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    Critique de la raison pure

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    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Jeu 21 Juil 2016 - 9:57

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:
     une poule ne fait pas la différence entre un grain de maïs et un autre. 
     quand une poule picore, elle distingue un grain d'un autre; elle a cette capacité de distinction.

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Jeu 21 Juil 2016 - 10:03

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:
    Tout ce que nous percevons sont des abstractions. 
    Non tout ce que nous percevons, par définition, puisque cela nous vient des sens, sont des intuitions, pas des abstractions; les intuitions sont une connaissance directe, spontanée des choses.
    (Nous sommes là, vous et moi, en train d'utiliser notre raison ! qui consiste à : séparer, définir, nommer). 
    Tout ce qui est de l'ordre de la perception est : intuition. Pas abstraction. L'intuition c'est :  toute connaissance donnée par l'expérience (ça ne vient pas de nous, nous ne créons pas l'expérience, il y a ce coté nécessairement passif dans la perception, passif au sens que ce n'est pas nous qui créons l'événement, nous le recevons, du coup nous ne sommes pas dans l'abstraction, pas du tout).
    Mais je pense que vous confondez abstraction au sens philosophique et abstraction aux sens sciences physiques, abstraction en tant qu'extraction.

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Jeu 21 Juil 2016 - 10:08

    Je continuerai de vous répondre plus tard; je vous demande de me laisser terminer mes réponses avant de me questionner à nouveau !  sinon je vais me trouver débordé ! :lol::lol::lol:

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Jeu 21 Juil 2016 - 12:43

    Je transporte ici un partie de votre message privé, car cette partie a une valeur publique (je ne transporte pas ici ce qui reste privé)

     Vous m'écrivez  : 

    "C'est cela l'abstraction, abstraire une chose par rapport aux choses que nous pouvons distinguer pour pouvoir la considérer comme étant similaire (le même genre de chose) à une chose qui lui ressemblerait. Pour l'enfant, ce n'est pas la fonction du cerveau qui produit l'image, qui est abstraite, mais c'est l'image qui se forme dans le cerveau qui est une abstraction, car il pourra la reconnaître comme étant la même qu'une autre qui aura les mêmes caractéristiques. Ce que je veux montrer par cet exemple, c'est que l'enfant n'a pas l'intuition qu'il s'agit d'un arbre (à l'inverse de la poule pour le grain de maïs), car il doit l'apprendre avant, il faut que son père le lui dise. La raison s'apprend, elle n'est pas innée.  L'entendement est l'aptitude à comprendre, lorsque l'enfant connaît cette forme, il n'en connaît rien tant qu'il n'a pas acquis une connaissance qui lui permet de comprendre de quoi il s'agit. Il ne peut donc pas comprendre ("entendre") de quoi il s'agit simplement en la percevant pour la première fois, ni même la seconde (où il peut la reconnaître), tant que quelqu'un ne lui a pas enseigné de quoi il s'agissait".


    Le philosophie, finalement je m'en rends compte en vous lisant, a quand même par certains côtés le caractère d'une science. Je veux dire par là  que la philosophie emploie des mots dont le sens est en quelque sorte codifié, un sens sur lequel les philosophes s'entendent.

    Vous voulez définir les mots comme vous vous pensez qu'ils doivent être définis. Pourquoi pas, mais alors nous ne pouvons plus en effet nous comprendre ! Il faut que vous acceptiez de prendre les mots de la philosophie de Kant dans le sens que lui, leur donne. c'est-à-dire qu'il faut prendre le temps de laisser de côté nos propres définitions  et d'accepter les siennes.  Vous définissez l'entendement comme l'aptitude à comprendre, pourquoi pas. Mais moi je suis bien obligé pour comprendre Kant de partir de l'entendement tel que lui le conçoit ou tel que lui le définit, comme l'aptitude à créer des concepts.

    De même l'intuition ce n'est pas ce que vous pensez, l'intuition, chez Kant, c'est la sensation mise en forme dans l'espace et le temps. C'est un fait physique si vous voulez et tout enfant a donc des intuitions et tout animal aussi, puisque l'intuition c'est en quelque sorte une "impression" dans votre cerveau. Et bien sûr que l'enfant reçoit cette impression.

    Vous me dites "c'est cela l'abstraction" oui, d'accord, vous avez le droit de définir l'abstraction ainsi, mais je suis bien obligé de partir de l'abstraction telle que le conçoit Kant ! Et l'abstraction c'est là encore la mise en concept du divers.

    Vous pouvez bien sûr utiliser Kant pour créer votre système de pensée subjectif, avec des définitions subjectives, mais là vous me forcez à rentrer dans votre vision subjective du monde, et là non, je dis stop ! car je suis dans un travail sur Kant, et je ne pourrai pas m'en sortir si je dois rentrer dans votre système à vous. Si vous voulez comprendre Kant il est nécessaire que vous acceptiez ses définitions !

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Jeu 21 Juil 2016 - 12:53

    Vous écrivez : 


    "Ce que je veux montrer par cet exemple, c'est que l'enfant n'a pas l'intuition qu'il s'agit d'un arbre" 


    Ici vous faire une erreur sur le sens des mots. Bien sûr que si,  l'enfant a l'intuition de l'arbre, puisque l'intuition c'est la sensation ! quand il voit l'arbre, il le voit! le voir c'est bien recevoir en lui une sensation. C'est ça l'intuition selon Kant. Vous aurez beau me dire le contraire, moi je vous dis que lorsque le photon dont la longeur d'onde est celle du vert percute les cellules rétiniennes de l'enfant, oui il y a percussion, oui il y a sensation, oui cette sensation est aussitôt mise en forme dans l'espace et le temps. Et oui l'enfant perçoit, son cerveau perçoit quelque chose (le phénomène). 
    Là où vous faites erreur c'est à propos du mot "arbre". Bien sûr que l'enfant ne sait pas que cette chose qu'il voit  répond au mot "arbre" mais la nomination n'est pas l'œuvre de l'intuition, de la sensation, c'est l'œuvre de l'entendement. 

    Si je rends publics ces échanges c'est qu'ils sont utiles à d'autres lecteurs, pour lesquels vos questions  permettent de mieux fixer leurs idées.

    Je ne rends public bien sûr que ce qui a un caractère public.

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Jeu 21 Juil 2016 - 13:00

    Vous écrivez :

    "La raison s'apprend, elle n'est pas innée"


    Mais non la raison ne s'apprend pas ! C'est comme si vous me disiez : le vue s'apprend, les muscles s'apprennent. Là encore confusion dans le sens des mots; ce qui s'apprend s'est l'usage de la raison, la raison est une aptitude mentale de l'homme; c'est une faculté. 

    C'est comme si vous me disiez que les organes de la parole s'apprennent; non les organes de la parole sont bien là, chez le bébé, mais il faut lui en apprende l'usage.

    La raison est innée, ou plutôt elle est une faculté innée, mais ce qui soit s'apprendre, c'est son usage.

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Jeu 21 Juil 2016 - 13:17

    Vous m'écrivez ceci :


    "Ce n'est pas gênant que Kant utilise le mot entendement dans le sens qu'il veut, si nous comprenons l'écart par rapport à la façon dont nous le comprenons naturellement. Par ailleurs, je voulais démystifier les mots de abstraction, chose, concept, nom commun qui ne sont qu'une vision différente d'une même chose. Car cela rend la compréhension (pour moi et pour Anna) plus fluide. Si vous pensez qu'il s'agit de choses différentes, ce n'est pas nécessaire que je cherche à vous comprendre, nous ne parlons pas la même langue".



    Mais pour comprendre un auteur il faut tout de même le suivre dans la définition des mots qu'il emploie. C'est bien pour cela que j'ai près de moi  le Lexikon, deux livres de 600 pages chacun, pour tenter de comprendre le vocabulaire de Kant ! Pour entrer dans la pensée d'un auteur comme Kant il faut en effet travailler, travailler longtemps, accepter de se dépouiller de ces certitudes. Oui tout cela demande un sacré travail et du temps. La philosophie cela demande autant d'efforts que d'entrer par exemple dans la théorie de la relativité d'Eisntein. Et si vous entrez dans la théorie de la relativité vous êtes obligé d'apprendre les briques du raisonnement d'Einstein, c'est-à-dire d'apprendre par exemple  les mathématiques. Et d'accepter le sens donné aux éléments de la mathématique. Si nous ne nous entendons pas sur un sens commun des mots il n' y plus d'objectivité possible. Et je ne peux pas  vous suivre dans votre monde, car je suis dans celui de Kant. Je ne peux pas rentrer dans tous les mondes possibles.




    "
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    Hervé BOURGOIS

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  Hervé BOURGOIS le Jeu 21 Juil 2016 - 15:10

    J'ai l'impression que nous regardons une même chose chacun d'un côté différent.
    Je ne veux donc pas répondre trop rapidement.

    Il y a juste un point que je tiens à préciser : je ne cherche pas à nier votre travail, mais j'avais cru comprendre qu'initialement il s'agissait d'expliquer la pensée de Kant à des non initiés et c'est cela qui m'intéressait. Nous avons la connaissance de la signification des mots par rapport à la façon dont nous les utilisons, et nous les utilisons en discutant avec d'autres personnes. Un dictionnaire recense alors la façon dont les mots sont utilisés, le sens commun qui leur est donné. Ce n'est pas l'inverse, le mot n'a pas une signification en soi. En s'éloignant de ce sens, vous ne vous adressez plus qu'aux initiés, car ce sont les pensées de Kant qui vont définir le sens des mots, il ne s'agit pas seulement de transposer la signification des mots pour les comprendre. Cela rend ainsi vos propos incompréhensibles à ceux qui n'ont pas appris ce que signifiaient les pensées de Kant. Et comme vous le dites vous mêmes, c'est un travail considérable dont l'intérêt est discutable pour ceux qui ne sont pas... (je cherche le mot) philosophe de métier, ce qui n'est pas mon ambition.

    Je prends comme hypothèse que Kant n'a pas changé la signification des mots, il a utilisé ceux de son époque et il a cherché à comprendre plus en profondeur les choses qu'ils désignent. Lorsque cela ne lui convenait pas, il en a créé d'autres (c'est pour cela que je m'intéresse à la différence entre chose et chose en soi car pour moi il aurait pu exprimer les mêmes pensées sans créer de mot, j'ai donc dû loupé quelque chose). Ainsi, lorsqu'il utilise le mot entendement au lieu de raison, c'est parce le mot raison (qui a changé de signification) ne lui permettait pas d'exprimer sa pensée. Il se trouve que le mot entendement à la même signification aujourd'hui et à son époque. La façon dont l'utilise Kant est acceptable aujourd'hui, bien qu'il serait plus juste d'utiliser raisonnement. Mais, ce mot à une autre facette de la même chose, en l'ignorant nous ne voyons pas la limite du raisonnement de Kant (par limite, je veux dire le cadre auquel il s'applique).

    Je peux donc tenter à nouveau l'exercice en m'appuyant sur le dictionnaire de l'académie française pour vous répondre (ou à d'autres références). Mais, je ne suis pas certain que cela vous intéresse, l'enjeu est de me faire comprendre Kant, pour vous cela n'a pas d'autre intérêt... Cela m'intéresse car il a une définition de la réalité assez similaire à la mienne et que je constate que personne ne la comprend (par personne je veux dire par là que si vous interrogez les gens dans la rue, ils vous en donneront généralement une autre). Mais cela passe par une compréhension commune d'un certain nombre de choses. Nous risquons par ailleurs de ne pas y arriver, la vitesse à laquelle vous avez répondu sans même chercher à comprendre ce que je voulais signifier est un mauvais présage. Par exemple, si vous pensez qu'un enfant peut désigner un arbre et dire arbre sans l'avoir appris nous ne nous comprendrons pas, si vous pensez que la faculté cognitive qui lui permet d'associer le mot arbre à ce qu'il perçoit est innée, non seulement je suis d'accord mais je n'ai jamais dit le contraire. Ainsi, Kant nous dit que "entendre" (raisonner) est la faculté qui permet de créer le mot arbre, et par là-même (ou ensuite), de créer le concept. Je suis d'accord, mais c'est la même faculté qui permet à l'enfant d'utiliser ce concept alors que ce n'est pas lui qui l'a créé, qu'il l'a simplement appris. Il semble que Kant ne s'intéresse pas à cette facette, c'est son droit, mais cela peut conduire à des incompréhensions si nous l'ignorons.

