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    Critique de la raison pure

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    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Mar 21 Juin 2016 - 7:39

    Nous allons maintenant étudier la déduction métaphysique (il existe une seconde déduction : la déduction transcendantale) c'est-à-dire l'élaboration de la table des concepts purs de l'entendement (catégories) à partir de la table des jugements. Kant définit la déduction métaphysique dans un paragraphe écrit plus loin dans la Critique, en page 214, paragraphe 26 : "Dans la déduction métaphysique l'origine a priori des catégories a été démontrée en général par leur parfait accord avec les fonctions logiques universelles de la pensée". Il s'agit donc d'une déduction effectuée de manière rationnelle en s'appuyant sur la capacité d'induction de la raison, induction, puisque Kant part de la recension de tous les jugements possibles répertoriés empiriquement, puis formalisés (soustraction du contenu des jugements pour n'en garder que la forme logique) avant d'en induire les catégories. C'est cette démarche qui sera critiquée par Einstein qui ne manquera pas de souligner le caractère inductif d'une telle démarche (nous publierons la critique d'Einstein ultérieurement après l'étude des déductions).

    L'étude de la déduction métaphysique nécessite de reprendre in extenso le texte de Kant, texte dense dont il est impossible de soustraire aucun mot.

    Page 161 :

    "La logique transcendantale a devant elle un divers de la sensibilité a priori que l'esthétique transcendantale lui offre pour donner matière aux concepts purs de l'entendement"
    "L'espace et le temps contiennent un divers de l'intuition pure a priori mais appartiennent cependant aux conditions de la réceptivité de notre esprit, sous lesquelles seulement  il peut recevoir des représentations d'objets, et doivent par conséquent  aussi en affecter toujours le concept. Simplement la spontanéité de notre pensée exige-t-elle  que ce divers soit d'abord d'une certaine manière repris, assimilé et lié pour en faire une connaissance. Cette action je l'appelle synthèse".
    "J'entends par synthèse ...l'action d'ajouter différentes représentations les unes aux autres et de rassembler leur diversité dans une connaissance. Une telle synthèse est pure quand le divers est donné, non pas empiriquement  mais a priori (comme celui qui est donné dans l'espace et le temps). Avant toute analyse de nos représentations il faut que celles-ci soient tout d'abord données, et aucun concept ne peut naitre analytiquement quand à son contenu".

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Mer 22 Juin 2016 - 6:30

    Nous avons ici une esquisse du mode de fabrication de nos représentations finales.

    Le divers donné a priori dans l'espace et le temps sera la matière des concepts purs de l'entendement. L'activité de ces concepts purs consistera à synthétiser ce divers sous l'unité d'une représentation. Cette activité aura besoin de la médiation de l'imagination.

    Page 162 : "La synthèse pure, représentée d'une manière générale, donne le concept pur de l'entendement". Sous ce concept l'unité devient nécessaire dans la synthèse du divers car la fonction même du concept pur est une fonction d'unification synthétique a priori.

    Le premier élément qui doit nous être donné en vue de la connaissance de tous les objets a priori c'est le divers de l'intuition pure. Le deuxième élément est la synthèse de ce divers par l'imaginaire mais il ne s'agit pas d'unification, il s'agit d'une mise en relation du divers sous un concept de la table des jugements  (logique générale). Le troisième élément est l'unification des éléments de la synthèse imaginative sous l'action des concepts purs de l'entendement. Alors seulement nous accédons à la connaissance d'un objet.

    La même fonction fournit l'unité aux diverses représentations sises dans un jugement ainsi qu'aux diverses représentations dans une intuition. Cette fonction Kant l'appelle : concept pur de l'entendement. Appeler fonction le concept pur lui même évite de tomber dans l'innéité. Il n' y a pas dans l'entendement un concept pur (ce qui renvoie aux idées innées) mais l'entendement lui- même est activité, fonction d'unification, fonction désignée par : concept pur de l'entendement.

    Il ne faut pas ici confondre éléments et moments. L'activité qui préside est l'entendement dans le concept pur. Il se saisit du divers de l'intuition pure, l'imagination semblant être essentiellement le laboratoire de cette fonction d'unification synthétique.

    Suit la table des catégories, au nombre de 12 (chaque catégorie correspondant à un jugement).

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Mer 22 Juin 2016 - 7:35

    Table des catégories


    Quantité  :  unité, pluralité, totalité

    Qualité    : réalité, négation, limitation

    Relation  : inhérence et subsistance (substantia et accidens), causalité et dépendance (causse et effet), communauté (action réciproque entre l'agent et le patient)

    Modalité : possibilité-impossibilité, existence-non-existence, nécessité-contingence


    Page 163 : " C'est uniquement par le moyen [des catégories] qu'il [l'entendement] peut comprendre quelque chose dans le divers de l'intuition, c'est-à-dire penser un objet de celle-ci.
    Attention : l'entendement ne pense pas un objet qui préexisterait, non, il constitue lui-même l'objet. L'entendement est le législateur, le maître d'œuvre de la constitution de l'objet.

    A noter qu'en page 164 Kant parle bien d'induction concernant l'établissement de cette table.

    Le développement sur les catégories d' Aristote (page 164) ne sera pas étudié ici. 
    Page 89, Jacques Rivelaygue (opus cité) : "Kant commet un contresens sur le projet même d'Aristote en s'imaginant que celui-ci cherchait à résoudre le même problème que lui, alors qu'en réalité  Aristote cherchait les catégories de l'être et non pas de la pensée".

