 :

    " Tous les phénomènes résident comme expériences possibles, a priori dans l'entendement et reçoivent de lui leur possibilité formelle, tout comme, en tant que simples intuitions, ils résident dans la sensibilité et ne sont possibles quant à la forme qu' à travers celle-ci".

    L'entendement est lui-même la source des lois de la nature. Toutes les lois empiriques sont des déterminations particulières des lois pures de l'entendement.

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Dim 15 Jan 2017 - 10:28

    Chapitre II : de la déduction des concepts purs de l'entendement (déduction transcendantale)


    La deuxième section qui suit est celle de la deuxième édition de la Critique.
    Nous avons donc réédition du titre du Chapitre II ci-dessus mais avec désormais, à partir de la deuxième section, le texte de la deuxième édition.

    Deuxième section


    La liaison d'un divers en général ne peut pas intervenir par les sens. Elle est un acte de l'entendement. Rien n'est lié dans l'objet qui ne l'a en fait été préalablement par l'entendement. La liaison n'est pas donnée par les objets, elle est accomplie par le sujet lui-même, elle est un acte de sa spontanéité.

    Le concept de liaison contient aussi celui de l'unité du divers. "La liaison est la représentation de l'unité synthétique du divers". La représentation de l'unité ne provient pas de la liaison, au contraire, elle la rend possible. Cette unité, a priori, n'est pas la catégorie de l'unité. En effet les catégories se fondent sur les fonctions logiques des jugements et dans ces jugements se trouve déjà pensée la liaison, par conséquent l'unité des concepts donnés. Il faut chercher cette unité plus haut. Nous la trouvons dans le principe de l'unité de l'aperception pure.

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Mar 17 Jan 2017 - 14:01

    Le "Je pense" doit nécessairement pouvoir accompagner toutes mes représentations. Sinon quelque chose serait représenté en moi qui ne serait pas pensé, et ce quelque chose alors serait rien pour moi.


    Page 198 :

    "La représentation qui peut être donnée avant toute pensée s'appelle intuition. Tout le divers de  l'intuition entretient une relation au "je pense", dans le même sujet où ce divers se rencontre. Mais cette représentation [je pense] est un acte de la spontanéité, c'est-à-dire qu'elle ne peut pas être considérée comme appartenant à la sensibilité. Je l'appelle l’aperception pure...ou encore aperception originaire, parce qu'elle est cette conscience de soi qui " ... produit la représentation : "je pense".

    La conscience empirique qui accompagne des représentations diverses est dispersée. Sa relation à l'identité du sujet s'effectue par ajout d'une représentation à l'autre.

    Page 199 :
     
    "Ce n'est que dans la mesure où je peux lier dans une conscience un divers de représentations données qu'il m'est possible de me représenter l'identité de la conscience  dans ces représentations mêmes".

    Page 200

    "L'unité synthétique du divers des intuitions ...est le fondement de l'identité de l'aperception elle-même, qui précède a priori toute ma pensée déterminée".

    Mais la liaison n'est pas dans les objets, elle n'est donc pas empruntée à ma perception et reçue par l'entendement, au contraire elle est une opération de l'entendement, lequel est le pouvoir de lier a priori le divers des représentations dans l'unité de l'aperception "principe suprême de toute connaissance humaine".

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Mer 18 Jan 2017 - 19:12

    La possibilité de toute intuition relativement à la sensibilité consiste en ce que le divers de l'intuition est soumis aux formes a priori de l'espace et du temps. Cette même possibilité, relativement à l'entendement, consiste en ce que le divers de l’intuition  est soumis aux conditions de l’unité originairement synthétique de l’aperception.
    Dans le premier cas ce divers nous est donné, dans le second cas les représentations sont liées dans une conscience.

    Page 201 :


    "L'entendement est le pouvoir des connaissances. Celles-ci consistent dans la relation déterminée de représentations données à un objet; mais l'objet est ce que dans le concept de quoi le divers d'une intuition donnée se trouve réunie".

    Cette réunion requiert l'unité de la conscience.

    "L'unité de la conscience est cela seul qui constitue la relation des représentations à un objet, donc leur validité objective : c'est ainsi qu'elles deviennent des connaissances".

