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    Le stoïcisme et le bonheur.

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    Le stoïcisme et le bonheur.

    Message  Impero le Sam 7 Mar 2015 - 22:38

    Qu'en est-il de l'acceptation du réel chez les stoïciens ? La question du bonheur est-elle importante chez eux ?

    Silentio

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    Re: Le stoïcisme et le bonheur.

    Message  Silentio le Sam 7 Mar 2015 - 22:52

    Il me semble que le stoïcisme est dans une attitude défensive à l'égard du réel, mobilisant une ascèse presque mortifère (du moins l'est-elle pour Nietzsche et inaugure-t-elle l'ascèse chrétienne), toujours là à mobiliser toutes ses énergies contre soi, pour monter des remparts contre tout ce qui advient, des armures, des forteresses, des citadelles intérieures, comme s'il fallait résister aux assauts répétés du destin. Ce n'est pas une manière de se lancer à l'aventure dans le monde et de se réjouir même au milieu de la tempête. C'est au mieux une forme de résignation, pas de jubilation.
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    Impero

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    Le stoïcisme et le Bonheur

    Message  Impero le Dim 8 Mar 2015 - 9:40

    Sielntio a écrit:Il me semble qu'au contraire, le stoïcisme est dans une attitude défensive à l'égard du réel [...] comme s'il fallait résister aux assauts répétés du destin.
    Le stoïcien ambitionne de « vivre en harmonie avec la nature », c’est-à-dire comprendre et accepter l’ordre universel, auquel chaque homme appartient. Car si ce qui arrive ne dépend pas de nous, notre jugement oui ; c’est ainsi que le sage parvient à l’ataraxie – qui est une forme bien différente du bonheur consumériste que l’on nous vend aujourd’hui.
    Oui, les passions sont souvent attaquées avec virulence, mais il existe des biens neutres (l’argent par exemple) que l’on peut posséder pour son agrément et ne pas regretter en cas de perte. Cicéron dit bien : « je porte en moi-même toutes mes richesses » - et la phrase doit aussi se trouver chez d'autres. Sénèque ajoute : « la sagesse ne consiste pas à mépriser les biens de la fortune, mais à en faire un bon usage ». Machiavel ne dit pas autre chose. Le bon prince ne dépend pas de la Fortuna - il doit l'anticiper.

    Sur le plan historique ce point est passionnant, il résulte de la décrépitude de la cité comme forme politique. 
    Sénèque, De la tranquillité de l'âme a écrit:Aussi dans la hauteur de notre philosophie, au lieu de nous renfermer dans les murs d’une cité, sommes-nous entrés en communication avec le monde entier, et avons-nous adopté l’univers pour patrie
    Néanmoins, je ne rejoins pas les critiques qui en arrivent à dire que le stoïcien souhaite un retrait de la vie politique. Cicéron et Sénèque se prononcent en faveur d’une activité politique intense ; à l’image des libéraux, il y a une sphère stoïcienne et pas un dogme fixe.
     
    @Silentio a écrit:Ce n'est pas une manière de se lancer à l'aventure dans le monde et de se réjouir même au milieu de la tempête. C'est au mieux une forme de résignation, pas de jubilation.
    L’action est valorisée mais encadrée par une morale, qui consiste à vivre vertueusement.

    Sénèque, De la tranquillité de l'âme a écrit:La vie heureuse est donc celle qui s’accorde avec sa nature [i.e. j’y vois une référence au paragraphe précédent, virulent à l’égard de celui qui suit l’opinion générale] ; on ne peut l’obtenir que si d’abord l’esprit est sain et en possession constante de sa santé ; si de plus il est énergique et ardent, doué des plus belles qualités, patient, propre à toutes les circonstances, soigneux du corps et de ce qui s’y rapporte, mais sans trop de préoccupations ; s’il veille aux autres choses de la via, sans s(étonner d’aucune ; s’il use des présents de la fortune sans en être l’esclave. Tous comprennent, sans que je l’ajoute, qu’il suit de là une perpétuelle tranquillité, ainsi que la liberté, puisqu'on banni ce qui nous irrite ou nous fait peur. Au lieu des plaisirs et des jouissances mesquines et fragiles qui nuisent au sein même des désordres, s’établit une joie grande, inébranlable, égale ; l’âme se remplit alors de paix,d’ harmonie, d’élévation, de douceur.
    On est loin du bonheur contemporain, bouillonnant, sans cesse renouvelé. Pourtant, je n’y vois pas une ascèse qui empêche la vie, l’action – entendue comme une réalisation de l’individu. Il existe des restrictions à l'action, qui peuvent être entendues comme des freins insurmontables.

    Sénèque, De la tranquillité de l'âme a écrit:Il faut considérer vos dispositions naturelles [...] puis diriger vos pas là où vous porte votre tempérament
    A notre époque standardisée, règne de l'opinion sur la vie même des individus, j'y vois un magnifique message émancipateur, message qui porte à l'action, à l'entreprise, à vivre pleinement ses choix (avec les restrictions précédemment évoquées). D'ailleurs, je me demande dans quelle mesure ces impératifs ne coïncident pas avec l'image vertueuse du citoyen, chère aux libéraux.

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    Re: Le stoïcisme et le bonheur.

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