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    Critique de la raison pure

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    aliochaverkiev

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    Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Sam 6 Fév 2016 - 12:55

    Je me propose de reprendre ici l'étude de la Critique de la raison pure, étude commencée en d'autres lieux.

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Sam 6 Fév 2016 - 12:59

    je reprendrai ici le début de l'étude déjà commencée. Je suis ici pour le moment en train de faire connaissance avec le forum.

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Dim 7 Fév 2016 - 11:25

    il s'agit  ici d'un cours donné à une élève qui ne connaît pas la philosophie mais qui désire en savoir plus sur Kant. Je ne suis pas moi même philosophe de formation (mathématicien de formation ayant bifurqué ces la finance). L'élève n'apparait pas ici, elle ne le veut pas, mais je livre ici ces posts car ils intéressent une enseignante (en français) qui est intéressée à me lire et qui interviendra peut être , je l'espère!) après s'être inscrite. Les philosophes de métier tiqueront peut être devant cet "enseignement"! qu'ils me rappellent à l'ordre s'ils pensent que je m'égare.
    je mets ici les premières leçons, dispensées sur un site de dialogue courant, site qui n'était pas approprié pour parler philosophie. Les livres auxquels je me réfère sont Kant, "Critique de la raison pure" chez GF (éditions poche), luc Ferry : Kant , le livre de poche, Jacques Rivelaygue, leçons de métaphysique allemande tome 2 chez Grasset, parfois  Chris Frith : "comment le cerveau crée notre univers mental" chez odile Jacob, puisque la neuropsychologie confirme aujourd'hui les intuitions étonnantes de Kant sur le fonctionnement de l'esprit (je dis parfois le cerveau, puisqu'aujourd'hui chez les scientifiques ce mot  tend à équivaloir à esprit-cela choque bien sûr les puristes!

    Ci- après le début de ce "cours" qui est plutôt un enseignement donné à une personne adulte désirant être enseignée.





    Avant Kant (avant le 18ème siècle) et surtout avant les découverte scientifiques sur lesquelles je reviendrai plus tard, l'homme concevait l'univers comme étant "coiffé", "clôturé" par Dieu. 

    Il existait un être parfait, qui contenait l'univers, par rapport auquel l'homme se déterminait. Dieu déterminait notamment l'action sociale et la morale de l'homme. Il s'agissait alors de s'approcher le plus près de Dieu, et la mort elle même était domestiquée par les conceptions de l'époque : le paradis, le purgatoire et l'enfer. 
    Cette époque sécrétait aussi l'angoisse, comme aujourd'hui, mais l'angoisse était autre, c'était l'angoisse de la punition divine. 


    Penser l'univers comme étant "coiffé" par Dieu était toutefois considéré comme un acte de foi. Or les scientifiques voulaient posséder une preuverationnelle de l'existence de Dieu. C'est Descartes qui a fourni cette preuve, la preuve ontologique, la preuve par l'argument ontologique. Je ne vais pas vous donner la définition du mot ontologique maintenant, mais je vais vous expliquer la teneur de cette preuve. 

    Passons maintenant à la description de cette preuve. 

    Nous pouvons, par rapport à notre finitude, ce que nous ressentons comme étant comme notre finitude, ce que nous pensons être notre finitude (en définitive notre finitude nous la situons dans ce fait que nous mourons et aussi dans le fait que nous sommes ignorants de beaucoup de choses), nous pouvons penser un être qui, lui, ne serait pas limité par cette finitude, cet être c'est Dieu. C'est donc uniquement parce que nous pouvons penser Dieu que, vous allez le voir, Descartes va prouver l'existence de Dieu. 

    Vous allez dire que pouvoir penser un être et penser que le fait de le penser lui donne l'existence est un peu gros ! C'est une façon de poser l'existence de tout fait imaginé, dès lors qu'il est imaginé. Mais les cartésiens n'allaient pas jusque là. Il fallait aussi que la chose pensée soit conforme au réel. En définitive cette capacité à donner l'existence par le seul fait de penser Dieu se limitait seulement à Dieu. Mais comment faisaient-ils pour donner l'existence à Dieu ? Eh bien ils partaient de cette base : Dieu est un être parfait, donc il possède toutes les qualités, dont la qualité d'exister. Si Dieu n'existait pas, alors Dieu n'aurait pas toutes les qualités, il ne pourrait pas être parfait ce qui contredit l'idée que je peux penser Dieu comme un être parfait. Donc Dieu possède l'existence, donc Dieu existe. 

    Vous allez me dire que c'est un peu gros ! Mais ça marchait à l'époque, sans doute parce que cet argument était développé par des savants dont on pensait alors que tout ce qu'ils disaient était vrai (un peu comme aujourd'hui d'ailleurs, qu'un scientifique de renom parle et hop le profane est prêt à tout croire !). 


    Cet argument sera démonté par Kant, mais nous verrons cela plus tard. Qu'il suffise de dire donc, qu'à cette époque, non seulement la foi mais la raison (la science) postulaient l'existence de Dieu.



    N'oubliez pas que le vouvoiement est de rigueur sur le forum - Vangelis.
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    Crosswind

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  Crosswind le Dim 7 Fév 2016 - 13:59

    Votre projet m'intéresse, je suivrai donc ses évolutions avec plaisir !

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Dim 7 Fév 2016 - 19:14

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Votre projet m'intéresse, je suivrai donc ses évolutions avec plaisir !
    Merci pour votre accueil! et c'est avec plaisir que je recevrai vos remarques et critiques!

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Dim 7 Fév 2016 - 19:15

    Kant va renverser complètement les perspectives, les façons de penser, les représentations. Dieu ne va plus être la référence première, celle à partir de laquelle tout est ensuite construit, c'est l'homme qui va constituer le point de départ, même si, à l'horizon, se profile toujours l'idée de Dieu, mais idée vécue seulement comme idée sans aucun a priori sur la réalité de cette idée (pour Kant une idée peut ne correspondre à aucune réalité). 

    Mais pourquoi Kant va-t-il initier un tel renversement de perspective? 

    Parce que de nombreuses découvertes scientifiques vont complètement changer les représentations humaines de l'univers. 

    Avant ces découvertes l'univers était vécu comme fini, contenu en Dieu, comme un tout harmonieux, achevé, dans lequel devait prendre place l'homme. L'homme cherchait alors à s'intégrer dans cette harmonie. On cite l'exemple des augures ou de la pythie pour illustrer le fait que, avant de prendre une décision, les puissants voulaient s'assurer de la bonne fin de leur entreprise. Mais c'est faux. Les puissants ne cherchaient pas à savoir si leur entreprise allait réussir, ils ne cherchaient pas à "fouiller" l'avenir, ils cherchaient à "voir" si leur entreprise s'insérait bien dans l'harmonie de l'univers; et, s'ils avaient la conviction d'un accord entre leur entreprise et cette harmonie (conviction appuyée sur les augures, sur la pythie, etc.) alors ils passaient à l'action. 

    Aujourd'hui encore cette vision est très répandue. Bien que le siècle des Lumières soit passé par là, la plupart des gens pensent encore comme ça. Ils pensent que la nature est harmonieuse et que , par exemple, la nature va se venger de l'homme en le punissant voire en le faisant disparaître à cause de ses agressions contre la nature. Cette vision du monde, d'une nature harmonieuse, est depuis longtemps rejetée par les scientifiques, depuis au moins 300 voire 400 ans. Mais les idées nouvelles mettent des siècles à diffuser dans une population, les phénomènes culturels se répandent très lentement.

    Ce sont les découvertes scientifiques qui vont faire exploser cette vision d'un univers harmonieux; le développement des transports maritimes ont permis par exemple la mise au point de nouveaux instruments d'observation du ciel qui ont permis de voir que la voute céleste n'était pas achevée, pas finie; des étoiles nouvelles purent être observées, de même que l'apparition d'étoiles soudainement brillantes (certaines étoiles lorsqu'elles meurent, car les étoiles meurent aussi, deviennent parfois énormes). 

    Du coup l'idée d'une voute céleste achevée ne fut plus crédible. Il y eut aussi les découvertes de Copernic, cette idée nouvelle que la terre tournait autour du soleil (et non le contraire), ce qui décentra complètement la terre dans les représentations harmonieuses de l'époque. Puis surtout les découvertes de Newton qui ont conduit à une représentation de l'univers fait de forces sans âme (mathématiquement quantifiables donc épurées de toute intervention divine), et de chocs aveugles, hasardeux; la notion de hasard est née. 

    Quantité d'autres observations ont fait exploser les représentations harmonieuses en représentations hasardeuses, où des forces et des chocs sans sens, sans détermination semblent déterminer les réalités; l'harmonie de l'univers a explosé. 

    Un événement a d'ailleurs marqué les esprits à cette époque, en 1755, c'est le tremblement de terre de Lisbonne qui a provoqué la mort de 60 000 personnes (événement qui a aussi inspiré Voltaire). Ainsi la nature pouvait tuer aveuglément des hommes, sans sentiment, froidement, indifféremment; la nature est alors apparue totalement disharmonieuse, habitée ni par le bien, ni par le mal.

    etoilefilante

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  etoilefilante le Lun 8 Fév 2016 - 13:18

    Votre façon de présenter "la critique" est fort judicieuse. Rappeler ce qu'était le monde clos des Anciens, la terre immobile au centre de l'univers jusqu'aux premières observations de Copernic qui bouleversèrent les idées jusqu'à l'apparition de Newton. Terminé le monde clos, se dessine peu à peu un monde infini régi par des lois. Apparaît le siècle des lumières inhérent à toute l'Europe à des degrés différents bien entendu.
    Kant esprit philosophique, mais aussi scientifique va évoluer dans ce monde et apporter une pensée révolutionnaire. Il faut observer que philosophie et sciences n'étaient pas encore dissociées comme elles le sont aujourd'hui. Est-ce que je me trompe?

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Mar 9 Fév 2016 - 10:51

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Votre façon de présenter "la critique" est fort judicieuse. Rappeler ce qu'était le monde clos des Anciens, la terre immobile au centre de l'univers jusqu'aux premières observations de Copernic qui bouleversèrent les idées jusqu'à l'apparition de Newton. Terminé le monde clos, se dessine peu à peu un monde infini régi par des lois. Apparaît le siècle des lumières inhérent à toute l'Europe à des degrés différents bien entendu.
    Kant esprit philosophique, mais aussi scientifique va évoluer dans ce monde et apporter une pensée révolutionnaire. Il faut observer que philosophie et sciences n'étaient pas encore dissociées comme elles le sont aujourd'hui. Est-ce que je me trompe?
    Bonjour, 
    Non vous ne vous trompez pas, il faut se rappeler la représentation du cosmos à l'époque (d'avant les lumières) avec la sphère des fixes, la voute fixe avec ses étoiles que Dieu faisait tourner. Ce bouleversement dans la représentation du cosmos grâce aux sciences exactes, elles mêmes en évolution en raison des échanges économiques et culturels de l'époque) a aussi engendré un bouleversement des idées; il est étonnant comme la représentation que l'on a du cosmos influe sur nos idées de manière capitale.
    Ce que je découvre de Kant au fur et à mesure que je l'étudie est à la fois stupéfiant (ses intuitions sur l'espace et le temps par exemple) mais aussi décevant, en ce sens qu'il ne maitrise pas tout, il semble parfois dépassé par sa nouvelle conception du monde, du coup il en devient obscur et il emporte tous les commentateurs dans son obscurité! mis à part ces problèmes-là, il est extrêmement intéressant à étudier.

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Mar 9 Fév 2016 - 17:59

    Dans le monde dominé par l'harmonie la méthode de penser relevait de la métaphysique (ce qui veut dire : au-delà de la physique, au-delà de l'observation). 

    La métaphysique posait l'existence de Dieu, être omniscient et parfait par rapport auquel était pensée la finitude de l'homme. Je ne vais pas rentrer dans le détail, mais dans un tel mode de penser où l'omniscience de Dieu est en quelque sorte imaginée, c'est par rapport à cet imaginaire que les savants conduisent leurs pensées, imaginaire totalement structuré par la vision d'une nature harmonieuse et habitée par Dieu. 

    La destruction de cette vision de la nature détruit l'imaginaire dont était paré Dieu. Dieu ne disparaît pas mais il est rejeté au loin dans un inconnu inaccessible. Du coup il faut construire une nouvelle méthode de penser". 




    C'est là qu'apparait "le moment kantien". Je cite Ferry (page 29 de son livre) : "Le moment kantien (l'apport intellectuel de Kant) représente un retournement de perspective complet, sans précédent dans l'histoire de la pensée...Ce retournement consiste en ceci : Kant pense d'abord la finitude, donc la sensibilité et le corps situés dans le temps et l'espace, ensuite seulement l'Absolu." 

    Comment en effet Kant va définir sa nouvelle méthode de penser? Et bien au lieu de partir de Dieu il va partir de l'homme lui-même dans son rapport immédiat avec l'extérieur, avec la nature. Kant va penser le monde en partant de la finitude de l'homme au lieu de partir de l'Absolu, de Dieu. C'est un complet renversement de perspective, une révolution totale dans la façon de penser. Kant va concrètement penser le monde à partir du corps et de la sensibilité, étant entendu que ce mot, sensibilité, signifie pour lui la perception par les sens (la sensibilité renvoie aux cinq sens). Et s'il s'agit d'une finitude, par opposition à l'infini de lAbsolu ou de Dieu, c'est que le corps ne perçoit le monde qu'ici et maintenant, c'est-à-dire dans un moment particulier de l'espace et du temps.


    Extrait du livre de Ferry (page 29) : 

    "Je peux essayer de faire abstraction de ma finitude (limitation par l'espace et le temps), tenter de me placer en imagination, non plus du point de vue de l'homme fini, mais du point de vue d'un Dieu infini. L'honnêteté intellectuelle la plus élémentaire m'oblige cependant à conserver la conscience claire du fait qu'il s'agit bien là d'une abstraction, d'une hypothèse fictive, et qu' à la vérité c'est toujours un être fini qui pense même quand il se prend pour Dieu." 

