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    Critique de la raison pure

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    aliochaverkiev

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    Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Sam 6 Fév 2016 - 12:55

    Je me propose de reprendre ici l'étude de la Critique de la raison pure, étude commencée en d'autres lieux.

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Sam 6 Fév 2016 - 12:59

    je reprendrai ici le début de l'étude déjà commencée. Je suis ici pour le moment en train de faire connaissance avec le forum.

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Dim 7 Fév 2016 - 11:25

    il s'agit  ici d'un cours donné à une élève qui ne connaît pas la philosophie mais qui désire en savoir plus sur Kant. Je ne suis pas moi même philosophe de formation (mathématicien de formation ayant bifurqué ces la finance). L'élève n'apparait pas ici, elle ne le veut pas, mais je livre ici ces posts car ils intéressent une enseignante (en français) qui est intéressée à me lire et qui interviendra peut être , je l'espère!) après s'être inscrite. Les philosophes de métier tiqueront peut être devant cet "enseignement"! qu'ils me rappellent à l'ordre s'ils pensent que je m'égare.
    je mets ici les premières leçons, dispensées sur un site de dialogue courant, site qui n'était pas approprié pour parler philosophie. Les livres auxquels je me réfère sont Kant, "Critique de la raison pure" chez GF (éditions poche), luc Ferry : Kant , le livre de poche, Jacques Rivelaygue, leçons de métaphysique allemande tome 2 chez Grasset, parfois  Chris Frith : "comment le cerveau crée notre univers mental" chez odile Jacob, puisque la neuropsychologie confirme aujourd'hui les intuitions étonnantes de Kant sur le fonctionnement de l'esprit (je dis parfois le cerveau, puisqu'aujourd'hui chez les scientifiques ce mot  tend à équivaloir à esprit-cela choque bien sûr les puristes!

    Ci- après le début de ce "cours" qui est plutôt un enseignement donné à une personne adulte désirant être enseignée.





    Avant Kant (avant le 18ème siècle) et surtout avant les découverte scientifiques sur lesquelles je reviendrai plus tard, l'homme concevait l'univers comme étant "coiffé", "clôturé" par Dieu. 

    Il existait un être parfait, qui contenait l'univers, par rapport auquel l'homme se déterminait. Dieu déterminait notamment l'action sociale et la morale de l'homme. Il s'agissait alors de s'approcher le plus près de Dieu, et la mort elle même était domestiquée par les conceptions de l'époque : le paradis, le purgatoire et l'enfer. 
    Cette époque sécrétait aussi l'angoisse, comme aujourd'hui, mais l'angoisse était autre, c'était l'angoisse de la punition divine. 


    Penser l'univers comme étant "coiffé" par Dieu était toutefois considéré comme un acte de foi. Or les scientifiques voulaient posséder une preuverationnelle de l'existence de Dieu. C'est Descartes qui a fourni cette preuve, la preuve ontologique, la preuve par l'argument ontologique. Je ne vais pas vous donner la définition du mot ontologique maintenant, mais je vais vous expliquer la teneur de cette preuve. 

    Passons maintenant à la description de cette preuve. 

    Nous pouvons, par rapport à notre finitude, ce que nous ressentons comme étant comme notre finitude, ce que nous pensons être notre finitude (en définitive notre finitude nous la situons dans ce fait que nous mourons et aussi dans le fait que nous sommes ignorants de beaucoup de choses), nous pouvons penser un être qui, lui, ne serait pas limité par cette finitude, cet être c'est Dieu. C'est donc uniquement parce que nous pouvons penser Dieu que, vous allez le voir, Descartes va prouver l'existence de Dieu. 

    Vous allez dire que pouvoir penser un être et penser que le fait de le penser lui donne l'existence est un peu gros ! C'est une façon de poser l'existence de tout fait imaginé, dès lors qu'il est imaginé. Mais les cartésiens n'allaient pas jusque là. Il fallait aussi que la chose pensée soit conforme au réel. En définitive cette capacité à donner l'existence par le seul fait de penser Dieu se limitait seulement à Dieu. Mais comment faisaient-ils pour donner l'existence à Dieu ? Eh bien ils partaient de cette base : Dieu est un être parfait, donc il possède toutes les qualités, dont la qualité d'exister. Si Dieu n'existait pas, alors Dieu n'aurait pas toutes les qualités, il ne pourrait pas être parfait ce qui contredit l'idée que je peux penser Dieu comme un être parfait. Donc Dieu possède l'existence, donc Dieu existe. 

    Vous allez me dire que c'est un peu gros ! Mais ça marchait à l'époque, sans doute parce que cet argument était développé par des savants dont on pensait alors que tout ce qu'ils disaient était vrai (un peu comme aujourd'hui d'ailleurs, qu'un scientifique de renom parle et hop le profane est prêt à tout croire !). 


    Cet argument sera démonté par Kant, mais nous verrons cela plus tard. Qu'il suffise de dire donc, qu'à cette époque, non seulement la foi mais la raison (la science) postulaient l'existence de Dieu.



    N'oubliez pas que le vouvoiement est de rigueur sur le forum - Vangelis.
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    Crosswind

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  Crosswind le Dim 7 Fév 2016 - 13:59

    Votre projet m'intéresse, je suivrai donc ses évolutions avec plaisir !

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Dim 7 Fév 2016 - 19:14

    Crosswind a écrit:Votre projet m'intéresse, je suivrai donc ses évolutions avec plaisir !
    Merci pour votre accueil! et c'est avec plaisir que je recevrai vos remarques et critiques!