    En page 164 Kant fait allusion à des concepts purs dérivés des catégories considérées comme des concepts purs souches. Comme il annonce ne pas vouloir en parler nous n'en parlerons pas non plus.  Il nomme "prédicables" ces concepts purs dérivés, et "prédicants" les concepts purs souches (les catégories).

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Ven 24 Juin 2016 - 7:32

    Trois considérations sur la table des catégories (page 165 à 169).

    1) Cette table peut être divisée en deux sections :

    La première se rapporte à des objets de l'intuition (aussi bien de l'intuition pure que de l'intuition empirique). Ce sont les catégories de la quantité et de la qualité appelées catégories mathématiques.

    La seconde se rapporte à l'existence de ces objets, soit dans la relation qu'ils entretiennent les uns avec les autres soit dans la relation qu'ils entretiennent avec l'entendement . Ce sont les catégories de la relation et de la modalité, appelées catégories dynamiques.


    2) Dans chaque classe il y a trois catégories dont la troisième procède de la liaison de la deuxième avec la première.

    Ainsi la totalité est la pluralité considérée comme unité.
    La limitation est la réalité liée à la négation.
    L'action réciproque est la causalité en relation avec la substance.
    La nécessité est l'existence donnée par la possibilité.


    3) La communauté se rapporte à la forme correspondante du jugement disjonctif en se sens que, dans un tel jugement, il y a partition d'un ensemble en parties qui s'excluent l'une l'autre mais dont la somme ou l'union forment l'ensemble lui-même.


    Nous allons pouvoir passer maintenant à l'exposé de la déduction transcendantale, chapitre le plus difficile d'accès de la Critique de la raison  pure.

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Sam 25 Juin 2016 - 8:15

    Note explicative


    La table des jugements  recense les diverses façons de relier des concepts empiriques tandis que la table des catégories répertorie les synthèses utilisées dans l'établissement de ces liens.

    Si nous analysons le concept de corps nous y trouvons les notions de qualité, de quantité, de relation avec d'autres corps, etc ; mais toutes ces notions que nous trouvons par analyse nous les trouvons parce qu'elles préexistent en nous comme synthèses des jugements portés sur le concept de corps.

    Correspondance jugements/catégories :

                                                                                                       
                                        Qualité

    universels                                                unité
    particuliers                                              pluralité
    singuliers                                                totalité

                                       Quantité

    affirmatifs                                               réalité
    négatifs                                                  négation
    infinis                                                     limitation

                                       Relation

    catégoriques                                            inhérence et subsistance
    hypothétiques                                          causalité et dépendance
    disjonctifs                                                communauté

     
                                       Modalité

    problématiques                                       possibilité-impossibilté
    assertoriques                                          existence-non existence
    apodictiques                                           nécessité-contingence

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Sam 25 Juin 2016 - 8:55

    Chapitre II : de la déduction des concepts purs de l'entendement (déduction transcendantale).


    Première section


    Page 170 : "J'appelle l'explication de la manière dont les concepts peuvent se rapporter a priori à des objets leur déduction transcendantale et je la distingue de la déduction empirique, laquelle montre de quelle façon un concept est acquis par expérience et par réflexion sur celle-ci".


    Nous voyons que la déduction transcendantale est tout autre que la déduction métaphysique. Dans la déduction métaphysique  Kant construit la table des catégories par un mouvement d'induction fondé sur la table des jugements. Dans la déduction transcendantale Kant va expliquer comment les concepts purs peuvent se rapporter a priori à des objets.


    Page 172 : " Des objets [donnés dans l'intuition] peuvent nous apparaitre sans qu'il leur faille nécessairement se rapporter à des fonctions de l'entendement et sans que celui-ci contienne donc leurs conditions a priori".


    "Comment des conditions subjectives de la pensée  devraient avoir une valeur objective c'est-à-dire fournir des conditions de la possibilité de toute connaissance des objets. Car des phénomènes peuvent certes être donnés dans l'intuition sans les fonctions de l'entendement".


    Prenons le concept de la cause. Il n'est pas clair que le donné de l'intuition soit tel qu'il permette a priori à ce concept de s'appliquer. D'une manière générale que des objets de l'intuition sensible soient a priori conformes aux conditions dont l'entendement a besoin pour opérer ses synthèses cela reste à démontrer. Il pourrait bien se trouver des phénomènes qui ne correspondent en rien aux règles de synthèse de l'entendement.


    Citons Jacques Rivelaygue, page 99 (op. cité) : 


    "C'est le cas par exemple  dans l'univers de Hume, où nous avons bien l'idée que tout a une cause, mais où les phénomènes peuvent se présenter en désordre et ne pas obéir à cette loi [celle de la causalité]. Simple loi de l'esprit, nécessité de la pensée, elle ne rencontre aucune réalisation nécessaire dans l'univers des phénomènes. De même bien que pour nous tout objet doit avoir une quantité pour être pensé, il se pourrait que des phénomènes non quantifiables se présentent dans l'expérience. S'il en était ainsi nous serions par conséquent  dans l'univers de Hume et il serait possible que notre esprit se trouve un jour confronté à des phénomènes impensables".