    La question que vous pouvez poser, c'est : "Pourquoi cette honnêteté intellectuelle arrive-t-elle là, maintenant, ici et maintenant, aux alentours de 1780 et non avant?" 

    Toujours pour la même raison, c'est que, avant, la représentation de la nature était telle (harmonieuse, finie, achevée) qu'elle fondait Dieu, la foi en Dieu, et même la raison d'être de Dieu (l'argument ontologique). La destruction de la représentation de la nature a fait vaciller la réalité de Dieu et l'a transformée, pour les scientifiques, en Idée, en hypothèse, en produit de l'imagination. 

    D'où la possibilité désormais de penser le monde non pas à partir de Dieu, mais à partir de l'homme, et d'abord à partir de sa sensibilité (les 5 sens). 

    Si je répète cela c'est pour souligner combien la représentation que nous avons de la nature influe sur nos croyances, nos idées, nos certitudes. 


    Par exemple aujourd'hui certains astrophysiciens nous donnent une représentation de la nature selon laquelle celle-ci va finir par s'éteindre dans un infini dans lequel toute matière va tellement s'étirer qu'il n'y aura plus d'agglomérat de matière du tout! Une telle représentation fait bien sûr exploser toute croyance en Dieu! et même toutes croyances en général! Mais je vous rassure, les astrophysiciens en vérité en savent beaucoup moins que ce qu'ils veulent nous faire croire!

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Mar 9 Fév 2016 - 18:11

    Où l'on voit aussi, que la finitude fonde la conscience. Car toute conscience est conscience de quelque chose. Cette locution mise en valeur par Sartre en France a été en fait pensée par un philosophe allemand Husserl. Il faut que quelque chose limite l'homme pour qu'il ait conscience de quelque chose. La réflexion qui est l'opération de la conscience, suppose un objet fini qui fasse face à l'homme, dont la pensée bute sur l'objet pour revenir sur elle (réflexion donc, comme un rayon lumineux qui part d'une source, percute un miroir et revient sur soi, c'est ça la réflexion, et c'est cette réflexion qui est l'opération de la conscience).



    Donc c'est à partir de la finitude de l'homme, à partir de son corps, finitude spatio-temporelle (le corps existe dans un espace donné à un moment donné, il n'occupe pas tout l'espace ni toute la durée, il est donc fini) qu'il conviendra de penser maintenant Dieu ou l'Absolu et non le contraire (on ne partira plus de Dieu ou de l'Absolu pour penser l'homme). 

    Je cite Ferry , page 31: " Il faut bien mesurer l'ampleur abyssale de cette révolution théologique (révolution théologique : révolution de la manière de voir Dieu et l'homme) : 

    Ce n'est plus la figure divine de l'Absolu, de l"omniscience, qui vient relativiser la finitude humaine, la définir comme moindre être. Tout à l'inverse, c'est au nom de la finitude indépassable qui est celle de toute connaissance humaine, que la figure divine de l'Absolu est à son tour relativisée, rabaissée au rang d'une simple idée dont la réalité objective est désormais indémontrable par les voies d'une quelconque théorie philosophique ou scientifique." 


    Autrement dit, avant Kant l'homme était imparfait, par rapport à la figure de Dieu. Il ne pouvait se perfectionner, devenir meilleur, acquérir plus "d'être", qu'en se rangeant sous les commandements de Dieu. Il tendait vers Dieu, il tendait à devenir sans cesse meilleur par rapport à Dieu. Maintenant, c'est tout le contraire, l'homme doit évoluer en s'appuyant sur lui-même, sur sa relation avec la nature, sur sa sensibilité seul moyen qu'il a de connaître et d'évoluer, tandis que Dieu devient une Idée lointaine, exfiltrée de toute réalité.

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Mar 9 Fév 2016 - 18:23

    je vais vous reparler de la vison de l'univers avant les grandes découvertes scientifiques allant du 16ème au 18ème siècle. 

    Depuis l'Antiquité l'homme occidental pense qu'il vit dans un univers fini C'est extrêmement important à souligner car penser que l'univers est fini enfante des façons de pensée spécifiques (monde fini, absolu de Dieu, imperfection de l'homme par rapport à cet univers achevé et parfait). 
    Aristote a théorisé cette représentation. La terre est immobile au centre d'un univers sphérique dont la limite est constituée par une sphère (le monde est donc clôturé par une sphère) appelé la sphère des fixes. Cette sphère des fixes supporte les étoiles fixes. Ces étoiles sont fixes en ce sens qu'elles ne se déplacent pas les unes par rapport aux autres (ce qui est faux mais il faut des temps très, très longs pour observer de tels mouvements relatifs, bien plus longs que le temps d'une vie humaine!). 
    Au centre donc il y a la terre, fixe. La sphère des fixes, à l'horizon, est mise en mouvement par Dieu (quand tu regardes le ciel les constellations se déplacent par rapport à la terre, au fil des saisons même si elles ne se déplacent pas (apparemment) les unes par rapport aux autres). 

    vous voyez donc dans quelle représentation spécifique vivaient les hommes à cette époque-là.
    Maintenant vous allez voir comment une découverte scientifique, en changeant la représentation du cosmos, change la philosophie du monde. 

    En 1543 Nicolas Copernic, un astronome polonais fait paraître "Révolutions des orbes célestes" dans lequel il montre que ce n'est pas la terre qui est fixe mais le soleil. Dans ce système la terre tourne autour du soleil lequel est fixe. il n'est pas attaqué par l'Église car il continue de dire qu'existe toujours la sphère des fixes (Dieu n'est pas détrôné). 

    Mais rapidement un philosophe, Giordano Bruno, voit qu'il y a un problème dans cette nouvelle représentation. En effet les étoiles sont maintenant sur une sphère qui tourne autour du soleil et non plus autour de la terre. Pourtant, à l'observation les étoiles continuent de tourner de la même façon autour de la terre. Pour qu'un mouvement circulaire soit le même que ce soit vis à vis de la terre que vis à vis du soleil, il faut que les étoiles soient très, très, très loin de la terre, rendant ainsi la distance terre-soleil négligeable et donc le mouvement circulaire des étoiles par rapport à la terre ou par rapport au soleil quasiment identique! Ce très très très loin a engendré en Giordano Bruno la notion d'infini. Le monde n'est plus fini mais infini (ça ne dérange pas la vision de Dieu qui peut aisément passer d'une notion de fini à une notion d'infini). Donc pas encore de grand bouleversement dans la vision du monde, mais déjà un bouleversement notable, avec cette idée d'infini. 

    Tout cela pour vous illustrer combien les découvertes scientifiques en bouleversant les représentation de la nature finissent aussi par affecter les philosophies et les représentations de Dieu.




    Je suis en train de préparer l'exposé sur l'esthétique transcendantale et je m'aperçois que je ne vais pas parvenir à vous expliquer ce chapitre sans d'abord vous expliquer ce qu'est le "concept" pour Kant; du coup je vais reprendre Ferry, et je comprends pourquoi aussi il explique le sens du mot concept avant de parler de l'esthétique transcendantale. Le concept est développé dans le second chapitre de la critique, mais comme l'espace et le temps sont définis par opposition au concept, je dois expliquer le concept. 


    Je donne dans la répétition mais je pense que c'est nécessaire pour que les idées entrent bien. 

    La Critique de la raison pure traite des sources du savoir (qu'est ce que je peux savoir?) et Kant désigne trois sources de connaissance : la sensibilité, l'entendement et la raison, ces trois sources engendrant l'intuition, le concept et l'idée comme savoirs, connaissances. Je reviendrait bien sûr sur ces notions. 


    L'entendement produit le concept , cela est traité dans le second chapitre de la Critique, l'analytique transcendantale. (Pas d'inquiétude Anna, je vais revenir sur tous ces mots).
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    Re: Critique de la raison pure

    Message  Vangelis le Mer 10 Fév 2016 - 11:16

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:
    Je suis en train de préparer l'exposé sur l'esthétique transcendantale [...]
    Vous n'avez pas expliqué pourquoi Kant va opérer un changement de perspective. Dire que la science de l'époque y participe est insuffisant pour comprendre ce qui motive Kant.

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Jeu 11 Fév 2016 - 9:00

    Je ne me suis pas en effet attardé sur les raisons qui ont conduit Kant à penser différemment, ou à introduire une nouvelle façon de penser le monde; il ne faut pas oublier le contexte de mon intervention. Un narrateur (moi) inséré dans le monde professionnel financier ( décideur sur des questions d'investissement financier), passe ses loisirs à étudier les mathématiques, et depuis peu la physique et la philosophie, en vue d'abord d'un goût pour la connaissance pure, ensuite en vue de la transmission. Le plaisir de connaître a cédé la place au plaisir de transmettre, et le désir d'apprendre a cédé la place  à l'art de la pédagogie : comment enseigner des enfants et ado exclus du système scolaire, ce comment étant "travaillé" par des enseignements de soutien (bénévoles) donnés à ces jeunes. Je ne suis donc pas du tout inséré dans un exercice  abstrait de l'art de penser, mais dans un exercice concret, où il est nécessaire de porter des enfants à un minimum de réussite scolaire et à la découverte de leurs gouts et de leurs rêves professionnels, le tout en liaison avec des parents dont il s'agit, au quotidien, de résoudre l'angoisse sociale. Face au narrateur il y a Anna, une infirmière qui désire connaître Kant, en raison des citations souvent faites de ce philosophe dans les media ou ailleurs. Une infirmière qui n'a aucune connaissance en philosophie. Si le narrateur est ok pour étudier Kant c'est parce qu'il voit dans cette étude la possibilité de répondre à deux questions : en quoi Kant (et d'une manière générale la philosophie allemande) a-t-il été nécessaire à la formidable éclosion de la puissance créatrice allemande en sciences physiques notamment, et deuxième question : est il possible d'être assez pédagogue pour transmettre quelque chose  de la pensée de Kant à quelqu'un qui ne connaît rien à la philosophie? Nous pourrions bien sûr aussi remarquer que Kant, dans d'autres œuvres, a aussi fondé (avec les philosophes des lumières) l'humanisme actuel européen (l'impératif catégorique) mais cela sera (peut être ) l'objet d'une autre étude.
    Il est nécessaire que les lecteurs de mes posts connaissent ce contexte, surtout s'ils sont des professionnels de la philosophie c'est-à-dire surtout s'ils sont rémunérés par la société pour leurs connaissances en philosophie. Leur position sociale est éloignée de la mienne, et je leur demande donc de considérer aussi l'endroit (social) d'où parle le narrateur. Transmettre la pensée de Kant à partir de son texte est peut être impossible à quelqu'un qui ne connaît rien  à la philosophie; mais j'aime les défis et je me dis que s'il y a ici des hommes ici très calés en philo, je me dis que ce peut être aussi un défi pour eux de voir s'ils possèdent aussi l'art de transmettre une pensée aussi complexe à quelqu'un qui est totalement profane en philosophie.


    Ce préambule étant achevé, je situe la pensée de Kant dans un contexte général suivant : la destruction de toutes les représentations usuelles de l'univers suite à l'émergence d'une nouvelle science la mécanique (science du mouvement), destruction des représentations forçant à créer de nouvelles représentations, tant l'homme ne peut vaincre son angoisse de fond (existentielle pour parler pompeusement) qu'en créant  toujours de nouvelles représentations explicatives du monde; l'émergence d'un courant de pensée porté par la Renaissance sur lequel je ne vais pas non plus m'attarder, mais dont les conséquences sont d'avoir surtout mis en valeur l'individu, voire l'individualisme (l'homme devient central dans les préoccupations quotidiennes des Européens).

    Bien sûr ces conditions ne permettent pas de comprendre Kant dans sa démarche personnelle; cet homme est un scientifique à l'origine, doublé ensuite d'un philosophe, inscrit bien sûr dans le mouvement des pensées philosophiques de l'époque. Il existe à cette époque (comme finalement à toute époque) deux courants de pensée dominants, représentés l'un par l'idéalisme, l'autre par le réalisme, (ou encore le dogmatisme face au scepticisme). Mais rentrer dans de telles considérations vont nous faire perdre le contact avec Anna; comment alors être simple? Je dirai à Anna qu'il y avait (et qu'il y a toujours) deux courant de pensée, l'un qui pense que la vérité absolue, la connaissance de l'univers en absolu est possible,  l'autre qui ne le pense pas, qui pense que la connaissance de l'univers sera toujours hors de portée de l'homme. Kant va tenter de dépasser ce dualisme, il va tenter de le transcender. Il y a en effet chez lui les deux postions : il existe une réalité à laquelle l'homme n' a pas accès, mais il existe aussi des domaines inclus dans ce qu'il appelle la réalité accessible à l'homme, et, à l'horizon d'un temps incertain, à 'infini peut être! l'homme finira par connaître la totalité du réel. Kant en tout cas va tenter de transcender ce dualisme, entre le monde des idées qui prétend tout connaître de l'univers et le monde des réalistes qui prétendent au contraire que la connaissance de l'homme quant au réel sera toujours limité.

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Jeu 11 Fév 2016 - 9:21

    D'abord qu'est ce que l'entendement? Aujourd'hui nous entendons par entendement...la raison! L'entendement est la faculté qu'emploient les scientifiques pour établir des relations entre des faits observés (l'observation dépendant de la sensibilité, les cinq sens). Ces relations sont diverses (l'arbre est vert par exemple délivre des qualités; les nuages produisent la pluie cela délivre une relation de cause à effet, etc). Aujourd'hui nous appelons donc couramment raison ce que Kant appelle entendement. Alors à quel moment Kant fait-il une différence entre entendement et raison? Au moment où la raison ne crée plus des concepts (le concept est lié à l'observation) mais des Idées (l'Idée n'est plus liée à aucune observation). Exemple, le concept "triangle" peut être relié à l'observation (vous pouvez dessiner un triangle) l'idée "âme" ne peut plus être liée à aucune observation.