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Dim 7 Fév 2016 - 19:15

    Kant va renverser complètement les perspectives, les façons de penser, les représentations. Dieu ne va plus être la référence première, celle à partir de laquelle tout est ensuite construit, c'est l'homme qui va constituer le point de départ, même si, à l'horizon, se profile toujours l'idée de Dieu, mais idée vécue seulement comme idée sans aucun a priori sur la réalité de cette idée (pour Kant une idée peut ne correspondre à aucune réalité). 

    Mais pourquoi Kant va-t-il initier un tel renversement de perspective? 

    Parce que de nombreuses découvertes scientifiques vont complètement changer les représentations humaines de l'univers. 

    Avant ces découvertes l'univers était vécu comme fini, contenu en Dieu, comme un tout harmonieux, achevé, dans lequel devait prendre place l'homme. L'homme cherchait alors à s'intégrer dans cette harmonie. On cite l'exemple des augures ou de la pythie pour illustrer le fait que, avant de prendre une décision, les puissants voulaient s'assurer de la bonne fin de leur entreprise. Mais c'est faux. Les puissants ne cherchaient pas à savoir si leur entreprise allait réussir, ils ne cherchaient pas à "fouiller" l'avenir, ils cherchaient à "voir" si leur entreprise s'insérait bien dans l'harmonie de l'univers; et, s'ils avaient la conviction d'un accord entre leur entreprise et cette harmonie (conviction appuyée sur les augures, sur la pythie, etc.) alors ils passaient à l'action. 

    Aujourd'hui encore cette vision est très répandue. Bien que le siècle des Lumières soit passé par là, la plupart des gens pensent encore comme ça. Ils pensent que la nature est harmonieuse et que , par exemple, la nature va se venger de l'homme en le punissant voire en le faisant disparaître à cause de ses agressions contre la nature. Cette vision du monde, d'une nature harmonieuse, est depuis longtemps rejetée par les scientifiques, depuis au moins 300 voire 400 ans. Mais les idées nouvelles mettent des siècles à diffuser dans une population, les phénomènes culturels se répandent très lentement.

    Ce sont les découvertes scientifiques qui vont faire exploser cette vision d'un univers harmonieux; le développement des transports maritimes ont permis par exemple la mise au point de nouveaux instruments d'observation du ciel qui ont permis de voir que la voute céleste n'était pas achevée, pas finie; des étoiles nouvelles purent être observées, de même que l'apparition d'étoiles soudainement brillantes (certaines étoiles lorsqu'elles meurent, car les étoiles meurent aussi, deviennent parfois énormes). 

    Du coup l'idée d'une voute céleste achevée ne fut plus crédible. Il y eut aussi les découvertes de Copernic, cette idée nouvelle que la terre tournait autour du soleil (et non le contraire), ce qui décentra complètement la terre dans les représentations harmonieuses de l'époque. Puis surtout les découvertes de Newton qui ont conduit à une représentation de l'univers fait de forces sans âme (mathématiquement quantifiables donc épurées de toute intervention divine), et de chocs aveugles, hasardeux; la notion de hasard est née. 

    Quantité d'autres observations ont fait exploser les représentations harmonieuses en représentations hasardeuses, où des forces et des chocs sans sens, sans détermination semblent déterminer les réalités; l'harmonie de l'univers a explosé. 

    Un événement a d'ailleurs marqué les esprits à cette époque, en 1755, c'est le tremblement de terre de Lisbonne qui a provoqué la mort de 60 000 personnes (événement qui a aussi inspiré Voltaire). Ainsi la nature pouvait tuer aveuglément des hommes, sans sentiment, froidement, indifféremment; la nature est alors apparue totalement disharmonieuse, habitée ni par le bien, ni par le mal.

    etoilefilante

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  etoilefilante le Lun 8 Fév 2016 - 13:18

    Votre façon de présenter "la critique" est fort judicieuse. Rappeler ce qu'était le monde clos des Anciens, la terre immobile au centre de l'univers jusqu'aux premières observations de Copernic qui bouleversèrent les idées jusqu'à l'apparition de Newton. Terminé le monde clos, se dessine peu à peu un monde infini régi par des lois. Apparaît le siècle des lumières inhérent à toute l'Europe à des degrés différents bien entendu.
    Kant esprit philosophique, mais aussi scientifique va évoluer dans ce monde et apporter une pensée révolutionnaire. Il faut observer que philosophie et sciences n'étaient pas encore dissociées comme elles le sont aujourd'hui. Est-ce que je me trompe?

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Mar 9 Fév 2016 - 10:51

    etoilefilante a écrit:Votre façon de présenter "la critique" est fort judicieuse. Rappeler ce qu'était le monde clos des Anciens, la terre immobile au centre de l'univers jusqu'aux premières observations de Copernic qui bouleversèrent les idées jusqu'à l'apparition de Newton. Terminé le monde clos, se dessine peu à peu un monde infini régi par des lois. Apparaît le siècle des lumières inhérent à toute l'Europe à des degrés différents bien entendu.
    Kant esprit philosophique, mais aussi scientifique va évoluer dans ce monde et apporter une pensée révolutionnaire. Il faut observer que philosophie et sciences n'étaient pas encore dissociées comme elles le sont aujourd'hui. Est-ce que je me trompe?
    Bonjour, 
    Non vous ne vous trompez pas, il faut se rappeler la représentation du cosmos à l'époque (d'avant les lumières) avec la sphère des fixes, la voute fixe avec ses étoiles que Dieu faisait tourner. Ce bouleversement dans la représentation du cosmos grâce aux sciences exactes, elles mêmes en évolution en raison des échanges économiques et culturels de l'époque) a aussi engendré un bouleversement des idées; il est étonnant comme la représentation que l'on a du cosmos influe sur nos idées de manière capitale.
    Ce que je découvre de Kant au fur et à mesure que je l'étudie est à la fois stupéfiant (ses intuitions sur l'espace et le temps par exemple) mais aussi décevant, en ce sens qu'il ne maitrise pas tout, il semble parfois dépassé par sa nouvelle conception du monde, du coup il en devient obscur et il emporte tous les commentateurs dans son obscurité! mis à part ces problèmes-là, il est extrêmement intéressant à étudier.