    J'attends donc votre feu vert avant de continuer, d'autant plus que pour moi aussi, c'est un travail important, et que mon enjeu n'est pas plus gratifiant que le vôtre. Cette requête de ma part demande réflexion, ne répondez pas trop vite. D'autant plus que mon intérêt n'est pas de comprendre Kant sans aucun recul. Par exemple, je ne suis ni certain que vous ayez compris toutes les implications de la réalité en soi, ni même que Kant l'ait toujours appliquée dans ses raisonnements. Ne le prenez pas mal, ce ne sont pour l'instant que des opinions. Mais mon propre travail de compréhension peut nous amener en dehors du cadre de votre étude, ce que vous ne souhaitez peut-être pas. Enfin, j'arrive un peu tard dans le sujet et comme je le reprends depuis le début, cela peut être très perturbant pour votre travail. Vous voyez que je ne suis donc pas moi-même convaincu que cela soit intéressant  de m'impliquer dans votre thème.
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    BOUDOU

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  BOUDOU le Jeu 21 Juil 2016 - 16:00



    Ensemble d'informations / Objet  /  Abstraction

    Les actes logiques de l’entendement qui produisent les concepts selon la forme sont :
    - la comparaison (Comparation) c’est-à-dire la confrontation (Vergleichung) des représentations entre elles en relation avec l’unité de la conscience.
    - la réflexion (Reflexion) c’est-à-dire la prise en considération (Ueberlegung) de la manière dont diverses représentations peuvent être saisies (begriffen) dans une conscience.
    - enfin l'abstraction, (Abstraction) ou la séparation (Absonderung) de tout ce en quoi pour le reste les représentations données se distinguent.

    Comme l'espace, le temps est une abstraction permettant de concevoir l'existence d'objets physiques présents à l'esprit (perçus par le sens interne) à un instant donné. Il est unique, continu et vide. C'est une abstraction absolument à priori. Je est une abstraction pure avec laquelle l'homme se pense en tant que sujet. Ce n'est pas un phénomène, car Je n'a ni forme ni matière, et ce n'est pas une chose en soi ; c'est un concept rationnel. Kant constate que la conscience de soi, qui suppose la notion de Je (Moi), ne peut correspondre à un objet physique, que c'est donc une abstraction pure ("vide de contenu"). Pour Kant ce n'est même pas un concept, car ayant une représentation vide et un nom mais pas de contenu définissable il n'est ni associé à un phénomène ni généré par l'entendement ; en pratique, il n'y a cependant pas d'inconvénient à considérer Je comme un concept vide, pour tenir compte du fait que l'interprétation de la représentation vide du sens interne par le psychisme est spontanée. La chose en soi d'un objet réel est une abstraction qui le représente dans sa nature propre, indépendamment de toute possibilité d'expérience, donc de toute condition d'existence. La liste des informations d'une chose en soi est donc complète : elle contient tout ce qui définit son objet, tout ce qui suffirait pour en fabriquer un s'il était œuvre humaine ou produit de la nature, ou tout ce qu'on peut en voir ou non qui appartient à sa définition. Mais la liste des informations d'une chose en soi ne peut contenir l'existence de cette chose, car une même liste pourrait correspondre à zéro, une ou plusieurs choses. Ainsi, par exemple, quelle que soit la définition de Dieu elle ne peut contenir son existence. Cette liste est absolue : indépendante du temps, de l'espace et des circonstances, c'est une Idée pure. Elle ne peut donc être ni cause efficace ni conséquence de quelque chose ; abstraction pure, elle n'a pas de réalité physique. Une chose en soi est inconnaissable, elle est seulement intelligible. On ne peut donc pas rapporter le divers d'un phénomène ou d'une intuition directement à une chose en soi, il faut passer par l'entendement et éventuellement la raison. Par définition, une chose en soi aurait une représentation qui en serait l'image parfaite si on pouvait en connaître toutes les informations, mais on ne le peut pas. La conscience empirique ne nous donne, dans la représentation d'un objet perçu, que la forme de l'intuition (l'espace et le temps) et celle de sa pensée (les catégories) ; les informations de ces formes constituent le conditionné de l'objet. Il y a donc des informations de l'objet réel et de sa chose en soi qu'une expérience ne nous donne pas : elles font partie de l'inconditionné, qui contient toutes les informations de la chose en soi. La réalité et sa chose en soi ne sont donc pas connaissables par l'expérience, notre représentation d'origine sensible n'en étant qu'une approximation incomplète et sujette à des apparences. La chose en soi contient donc le maximum possible d'informations sur son objet, c'est une limite. Une chose en soi peut être pure imagination ; et si elle ne correspond pas à une possibilité d'expérience tout en étant intelligible, elle peut être un noumène (au sens positif).
     
    A la fin de la section Des Idées en général, Kant résume la décomposition hiérarchique du concept de représentation comme suit :  
    Le terme générique est celui de représentation en général (reprsesentatio), dont la représentation accompagnée de conscience (perceptio) est une espèce. Une perception qui se rapporte uniquement au sujet, comme modification de son état, est sensation (sensatio), une perception objective est connaissance (cognitio). Cette dernière est ou intuition ou concept (intuitus vel conceptus). L'intuition se rapporte immédiatement à l'objet et est singulière ; le concept s'y rapporte médiatement, au moyen d'un signe qui peut être commun à plusieurs choses. Le concept est ou empirique ou pur, et le concept pur, en tant qu'il a uniquement son origine dans l'entendement (et non dans une image pure de la sensibilité) s'appelle notion. Un concept tiré de notions et qui dépasse la possibilité de l'expérience est l'idée ou concept rationnel. Une fois habitué à ces distinctions, on ne pourra plus supporter d'entendre appeler idée la représentation de la couleur rouge qu'il ne faut même pas appeler notion (concept de l'entendement).

    Dondeyne Albert. L'abstraction.
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    La remarque que fait Kant au seuil de sa Critique de la raison pure — faisant écho aux réflexions si pénétrantes de Hume — gardera toujours sa valeur ; elle dénonce un problème séculaire : « L'expérience nous apprend bien que quelque chose est de telle ou telle manière, mais non point que cela ne peut pas être autrement... .Nécessité et stricte universalité sont les marques sûres d'une connaissance a priori ». Nous voilà donc de nouveau en face du dilemme, auquel nous nous étions heurtés en examinant la. Solution réaliste. Vouloir fonder le transcendental et le transcendant sur un donné concret, le métempirique sur une expérience, c'est, semble-t- il, vider le transcendental et le métempirique de leur valeur propre. Par contre, enlever aux constructions métaphysiques leur base existentielle concrète, n'est-ce pas professer un dogmatisme critiquement intenable ? Comme on le voit, la difficulté provient de ce que, d'une part, le savoir humain se développe à partir de l'intuition du réel concret, qu'il a besoin de pareille intuition pour se justifier ; tandis que, d'autre part, les valeurs universelles et nécessaires, qu'envisage la métaphysique, semblent échapper à cette intuition originaire. L'esprit humain ne trouve pas le nécessaire, l'universel, le transcendental et le transcendant, tout donnés dans une présence. Il les affirme. La métaphysique humaine procédera toujours par concepts et affirmations. Et derechef le recours à l'idée d'abstraction ne suffira pas à nous faire sortir de l'impasse, vu l'effrayante ambiguïté de ce terme.
    Selon Kant….connaître, c'est se dire à soi-même ce que les choses sont et comment elles sont ; c'est donc attribuer les contenus de sensation à un objet, c'est les concevoir comme appartenant à un objet, et cela à l'intérieur d'un acte de conscience (Ich denke). Remarquons que ce Ich denke est un acte d'aperception transcendentale, dépassant la conscience du petit moi, étant donné que la synthèse affirmative, par laquelle j'attribue mes contenus de sensibilité à un objet, prend une portée manifestement supra-individuelle, valable pour tout entendement. En effet, alors que mes contenus de sensibilité se présentent à ma conscience comme des impressions purement subjectives, valables pour, moi seul (blosse modifikationen des Gemüths), en tant que contenus d'affirmation, ils s'objectivent, ils entrent dans une synthèse qui possède une valeur supra-individuelle. Ainsi, dans le jugement : « tous les corps sont pesants », ce que j'affirme ce n'est pas précisément que, dans ma conscience à moi, la vue et le toucher d'un corps s'accompagnent de l'impression de pesanteur, mais que les corps eux-mêmes sont pesants, affirmation qui, comme on le voit, a la prétention de valoir pour tout le monde. La superactualité de Ich denke dépasse et contient pour ainsi dire tous les petits je (considérés évidemment comme fonctions cognitives et non comme substances), tous les actes de pensée-événement et de sensationévénement. Aucun contenu de sensation ne pourra donc échapper à l'action synthétique de Ich denke. Et ainsi la transcendentalité de Ich denke devient la source du caractère transcendental des catégories ou idées pures de l'entendement, c'est-à-dire de leur valeur strictement universelle et nécessaire. Ces catégories ne sont autre chose que les règles les plus générales de la synthèse objectivante : c'est ainsi que la connaissance d'une chose, consistant à attribuer un ensemble de contenus d'intuition à un objet au moyen de la synthèse affirmative, impliquera forcément que je conçoive cet objet comme une substance, sujet récepteur des déterminations multiples.


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    Hervé BOURGOIS

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  Hervé BOURGOIS le Jeu 21 Juil 2016 - 22:53


    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Ceci est la réponse à votre post précédent qui a disparu...
    Je ne suis pas toujours d’accord sur l’utilisation de certains mots, mais je fais "comme si" en revenant sur la définition de la chose en soi que vous avez donné.  La chose en soi serait donc inconnaissable, une chose imaginaire qui représenterait tout ce qu’elle est, sans présupposition des relations entre les choses en soi et des choses qui s’en déduisent par notre intelligence. Cela induit que Kant définit une réalité en soi, inconnaissable qui contiendrait ces choses en soi. J’espère ne pas avoir déformé sa pensée en tenant de la synthétiser.
     
    Prenons maintenant le quidam normal qui n’a pas lu Kant. Il peut se poser légitiment la question de savoir ce que contient la réalité ? Par définition (Cf. l’Académie française), les choses réelles, nous disons alors qu’elles existent. D’après Kant, les choses intelligibles que nous avons déduites par l’intelligence. Si je sors dans la rue et que je dis à quelqu’un, « ce caillou est une chose intelligible, pas une chose qui fait partie de la réalité en soi », il peut me répondre, « si je l’utilise pour te taper sur la tête, tu comprendras sans doute qu’il est réel, qu’il fait partie de la réalité ». Et pourtant, si j’ai bien compris, il n’y a là pas de contradiction ! Nous ne parlons pas de la même chose. Mais, il n’y aucune raison que ce quidam normal ne prenne pas Kant pour un farfelu, parce qu’il n’y a qu’une réalité et que dans celle-ci, le caillou existe. Dit autrement, nous ne pouvons pas opposer une réalité, celle que nous nommons objective, à laquelle tout le monde croit, et celle qui serait la réalité en soi. Nous ne pouvons pas dire qu’il y aurait cet objet dont je connais les caractéristiques et un objet dont la chose en soi serait une autre réalité inconnaissable. Et en disant cela, je sais car je l’ai démontré d’une autre façon, que c’est Kant qui a raison. Alors la question se résume à cela, pourquoi le quidam lambda ne va pas me croire ? Et surtout qu’est-ce que cela change ?
     
    Cela change que Kant ou ceux qui l’interprètent, savent que Kant a raison, mais qu'ils continuent de produire des pensées comme le quidam lambda, peut-être même est-ce le cas de Kant lui-même. Car nous avons simplement opposé la réalité à une réalité en soi, inconnaissable, imaginaire. Or, c’est cela qui nous conduit à produire des pensée qui vont à l’encontre de la pensée de Kant, car cela fait des millénaires que nous opposons des choses réelles et des choses qui ne le seraient pas. Nous n'avons rien changé, que Kant tombe dans l'oubli ou pas, cela ne change rien. C’est ainsi que je peux supposer, qu’une « image cérébrale », « les photons », une « onde électromagnétique », le « cerveau », la « vision »… tout cela serait réel, « parce tout cela est ressenti, vécu, tout cela imprime le cerveau, tout cela provoque dans le cerveau des signaux, une activité réelle détectée par l'IRM » ! Cela ferait partie de la réalité objective parce que… quoi ? Cela permet de démontrer qu’elle n’est pas objective ? Est-ce bien cela qu’il voulait dire ? C’est ce que j’aimerais découvrir.
     