    Qu'est ce que le concept? 
    Je cite Kant : "c'est une représentation générale ou une représentation de ce qui est commun à plusieurs objets." 
    Bon, je vais développer! 
    Je vais suivre Ferry et prendre un exemple. 
    Vous pouvez voir une table devant vous, ce sera un objet singulier, unique, perçu par la sensibilité (le sens de la vision). 
    Mais vous pouvez ensuite imaginer toutes les tables en soi, toutes colligées (réunies) sous le mot table, vous allez parler des tables en général. Là vous êtes dans le concept. 
    Vous pouvez voir un homme ou une femme marcher dans la rue, c'est une connaissance singulière (unique) que vous avez là encore grâce au sens de la vision (sensibilité). Mais vous pouvez ensuite parler des hommes en général, l'homme en général, et là vous êtes dans le concept. 
    Donc le concept renvoie à une abstraction qui contient tous les individus particuliers dont on parle.


    On voit alors qu'un concept est défini en compréhension et en extension

    En compréhension : un concept désigne bien sûr quelque chose; quelque chose dont on retient les caractéristiques propres à tous les objets dont on parle; par exemple une table c'est un plateau sur des pieds, un homme c'est un être bipède, doué de la parole, etc. un arbre ce sera un tronc avec des branches le tout enraciné.... donc d'abord on définit un concept en compréhension c'est-à-dire que l'on décrit a minima ce dont on parle, en reprenant tout ce qui est commun à chaque objet dont on parle. 

    en extension : un concept désigne tous les objets dont on parle; le mot table renvoie ainsi à toutes les tables; le mot homme à tous les hommes, etc. 

    Ce mot : "concept", tel qu'il est défini ci-dessus est très important dans le mécanisme de la pensée humaine. Il est l'opération de l'entendement. C'est en effet la faculté de l'entendement (la raison scientifique) qui produit le concept (en notant tout ce qui est commun à une collection d'objets et en désignant tous les objets) appliqué à la réalité observée, car il est possible de toujours raccorder un concept à un objet observé (ce que ne fait pas la raison dans la production d'Idées, car les Idées ne sont pas observables). Le concept est une source de connaissance essentielle pour l'homme, je vous expliquerai comment plus loin.

    Je vais continuer sur le concept, car c'est là une opération de l'esprit, dans l'exercice de l'entendement ou de la raison (ne faisons pas de différence pour le moment entre les deux mots) extrêmement puissante, car le concept permet d'établir des connaissances qui ont effet sur le réel, seulement en travaillant sur le concept. 

    Nous employons tous les jours le concept, comme opération mentale. 

    Vous par exemple vous savez que tel médicament, pris dans telle condition, sur tel type de personnes, aura tel type d'action. Vous n'êtes pas obligée de tester chaque médicament à chaque fois car vous possédez cet instrument psychique qu'est le concept. 

    Dans le cas de ce médicament , la compréhension du concept est la composition chimique du médicament, 

    l'extension du concept est la totalité des médicaments produits. 

    Et, à partir de l'action d'un seul médicament, vous pouvez en induire l'action de tous les médicaments (dans des conditions précises, sur tel type d'individus, etc.). 

    Dans cet exemple je fais intervenir autre chose que le concept, je fais intervenir les effets du médicament, je déborde donc largement le concept, mais peu importe :il faut quand même disposer du concept, pour déduire que l'effet d'un seul médicament va permettre de conclure que tous les médicaments identiques auront le même effet. 

    Nous sommes tellement habitués à penser de la sorte que nous ne voyons pas que nous avons un savoir qui nous vient de cette capacité à conceptualiser. 

    Donc l'entendement grâce à l'opération du concept est bien une source de connaissance.



    Je vais continuer sur le concept car c'est là une notion qui est le fondement de toutes les sciences. 

    Cette capacité à généraliser, à collectionner des objets sous le rapport de leurs points communs, est essentielle, nécessaire à l'édification de toutes sciences. 


    Cette notion, il faut s'y arrêter, car peu de personnes la comprennent, l'assimilent, en raison d'automatismes acquis (par l'éducation notamment) qui ne leur permettent plus de distinguer, de prendre conscience que ces automatismes sont en fait le produit d'un travail de l'esprit exécuté au moyen de cette faculté mentale : l'entendement (ou la raison).



    Je vais essayer de préciser ce qu'est le concept et ses deux caractéristiques, la compréhension et l'extension. 

    Je reprends l'exemple de la table. 

    Si je prends le vieux dictionnaire que j'ai là sous les yeux et que je regarde la définition du mot table je vois écrit : "meuble composé d'un plateau horizontal, posé sur un ou plusieurs pieds". 

    Et bien la définition du mot table est la compréhension du concept table. En effet la définition écrite dans le dictionnaire est ce qui caractérise toutes les tables, ce dont ont en commun toutes les tables. Il ne s'agit pas d'une table particulière, mais des caractéristiques communes à toutes les tables. 
    Toutes les tables, je viens d'écrire "toutes les tables", ce "toutes" correspond à l'extension du concept table. 

    Donc le concept table, c'est ce mot entendu sans le rapport de sa définition et de son champ d'application, soit les caractéristiques communes (compréhension) à toutes (extension) les tables. 

    Nous sommes ici dans un concept empirique, c'est-à-dire que ce concept est construit à partir d'une intuition, d'une représentation fournie par la sensibilité (les sens). Il a fallu en effet observer au moins une table dans le réel pour construire le concept table; il y a correspondance donc entre le concept empirique et l'expérience réelle d'une table (expérience : perception). 

    La locution « concept empirique » veut d'ailleurs dire concept issu de l'expérience. Parfois on dit aussi " a posteriori" pour signifier qu'il y a eu expérience (a posteriori : après expérience).


    En définitive des concepts vous employez tout le temps! Dès que vous parlez d'un objet qui tombe sous les sens (ça c'est nécessaire pour fonder le concept empirique) de manière générale vous créez un concept. 

    Si vous dites "l'ordinateur a transformé les relations sociales", le mot ordinateur là est un concept car vous vous appuyez sur ce qu'est un ordinateur (définition générale) et vous parlez de tous les ordinateurs; N'importe quel nom commun, désignant un objet qui tombe sous les sens, devient un concept.(empirique).

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Jeu 11 Fév 2016 - 11:48

    Je reviens sur la remarque de monsieur Vangelis et sur l'environnement philosophique dans lequel évoluait Kant. Dans la préface à la première édition de la Critique de la raison pure (celle de 1781; le deuxième édition datant de  1787  et faisant l'objet de la présente étude) Kant fait en effet expressément mention des Dogmatiques et des Sceptiques et situe son œuvre comme réponse à ces deux positions philosophiques contradictoires. Aussi est il nécessaire de parler du dogmatisme et du scepticisme, au moins de manière succincte.
    "Le scepticisme  est la doctrine qui affirme que l'homme est incapable d'accéder à la vérité comme valeur absolue, c'est-à-dire comme savoir valable toujours et partout" (définition donnée par Philippe Solal et Pierre-Jean Dessertine dans "premiers pas en philosophie"  éditions Ellipses page 70.
    "Le dogmatisme est l'idée qu'il existe un savoir absolu qui porte sur la nature des choses et dont on ne saurait douter" (même ouvrage, page 209.
    Pour Kant les dogmatiques sont surtout ceux qui émettent des jugements surs et certains dans le cadre de la métaphysique c'est-à-dire dans le cadre d'un exercice de la raison que Kant pense illégitime. Nous versons dans la métaphysique lorsque, entrainés par le fonctionnement logique de la raison qui consiste à toujours trouver une cause à la cause, et cela jusqu'à remonter à une cause première, à une cause "inconditionnée" c'est-à-dire une cause originelle qui n'a plus elle même de cause, nous sortons du champ de l'expérience. Les causes en effet ainsi trouvées par l'exercice pur de la raison ne sont plus reliées à quoi que ce soit d'observable. Nous sommes alors dans la métaphysique, cet exercice de la raison, hors du champ de l'expérience, de la preuve par l'expérience, ce qui conduit en outre à des contradictions qui finissent par ruiner l'usage même de la raison et par provoquer le scepticisme. Ce scepticisme nous le voyons régner dans l'opinion, aujourd'hui vis à vis de la philosophie en raison justement de ce goût pour les raisonnements métaphysiques de philosophes médiatiques par exemple, qui conduit ces philosophes à soutenir des positions dites rationnelles absolument contradictoires. Les gens écoutent, admirent les raisonnements, puis éteignent en se disant que la philosophie ne peut accéder à aucune connaissance et qu'il ne s'agit au fond que de jeux de l'esprit. En se détournant de la philosophie le public est vif à épouser la pensée magique qui se développe sur le scepticisme; si aucune connaissance rationnelle n'est possible (et les métaphysiciens nous le démontrent par l'exposition de leurs contradictions) pourquoi ne pas se tourner vers la pensée magique? C'est en voulant dépasser cette opposition dogmatiques/sceptiques que Kant élabore son œuvre dans laquelle il va démontrer les limites de la raison (d'où le mot critique) mais aussi le potentiel de la raison (entendue sous le mot de l'entendement, lui même appuyé sur la sensibilité (que Kant restaure dans sa capacité à être aussi source réelle de connaissance)).

    Pour la petite histoire on peut souligner combien l'usage de la raison dans son fonctionnement logique peut même égarer les scientifiques. Dans la recherche de la cause inconditionnée de l'origine de l'univers (le big-bang n'arrête pas la marche inexorable de la raison: quelle est la cause du big-bang!) Stephen Hawking a récemment sorti un livre " y a t i l un grand architecte dans l'univers?" où il finit par émettre l'hypothèse (ou la certitude ?) que l'univers s'est créé lui-même, la cause de la cause est la cause elle même! On peut se demander si nous ne sommes pas là dans l'extrême de la métaphysique).

    Merci de ne pas changer le titre du sujet. C'est en effet très important concernant l'indexation et donc pour permettre une recherche efficace par le lecteur - Vangelis.

    etoilefilante

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  etoilefilante le Jeu 11 Fév 2016 - 13:13

    L'étude de Kant proposée par aliochaverkiev me séduit n'étant pas non plus philosophe (littéraire, enseignante en français, simplement très intéressée par la philosophie).
    Cette étude, présentée ainsi, situe déjà Kant dans le contexte de l'époque avec les idées révolutionnaires qu'il va véhiculer. Monsieur Vangelis peut-être pourrait apporter une dimension nouvelle sur ce qui motive Kant " pour opérer un changement de perspective", un point de vue supplémentaire pour éclairer cette leçon qui est conçue pour venir en aide à une "élève", et diffuser les idées de Kant, selon la sensibilité de l'auteur du haut de son parcours scientifique. Cela aiderait à ma compréhension.

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  Dienekes le Jeu 11 Fév 2016 - 23:02

    aliochaverkiev, une petite suggestion concernant la forme, il me semble que vous gagneriez en clarté à vous référer régulièrement au texte de Kant. Ce que vous tentez de déplier ici, c’est justement la Critique de la raison pure. Votre explication devrait donc s’appuyer systématiquement sur le texte. Par ailleurs, ça devrait également vous aider à cadrer le fond.

    Enfin, pour toute citation, veillez à utiliser la balise adéquate (balise 'Citer' dans le menu), votre texte gagnera en lisibilité.

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Ven 12 Fév 2016 - 10:14

    Je vais en définitive revoir ma méthode; j'avais l"intention de recopier ici le texte du début de l'étude entrepris avec Anna. Cette étude avait d'abord consisté à commenter Luc Ferry et accessoirement  Rivelaygue dans la mesure où ces auteurs permettaient d'entrer ensuite plus facilement dans la compréhension du texte de Kant. Malheureusement au fur et à mesure que j'avançais dans le texte du philosophe je me suis aperçu que M. Luc Ferry et M. Rivelaygue commettaient de sérieuses erreurs d'interprétations. Page 59 (Kant de M. Luc Ferry) M. Ferry écrit ainsi  : " la chose en soi ne devra plus être comprise comme une réalité extérieure à la représentation, comme une cause des représentations, mais comme le fait même de la représentation...la chose en soi n'est dès lors pas différente du phénomène". Mais page 125 de la Critique, Kant écrit que "la chose en soi n'est aucunement connue, ni ne peut l'être" (fin de page). La chose en soi reste donc bien mentionnée par Kant et n'est absolument pas identifiée au phénomène. En ce qui concerne M. Rivelaygue, hormis pour le moment une petite erreur dans le nombre de paragraphes afférents à un certain raisonnement de Kant (erreur vénielle bien sur), ce qui est plus grave c'est qu'il traite de l'espace et du temps en même temps en soulignant que ce qui est vrai pour l'espace est vrai pour le temps, et qu'il n'est pas nécessaire de différencier l'un de l'autre (dans l'étude conduisant à les présenter comme des formes a priori de l'intuition). Or lorsque je suis arrivé au passage sur le temps il m'est apparu que l'étude du temps diverge sérieusement de celle de l'espace chez Kant
    Je vais donc choisir d'entrer directement dans le texte de Kant, quitte à faire quelques aller et retour avec les deux auteurs précités afin de mieux comprendre la pansée de  Kant.
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    Re: Critique de la raison pure

    Message  Crosswind le Ven 12 Fév 2016 - 10:34

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit: Page 59 (Kant de M. Luc Ferry) M. Ferry écrit ainsi  : " la chose en soi ne devra plus être comprise comme une réalité extérieure à la représentation, comme une cause des représentations, mais comme le fait même de la représentation...la chose en soi n'est dès lors pas différente du phénomène". Mais page 125 de la Critique, Kant écrit que "la chose en soi n'est aucunement connue, ni ne peut l'être" (fin de page). 