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Mar 9 Fév 2016 - 17:59

    Dans le monde dominé par l'harmonie la méthode de penser relevait de la métaphysique (ce qui veut dire : au-delà de la physique, au-delà de l'observation). 

    La métaphysique posait l'existence de Dieu, être omniscient et parfait par rapport auquel était pensée la finitude de l'homme. Je ne vais pas rentrer dans le détail, mais dans un tel mode de penser où l'omniscience de Dieu est en quelque sorte imaginée, c'est par rapport à cet imaginaire que les savants conduisent leurs pensées, imaginaire totalement structuré par la vision d'une nature harmonieuse et habitée par Dieu. 

    La destruction de cette vision de la nature détruit l'imaginaire dont était paré Dieu. Dieu ne disparaît pas mais il est rejeté au loin dans un inconnu inaccessible. Du coup il faut construire une nouvelle méthode de penser". 




    C'est là qu'apparait "le moment kantien". Je cite Ferry (page 29 de son livre) : "Le moment kantien (l'apport intellectuel de Kant) représente un retournement de perspective complet, sans précédent dans l'histoire de la pensée...Ce retournement consiste en ceci : Kant pense d'abord la finitude, donc la sensibilité et le corps situés dans le temps et l'espace, ensuite seulement l'Absolu." 

    Comment en effet Kant va définir sa nouvelle méthode de penser? Et bien au lieu de partir de Dieu il va partir de l'homme lui-même dans son rapport immédiat avec l'extérieur, avec la nature. Kant va penser le monde en partant de la finitude de l'homme au lieu de partir de l'Absolu, de Dieu. C'est un complet renversement de perspective, une révolution totale dans la façon de penser. Kant va concrètement penser le monde à partir du corps et de la sensibilité, étant entendu que ce mot, sensibilité, signifie pour lui la perception par les sens (la sensibilité renvoie aux cinq sens). Et s'il s'agit d'une finitude, par opposition à l'infini de lAbsolu ou de Dieu, c'est que le corps ne perçoit le monde qu'ici et maintenant, c'est-à-dire dans un moment particulier de l'espace et du temps.


    Extrait du livre de Ferry (page 29) : 

    "Je peux essayer de faire abstraction de ma finitude (limitation par l'espace et le temps), tenter de me placer en imagination, non plus du point de vue de l'homme fini, mais du point de vue d'un Dieu infini. L'honnêteté intellectuelle la plus élémentaire m'oblige cependant à conserver la conscience claire du fait qu'il s'agit bien là d'une abstraction, d'une hypothèse fictive, et qu' à la vérité c'est toujours un être fini qui pense même quand il se prend pour Dieu." 

    La question que vous pouvez poser, c'est : "Pourquoi cette honnêteté intellectuelle arrive-t-elle là, maintenant, ici et maintenant, aux alentours de 1780 et non avant?" 

    Toujours pour la même raison, c'est que, avant, la représentation de la nature était telle (harmonieuse, finie, achevée) qu'elle fondait Dieu, la foi en Dieu, et même la raison d'être de Dieu (l'argument ontologique). La destruction de la représentation de la nature a fait vaciller la réalité de Dieu et l'a transformée, pour les scientifiques, en Idée, en hypothèse, en produit de l'imagination. 

    D'où la possibilité désormais de penser le monde non pas à partir de Dieu, mais à partir de l'homme, et d'abord à partir de sa sensibilité (les 5 sens). 

    Si je répète cela c'est pour souligner combien la représentation que nous avons de la nature influe sur nos croyances, nos idées, nos certitudes. 


    Par exemple aujourd'hui certains astrophysiciens nous donnent une représentation de la nature selon laquelle celle-ci va finir par s'éteindre dans un infini dans lequel toute matière va tellement s'étirer qu'il n'y aura plus d'agglomérat de matière du tout! Une telle représentation fait bien sûr exploser toute croyance en Dieu! et même toutes croyances en général! Mais je vous rassure, les astrophysiciens en vérité en savent beaucoup moins que ce qu'ils veulent nous faire croire!

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Mar 9 Fév 2016 - 18:11

    Où l'on voit aussi, que la finitude fonde la conscience. Car toute conscience est conscience de quelque chose. Cette locution mise en valeur par Sartre en France a été en fait pensée par un philosophe allemand Husserl. Il faut que quelque chose limite l'homme pour qu'il ait conscience de quelque chose. La réflexion qui est l'opération de la conscience, suppose un objet fini qui fasse face à l'homme, dont la pensée bute sur l'objet pour revenir sur elle (réflexion donc, comme un rayon lumineux qui part d'une source, percute un miroir et revient sur soi, c'est ça la réflexion, et c'est cette réflexion qui est l'opération de la conscience).



    Donc c'est à partir de la finitude de l'homme, à partir de son corps, finitude spatio-temporelle (le corps existe dans un espace donné à un moment donné, il n'occupe pas tout l'espace ni toute la durée, il est donc fini) qu'il conviendra de penser maintenant Dieu ou l'Absolu et non le contraire (on ne partira plus de Dieu ou de l'Absolu pour penser l'homme). 

    Je cite Ferry , page 31: " Il faut bien mesurer l'ampleur abyssale de cette révolution théologique (révolution théologique : révolution de la manière de voir Dieu et l'homme) : 

    Ce n'est plus la figure divine de l'Absolu, de l"omniscience, qui vient relativiser la finitude humaine, la définir comme moindre être. Tout à l'inverse, c'est au nom de la finitude indépassable qui est celle de toute connaissance humaine, que la figure divine de l'Absolu est à son tour relativisée, rabaissée au rang d'une simple idée dont la réalité objective est désormais indémontrable par les voies d'une quelconque théorie philosophique ou scientifique." 