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Lun 27 Juin 2016 - 8:17

    Il n' y a que deux cas possibles où la représentation synthétique et son objet coïncident :

               L'objet seul rend possible la représentation

               La représentation seule rend possible l'objet

    Dans le premier cas nous sommes dans l'empirisme pur. Dans le second cas la représentation ne peut certes pas donner l'existence à l'objet mais elle détermine ce qui, dans le divers donné, fera l'objet.

    Dans un premier mouvement de l'esprit, l'objet est intuitionné (c'est le phénomène) et constitue a priori le soubassement des objets dans l'esprit quant à leur forme.

    Page 174 :

    "La question désormais se pose de savoir si n'interviennent pas aussi préalablement des concepts a priori, en tant que conditions sous lesquelles seulement quelque chose, sans être intuitionné, est cependant pensé comme objet en général; car toute connaissance empirique des objets est nécessairement conforme à de tels concepts, dès lors que, sans leur présupposition, rien n'est possible comme objet de l'expérience"

    Page 175 :

    "Or il se trouve que toute expérience contient encore, outre l'intuition des sens, par laquelle quelque chose est donné, un concept d'objet qui est donné...en vertu de quoi des concepts d'objet en général interviendront comme conditions a priori".

    "Par conséquent la valeur objective des catégories comme concepts a priori reposera sur le fait que par elles seules l'expérience (quant à la forme de la pensée) est possible. Car elles se rapportent nécessairement et a priori à des objets de l'expérience, puisque ce n'est que par leur intermédiaire en général qu'un quelconque objet de l'expérience peut être pensé".

    Dans ce passage essentiel Kant pose que l'expérience n'est possible que sous l'imperium de concepts purs qui, a priori, dessinent les contours, la forme de l'expérience, et c'est au sein de cette forme que l'objet donné par l'intuition peut être pensé, c'est au sein de cette forme que l'expérience devient expérience. Il distingue le  "quelque chose" donné par l'intuition de "l'objet" donné par l'intuition, ce mot "objet" étant déjà lui-même un concept.

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Mer 29 Juin 2016 - 6:45

    Les deuxième et troisième sections qui suivent sont celles de la première édition de la Critique, celle de 1781.

    Deuxième section : des principes a priori de la possibilité de l'expérience.

    Cette deuxième section est aussi appelée : déduction subjective.

    La déduction subjective se rapporte à l'entendement lui-même et non à ses objets. Elle s'occupe du rapport entre l'entendement et la perception, entre le concept et l'intuition.

    Page 177 : 

    "S'il y a des concepts a priori sans doute peuvent-ils... ne rien contenir d'empirique : reste qu'il leur faut toutefois être pleinement des conditions a priori d'une expérience possible, puisque c'est là-dessus seulement que peut reposer leur réalité objective".

    Sinon ces concepts purs ne seraient que la forme logique de concepts. Kant insiste là sur la caractère non pas logique mais transcendantal de ces concepts.


    Intéressante remarque sur la connaissance page 178 :

    "...Une connaissance, laquelle est un ensemble de représentations comparées et connectée".


    Page 178 :

    "La spontanéité [de l'entendement] est le fondement d'une triple synthèse, à savoir celle de l'appréhension des représentations comme modifications de l'esprit dans l'intuition, celle de la reproduction de ces représentations dans l'imagination et celle de leur recognition dans le concept".

    "Ces synthèses conduisent à trois sources subjectives de connaissances qui, elles-mêmes rendent possible l'entendement et, par l'intermédiaire de celui-ci, toute expérience, en tant que produit empirique de l'entendement ".


    A) La synthèse de l'appréhension dans l'intuition

    D'où que viennent nos représentations  elles appartiennent  en tant que modification de l'esprit au sens interne. Toutes nos connaissances sont soumises au sens interne, à savoir le temps. Toute intuition contient un divers qui ne pourrait pas être représenté comme tel si l'esprit ne distinguait pas la succession des éléments de ce divers. 


    Page 179 : 

    "Or pour qu'à partir de ce divers advienne l'unité de l'intuition il faut tout d'abord que soit parcourue la diversité, et ensuite que ce divers soit rassemblé : acte que j'appelle la synthèse de l'appréhension".


    Page 180 : 

    "Il faut que cette synthèse de l'appréhension s'opère a priori c'est-à-dire vis-à-vis des représentations qui ne sont pas empiriques " 

    Kant parle là des représentations formelles de l'espace et du temps.


    Page 180 :

    "Sans elle [la synthèse de l'appréhension] nous ne pourrions avoir a priori ni les représentions de l'espace ni celles du temps, étant donné que celles-ci ne peuvent être produites que par la synthèse du divers que fournit la sensibilité dans sa réceptivité originaire".

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Jeu 30 Juin 2016 - 8:16

    Commentaires sur "la synthèse de l'appréhension dans l'intuition". (commentaires écris à partir des remarques de Jacques Rivelaygue, op. cité, page 111 et suivantes).

    Le divers est donné et il est continu puisque l'espace et le temps sont données continûment. Pourquoi  alors faut-il un acte supplémentaire de l'entendement pour advenir à la compréhension de de déroulement ?