    Pour sortir de ce dilemme, il faut éliminer la réalité objective de nos pensées, comprendre que « la logique remplit le monde » (extrait du tractatus logicus philosophicus), qu’il n’y a qu’une seule réalité, qui ne peut être ni la réalité objective, ni la réalité en soi imaginaire, car inconnaissable, la réalité, celles des choses qui existent. Nous en revenons à qu’est-ce qu’une chose, qu’est-ce qu’une abstraction, un concept… mais aussi qu’est-ce que l’entendement (ce que nous pourrions appeler la raison aujourd’hui). Est-ce que Kant après avoir inventé des concepts aussi novateurs pour son époque, a pu faire l'erreur de croire que l'entendement se résumait à ce que vous avez écrit ? C’est possible car son approche est limitée, elle tourne autour de l’individu, mais l’approche de Wittgenstein également… Alors, une autre possibilité est que ce soit vous qui vous mépreniez sur le concept d’entendement. L’entendement est quelque chose d’innée, comme le langage, la bipédie… mais nous aurions à apprendre un langage, apprendre à marcher… et nous pourrions créer des concepts à partir de rien, sans aucune connaissance ? Je considère pour ma part que Kant n’aurait pas pu créer la chose en soi sans connaissance, et mieux comme vous avez refait un historique, sans celles de son époque. Mais sur quoi se basent ces connaissances ? Et bien sur une réalité… qui ne peut pas être la réalité en soi, et qui n’est normalement pas la réalité objective. Ce ne peut-être que sur cette réalité construite de toute pièce au fil des générations par l’être humain, comme dirait Jules Ferry, « la sagesse du genre humain,  qui est une de ces idées d’ordre universel que plusieurs siècles de civilisation ont fait entrer dans le patrimoine de l’humanité ». Cela signifie que nous ne pouvons qu’utiliser nos activités cérébrales dans un cadre fermé, une clôture opérationnelle de la réalité pour les opérations intellectuelles, que ces dernières soient intuitives (je comprends « innées » désolé !), comme l'espace ou le temps (et normalement la capacité d'abstraction), n’y change rien. Lorsque vous dites que la chose en soi s’évanouit, je ne sais plus dans quel contexte, c’est cela, mais en même temps c’est la réalité objective qui doit s’évanouir, sinon cela n’a pas de sens. Et nous ne savons pas le faire naturellement, car ce n’est pas ce que nous a appris la sagesse du genre humain. Ce qui est important n’est plus de savoir ce qu’est la réalité, mais de ne plus opposer des réalités, l’une imaginaire et l’autre réelle, ou encore l’une déformée par nos sens et l’autre réelle, ou même encore la réalité et la réalité en soi qui doit s’évanouir. Les choses en soi ne peuvent pas exister, il faut qu’elles s’évanouissent de la réalité, qu'il n'y en ait qu'une, celle des choses qui existent !
     
    Une seule réalité, cela veut dire que toute chose existe, Dieu, la société, l’homme, le caillou… que ces choses sont reliées entre elles et qu’elles forment un monde remplit par la logique, celle de l’être humain, que c’est à nous de savoir à quoi elles peuvent nous servir, et de définir leurs caractéristiques en conséquence. Pour reprendre l’exemple du verre et de l’onde, le doigt qui tape le verre s’évanouit, reste l’onde. Pourquoi aurions-nous besoin d’en définir les caractéristiques si elle ne nous servait à rien, qu’elle ne perturbait pas notre existence de verre ? Un virus n’existe pas parce qu’il correspond à une chose en soi, mais parce qu’il perturbe notre organisme. Un quanta n’existe pas parce qu’il correspond à une chose en soi, mais parce qu’il permet de fabriquer des ordinateurs (et tant d’autres choses). C'est là l'importance de diffuser les pensées d'un philosophe, a mon sens, et pour cela il faut le faire avec un langage qui soit compréhensible, qui permette de relier des choses de la réalité, celles dont la définition se retrouve dans un dictionnaire, pas dans un recueil de définition philosophique. Mais ce n'est qu'une opinion !
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    Hervé BOURGOIS

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  Hervé BOURGOIS le Jeu 21 Juil 2016 - 23:23

    Juste un rectificatif. C'est le post de Boudou décrivant la chose en soi qui m'a inspiré (qui n'a pas disparu mais s'est transformé !), cependant le vous fait référence à aliochaverkiev. Ce bug bizarre est malencontreux, car la définition de l'abstraction semble cohérente avec celle du dictionnaire de même celle de l'entendement puisque rien n'empêche de le décliner en actes logiques de l’entendement pour produire des concepts. Cela permet de relier les choses. J'aurai des questions, mais ce sera pour plus tard selon les autres réponses.
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    Re: Critique de la raison pure

    Message  BOUDOU le Ven 22 Juil 2016 - 9:48

    Il est possible que vous m'ayez lu alors que je composais ma réponse, mais vs devez avoir retrouvé le texte chose en soi vs. abstraction qui appartient à la fois à la question de la représentation, mais aussi à celui de l'anthropologie (attention vs. abstraction, eg. : Anthropology Mrongovius). Pour lire la CRP de façon interactive dans un forum comme le nôtre, une bonne méthode pourrait-être de développer les principales entrées du vocabulaire de Kant sur ce texte (en plus du commentaire séquentiel comme proposé par aliochaverkiev), comme, par exemple : abstraction, chose en soi, catégorie, métaphysique, etc. Il faudrait alors discuter exhaustivement le sujet de chaque entrée au lieu de faire du copier-coller à partir de vocabulaires déjà publiés. Je vais lire attentivement vos réponses avant de vs répondre plus en détail.

    Introduction à la philosophie critique d'Emmanuel Kant - Vocabulaire
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    Abstraction (Abstraktion):
    Faire abstraction d'une détermination de l'objet de ma représentation, c'est acquérir la généralité d'un concept qui est accueillie dans l'entendement. La faculté d'abstraire est une force de l'esprit qui ne peut être acquise que par l'habitude.
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    Hervé BOURGOIS

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  Hervé BOURGOIS le Ven 22 Juil 2016 - 11:12

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Une bonne méthode pourrait-être de développer les principales entrées du vocabulaire de Kant sur ce texte.
    Cela me convient, mais si nous faisons effectivement cet exercice dans la logique que je propose et pour laquelle j'attends l'aval du principal intéressé, je pense qu'il faudrait rattacher cette définition à une définition courante, celle du dictionnaire et aussi arriver à relier les concepts pour qu'ils correspondent à la raison. A un mot pourra alors correspondre une déclinaison qui respecterait les mêmes principes, je pense à abstraction qui se décline en pure par exemple.

    Pour illustrer ce principe, je propose que nous partions de ce qui est le plus simple à relier, la chose.

    Académie française (1832) ; Ce qui est. Il se dit indifféremment De tout; sa signification se détermine par la matière dont on traite.
    Académie française : Désigne, de la façon la plus générale, tout ce qui existe objectivement ou qui est concevable, au sens concret ou abstrait. Les emplois de ce terme sont innombrables et varient selon le contexte.
    Dictionnaire proposée : C'est ce qui n'est susceptible d'aucune imputation c’est-à-dire tout objet du libre-arbitre qui manque lui-même de liberté (Doctrine du droit, p98).

    J'aimerai aussi faire le lien avec ce que nous manipulons tous les jours, les mots et plus particulièrement les noms.
     
    Ainsi, pouvons nous dire : une chose désigne, de la façon la plus générale, tout ce qui existe objectivement ou qui est concevable, au sens concret ou abstrait. Les emplois de ce terme sont innombrables et varient selon le contexte. Une chose est donc tout ce qui peut être désigné par un nom provenant d'un dictionnaire.
    Une chose peut être abstraite (qui est le résultat d'une abstraction), ou concrète (qui peut être perçu par les sens). Le problème est que si nous avons des recouvrements entre abstraite et concrète, il faudrait le définir. A mon sens, il n'y en pas, ce qui signifie qu'une chose abstraite peut se définir comme étant une chose qui n'est pas concrète, quelque chose que nous ne pouvons pas percevoir par nos sens. Cela me paraît judicieux car une chose concrète est aussi le résultat d'une abstraction. Comme exemple de choses concrètes, nous aurions, le caillou, un être vivant, une table (un outil créé par l'homme), l'eau, l'air... et comme chose abstraite tout ce qui est issue de l'entendement (de nos pensées), la société, Dieu, la chose en soi, une cause, une espèce (animale)...  Il faut encore signaler que nous avons quelques ambiguïtés, un homme est à la fois une chose concrète (cet homme que je vois arriver) et une chose abstraite, l'homme dans le sens de l'espèce humaine.
     
    Qu'est-ce qui ne serait pas une chose ?
     
    Nous avons déjà des définitions précises de la chose en soi. Nous savons qu'il n'y a pas correspondance entre la chose et la chose en soi. Mais saurions nous préciser, est-ce qu'il peut exister une chose en soi pour ce qui concerne les choses abstraites, et est-ce qu'une chose concrète correspond nécessairement à une ou plusieurs choses en soi ?

    La seconde étape, peut-être l'objet.  Est-ce qu'il y a une différence entre une chose concrète et un objet qui aurait pour Kant (en première approche) comme synonyme objet extérieur ou empirique ?
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    Re: Critique de la raison pure

    Message  Vangelis le Sam 23 Juil 2016 - 0:06

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit: C'est là l'importance de diffuser les pensées d'un philosophe, a mon sens, et pour cela il faut le faire avec un langage qui soit compréhensible, qui permette de relier des choses de la réalité, celles dont la définition se retrouve dans un dictionnaire, pas dans un recueil de définition philosophique.
    On nage en plein délire.
    Prenons par exemple l'ébénisterie et faites moi une voyelle ! Je ne suis pas sûr que ce terme avec sa définition propre à ce corps de métier soit dans tous les dictionnaires. On va donc demander aux ébénistes de changer de terme pour que tout le monde sache de quoi on parle !?
    La philosophie a un vocabulaire propre comme toute autre discipline. Et si des termes comme chose en soi sont choisis, c'est parce qu'il est plus compréhensible et facilement mémorisable de faire dériver un terme commun que d'inventer un mot. De plus, si vous changer ce terme, il va falloir le changer également chez tous ceux qui l'on reprit par la suite dans leur propre philosophie...
    Autre remarque, il s'agit ici de la présentation (et ce n'est pas une mince affaire) de la Critique de la raison pure et non pas la critique de la critique.
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    Hervé BOURGOIS

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  Hervé BOURGOIS le Sam 23 Juil 2016 - 9:21

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:On nage en plein délire.
    OK, je laisse tomber alors.

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Sam 23 Juil 2016 - 11:16

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:
    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:On nage en plein délire.
    OK, je laisse tomber alors.

    Je dois dire que, par moments, Bourgois, vous me déroutez. 

    Enseigner un adulte est souvent beaucoup plus difficile que d'enseigner un enfant. L'adulte a ses réflexes, et surtout l'adulte croit savoir avant même d'être enseigné.

    Mais la philosophie est une discipline comme une autre, une disciple qui demande tout un travail de compréhension.

    A cet égard je dois d'ailleurs plaider coupable ! Je traitais la philosophie avec une certaine ironie, la pensant  inutile.

    Mais je me mis à étudier la relativité et je notai la méthode de travail d'Einstein : le recours à l'imaginaire, et je m'aperçus que son imaginaire avait été largement stimulé par un scientifique-philosophe : Mach.

    Du coup je me suis intéressé à ce fameux Mach, le père spirituel d'Einstein. Pour me rendre compte que Mach avait été lui-même largement inspiré par Kant.

    Finalement j'ai décidé de travailler Kant.

    Or qu'est-ce-que je découvre ? Que je dois, comme un enfant, me dépouiller de moi-même, que je dois dans mon esprit redevenir un simple étudiant de 17 ou 18 ans, offrant à l'écrivain, à Kant, un esprit vierge de toute certitude, notamment quant à la définition des mots. Au début j'étais comme vous, je me rebellais, je m'énervais quand je me rendais compte que Kant n'employait pas les mots dans le sens que moi, j'aurais voulu qu'il les prenne. "Kant m'agace !"  Mais par ailleurs je me disais, tout de même cet homme est le père de toute une révolution dans une certaine manière de penser. Alors j'ai fini par décider d' acheter un petit fascicule, un lexique, pour comprendre ses mots, et puis maintenant j'ai le lexikon. J'accepte désormais la manière dont Kant emploie les mots. 

    En étudiant Kant je me suis aussi rendu compte qu'il fallait pour le comprendre étudier les fondamentaux de la philo, que j'étais obligé souvent de revenir à Aristote (les catégories),  à Platon (pour la critique des Idées), à Descartes, à Hume (surtout Hume), à Berkeley etc. La philo a les mêmes caractéristiques qu'une science par beaucoup d'aspects. Ainsi elle repose sur un savoir accumulé par les hommes. Il est faux de dire qu' Aristote ou Kant sont "dépassés" au sens où  ils seraient désuets. Non pas du tout, de même que la physique d'Einstein repose sur la physique de Newton, de même que toute mathématique repose sur des théorèmes tels ceux de Thalès et de Pythagore [des Grecs !] (ouvrez un manuel de maths de la classe de quatrième) de même toute philosophie repose sur les fondamentaux grecs.
     

    La question du sens des mots vous la retrouvez dans toutes les sciences. Par exemple en physique prenez le mot "onde". Dans un premier temps, avec un simple dictionnaire vous pensez en détenir la définition. Puis plus vous étudiez la mécanique quantique plus vous vous demandez : " Mais qu'est-ce-que c'est qu'une onde ?" , et vous affinez votre définition. Vous allez retenir qu'une onde est une perturbation d'une certain milieu (entre autres). Puis vous tombez sur l'onde électromagnétique qui perturbe quel milieu elle ? Là vous vacillez. Vous vous dites, mais alors qu'est ce que c'est qu'une onde ?  Vous apprenez alors que l'onde électromagnétique est une perturbation d'un champ électromagnétique. Vous êtes soulagé, vous retrouvez la notion de "milieu perturbé", mais patatras, qu'est ce que c'est qu'un champ ?