    Ce qu'écrit Ferry ne peut être aussi rapidement rangé dans la case de l'erreur. Chez Kant, la chose en soi n'est en effet rien de substantiel, rien d'extérieur, pas plus que la cause des représentations. Si l'on pousse le raisonnement à fond, la chose en soi joue le [i]rôle[/] de milieu indéterminé, entièrement immanent, à partir duquel la polarité objet-sujet peut se faire jour. l'origine de ce milieu indéterminé que l'on pourrait, je dis bien pourrais et ce avec d'énormes pincettes, rapprocher du fait conscient primaire, du fait qu'il "y a" expérience, n'est pas explicité par Kant.
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    Re: Critique de la raison pure

    Message  Vangelis le Ven 12 Fév 2016 - 12:46

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Vangelis peut-être pourrait apporter une dimension nouvelle  sur ce qui motive Kant " pour opérer un changement de perspective", un point de vue supplémentaire pour éclairer cette leçon qui est conçue pour venir en aide à une "élève", et diffuser les idées de Kant,  selon la sensibilité de l'auteur du haut de son parcours scientifique. Cela aiderait à ma compréhension.

    Kant veut sauver la métaphysique. Or, il se demande pourquoi les sciences comme la mathématique, la logique ou la physique (dans une certaine mesure) réussissent si bien, alors que la métaphysique se perd en conjectures. En étudiant les mathématiques, il constate qu'elles possèdent une connaissance a priori, c'est-à-dire avant toute expérience, et qui s'applique à l'objet. En effet, quand je m'apprête à faire une addition, je n'ai pas besoin de connaître les objets de cette addition ; je reste dans le cadre fixé par les mathématiques et en applique ses lois. De plus, les objets mathématiques sont entièrement pures parce qu'ils ne découlent pas de l'expérience (Kant parlera de raison pure dans la même acception).  Et ça marche à tous les coups, quels que soient les objets de l'addition (les chiffres, en l'occurrence). Donc ce sont les mathématiques qui initient le résultat que je vais avoir de cette addition avant même que je ne fasse l'expérience de l'addition. Ces conditions mathématiques font entrevoir à Kant deux qualités dans leurs positions a priori. La première est la nécessité, car  cela signifie qu'il y a nécessairement quelque chose d'autre que l'expérience, comme par exemple des concepts, pour structurer et rendre possible l'expérience mathématique. Et la seconde est son caractère universel, car l'expérience seule ne peut pas prétendre à l'universalité. Ainsi, ces conditions doivent être a priori, c'est-à-dire avant l'expérience.
    Il faut donc s'inspirer de ces sciences qui réussissent et essayer de les appliquer à la métaphysique. Et Kant en déduit qu'il faut que ce soit l'homme lui-même qui pose les conditions de la possibilité de connaissance sur l'objet, et cela avant toute expérience (a priori), car l'objet seul, sans concept pour le structurer, ne peut rien nous dire. Ainsi, l'ancien paradigme qui faisait que l'objet nous donnait tout de lui est caduc. Kant va donc partir de l'homme pour arriver à l'objet, et non l'inverse. C'est la fameuse révolution Kantienne, inspiré dans sa dénomination de la révolution copernicienne.

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Lun 15 Fév 2016 - 14:19

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:
    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit: Page 59 (Kant de M. Luc Ferry) M. Ferry écrit ainsi  : " la chose en soi ne devra plus être comprise comme une réalité extérieure à la représentation, comme une cause des représentations, mais comme le fait même de la représentation...la chose en soi n'est dès lors pas différente du phénomène". Mais page 125 de la Critique, Kant écrit que "la chose en soi n'est aucunement connue, ni ne peut l'être" (fin de page). 

    Ce qu'écrit Ferry ne peut être aussi rapidement rangé dans la case de l'erreur. Chez Kant, la chose en soi n'est en effet rien de substantiel, rien d'extérieur, pas plus que la cause des représentations. Si l'on pousse le raisonnement à fond, la chose en soi joue le [i]rôle[/] de milieu indéterminé, entièrement immanent, à partir duquel la polarité objet-sujet peut se faire jour. l'origine de ce milieu indéterminé que l'on pourrait, je dis bien pourrais et ce avec d'énormes pincettes, rapprocher du fait conscient primaire, du fait qu'il "y a" expérience, n'est pas explicité par Kant.
    Si je pense qu'il s'agit d'une erreur c'est que je me place toujours à la place du mathématicien ou du physicien (ma formation de base est telle). c'est-à-dire que je vais réfléchir un peu comme un laboureur, un homme de la terre, je vais réfléchir donc en restant terre à terre; et ce que je vois c'est qu'effectivement la sensation n'est autre qu'une mise en relation de l'un de mes sens avec quelque chose qui me "choque", qui opère un choc avec le sens considéré; or le "choc" n'est pas la chose qui me choque; je vais essayer d'être très précis. Si je ferme les yeux et qu'un objet me touche, je vais avoir une sensation, mais le choc même tel que je le ressens n'est pas la chose qui me "touche". Si je ne vois pas le doigt qui me touche, si je n'ai que la sensation du doigt sur ma peau, il m'est impossible se savoir par la sensation, que ce qui m'a touché ressemble à un doigt. Mais mon esprit va sans doute à partir de la sensation, le toucher, construire un modèle de l'objet qui m' a touché, dont il est peu probable qu'il ressemble à un doigt surtout si je ne possède pas d'images en moi (si je suis privé de tout sens visuel"); j'aurais alors une représentation structurée en sensations "toucher" diverses et construites selon des modèles  idoines. 

    La sensation, telle qu'elle se développe en moi n'est donc pas identique à la chose qui produit la sensation; or mon esprit (aujourd'hui nous disons le cerveau) ne peut traiter que la sensation et, à partir de la sensation, il ne peut que créer des modèles de la "chose" qui a provoqué la sensation. Mais rien ne peut nous affirmer que le modèle est la chose qui a provoqué la sensation, que le modèle est identique à la chose...en soi. En plus le modèle créé par l'esprit (le cerveau) est créé en fonction de ma nature, de mon corps, de ce que je suis! si je suis une particule dotée d'un cerveau aussi puissant que celui d'un homme (d'un esprit aussi puissant dirait kant) il est peu probable que je crée  un modèle du mur qui me fait face identique à celui que je crée en étant un homme; si je suis une particule il est en effet problable que le modèle que j'aurais du mur sera très, très lacunaire, avec des "espaces" vides un peu partout, qui me permettra en tant que particule de passer au travers du mur. Je ne peux absolument pas avoir la connaissance de la chose qui me touche par le seul fait d'être touché (nous tombons parfois dans l'illusion du sens "vision" qui nous fait croire que :" Ah oui la chose qui m'a touché je peux savoir ce qu'elle est parce que je peux la voir",  mais pas du tout, car la vision est encore un choc de "quelque chose" avec ma rétine, et la seule sensation visuelle, le choc qui est opéré avec ma rétine n'est pas la chose qui a provoqué le choc, elle ne lui est pas identique).

    Je vais citer Chris Frith , "Comment le cerveau crée notre univers mental" page 63 : "Nous n'avons pas accès direct au monde physique"; je pense que ce monde physique auquel nous n'avons pas accès est le lieu de la chose en soi, et que les sensations qui ensuite se développent dans l'intuition sont la source du phénomène, lequel est objet pour nous de connaissance; bien sûr l'adéquation entre le phénomène (traité ensuite par l'entendement, nous verrons cela plus tard) et la réalité dite non accessible nous permet de nous affranchir de cette distinction. Au fond pourquoi ne pas identifier phénomène et chose en soi puisque ça marche! oui, ça marche, mais ça marche jusqu'à un certain point! car il arrive un moment où, pour progresser en physique il faut casser toutes nos intuitions, casser cette idée que le phénomène en nous est identique au réel, sinon il est impossible de continuer de progresser dans des branches aussi peu intuitives que la mécanique quantique; garder dans l'esprit l'idée que la chose en soi n'est pas identique au phénomène tel qu'il apparait, permet au scientifique (mais aussi aux artistes!) de rester sur leur garde, de ne pas choisir de toujours croire en ce qu'ils perçoivent et donc d'avoir toujours l'audace d'imaginer d'autres modèles. La distinction phénomène/chose en soi est donc l'une des sources de la capacité à CREER, à oser créer.

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Lun 15 Fév 2016 - 14:52

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:
    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Vangelis peut-être pourrait apporter une dimension nouvelle  sur ce qui motive Kant " pour opérer un changement de perspective", un point de vue supplémentaire pour éclairer cette leçon qui est conçue pour venir en aide à une "élève", et diffuser les idées de Kant,  selon la sensibilité de l'auteur du haut de son parcours scientifique. Cela aiderait à ma compréhension.

    Kant veut sauver la métaphysique. Or, il se demande pourquoi les sciences comme la mathématique, la logique ou la physique (dans une certaine mesure) réussissent si bien, alors que la métaphysique se perd en conjectures. En étudiant les mathématiques, il constate qu'elles possèdent une connaissance a priori, c'est-à-dire avant toute expérience, et qui s'applique à l'objet. En effet, quand je m'apprête à faire une addition, je n'ai pas besoin de connaître les objets de cette addition ; je reste dans le cadre fixé par les mathématiques et en applique ses lois. De plus, les objets mathématiques sont entièrement pures parce qu'ils ne découlent pas de l'expérience (Kant parlera de raison pure dans la même acception).  Et ça marche à tous les coups, quels que soient les objets de l'addition (les chiffres, en l'occurrence). Donc ce sont les mathématiques qui initient le résultat que je vais avoir de cette addition avant même que je ne fasse l'expérience de l'addition. Ces conditions mathématiques font entrevoir à Kant deux qualités dans leurs positions a priori. La première est la nécessité, car  cela signifie qu'il y a nécessairement quelque chose d'autre que l'expérience, comme par exemple des concepts, pour structurer et rendre possible l'expérience mathématique. Et la seconde est son caractère universel, car l'expérience seule ne peut pas prétendre à l'universalité. Ainsi, ces conditions doivent être a priori, c'est-à-dire avant l'expérience.
    Il faut donc s'inspirer de ces sciences qui réussissent et essayer de les appliquer à la métaphysique. Et Kant en déduit qu'il faut que ce soit l'homme lui-même qui pose les conditions de la possibilité de connaissance sur l'objet, et cela avant toute expérience (a priori), car l'objet seul, sans concept pour le structurer, ne peut rien nous dire. Ainsi, l'ancien paradigme qui faisait que l'objet nous donnait tout de lui est caduc. Kant va donc partir de l'homme pour arriver à l'objet, et non l'inverse. C'est la fameuse révolution Kantienne, inspiré dans sa dénomination de la révolution copernicienne.
    Cette idée, que le objets mathématiques ne sont pas donnés par l'expérience est peut être une idéalisation trop puissante des mathématiques. Quand nous étudions l'origine des nombres nous voyons qu'elle est issue de contraintes liées à la socialisation des hommes, à la comptabilité par exemple à tenir dans les échanges. Les nombres ont peut être été fournis d'abord par des opérations comptables; de même les postulats d'Euclide que Kant idéalise ne sont plus du tout adéquats quand il s'agit de traiter de certains phénomènes physiques (par exemple la somme des angles d'un  triangle n'est plus égale à 180 degrés dans certaines circonstances). Les  mathématiciens ne possèdent peut être pas autant que nous le croyons la maitrise des objets mathématiques qu'ils utilisent (mais il arrive aussi qu'ils inventent ces objets mathématiques, ce qui permet de développer des modèles mathématiques totalement étrangers à toute application pratique). Que l'on pense à l'apparition du nombre zéro qui doit beaucoup plus à des contraintes liées à l'écriture qu'au génie des mathématiciens; il a fallu que l'on finisse par inventer un  signe particulier au regard de problèmes d'écriture pour qu'enfin le zéro apparaisse! le zéro est issu de milliers d'années d'évolution expérimentale! mais une fois donné aux mathématiciens ceux ci ont en effet su faire fructifier l'utilisation de ce nouveau chiffre. 
    Les vecteurs par exemple sont  à l'origine des représentations données par les physiciens. Ce qui en revanche apparait propre aux mathématiciens c'est la manière dont ils combinent  et mettent en relation ces objets mathématiques; si je suis très dubitatif quant à la pureté des objets mathématiques, je ne le suis plus du tout quand il s'agit, une fois que ces objets sont donnés, de savoir combiner, déterminer les relations entre ces objets et même en déduire des propriétés inhérentes à ces objets, propriétés qui ajoutent à la connaissance que le physicien a de ces objets.Il paraît impossible qu'un mathématicien puisse exister seul sans que les objets dont il traite  soient donnés par le monde de l'expérience (ou sinon il développe de mathématiques totalement versées dans l'imaginaire). C'est le monde de l'expérience, architecture, comptabilité, guerre, etc; qui fournit les objets (et le cahier des charges parfois!), c'est le  mathématicien qui les transforme en concepts et qui leur trouve des propriétés nouvelles, hors champ de l'expérience.

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Lun 15 Fév 2016 - 15:14

    Je vais donc entreprendre l'étude du texte de Kant.
    Je rappelle le ivre sur lequel je travaille  :  "Critique de la raison pure" traduction de Alain Renaut, éditons poche Garnier Flammarion.
    Il s'agit de la seconde édition de la Critiue parue en 1787.
    je reprends ici le plan de la Crituqe :


    I Théorie transcendantale des éléments
      Première partie : esthétique transcendantale
         première section : de l'espace
         deuxième section : du temps
      Deuxième partie :logique transcendantale
         première division : analytique transcendantale
         deuxième division : dialectique transcendantale

    II Théorie transcendantale de la méthode
         chapitre 1 : la discipline de la raison pure
         chapitre 2 : le canon de la raison pure
         chapitre 3 : l'architectonique de la raison pure 
         chapitre 4 : l'histoire de la raison pure.


    Le texte est précédé d'une préface et d'une introduction que nous étudierons également.