    Autrement dit, avant Kant l'homme était imparfait, par rapport à la figure de Dieu. Il ne pouvait se perfectionner, devenir meilleur, acquérir plus "d'être", qu'en se rangeant sous les commandements de Dieu. Il tendait vers Dieu, il tendait à devenir sans cesse meilleur par rapport à Dieu. Maintenant, c'est tout le contraire, l'homme doit évoluer en s'appuyant sur lui-même, sur sa relation avec la nature, sur sa sensibilité seul moyen qu'il a de connaître et d'évoluer, tandis que Dieu devient une Idée lointaine, exfiltrée de toute réalité.

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Mar 9 Fév 2016 - 18:23

    je vais vous reparler de la vison de l'univers avant les grandes découvertes scientifiques allant du 16ème au 18ème siècle. 

    Depuis l'Antiquité l'homme occidental pense qu'il vit dans un univers fini C'est extrêmement important à souligner car penser que l'univers est fini enfante des façons de pensée spécifiques (monde fini, absolu de Dieu, imperfection de l'homme par rapport à cet univers achevé et parfait). 
    Aristote a théorisé cette représentation. La terre est immobile au centre d'un univers sphérique dont la limite est constituée par une sphère (le monde est donc clôturé par une sphère) appelé la sphère des fixes. Cette sphère des fixes supporte les étoiles fixes. Ces étoiles sont fixes en ce sens qu'elles ne se déplacent pas les unes par rapport aux autres (ce qui est faux mais il faut des temps très, très longs pour observer de tels mouvements relatifs, bien plus longs que le temps d'une vie humaine!). 
    Au centre donc il y a la terre, fixe. La sphère des fixes, à l'horizon, est mise en mouvement par Dieu (quand tu regardes le ciel les constellations se déplacent par rapport à la terre, au fil des saisons même si elles ne se déplacent pas (apparemment) les unes par rapport aux autres). 

    vous voyez donc dans quelle représentation spécifique vivaient les hommes à cette époque-là.
    Maintenant vous allez voir comment une découverte scientifique, en changeant la représentation du cosmos, change la philosophie du monde. 

    En 1543 Nicolas Copernic, un astronome polonais fait paraître "Révolutions des orbes célestes" dans lequel il montre que ce n'est pas la terre qui est fixe mais le soleil. Dans ce système la terre tourne autour du soleil lequel est fixe. il n'est pas attaqué par l'Église car il continue de dire qu'existe toujours la sphère des fixes (Dieu n'est pas détrôné). 

    Mais rapidement un philosophe, Giordano Bruno, voit qu'il y a un problème dans cette nouvelle représentation. En effet les étoiles sont maintenant sur une sphère qui tourne autour du soleil et non plus autour de la terre. Pourtant, à l'observation les étoiles continuent de tourner de la même façon autour de la terre. Pour qu'un mouvement circulaire soit le même que ce soit vis à vis de la terre que vis à vis du soleil, il faut que les étoiles soient très, très, très loin de la terre, rendant ainsi la distance terre-soleil négligeable et donc le mouvement circulaire des étoiles par rapport à la terre ou par rapport au soleil quasiment identique! Ce très très très loin a engendré en Giordano Bruno la notion d'infini. Le monde n'est plus fini mais infini (ça ne dérange pas la vision de Dieu qui peut aisément passer d'une notion de fini à une notion d'infini). Donc pas encore de grand bouleversement dans la vision du monde, mais déjà un bouleversement notable, avec cette idée d'infini. 

    Tout cela pour vous illustrer combien les découvertes scientifiques en bouleversant les représentation de la nature finissent aussi par affecter les philosophies et les représentations de Dieu.




    Je suis en train de préparer l'exposé sur l'esthétique transcendantale et je m'aperçois que je ne vais pas parvenir à vous expliquer ce chapitre sans d'abord vous expliquer ce qu'est le "concept" pour Kant; du coup je vais reprendre Ferry, et je comprends pourquoi aussi il explique le sens du mot concept avant de parler de l'esthétique transcendantale. Le concept est développé dans le second chapitre de la critique, mais comme l'espace et le temps sont définis par opposition au concept, je dois expliquer le concept. 


    Je donne dans la répétition mais je pense que c'est nécessaire pour que les idées entrent bien. 

    La Critique de la raison pure traite des sources du savoir (qu'est ce que je peux savoir?) et Kant désigne trois sources de connaissance : la sensibilité, l'entendement et la raison, ces trois sources engendrant l'intuition, le concept et l'idée comme savoirs, connaissances. Je reviendrait bien sûr sur ces notions. 


    L'entendement produit le concept , cela est traité dans le second chapitre de la Critique, l'analytique transcendantale. (Pas d'inquiétude Anna, je vais revenir sur tous ces mots).
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    Re: Critique de la raison pure

    Message  Vangelis le Mer 10 Fév 2016 - 11:16

    aliochaverkiev a écrit:
    Je suis en train de préparer l'exposé sur l'esthétique transcendantale [...]
    Vous n'avez pas expliqué pourquoi Kant va opérer un changement de perspective. Dire que la science de l'époque y participe est insuffisant pour comprendre ce qui motive Kant.

