παιδεία | μανθάνω | ἀπομανθάνω

    Philippe Bénéton - Les fers de l'opinion (2000)

    Partagez
    avatar
    Lux

    Messages : 25
    Date d'inscription : 14/11/2014

    Re: Philippe Bénéton - Les fers de l'opinion (2000)

    Message  Lux le Lun 28 Déc 2015 - 17:49

    Oui je viens de voir, c'est dommage.

    Je reprends l'extrait plus développé, ça vous éclairera sûrement : 
    "Considérer la race (mais qu'est ce qu'une race ?) comme le premier critère déterminant l'identité d'un homme c'est une attitude raciste. Mais que font d'autre les antiracistes ? C'est ce que Pierre André Taguieff nomme le "racialisme" des antiracistes. En postulant que l'opinion d'un blanc sur un noir dépend de la couleur de sa peau, l'antiraciste juge lui-même en fonction de la couleur de la peau. Les racistes refusent qu'un homme soit français si ses origines ne leur plaisent pas. A cette intolérance, les antiracistes répliquent par une absurdité : l'exaltation du métissage. C'est le syndrome de la mobylette : ils voudraient que les échanges soient toujours des mélanges, comme si la confrontation des cultures devait nécessairement provoquer leur fusion. De même que le raciste déifie le blanc, l'antiraciste idéalise le non blanc. Cette idéologie "black-blanc-beur" irait jusqu'à culpabiliser le malheureux qui a le tort de ne compter parmi ses ancêtres, aussi loin qu'il remonte dans son arbre généalogique, que des Normands ou des Gascons".  

    Le problème ne vient pas de la défense du métissage, mais de son exaltation trop poussé par les hautes sphères intellectuelles et politiques, car c'est une sorte de nouvelle idéologie : c'est ce qu'affirme Sevillian. A votre question je réponds simplement oui, c'est ce qu'affirme Bénéton aussi.

    Malcolm Cooper

    Messages : 153
    Date d'inscription : 05/02/2016

    Re: Philippe Bénéton - Les fers de l'opinion (2000)

    Message  Malcolm Cooper le Mer 17 Fév 2016 - 23:44

    Je n'ai pas lu l'ouvrage de Bénéton, par contre je me suis vivement intéressé à l'ensemble des interventions qui ont suivi, or la réponse que je vais faire devrait répondre aux questions de l'auteur du fil, bien que je souhaitais aussi rectifier ce qui méritait de l'être, à mon sens que j'espère bon, au sens très précis d'Henri Bergson dans le Bon sens ou l'esprit français.

    Tout d'abord, il se dégage un consensus des intervenants, autour de ce que j'appellerai les rétorsions morales dans lesquelles s'enferre l'espace public français, et pas que français. Je le rejoins. En somme, des citations de Bénéton qu'on a pu faire, je n'ai pas grand'chose à redire, au point que je laisserai cela pour quantité négligeable.

    Par contre, il m'a semblé qu'on faisait preuve du même acabit en termes de rétorsions morales, dès qu'il s'est agi de recouper avec d'autres auteurs médiatiquement célèbres : c'est-à-dire que j'ai assisté - en très bref, il est vrai - aux mêmes mécanismes de défense dénigrés dans la masse, mais attribuables à la poignée d'intervenants s'associant spontanément - le qualificatif est si flatteur ! - aux esprits libres. Naturellement, sous un certain angle, quel savant/intellectuel-assimilé (et nous en sommes tous ici, ou si peu s'en faut), peut-il seulement se penser autrement que comme émancipé de l'opinion ? et lequel le voudrait ? surtout si en plus il sait nager en philosophie. Bref : grosso modo je vois qu'on se flatte entre-soi aussi, mais dans la posture de l'aspirant-à-comprendre et de l'aspirant-à-expliquer - bref, de l'aspirant-à-la-sagesse, du philosophe ou assimilé. Il y a là toute une comédie à défaire.