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Lun 15 Fév 2016 - 16:11

    Les mots employés par Kant, transcendantal, esthétique, etc. seront expliqués au fur et à mesure que nous traiterons des questions y afférentes.
    En revanche il es nécessaire ici de donner au moins un début de définition au mot raison puisque ce mot est constamment employé.
    Si je prends le dictionnaire de philosophie de Lalande j' en ressors complètement désorienté! il semble y avoir autant  d'approches que de penseurs!
    Je vais donc aborder ce mot sous mon angle de compétence, par la définition qui en est donné au collège.
    La raison au collège, c'est la faculté de raisonner; en mathématique, la faculté de raisonner consiste à distinguer le vrai du faux, à séparer l'existence de la non-existence, à aborder la déduction et la logique formelle (démonstration simple); c'est aussi la faculté qui permet de classer, de compter, d'ordonner, d'opérer des équivalences (si A =B, alors B= A, proposition triviale mais j'ai pu observer, même chez des élèves de terminales que cette proposition était loin d'être toujours intégrée!). En français c'est la faculté qui permet d'analyser une phrase (lecture et compréhension) et de la synthétiser (écriture, rhétorique). 
    Nous compléterons ces définitions au fur et à mesure de la lecture de Kant.
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    Re: Critique de la raison pure

    Message  Vangelis le Lun 15 Fév 2016 - 23:26

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:
    Cette idée, que le objets mathématiques ne sont pas donnés par l'expérience est peut être une idéalisation trop puissante des mathématiques.
    Certes, mais n'oublions pas que le sujet ici est de présenter la Crp et non pas de critiquer la Critique de la raison pure de Kant. Sinon, nous n'allons pas nous en sortir et nous perdrons le lecteur.
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    Re: Critique de la raison pure

    Message  Crosswind le Mar 16 Fév 2016 - 0:01

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:
    Je vais citer Chris Frith , "Comment le cerveau crée notre univers mental" page 63 : "Nous n'avons pas accès direct au monde physique"; je pense que ce monde physique auquel nous n'avons pas accès est le lieu de la chose en soi, et que les sensations qui ensuite se développent dans l'intuition sont la source du phénomène, lequel est objet pour nous de connaissance; bien sûr l'adéquation entre le phénomène (traité ensuite par l'entendement, nous verrons cela plus tard) et la réalité dite non accessible nous permet de nous affranchir de cette distinction. Au fond pourquoi ne pas identifier phénomène et chose en soi puisque ça marche! oui, ça marche, mais ça marche jusqu'à un certain point! car il arrive un moment où, pour progresser en physique il faut casser toutes nos intuitions, casser cette idée que le phénomène en nous est identique au réel, sinon il est impossible de continuer de progresser dans des branches aussi peu intuitives que la mécanique quantique; garder dans l'esprit l'idée que la chose en soi n'est pas identique au phénomène tel qu'il apparait, permet au scientifique (mais aussi aux artistes!) de rester sur leur garde, de ne pas choisir de toujours croire en ce qu'ils perçoivent et donc d'avoir toujours l'audace d'imaginer d'autres modèles. La distinction phénomène/chose en soi est donc l'une des sources de la capacité à CREER, à oser créer.

    Vous tenez là un raisonnement transcendant or, Pour Kant, ni le(s) sujet(s) ni le(s) objet(s)n'ont une existence substantielle, son système est fondamentalement immanent. C'est pour cette raison d'ailleurs que les philosophies transcendantales et la mécanique quantique font très bon ménage. Ce à quoi vous faites illusion me fait fortement penser à la définition de "situation" donnée par Perry et Barwise qui, succinctement, dit que "Être situé, c'est être confiné quelque part dans le monde", notre connaissance de ce monde étant reliée à la situation occupée. Concrètement, les sciences auraient donc la charge de dévoiler un monde déjà-là, extérieur, transcendant et métaphysique. Si nous avons du mal à prédire ce qui va arriver, ce doit nécessairement être du à l'imperfection de nos connaissances, les événements dépendant d'une sphère plus large, encore hors d'atteinte. Ainsi peut-on expliquer les phénomènes aléatoires... Le principe de la finitude des contenus de connaissance, que je viens de décrire très brièvement, est l'un des critères connus de la relativité des connaissances.  

    Enfin je me permets cette remarque un rien hors-sujet, mais puisque vous en parlez... Associer les progrès des sciences neurologiques dans le cadre d'un discours philosophique n'est à mon sens pas une bonne idée car l'objet même des philosophies de la connaissance est de comprendre si, réellement, les sciences dites objectivantes nous permettent de dévoiler les hypothétiques mystères du monde intuitif, celui de tous les jours. Hors, on peut fortement douter de leurs capacités en la matière. Prenons simplement l'espace : aucune loi de la perspective ne peut montrer l'ontologie de la profondeur. Pire, les lois de la perspective sont essentiellement inaptes à prédire les phénomènes quantiques, elles sont hors-jeu. Que la neurologie apporte un indéniable avantage pratique au quotidien, on ne peut le nier. Mais l'invoquer pour parler d'un monde en soi, transcendant, c'est aller bien vite en besogne.

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Mer 17 Fév 2016 - 9:52

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:
    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:
    Je vais citer Chris Frith , "Comment le cerveau crée notre univers mental" page 63 : "Nous n'avons pas accès direct au monde physique"; je pense que ce monde physique auquel nous n'avons pas accès est le lieu de la chose en soi, et que les sensations qui ensuite se développent dans l'intuition sont la source du phénomène, lequel est objet pour nous de connaissance; bien sûr l'adéquation entre le phénomène (traité ensuite par l'entendement, nous verrons cela plus tard) et la réalité dite non accessible nous permet de nous affranchir de cette distinction. Au fond pourquoi ne pas identifier phénomène et chose en soi puisque ça marche! oui, ça marche, mais ça marche jusqu'à un certain point! car il arrive un moment où, pour progresser en physique il faut casser toutes nos intuitions, casser cette idée que le phénomène en nous est identique au réel, sinon il est impossible de continuer de progresser dans des branches aussi peu intuitives que la mécanique quantique; garder dans l'esprit l'idée que la chose en soi n'est pas identique au phénomène tel qu'il apparait, permet au scientifique (mais aussi aux artistes!) de rester sur leur garde, de ne pas choisir de toujours croire en ce qu'ils perçoivent et donc d'avoir toujours l'audace d'imaginer d'autres modèles. La distinction phénomène/chose en soi est donc l'une des sources de la capacité à CREER, à oser créer.

    Vous tenez là un raisonnement transcendant or, Pour Kant, ni le(s) sujet(s) ni le(s) objet(s)n'ont une existence substantielle, son système est fondamentalement immanent. C'est pour cette raison d'ailleurs que les philosophies transcendantales et la mécanique quantique font très bon ménage. Ce à quoi vous faites illusion me fait fortement penser à la définition de "situation" donnée par Perry et Barwise qui, succinctement, dit que "Être situé, c'est être confiné quelque part dans le monde", notre connaissance de ce monde étant reliée à la situation occupée. Concrètement, les sciences auraient donc la charge de dévoiler un monde déjà-là, extérieur, transcendant et métaphysique. Si nous avons du mal à prédire ce qui va arriver, ce doit nécessairement être du à l'imperfection de nos connaissances, les événements dépendant d'une sphère plus large, encore hors d'atteinte. Ainsi peut-on expliquer les phénomènes aléatoires... Le principe de la finitude des contenus de connaissance, que je viens de décrire très brièvement, est l'un des critères connus de la relativité des connaissances.  

    Enfin je me permets cette remarque un rien hors-sujet, mais puisque vous en parlez... Associer les progrès des sciences neurologiques dans le cadre d'un discours philosophique n'est à mon sens pas une bonne idée car l'objet même des philosophies de la connaissance est de comprendre si, réellement, les sciences dites objectivantes nous permettent de dévoiler les hypothétiques mystères du monde intuitif, celui de tous les jours. Hors, on peut fortement douter de leurs capacités en la matière. Prenons simplement l'espace : aucune loi de la perspective ne peut montrer l'ontologie de la profondeur. Pire, les lois de la perspective sont essentiellement inaptes à prédire les phénomènes quantiques, elles sont hors-jeu. Que la neurologie apporte un indéniable avantage pratique au quotidien, on ne peut le nier. Mais l'invoquer pour parler d'un monde en soi, transcendant, c'est aller bien vite en besogne.
    Bonjour,
    Je ne vais pas vous suivre là où vous voulez m'entrainer (sourire!) car je dois tenir mon cap : expliquer le texte de Kant à une profane, Anna, qui découvre la philosophie. Par exemple dans votre réponse vous employez des mots dont la définition reste imprécise (pour ma lectrice et sans doute beaucoup de lecteurs) : transcendant, immanent, substance, mécanique quantique; si dans un article prochain je fais allusion à la théorie de la relativité j'expliquerai ce dont il s'agit, etc. De même que, comme je ne connais pas trop la mécanique quantique (pour moi bien la comprendre c'est la suivre dans ses développements mathématiques pour voir ce qu'elle cherche réellement à saisir et je n'ai pas encore eu le temps de faire ce travail de mathématicien, j'ai plus de connaissance sur la relativité) je m'emploierai immédiatement à travailler ce sujet en sortant mes livres de physique afin d'en faire un résumé, comme vous voyez mon attitude est celle de quelqu'un qui veut transmettre les bases d'un savoir à quelqu'un qui ne les connaît pas, comme un prof de français soucieux de transmettre la connaissance de l'alphabet et la formation des phrases.
    Je tiens à garder le cap de ma démarche : expliquer la Critique non dans ses implications mais déjà, au moins dans son sens premier. Ensuite bien sûr il est possible de prendre de la hauteur et de porter des considération personnelles sur l'œuvre de Kant; disons que je suis dans cette situation ou un enseignant commence déjà à demander à son élève de comprendre le texte sous le simple angle de la compréhension du texte lui même; avant tout autre démarche.
    Rappelez-vous où a commencé notre débat : vous avez réagi à ce fait que je pensais que Luc Ferry avait tort d'identifier phénomène et chose en soi. Vous m'avez contesté sur ce point; pourtant je continue à penser que Luc Ferry a tort, au moins sur un plan formel. Il est en effet impossible de lire Kant si je pars du principe que le phénomène est identique à la chose en soi parce qu' il existe des paragraphes entiers de la Critique qui n'ont plus de sens puisque Kant lui-même y oppose le phénomène et la chose en soi! je suis donc obligé, au moins pour pouvoir lire Kant de séparer l'un de l'autre. Il s'agit là pour moi d'une question de méthode; en séparant le phénomène de la chose en soi je peux lire et comprendre par exemple cette phrase de Kant : "Mais ces sources de connaissance a priori [l'espace et le temps] se déterminent ....leurs limites, à savoir qu'elles ne se rapportent à des objets que pour autant qu'ils dont considérés comme des phénomènes , mais ne présentent pas de choses en soi". Il m'est nécessaire de séparer ces deux concepts (mot employé là dans un sens large d'abstraction) pour expliquer le texte à un lecteur profane, sinon ce texte est incompréhensible dans le cas d'une identité phénomène/chose en soi.
    Mon recours à Frith n'avait pour but que d'imager, de faire toucher du doigt la différence entre perception et cause  première de la perception. Je vois que j'ai eu tort de prendre ce détour car prendre un tel détour a pu être ressenti par vous comme un passage en force! mauvaise pédagogie de ma part. Comment faire alors pour vous convaincre que le phénomène n'est pas la chose en soi? et bien tout simplement en vous invitant à lire Kant dans le texte et de constater par vous même que les deux concepts ne sont pas identifiés par Kant ! car pour avoir lu Ferry en premier et avoir adopté son identité  (entre phénomène et chose en soi) je me suis aperçu moi-même en lisant Kant dans le texte que cette identité est une erreur au moins méthodique, puisque cette identité ne permet plus de lire Kant.
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    Re: Critique de la raison pure

    Message  Crosswind le Mer 17 Fév 2016 - 10:36

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit: Comment faire alors pour vous convaincre que le phénomène n'est pas la chose en soi? et bien tout simplement en vous invitant à lire Kant dans le texte et de constater par vous même que les deux concepts ne sont pas identifiés par Kant ! car pour avoir lu Ferry en premier et avoir adopté son identité  (entre phénomène et chose en soi) je me suis aperçu moi-même en lisant Kant dans le texte que cette identité est une erreur au moins méthodique, puisque cette identité ne permet plus de lire Kant.

    Nul besoin de me convaincre, les fonctions de la chose en soi et du phénomène sont effectivement différentes tout au long de l'œuvre de Kant, je le reconnais sans peine. Pour autant, in fine la chose en soi s'évapore si bien qu' elle peut aisément se voir porter, métaphoriquement, le poids du mystère ultime de la connaissance. Pour résumer rapidement, la première fonction de la chose en soi est d'être la cause des phénomènes. La seconde fonction pose la chose en soi comme constitutive de ce que "nous" sommes, aussi bien que de tout le reste. C'est ainsi que le commentaire de Ferry peut, je pense, être compris, même si ses propos pris hors contexte peuvent être mal interprétés.

    Mais je vous laisse désormais à votre projet, il est temps de lui rendre la place qui lui revient.

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Jeu 18 Fév 2016 - 11:08

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:
    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit: Comment faire alors pour vous convaincre que le phénomène n'est pas la chose en soi? et bien tout simplement en vous invitant à lire Kant dans le texte et de constater par vous même que les deux concepts ne sont pas identifiés par Kant ! car pour avoir lu Ferry en premier et avoir adopté son identité  (entre phénomène et chose en soi) je me suis aperçu moi-même en lisant Kant dans le texte que cette identité est une erreur au moins méthodique, puisque cette identité ne permet plus de lire Kant.

    Nul besoin de me convaincre, les fonctions de la chose en soi et du phénomène sont effectivement différentes tout au long de l'œuvre de Kant, je le reconnais sans peine. Pour autant, in fine la chose en soi s'évapore si bien qu' elle peut aisément se voir porter, métaphoriquement, le poids du mystère ultime de la connaissance. Pour résumer rapidement, la première fonction de la chose en soi est d'être la cause des phénomènes. La seconde fonction pose la chose en soi comme constitutive de ce que "nous" sommes, aussi bien que de tout le reste. C'est ainsi que le commentaire de Ferry peut, je pense, être compris, même si ses propos pris hors contexte peuvent être mal interprétés.