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Jeu 11 Fév 2016 - 9:00

    Je ne me suis pas en effet attardé sur les raisons qui ont conduit Kant à penser différemment, ou à introduire une nouvelle façon de penser le monde; il ne faut pas oublier le contexte de mon intervention. Un narrateur (moi) inséré dans le monde professionnel financier ( décideur sur des questions d'investissement financier), passe ses loisirs à étudier les mathématiques, et depuis peu la physique et la philosophie, en vue d'abord d'un goût pour la connaissance pure, ensuite en vue de la transmission. Le plaisir de connaître a cédé la place au plaisir de transmettre, et le désir d'apprendre a cédé la place  à l'art de la pédagogie : comment enseigner des enfants et ado exclus du système scolaire, ce comment étant "travaillé" par des enseignements de soutien (bénévoles) donnés à ces jeunes. Je ne suis donc pas du tout inséré dans un exercice  abstrait de l'art de penser, mais dans un exercice concret, où il est nécessaire de porter des enfants à un minimum de réussite scolaire et à la découverte de leurs gouts et de leurs rêves professionnels, le tout en liaison avec des parents dont il s'agit, au quotidien, de résoudre l'angoisse sociale. Face au narrateur il y a Anna, une infirmière qui désire connaître Kant, en raison des citations souvent faites de ce philosophe dans les media ou ailleurs. Une infirmière qui n'a aucune connaissance en philosophie. Si le narrateur est ok pour étudier Kant c'est parce qu'il voit dans cette étude la possibilité de répondre à deux questions : en quoi Kant (et d'une manière générale la philosophie allemande) a-t-il été nécessaire à la formidable éclosion de la puissance créatrice allemande en sciences physiques notamment, et deuxième question : est il possible d'être assez pédagogue pour transmettre quelque chose  de la pensée de Kant à quelqu'un qui ne connaît rien à la philosophie? Nous pourrions bien sûr aussi remarquer que Kant, dans d'autres œuvres, a aussi fondé (avec les philosophes des lumières) l'humanisme actuel européen (l'impératif catégorique) mais cela sera (peut être ) l'objet d'une autre étude.
    Il est nécessaire que les lecteurs de mes posts connaissent ce contexte, surtout s'ils sont des professionnels de la philosophie c'est-à-dire surtout s'ils sont rémunérés par la société pour leurs connaissances en philosophie. Leur position sociale est éloignée de la mienne, et je leur demande donc de considérer aussi l'endroit (social) d'où parle le narrateur. Transmettre la pensée de Kant à partir de son texte est peut être impossible à quelqu'un qui ne connaît rien  à la philosophie; mais j'aime les défis et je me dis que s'il y a ici des hommes ici très calés en philo, je me dis que ce peut être aussi un défi pour eux de voir s'ils possèdent aussi l'art de transmettre une pensée aussi complexe à quelqu'un qui est totalement profane en philosophie.


    Ce préambule étant achevé, je situe la pensée de Kant dans un contexte général suivant : la destruction de toutes les représentations usuelles de l'univers suite à l'émergence d'une nouvelle science la mécanique (science du mouvement), destruction des représentations forçant à créer de nouvelles représentations, tant l'homme ne peut vaincre son angoisse de fond (existentielle pour parler pompeusement) qu'en créant  toujours de nouvelles représentations explicatives du monde; l'émergence d'un courant de pensée porté par la Renaissance sur lequel je ne vais pas non plus m'attarder, mais dont les conséquences sont d'avoir surtout mis en valeur l'individu, voire l'individualisme (l'homme devient central dans les préoccupations quotidiennes des Européens).

    Bien sûr ces conditions ne permettent pas de comprendre Kant dans sa démarche personnelle; cet homme est un scientifique à l'origine, doublé ensuite d'un philosophe, inscrit bien sûr dans le mouvement des pensées philosophiques de l'époque. Il existe à cette époque (comme finalement à toute époque) deux courants de pensée dominants, représentés l'un par l'idéalisme, l'autre par le réalisme, (ou encore le dogmatisme face au scepticisme). Mais rentrer dans de telles considérations vont nous faire perdre le contact avec Anna; comment alors être simple? Je dirai à Anna qu'il y avait (et qu'il y a toujours) deux courant de pensée, l'un qui pense que la vérité absolue, la connaissance de l'univers en absolu est possible,  l'autre qui ne le pense pas, qui pense que la connaissance de l'univers sera toujours hors de portée de l'homme. Kant va tenter de dépasser ce dualisme, il va tenter de le transcender. Il y a en effet chez lui les deux postions : il existe une réalité à laquelle l'homme n' a pas accès, mais il existe aussi des domaines inclus dans ce qu'il appelle la réalité accessible à l'homme, et, à l'horizon d'un temps incertain, à 'infini peut être! l'homme finira par connaître la totalité du réel. Kant en tout cas va tenter de transcender ce dualisme, entre le monde des idées qui prétend tout connaître de l'univers et le monde des réalistes qui prétendent au contraire que la connaissance de l'homme quant au réel sera toujours limité.

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Jeu 11 Fév 2016 - 9:21

    D'abord qu'est ce que l'entendement? Aujourd'hui nous entendons par entendement...la raison! L'entendement est la faculté qu'emploient les scientifiques pour établir des relations entre des faits observés (l'observation dépendant de la sensibilité, les cinq sens). Ces relations sont diverses (l'arbre est vert par exemple délivre des qualités; les nuages produisent la pluie cela délivre une relation de cause à effet, etc). Aujourd'hui nous appelons donc couramment raison ce que Kant appelle entendement. Alors à quel moment Kant fait-il une différence entre entendement et raison? Au moment où la raison ne crée plus des concepts (le concept est lié à l'observation) mais des Idées (l'Idée n'est plus liée à aucune observation). Exemple, le concept "triangle" peut être relié à l'observation (vous pouvez dessiner un triangle) l'idée "âme" ne peut plus être liée à aucune observation.