    Prenez Alain Finkielkraut : l'homme est entré à l'Académie française, ce qui n'est pas rien. De plus, il écrivit la Défaite de la pensée en 1987, ouvrage dans la préfiguration d'une Identité malheureuse, qu'on accuse d'avoir pompé sur d'autres. Mais déjà, à ne prendre que Bénéton, il s'exprime dans les mêmes accents - moins pamphlétaires, plus finauds - que Jean-François Revel, qui écrivait depuis longtemps au sujet de la stupidité de l'opinion. Bref : quand bien même Finkielkraut a une politique de communication - nécessaire, quand on s'implique médiatiquement - il n'en reste pas moins que taper sur ses idées et sur sa réussite est piteux. En somme, cet homme défend une certaine idée "vieille France" de la République, et c'est depuis cette vision écolière qu'il a un poste mécontemporain pour juger l'état social. Cela ne mange pas de pain.
    Quant à un Eric Zemmour, d'une rustrerie certes sans pareille à donner envie de le fesser (de même que Finkielkraut a quelque chose de gobelinesque), il n'en reste pas moins qu'il exprime une sensibilité existante en France : la vente comme des petits pains de ses livres le démontre. Peu importe qu'il ait une politique de communication (ou, si vous préférez, une stratégie marketing ... ) il dit des choses sur l'être français actuel (tiens, je commence à parler en heideggerien, moi ... ). (Au reste, qui peut s'en sortir médiatiquement, une fois célèbre, sans stratégie marketing ? ... je dirais Michel Onfray, lui qui vient de l'extrême-gauche, et qu'on traite de réactionnaire aujourd'hui ... mais son image de marque à lui, c'est l'université populaire, donc il peut se permettre un côté pop qui, in fine, est une stratégie de communication ... ) Reste que sans ces messieurs-là (ajoutons Natacha Polony, pour les galanteries), vous n'avez plus de contre-discours au discours critiqué par Bénéton.

    En somme, j'imagine qu'on s'attaque à des mécanismes sociologiques de base, qu'on rêve de défaire, mais cela ne marchera pas : seule critique que j'adresse à Bénéton, au fond. La probité et le bon sens ne s'acquièrent pas en un jour - je veux dire : ce bon sens qui s'oppose au sens commun, mais que le sens commun confond souvent avec son propre sens (commun), quand la "bonté" vient d'une forme, justement, d'honnêteté intellectuelle impliquant une lucidité à l'égard de soi-même (on s'éloigne là de la définition bergsonienne du bon sens).

    Certains intervenants ont parlé de cette lucidité, notamment en citant Kant, mais l'on pourrait dire que notre credo à tous ici, doit ressembler à quelque chose comme connais-toi toi-même, et tu connaîtras la nature et les dieux, non ? ... Pourtant, je ne parle pas que de philosophie quant à moi. J'ai rencontré des gens - et ma compagne, qui n'a pas le bac, en fait partie - qui ont une lucidité à l'égard d'eux-mêmes, et un bon sens, donc, qui aurait seulement mérité un autre cursus pour rayonner avec une érudition maniée intuitivement avec justesse. En attendant, "ces gens-là" font partie d'une élite - et pas seulement parce que j'aime ma femme que je mettrais sur un piédestal - mais une élite occulte, diffuse, qu'on ne reconnaîtra jamais faute d'accréditation socioprofessionnelle et/ou institutionnelle (symbolique, pour le dire à la bourdieusienne ... ).

    En somme, à ce point, je dis que l'intervenant nous refaisant les politiques américaines à l'égard des Noirs tient cette justesse marxienne (et non marxiste ... ) qu'il y a un rôle des superstructures, des structures et des infrastructures, provoquant des fausses consciences que je placerais volontiers dans l'ordre de ce que je nommais plus haut rétorsions morales ou mécanismes sociologiques de base. Qu'en somme, la matérialité sociale joue bien plus à ce niveau qu'autre chose, et que le fait d'appartenir à des classes moyennes démocrates - donc théoriquement présidentiables et enrichissables - joue beaucoup dans l'opinion décriée par Bénéton : penser comme cette opinion, c'est penser comme la jet set nationale, et penser comme la jet set nationale, c'est évidemment s'aliéner, mais s'aliéner au profit d'un gain en estime de soi (et en inclusivité, naturellement). De même, repousser les philosophes médiatisés actuellement (je ne parle pas de Zemmour, quand je dis philosophe, naturellement) c'est s'aliéner dans une fausse conscience de classe (intellectuelle) à ce que l'on s'imagine devoir être l'élite de la pensée (qui s'apparente actuellement et consensuellement, pas complètement à tort, à l'université).