    La philo c'est pareil que la physique. Les mots vous pensez les détenir et patatras non vous ne les détenez pas totalement. Pourtant vous avancez, vous faites confiance à votre esprit, vous vous dites, j'avance et je verrai bien. Il faut adopter cet état d'esprit pour Kant. Se dire : je suis sans cesse dans l'incertitude. Mais en vérité n'est ce pas passionnant cette obligation intellectuelle de sans cesse réfléchir au sens ?

    Mais je reconnais que c'est un travail, une exigence, c'est une marche dans l'incertitude. Cela dit, il n'est pas nécessaire de reprendre des études de philo, il faut, à partir d'un texte, à chaque fois que vous tombez sur une notion inconnue aller chercher le sens chez les philosophes concernés. A cet égard internet est un instrument fantastique. Car, si vous êtes confronté à une notion inconnue, en cherchant bien vous tomberez toujours sur un enseignant qui aura mis en ligne son savoir sur la question. A condition de bien chercher.

    La philosophie c'est une recherche constante de sens. A cet égard je me rends compte à quel point notre culture repose sur la philosophie de la Grèce ancienne, car tout part de là en définitive.

    Ne laissez pas tomber Bourgois, dites-vous que vous êtes en train de découvrir un univers. Découvrir, marcher sans cesse vers un horizon qui s'éloigne toujours cela peut devenir une passion aussi.


    Dernière édition par aliochaverkiev le Sam 23 Juil 2016 - 11:21, édité 1 fois
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    Hervé BOURGOIS

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  Hervé BOURGOIS le Sam 23 Juil 2016 - 11:58

    Je comprends ce que vous dites. Je ne suis pas d'accord sur certains points. Par exemple, Kant, Einstein, Darwin n'ont pas tant influencé le monde que cela. Vous dites vous-même qu'ils n'auraient pas pu créer leur théorie à une autre époque, sans les connaissances de leur époque. Ces connaissances n'ont pas disparu avec eux et elles avaient été créées par d'autres. C'est ainsi que nous pouvons trouver des polémiques sur la paternité de la théorie de la relativité (qui me paraissent stupides pour la même raison). Mais, ce qui m'intéresse également c'est la diffusion de la connaissance. Darwin semble simple à comprendre, mais si vous interrogez le "quidam lamba" il aura retenu des choses du style "les espèces s'adaptent à leur environnement", ce qui est non seulement faux mais absurde, et conduit à des raisonnements erronés. Ce n'est peut-être pas très grave... de la même façon, je suis convaincu que Kant remet en question des principes de la pensée humaine qui ne sont jamais diffusés (c'est ce que j'essayai d'expliquer dans un post précédent). Ce n'est peut-être pas grave non plus.
     
    Sauf que pour moi, il y a une différence. L'homme est capable (parfois) de réfléchir avant d'agir selon des pensées scientifiques (si je touche le feu, je me brûle, cela fait mal, il faudra que je me soigne, je vais donc éviter de la faire), mais aussi selon des pensées non-scientifiques (je suis perdu, je ne sais pas quoi faire, je peux continuer ainsi ou me faire sauter avec une ceinture d'explosif au milieu de la foule). Je pense, peut-être à tort, que c'est là l'apport de la philosophie, et si elle est incompréhensible, je ne comprends pas à quoi elle sert... 
     
    Malgré ces remarques, vous avez raison, je dois être trop ambitieux ou alors je risque de vous détourner de votre étude.

    Merci de votre gentillesse.
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    Re: Critique de la raison pure

    Message  Chrome le Mer 10 Aoû 2016 - 1:19

    Bonjour, 

    Je suis quelque peu perdu avec les définitions kantiennes... 

    Dans le début de la Logique transcendantale Kant écrit que notre connaissance a deux sources, à savoir:
    - La sensibilité qui nous donne des représentations
    - L'entendement qui nous permet de penser l'objet par l'intermédiaire justement de ces représentations

    Ce que je conçois assez correctement. J'avais récupéré juste avant de commencer je ne sais plus où une autre version sur un support d'aide à la lecture de la critique. Selon celui-ci, il y aurait trois sources de connaissances: la sensibilité, l'entendement et la Raison. Ces trois sources engendrent l'intuition, le concept et l'Idée comme savoirs, connaissances.

    Ce qui porte à confusion. L'Idée est quelque chose que j'ai d'ailleurs extrêmement de mal à concevoir.

    Mais dans l'Introduction, nous avions vu que la Raison fournit les connaissances a priori, et que du coup, la Raison pure fournit les connaissances absolument a priori. Si elle fournit les connaissances, c'est forcément qu'elle est une source de connaissances, non ? Et qu'il y a donc bel et bien trois sources de connaissances.

    En retournant à la Logique transcendantale, plus précisément dans l'Analytique transcendantale, lorsque Kant explicite les modalité des jugements, il y ajoute une petite note pour dire que pour ces jugements, ce serait comme si la pensée était, dans le cas des jugements problématiques, une fonction de l'entendement, dans le cas des jugements assertoriques, une fonction de la faculté de juger, et dans le cas des jugements apodictiques, une fonction de la Raison.

    Cela remet en question pas mal de choses.

    Au début de l'Analytique des concepts, il écrit lui-même que: l'entendement en général peut-être représenté comme un pouvoir de juger. Donc c'est en général une faculté de juger. En général. Ce prédicat a-t'il une importance ? L'entendement est-il en partie une faculté de juger, mais pas entièrement ?

    Au vu des jugements considérés dans la note (p160 dans l'édition Flammarion, trad. Alain Renaut), ce qui me vient tout de suite à l'esprit quant au vocabulaire employé, et ce à quoi je suis bien obligé de m'attacher comme réponse pour pouvoir continuer, est:
    - Les jugements problématiques sont des faits possibles, propres donc à l'entendement dans sa globalité (tâtonnement ??)
    - Les jugements assertoriques sont des faits contingents, simplement constatés, donc ils sont considérés comme réels, comme des données "fiables", et sont propres à la faculté de juger, c'est-à-dire utilisables par cette partie de l'entendement
    - Les jugements apodictiques sont une vérité nécessaire, on touche donc à l'a priori. Donc selon la définition selon laquelle la Raison fournirait les connaissances a priori, ceux-ci paraissent naturellement propres à la Raison.
    Mais comme vous pouvez le constater, même si c'est ce à quoi je m'attache pour pouvoir continuer mon étude personnelle de la Critique, cela reste de toute manière insuffisant, aussi vrai (ou faux !!) que ce soit.

    En espérant que vous pourrez m'aider, cette confusion me rend fou  Smile

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Ven 12 Aoû 2016 - 8:41

    Je suis désolé de vous répondre aussi tardivement (j'ai lu aussi votre question sur les jugements en message privé) mais je suis actuellement en vacances. J'ai décroché complètement question philo mais je serai de retour pour la rentrée (scolaire).
    Je reprendrai mes études philosophiques à ce moment-là.

    A bientôt.
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    Re: Critique de la raison pure

    Message  Chrome le Ven 12 Aoû 2016 - 13:19

    Pas de soucis, bonnes vacances !

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Jeu 5 Jan 2017 - 8:40

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Bonjour, 

    Je suis quelque peu perdu avec les définitions kantiennes... 

    Dans le début de la Logique transcendantale Kant écrit que notre connaissance a deux sources, à savoir:
    - La sensibilité qui nous donne des représentations
    - L'entendement qui nous permet de penser l'objet par l'intermédiaire justement de ces représentations

    Ce que je conçois assez correctement. J'avais récupéré juste avant de commencer je ne sais plus où une autre version sur un support d'aide à la lecture de la critique. Selon celui-ci, il y aurait trois sources de connaissances: la sensibilité, l'entendement et la Raison. Ces trois sources engendrent l'intuition, le concept et l'Idée comme savoirs, connaissances.


    Je vais essayer de vous répondre en avançant lentement...

    Pour Kant notre connaissance procède de deux sources, la sensibilité et l'entendement.
    Laissons pour le moment "tomber" la connaissance par idées, qui est une toute autre connaissance, une connaissance qui, selon Luc Ferry est une connaissance non d'un point de vue humain, mais d'un point de vue d'un être omniscient (j'y reviendrai).

    Mais précisons d'abord la source de toute connaissance humaine. Je cite ici Kant, premières lignes du chapitre "la logique transcendantale".

    "Notre connaissance procède de deux sources fondamentales de l'esprit, dont la première est le pouvoir de recevoir les représentations...la seconde le pouvoir de connaître par l’intermédiaire de ces représentations un objet."

    J'insiste sur les mots :

    Recevoir  : ce mot exprime le fait que nous ne créons pas, nous ne pensons pas ces représentations dans leur apparition (réfutation de l'idéalisme dogmatique).
    Connaître : ce mot exprime le fait que connaître c'est penser, c'est opérer une synthèse, une union sous un même concept de diversités.

    Plus loin :

    "Par la première [source de connaissances] nous est donné un objet, par la seconde celui-ci est  pensé... Intuition et concepts constituent donc les éléments de toute notre connaissance, si bien que ni des concepts sans une intuition...ni une intuition sans concepts ne peuvent fournir une connaissance".

    Ces deux sources sont donc : la sensibilité et l'entendement.

    Il est nécessaire de partir de ces affirmations de Kant pour construire ensuite notre pensée (construire notre pensée pour comprendre Kant). Nous partons en quelque sorte d'axiomes, de postulats, comme dans la géométrie d'Euclide. Il est important de toujours se souvenir de ces postulats, de ces fondements pour ne pas verser ensuite dans la confusion.

    Je poursuivrai plus tard mes explications.

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Jeu 5 Jan 2017 - 13:35

    Je continue mes explications.


    Vous écrivez : "Il y aurait trois sources de connaissances : la sensibilité, l'entendement et la raison. Ces trois sources engendrent l'intuition, le concept et l'idée comme savoirs, connaissances."

    Il faut faire attention. La connaissance a deux sources indissociables pour Kant : la sensibilité et l'entendement. Il n' y a donc pas une connaissance exclusivement liée  à la sensibilité et une connaissance exclusivement liée à l'entendement. Il faut ces deux sources pour arriver à une connaissance.

    Nous pouvons envisager la "connaissance" sous deux rapports. La connaissance ce peut être  d'abord l'adéquation entre la représentation que j'ai en moi d'une chose et cette chose elle-même. La chose que je perçois et dont j'ai l'image (ou la sensation) en moi est conforme à la chose en soi.

    C'est l'interrogation : est-ce que la chose que je perçois, existe quand même, telle quelle, même quand je ne la perçois pas ? Le plus commode est de dire oui : il y a adéquation entre ma perception et la chose en soi. A vrai dire nous vivons chaque jour en considérant que cette hypothèse est vraie !

    Sous un autre rapport la connaissance est déjà, en soi, synthèse. Je peux dire : l'arbre existe tel qu'il m'apparait (connaissance brute, adéquation entre ma perception et la chose en soi) mais je peux aussi dire : l'arbre est vert, l'arbre est un résineux, etc. c'est-à-dire que j'opère aussitôt des synthèses. La connaissance alors est une synthèse entre différents concepts.

    Passons à la raison comme source de connaissances.

    Ici il faut faire attention. Le mot raison est parfois employé pour désigner l'entendement, parfois pour désigner la raison pure. Si je corrige la copie d'un élève en mathématiques je peux noter : excellent raisonnement par exemple. Un bon élève, en maths, sera pour moi un élève dont le raisonnement est sûr. Raisonnement réfère bien sûr à la raison. Mais pourtant ce type de raisonnement mathématique est  en général affecté à l'entendement. L'entendement est une activité raisonnable donc ! Plutôt que de parler de raison il vaudrait mieux parler de raison pure. Le terme raison pouvant à vrai dire être aussi affecté à l'entendement.

    Donc je corrige et je dis : il y a la sensibilité, l'entendement et la raison pure.

    C'est la raison pure qui produit l'idée. Qui serait connaissance.

    De quoi s'agit il en vérité ? (à suivre).