    Mais je vous laisse désormais à votre projet, il est temps de lui rendre la place qui lui revient.
    Oui là je suis totalement d'accord avec vous; j'aime beaucoup votre image "la chose en soi s'évapore" car c'est bien comme cela en fait que je vois les choses. In fine, il n' y a pas indentification entre le phénomène et la chose en soi, il y a évaporation, néantisation de la chose en soi. Là je vous suis totalement, et je suis heureux de votre image car elle est accessible à la lectrice imaginée Anna (mais chacun peut imaginer de son côté un lecteur X lui aussi profane). L'avantage de notre "dispute" est surtout de nous porter à une rigueur d'explication absolue, ce qui rend nos écrits, grâce à leur rigueur, et à leur précision dans la définition des mots, accessibles à un profane.
    Je vais donc rentrer dans l'œuvre écrite, la préface de la seconde édition.

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Jeu 18 Fév 2016 - 11:43

    Des lecteurs profanes qui n'osent pas intervenir sur le forum me disent qu'ils ne parviennent pas à comprendre ce qu'est le phénomène et ce qu'est la chose en soi et me demande d'être encore plus "imagé", plus accessible, plus concret. Je vais essayer de tenir compte de ces remarques, d'autant que c'est à eux, (aux non sachants en général) que je tente de m'adresser.


    Je vais essayer de prendre une image.




    Supposons un verre que je frappe d'un doigt et qui ne dispose que du "toucher" comme sens (pas la vision, ni aucun autre sens), un verre qui aurait un esprit dans sa texture; le choc du doigt sur le verre engendre une onde, une vibration. L'esprit du verre ne peut percevoir que la vibration, l'effet du choc, donc il doit traiter une vibration, une sensation interne, il n'a aucune possibilité de connaître le doigt, aucune "intuition" en lui telle qu'il pourrait s'affranchir de la sensation pour connaître quoi que ce soit qui lui soit totalement extérieur (c'est-à-dire en non relation avec lui). Le doigt est certes la cause de la vibration, mais le doigt reste en dehors de sa connaissance, car la seule "chose" qui parvient à son esprit c'est une vibration, rien d'autre. Supposons qu'il dispose d'un entendement pour "traiter" la vibration et qu'il élabore  une représentation de la cause (le doigt). La question est  : est ce que la représentation est identique au doigt? Ce problème à vrai dire est vieux comme Hérode! Ce problème, celle de l'identité entre la représentation et la chose en soi va être traité par Kant, nous verrons comment. Dans la résolution de cette question, la chose en soi s'évanouit, et Kant en reste au phénomène comme cause de la représentation finale et il va établir là de nouvelles définition de 'l'objectivité", mais je ne peux pas non plus trop anticiper.
    Cette néantisation de la chose en soi, nous l'accomplissons tous dans le quotidien; lorsque je marche sur un trottoir je ne m'interroge pas sur le fait de savoir si ma représentation (le trottoir) est identique à la chose (en soi) sur laquelle je marche, non, je pars bien sûr du principe que ma représentation est identique à la chose sur laquelle je marche. Mais il n'empêche que c'est tout de même bien une représentation qui me guide dans ma marche, c'est-à-dire une image cérébrale élaborée par mon cerveau, ou pour parler d'une manière non médicale, mais d'une manière philosophique, c'est bien une image, une représentation élaborée par mon esprit sur laquelle je me fonde pour marcher.


    J'espère que cette image un peu triviale aura permis de mieux permettre de saisir la différence entre la chose en soi et le phénomène.


    Dernière édition par Vangelis le Jeu 18 Fév 2016 - 12:01, édité 1 fois (Raison : Mise en forme.)
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    Re: Critique de la raison pure

    Message  Vangelis le Jeu 18 Fév 2016 - 12:00

    Veuillez respecter la mis en forme par défaut du forum (Police, taille, caractère). Au besoin, consultez ce sujet :

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Jeu 18 Fév 2016 - 14:19

    Début de l'étude de la préface à la seconde édition de la Critique de la raison pure. (page 73 à 77, opus cité).

    Kant relève que la métaphysique n'a pas su acquérir le caractère d'une science en raison de son incapacité à conduire à des méthodes et des connaissances reconnues par tous. A cet égard la métaphysique réfère à un simple tâtonnement plutôt qu'à une science.
    Il cite des domaines de réflexion qui ont su se fonder en sciences : la logique, la mathématique et la physique. Notons qu'il appelle science tout domaine de connaissance où "il y a de la raison".
    Ces sciences ont su définir leur objet (connaissance théorique) et ont su rendre effectif leur objet (connaissance pratique).
    Pourquoi la métaphysique ne parvient-elle pas à se fonder en science?

    Définition de la métaphysique : "connaissance spéculative de la raison pure s'élevant au-dessus de l'expérience par purs concepts" (source : La vocabulaire de Kant, Jean-Marie Vaysse, collection Ellipses, page 67).
    Ce qu'il faut retenir de cette définition  c'est que la métaphysique est un mode de connaissance qui ne réfère pas à l'expérience, à l'observation d'un objet réel, concret, observable. Kant, page 76 : "la métaphysique....s'élève entièrement au-dessus de l'enseignement de l'expérience, et cela par de simples concepts" concepts entendus ici sous le sens de concepts purs.
    La raison pure désigne la raison lorsqu'elle s'exerce en dehors de toute expérience, de toute référence à l'observation; elle est ainsi en action de "manière pure" dans la logique ou encore dans la mathématique; mais elle n'est pas totalement "pure" en physique, domaine dans lequel elle n'intervient en  tant que raison pure que dans certains cas, par exemple la définition, la "pose" de principes comme par exemple le principe de la conservation de l'énergie (notons que le principe de la conservation de la quantité de force, expression employée semble t il par Kant, puis reprise par Rivelaygue et Ferry ne veut rien dire en physique, la quantité de force est une expression non opératoire, ce qui en revanche a un sens, en physique, ce sont les principes suivants : conservation de la quantité d'énergie, conservation de la quantité de mouvement, conservation du moment cinétique, etc...mais pas la conservation de la quantité de force).
    Le concept pur est également un concept conçu en dehors de toute expérience réelle ou possible. L'âme par exemple est un concept auquel il est impossible d'associer  un quelconque objet observable. Ces concepts purs sont aussi appelés Idées (Luc Ferry, Kant, page 35) en tant qu'opération par excellence de la métaphysique. Pour certains physiciens contemporains la métaphysique ne pourra jamais se constituer en science justement par qu'elle ne réfère pas à l'expérience. 
    Notons la différence avec le concept empirique, déjà défini, construit lui sur l'observation du particulier, d'un objet particulier. 
    Pour le profane, cette séparation que je viens de faire entre concept pur et concept empirique est une opération de la raison pure qui consiste à séparer, puis à comparer voire à opposer des concepts, des objets, des éléments, etc.
    L'adjectif "spéculatif" employé plus haut qualifie toute activité mentale qui se limite à la théorie, sans souci de la pratique, de l'expérience.

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Ven 19 Fév 2016 - 12:01

    (Suite de l'étude de la préface, page 77 à 80)
     
    La raison pour laquelle la métaphysique ne parvient pas à se fonder en sciences Kant l'explique ainsi : les métaphysiciens ne parviennent pas à se mettre d'accord sur leurs finalités ni surtout sur leurs méthodes de travail. Du coup, page 77 : "la métaphysique est une arène qui semble tout spécialement destinée à ce que l'on exerce ses forces en des jeux de lutte". La métaphysique jeu de pouvoir? C'est le jugement de beaucoup de personnes qui voient dans la métaphysique un rapport de force : il s'agit de s'emparer du logos, du verbe  et d'en faire un instrument de domination. Pascal Bruckner (dans Marianne, n° 493 septembre-octobre 2006, page 71) "Celui qui s'empare du langage s'empare du pouvoir".

    Kant s'interroge sur les raisons qui ont permis à la mathématique et la physique de se fonder en sciences et dans cette interrogation il espère trouver des pistes qui  permettent (par analogie) à la métaphysique elle-même de se fonder en science.
    Il considère que la raison pour laquelle ces deux sciences précitées ont acquis leur statut provient de ce renversement complet de perspective :
         ne plus régler la connaissance sur l'objet mais l'objet sur la connaissance.
    Ce renversement total de perspective entraîne des bouleversements importants dans la définition de l'objet, mais aussi conduit l'esprit à s'intéresser à la structure de la connaissance. Kant identifie dans cette structure l'existence de concepts a priori, de concepts purs.
    Souvenons nous de la définition de la métaphysique : il s'agit d'une connaissance qui s'appuie sur des concepts purs, des concepts a priori.
    Nous pouvons alors identifier là un objet précis qui entre dans le domaine de compétence de la métaphysique et qui lui promet dès lors qu'elle ne s'occupe que des concepts a priori (concepts purs) la voie sûre d'une science.

    Bien entendu toutes ces notions et modes de pensée nouvelles décrites ci-dessus vont faire l'objet d'explications et de développements dans le corps de l'œuvre de Kant, il ne s'agit là que d'une préface qui tend à dévoiler quelques aspects futurs des développements à suivre.

    Définition de l' a priori (la vocabulaire de Kant, opus cité) : 
    "Est dit a priori ou pur ce qui ne dérive pas de l'expérience, par opposition à a posteriori, synonyme d'empirique."

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Ven 19 Fév 2016 - 19:15

    Mais la métaphysique n'a pas pour seule ambition de s'intéresser aux seuls concepts a priori! Elle est mue par la raison pure, la raison spéculative qui, remontant de cause en cause, veut toujours trouver la cause première. Elle veut trouver l'inconditionné, c'est-à-dire la cause qui ne dépendrait plus elle-même d'aucune cause. 

    Cette tension, cette ambition porte la métaphysique à aller au-delà de l'expérience possible, au delà de tous les phénomènes. C'est là que tous les problèmes commencent, car développer des concepts, développer des idées (opération de la métaphysique selon l'expression de Luc Ferry) dont l'existence n'est attestée par aucune réalité observable, c'est un saut dans l'arbitraire (d'où l'arène dont parle Kant où les métaphysiciens s'affrontent). 

    Kant pourtant reconnaît une utilité pratique à cette ambition de la raison spéculative. Nous verrons en quoi cette "tension"  se révèle utile en sciences physiques par exemple. Kant donne d'ailleurs un exemple en note au bas de la page 80, qui consiste en ceci : en recherchant une cause de faits observés, hors des causes usuelles reconnues, en se projetant au-delà de l'expérience et du sensible, le physicien peut trouver une cause qui va pouvoir rendre compte des phénomènes observés. Nous pouvons donner l'exemple connu de Newton et son concept de force; lorsque son livre "Principia"  parut, nombreux furent ceux qui se gaussèrent de ce concept de force, qui fut considéré comme une simple idée métphysique, sans aucune réalité. Pourtant cette idée est aujourd'hui communément utilisée dans l'enseignement de la mécanique. Pour autant, est-ce que la force existe? A-t-elle une existence qui soit du même ordre que l'existence d'un objet (au sens où le physicien entend ce mot)? Il est parfois cocasse d'assister à certains cours en fac. Un professeur un peu espiègle, trace la trajectoire d'un astronef dans l'espace sur le tableau, puis décrit  la modification de la trajectoire de cet astronef et pose la question "Quelle est la cause de la modification de la trajectoire?" Les étudiants se rappellent leur cours : la modification d'une trajectoire est due à une accélération, donc à une force, et tous de chercher la force...où est la force? Rire de l'enseignant! "Mais ça n'existe pas en soi une force! si vous voyez qu'une trajectoire est modifiée...alors dites-vous aussitôt qu'un autre objet est apparu au voisinage de l'astronef, que c'est la présence de cet objet qui a provoqué la modification de la trajectoire, ne cherchez surtout pas la force! La force est un concept vide, idéel qui ne fait qu'exprimer, dire une relation pratique, une relation entre deux objets". Ainsi une idée, produit pur de la métaphysique est pourtant nécessaire à l'esprit humain (au moins au physicien) pour comprendre ou figurer dans son esprit les causes de la modification de la trajectoire de l'astronef. (Notons que Kant semble croire dans l'existence de la  force dans sa note de la page 80 ; nous dirions aujourd'hui que la force "est" mais qu'elle n'existe" pas, elle "est" comme objet de la pensée, mais elle n'"existe" pas comme objet observable.

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Ven 19 Fév 2016 - 19:17

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Mais la métaphysique n'a pas pour seule ambition de s'intéresser aux seuls concepts a priori! Elle est mue par la raison pure, la raison spéculative qui, remontant de cause en cause, veut toujours trouver la cause première. Elle veut trouver l'inconditionné, c'est-à-dire la cause qui ne dépendrait plus elle-même d'aucune cause. 

    Cette tension, cette ambition porte la métaphysique à aller au-delà de l'expérience possible, au delà de tous les phénomènes. C'est là que tous les problèmes commencent, car développer des concepts, développer des idées (opération de la métaphysique selon l'expression de Luc Ferry) dont l'existence n'est attestée par aucune réalité observable, c'est un saut dans l'arbitraire (d'où l'arène dont parle Kant où les métaphysiciens s'affrontent). 

