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    Une propriété du langage.

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    laurent75

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    Re: Une propriété du langage.

    Message  laurent75 le Sam 21 Nov 2015 - 18:18

    @Zingaro a écrit:Laurent75, après lecture de l'article "mind projection fallacy" sur en.wikipedia, et en essayant de faire le lien avec votre demande au départ, il m'apparaît que vous gagneriez beaucoup à lire les travaux de Cornélius Castoriadis (voyez en particulier L'institution imaginaire de la société, paru en 1975). J'essaierai d'identifier des citations directement utiles pour ce sujet.

    Ok merci bien, je note.
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    Crosswind

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    Re: Une propriété du langage.

    Message  Crosswind le Sam 21 Nov 2015 - 18:19

    Il y a effectivement la table comme objet des sens, et l'idée de table. Lorsque deux personnes se trouvent face à un objet physique quelconque, elles peuvent s'entendre sur un mot pour le désigner. L'objet physique pouvant être remémoré mentalement, ces deux personnes pourront évoquer l'objet entre elles alors même que cet objet ne se trouve pas en face d'elles.

    C'est une illustration de la dualité supposée du monde, entre l'aspect physique et mental de ce qui apparaît.
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    Crosswind

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    Re: Une propriété du langage.

    Message  Crosswind le Sam 21 Nov 2015 - 18:25

    @laurent75 a écrit:On peut résumer ma question à ceci : au final qu'est-ce donc qu'une table ?
    C'est bien ainsi que j'avais compris votre questionnement, je me permets donc de reprendre là où nous avons laissé cette discussion, en me citant :
    @Crosswind a écrit:[...] L’une des question que l’on peut donc se poser, ainsi que vous le faites, est de (I) s’assurer que ces objets sont bien des émanations « isomorphes » de ce qui est vraiment ou s’ils ne sont en réalité qu’une manière d’appréhender un substrat plus lointain et inaccessible (la chose en soi de Kant), que l’on pourrait en quelque sorte considérer comme une substance brute de forme sur laquelle quelque chose, une faculté humaine par exemple, agirait en vue de fournir à sa conscience le monde tel que nous l’appréhendons.
    Je vous demandais si, présentés ainsi, vous compreniez ces propos, avant de passer au point II ?

    laurent75

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    Re: Une propriété du langage.

    Message  laurent75 le Sam 21 Nov 2015 - 18:48

    Je souhaite tout d'abord expliquer pourquoi je n'ai pas voulu vous répondre. Il me semble que vous conditionniez les développements de la discussion à ma "compréhension" de vos propos en ne laissant pas suffisamment de place à un échange "bilatéral" pour savoir si non seulement je comprends, mais si aussi cela correspond à ma problématique.

    Mais si vous m'autorisez à interpréter "compreniez" par "acceptiez de prolonger la réflexion dans le sens de cette formulation de votre problématique, et sinon d'expliquer pourquoi", je répondrais "plutôt non", tout d'abord car je ne vois pas vraiment de différence entre "émanation isomorphe" ou "manière d'appréhender un substrat plus lointain", et aussi entre "ce qui est vraiment" et la "chose en soi" de Kant. Pour la différence entre "émanation isomorphe" et "manière d'appréhender un substrat plus lointain", si je dois le comprendre, je ne la vois que selon un ordre quantitatif, assez difficile à partager "intersubjectivement", donc dans le cadre de notre discussion. Il me semble donc, d'après mon humble compréhension, que nous partons, avec ce développement, dans une direction qui n'était pas en relation avec ma problématique.


    Dernière édition par laurent75 le Sam 21 Nov 2015 - 19:01, édité 1 fois
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    Crosswind

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    Re: Une propriété du langage.

    Message  Crosswind le Sam 21 Nov 2015 - 18:59

    @laurent75 a écrit:Je souhaite tout d'abord expliquer pourquoi je n'ai pas voulu vous répondre. Il me semble que vous conditionnez les développements de la discussion à ma "compréhension" de vos propos en ne laissant pas suffisamment de place à un échange "bilatéral"
    Absolument pas. Je constate simplement un questionnement de votre part, au demeurant pas toujours clair mais passons, et tente d'exprimer une partie de ce qui s'est déjà dit en la matière tout au long de l'histoire de la philosophie. Ni plus, ni moins. Il est évident que vous disposez du droit de n'être pas d'accord, pour peu que vous argumentiez un minimum.