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Jeu 5 Jan 2017 - 18:07

    J'en viens maintenant à l'Idée "opération de la raison pure" (je reprends là une locution de Luc Ferry dans son livre : Kant).
    La raison pure dans ses opérations s'appuie aussi sur l'entendement. Mais elle va en quelque sorte extraire le concept (de l'entendement) pour en faire une abstraction autonome. On pourrait aussitôt objecter que Kant distingue lui aussi des concepts purs (de l'entendement) sans relation avec la sensibilité, ce pourrait être des idées au fond ces concepts purs, mais en fait il ne les définit qu'en fonction de leur aptitude à s’appliquer à la sensibilité. Nous sommes avec Kant dans le transcendantal c'est-à-dire dans l'aptitude des concepts purs à se saisir ou à rendre compte des phénomènes sensibles.
    L'idée se déconnecte totalement de tous phénomènes. Le concept dont la raison pure s'empare  existe pour elle en soi, sans relation avec une quelconque réalité qui l'engendrerait.
    Ce sont les idées telles que Platon les définit. Prenons l'idée du cheval. Pour Platon, il existe réellement une idée, l'idée du cheval, dont tous les chevaux réels (pour nous réels) sont en fait des copies. Il n ' y a donc qu'une seule réalité : les idées, dont les copies que nous percevons ne sont que des reflets. Dans l'idéalisme il n' y a de vraie connaissance qu'à partir des idées. C'est cela que Kant réfute avec la plus grande vigueur.
    Nous pourrions prendre aussi l'idée de Dieu. La raison pure peut penser l'idée d'un Dieu à la connaissance infinie par opposition en quelque sorte avec la finitude de l'homme; il est toujours possible de penser par opposition à un concept de l'entendement; mais pour Kant, ce n'est pas parce que la raison pure peut penser Dieu (comme être parfait) que Dieu existe. (Dieu existe peut-être par l'opération de la foi, mais il ne peut pas exister par l'opération de la raison pure). Kant dénonce  ce mécanisme de la raison pure : donner l'existence à un concept dégagé de toute réalité perçue. Ce type de connaissance pour Kant est illégitime. La raison pure ne peut pas engendrer l’existence pour Kant. La raison pure, seule, ne peut pas engendrer de connaissance légitime car la raison  pure, seule, ne peut pas créer l'existence. Ce qui ne signifie pas que l'idée en soi, est inutile ! Mais elle ne peut pas être utilisée comme source de connaissance.

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Sam 7 Jan 2017 - 9:05

    Je termine avec les réponses faites à Chrome.
    Vous dites  : "La raison fournit les connaissances a priori...".
    Il y a là une erreur d'analyse du mécanisme même de la connaissance.
    Je vais prendre un exemple pratique.
    Pour faire un liant solide, en maçonnerie, il vous faut faire un mélange adéquat de ciment, de sable, de gravier et d'eau. Peut-on dire que les sources du liant sont le "savoir mélanger" ? Non, nous dirons que les sources du liant, les constituants du mélange, sont l'eau, le sable etc.
    Bien sûr il faut aussi le savoir faire. Mais nous ne dirons pas que le savoir faire est un constituant du liant. Il ne faut pas confondre les constituants de la connaissance et le fait de savoir les mettre en œuvre, ces constituants. Bien sûr la raison au sens large (pas au seul sens de : raison pure) est nécessaire à l'activité cérébrale. Mais le fait que la raison soit nécessaire à l'activité cérébrale ne signifie pas que la raison est un "matériau" de la connaissance.
    Notons, pour éviter d'être taxé de nominalisme, que la raison elle-même est une activité cérébrale, pas une "chose" existant dans l'esprit.

    Enfin, à propos des jugements synthétiques a priori qui permettent d'avoir des connaissances sans l'expérience, notons que ces jugements ne peuvent se développer pour Kant que dans les formes pures de l'intuition, l'espace et le temps. Ces connaissances restent donc toujours issues de l'intuition (dans ses formes pures) et de l'entendement (dans ses catégories).


    Je vais maintenant continuer l'étude de la Critique là où je l'avais laissée.

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Dim 8 Jan 2017 - 18:04

    Troisième section : du rapport de l'entendement à des objets en général et de la possibilité de les connaître a priori (page 188).


    Les sens, l'imagination et l'aperception sont donc les trois  sources subjectives des connaissances. (Sources subjectives au sens : traitements subjectifs de l'information). Elles sont empiriques dans leur application mais elles ont aussi des fondements a priori qui rendent possibles leur utilisation empirique (c'est là le principe même, l'essence du transcendantal).


    Les sens représentent les phénomènes dans la perception, l'imagination dans l'association (et la reproduction), l'aperception dans la conscience de l'unité des représentations avec les phénomènes dont elles sont issues, soit dans la recognition.



    Au fondement de la perception il y a la forme de l'intuition pure : le temps; au fondement de l'association, il y a la synthèse pure de l'imagination; au fondement de la conscience empirique il y a l'aperception pure c'est-à-dire l'identité complète de soi-même à travers toutes les représentations possibles.

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Lun 9 Jan 2017 - 9:59

    Il y a connection des représentations-intuition/imagination/aperception jusqu'au point de convergence dans l'unité de la connaissance qu'exige toute expérience possible.
    Toutes les représentations ont une relation nécessaire à une conscience empirique possible, laquelle entretient une relation nécessaire avec une conscience transcendantale : "C'est-à-dire avec la conscience de moi-même en tant qu'aperception originaire" [page 189-note].
    "Or il y a une unité synthétique du divers de la conscience qui est connue a priori et qui fournit ce sur quoi se fondent les propositions synthétiques a priori  qui concernent la pensée pure".

    Nous voyons là comment Kant va en arriver aux catégories.

    Cette unité de la connaissance provient de la continuelle identité de nous-mêmes vis-à-vis de toutes les représentations. C'est même, cette identité de l'aperception, la condition nécessaire  de la possibilité de toutes représentations. "Ce principe est solidement établi a priori et peut s'appeler le principe transcendantal de l'unité de tout le divers de nos représentations" (y compris le divers de l'intuition) [page 189].

    "Or l'unité du divers est synthétique : donc l'aperception pure fournit un principe de l'unité synthétique du divers dans toute intuition possible" (est encore annoncée là la catégorie).
    "Il ne faut pas laisser échapper que la simple représentation "Je"" constitue ...la conscience transcendantale".

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Lun 9 Jan 2017 - 10:14

    Ce principe de l'unité synthétique du divers vaut donc pour l'intuition possible mais vaut aussi pour l'imagination.
    "L'unité transcendantale de l'aperception se rapporte [aussi] à la synthèse pure de l'imagination" [page 190].
    "Nous appelons donc transcendantale la synthèse du divers dans l'imagination quand...elle ne s'applique a priori à rien d'autre qu'à la simple liaison du divers".
    "L'unité transcendantale de la synthèse de l'imagination est la forme pure de toute connaissance possible".

    "L'unité de l'aperception relativement à la synthèse de l'imagination est l'entendement".
    "Il y a dans l'entendement des connaissances pures a priori qui contiennent l'unité nécessaire de la synthèse pure de l'imagination vis-à-vis de tous les phénomènes possibles".

    Il s'agit là des catégories.

    "L'entendement pur, par la médiation des catégories, est un principe formel et synthétique de toutes les expériences et les phénomènes ont une relation nécessaire à l'entendement".

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Mer 11 Jan 2017 - 17:29

    Kant va ensuite faire apparaitre le lien entre l'entendement et les phénomènes par l'intermédiaire des catégories en partant de l'empirique.


    Le premier élément donné est le phénomène qui, lorsqu'il est associé à une conscience,  s’appelle : perception.

    Tout phénomène contient un divers. Les perceptions qui en découlent reproduisent dans l'imagination les moments de la perception avec leur diversité (constitution du présent par rétention dans l'imaginaire de ces moments infinitésimaux).

    Page 191 : "La reproduction [dans l'imagination des moments de la perception] doit posséder une règle en vertu de laquelle une représentation entre en liaison dans l'imagination plutôt avec l'une qu'avec l'autre".

    Page 192 : " Ce principe subjectif et empirique de la reproduction selon des règles on le nomme l'association des représentations".

    Cette association des représentations est en effet nécessaire sinon nous aurions un magma de représentations sans aucun lien les unes avec les autres nécessitant du coup une multitude de prises de conscience incompatibles avec l'unité constatée de l'aperception.

    "C'est uniquement  dans la mesure où j’inscris toutes les perceptions au compte d'une seule conscience (aperception originaire) que, de toutes les perceptions, je peux en être conscient".

    Ce fondement objectif de toute association des phénomènes je l'appelle  leur affinité".

    Ce fondement nous ne pouvons le trouver nulle part ailleurs que dans le principe de l'unité de l'aperception.

    "L'unité objective de toute conscience empirique dans une unique conscience de l'aperception originaire est donc la condition nécessaire même de toute perception possible et l'affinité proche ou lointaine de tous les phénomènes est une conséquence nécessaire d'une  synthèse intervenant dans l'imagination qui est fondée a priori sur des  règles".

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Jeu 12 Jan 2017 - 10:49

    L'imagination est un pouvoir de synthèse a priori (imagination transcendantale).

    Nous possédons une imagination pure par l'intermédiaire de laquelle nous mettons en liaison le divers de l'intuition avec l'unité de l'aperception.

    Page 193 :

    " L'expérience effective qui consiste dans l'appréhension, l'association (la reproduction) enfin la recognition des phénomènes, contient dans cette dernière et ultime opération (la recognition des éléments simplement empiriques de l'expérience) des concepts qui rendent possible l'unité formelle de l'expérience et avec elle toute validité objective (vérité) de la connaissance empirique"

    Ces concepts ce sont les catégories.

    Page 194 :

    "L'ordre et la régularité c'est donc nous-mêmes qui les introduisons dans les phénomènes que nous appelons nature".

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Sam 14 Jan 2017 - 17:45

    Page 194 :

    "Ainsi pouvons-nous désormais caractériser l'entendement comme le pouvoir des règles".

    La sensibilité nous donne les formes de l'intuition, l'entendement nous donne les règles.  Ces règles s'appellent des lois. "Ces lois sont des déterminations particulières de lois encore supérieures dont les plus élevées proviennent  a priori de l’entendement ...et ne sont pas empruntées à l'expérience, mais doivent bien plutôt procurer aux phénomènes leur conformité à des lois et ainsi précisément rendre l'expérience possible".

    "L'entendement est lui-même la législation pour la nature ce qui veut dire que sans entendement il n' y aurait nulle part de nature, c'est-à-dire d'unité synthétique du divers des phénomènes selon des règles".

    Cette nature n'est possible que dans l'unité de l'aperception.

    Page 195 :

    " Tous les phénomènes résident comme expériences possibles, a priori dans l'entendement et reçoivent de lui leur possibilité formelle, tout comme, en tant que simples intuitions, ils résident dans la sensibilité et ne sont possibles quant à la forme qu' à travers celle-ci".

    L'entendement est lui-même la source des lois de la nature. Toutes les lois empiriques sont des déterminations particulières des lois pures de l'entendement.

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Dim 15 Jan 2017 - 10:28

    Chapitre II : de la déduction des concepts purs de l'entendement (déduction transcendantale)


    La deuxième section qui suit est celle de la deuxième édition de la Critique.
    Nous avons donc réédition du titre du Chapitre II ci-dessus mais avec désormais, à partir de la deuxième section, le texte de la deuxième édition.

    Deuxième section


    La liaison d'un divers en général ne peut pas intervenir par les sens. Elle est un acte de l'entendement. Rien n'est lié dans l'objet qui ne l'a en fait été préalablement par l'entendement. La liaison n'est pas donnée par les objets, elle est accomplie par le sujet lui-même, elle est un acte de sa spontanéité.

    Le concept de liaison contient aussi celui de l'unité du divers. "La liaison est la représentation de l'unité synthétique du divers". La représentation de l'unité ne provient pas de la liaison, au contraire, elle la rend possible. Cette unité, a priori, n'est pas la catégorie de l'unité. En effet les catégories se fondent sur les fonctions logiques des jugements et dans ces jugements se trouve déjà pensée la liaison, par conséquent l'unité des concepts donnés. Il faut chercher cette unité plus haut. Nous la trouvons dans le principe de l'unité de l'aperception pure.

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Mar 17 Jan 2017 - 14:01

    Le "Je pense" doit nécessairement pouvoir accompagner toutes mes représentations. Sinon quelque chose serait représenté en moi qui ne serait pas pensé, et ce quelque chose alors serait rien pour moi.


    Page 198 :

    "La représentation qui peut être donnée avant toute pensée s'appelle intuition. Tout le divers de  l'intuition entretient une relation au "je pense", dans le même sujet où ce divers se rencontre. Mais cette représentation [je pense] est un acte de la spontanéité, c'est-à-dire qu'elle ne peut pas être considérée comme appartenant à la sensibilité. Je l'appelle l’aperception pure...ou encore aperception originaire, parce qu'elle est cette conscience de soi qui " ... produit la représentation : "je pense".

    La conscience empirique qui accompagne des représentations diverses est dispersée. Sa relation à l'identité du sujet s'effectue par ajout d'une représentation à l'autre.

    Page 199 :
     
    "Ce n'est que dans la mesure où je peux lier dans une conscience un divers de représentations données qu'il m'est possible de me représenter l'identité de la conscience  dans ces représentations mêmes".

    Page 200

    "L'unité synthétique du divers des intuitions ...est le fondement de l'identité de l'aperception elle-même, qui précède a priori toute ma pensée déterminée".

    Mais la liaison n'est pas dans les objets, elle n'est donc pas empruntée à ma perception et reçue par l'entendement, au contraire elle est une opération de l'entendement, lequel est le pouvoir de lier a priori le divers des représentations dans l'unité de l'aperception "principe suprême de toute connaissance humaine".