    Mais c'est justement parce que le temps est continu qu'il ne peut pas y  voir constitution d'une chose dans l'intuition seule. En effet cette continuité du temps fait que les sensations passent les unes dans les autres sans rupture. Il n'est alors pas possible de saisir la diversité des choses et des sensations si le lieu où elles se donnent, l'espace et le temps, sont constituées d'infiniment petits passant les uns dans les autres sans rupture. Il faut constituer des unités pour que la chose apparaisse.

    Rivelaygue page 112 :

    "Le constitution de la chose est liée à la constitution du présent, lequel se définit toujours comme une synthèse d'instants".

    En définitive cette synthèse va permettre de constituer le présent en rassemblant les instants infiniment petits du temps en une unité constituant le présent. il s'agit de rendre co-présents des instants successifs. Cette synthèse d'instants synthétise aussi le contenu et donne ainsi la chose, le donné de l'intuition.

    "La constitution de la chose n'est possible que par celle du présent. Dans la continuité du temps l'esprit rassemble plusieurs instants pour constituer la présence à la conscience".

    "La synthèse réunit le divers du continu et le divers du temps...pour en faire une unité qui donnera le présent".

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Ven 1 Juil 2016 - 7:37

    B) La synthèse de la reproduction dans l'imagination

    Page 181 : "La synthèse de l'appréhension est combinée inséparablement avec la synthèse de la reproduction".

    La reproduction dans l'imagination c'est la rétention du passé dans l'imagination. Pour synthétiser les instants en une unité qui permet l'apparition de la chose, de l'objet de l'intuition, il faut se souvenir de chaque instant passé, il faut retenir le passé dans l'imagination, il faut reproduire ce passé dans l'imagination.

    Rivelaygue, page 113 :

    "Associer une donnée présente à une donnée absente qui vient de disparaitre est un acte de l'imagination".

    Kant donne l'exemple de la ligne droite tracée que l'on peut voir, appréhender seulement en se souvenant du tracé de la droite dès le début, remémoration qui est un acte de l'imagination, et qui est associé au présent du tracé.

    Rivelaygue : "L'appréhension suppose toujours l'imagination, c'est-à-dire le rappel et l'association du passé au présent, car le temps se divisant en une série d'infiniment petits, le présent n'existerait pas, sans cette association, et on ne pourrait poser aucune chose".

    Kant montre que cette reproduction n'est pas empirique car il n'est pas  possible d'associer n'importe quelle sensation du passé à une sensation du présent (sinon nous n'aurions aucun objet).

    Rivelaygue : "Pour pouvoir former réellement  des objets, il est donc nécessaire, contre l'empirisme, que l'association obéisse à certaines règles -ce pourquoi l'imagination empirique suppose par conséquent l'imagination transcendantale, laquelle correspond à une imagination fonctionnant à partir de règles qui excluent que l'on associe des instants présents à n'importe quels instants passés".

    Nous voyons ici la différence entre l'imagination empirique et l'imagination transcendantale. L'imagination empirique est cette faculté pratique qui associe des instants passés à des instants présents, qui associe des instants dans leur succession tandis que l'imagination transcendantale comporte en elle des règles a priori qui président à cette association.

    "C'est particulièrement évident pour la notion de causalité  : si l'on veut soutenir qu'un objet est cause d'un autre, il ne faudra pas associer à l'impression présente n'importe qu'elle impression passée en disant qu'elle est la cause de la présente".

    Kant page 18: 

    "La synthèse reproductive de l'imagination appartient aux actes transcendantaux de l'esprit ".

    Cette imagination est qualifiée de transcendantale en ce qu'elle permet l'appréhension de l'objet en reliant le passé au présent  selon des règles telles qu'elles permettent l'apparition de l 'objet.

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Ven 1 Juil 2016 - 17:56

    Note.

    Ci-dessus nous notions cette phrase de Kant, page 180 :

    "Sans elle [la synthèse de l'appréhension] nous ne pourrions avoir a priori ni les représentions de l'espace ni celles du temps, étant donné que celles-ci ne peuvent être produites que par la synthèse du divers que fournit la sensibilité dans sa réceptivité originaire".


    Ainsi, s'agissant du temps, la représentation que nous pouvons en avoir dépend de la synthèse des instants. Laquelle synthèse est celle de l'imagination qui fait co-exister des instants différents. Nous voyons donc que la succession des instants précède la représentation du temps, laquelle est en définitve pensée par opposition avec la succession. Nous opposons une "permanence", une non-succession d'instants, du fait même qu'il y a succession. Mais cette succession quelle est-elle ? Elle est surtout un effet de la mémoire, le fait que la mémoire est cette faculté qui permet de fixer cette notion d'avant et d'après (grâce aux traces mnémoniques) . Il semble que ce que Kant appelle imagination ressemble plutôt à ce que nous appellerions mémoire aujourd'hui.

    Nous voyons aussi les abus du langage usuel  quand Rivelaygue écrit en page 108 de son livre "l'imagination pure (transcendantale) synthétise le temps lui-même" ce qui est un raccourci  habituel, mais qui peut induire en erreur, en faisant précéder une représentation du temps à la synthèse des instants alors que cette représentation n'est possible qu'après synthèse des instants.

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Lun 4 Juil 2016 - 18:47

    C) La synthèse de la recognition dans le concept.

    Page 181 :

    "Sans la conscience que ce que nous pensons est le même chose que ce nous pensions un instant auparavant, toute reproduction dans la série des représentations serait vaine." Il existe donc bien une conscience de l'unité d'une synthèse.