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Ven 20 Jan 2017 - 10:33

    Je vais reprendre ici l'analyse des pages 197 à 205. Le problème tient à ce que la lecture de Kant, mot à mot, finit par devenir impossible. L'auteur fait sans cesse des allers-retours sur des notions dont il ne parle jamais de manière totalement identique. Du coup il est nécessaire de lire des passages entiers puis de les refondre dans une synthèse pour en tirer une structure intelligible. Je comprends mieux Luc Ferry quand il a écrit qu'il lui a fallu 5 ans pour lire la Critique, et encore il n'est pas sûr d'avoir vraiment tout élucidé de ce texte. Selon lui seules 3 ou 4 personnes en France auraient lu la Critique de fond en comble !!!
    Il pourrait donc paraître  vain de continuer une telle étude. Pourtant je vois ce que Kant m'apporte. A force de le lire, j'ai fini par me mettre dans la tête que , par exemple, l'espace et le temps n'existent pas comme objets. Certes beaucoup de penseurs et de scientifiques vont sourire et dire "nous savons depuis longtemps que l'espace et le temps ne sont pas des objets" mais quand j'observe ensuite leur comportement, non plus dans le débat d'idées, mais dans l'action, leur action sociale, professionnelle, sociale etc; je me rends compte qu'ils continuent de parler de l'espace et du temps comme étant des objets ! Ainsi, malgré ce qu'ils en disent ils n'ont pas du tout réussi à intérioriser ce fait que l'espace et le temps ne sont pas des objets. J'en veux pour preuve les manuels scolaires, où ces grands esprits ne se rendent pas compte qu'utiliser des locutions de ce type :"L'écoulement du temps" en physique est navrant. Car comment alors expliquer à mes élèves que le temps n'est pas un objet si ces grands esprits parlent sans cesse du temps comme d'un objet ? Sans d'ailleurs jamais être capables, dans aucun manuel, à définir ce qu'est le temps !  Car pour le définir il faudrait qu'ils concèdent, enfin ! que l'espace et le temps ne sont pas des objets. Il y a là un manque de rigueur dont je me demande s'il n'est pas propre à notre pays.

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Dim 22 Jan 2017 - 17:11

    Je reprends l'étude de la page 197 à 205.

    Le "je pense" doit nécessairement pouvoir accompagner toutes mes représentations. Cette représentation [je pense] est un acte de la spontanéité. Cette représentation Kant l'appelle l'aperception pure ou encore l'aperception originaire, elle est la conscience de soi. Cette représentation est une et identique et accompagne toutes les autres. L'unité de cette représentation est l'unité transcendantale de la conscience de soi [pour désigner la possibilité de la connaissance a priori qui en procède]. Le seul fait que je parle des représentations comme étant mes représentations présuppose cette conscience de soi.

    C'est seulement parce que je peux saisir le divers des représentations en une conscience que je les nomme toutes mes représentations.


    Le divers de l'intuition, soumis aux conditions formelles de l'espace et du temps est donné. Mais ce divers de l'intuition est aussi soumis aux conditions de l'unité originairement synthétique de l'aperception, ce qui signifie que ce divers des représentations doit être lié dans une conscience de soi.

    L'objet est ce en quoi le divers d'une intuition donnée se trouve réuni. Si nous appelons connaissance la réunion des représentations en un objet, alors l'entendement qui opère cette réunion est le pouvoir des connaissances. Cette réunion des  représentations requiert l'unité de la conscience. C'est cette unité qui constitue la relation des représentations à un objet et qui engendre la connaissance objective.

    Il faut donc d'abord poser le principe de l'unité synthétique originaire de l'aperception.  Cette unité est une condition objective de toute connaissance. Toute intuition doit lui être soumise afin qu'elle devienne pour moi un objet.

    Ensuite Kant pose l'unité transcendantale de l'aperception [l'unité du je pense] par laquelle le divers de l'intuition est réuni en un concept de l'objet.

    Le divers de l'intuition est donc soumis à l'unité originaire de la conscience à travers sa relation nécessaire au seul et unique : je pense.