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Mer 18 Jan 2017 - 19:12

    La possibilité de toute intuition relativement à la sensibilité consiste en ce que le divers de l'intuition est soumis aux formes a priori de l'espace et du temps. Cette même possibilité, relativement à l'entendement, consiste en ce que le divers de l’intuition  est soumis aux conditions de l’unité originairement synthétique de l’aperception.
    Dans le premier cas ce divers nous est donné, dans le second cas les représentations sont liées dans une conscience.

    Page 201 :


    "L'entendement est le pouvoir des connaissances. Celles-ci consistent dans la relation déterminée de représentations données à un objet; mais l'objet est ce que dans le concept de quoi le divers d'une intuition donnée se trouve réunie".

    Cette réunion requiert l'unité de la conscience.

    "L'unité de la conscience est cela seul qui constitue la relation des représentations à un objet, donc leur validité objective : c'est ainsi qu'elles deviennent des connaissances".

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Ven 20 Jan 2017 - 10:33

    Je vais reprendre ici l'analyse des pages 197 à 205. Le problème tient à ce que la lecture de Kant, mot à mot, finit par devenir impossible. L'auteur fait sans cesse des allers-retours sur des notions dont il ne parle jamais de manière totalement identique. Du coup il est nécessaire de lire des passages entiers puis de les refondre dans une synthèse pour en tirer une structure intelligible. Je comprends mieux Luc Ferry quand il a écrit qu'il lui a fallu 5 ans pour lire la Critique, et encore il n'est pas sûr d'avoir vraiment tout élucidé de ce texte. Selon lui seules 3 ou 4 personnes en France auraient lu la Critique de fond en comble !!!
    Il pourrait donc paraître  vain de continuer une telle étude. Pourtant je vois ce que Kant m'apporte. A force de le lire, j'ai fini par me mettre dans la tête que , par exemple, l'espace et le temps n'existent pas comme objets. Certes beaucoup de penseurs et de scientifiques vont sourire et dire "nous savons depuis longtemps que l'espace et le temps ne sont pas des objets" mais quand j'observe ensuite leur comportement, non plus dans le débat d'idées, mais dans l'action, leur action sociale, professionnelle, sociale etc; je me rends compte qu'ils continuent de parler de l'espace et du temps comme étant des objets ! Ainsi, malgré ce qu'ils en disent ils n'ont pas du tout réussi à intérioriser ce fait que l'espace et le temps ne sont pas des objets. J'en veux pour preuve les manuels scolaires, où ces grands esprits ne se rendent pas compte qu'utiliser des locutions de ce type :"L'écoulement du temps" en physique est navrant. Car comment alors expliquer à mes élèves que le temps n'est pas un objet si ces grands esprits parlent sans cesse du temps comme d'un objet ? Sans d'ailleurs jamais être capables, dans aucun manuel, à définir ce qu'est le temps !  Car pour le définir il faudrait qu'ils concèdent, enfin ! que l'espace et le temps ne sont pas des objets. Il y a là un manque de rigueur dont je me demande s'il n'est pas propre à notre pays.

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Dim 22 Jan 2017 - 17:11

    Je reprends l'étude de la page 197 à 205.

    Le "je pense" doit nécessairement pouvoir accompagner toutes mes représentations. Cette représentation [je pense] est un acte de la spontanéité. Cette représentation Kant l'appelle l'aperception pure ou encore l'aperception originaire, elle est la conscience de soi. Cette représentation est une et identique et accompagne toutes les autres. L'unité de cette représentation est l'unité transcendantale de la conscience de soi [pour désigner la possibilité de la connaissance a priori qui en procède]. Le seul fait que je parle des représentations comme étant mes représentations présuppose cette conscience de soi.

    C'est seulement parce que je peux saisir le divers des représentations en une conscience que je les nomme toutes mes représentations.


    Le divers de l'intuition, soumis aux conditions formelles de l'espace et du temps est donné. Mais ce divers de l'intuition est aussi soumis aux conditions de l'unité originairement synthétique de l'aperception, ce qui signifie que ce divers des représentations doit être lié dans une conscience de soi.

    L'objet est ce en quoi le divers d'une intuition donnée se trouve réuni. Si nous appelons connaissance la réunion des représentations en un objet, alors l'entendement qui opère cette réunion est le pouvoir des connaissances. Cette réunion des  représentations requiert l'unité de la conscience. C'est cette unité qui constitue la relation des représentations à un objet et qui engendre la connaissance objective.

    Il faut donc d'abord poser le principe de l'unité synthétique originaire de l'aperception.  Cette unité est une condition objective de toute connaissance. Toute intuition doit lui être soumise afin qu'elle devienne pour moi un objet.

    Ensuite Kant pose l'unité transcendantale de l'aperception [l'unité du je pense] par laquelle le divers de l'intuition est réuni en un concept de l'objet.

    Le divers de l'intuition est donc soumis à l'unité originaire de la conscience à travers sa relation nécessaire au seul et unique : je pense.

    Un jugement est la manière de rapporter des représentations données à l'unité objective de l'aperception. C'est la copule "est" qui réalise l'unité  objective. Elle désigne la relation de ces représentations à l'aperception originaire et leur unité nécessaire.

    Prenons l'exemple : "les corps sont pesants". Dans l'intuition empirique les deux représentations [corps et pesants] ne se rapportent pas nécessairement l'une à l'autre, mais elles vont se rapporter l'une à l'autre grâce à l'unité nécessaire de l'aperception. Le jugement procède de ce rapport et lie ces deux représentations dans l'objet. Sans le jugement il n'y a  qu'association des représentations : "quand je porte un corps, je sens une impression de pesanteur", nous sommes alors dans la subjectivité du sujet, tandis que, dans le jugement, les deux représentations sont liées dans l'objet, dans l'indifférence totale de l'état du sujet. C'est ainsi que nous atteignons l'objectivité.

    L'acte de l'entendement par lequel le divers des représentations données (intuition et concepts) est ramené sous l'aperception est la fonction logique des jugements. Ces fonctions du jugement sont les catégories.

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Lun 23 Jan 2017 - 16:08

    Synthèse pages 205 à 208.

    Le divers donné à l'intuition précède la synthèse de l'entendement. Le pouvoir de celui-ci consiste dans l'acte [la pensée] de ramener à l'unité de l'aperception la synthèse du divers qu'il réalise au moyen des catégories.


    Kant revient sur certaines précisions :

    Page 206 :

    "Se forger la pensée d'un objet et connaître un objet, ce n'est pas la même chose".
    Un objet est pensé par l'entendement par le truchement de la catégorie, mais l'objet est constitué à partir du divers du donné de l'intuition sensible. Pour qu'il y ait connaissance il faut qu'il y ait un objet, lequel est constitué à partir du donné de l'intuition sensible.

    Rappel de Kant.

    L'intuition sensible est ou intuition pure (espace et temps) ou intuition empirique (sensation mise en forme dans l'espace et le temps).
    Par l'intuition pure  (espace et temps) nous pouvons obtenir a priori des objets mathématiques  mais uniquement dans leur forme. Par conséquent les concepts mathématiques ne sont pas des connaissances. Ils ne deviennent parties prenantes de la connaissance que si des perceptions s'imbriquent dans ces formes mathématiques. De  même les concepts purs de l’entendement quand il sont appliqués  aux intuitions a priori (objets mathématiques) ne procurent des connaissances que si ces intuitions  peuvent être appliquées à des intuitions empiriques.

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Dim 29 Jan 2017 - 10:16

    Page 208 à page 214.

    Note de Kant sur l'imagination : "L'imagination est le pouvoir de se représenter un objet dans l'intuition même sans sa présence".

    L'imagination appartient à la sensibilité.

    Quand l'imagination est spontanéité, Kant l'appelle imagination productrice. Il la distingue de l'imagination reproductrice dont la synthèse est soumise exclusivement à des lois empiriques, celles de l'association. Il qualifie l'imagination productrice d'imagination transcendantale alors que l'imagination reproductrice reste empirique.

    La synthèse du divers de l'intuition sensible est appelée par Kant synthèse figurée, tandis que la synthèse du divers de l'intuition en général est appelée synthèse intellectuelle.

    Kant revient sur son exposition de la forme du sens interne. Le sens interne nous présente tels que nous nous apparaissons de façon phénoménale et non tels que nous sommes (parallélisme avec le sens externe). Mais l'entendement par le pouvoir de l'imagination transcendantale peut exercer sur le sujet passif une action telle que le sens interne est affecté. C'est ainsi que nous pouvons déterminer le sens interne quant à sa forme (nous nous représentons un cercle quand nous pensons le cercle). Kant fait ce parallèle avec le sens externe :

    Page 212 :

    "Si nous convenons, à propos des choses extérieures  [chose en soi] que nous ne connaissons des objets que pour autant que nous soyons extérieurement affectés [les phénomènes] il nous faut aussi reconnaître à propos du sens interne que nous sommes affectés intérieurement par nous-mêmes c'est-à-dire qu'en ce qui concerne l’intuition interne, nous ne connaissons notre propre subjectivité que comme phénomène, mais non d'après ce qu'elle est en soi".

    Notre propre subjectivité est donc en quelque sorte l'équivalent de la chose en soi pour le sens externe.

    Qu'est-ce que donc la conscience de soi ?

    "J'ai conscience de moi-même non pas tel que je m'apparais phénoménalement; ni  non plus tel que je suis en moi même". "J'ai seulement conscience du fait que je suis".


    "Cette représentation est une pensée, non une intuition".


    Une pensée n'est pas une connaissance tant qu'elle n'est pas liée à une intuition. Je ne peux pas avoir connaissance de moi tel que je suis mais tel que je m'apparais.

    La conscience  de soi n'est donc pas connaissance de soi.

    Page 214 :

    "J'ai besoin pour la connaissance de moi-même non seulement de la conscience de moi-même mais aussi d'une intuition du divers présent en moi".

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Mar 31 Jan 2017 - 15:22

    Page 214 à 216.

    Précisions de Kant quant à quelques définitions.

    Déduction métaphysique : démonstration de l'origine a priori des catégories par leur parfait accord avec les fonctions logiques universelles de la pensée (table des jugements).

    Déduction transcendantale : démonstration de la possibilité des catégories comme connaisances a priori des objets d'une intuition.

    Synthèse de l'appréhension : réunion du divers dans une intuition empirique.

    Perception : conscience empirique de cette intuition empirique; c'est la réunion du divers (synthèse de l'appréhension) qui rend cette perception possible.

    L'unité de la synthèse (l'unité donc de la réunion du divers dans l'intuition empirique) est donnée a priori. Cette unité synthétique est soumise aux catégories.

    Prenons l'exemple de la perception d'une maison. Il y a appréhension du divers et réunion de ce divers [le divers constitué par chaque partie de la maison est réuni en  la "maison"] en une unité nécessaire (de l'espace avec l'intuition sensible qui lui correspond). Cette unité a son siège dans l'entendement, cette unité constitue la catégorie de la quantité.

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Mer 1 Fév 2017 - 11:02

    Se pose cette question, formulable sous les formes suivantes :

    Comment peut-on connaître a priori, par l’intermédiaire des catégories, des objets qui ne se donnent qu'à nos sens?
    Comment est-il possible de prescrire à la nature sa loi ?
    Comment comprendre que la nature doive se régler sur les catégories ?
    Comment les catégories peuvent déterminer a priori la liaison du divers de la nature sans tirer de celle-ci cette liaison ?

    En fait les phénomènes ne sont que des représentations des choses en soi, inaccessibles à la connaissance humaine. En tant que simples représentations  ils ne sont soumis qu'au pouvoir des catégories. Nous revenons ici à notre image du verre "cogné" par un objet qui lui est extérieur. L'onde qui se propage à travers le verre n'est pas évidemment pas l'objet qui a "cogné" le verre, il n' y a aucune homogénéité entre l'objet et l'onde bien sûr, l'un n'est pas l'autre. L'onde elle-même est réglée par la nature du verre et non par la nature de l'objet extérieur. Il en est de même de l’esprit humain. Il subit dans l'expérience une perturbation interne  qui n'est en rien identique à ce qui est à l'origine de cette perturbation. Cette perturbation interne est réglée par les lois de l'esprit humain et non par les lois de la chose en soi.

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Ven 3 Fév 2017 - 9:48

    Conclusion de l'analytique des concepts (page 218 à 220).

    Nous ne pouvons penser nul objet que par l’intermédiaire des catégories.
    Nous ne pouvons connaître nul objet que par l'intermédiaire des intuitions.
    "Par conséquent nulle connaissance a priori ne nous est possible que celle qui est exclusivement connaissance d'objets d'expérience possible".

    Fin  de l'analytique des concepts.



    Note sur le sens du mot spontanéité (source : Kant-Lexikon de Rudolf Eisler) :

    La spontanéité est une action qui procède d'un principe interne. Elle est la faculté de produire soi-même des représentations.