    Finalement, je suppose à la tocquevillienne (que j'ai lu), qu'il n'y a probablement pas à distinguer entre l'égalité substantielle et par défaut, et je conjecture à la nietzschéenne (que j'ai lu), qu'il y a une fatalité de l'instinct grégaire contraignant à l'aristocratisme de la pensée le savant, l'intellectuel ou le philosophe conséquent. Aristocrates parmi lesquels j'inclue mon épouse, et tous ces individus lambdas dits, surtout. Bref : j'aurais quand même critiqué Bénéton, au passage.

    Kanzummer

    Messages : 10
    Date d'inscription : 05/06/2014

    Re: Philippe Bénéton - Les fers de l'opinion (2000)

    Message  Kanzummer le Jeu 18 Fév 2016 - 15:21

    Les gens comme M. Bénéton justifient l'inégalité et stigmatisent les minorités.  Je retiens ça du fil...

    Merci d'être passé pour nous donner votre généreuse appréciation du fil mais prenez garde que ce type d'intervention ne sera pas toléré longtemps. Zingaro.

    Malcolm Cooper

    Messages : 153
    Date d'inscription : 05/02/2016

    Re: Philippe Bénéton - Les fers de l'opinion (2000)

    Message  Malcolm Cooper le Jeu 18 Fév 2016 - 17:40

    Apparemment, Kanzummer, ce que vous ne supportez pas, c'est que la vie soit "pas juste", c'est-à-dire que ce qui vous importe c'est qu'elle vous soit ajustée. Vraiment, je mets quiconque au défi de me démontrer une égalité de fait, en termes sociaux, qui ne confine pas au totalitarisme. Par exemple, par définition, une minorité est minoritaire, donc en sous-nombre. D'ailleurs de même, démontrez-moi qu'il est des égalités de droit qui ne tombent pas sous le coup du mot de Coluche, et vous aurez ma bénédiction.

    Kanzummer

    Messages : 10
    Date d'inscription : 05/06/2014

    Re: Philippe Bénéton - Les fers de l'opinion (2000)

    Message  Kanzummer le Ven 19 Fév 2016 - 14:27

    Je suis totalement d'accord avec vous Malcolm Cooper. Je reconnais ne pas avoir le même niveau que vous.


    J'ai cependant une question: M. Bénéton permet-il de penser l'émancipation?

    Malcolm Cooper

    Messages : 153
    Date d'inscription : 05/02/2016

    Re: Philippe Bénéton - Les fers de l'opinion (2000)

    Message  Malcolm Cooper le Ven 19 Fév 2016 - 18:22

    Si vous aviez bien lu l'initiale voire la suite du topic, vous auriez constaté que Bénéton - dans les citations qui en sont faites - parle incessamment des esprits libres. Mais, si vous y cherchez une espèce de politique du rebelle, vous n'y trouverez pas votre bonheur. Et d'ailleurs, ce rebelle est-il bien émancipé.

    A ce propos des esprits libres, quelqu'un pourrait-il me renseigner sur l'éventualité d'une connexion entre Bénéton et Nietzsche ? Merci d'avance.

    Cordialement
    avatar
    Hervé BOURGOIS

    Messages : 110
    Date d'inscription : 07/02/2016
    Age : 55

    Re: Philippe Bénéton - Les fers de l'opinion (2000)