    Qu'est ce que le concept? 
    Je cite Kant : "c'est une représentation générale ou une représentation de ce qui est commun à plusieurs objets." 
    Bon, je vais développer! 
    Je vais suivre Ferry et prendre un exemple. 
    Vous pouvez voir une table devant vous, ce sera un objet singulier, unique, perçu par la sensibilité (le sens de la vision). 
    Mais vous pouvez ensuite imaginer toutes les tables en soi, toutes colligées (réunies) sous le mot table, vous allez parler des tables en général. Là vous êtes dans le concept. 
    Vous pouvez voir un homme ou une femme marcher dans la rue, c'est une connaissance singulière (unique) que vous avez là encore grâce au sens de la vision (sensibilité). Mais vous pouvez ensuite parler des hommes en général, l'homme en général, et là vous êtes dans le concept. 
    Donc le concept renvoie à une abstraction qui contient tous les individus particuliers dont on parle.


    On voit alors qu'un concept est défini en compréhension et en extension

    En compréhension : un concept désigne bien sûr quelque chose; quelque chose dont on retient les caractéristiques propres à tous les objets dont on parle; par exemple une table c'est un plateau sur des pieds, un homme c'est un être bipède, doué de la parole, etc. un arbre ce sera un tronc avec des branches le tout enraciné.... donc d'abord on définit un concept en compréhension c'est-à-dire que l'on décrit a minima ce dont on parle, en reprenant tout ce qui est commun à chaque objet dont on parle. 

    en extension : un concept désigne tous les objets dont on parle; le mot table renvoie ainsi à toutes les tables; le mot homme à tous les hommes, etc. 

    Ce mot : "concept", tel qu'il est défini ci-dessus est très important dans le mécanisme de la pensée humaine. Il est l'opération de l'entendement. C'est en effet la faculté de l'entendement (la raison scientifique) qui produit le concept (en notant tout ce qui est commun à une collection d'objets et en désignant tous les objets) appliqué à la réalité observée, car il est possible de toujours raccorder un concept à un objet observé (ce que ne fait pas la raison dans la production d'Idées, car les Idées ne sont pas observables). Le concept est une source de connaissance essentielle pour l'homme, je vous expliquerai comment plus loin.

    Je vais continuer sur le concept, car c'est là une opération de l'esprit, dans l'exercice de l'entendement ou de la raison (ne faisons pas de différence pour le moment entre les deux mots) extrêmement puissante, car le concept permet d'établir des connaissances qui ont effet sur le réel, seulement en travaillant sur le concept. 

    Nous employons tous les jours le concept, comme opération mentale. 

    Vous par exemple vous savez que tel médicament, pris dans telle condition, sur tel type de personnes, aura tel type d'action. Vous n'êtes pas obligée de tester chaque médicament à chaque fois car vous possédez cet instrument psychique qu'est le concept. 

    Dans le cas de ce médicament , la compréhension du concept est la composition chimique du médicament, 

    l'extension du concept est la totalité des médicaments produits. 

    Et, à partir de l'action d'un seul médicament, vous pouvez en induire l'action de tous les médicaments (dans des conditions précises, sur tel type d'individus, etc.). 

    Dans cet exemple je fais intervenir autre chose que le concept, je fais intervenir les effets du médicament, je déborde donc largement le concept, mais peu importe :il faut quand même disposer du concept, pour déduire que l'effet d'un seul médicament va permettre de conclure que tous les médicaments identiques auront le même effet. 

    Nous sommes tellement habitués à penser de la sorte que nous ne voyons pas que nous avons un savoir qui nous vient de cette capacité à conceptualiser. 

    Donc l'entendement grâce à l'opération du concept est bien une source de connaissance.



    Je vais continuer sur le concept car c'est là une notion qui est le fondement de toutes les sciences. 

    Cette capacité à généraliser, à collectionner des objets sous le rapport de leurs points communs, est essentielle, nécessaire à l'édification de toutes sciences. 


    Cette notion, il faut s'y arrêter, car peu de personnes la comprennent, l'assimilent, en raison d'automatismes acquis (par l'éducation notamment) qui ne leur permettent plus de distinguer, de prendre conscience que ces automatismes sont en fait le produit d'un travail de l'esprit exécuté au moyen de cette faculté mentale : l'entendement (ou la raison).



    Je vais essayer de préciser ce qu'est le concept et ses deux caractéristiques, la compréhension et l'extension. 

    Je reprends l'exemple de la table. 

    Si je prends le vieux dictionnaire que j'ai là sous les yeux et que je regarde la définition du mot table je vois écrit : "meuble composé d'un plateau horizontal, posé sur un ou plusieurs pieds". 

    Et bien la définition du mot table est la compréhension du concept table. En effet la définition écrite dans le dictionnaire est ce qui caractérise toutes les tables, ce dont ont en commun toutes les tables. Il ne s'agit pas d'une table particulière, mais des caractéristiques communes à toutes les tables. 
    Toutes les tables, je viens d'écrire "toutes les tables", ce "toutes" correspond à l'extension du concept table. 

    Donc le concept table, c'est ce mot entendu sans le rapport de sa définition et de son champ d'application, soit les caractéristiques communes (compréhension) à toutes (extension) les tables. 

    Nous sommes ici dans un concept empirique, c'est-à-dire que ce concept est construit à partir d'une intuition, d'une représentation fournie par la sensibilité (les sens). Il a fallu en effet observer au moins une table dans le réel pour construire le concept table; il y a correspondance donc entre le concept empirique et l'expérience réelle d'une table (expérience : perception). 

    La locution « concept empirique » veut d'ailleurs dire concept issu de l'expérience. Parfois on dit aussi " a posteriori" pour signifier qu'il y a eu expérience (a posteriori : après expérience).


    En définitive des concepts vous employez tout le temps! Dès que vous parlez d'un objet qui tombe sous les sens (ça c'est nécessaire pour fonder le concept empirique) de manière générale vous créez un concept. 