    @laurent75 a écrit: Mais si vous m'autorisez à interpréter "compreniez" par "acceptiez de prolonger la réflexion dans le sens de cette formulation de votre problématique, et sinon d'expliquer pourquoi", je répondrais "plutôt non", tout d'abord car je ne vois pas vraiment de différence entre "émanation isomorphe" ou "manière d'appréhender un substrat plus lointain". Ça me semble une différence de "proximité" trop quantitative, assez difficile à partager "intersubjectivement" et donc dans le cadre de notre discussion.
    Pourtant, ce sont deux choses qui ont un rapport direct avec votre question, qui touche en plein à l'ontologie. La table est-elle ce que mes sens en disent ou n'est-elle que l'émanation d'une substance plus lointaine, voire une pure production mentale sans aucune réalité matérielle ? Comprenez, la table pourrait n'être qu'une construction mentale, donc seulement réelle pour une conscience ordonnatrice, ou n'être pas autre chose qu'elle-même et dans ce cas le mental n'aurait d'autre choix que de fournir à la conscience la forme et l'idée de table.

    laurent75

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    Re: Une propriété du langage.

    Message  laurent75 le Sam 21 Nov 2015 - 19:26

    @Crosswind a écrit:Absolument pas. Je constate simplement un questionnement de votre part, au demeurant pas toujours clair mais passons, et tente d'exprimer une partie de ce qui s'est déjà dit en la matière tout au long de l'histoire de la philosophie. Ni plus, ni moins.
    Justement si le questionnement n'est pas clair, on ne doit pas passer dessus, car sans cela, il n'est pas possible de trouver ce sur quoi dans l'histoire de la philosophie, il est fondé de baser les réponses, car si ce n'est pas clair, il resterait possible qu'il n'y ait pas forcément, dans les réponses, de lien. Si cela ne tient pas que de vous mais si vraiment mes propos sont objectivement pas clairs, alors il vaut mieux arrêter la discussion, je pense.

    @Crosswind a écrit:Pourtant, ce sont deux choses qui ont un rapport direct avec votre question, qui touche en plein à l'ontologie. La table est-elle ce que mes sens en disent ou n'est elle que l'émanation d'une substance plus lointaine, voire une pure production mentale sans aucune réalité matérielle ? Comprenez, la table pourrait n'être qu'une construction mentale, donc seulement réelle pour une conscience ordonnatrice, ou n'être pas autre chose qu'elle-même et dans ce cas le mental n'aurait d'autre choix que de fournir à la conscience la forme et l'idée de table.
    Non, je ne crois pas que c'est là mon questionnement.

    Dans votre précédente réponse, on était, il me semble, plus proches. Vous y disiez qu'il y a l'idée de table et l'objet de nos sens.

    Mon exemple de la table du roman, voulait suggérer que l'idée précède peut-être l'objet. On aurait pu prendre en exemple la licorne, il n'est pas nécessaire que l'objet existe pour qu'existe l'idée de cet objet. L'objet n'existe donc ici même jamais dans la réalité.

    Parfois, le terme désigne pourtant quelque chose de bien matériel et à l'image de cet exemple, il me semble qu'on conditionne que tel objet est bien une table au fait qu'elle se soumette à l'exercice de nos sens. D'où au final la question : "qu'est-ce qu'une table ?", une pure idée ou une réalité concrète ?
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    Re: Une propriété du langage.

    Message  Crosswind le Sam 21 Nov 2015 - 19:35

    De l'exemple du roman vous ne pouvez pas prouver que l'idée précède l'objet, en aucun cas. En ce qui concerne la licorne, vous ne pouvez prouver la non-existence d'une licorne sous prétexte que vous n'en avez jamais vu. Il en existe peut-être quelque part dans le monde, dans une partie qui ne vous est pas accessible. On peut également noter que l'idée "licorne" englobe en réalité une série d'idées qui ont leur correspondant dans le monde matériel (cheval, corne de Narval)...

    Je peux comprendre que vous ne me croyiez pas, mais votre questionnement rejoint bel et bien les exemples de réflexions ontologiques que je vous propose plus haut. Vous ne faites d'ailleurs que répéter mes propos lorsque vous écrivez : "une pure idée ou une réalité concrète".

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    Re: Une propriété du langage.