    Message  Hervé BOURGOIS le Mer 22 Juin 2016 - 14:36

    Invité a écrit:1 / Ce diagnostic vous semble-t-il contestable, voire erroné ? Et si oui, pourquoi ?
    Le monde de la pensée n’est pas celui dans lequel nous vivons. A quoi sert-il ? Pour schématiser il sert à décider, soit par la prévision (ce qui s’apparente à la science), soit par les opinions lorsque nous ne savons pas prévoir. Nous faisons rarement la différence, avec un coup de vent, ce pot de fleur va tomber est une pensée scientifique, la croissance va ramener le plein emploi est une opinion. D’où viennent les pensées ? Elles ne sont pas innées (je ne développe pas ici) mais proviennent plutôt de notre enseignement (dans un sens très large). Notre apprentissage est corrélé à nos activités, incluant celles intellectuelles. Ce qui signifie que nos pensées sont dérivées de ce que nous vivons, ce qui existe en même temps que nous. Le téléphone est bien parce qu’il existe, que je l’utilise et que je ne sais pas m’en passer, j’apprends à l’utiliser par des pensées scientifiques (quand j’appuie sur tel bouton, il se passe ceci). Pour autant je ne connais pas les opinions qui ont permis de diffuser cet appareil inventé il y a plus d’un siècle, ce n’était pas mon époque. De la même façon j’apprends à raisonner à produire des pensées, en particulier des opinions, selon des schèmes, les races humaines n’existent pas, la vie est importante, la réalité est indépendante de moi… Ces opinions servent à valoriser des choses, telle chose (la vie) est bien ou mieux que telle autre (la maladie) qui est mal ou moins bien. Mais nous ne savons pas d’où elles proviennent, car nous apprenons nos schèmes de pensées par rapport à ce que nous vivons, à produire les bonnes opinions pour être acceptées par les autres (nos parents, nos enseignants) et par là-même par la société. La thèse selon laquelle les opinions pourraient être promues par de malins génies sous-entend qu’eux-mêmes connaîtraient les schèmes de raisonnement, comment nous les apprenons, comment nous pouvons convaincre les parents et les enseignants de les enseigner à la place des leurs, quelles opinions ils vont produire… Autant la thèse de Chomsky qui pense que les gouvernements promeuvent leurs opinions est plausible, autant l’idée que ces opinions sont différentes de celles que nous serions capables de produire par nous-mêmes est… une opinion.
     
    A quoi servent les opinions ? Nous vivons en communauté, une opinion permet d’aller tous dans le même sens pour la préserver, mais cela n’est possible que lorsqu’elle est homogène, ce qui est impossible dans une société par essence complexe, qu’il s’agisse d’une cité ou d’un pays. Dans une communauté, il est naturel de promouvoir les opinions afin qu’elles soient enseignées, dans nos sociétés basée sur le pouvoir d’un dictateur, du peuple ou de ce que vous voulez, il est donc tout aussi naturel de faire la promotion des opinions… Mais puisqu’elles servent à décider, les promouvoir c’est justifier une décision qui valorise une chose par rapport à d’autres. Dans une société complexe, c’est donc favoriser un groupe social (celui qui utilise cette chose) par rapport aux autres, c’est donc chercher à soumettre une population en considérant que cette chose est bien ou mieux que les autres. C’est la base même du racisme, nous sommes racistes vis-à-vis de ceux qui n’ont pas les mêmes opinions, le problème n’est pas de l’accepter (par les pensées) mais que cela peut provoquer des conflits (dans nos activités journalières).
    Bénéton a écrit:
    L'égalité substantielle dit que les hommes sont semblables par-delà leurs différences. L'égalité par défaut dit que les hommes sont semblables parce qu'il n'y a pas de différences significatives. Cette seconde idée de l'égalité s'est affirmée ou développée progressivement ou par à-coups au long de l'histoire moderne. Le nouveau ici tend à gommer l'ancien. Nul héritage mais des fondations nouvelles. Il s'ensuit que les deux versions modernes de l'égalité ne se distinguent pas par une seule question de mesure ou de degré. Ce sont deux interprétations séparées par une ligne de fracture : ou bien l'égalité s'appuie sur un donné qui contient du sens, ou bien elle s'appuie sur une liberté dépourvue de sens ; ou bien ma liberté se déploie dans le cadre de questions et d'exigences objectives qui définissent des « horizons de signification » (Charles Taylor), ou bien ma liberté signifie que je suis souverain au même titre que tout autre et que je suis pour moi-même le maître du sens. Voilà pour la distinction théorique. Vues de plus près, les choses se mêlent et se compliquent.
    La question est de définir ce qu’est l’homme… Est-ce que j’existe parce que je fais partie de l’espèce humaine ou parce que je fais partie d’une communauté qui m’a enseigné à produire des pensées, donc par rapport aux autres individus que je fréquente, dit autrement, mes semblables. Nous sommes ici dans un mode de pensées qui considère que l’homme existe en tant que telle, que la réalité est indépendante de lui, que nous avons tous une âme qui différencie ce qui est bien et mal… Alors que je ne suis qu’un membre de ma communauté. Est-ce que je pourrais dire que les cultures sont semblables par-delà leurs différences ou encore que les cultures sont semblables parce qu'il n'y a pas de différences significatives… sans chercher à faire du prosélytisme ?