    Kant pourtant reconnaît une utilité pratique à cette ambition de la raison spéculative. Nous verrons en quoi cette "tension"  se révèle utile en sciences physiques par exemple. Kant donne d'ailleurs un exemple en note au bas de la page 80, qui consiste en ceci : en recherchant une cause de faits observés, hors des causes usuelles reconnues, en se projetant au-delà de l'expérience et du sensible, le physicien peut trouver une cause qui va pouvoir rendre compte des phénomènes observés. Nous pouvons donner l'exemple connu de Newton et son concept de force; lorsque son livre "Principia"  parut, nombreux furent ceux qui se gaussèrent de ce concept de force, qui fut considéré comme une simple idée métphysique, sans aucune réalité. Pourtant cette idée est aujourd'hui communément utilisée dans l'enseignement de la mécanique. Pour autant, est-ce que la force existe? A-t-elle une existence qui soit du même ordre que l'existence d'un objet (au sens où le physicien entend ce mot)? Il est parfois cocasse d'assister à certains cours en fac. Un professeur un peu espiègle, trace la trajectoire d'un astronef dans l'espace sur le tableau, puis décrit  la modification de la trajectoire de cet astronef et pose la question "Quelle est la cause de la modification de la trajectoire?" Les étudiants se rappellent leur cours : la modification d'une trajectoire est due à une accélération, donc à une force, et tous de chercher la force...où est la force? Rire de l'enseignant! "Mais ça n'existe pas en soi une force! si vous voyez qu'une trajectoire est modifiée...alors dites-vous aussitôt qu'un autre objet est apparu au voisinage de l'astronef, que c'est la présence de cet objet qui a provoqué la modification de la trajectoire, ne cherchez surtout pas la force! La force est un concept vide, idéel qui ne fait qu'exprimer, dire une relation pratique, une relation entre deux objets". Ainsi une idée, produit pur de la métaphysique est pourtant nécessaire à l'esprit humain (au moins au physicien) pour comprendre ou figurer dans son esprit les causes de la modification de la trajectoire de l'astronef. (Notons que Kant semble croire dans l'existence de la  force dans sa note de la page 80 ; nous dirions aujourd'hui que la force "est" mais qu'elle n'existe" pas, elle "est" comme objet de la pensée, mais elle n'"existe" pas comme objet observable.
    Bien entendu les concepts "expérience possible" et "phénomènes" non définis ici,  le seront dans l'œuvre de Kant.

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Ven 19 Fév 2016 - 19:42

    A propos de la définition de la raison pure (exercice de la raison hors de l'expérience) il apparait que la meilleure façon de la définir c'est de la considérer  agissante, de voir comment elle s'exerce. 
    Voici un petit problème posé en cinquième, problème apparemment anodin, dont voici l'énoncé :
    Tracer un triangle ABH tel que :
    AB = 5 cm; AH = 4 cm; BH  = 2,5 cm.
    Construire le point C tel que (AH) et (BH) soient deux hauteurs du triangle ABC. 
    (mathématique, triangle, 5ème, Gisèle Chaperon, Hatier, programme 2008 page 166, exo 72)
    Petit exo que j'ai posé à un élève, qui se révèle bien plus ardu que prévu! (je ne suis pas enseignant, je suis un transmetteur, celui à qui les parents recourent quand l'enseignement officiel a atteint ses limites).
    La construction du point C oblige à dérouler un raisonnement simple mais rigoureux, raisonnement qui permet d'observer le déroulé même de la logique formelle, "l'arme" par excellence de la raison pure.
    Mais très intéressant aussi ce fait suivant : si j'observe le mécanisme de ma propre pensée, comment ai-je opéré? En déroulant ledit raisonnement? Non! En figurant le point C au dessus du triangle ABH...Je vois, je regarde, je comprends. Conclusion : la vision seule semble être, pour ma conscience du moins, le seul moyen de résolution. Mais si je dois "transmettre" le résultat à quelqu'un qui ne "voit"pas? Alors je déroule le raisonnement  a posteriori! étonnant non? La vue est à l'origine de ma solution, la vision, sans raisonnement, puis après la vision, je dessine...alors, l'origine des maths? le dessin ou le génie d'un Thalès? (les deux!dessin et génie). Quand nous ouvrons un livre d'histoire des maths nous constatons que le dessin était pratiqué intensément par les Grecs! Que Thalès a vécu dans cet environnement! Peut-être avons nous encore beaucoup à apprendre sur l'origine de l'émergence de la raison pure, prise ici comme instrument de la connaissance a priori.

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Sam 20 Fév 2016 - 16:59

    Page 81 de la préface.

    Moment important puisque Kant y définit le but de la Critique : mettre la métaphysique dans la voie sûre d'une science, en définissant le périmètre de compétence de la métaphysique et en en faisant ressortir l'architecture interne.
    Il indique régalement son ambition : faire de la métaphysique une science achevée et "l'abandonner à l'usage de la postérité comme un capital qu'on augmentera jamais".
    Cette possibilité d'achever la métaphysique provient qu'elle ne s'occupe que des principes (les modalités de la connaissance a priori) qu'elle détermine elle-même, principes qui ne  relèvent que du sujet (de l'homme), et non de l'expérience,  au contraire des autres sciences dont les objets ne sont jamais totalement dénombrés (donnés par l'expérience). Une autre science peut prétendre à cet achèvement : la logique, mais cette science ne s'occupe que de la forme de la pensée.

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Sam 20 Fév 2016 - 18:48

    Suite de la préface, page 82.

    Kant introduit une certaine subtilité dans la définition de la raison pure. Il distingue la raison pure   dans son usage spéculatif (raison pure spéculative) et la raison pure pratique, la raison pure dans son usage pratique. Dans son usage spéculatif la raison pure déborde trop largement le cadre de l'expérience possible d'où un usage qui finit par être illégitime  tandis que dans son usage pratique la raison pure est nécessaire dans l'ordre de la morale "dans le cadre duquel elle s'étend inévitablement au -delà des limites de la sensibilité".
    Nous voyons donc que l'objectif de Kant est de limiter l'usage de la raison pure dans son usage spéculatif, usage conduisant à trop de contradictions et à la ruine dans toute confiance dans l'exercice de la raison pure, afin de la réhabiliter et de l'utiliser, d'une manière légitime, dans le domaine moral.

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Sam 20 Fév 2016 - 19:27

    Page 83 et suivantes.

    Kant revient sur la distinction entre phénomène et chose en soi. J'ai été tenté de passer rapidement ces pages pour commencer l'étude même de la Critique, mais c'est absolument impossible tant ces pages sont extrêmement importantes dans ce qu'elles dévoilent de la pensée de Kant. Ces pages sont difficiles à "décompresser" tant chaque mot a son importance.

    Il écrit (pages 82-83) :

    "Assurément s'ensuit-il de fait  la restriction de toute la connaissance spéculative seulement possible de la raison à de simples objets de l'expérience [entendus ici comme phénomènes]. Pourtant ....il nous faut cependant pouvoir penser ces objets aussi comme choses en soi"

    Sinon il s'en suivrait cette proposition absurde selon laquelle il y aurait phénomène sans rien qui s'y phénoménalise (pour simplifier il y aurait un phénomène sans rien qui l'ait provoqué, engendré).

    Mais la non-distinction des deux concepts entraîne  aussi des contradictions insurmontables dès que la pensée se porte sur des choses en soi tels que l'âme, la liberté etc. et Kant insiste bien sur la nécessité alors  de penser l'objet en deux significations différentes, à savoir comme phénomène ou comme chose en soi.


    Il est intéressant dans ces pages de constater que l'âme par exemple ou la liberté, sont considérées comme des choses en soi (expression indiquée entre parenthèses dans la page 83) et que la contradiction est alors celle-ci :

    S'il n' y a pas de différence entre phénomène et chose en soi alors le principe de causalité doit s'appliquer à toutes les choses (qu'elle soient des phénomènes ou des choses en soi, puisqu'il n' y a plus de différence) et donc l'âme, que Kant considère comme étant libre, ne pourrait plus être considérée comme telle car elle serait alors soumise au principe de causalité elle aussi, c'est-à-dire qu'elle serait soumise  à la nécessité de la nature.

    Ces pages sont intéressantes car nous voyons que Kant identifie les phénomènes à la nature observable mais qu'il distingue aussi des choses en soi particulières, l'âme, et il ajoute page 84, Dieu, la liberté, l'immortalité, qui, même s'il ne s'agit pas de phénomènes, doivent pouvoir être pensées. Nous voyons donc, que dans certaines circonstances le concept de la chose en soi ne s'évanouit pas (il semble qu'il y a donc évanouissement de la chose en soi uniquement dans l'étude de la nature).

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Dim 21 Fév 2016 - 14:24

    Page 84 Kant cite l'exemple de la liberté comme propriété d'un être [l'âme] auquel il est possible d'attribuer des effets dans le monde sensible.  La liberté ne peut pas être objet de connaissance (chose en soi) mais nous pouvons néanmoins nous en forger une pensée. Cela le conduit à distinguer la représentation sensible de la représentation intellectuelle (représentation de la chose en soi). Il est possible de se demander ce que peut être une représentation intellectuelle...dont il dit qu'elle est telle que nous ne pouvons pas nous y forger une connaissance avec discernement du concept dont il s'agit.
    Il fait la citation de la liberté à propos  de la moralité (que nous entendrons comme étant l'ensemble des lois qui gouverne les rapports entre les hommes). La moralité telle que nous en relevons les prescriptions pratiques dans notre quotidien présuppose, sans son exercice, selon lui, la liberté, sans laquelle ces prescriptions seraient impossibles. Mais si nous laissons la raison pure spéculative agir, celle-ci a vite fait de ruiner l'idée même de la liberté (partant elle subordonne la moralité à la loi de la nature et non à la liberté) en la soumettant par exemple au principe de causalité, parce que cette raison pure spéculative ne fait pas le différence entre phénomènes et chose en soi, et applique du coup aux choses en soi des principes qui pourtant ne peuvent avoir de sens que pour les phénomènes. Il est donc bien nécessaire de limiter les pouvoirs de la raison pure spéculative en dénonçant son exercice abusif, en distinguant bien le phénomène de la chose en soi, et en limitant l'exercice de la connaissance spéculative de la raison aux phénomènes.

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Dim 21 Fév 2016 - 15:14

    Nous terminerons l'étude de la préface par quelques remarques.
    Page 85 Kant introduit le concept de croyance  par opposition au savoir; nous étudierons ces concepts ultérieurement, dans le corps de l'œuvre.
    Enfin page 87  il donne quelques indications sémantiques intéressantes en opposant la démarche dogmatique, démarche légitime qui consiste à procéder de manière rigoureusement démonstrative à partir de principes a priori sûrs,  au dogmatisme qui consiste en la démarche adoptée par la raison pure sans critique préalable de son propre pouvoir.

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Dim 21 Fév 2016 - 15:50

    Nous allons maintenant étudier l'introduction.
    Elle est divisée en 7 parties.

    1) De la différence entre la connaissance pure et la connaissance empirique
    2) Nous sommes en possession de certaines connaissances a priori et même l'entendement commun n'est jamais sans posséder de telles connaissances
    3) La philosophie requiert une science qui détermine la possibilité, les principes et l'étendue de toutes les connaissances a priori
    4) De la différence des jugements analytiques et des jugements synthétiques
    5) Dans toutes les sciences théoriques de la raison sont contenus des jugements synthétiques a priori faisant fonction de principes
    6) Problème général de la raison pure
    7) Idée et division d'une science particulière portant  le nom de critique de la raison pure

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Dim 21 Fév 2016 - 16:16

    1) De la différence entre la connaissance pure et la connaissance empiriques  (page 93)

    Toute connaissance commence, d'un point de vue chronologique, avec l'expérience. Nulle connaissance ne précède l'expérience. Mais si toute connaissance débute avec l'expérience elle ne dérive pas en totalité de l'expérience. Car toute connaissance amorcée par l'expérience pourrait bien aussi contenir, in fine, des connaissances issues de l'esprit, mobilisées par l'apparition en lui d'impressions sensibles.
    De semblables connaissances, issues de l'esprit, sont appelées a priori, tandis que les connaissances empiriques, issues de la seule expérience (de l'impression sensible) sont dites a posteriori.
    Il faut bien préciser que sont appelées connaissances a priori  celles qui interviennent de façon absolument indépendante  de toute expérience.
    Kant introduit une distinction entre les connaissances  a priori qui sont pures de celles qui ne le sont pas, les connaissances a priori pures étant sauves de toute trace d'empirisme (expérience); ainsi la proposition "tout changement a sa cause" est une proposition a priori (le concept de cause est a priori) mais elle n'est pas pure car elle inclut le concept de mouvement qui, lui, est issu de l'expérience.

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Dim 21 Fév 2016 - 17:17

    2) Nous sommes en possession de certaines connaissances a priori, et même l'entendement commun n'est jamais sans posséder de telles connaissances (page 94)

    Kant pose les critères permettant de distinguer une connaissance pure d'une connaissance empirique.

    Voici ces critères :

    S'il se trouve une proposition dont la pensée inclut en même temps sa nécessité  alors c'est un jugement a priori (si cette proposition dérive elle-même d'une proposition absolument nécessaire alors cette proposition est absolument a priori).

    Si un jugement est pensé selon une rigoureuse universalité, c'est-à-dire de telle manière que pas la moindre exception ne soit admise comme possible  alors il s'agit d'un jugement a priori.

    Nécessité et rigoureuse universalité sont donc des critères sûrs d'une connaissance a priori et renvoient inséparablement l'un à l'autre (un seul de ces critères donc suffit à définir une connaissance a priori).

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Dim 21 Fév 2016 - 18:27

    3) La philosophie requiert une science qui détermine la possibilité, le principes et l'étendue de toutes les connaissances a priori (page 97).

    Il existe une science, la métaphysique, dont l'intention finale est de traiter des problèmes de Dieu, de la liberté et de l'immortalité mais sa méthode est dogmatique, c'est-à-dire qu'elle s'engage dans cette étude sans examen préalable des réels pouvoirs de la raison pure. Comme elle utilise des concepts face auxquels il n'existe aucun objet donné par aucune expérience possible le métaphysicien ne risque pas d'être contredit par aucune réalité tangible. La métaphysique s'égare, en raison de son dogmatisme, mais aussi en raison de l'exemple de la mathématique qu'elle pense pouvoir suivre. La mathématique fournit en effet un exemple éclatant des progrès que nous pouvons faire a priori dans la connaissance  indépendamment de l'expérience. Mais ce que ne voient pas les métaphysiciens c'est que la mathématique  s'occupe d'objets qui se présentent dans l'intuition (dans les formes de l'intuition pure, ceci sera exposé plus loin). Ce qui n'est pas le cas de la métaphysique qui s'appuie sur des concepts purs, hors intuition pure. Il est donc crucial de d'abord définir les limites de la métaphysique et il faut déjà pour cela  traiter des différentes sortes de connaissances, à savoir les jugements analytiques et les jugements synthétiques.
    Nous observons la difficulté  de compréhension provoquée par Kant. Page 87 il justifie la démarche dogmatique (voir ci-dessus étude de la préface) et ici il fustige la méthode dogmatique...ce qu'il veut dénoncer en fait c'est le dogmatisme, pas la méthode ou la démarche (dénonciation du cadre mais non pas dénonciation de la méthode).