    Message  laurent75 le Sam 21 Nov 2015 - 20:27

    Je n'étais pas dans un mode de "prouver" mais me plaçait (on va dire) dans cette hypothèse, même si c'est une croyance, puisque l'hypothèse contraire est donc une éventualité (bien qu'une croyance aussi) que je n'avais pas entrevue. Et il m'aurait semblé intéressant de discuter des implications et motivations, ceci afin de voir les implications de chacune des hypothèses afin de mettre en perspective ce qu'elles apportent à la question, plutôt que d'être, manifestement, dans l'opposition et le rejet.

    Dans vos réponses, il y a apparemment et principalement de l'agacement, ainsi que de l'agressivité, justifiant que je vous demande d'avantage de tolérance.

    @Crosswind a écrit:Je peux comprendre que vous ne me croyiez pas, mais votre questionnement rejoint bel et bien les exemples de réflexions ontologiques que je vous propose plus haut.
    Je peux aussi comprendre que vous croyiez votre ton justifié, pourtant il va à l'encontre d'une possibilité d'échange constructif dans le cadre de la problématique que je pose.

    @Crosswind a écrit:Vous ne faites d'ailleurs que répéter mes propos lorsque vous écrivez "une pure idée ou une réalité concrète".
    Depuis le premier message, je parle pourtant de concept et matière.
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    Re: Une propriété du langage.

    Message  Vangelis le Sam 21 Nov 2015 - 21:39

    Votre problématique relève de la querelle des universaux.
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    Re: Une propriété du langage.

    Message  Crosswind le Sam 21 Nov 2015 - 21:57

    @Vangelis a écrit:Votre problématique relève de la querelle des universaux.

    Tiens, voilà qui m'intéresse. Pourriez-vous indiquer l'un ou l'autre texte de synthèse sur le sujet voire, si votre envie vous le permet, nous décrire en quelques lignes de quoi il s'agit ?

    laurent75

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    Re: Une propriété du langage.

    Message  laurent75 le Sam 21 Nov 2015 - 22:45

    @Vangelis a écrit:Votre problématique relève de la querelle des universaux.
    Effectivement, un terme tel table en tant que concept évoque l'universel, alors qu'en tant que relatif à une réalité matérielle, il évoque le singulier.

    La difficulté est alors, si possible, d'articuler les concepts relatifs à cette querelle au sein d'une démarche explicative de la double utilisation du terme.

    laurent75

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    Re: Une propriété du langage.

    Message  laurent75 le Sam 21 Nov 2015 - 23:33

    Je m'y tente : une définition décrivant l'objet comme instance indifférenciable d'un universel s'inscrit dans un contexte de description générale, alors qu'une utilisation en terme de singulier, sera plus adaptée dans le cadre d'une expérience précise.
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    Re: Une propriété du langage.

    Message  Zingaro le Dim 22 Nov 2015 - 3:58

    Impossible de remettre la main sur les passages précis qui seraient utiles ici mais plusieurs choses ressortent néanmoins, et d'abord sur le plan de l'analyse du sujet :
    Castoriadis C., L'institution imaginaire de la société (1975) Seuil, p. 191 a écrit:Le symbolisme suppose la capacité de poser entre deux termes un lien permanent de sorte que l'un "représente" l'autre. Mais ce n'est que dans les étapes très avancées de la pensée rationnelle lucide que ces trois éléments (le signifiant, le signifié et leur lien sui generis) sont maintenus comme simultanément unis et distincts, dans une relation à la fois ferme et souple.
    Ceci me donne à penser que cette propriété du langage que vous avez perçue Laurent ne va pas vraiment de soi. Il faut qu'il y ait eu la formation de ces termes - en particulier ce que vous appeliez "l'agencement spécifique de la matière" (la structure). Votre exemple de la molécule de dioxyde de carbone s'y prêtait parfaitement parce que vous y faites l'expérience d'une propriété du langage scientifique : comme il s'agit en effet d'une abstraction, vous constatez que le terme est employé indifféremment pour l'abstraction en tant que telle et les réalités empiriques desquelles elle est l'abstraction - et lorsque vous êtes amené à généraliser cet exemple (la table) le fil du sujet semble se perdre. En relisant votre dernière phrase j'en suis d'autant plus convaincu : "une définition décrivant l'objet comme instance indifférenciable d'un universel s'inscrit dans un contexte de description générale, alors qu'une utilisation en terme de singulier, sera plus adaptée dans le cadre d'une expérience précise". N'y a-t-il pas, dans cette langue pour laquelle à "la molécule de dioxyde de carbone" correspondent un universel et des objets singuliers différenciés, quelque chose qui se "surajoute" aux "simples" propriétés du langage ?

    laurent75

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    Re: Une propriété du langage.