    Bénéton a écrit:
    Dans un monde soumis de part en part à la volonté humaine, le mal implique un méchant. A côté de l'humanité intégralement innocente, il y a nécessairement des hommes intégralement coupables. Ces méchants, qui sont-ils ? La nouvelle morale pointe dans leur direction : ce sont ceux qui refusent les nouveaux dogmes, ceux qui ont l'impudence de ne pas opiner. Le monde se scinde. La ligne de partage entre le bien et le mal oppose deux types d'hommes. La révolte contre la condition humaine conduit à la division morale du monde et au mécanisme du bouc émissaire. Au terme du chemin qui part de l'affirmation de l'égale autonomie, règnent les préjugés et la contrainte.
    Pour être soumis à la volonté humaine, faudrait-il encore que nous maîtrisions nos schèmes de pensées et que nous sachions influencer nos sociétés. Savons-nous le faire ? Quand quelqu’un a inventé l’automobile, pouvait-il prévoir qu’il menait nos sociétés à l’asphyxie, que cela allait provoquer des guerres pour le carburant, des guerres commerciales entre les fabricants, les pays, des milliers de morts sur les routes ? Nous ne faisons que réutiliser un schème de pensée millénaire, que le bien et le mal existe, c’était bien de l’inventer mais c’est mal d’en produire des millions par an. Oui, le mal implique un méchant, un responsable puisqu’il dispose d’un libre-arbitre, à l’égal des autres. Tout cela existe depuis des millénaires, nous n’avons fait qu’hériter de la culture des vainqueurs (les romains influencés par les grecs), et nous continuons à soumettre les autres cultures, celles du mal (des barbares).
    Invité a écrit:2 / Cette analyse s'applique-t-elle uniquement à l'Occident ? Ou bien s'applique-t-elle seulement à certains pays occidentaux (dont la France) ?
    Elle s’applique à la culture dominante occidentale (dans quelle mesure la France a-t-elle encore sa propre culture), mais nous devons noter qu’elle n’est probablement pas étrangère aux autres cultures soient parce que nous l’exportons (la Chine, la Russie), soit parce que nous avons les mêmes bases religieuses (les pays musulmans). Établir les écarts est sans doute un exercice ardu.
    Invité a écrit:3 / Ce processus, tel que décrit par l'auteur, est-il irréversible ?
    Ce processus a plusieurs milliers d’années… Cela montre son irréversibilité, nous ne pouvons pas revenir en arrière. Nous pouvons sans doute le changer, mais comment changer les schèmes de pensée ? Mais peut-être est-ce en train de changer… et nous ne le savons pas :-).
    Invité a écrit:4 / Les forums, "philosophiques" ou non, sont-ils épargnés par l'opinion ?
    Bien-sûr que non, les forums sont là pour échanger des opinions, et celles des philosophes sont bien ancrées dans ce schème de pensée. Nous ne faisons que produire les opinions dominantes et déterminer dans quel camp nous serons en cas de conflit entre nous.

    Invité a écrit:5 / Les années 1960 constituent-elles vraiment le moment de basculement, d'après vous ? N'est-il pas antérieur ?

    Bénéton a écrit:De lui-même ou sous influence, le common man a été de plus en plus tenté de penser ou de réagir ainsi : aucun chemin n'est balisé, nul n'est plus éclairé que moi, je détermine moi-même ce qui donne du sens, mon jugement vaut celui de tout autre. La logique de l'opinion suit.
    Le bien et le mal qui induit la guerre contre les autres cultures est inhérent à nos modes de pensées, mais nous l’avons importé dans nos sociétés. A partir de quand, la question me semble dépourvue de sens, c’est à partir du moment où la communauté se transforme en société que commence à se poser la question de l’individualité, le fait que la société ne peut plus adhérer à des opinions car tout le monde n’a plus les mêmes puisqu’elles impactent les groupes sociaux différemment. Nous avons alors transposé les guerres en luttes sociales assorties de répression. C’est Durkheim qui commence à en parler (début du XXème) car c’est une période où les activités se multiplient. Peut-être les années 60 sont effectivement primordiales, mais c’est corrélé à l’apparition de toutes les technologies que nous connaissons qui nous transforment en des êtres uniques… je n’appartiens plus à une communauté, mais à une multitude de groupes sociaux que je ne sais même pas énumérer. Les opinions communes peuvent m’être néfastes à moi personnellement, sans que cela ne soit admis car il n’y a que moi qui peux le savoir…

    C'est peut-être plus construit ici.