    Un jugement est la manière de rapporter des représentations données à l'unité objective de l'aperception. C'est la copule "est" qui réalise l'unité  objective. Elle désigne la relation de ces représentations à l'aperception originaire et leur unité nécessaire.

    Prenons l'exemple : "les corps sont pesants". Dans l'intuition empirique les deux représentations [corps et pesants] ne se rapportent pas nécessairement l'une à l'autre, mais elles vont se rapporter l'une à l'autre grâce à l'unité nécessaire de l'aperception. Le jugement procède de ce rapport et lie ces deux représentations dans l'objet. Sans le jugement il n'y a  qu'association des représentations : "quand je porte un corps, je sens une impression de pesanteur", nous sommes alors dans la subjectivité du sujet, tandis que, dans le jugement, les deux représentations sont liées dans l'objet, dans l'indifférence totale de l'état du sujet. C'est ainsi que nous atteignons l'objectivité.

    L'acte de l'entendement par lequel le divers des représentations données (intuition et concepts) est ramené sous l'aperception est la fonction logique des jugements. Ces fonctions du jugement sont les catégories.

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Lun 23 Jan 2017 - 16:08

    Synthèse pages 205 à 208.

    Le divers donné à l'intuition précède la synthèse de l'entendement. Le pouvoir de celui-ci consiste dans l'acte [la pensée] de ramener à l'unité de l'aperception la synthèse du divers qu'il réalise au moyen des catégories.


    Kant revient sur certaines précisions :

    Page 206 :

    "Se forger la pensée d'un objet et connaître un objet, ce n'est pas la même chose".
    Un objet est pensé par l'entendement par le truchement de la catégorie, mais l'objet est constitué à partir du divers du donné de l'intuition sensible. Pour qu'il y ait connaissance il faut qu'il y ait un objet, lequel est constitué à partir du donné de l'intuition sensible.

    Rappel de Kant.

    L'intuition sensible est ou intuition pure (espace et temps) ou intuition empirique (sensation mise en forme dans l'espace et le temps).
    Par l'intuition pure  (espace et temps) nous pouvons obtenir a priori des objets mathématiques  mais uniquement dans leur forme. Par conséquent les concepts mathématiques ne sont pas des connaissances. Ils ne deviennent parties prenantes de la connaissance que si des perceptions s'imbriquent dans ces formes mathématiques. De  même les concepts purs de l’entendement quand il sont appliqués  aux intuitions a priori (objets mathématiques) ne procurent des connaissances que si ces intuitions  peuvent être appliquées à des intuitions empiriques.

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Dim 29 Jan 2017 - 10:16

    Page 208 à page 214.

    Note de Kant sur l'imagination : "L'imagination est le pouvoir de se représenter un objet dans l'intuition même sans sa présence".

    L'imagination appartient à la sensibilité.

    Quand l'imagination est spontanéité, Kant l'appelle imagination productrice. Il la distingue de l'imagination reproductrice dont la synthèse est soumise exclusivement à des lois empiriques, celles de l'association. Il qualifie l'imagination productrice d'imagination transcendantale alors que l'imagination reproductrice reste empirique.

    La synthèse du divers de l'intuition sensible est appelée par Kant synthèse figurée, tandis que la synthèse du divers de l'intuition en général est appelée synthèse intellectuelle.

    Kant revient sur son exposition de la forme du sens interne. Le sens interne nous présente tels que nous nous apparaissons de façon phénoménale et non tels que nous sommes (parallélisme avec le sens externe). Mais l'entendement par le pouvoir de l'imagination transcendantale peut exercer sur le sujet passif une action telle que le sens interne est affecté. C'est ainsi que nous pouvons déterminer le sens interne quant à sa forme (nous nous représentons un cercle quand nous pensons le cercle). Kant fait ce parallèle avec le sens externe :

    Page 212 :

    "Si nous convenons, à propos des choses extérieures  [chose en soi] que nous ne connaissons des objets que pour autant que nous soyons extérieurement affectés [les phénomènes] il nous faut aussi reconnaître à propos du sens interne que nous sommes affectés intérieurement par nous-mêmes c'est-à-dire qu'en ce qui concerne l’intuition interne, nous ne connaissons notre propre subjectivité que comme phénomène, mais non d'après ce qu'elle est en soi".