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Dim 5 Fév 2017 - 9:01

    Avant de continuer avec l'Analytique des principes je fais un bref retour sur le chapitre précédent (analytique des concepts) avec un résumé du livre de Jacques Rivelaygue sur cette question (leçons de métaphysique).

    L'entendement est la faculté de relier, de synthétiser. "Penser c'est juger". Cette thèse s'appuie sur l'unité de l'entendement ou de la conscience. L'entendement est le lieu même de l'unification. L'entendement (ou la conscience) est synthèse.

    Les concepts a priori, les catégories, ne sont pas conscients au moment où on les emploie. La catégorie est le concept intellectuel pur et ce concept pur n'est pas dans notre représentation. Ce concept pur  est simplement la condition de possibilité de cette représentation.

    C'est la même fonction qui donne unité aux jugements  et aux représentations dans l'intuition. La catégorie est ce qui rend possible le jugement c'est-à-dire la synthèse de deux concepts, elle est aussi la synthèse de l'intuition sensible. Ce qui sert de synthèse aux concepts est aussi ce qui sert de synthèse aux représentations sensibles pour constituer l'expérience.

    La conscience est le lieu des synthèses. Il y a identité entre synthèse et aperception. L’entendement est une fonction unifiante dont la conscience résulte. Si les représentations sensibles doivent être conscientes  alors elles doivent être synthétisées selon les règles de l'entendement.

    Les catégories sont des règles de synthèse, des formes, elles ne créent pas un objet. Pour qu'il y ait connaissance il faut que ces règles aient quelque chose à synthétiser car elles ne sont que des formes vides. Elles ont besoin de quelque chose qui vienne de l’expérience.


    L'expérience possible  est la définition des conditions qui doivent être remplies pour qu'il y ait expérience, pour que des objets soient pensés. Pour déterminer ces conditions, il faut faire abstraction du contenu de l'expérience et ne retenir que les propriétés qui se retrouvent dans tous les objets. Il faut former un concept d'objet en général. Un objet sera constitué comme tel quand il sera pensé selon les catégories (quantité, qualité, etc.). L'ensemble des règles qui constitue l'objectivité est l'objet transcendantal = X.

    "Les conditions de possibilité de l'expérience sont aussi les conditions des objets de l'expérience".

    L'imagination transcendantale ce sont les catégories s'appliquant au temps pur. Les catégories prennent comme matière de leur synthèse le temps pur. Ainsi l'idée de causalité signifie n'importe quel type de production de A par B qui temporalisée devient la succession nécessaire d'événements. La notion de quantité une fois temporalisée devient le nombre.

    L'imagination transcendantale fait que les catégories se temporalisent, que les concepts a priori synthétisent l'intuition a priori, à savoir le temps. Montrer que les catégories peuvent s'appliquer au temps à l'intérieur du sujet lui-même et en faire la synthèse est l'objet de la déduction subjective. Cette synthèse des formes entraîne ensuite celle des contenus : déduction objective.

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Dim 5 Fév 2017 - 14:01

    L'imagination pure est capable de penser la succession des moments (le temps) soit comme succession objective (un événement succède à un autre) soit comme simultanéité (perception progressive d'une maison, de sa droite à sa gauche par exemple).

    Elements en présence :

           L'intuition, la perception
           L'imagination (action des catégories sur le temps)
           L'entendement avec les catégories
           L'activité originairement synthétique de l’aperception

    Le temps est la condition de tous les phénomènes (le sens externe  renvoie à l'intériorité de la perception, i.e. au sens interne, i.e. au temps). On ne prend conscience de quelque chose que dans le temps.

    La déduction subjective fait l'objet des trois synthèses étudiées dans l'analytique des concepts :

           Synthèse de l'appréhension dans l'intuition
           Synthèse de la reproduction dans l'imagination
           Synthèse de la recognition dans le concept

    Selon la déduction objective les objets de l'expérience se conforment a priori aux catégories. Les phénomènes ne pourraient  être perçus, on ne pourrait rien percevoir si cette perception n'obéissait pas aux catégories de l'entendement.

    La difficulté de tout empirisme est de saisir comment des relations vont s'appliquer à des objets qui sont extérieurs à ces relations. Kant montre que la relation, i. e. la catégorie constitue les objets. De fait si la catégorie les constitue il n' y a plus de problèmes pour savoir comme ils se laissent synthétiser par elle. Tout repose sur la synthèse de l'appréhension : sans une synhèse par les catégories il n' y aurait pas d'objet, mais un continuum spatio-temporel. Tout objet doit obéir aux catégories pour pouvoir être perçu.


    Pour Kant :

        Les relations précèdent les objets
        La conscience est synthèse
        Tous les phénomènes en tant qu'ils apparaissent sont soumis au temps.

    Expérience (Kant-Lexicon) : l'expérience est, grâce à des formes de connaissance a priori, élaboration d'un donné de nature sensible.

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Jeu 9 Fév 2017 - 18:34

    Livre II (de l'analytique transcendentale) : Analytique des principes.


    Introduction

    Les pouvoirs supérieurs de la connaissance sont : l'entendement, la faculté de juger et la raison, auxquels correspondent les concepts, les jugements et les raisonnements "en conformité directe avec les fonctions et l'ordre des facultés de l'esprit que l'on comprend sous la dénomination large d'entendement en général".

    "L'analytique des principes sera simplement  un canon pour la faculté de juger qui enseigne à celle-ci comment appliquer à des phénomènes les concepts de l'entendement qui contiennent la condition des règles a priori".


    Nous voyons ici la difficulté à comprendre le philosophe. Il englobe parfois sous le mot générique "entendement" : et la raison pure et l'entendement lui-même et la faculté de juger.

    Qu'est-ce donc cette faculté de juger ?

    Page 221 :

    "La faculté de juger est le pouvoir de subsumer (penser un fait comme l'application d'une loi, l'application de règles) sous des règles (celles de l'entendement, règles émanant des concepts purs i.e. les catégories) c'est-à-dire de distinguer si quelque chose s'inscrit ou non sous une règle donnée".

    L'entendement donne donc les règles, la faculté de juger les met pratiquement en oeuvre. Il s'agit de l'usage pratique des règles. Ou encore il s'agit du passage de la théorie à la pratique, de la théorie à l'action.

    Je peux par exemple apprendre à un élève les règles générales relatives à l'étude des fonctions, il faudra ensuite que l'élève passe à l'action en résolvant les exercices et problèmes que je vais lui soumettre. Un étudiant en médecine peut bien apprendre toutes les règles relatives à son métier il faudra bien un moment qu'il passe à l'action et qu'il soigne ses patients.

    Page 221 :

    "Cette faculté est aussi la caractéristique spécifique de ce qu'on appelle le bon sens à l'absence duquel nulle école ne peut suppléer; car une école peut bien offrir à un entendement borné une foule de règles...il faut néanmoins qu'appartienne à l'élève le pouvoir de s'en servir correctement".

    Page 223 :

    "La philosophie transcendantale a ceci de particulier qu'outre la règle (ou  plutôt la condition générale présidant à des règles) qui est donnée dans le concept pur de l'entendement, elle peut en même temps indiquer le cas a priori pour lequel la règle doit être appliquée".

    La philosophie transcendantale traite de concepts qui doivent se rapporter a priori à leurs objets.

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Sam 11 Fév 2017 - 19:19

    Chapitre I : du schématisme des concepts purs de l'entendement.

    (Pages 224 à 230)

    La question qui se pose est celle-ci : comment l'application des catégories aux phénomènes est-elle possible étant donné que les catégories sont issues de l'esprit humain (données a priori) alors que les phénomènes sont donnés par l'expérience (par la sensation qui modifie la sensibilité). Nous avons déjà eu un début de réponse dans le chapitre précédent. Les phénomènes sont une manifestation d'un état intérieur, nous sommes donc dans l'intériorité, tout comme les catégories le sont. Il reste tout de même à comprendre comment les catégories qui viennent de l'esprit vont s'appliquer aux intuitions qui sont elles issues de la sensibilité.

    Pour Kant il y a un troisième terme qui fait médiation entre la catégorie et le phénomène, entre l'intellect et le sensible  : c'est le schème transcendantal.

    Ce médiateur a une existence possible grâce à cette autre médiation : le temps. Le temps est, du côté intellect, déterminé par la catégorie qui en réalise l'unité par le moyen de règles a priori et universelles. Mais le temps est aussi une condition formelle de l'apparition du phénomène, il est la forme pure de la sensibilité sans laquelle rien ne peut apparaitre.

    Page 225 :

    "L'application de la catégorie à des phénomènes sera possible par l'intermédiaire de la détermination transcendantale du temps qui, comme schème des concepts de l'entendement, médiatise la subsomption des phénomènes sous la catégorie".


    Page 229 :

    "Le schème est  [l'accord] du phénomène ou du concept sensible d'un objet avec la catégorie".

    Nous verrons ci-après comment les schèmes réalisent cet accord. Mais il convient d'abord d'être attentif à cette distinction entre le phénomène et le concept sensible d'un objet. Le phénomène nous savons de quoi il s'agit. Mais le concept sensible d'un objet ? Ce concept sensible réfère aux figures géométriques comme le cercle ou le triangle par exemple, il réfère aussi aux concepts arithmétiques (le nombre). Nous formons ces concepts sensibles par l'intermédiaire de l'imagination pure. Rappelons que Kant inclut l'imagination dans la sensibilité (par son existence dans les formes pures de l'intuition).

    Kant reformule ses idées ainsi (page 225) :

    Les objets nous sont donnés par la modification de notre sensibilité.
    Les concepts purs doivent contenir (a priori) une "condition" sous laquelle la catégorie peut être appliquée à quelque objet. Cette condition s'applique à la forme pure de la sensibilité (le temps).
    Cette condition s'appelle le schème de la catégorie, "et la méthode que pratique l'entendement avec ces schèmes, nous l'appellerons le schématisme de l'entendement pur".

    Le schème est un produit de l'imagination mais il n'est pas une image (explication dans le prochain message).

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Lun 13 Fév 2017 - 18:38

    Kant prend l'exemple du nombre 5. Si je place 5 points l'un derrière l'autre j'ai une image. Mais si je pense  "5" (au lieu donc de le figurer par 5 points) je le pense comme méthode pour représenter le nombre 5 dans une image.

    Page 226 :

    "C'est alors cette représentation d'une méthode générale de l'imagination pour procurer à un concept son image que j'appelle le schème correspondant à ce concept".

    Les concepts sensibles purs sont construits à partir des schèmes qui existent dans la pensée et non à partir d'images. Ainsi le concept du triangle ne repose pas sur une image  mais sur une méthode de construction du triangle.

    Si je pense le cercle, c'est à partir de cette pensée du cercle que je vais construire le cercle. Le cercle va apparaitre, en construction. Comment ? en suivant une méthode, le schème. Le cercle ne surgit pas d'une image, il surgit d'une méthode de construction. La pensée du cercle ne réfère pas à une image mais à un schème, à une méthode de construction.

    Page 227 :

    "Le schème d'un concept pur de l'entendement est [...] la synthèse pure accomplie conformément à une règle de l'unité d'après des concepts en général, laquelle règle est exprimée par la catégorie."

    Le schème est un produit transcendantal de l'imagination qui détermine le sens interne dans sa forme pure (le concept) avec ses représentations, lesquelles s'articulent a priori dans un concept conformément à l'unité de l'aperception.

    Kant reconnaît que ce mécanisme, catégorie - schème - détermination du sens interne reste "un art caché dans les profondeurs de l'âme humaine, dont nous arracherons toujours difficilement les vrais mécanismes".

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Dim 19 Fév 2017 - 9:32

    La grandeur comme catégorie (quantité) a pour schème le nombre, "lequel est une représentation qui embrasse l'addition successive de l'unité à l'unité".

    Le nombre est l'unité de la synthèse du divers compris dans une intuition. Cette synthèse est possible par construction du temps dans l'appréhension de l'intuition (nous avons vu ce processus dans un chapitre précédent à propos des trois synthèses; le présent est constitué par rassemblement des moments infinitésimaux du temps).

    La réalité (catégorie de la qualité) indique l'existence dans le temps, ce qui correspond à une sensation en général.

    La négation (catégorie de la qualité) indique la non-existence dans le temps.

    Le schème d'une réalité est : quantité de quelque chose, "toute réalité est susceptible d'être représentée comme un quantum". "Le schème d'une réalité comme quantité de quelque chose est la production continue et uniforme de cette réalité dans le temps, au fil de quoi l'on descend, dans le temps, de la sensation possédant un certain degré jusqu'à sa disparition, ou bien l'on monte progressivement de la négation de cette sensation jusqu'à la grandeur qui la caractérise".

    Le schème de la substance (relation) est la persistance du réel dans le temps. "Le temps ne s'écoule pas, mais en lui s'écoule l'existence de ce qui est soumis au changement". Au temps, immuable, correspond dans le phénomène ce qui est immuable : la substance. C'est en elle que sont déterminées la succession et la simultanéité temporelles des phénomènes.