    Si vous dites "l'ordinateur a transformé les relations sociales", le mot ordinateur là est un concept car vous vous appuyez sur ce qu'est un ordinateur (définition générale) et vous parlez de tous les ordinateurs; N'importe quel nom commun, désignant un objet qui tombe sous les sens, devient un concept.(empirique).

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Jeu 11 Fév 2016 - 11:48

    Je reviens sur la remarque de monsieur Vangelis et sur l'environnement philosophique dans lequel évoluait Kant. Dans la préface à la première édition de la Critique de la raison pure (celle de 1781; le deuxième édition datant de  1787  et faisant l'objet de la présente étude) Kant fait en effet expressément mention des Dogmatiques et des Sceptiques et situe son œuvre comme réponse à ces deux positions philosophiques contradictoires. Aussi est il nécessaire de parler du dogmatisme et du scepticisme, au moins de manière succincte.
    "Le scepticisme  est la doctrine qui affirme que l'homme est incapable d'accéder à la vérité comme valeur absolue, c'est-à-dire comme savoir valable toujours et partout" (définition donnée par Philippe Solal et Pierre-Jean Dessertine dans "premiers pas en philosophie"  éditions Ellipses page 70.
    "Le dogmatisme est l'idée qu'il existe un savoir absolu qui porte sur la nature des choses et dont on ne saurait douter" (même ouvrage, page 209.
    Pour Kant les dogmatiques sont surtout ceux qui émettent des jugements surs et certains dans le cadre de la métaphysique c'est-à-dire dans le cadre d'un exercice de la raison que Kant pense illégitime. Nous versons dans la métaphysique lorsque, entrainés par le fonctionnement logique de la raison qui consiste à toujours trouver une cause à la cause, et cela jusqu'à remonter à une cause première, à une cause "inconditionnée" c'est-à-dire une cause originelle qui n'a plus elle même de cause, nous sortons du champ de l'expérience. Les causes en effet ainsi trouvées par l'exercice pur de la raison ne sont plus reliées à quoi que ce soit d'observable. Nous sommes alors dans la métaphysique, cet exercice de la raison, hors du champ de l'expérience, de la preuve par l'expérience, ce qui conduit en outre à des contradictions qui finissent par ruiner l'usage même de la raison et par provoquer le scepticisme. Ce scepticisme nous le voyons régner dans l'opinion, aujourd'hui vis à vis de la philosophie en raison justement de ce goût pour les raisonnements métaphysiques de philosophes médiatiques par exemple, qui conduit ces philosophes à soutenir des positions dites rationnelles absolument contradictoires. Les gens écoutent, admirent les raisonnements, puis éteignent en se disant que la philosophie ne peut accéder à aucune connaissance et qu'il ne s'agit au fond que de jeux de l'esprit. En se détournant de la philosophie le public est vif à épouser la pensée magique qui se développe sur le scepticisme; si aucune connaissance rationnelle n'est possible (et les métaphysiciens nous le démontrent par l'exposition de leurs contradictions) pourquoi ne pas se tourner vers la pensée magique? C'est en voulant dépasser cette opposition dogmatiques/sceptiques que Kant élabore son œuvre dans laquelle il va démontrer les limites de la raison (d'où le mot critique) mais aussi le potentiel de la raison (entendue sous le mot de l'entendement, lui même appuyé sur la sensibilité (que Kant restaure dans sa capacité à être aussi source réelle de connaissance)).

    Pour la petite histoire on peut souligner combien l'usage de la raison dans son fonctionnement logique peut même égarer les scientifiques. Dans la recherche de la cause inconditionnée de l'origine de l'univers (le big-bang n'arrête pas la marche inexorable de la raison: quelle est la cause du big-bang!) Stephen Hawking a récemment sorti un livre " y a t i l un grand architecte dans l'univers?" où il finit par émettre l'hypothèse (ou la certitude ?) que l'univers s'est créé lui-même, la cause de la cause est la cause elle même! On peut se demander si nous ne sommes pas là dans l'extrême de la métaphysique).

    Merci de ne pas changer le titre du sujet. C'est en effet très important concernant l'indexation et donc pour permettre une recherche efficace par le lecteur - Vangelis.

    etoilefilante

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  etoilefilante le Jeu 11 Fév 2016 - 13:13

    L'étude de Kant proposée par aliochaverkiev me séduit n'étant pas non plus philosophe (littéraire, enseignante en français, simplement très intéressée par la philosophie).
    Cette étude, présentée ainsi, situe déjà Kant dans le contexte de l'époque avec les idées révolutionnaires qu'il va véhiculer. Monsieur Vangelis peut-être pourrait apporter une dimension nouvelle sur ce qui motive Kant " pour opérer un changement de perspective", un point de vue supplémentaire pour éclairer cette leçon qui est conçue pour venir en aide à une "élève", et diffuser les idées de Kant, selon la sensibilité de l'auteur du haut de son parcours scientifique. Cela aiderait à ma compréhension.

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  Dienekes le Jeu 11 Fév 2016 - 23:02

    aliochaverkiev, une petite suggestion concernant la forme, il me semble que vous gagneriez en clarté à vous référer régulièrement au texte de Kant. Ce que vous tentez de déplier ici, c’est justement la Critique de la raison pure. Votre explication devrait donc s’appuyer systématiquement sur le texte. Par ailleurs, ça devrait également vous aider à cadrer le fond.