    Message  laurent75 le Dim 22 Nov 2015 - 11:00

    Tout à fait c'est ce que j'ai voulu exprimer (et j'avais bien laissé une "balise" dans mon message précédent) dans mon propos initial (si Castoriadis parle effectivement de cela, je suis très intéressé). Dans le langage scientifique, il me semble que cette propriété du langage comme je la nomme, apparaît car la connaissance scientifique (peut-être pas la quasi totalité) est constituée de raisonnements utilisant des structures particulières indifférenciées d'universels ayant un caractère prédictif dans le monde sensible, où les observations se font sur des objets singuliers différenciés. Et en science (expérimentale) encore plus dans le cadre de la vie (car les formes de vie sont multiples et singulières) et donc de la biologie. En biologie, toutes les molécules sont sujettes à être mises en évidence sous cet aspect, l'exemple le plus criant est celui de l'ADN. Dans "l'ADN se sépare en deux lors de mitose", on ne comprend ce qui est exprimé dans tous ses aspects et toute sa richesse, que lorsqu'on embrasse mentalement en même temps tous les niveaux de connaissance, à la fois la signification en terme de structure générale, mais aussi en gardant en tête celle en terme de singulier différentiable afin d'exprimer aussi que ce dont il s'agit est dans l'expérience sensible.

    Cependant, vous avez raison de suggérer que c'est propre au domaine scientifique, et que c'est une propriété qu'on ne rencontre pas dans le domaine "commun" (vie de tous les jours). Dans ce dernier domaine, je ne vois peut-être encore cette particularité que dans la vulgate empruntant au langage de la psychologie analytique, avec des phrases du genre "la salle à manger en tant que lieu de rassemblement de la famille lors de repas joue un rôle important dans la place qu'occuperont les membres de cette famille", ou encore "la chambre en tant que lieu intime et personnel, joue un rôle structurant dans le développement de l'enfant". Mais dans ces derniers exemples, l'importance d'une compréhension aux deux niveaux évoqués apparaît moins déterminante, dû au fait que l'acceptation explicative des contenus de ces propositions se veut moins à l'épreuve expérimentale que dans l'intuition des lecteurs à qui elles sont destinées.
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    Re: Une propriété du langage.

    Message  Vangelis le Dim 22 Nov 2015 - 15:15

    Les Universaux. Une introduction partisane, de David M. Armstrong - Édit. Ithaque - 2010, devrait sûrement vous aider.

    Edition Ithaque - Présentation de l'œuvre : \"Les universaux. Une introduction partisane. a écrit:Dans ce court texte, considéré aujourd’hui comme un véritable classique, David Armstrong s’attaque à l’un des problèmes philosophiques les plus anciens et les plus fondamentaux, celui des « universaux ». Comment expliquer que des choses distinctes soient de même type ? Et comment des choses de même type peuvent-elles être différentes ? Deux roses rouges ont-elles en partage une même propriété – la rougeur ?

    Paru en 1989, et plusieurs fois réédité depuis, cet ouvrage passe en revue les différentes solutions au problème. Les premières, nominalistes, admettent seulement l’existence d’entités particulières (choses ou propriétés localisées en un lieu et à un temps) ; les secondes, réalistes, acceptent des propriétés universelles (qui peuvent se trouver à différents lieux et à différents moments). Comme dans son chef-d’œuvre de 1978, Universals and Scientific Realism, Armstrong rejette vigoureusement les solutions qui se dispensent des propriétés au profit des concepts et des prédicats. Il accorde néanmoins plus d’attention à la théorie nominaliste des tropes, qui soutient l’existence de propriétés particulières et constitue la concurrente la plus sérieuse à sa propre position - la théorie des universaux in rebus. Sans exclure aucune des réponses rationnellement admissibles, Armstrong présente les options les plus connues, de Russell et Stout à David Lewis, sans négliger les thèses canoniques de Platon, d’Aristote ou de Locke.

    Armstrong précise ainsi le rapport que la métaphysique entretient avec la science : s’il appartient aux sciences de déterminer empiriquement quelles propriétés existent, il revient à la métaphysique de nous dire ce que sont les propriétés – ce qui constitue l’objet même de cette « introduction partisane ».
    Ajoutés en appendice, les textes de deux conférences plus récentes, « Quatre disputes sur les propriétés » et « Les particuliers ont leurs propriétés par nécessité », prononcées en 2004 lors des Pufendorf Lectures, attestent que cette œuvre conserve toute son actualité au sein de ce débat millénaire.