    Notre propre subjectivité est donc en quelque sorte l'équivalent de la chose en soi pour le sens externe.

    Qu'est-ce que donc la conscience de soi ?

    "J'ai conscience de moi-même non pas tel que je m'apparais phénoménalement; ni  non plus tel que je suis en moi même". "J'ai seulement conscience du fait que je suis".


    "Cette représentation est une pensée, non une intuition".


    Une pensée n'est pas une connaissance tant qu'elle n'est pas liée à une intuition. Je ne peux pas avoir connaissance de moi tel que je suis mais tel que je m'apparais.

    La conscience  de soi n'est donc pas connaissance de soi.

    Page 214 :

    "J'ai besoin pour la connaissance de moi-même non seulement de la conscience de moi-même mais aussi d'une intuition du divers présent en moi".

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Mar 31 Jan 2017 - 15:22

    Page 214 à 216.

    Précisions de Kant quant à quelques définitions.

    Déduction métaphysique : démonstration de l'origine a priori des catégories par leur parfait accord avec les fonctions logiques universelles de la pensée (table des jugements).

    Déduction transcendantale : démonstration de la possibilité des catégories comme connaisances a priori des objets d'une intuition.

    Synthèse de l'appréhension : réunion du divers dans une intuition empirique.

    Perception : conscience empirique de cette intuition empirique; c'est la réunion du divers (synthèse de l'appréhension) qui rend cette perception possible.

    L'unité de la synthèse (l'unité donc de la réunion du divers dans l'intuition empirique) est donnée a priori. Cette unité synthétique est soumise aux catégories.

    Prenons l'exemple de la perception d'une maison. Il y a appréhension du divers et réunion de ce divers [le divers constitué par chaque partie de la maison est réuni en  la "maison"] en une unité nécessaire (de l'espace avec l'intuition sensible qui lui correspond). Cette unité a son siège dans l'entendement, cette unité constitue la catégorie de la quantité.

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Mer 1 Fév 2017 - 11:02

    Se pose cette question, formulable sous les formes suivantes :

    Comment peut-on connaître a priori, par l’intermédiaire des catégories, des objets qui ne se donnent qu'à nos sens?
    Comment est-il possible de prescrire à la nature sa loi ?
    Comment comprendre que la nature doive se régler sur les catégories ?
    Comment les catégories peuvent déterminer a priori la liaison du divers de la nature sans tirer de celle-ci cette liaison ?

    En fait les phénomènes ne sont que des représentations des choses en soi, inaccessibles à la connaissance humaine. En tant que simples représentations  ils ne sont soumis qu'au pouvoir des catégories. Nous revenons ici à notre image du verre "cogné" par un objet qui lui est extérieur. L'onde qui se propage à travers le verre n'est pas évidemment pas l'objet qui a "cogné" le verre, il n' y a aucune homogénéité entre l'objet et l'onde bien sûr, l'un n'est pas l'autre. L'onde elle-même est réglée par la nature du verre et non par la nature de l'objet extérieur. Il en est de même de l’esprit humain. Il subit dans l'expérience une perturbation interne  qui n'est en rien identique à ce qui est à l'origine de cette perturbation. Cette perturbation interne est réglée par les lois de l'esprit humain et non par les lois de la chose en soi.

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Ven 3 Fév 2017 - 9:48

    Conclusion de l'analytique des concepts (page 218 à 220).

    Nous ne pouvons penser nul objet que par l’intermédiaire des catégories.
    Nous ne pouvons connaître nul objet que par l'intermédiaire des intuitions.
    "Par conséquent nulle connaissance a priori ne nous est possible que celle qui est exclusivement connaissance d'objets d'expérience possible".

    Fin  de l'analytique des concepts.



    Note sur le sens du mot spontanéité (source : Kant-Lexikon de Rudolf Eisler) :

    La spontanéité est une action qui procède d'un principe interne. Elle est la faculté de produire soi-même des représentations.

      La date/heure actuelle est Mer 20 Sep 2017 - 0:31