    Page 182 :

    "C'est bien cette conscience une qui réunit en une représentation le divers intuitionné peu à peu et ensuite reproduit". "Sans cette conscience les concepts, et avec eux la connaissance de objets  sont totalement impossibles".

    "Il est nécessaire de bien faire comprendre ce que l'on entend par l'expression : objet des représentations".

    Kant rappelle que les phénomènes ne sont que des représentations sensibles mais non des objets. Du coup cette expression "objet des représentations" il ne faut pas l'entendre comme l'objet appartenant à des représentations, mais comme objet dans lequel se constituent les représentations (sous l'action de certaines règles). Mais cet objet n'est pas créé par les représentations, ce sont au contraire les représentations qui se fondent sous l'action de règles dans cet objet.  Cet objet en général, est appelé par Kant  objet transcendantal : X.

    Il y a une relation de nécessité entre la connaissance (la synthèse du divers) et l'objet X. Les connaissances doivent s'organiser de manière qu'elles se rapportent  à l'objet X.

    Page 183 :

    "L'unité que l'objet [X] constate nécessairement ne peut être autre que l'unité formelle de la conscience dans la synthèse du divers des représentations."

    "Nous connaissons l'objet quand nous avons fait surgir dans le divers de l'intuition une unité synthétique"."Or celle-ci est impossible si l'intuition n' a pu être produite par une telle fonction de la synthèse selon une règle rendant nécessaire a priori la reproduction du divers et possible un concept dans lequel ce divers s'unifie".

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Mar 5 Juil 2016 - 9:20

    Ainsi lorsque l'intuition est présentée de manière telle qu'elle peut être sujette à l'application  d'une certaine règle (combinaison de trois lignes droites) dont nous avons conscience le triangle apparait  comme objet, il est pensé comme objet. Cette unité de la règle -ici la combinaison de trois droites- détermine le divers et le limite à des conditions rendant possible l'unité de l'aperception; et le concept de cette unité est la représentation de l'objet = X que je pense par l'intermédiaire de ces prédicats du triangle.

    Page 183 :

    "Toute connaissance exige un concept  [qui] quant à sa forme est quelque chose de général et qui sert de règle" [ici il ne s'agit pas des règles vu ci-dessus-agancement de trois droites- mais de règle de liaison entre deux concepts puisque la connaissance résulte déjà d'une synthèse, c'est-à-dire d'une mise en rapport de deux concepts].

    Page 183

    "Ainsi le concept de corps sert-il de règle, selon l'unité du divers qu'il permet de penser, à notre connaissance des phénomènes extérieurs. Mais il ne peut constituer une règle des intuitions que dans la mesure où il représente pour des phénomènes donnés...l'unité synthétique dans la conscience que nous en avons. Par exemple, le concept de corps rend nécessaires, dans la perception de quelque chose d'extérieur à nous, la représentation de l'étendue et, avec elle, celle de l'impénétrabilité, de la forme, etc. ".

    En définitive si le concept de corps est nécessaire à la synthèse du divers donné, présenté, il est néanmoins lui-même synthèse, dans la conscience, ou même par la conscience, vue alors comme activité synthétisante, de concepts purs.

    Page 183 :

    "Il faut donc que se puisse trouver un principe transcendantal de l'unité de la conscience dans la synthèse du divers de toutes nos intuitions" . "Cette condition originaire et transcendantale n'est autre que l'aperception transcendantale".

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Mar 5 Juil 2016 - 11:03

    Kant note la conscience de soi qui dérive des perceptions internes empiriques et changeantes, empêchant l'émergence d'un Moi stable. Il parle en conséquence d'aperception empirique. Mais il faut qu'il existe aussi une aperception transcendantale, c'est-à-dire une unité de la conscience stable qui précède toutes les données de l'intuition.

    Page 184 :

    "L'unité de la conscience serait impossible si l'esprit ne pouvait, dans la connaissance du divers, prendre conscience de l'identité de la fonction par laquelle une telle unité lie synthétiquement ce divers dans une connaissance".

    C'est donc dans l'acte même de la synthèse unifiante du divers que l'esprit prend conscience de lui-même. Il apparaît qu'il n'existe donc pas une aperception transcendantale de soi, existant comme un objet réel (elle n'existe donc que comme objet idéel, que comme pensée d'elle-même) mais que c'est un acte lui-même de synthèse unifiante appliquée au divers de l'intuition qui fonde cette pensée idéelle d'une aperception transcendantale.

    "La conscience ...de l'identité de soi-même est en même temps une conscience d'une unité nécessaire de la synthèse de tous les phénomènes d'après des concepts".

    Précisons ici quelques définitions empruntées à "Kant-lexikon-Rudolf Eisler-Galluamard, page 40 et 41 :

    L'aperception est la conscience de soi-même. La conscience de soi peut être divisée en conscience de la réflexion et conscience de l'appréhension. La première est une conscience de l'entendement, la seconde est le sens interne; celle-là est l'aperception pure, celle-ci l'aperception empirique.

    L'aperception transcendantale est la conscience de soi purement formelle, originaire, toujours identique, la conscience du "Je pense" qui accompagne et conditionne toute représentation et tout concept.



    Kant revient ensuite sur le rapport entre le phénomène et l'objet transcendantal X.