    Vous pouvez également vous procurer l'ouvrage original (plus complet) en deux volumes. Uniquement en anglais.

    anormal

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    Re: Une propriété du langage.

    Message  anormal le Lun 23 Nov 2015 - 22:26

    A la lecture du premier post de ce fil, j'ai cru apercevoir la problématique que pose Nietzsche avec la notion de "métonymie" (et de sauts qualitatifs dans l'interprétation des rapports qu’entretiennent les objets (?)).
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    Leyland

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    Re: Une propriété du langage.

    Message  Leyland le Jeu 31 Déc 2015 - 19:56

    @laurent75 a écrit:Dans un cas, on est dans le concept et dans l'autre dans la matière, et pourtant dans le texte, on utilise à chaque fois le même terme et le choix d'une compréhension suivant un sens ou l'autre n'est pas conscient et peut même être personnel, subjectif, sans changer cependant la compréhension de ce qui est exprimé.

    C'est assez étonnant, je trouve, et ça me paraît une démonstration assez explicite, que nous n'appréhendons pas le réel en soi, mais toujours au travers de notre pensée qui crée avant tout des concepts (ici comme celui de structure, agencement).

    A-t-on déjà présenté les choses ainsi dans la philosophie ou la linguistique ?, je serais intéressé pour lire éventuellement des choses sur le sujet, si ce point a déjà été évoqué (comme j'imagine, mais pas sûr).
    C'est-à-dire que nous appréhendons le réel en soi, sauf que nous avons le réflexe acquis de formaliser cette appréhension, puisque nous sommes des êtres de communication, ou sociaux, ce qui revient au même. Nous formalisons d'abord pour nous-mêmes ce que nous appréhendons, dans cet espèce de dialogue intérieur qui tisse constamment le fil de notre pensée, puis nous formalisons pour les autres, lorsque cela est nécessaire, lorsque le besoin de communiquer se présente concrètement. Mais bref, si nous sommes d'abord inéluctablement en contact avec le réel, nous nous retrouvons rapidement empêtrés dans les "filets du langage", dans tout ce réseau de significations que les mots et les concepts recoupent - car ceux-ci ne fonctionnent pas de manière unitaire, mais se constituent plutôt en une sorte de toile où tous les éléments sont interreliés.

    En conséquence de quoi le travail langagier se décline en deux niveaux: le premier concernant l'usage à proprement parler du langage pour la vie active, courante, tandis que l'autre niveau de travail langagier consiste en une perpétuelle discussion quant à la cohérence ou quant aux liens que devraient avoir les mots et les concepts. C'est ici que le travail philosophique se situe. Le philosophe part de son appréhension du réel et s'élève progressivement au travers des filets du langage et relève en cours de route les problèmes de cohérence, les ambiguïtés dans les liens, ou encore il travaille carrément à opérer une certaine subversion dans l'ordre admis du langage. De même pour le scientifique ou même pour l'artiste.

    La discussion langagière de deuxième niveau peut acquérir une telle ampleur, ou une telle profondeur, ou une telle hauteur, qu'on jurerait que la réalité s'y dédouble - comme le croyait le "divin Platon", qui était convaincu que les concepts avaient une existence en soi. Mais cette discussion reste une discussion dont le fil - bien que parfois ténu - est immanquablement lié à l'appréhension du réel. Et lorsqu'on ne sent plus ce lien, on dit qu'il s'agit d'un discours abstrus ou qu'il s'agit de pelletage de nuage ou de blabla inutile.

    laurent75

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    Re: Une propriété du langage.

    Message  laurent75 le Mer 20 Jan 2016 - 17:11

    Merci à vous Leyland (sans ironie) pour me dire la vérité, à la fois que je suis proche du blabla, mais que j'arrive tout de même à m'en extraire. Je pense souscrire aussi.

    Sinon, pour le sujet de la discussion, je me permets de vous soumettre aussi quelque chose qui me semble être un angle d'approche intéressant par rapport à ma question.

    Il s'agit de la théorie des fictions de Bentham, que j'ai notamment un peu découvert à travers cet article http://www.dicopo.fr/spip.php?article119

    Bentham définit ainsi une entité réelle : « Une entité réelle est une entité à laquelle, à l’occasion et pour le but du discours, on entend réellement attribuer l’existence » (Bentham, 1997 : p. 165).