    Le schème de la cause (relation) consiste dans la succession du divers en tant qu'elle est soumise à une règle.

    Le schème de la communauté-action réciproque (relation) est la simultanéité des déterminations de l'une avec celles de l'autre d'après une règle générale.

    Le schème de la possibilité (modalité) est la détermination de la représentation d'une chose relativement à un temps quelconque.

    Le schème de la nécessité (modalité) est l'existence d'un objet en tout temps.

    Page 229 :

    "Les schèmes sont des déterminations a priori du temps d'après des règles et ces déterminatons portent sur la série du temps, le contenu du temps, l'ordre du temps et enfin l'ensemble du temps relativement à tous les objets possibles".

    Le schématisme de l'entendement vise à l'unité de l'intuition dans le sens interne et à l'unité de l'aperception.

    Les schèmes des catégories procurent à celles-ci une relation à des objets.

    Les catégories dont l'usage ne peut qu'être empirique servent à soumettre, à l'aide des principes d'une unité nécessaire a priori, des  phénomènes à des règles générales de synthèse.

    La vérité transcendantale précède toute vérité empirique et la rend possible.

    Les schèmes réalisent  les catégories mais ils les restreignent aussi à la sensibilité. Si, par exemple, nous prenons la substance et que nous mettons entre parenthèses la détermination sensible de la persistance, elle ne signifie plus qu'un quelque chose qui peut être pensé comme sujet sans être prédicat de quelque chose d'autre.
    Cette représentation n'indique pas quelles déterminations possèdent la chose qui est ainsi premier sujet.

    Page 230 :

    "Les catégories, sans schèmes, sont seulement des fonctions  de l'entendement relativement à des concepts, mais ne représentent aucun objet. Cette signification [représenter un objet] leur vient de la sensibilité, qui réalise l'entendement".

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Dim 26 Fév 2017 - 13:46

    Chapitre II : système de tous les principes de l'entendement pur.

    Première section : du principe suprême de tous les jugements analytiques.

    La condition universelle de tous nos jugements c'est qu'ils ne se contredisent pas eux-mêmes. Le principe qui énonce : à nulle chose ne convient un prédicat qui la contredise Kant l'appelle le principe de contradiction. Il constitue un critère universel bien que négatif de toute vérité.

    Dans le jugement analytique sa vérité est reconnue d'après le principe de contradiction.

    Page 232 :

    "Aussi devons-nous reconnaître au principe de contradiction la valeur de principe universel et pleinement suffisant de toute connaissance analytique".

    Rappelons qu'un jugement analytique est un jugement dans lequel le prédicat est contenu ou est extrait du sujet. Autrement dit un jugement analytique  ne nous apprend rien sur le sujet.


    Exemple (cité par Kant) : un ignorant n'est pas instruit.

    Si je lui soumets le principe de contradiction : un ignorant est instruit,  je vois que le prédicat contredit ici le sujet et ne lui convient donc pas. Que le prédicat ici ne convienne pas au sujet est donc bien une vérité. Cela dit nous sommes ici face à une évidence. Si je livre un prédicat qui contredit la définition même du sujet, je tombe sur cette proposition : une chose est ceci et n'est pas ceci, ce qui est impossible.


    Deuxième section : du principe suprême de tous les jugements synthétiques.

    Dans les jugements synthétiques il faut sortir du concept considéré (le sujet du jugement) et le rapporter à "quelque chose de tout autre que ce qui s'y trouvait pensé". Pour un tel type de jugement, considéré en lui-même, il n'y a a priori ni vérité, ni erreur. Si par exemple je dis "cette table est verte" j'émets bien un jugement synthétique (le vert n'est pas élément constitutif d'une table) dont je ne peux affirmer ni la vérité, ni la fausseté, dès lors que je m'en tiens au jugement en soi. Il faudra que je rapporte ce jugement à l'expérience pour en apprécier la vérité ou la fausseté.

    Nous avons donc là deux concepts, sujet et prédicat, dont l'un, le prédicat, n'est pas contenu dans l'autre, le sujet. Nous avons donc deux concepts "étrangers" l'un à l'autre. Comment alors pouvons-nous les rapprocher synthétiquement ? Grâce à un troisième terme, à un medium, le medium de tous les jugements synthétiques. Quel est ce medium ? C'est le sens interne et sa forme a priori, le temps. Rappelons que les représentations issues du sens externe, dont la forme pure est l'espace, sont aussi in fine représentées, interiorisées dans le sens interne.

    Kant en vient ensuite aux deux sortes de jugements synthétiques, les jugements synthétiques empiriques et les jugements synthétiques a priori.

    Si une connaissance doit avoir une réalité objective (un jugement synthétique empirique) il faut que l'objet soit donné. Donner un objet n'est pas autre chose qu'en rapporter la représentation à l'expérience effective ou possible. Même si l'expérience n'est pas effective, la possibilité de l'expérience suffit à donner de la réalité objective à toutes nos connaissances a priori.

    Les propositions synthétiques a priori en revanche paraissent inaptes à procurer de vraies connaissances puisqu'elles ne possèdent pas d'objet issu de l'expérience. Nous avons des connaissances a priori dans des jugements synthétiques qui ne réfèrent à aucune expérience, mais qui réfèrent tout de même à des objets issus de l'imagination productive et réalisés dans la forme pure de l'espace (nous pouvons produire un cercle sur une feuille de papier). Quid de ces connaissances a priori ? Elles ne sont rien sans l'expérience mais dès lors qu'elles se développent dans l'espace et que l'espace est "la condition des phénomènes constituant la matière de l'expérience externe" alors ces jugements synthétiques purs peuvent se rapporter aussi "bien que de façon seulement médiate, à l'expérience possible". "Tel est l'unique fondement sur lequel les jugements synthétiques purs font reposer la validité objective de leur synthèse". Ainsi les jugements synthétiques a priori sont possibles  (au sens : ils apportent une connaissance) si nous les relions à une expérience possible.

    Page 236 :

    "Le principe suprême de tous les jugements synthétiques est le suivant : tout objet est soumis aux conditions nécessaires de l'unité synthétique du divers de l'intuition, dans une expérience possible".

    "C'est de cette façon que des jugements synthétiques a priori sont possibles, quand nous rapportons les conditions formelles de l'intuition a priori (ces conditions sont les deux synthèses vues plus haut : celle de l'imagination et celle de l'unité nécessaire de celle-ci dans une aperception transcendantale) à une connaissance expérimentale possible (qui se substitue donc ici à la première synthèse, la synthèse de l'appréhension dans l'intuition) et que nous disons :
    Les conditions de la possibilité de l'expérience en général sont en même temps conditions de la possibilité  des objets de l'expérience  et elles ont pour cette raison une validité objective dans un jugement synthétique a priori".

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Sam 4 Mar 2017 - 13:23

    Troisième section : représentation systématique de tous les principes synthétiques.

    Toutes les lois de la nature sont soumises aux principes supérieurs de l'entendement, ces lois appliquant ces principes aux phénomènes. L'expérience fournit le cas qui est soumis à la règle, celle de l'entendement via le principe (le schème).

    L'usage de la synthèse des concepts purs de l'entendement en relation avec l'expérience possible est soit mathématique, soit dynamique.

    L'usage mathématique porte sur l'intuition dans ses conditions a priori, lesquelles sont nécessaires, l'usage dynamique porte sur l'existence d'un phénomène dont les conditions sont contingentes.

    Rapelons que Kant divise la table des catégories en deux sections dont la première se rapporte à des objets de l'intuition pure et empirique : catégories de la quantité et de la qualité, tandis que la seconde se rapporte à l'existence de ces objets soit dans la relation qu'ils entretiennent les uns avec les autres, soit en relation avec l'entendement : catégories de la relation et de la modalité. Les catégories de la première section sont : mathématiques, celles de la seconde section sont : dynamiques.

    La table des catégories sert de guide à Kant pour établir la table des principes "puisque ceux-ci ne sont rien d'autre que des règles (schèmes) pour l'usage objectif des catégories " (page 238). Soit la table suivante (avec concordance avec celle des catégories).

                      Table des principes                                                        Table des catégories

                 1) Axiomes de l'intuition                                                        1) de la quantité   

                 2) Anticipation de la perception                                             2) de la qualité

                 3) Analogies de l'expérience                                                 3) de la relation

                 4) Postulats de la pensée empirique en général                     4) de la modalité            

    Les deux premiers principes  :  axiomes de l'intuition et anticipation de la perception sont les principes mathématiques, ils donnent lieu à une certitude intuitive.

    Les deux principes suivants  :  analogies de l'expérience et postulats de la pensée empirique en général sont les principes mathématiques, ils ne sont susceptibles que d'une certitude discursive (qui repose sur le raisonnement).

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Mar 7 Mar 2017 - 9:43

    a) Axiomes de l'intuition


    Le principe en est : toutes les intuitions sont des grandeurs extensives.

    Preuve.

    Les fondements a priori des phénomènes sont les formes pures de l'intuition, l'espace et le temps. Les représentations d'un espace et d'un temps déterminés sont produites à travers la synthèse du divers, id est à travers la composition de l'homogène et la conscience de l'unité synthétique de cette diversité homogène. Ce que Kant appelle homogène ce sont les objets de même nature. Ainsi les deux triangles issus de la division d'un carré par une diagonale sont homogènes l'un à l'autre.

    Page 239 :

    "La conscience d'une diversité homogène dans l'intuition en général...est le concept d'une grandeur".

    L'unité de la composition du divers homogène est pensée dans le concept d'une grandeur.

    Page 240 :

    "Autrement dit, les phénomènes sont tous globalement des grandeurs ...et plus précisément des grandeurs extensives" (qui croissent par ajout d'unités).

    "J'appelle grandeur extensive celle où la représentation des parties rend possible la représentation et donc la précède)".

    Ainsi je peux me représenter une ligne qu'en la tirant à partir d'un point puis en lui donnant progressivement une extension. Il en est ainsi du temps. La pensée que nous avons du temps contient l'addition successive d'instants ce qui produit une certaine grandeur de temps déterminée.


    Page 240 :

    "C'est sur cette synthèse successive de l’imagination productive...que se fonde ..la géométrie avec ses axiomes exprimant les conditions de l'intuition sensible a priori sous lesquelles seulement le schème d'un concept pur...peut se mettre en place".

    Interprétation : les axiomes de la géométrie (les axiomes euclidiens à l'époque de Kant) permettent au schème d'un concept pur d'agir. Le concept pur semble être ici la catégorie de la quantité et le schème la grandeur.

    Kant cite les deux axiomes suivants : entre deux points une seule droite est possible, aucun espace n'est enfermé par deux lignes droites. Les grandeurs semblent être les lignes droites.

    Notons que Kant se place ici au niveau de l'imagination productive, celle qui est mobilisée par la spontanéité de l'entendement et non au niveau de l'imagination reproductive laquelle est empirique (mobilisée par l'expérience réelle (et non l'expérience possible) qu'il s'agit d'appréhender et de reproduire dans l'imagination).

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Dim 12 Mar 2017 - 9:43

    A côté des axiomes de la géométrie qui permettent au schème de la grandeur de se mettre en place il existe des formules numériques afférentes à l'arithmétique qui permettent la mise en place du concept de quantité (savoir combien une chose est grande). Ces formules numériques sont en général singulières en tant qu'elles portent sur des cas donnés et non sur des généralités.

    Exemple : 7 + 5 = 12 est pour Kant une proposition numérique synthétique. Cette proposition est synthétique selon lui au motif que le prédicat 12 ne peut être pensé ni dans 5 ni dans 7. J'ai déjà crtiqué plus haut cette assertion au motif que le signe égal définit  une relation d'équivalence en mathématiques, c'est-à-dire qu'il est indifférent d'écrire 7 + 5 = 12 ou 12 = 7 + 5, avec cette remarque qu'écrite ainsi cette proposition permet de penser que 7 et 5 sont ici bien pensés dans 12. Un jugement n'a pas le caractère d'une relation d'équivalence. Dans un jugement l'ordre de lecture est fondamental puisqu'il y a un sujet, une copule et un prédicat. Dans une relation d'équivalence il n' y a plus ni sujet ni prédicat. Aussi l'exemple de Kant qui pense l'égalité comme homogène à un jugement est-il limite.

    Kant oppose le caractère singulier des formules numériques de l'arithmétique au caractère général des axiomes de la géométrie. Par exemple il suffit de produire, dans l'imagination productive, trois droites quelconques (non parallèles entre elles, selon des sections suffisamment grandes pour respecter l'inégalité triangulaire) pour construire tous triangles.

    Ce principe transcendantal (toutes les intuitions sont des grandeurs extensives) rend la mathématique pure applicable aux objets de l'expérience. L'intuition empirique n'est possible que par l'intuition pure de l'espace et du temps donc ce que la géométrie dit de l'intuition pure vaut aussi pour l'intuition empirique.

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    Re: Critique de la raison pure

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      La date/heure actuelle est Lun 26 Juin 2017 - 14:04