    Page 185 :

    " [Les phénomènes] sont eux-mêmes des représentations qui, à leur tour, ont un objet, lequel ne peut donc plus être intuitionné par nous et peut par conséquent être appelé l'objet non empirique, c'est-à-dire transcendantal = X".

    Cet objet transcendantal, qui procure aux concepts empiriques une relation à un objet non empirique, fonde donc l'objectivité, la réalité objective.

    Page 185 :

    " La réalité objective [relation à l'objet transcendantal] de notre connaissance empirique, reposera sur la loi transcendantale selon laquelle tous les phénomènes, en tant que par eux des objets doivent nous être donnés, ne peuvent que se trouver soumis à des règles a priori de leur unité synthétique qui seules rendent possibles leur rapport dans l'intuition empirique, ce qui veut dire qu'il leur faut  être soumis dans l'expérience aux conditions de l'unité nécessaire de l'aperception tout autant qu'ils le sont, dans la simple intuition, aux conditions formelles de l'espace et du temps, et même : que c'est seulement à travers ces conditions de l'unité nécessaire de l'aperception que toute connaissance devient possible".

    Ce paragraphe difficile de Kant (la synthèse de la recognition dans le concept) sera commenté, pour une meilleure compréhension, par des textes écrits par Jacques Rivelaygue et Gilles Deleuze et repris ci-après.

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Lun 11 Juil 2016 - 9:37

    Commentaires Rivelaygue, opus cité, pages 115 et suivantes.

    Le rapport entre la première et la deuxième synthèses est d'ordre psychologique. Rappelons qu'il faut d'abord appréhender le divers de l'intuition afin de construire des unités synthétiques mais, pour constituer de telles unités, il faut aussi garder en mémoire la préhension des instants présents pour les associer aux instants qui suivent. Les instants présents sont donc mémorisés (dans l'imagination).

    C'est la manière de relier ensemble ces instants qui fait l'objet de la troisième synthèse.

    "La façon dont l'imagination réunit le présent et le passé pour constituer l'objet...n'est valable universellement qu'à la condition d'obéir à des règles elles-mêmes universelles et nécessaires, c'est-à-dire des concepts".

    "Pour que l'association se fasse selon des règles universelles et nécessaires, il faut supposer l'unité originairement synthétique de l'aperception, c'est-à-dire :

           l'unité d'une règle de synthèse
           l'unité de conscience qui effectue cette synthèse"

    "On arrive ainsi au sujet transcendantal" c'est-à-dire au sujet qui actualise (met en acte) cette unité.

    "Le concept n'est rien d'autre  que l'acte de la conscience. La conscience n'est pas une substance, elle est simplement  l'acte de réunir selon des règles" . " Le sujet n'est rien d'autre que cette activité de synthèse".  

    Cette façon de réunir toujours selon les mêmes règles le divers de l'intuition est une façon qui ne dépend pas de ce divers mais qui est propre à l'esprit. Cette façon permet de définir l'objectivité comme tout objet répondant à cette "façon" de faire toujours reproduite à l'identique par l'esprit. L'objet transcendantal = X est cette objectivité même, cette structure formelle dégagée par cette "façon" de faire toujours reproduite à l'identique.

    Le sujet transcendantal définit l'objet transcendantal = X qui est l'objet scientifique. C'est-à-dire l'objet commun à tous les esprits, à tous les hommes, indépendamment des subjectivités propres à  chaque individu (le sujet transcendantal est universel au contraire du sujet empirique).

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Lun 11 Juil 2016 - 17:52

    Commentaires Deleuze " La philosophe critique de Kant", PUF, pages 24 et suivantes.


    " Représentation veut dire synthèse de ce qui se présente". 

    Deleuze distingue la présentation (ce qui se donne) de la re-présentation, ce qui est donné après synthèse.

    "La synthèse a deux aspects : l'appréhension ...et la reproduction par laquelle nous reproduisons les parties précédentes à mesure que nous arrivons aux suivantes" [les parties i.e les instants saisis au fur et à mesure de l'appréhension].

    "Cette synthèse ...est définie...comme un acte de l'imagination".

    "Le divers ne se rapporterait pas à un objet si nous ne disposions pas de l'objectivité comme d'une forme en général ("objet quelconque ", "objet = X")"

    "L'objet quelconque est le corrélat du Je pense ou de l'unité de conscience, il est l'expression du Cogito, son objectivation formelle. Aussi la véritable formule (synthétique) du Cogito est-elle : je me pense, et, en me pensant, je pense l'objet quelconque auquel je rapporte une diversité représentée".

    "L'entendement dispose de concepts a priori qu'on appelle catégories".

    Cette interprétation de Deleuze est dangereuse. Elle laisse entendre qu'il y a, un, l'entendement lequel dispose, deux, de concepts purs. Nous risquons là de tomber dans l'innéité des concepts purs. Or il apparait bien que l'entendement est lui-même activité donnée, laquelle activité est représentée dans notre analyse a posteriori par les concepts purs.

    "La thèse kantienne est  : les phénomènes sont nécessairement soumis aux catégories, au point que...nous sommes les vrais législateurs de la Nature".



    Note :

    Le terme corrélat n'est peut-être pas employé ici à bon escient. Dans un ensemble A dans lequel est défini un sous-ensemble B le corrélat de B dans A est le complémentaire de B dans A (c'est-à-dire que le corrélat  est constitué par les éléments de A qui n'appartiennent pas à B). Cette notion de corrélat  ne semble pas vraiment s'appliquer ici. Ici le mot corrélat semble signifier : qui est en rapport.