    Dernière édition par Vangelis le Mer 22 Juin 2016 - 17:54, édité 1 fois (Raison : Mise en forme.)

    AntiSubjectiviste

    Messages : 15
    Date d'inscription : 24/02/2015

    Re: Philippe Bénéton - Les fers de l'opinion (2000)

    Message  AntiSubjectiviste le Sam 19 Nov 2016 - 2:11

    1 / Ce diagnostic vous semble-t-il contestable, voire erroné ? Et si oui, pourquoi ?

    Le diagnostic est évidemment correct quand il dénonce le relativisme ambiant et l'intrusion de l'idéal politique de l'égalité dans les discours.

    Cependant, il y a des aspects contestables.

    Bénéton semble ne distinguer que trois types de propositions : les savoirs, les témoignages (qui sont en fait des savoirs sur des expériences vécues) et les opinions (où l'énonciateur, plutôt que le contenu, est au centre). La dérive accusée est la supplantation des savoirs par les opinions.

    Mais dans un tel tableau, toute affirmation qui n'a pas la forme d'un savoir peut-être accusée d'être une méprisable opinion. Il y a pourtant bien d'autres types d'affirmations, et parmi elles figurent les hypothèses.

    Une hypothèse est quelque chose que l'on croit être un savoir, mais pour laquelle on reconnaît ne pas avoir de justification. Ce qui prime dans une hypothèse est son contenu (ce n'est donc pas une opinion) mais ce qui explique sa présence est la conviction de l'énonciateur qu'elle est peut-être vraie.

    Dans le système de Bénéton, toute hypothèse pourrait être écartée car considérée comme une simple opinion. Or, aucun savoir ne peut se construire sans hypothèses.
    avatar
    Euterpe

    Messages : 4209
    Date d'inscription : 29/01/2011
    Age : 46

    Re: Philippe Bénéton - Les fers de l'opinion (2000)

    Message  Euterpe le Sam 17 Déc 2016 - 13:36

    AntiSubjectiviste a écrit:Bénéton semble ne distinguer que trois types de propositions : les savoirs, les témoignages (qui sont en fait des savoirs sur des expériences vécues) et les opinions (où l'énonciateur, plutôt que le contenu, est au centre). La dérive accusée est la supplantation des savoirs par les opinions.

    Mais dans un tel tableau, toute affirmation qui n'a pas la forme d'un savoir peut être accusée d'être une méprisable opinion.
    Absolument pas. Les critères de Bénéton ne sont pas strictement "formels", au sens vague et vulgaire que d'aucuns donnent à ce terme. A ce compte-là, autant supprimer la question du prédicat et de l'attribut, et avec eux la grammaire et la syntaxe... Ce que vous appelez « forme d'un savoir », en l'état, ne désigne rigoureusement rien.

    AntiSubjectiviste a écrit:Il y a pourtant bien d'autres types d'affirmations, et parmi elles figurent les hypothèses.

    Une hypothèse est quelque chose que l'on croit être un savoir, mais pour laquelle on reconnaît ne pas avoir de justification. Ce qui prime dans une hypothèse est son contenu (ce n'est donc pas une opinion) mais ce qui explique sa présence est la conviction de l'énonciateur qu'elle est peut-être vraie.

    Dans le système de Bénéton, toute hypothèse pourrait être écartée car considérée comme une simple opinion. Or, aucun savoir ne peut se construire sans hypothèses.
    Vous oubliez qu'une hypothèse, par définition, se signale comme telle. Aucune confusion n'est possible, précisément parce qu'une hypothèse se rapporte... hypothétiquement au contenu qu'elle interroge.

      La date/heure actuelle est Lun 25 Sep 2017 - 2:41