    L’entité fictive, quant à elle, est définie de la façon suivante : « Une entité fictive est une entité à laquelle on n’entend pas attribuer en vérité et en réalité l’existence, quoique, par la forme grammaticale du discours que l’on emploie lorsqu’on parle d’elle, on la lui attribue » (Bentham, 1997 : p. 165).
    Mais les entités fictives sont liés aux entités réelles, je cite :
    La typologie benthamienne vise à établir une classification du réel et, à ce titre, il lui est nécessaire de penser les rapports entre entités fictives et entités réelles.

    C’est ainsi qu’il élabore l’idée d’ordre, de gradation des entités fictives. Chaque entité fictive entretient une relation de premier, deuxième, n ordre avec une entité réelle en fonction de son degré de relation avec cette dernière
    Et on trouve à la suite cet exemple :
    Ainsi, lorsque Bentham prend l’exemple du mouvement, il explique que l’on peut rapporter l’événement qui concerne une entité réelle en disant qu’un corps se meut. Cette expression verbale prend la forme du substantif « mouvement » qui, par ce passage du verbe au substantif, devient une entité fictive de premier ordre.
    Le mouvement est donc une entité fictive, mais on peut aussi utiliser ce terme "comme si" il était réel, c'est-à-dire en désignant une occurrence de l'événement : quelque chose se meut ou s'est mu réellement (dans la réalité).

    Dans un de mes exemples, pareillement au cadre de la théorie de Bentham : il y a ainsi la molécule de CO2 comme instance, entité réelle et la molécule de CO2 en tant qu'universel, si j'ai bien compris, une entité fictive (de 1er niveau).

    Il y a d'autres passages dans ce même paragraphe de cet article qui sont intéressants et en lien avec ce que je dis ici et au final ça ressemble très fortement à l'idée que j'exprime ici mais il faudrait que je me procure l'ouvrage de Bentham ou un article plus spécifique et détaillé sur sa théorie des fictions afin de confirmer ou non si vraiment ma compréhension est bonne, car il est vrai que j'ai peut-être été trop prêt de ma vision des choses pour comprendre et interpréter Bentham à travers l'article que j'ai donné.

    laurent75

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    Re: Une propriété du langage.

    Message  laurent75 le Ven 22 Jan 2016 - 13:42

    Les écrits de Bentham étant assez difficilement exploitables directement, j'ai dû aller voir dans les ouvrages qui rendent plus accessible sa pensée.

    Voici un extrait d'une analyse sur Bentham, qui confirme bien que mon point est bien exactement celui soulevé par Bentham dans le cadre des entités fictives, jusqu'à même retrouver le mot "singulier" sur lequel est fortement basé mon point :
    Christian Laval, « Jeremy Bentham : le pouvoir des fictions a écrit:Contre Condillac, à qui il reproche d’avoir dans sa Logique donné à l’ « analyse » le seul rôle dans la création de la langue, Bentham veut montrer que se sont noués de façon indissociable deux processus : un processus analytique et un processus synthétique. Cette dualité va montrer aussi comment le langage, dès le début, fait coexister les deux types d’entités. L’être humain a immédiatement affaire, dans ses rapports au monde, à des « agrégats physiques » qu’une analyse logique primitive ou primordiale va décomposer en éléments plus simples : en fonction des besoins ou d’une attention esthétique particulière (Bentham prend l’exemple d’une jeune fille détachant une fleur à l’odeur et à la couleur particulièrement agréables de l’agrégat physique « plante »), l’être humain donne des noms propres à ces parties de matière. Ces noms propres deviennent des noms communs lorsqu’ils viennent à signifier des objets sensibles ayant, à première vue, la même apparence. Il y a là processus synthétique ou agrégation, car le nom est devenu un « agrégat logique » pouvant rassembler des objets ressemblants. La fleur ne désigne plus, comme nom propre, une entité réelle singulière, mais peut désigner un grand nombre d’entités réelles ayant des caractéristiques communes
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    Crosswind

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    Re: Une propriété du langage.

    Message  Crosswind le Ven 22 Jan 2016 - 14:58

    La fleur ne désigne plus, comme nom propre, une entité réelle singulière, mais peut désigner un grand nombre d’entités réelles ayant des caractéristiques communes
    N'est-ce pas là le principe du concept ? Le concept de "fleur", de "cheval", etc. ?

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