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Dim 17 Juil 2016 - 18:45

    D ) Explication préalable de la possibilité des catégories comme connaissances a priori.
     
    Il y a suite aux développements précédents une seule expérience construite selon un enchaînement donné et structuré par des lois toujours identiques (nous parlons là de l'expérience objective). L'expérience  (objective) dans sa forme n'est rien d'autre que l'unité synthétique des phénomènes d'après les concepts. Si l'unité de la synthèse d'après des concepts empiriques était totalement contingente nous aurions une masse de phénomènes devant nous sans pouvoir en réaliser une synthèse unique. A défaut de cette synthèse fixée par des lois immuables (dans l'esprit) nous n'arriverions à aucune connaissance stable. Kant critique ici l'empirisme.


    Page 186 :

    "Je soutiens que les catégories ne sont rien d'autre que les conditions de la pensée dans une expérience possible, de même qu'espace et temps contiennent les conditions de l'intuition pour cette même expérience".


    "Toutes les tentatives menées pour dériver de l'expérience les concepts purs de l'entendement et leur assigner une origine simplement empirique sont totalement vaines et inutiles ".


    Page 187 :

    "Que la nature doive se régler d'après notre principe subjectif de l'aperception, qu'elle doive même en dépendre quant à sa conformité à des lois, cela apparaît sans doute très absurde et étrange. Si  l'on songe toutefois que cette nature, en soi, n'est rien d'autre qu'un ensemble de phénomènes, que par conséquent elle n'est pas une chose en soi mais simplement une foule de représentations de l'esprit, on ne s'étonnera pas de ne la voir que dans le pouvoir radical de toute notre connaissance, à savoir l'aperception transcendantale, dans cette unité à la faveur de laquelle seulement elle peut être appelée objet de toute expérience possible, c'est-à-dire nature".

    Nous pouvons en effet continuer d'être étonnés de constater que des phénomènes d'origine purement empiriques puissent en définitive se conformer aux catégories, dans l'unité synthétique de l'aperception transcendantale. Mais cet étonnement résulte de la persistance à voir dans les phénomènes des choses en soi. Les choses en soi sont hors notre connaissance, et les phénomènes sont déjà des mobilisations en soi de notre esprit.  Le phénomène se déploie dans notre esprit, le phénomène prend réalité dans notre esprit et pas ailleurs, aussi se soumet-il aux lois de l'esprit. Souvenons-nous de l'exemple du verre et du doigt qui frappe le verre. La chose en soi, le doigt, est hors de la "connaissance "du verre, et l'onde provoquée par le doigt est une onde qui n'est onde que par rapport à la structure du verre. Si l'on compare l'onde dans le verre au phénomène dans l'esprit, nous voyons que le phénomène est en lui-même une altération de notre esprit, qu'il n'existe que dans notre esprit, qu'il ne peut être indépendant dans sa forme de notre esprit puisque l'esprit est le milieu même dans lequel le phénomène se produit.


    Commentaire sur ce sujet de Jacques Rivelaygue, opus cité, page 117 :

    "Kant veut démontrer que de telles associations  [associations des sensations en fonction d'habitudes] ne donneraient lieu à aucun objet, que, si l'on ne supposait pas l'unité originairement synthétique de l'aperception, c'est-à-dire une pratique de constitution de l'objet identique et universelle, chacun posséderait des structures de l'objectivité  absolument différentes, et nommerait objet ses propres associations. Kant s'efforce ainsi, non pas de réintroduire le sujet cartésien, mais l'unité du sujet de la science comme unité d'une pratique de construction de l'objet".
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    Hervé BOURGOIS

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  Hervé BOURGOIS le Mer 20 Juil 2016 - 16:16

    Je ne sais pas si votre amie continue à vous suivre, mais pour ce qui me concerne, j’ai beaucoup de difficultés (et ce serait probablement pire sans vos efforts pédagogiques). Il me semble intéressant de revenir sur quelques définitions pour essayer d’éliminer certaines ambiguïté mais aussi pour relier les concepts entre eux. Cela amènera quelques questions. Je m’arrête à la fin de la première page, bien que j’ai lu tous vos post (rapidement sur la fin), car je ne suis pas certain que cela vous intéresse.
     
    Imaginons un enfant de deux ans commençant à parler qui se promène avec son père. Il aperçoit une chose qu’il n’a jamais vue. Ce qu’il en voit est une forme dans l’espace qu’il saura reconnaître s’il revoit celle-ci ou une autre. Ce qu’il voit (le phénomène) est une abstraction, il a abstrait (extrait) la forme de ce qui l’entoure (des autres formes). C’est ce que font tous les animaux dotés d’un cerveau, une poule ne fait pas la différence entre un grain de maïs et un autre. Tout ce que nous percevons sont des abstractions. Nous pouvons donc l’oublier sauf qu’il faut comprendre que nous ne savons faire que cela et que c’est une limitation cognitive. Cette forme est entourée d’air, de lumière… alors que l’enfant la considère comme si elle en était indépendante de façon intemporelle. L’enfant demande à son père de quoi il s’agit, et il lui répond que c’est un arbre. Le père transmet ainsi sa connaissance de l’arbre à son enfant. Il le nomme et peut lui en donner des caractéristiques qui différencient l’arbre des autres choses que peut connaître l’enfant. L’enfant associe les connaissances à la forme qu’il a perçue, lorsqu’il reverra cette forme, il pourra penser que c’est un arbre. Cela, c’est pour ce que nous pouvons percevoir. Mais, l’homme peut également faire des généralisations pour regrouper (généraliser) une forme afin de la nommer, par exemple que tous les arbres forment une espèce végétale, que tous les individus habitant dans un lieu déterminé sont des français ou encore que dans telle situation donnée des individus ne sont pas libres. Ce sont également des abstractions, mais ces choses ne peuvent se percevoir, nous disons qu’elles sont abstraites.
     