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Lun 22 Fév 2016 - 18:14

    4) De la différence des jugements analytiques et des jugements synthétiques (page 100).

    Soit un jugement quelconque, composé d'un sujet, d'un verbe et d'un prédicat, le prédicat étant une propriété, une caractéristique, une qualité qualifiant le sujet.

    Nous appellerons jugement analytique tout jugement tel que le prédicat peut être tiré du sujet par simple analyse.

    Par exemple le jugement "une table possède un plateau" est un jugement analytique, puisque toute table est définie par le fait qu'elle a au moins un plateau.
    "Tous les corps sont étendus" est un jugement analytique, puisque tout corps a une spatialité (l'étendue : volume, espace occupé par un corps).

    Nous appellerons jugement synthétique tout jugement dans lequel le prédicat apporte une information supplémentaire quant au sujet, information non comprise dans la définition, l'être même du sujet.

    Par exemple "la table est verte" est un jugement synthétique, puisque la couleur verte n'est pas une caractéristique propre aux tables en général. Il y a apport d'une information supplémentaire.

    L'exemple donné par Kant est un peu plus difficile à saisir : "tous les corps sont pesants" peut dans une première approche être pris pour un jugement analytique; mais  si j'analyse un corps, il ne contient pas en lui la qualité de peser; nulle part il est possible de trouver "la pesance", "le poids" comme constituant de son
     être; l'exemple employé par Kant est un peu obscur car  "être pesant" est en fait une relation spécifique entre deux corps (il n' y a pas de poids s'il n' y a qu'un corps). Le prédicat "pesant" désigne une certaine façon pour chaque corps d'entrer en relation avec un autre corps. Nous sommes donc dans un registre complètement différent de celui  de la nature d'un corps.


    Un jugement analytique est aussi appelé explicatif et un jugement synthétique est aussi appelé extensif.

    Les jugements d'expérience sont tous synthétiques.


    En effet si je recours à l'expérience c'est bien pour apprendre quelque chose de supplémentaire quant à l'objet étudié.

    Il existe enfin des jugements synthétiques a priori, c'est-à-dire de jugements synthétiques qui ne s'appuient pas sur l'expérience pour apporter une information supplémentaire quant à un sujet (le sujet du jugement).

    Par exemple le jugement "tout ce qui arrive  possède sa cause" est un jugement synthétique a priori car le concept de cause n'est pas constitutif du concept "tout ce qui arrive" et pourtant il lui appartient, et même il lui appartient avec nécessité (critère permettant de désigner une connaissance a priori, voir ci dessus). 

    Sur quoi l'entendement s'appuie-t-il pour émettre un tel jugement? Ce ne peut être sur l'expérience car la certitude liée à cet a priori est universelle (pour l'entendement) et non liée à telle ou telle expérience. C'est ce qui sera étudié par Kant dans les développements à venir.

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Dim 28 Fév 2016 - 11:51

    Je reviens sur ces notions de jugements analytiques et jugements synthétiques sur lesquels je suis passé beaucoup trop vite.
    Kant structure ainsi sa pensée :
    Existence d'un jugement affirmatif  composé d'un sujet A  et d'un prédicat B, les deux  concepts étant reliés par un connecteur, un lien, un verbe (attributif).
    Jugement analytique : le concept B est inclut dans le concept A, il appartient au concept A implicitement.
    Jugement synthétique : le concept B n'est pas inclut dans le concept A, il lui est extérieur (bien qu'en connexion avec le concept A par le truchement du lien : verbe, connecteur, etc.). Un tel jugement ajoute une connaissance au concept A.

    Dans un jugement analytique je peux extraire le prédicat B  conformément au principe de contradiction (page 101).

    Qu'est ce que le principe de contradiction? (Kant emploie cette notion à la page 101 mais il ne le définit qu'à la page 232!).

    Je ne vais pas reprendre la définition de Kant à ce stade-là mais faire simplement remarquer que le principe de contradiction est le principe du tiers exclu en mathématique. Est ce que la négation du jugement que je viens d'émettre est possible ? Est-elle vraie dira-t-on en mathématique? Si la réponse est absolument non, alors ma proposition d'origine est vraie.

    Tout paraît simple au vu des définitions.

    Mais rien n'est si simple en fait!

    En effet je peux être tenté de dire :

    "Une table possède un plateau" est un jugement analytique puisque le concept "plateau" est inclut dans celui de "table" par définition.

    Mais un contradicteur avisé pourra me rétorquer, "oui mais le concept de table est déjà lui même une construction!", un lien opéré entre divers éléments, un lien synthétique opéré préalablement entre le plateau et les pieds d'une table. J'ai donc ici un jument analytique fondé sur un concept dont je connais les éléments par construction préalable.  Comme Kant affirme ensuite que tous les jugements  mathématiques sont synthétiques justement en arguant de constructions préalables de concepts il faut bien que j'étende sa remarque aux concepts construits empiriquement, pour dire que, si je les construits au préalable, il y a peut être quelque abus d'en tirer ensuite des jugements analytiques (ce qu'il argue nous le verrons pour les jugements mathématiques).

    D'ailleurs à bien regarder les exemple donnés par Kant quant aux jugements analytiques nous n'avons aucun jugement analytique du style "une table possède un plateau". Non il avance comme jugements analytiques des jugements qui rapportent à un concept donné des concepts tels que l'étendue, l'impénétrabilité ou la figure...

    A se demander si nous ne pourrions pas aussi nous poser la question : "comment des jugements analytiques, fondés sur aucun concept au préalable construit, sont-ils possibles?". Il est possible de répondre à cette question mais il faut au préalable étudier l'esthétique transcendantale, et nous ne sommes là qu'au niveau de l'introduction.

    Enfin dernière précision le jugement "tout ce qui arrive a une cause" est bien sûr un jugement synthétique. La cause, en tant  que concept, n'est pas implicitement inclut dans le concept "tout ce qui arrive" mais elle lui est nécessairement liée. Kant emploie le mot "appartient" qui peut prêter à confusion comme étant un concept inclut dans le concept : "tout ce qui arrive". Non, ce jugement est bien synthétique. 

    Enfin ultime précision, le mot concept chez Kant désigne tout ce qui peut être pensé. Ce qui le conduit à des expressions savoureuses, du style : démontrons que le concept "espace" n'est pas un concept! Dans le premier emploi il s'agit de l'espace en tant qu'il peut être pensé, dans le second emploi il s'agit du concept empirique. Nous verrons cela ultérieurement.

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Dim 28 Fév 2016 - 13:54

    5) Dans toutes les sciences théoriques de la raison sont contenus des jugements synthétiques a priori faisant fonction de principes (page 103)

    a) Les jugements mathématiques sont tous synthétiques.


    Cette affirmation surprenante Kant la limite ici à la mathématique pure c'est-à-dire à toute mathématique employée dans le seul cadre de la mathématique (bien qu'il affirme que tous jugements mathématiques sont des jugements a priori; mais il renonce à défendre ici ce point de vue pour ne parler que des concepts de la mathématique pure, c'est-à-dire celle qui est totalement a priori, sans lien donc avec l'expérience).

    Il prend pour exemple de jugement synthétique la proposition suivante : 
    7 + 5 = 12.
    Pour un mathématicien cette proposition est analytique.
    Pour bien expliquer cette assertion, citons  Jean-Michel Muglioni, "Apprendre à philosopher avec Kant", collection Ellipses, page 74 :
    "il peut sembler comme le voulait Leibniz, que 1+1 = 2 soit une proposition analytique. Kant veut dire que la définition elle-même est la construction du concept 2 : nous ne trouvons en nous le concept de deux et ne pouvons l'analyser que parce que nous l'avons construit".

    Et, bien sûr, tout mathématicien sait qu'il faut au préalable construire l'ensemble des nombres naturels avec l'opérateur + (l'ensemble des entiers naturels, muni de la loi de composition + est un monoïde). Mais une fois cet ensemble construit, une fois donc cet ensemble défini, le mathématicien s'appuie sur la construction , la définition de l'ensemble des nombres naturels, comme d'une nouvelle base en soi, une base  de calcul donnée, sur laquelle il ne revient plus, sur laquelle il ne réfléchit plus (sauf cas bien particuliers). Bien sûr si nous revenons sans cesse sur la construction même des concepts, alors nous retrouvons sans cesse des propositions synthétiques. Dans ce cas alors la proposition 7 + 5 = 12 peut être considérée comme une proposition synthétique, car il a fallu au préalable construire de proche en proche (avec un pas de 1) chaque nombre des entiers naturels.

    Pourquoi alors l'exemple de Kant suscite-t-il une certaine critique chez nombre de mathématiciens? 

    C'est que sa proposition s'écarte assez de sa définition du jugement pris dans la paragraphe précédent, le jugement étant un concept ainsi construit :
    Un concept A, un lien (verbe attributif) et un prédicat formé par un concept B.

    Ici le lien est le signe = qui est loin d'être équivalent à un verbe attributif puisqu'il s'agit d'une relation d'équivalence, dont l'une des caractéristiques est d'être symétrique (si A = B, alors B = A). Est-ce que les jugements dont parlent Kant ont ce caractère de symétrie? Est ce que le lien employé, le verbe attributif, a ce caractère de symétrie (est ce que  : concept A, lien, concept B est identique à concept B, lien (le même), concept A?). La réponse est non.

    Car nous voyons bien que si nous retournons la proposition de Kant ainsi (et le signe = l'autorise) nous avons alors 12 = 5 + 7, et la question doit maintenant être posée ainsi : est ce que les concepts de 5 et de 7 peuvent être trouvés dans le concept 12? (la question posée par Kant est : est ce que le concept 12 peut être trouvé dans les concepts 5 et 7, question qui, posée ainsi, entraîne la réponse  : non!).

    Bien sûr il reste l'opérateur + qui est un opérateur de construction! donc dire qu'un jugement qui emploie un opérateur de construction est une construction paraît aller de soi...

    Donc l'exemple choisi par Kant est un peu limite! mais nous comprenons ce qu'il veut dire et nous pouvons donc le suivre dès lors qu'il fait remarquer que tout concept mathématique est déjà en lui même une construction. Mais n' y a t il pas alors des "briques" originelles, des concepts originaux que ne soient pas des constructions? Nous arrêterons là notre propre critique ( critique destinée ici à provoquer la réflexion du lecteur).

    L'autre critique avancé par le mathématicien c'est qu' une construction fondée sur un acte de volonté est une définition, tandis qu'une construction fondée sur un raisonnement est l'œuvre non pas de la volonté mais de la raison, ou de l'entendement pour reprendre les mots de Kant.

    Prenons cet exemple :

    Un rectangle a ses diagonales d'une égale longueur et se coupant en leur milieu.

    Le concept "rectangle" est une définition, tandis que "diagonales d'égale mesure et se coupant en leur milieu", est l'œuvre d'un raisonnement.
    D'un côté une définition, de l'autre un raisonnement. Mais pour Kant les deux concepts sont des constructions (jugements synthétiques).
    En effet le rectangle est un quadrilatère qui a quatre angles droits (il faut construire dans son esprit ou sur la feuille un quadrilatère quelconque de telle manière qu'il ait quatre angles droits). Le mathématicien range cette proposition dans un coin de sa mémoire auquel il ne recourt plus et il affirme un rectangle a, en soi, 4 angles droits.

    Pourtant nous voyons qu'il y a une différence essentielle dans les deux constructions, l'une est un effet de la volonté, l'autre est l'effet d'un raisonnement. Ce n'est pas une différence anodine. Quand il s'agit d'enseigner un enfant il est nécessaire de lui dire la différence. Si la différence n'est pas faite, et dans certains manuels elle n'est pas faite, l'enfant prenant la définition pour un raisonnement, va se mettre à réfléchir, à chercher le raisonnement qui conduit à faire d'un quadrilatère un rectangle. Il faut vite l'arrêter, et lui dire, non, ne cherche pas un raisonnement, une rectangle a quatre angles droits par définition, par volonté. Libéré d'une recherche de raisonnement (qui n'a pas lieu d'être) alors il peut se donner tout entier au raisonnement qui conduit à trouver que les diagonales sont d'égale mesure et se coupent en leur milieu.

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Dim 28 Fév 2016 - 14:35

    Page 105, Kant affirme que tout axiome de la géométrie pure est un jugement synthétique (ce qui répond à l'interrogation précédente: existe-t-il des concepts de base qui ne soient pas eux-mêmes des constructions? oui, mais dans un jugement il y a deux parties, la partie A (sujet) et la partie B (prédicat), et si aucun des concepts n'est une construction, une réunion de briques, alors il n'est pas possible de trouver B dans A! Le fait que des concepts soient des briques élémentaires n'empêche pas les jugements mathématiques d'être des jugements synthétiques, au contraire).
    Kant s'intéresse ici à la géométrie pure car il divise les mathématiques en arithmétique et géométrie (dans le paragraphe précédent il parlait des jugements arithmétiques).
    Son exemple : la ligne droite est, entre deux points, la plus courte, est une proposition synthétique. Cela saute aux yeux. En effet la distance n'est pas comprise dans le concept ligne droite; le concept de distance est bien bien ajoutée au concept ligne droite.

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Dim 28 Fév 2016 - 16:24

    Page 105 Kant reconnaît le caractère analytique de quelques propositions mathématiques fondamentales mais pour en réduire aussitôt la portée en affirmant que, dans ces jugements, le prédicat n'est pas pensé comme étant inclus dans le concept sujet mais qu'il est en fait intuitionné comme étant dans ce concept. Kant respecte là sa logique de pensée car il démontrera ensuite dans l'esthétique transcendantale que la possibilité des jugements synthétiques résulte de ce fait qu' espace et temps sont deux formes a priori de l'intuition, et que les jugements synthétiques sont possibles dans ces formes pures de l'intuition.

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    Re: Critique de la raison pure

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