    Enfin, pour toute citation, veillez à utiliser la balise adéquate (balise 'Citer' dans le menu), votre texte gagnera en lisibilité.

    aliochaverkiev

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    Re: Critique de la raison pure

    Message  aliochaverkiev le Ven 12 Fév 2016 - 10:14

    Je vais en définitive revoir ma méthode; j'avais l"intention de recopier ici le texte du début de l'étude entrepris avec Anna. Cette étude avait d'abord consisté à commenter Luc Ferry et accessoirement  Rivelaygue dans la mesure où ces auteurs permettaient d'entrer ensuite plus facilement dans la compréhension du texte de Kant. Malheureusement au fur et à mesure que j'avançais dans le texte du philosophe je me suis aperçu que M. Luc Ferry et M. Rivelaygue commettaient de sérieuses erreurs d'interprétations. Page 59 (Kant de M. Luc Ferry) M. Ferry écrit ainsi  : " la chose en soi ne devra plus être comprise comme une réalité extérieure à la représentation, comme une cause des représentations, mais comme le fait même de la représentation...la chose en soi n'est dès lors pas différente du phénomène". Mais page 125 de la Critique, Kant écrit que "la chose en soi n'est aucunement connue, ni ne peut l'être" (fin de page). La chose en soi reste donc bien mentionnée par Kant et n'est absolument pas identifiée au phénomène. En ce qui concerne M. Rivelaygue, hormis pour le moment une petite erreur dans le nombre de paragraphes afférents à un certain raisonnement de Kant (erreur vénielle bien sur), ce qui est plus grave c'est qu'il traite de l'espace et du temps en même temps en soulignant que ce qui est vrai pour l'espace est vrai pour le temps, et qu'il n'est pas nécessaire de différencier l'un de l'autre (dans l'étude conduisant à les présenter comme des formes a priori de l'intuition). Or lorsque je suis arrivé au passage sur le temps il m'est apparu que l'étude du temps diverge sérieusement de celle de l'espace chez Kant
    Je vais donc choisir d'entrer directement dans le texte de Kant, quitte à faire quelques aller et retour avec les deux auteurs précités afin de mieux comprendre la pansée de  Kant.
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    Re: Critique de la raison pure

    Message  Crosswind le Ven 12 Fév 2016 - 10:34

    aliochaverkiev a écrit: Page 59 (Kant de M. Luc Ferry) M. Ferry écrit ainsi  : " la chose en soi ne devra plus être comprise comme une réalité extérieure à la représentation, comme une cause des représentations, mais comme le fait même de la représentation...la chose en soi n'est dès lors pas différente du phénomène". Mais page 125 de la Critique, Kant écrit que "la chose en soi n'est aucunement connue, ni ne peut l'être" (fin de page). 

    Ce qu'écrit Ferry ne peut être aussi rapidement rangé dans la case de l'erreur. Chez Kant, la chose en soi n'est en effet rien de substantiel, rien d'extérieur, pas plus que la cause des représentations. Si l'on pousse le raisonnement à fond, la chose en soi joue le [i]rôle[/] de milieu indéterminé, entièrement immanent, à partir duquel la polarité objet-sujet peut se faire jour. l'origine de ce milieu indéterminé que l'on pourrait, je dis bien pourrais et ce avec d'énormes pincettes, rapprocher du fait conscient primaire, du fait qu'il "y a" expérience, n'est pas explicité par Kant.
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    Re: Critique de la raison pure

    Message  Vangelis le Ven 12 Fév 2016 - 12:46

    etoilefilante a écrit:Vangelis peut-être pourrait apporter une dimension nouvelle  sur ce qui motive Kant " pour opérer un changement de perspective", un point de vue supplémentaire pour éclairer cette leçon qui est conçue pour venir en aide à une "élève", et diffuser les idées de Kant,  selon la sensibilité de l'auteur du haut de son parcours scientifique. Cela aiderait à ma compréhension.

    Kant veut sauver la métaphysique. Or, il se demande pourquoi les sciences comme la mathématique, la logique ou la physique (dans une certaine mesure) réussissent si bien, alors que la métaphysique se perd en conjectures. En étudiant les mathématiques, il constate qu'elles possèdent une connaissance a priori, c'est-à-dire avant toute expérience, et qui s'applique à l'objet. En effet, quand je m'apprête à faire une addition, je n'ai pas besoin de connaître les objets de cette addition ; je reste dans le cadre fixé par les mathématiques et en applique ses lois. De plus, les objets mathématiques sont entièrement pures parce qu'ils ne découlent pas de l'expérience (Kant parlera de raison pure dans la même acception).  Et ça marche à tous les coups, quels que soient les objets de l'addition (les chiffres, en l'occurrence). Donc ce sont les mathématiques qui initient le résultat que je vais avoir de cette addition avant même que je ne fasse l'expérience de l'addition. Ces conditions mathématiques font entrevoir à Kant deux qualités dans leurs positions a priori. La première est la nécessité, car  cela signifie qu'il y a nécessairement quelque chose d'autre que l'expérience, comme par exemple des concepts, pour structurer et rendre possible l'expérience mathématique. Et la seconde est son caractère universel, car l'expérience seule ne peut pas prétendre à l'universalité. Ainsi, ces conditions doivent être a priori, c'est-à-dire avant l'expérience.
    Il faut donc s'inspirer de ces sciences qui réussissent et essayer de les appliquer à la métaphysique. Et Kant en déduit qu'il faut que ce soit l'homme lui-même qui pose les conditions de la possibilité de connaissance sur l'objet, et cela avant toute expérience (a priori), car l'objet seul, sans concept pour le structurer, ne peut rien nous dire. Ainsi, l'ancien paradigme qui faisait que l'objet nous donnait tout de lui est caduc. Kant va donc partir de l'homme pour arriver à l'objet, et non l'inverse. C'est la fameuse révolution Kantienne, inspiré dans sa dénomination de la révolution copernicienne.

      La date/heure actuelle est Lun 23 Oct 2017 - 7:55