    Toutes les choses que nous pouvons nommer sont des abstractions. Les choses peuvent être concrètes, celles que nous percevons, ou abstraites celles que nous avons construites par nos pensées. Les connaissances que j’ai associées à une chose se nomment concept. Mais nous avons d’ores et déjà une ambiguïté sur cette notion, la connaissance de l’arbre qu’à l’enfant n’est pas celle de son père qui n’est pas celle qu’’il pourrait avoir s’il lisait tous les ouvrages qui en parlent.
     
    Et, j'ai une question : je ne vois pas la différence entre la chose et la chose en soi ! Il me semble que c'est un synonyme, sauf à considérer que la chose est le phénomène (la forme perçue par l'enfant), et la chose en soi ce qui a provoqué le phénomène. Mais, si c'est le cas, je ne comprends pas l'intérêt.
     
    Le concept n’est pas l’opération de l’entendement, « l’aptitude à comprendre », mais un paramètre. Si vous vous souvenez de la référence à la poule, nous observons qu’elle a la connaissance du grain de maïs qui est un concept pour elle. Elle est ainsi capable de comprendre de quoi il s’agit, dit autrement elle sait ce qu’elle peut en faire. Remarquons que ce n’est pas l’entendement qui lui a permis d’avoir cette connaissance, de même que ce n’est pas l’entendement qui permet à l’enfant de comprendre ce qu’est un arbre, c’est la connaissance que lui a transmis son père qui lui-même l’a appris quelque part. Ce n’est donc (généralement) pas l’entendement qui produit le concept... et dire que le concept est une source de connaissances essentielles pour l’homme n’a pas beaucoup de sens, puisque les connaissances sont nécessairement associées à des abstractions, donc à des concepts. Nous ne pouvons pas dire non plus que le concept est une opération (de l’esprit)…
     
    La notion de concept empirique, issu de l’expérience (perception), me semble quelque peu ambiguë. Est-ce la forme (l’arbre) que perçoit l’enfant qui est d’ores et déjà un concept ? Nous pourrions dire qu’il pourrait la reconnaître, mais il ne sait pas ce qu’il peut en faire, car il ne connaît pas le concept associé. Par ailleurs, un concept peut décrire une chose abstraite que nous ne pouvons pas percevoir, dans ce cas il ne provient pas directement de l’expérience (la perception de la chose associée). Un extra-terrestre est un concept créé par raisonnement, nous ne l'avons jamais perçu (est-ce qu'un tel concept a un qualificatif ?), le concept de société peut ou non avoir été créée par raisonnement, est-ce que l'arbre était un concept empirique avant que nous ayons appris à le connaître et plus maintenant ? Ou peut-être est-ce simplement un concept associé à une chose concrète, dans ce cas l'arbre, ainsi que l'extra-terrestre, seraient des concepts empiriques, mais pas la société ?

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Jeu 21 Juil 2016 - 9:53

    Hervé BOURGOIS a écrit:
     
    Imaginons un enfant de deux ans commençant à parler qui se promène avec son père. Il aperçoit une chose qu’il n’a jamais vue. Ce qu’il en voit est une forme dans l’espace qu’il saura reconnaître s’il revoit celle-ci ou une autre. Ce qu’il voit (le phénomène) est une abstraction, il a abstrait (extrait) la forme de ce qui l’entoure (des autres formes). 


    Ce qu'il voit est une image cérébrale, provoquée par les photons (ou l'onde électromagnétique, selon que vous adoptez telle ou telle théorie) en lui, toutes les données, extériorité, distance, résultant d'un travail de l'entendement, du cerveau (lequel est informé par la vison binoculaire, laquelle permet de calculer les distances, informé aussi par l'intensité de l'onde, transformée en signaux électriques plus ou moins intenses, etc.). Rien de tout cela est abstrait, tout cela est ressenti, vécu, tout cela imprime le cerveau, tout cela provoque dans le cerveau des signaux, une activité réelle détectée par l'IRM. Ce n'est donc pas une abstraction, laquelle est une activité conceptuelle, indépendante de la sensibilité, indépendante des sens; ce qui nous arrive par les sens est dit concret, par définition; est dit abstrait toute activité qui n'est pas le résultat d'une affection des sens. Il me semble que vous confondez abstraction et extraction.

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Jeu 21 Juil 2016 - 9:56

    Hervé BOURGOIS a écrit:
    il a abstrait (extrait) la forme de ce qui l’entoure (des autres formes). 

    C'est l'entendement, dans son activité qui fait ce travail de séparation des formes.

      La date/heure actuelle est Lun 25 Sep 2017 - 17:19