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    Le végétarisme et ses travers

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    Silentio

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    Le végétarisme et ses travers

    Message  Silentio le Mar 24 Fév 2015 - 13:49

    Je remarque de plus en plus de gens autour de moi célébrer les vertus du végétarisme. Même chez les philosophes, l'importance de la nourriture, parce qu'elle contribue à la qualité et à l'hygiène de vie, est de plus en plus marquée : que cela soit Nietzsche ou dernièrement Corine Pelluchon dont le dernier ouvrage, les Nourritures, examine la philosophie politique à l'aune de cet environnement qu'un sujet relationnel devrait prendre en compte, en tant qu'il est condition de son bonheur. Or je remarque également une tendance inquiétante à ne pas seulement baser ce choix éthique sur des considérations purement qualitatives, du type biologiques (la santé), mais aussi sur un moralisme persistant. Certes, les végétariens ne sont en général pas des religieux, mais les voilà à implorer la Nature et à se flageller pour les crimes commis par les hommes sur les animaux. Une chose est de reconnaître la souffrance infligée aux animaux et de mettre à mal les prétentions à la toute-puissance des hommes, lesquels ne sont pas les seuls êtres sentients (comme on dit) et par là peut-être titulaires de droits. Une autre est d'expier un pêché originel et, au nom de la cause animale, de faire preuve de la plus belle misanthropie sous couvert de sentimentalisme (qui s'avère sélectif). La violence ne serait pas bonne pour les animaux, en revanche les hommes devraient payer, notamment dans une civilisation occidentale dont la technique révèle bien le caractère nocif pour la planète. Le mal, c'est donc l'homme. Et celui qui continue de manger sa viande est à la fois un imbécile et un salaud. Être végétarien, ce serait faire partie des justes (d'ailleurs, un ouvrage récent s'intitule "Le végétarisme et ses ennemis"). Dès lors, je vous le demande : pensez-vous qu'il soit sain d'adopter cette attitude, de devenir végétarien ? Vous semble-t-elle responsable, hypocrite ou encore dangereuse ? L'humanité devrait-elle se plier à un même régime alimentaire ? Que faire de l'homme dans une situation mondiale désastreuse ?
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    Desassocega

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    Re: Le végétarisme et ses travers

    Message  Desassocega le Mar 24 Fév 2015 - 18:28

    En effet, c'est une chose de protéger les animaux de toute forme de cruauté (je pense par exemple à ceux qui postent des vidéos sur internet où ils balancent des chats contre les murs) ; c'en est une autre de vouloir éradiquer cette "tradition" qui est de manger de la viande. Le débat devrait et doit se situer au niveau de la raison, à savoir qu'est-ce qui est acceptable éthiquement, économiquement, etc. ? Mais quand la discussion s'enfonce comme vous le dites justement dans un moralisme sentimentale et culpabilisateur, je n'accepte pas cette forme de discussion. 

    J'imagine que la question devient difficile à cause de la société de consommation, puisque aujourd’hui, nous faisons de l'élevage de masse pour nourrir en viande la planète. Combien de reportages horribles n'avons-nous pas vu sur les bovins aux état-unis, ou sur les poissons au japon, ou sur les poulets en France, etc. Doit-on obliger ces organisations à élever leur animaux de manière naturelle (sans les gaver, sans les maltraiter) ? Quelles seraient les conséquences, que ce soit économiques ou autres ? Si cette solution est tout à fait viable, pourquoi pas. Nous avons l'exemple des poulets de Loué, qui sont élevés en liberté. Je suis passé une fois là-bas et en effet, les poulets semblent avoir une vie acceptable. Donc j'achète mes œufs là-bas. 

    Toutefois, si tout pouvait être réglé aussi facilement, ça se saurait, et j'imagine que c'est très compliqué à démêler. Quant aux végétariens, ils ont le droit de l'être, mais je déteste cette tendance à vouloir transformer les autres en prenant l'attitude de celui qui vaut mieux par sa droiture morale. Une bonne lecture de Nietzsche leur ferait le plus grand bien  :lol:

    Silentio

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    Re: Le végétarisme et ses travers

    Message  Silentio le Mar 24 Fév 2015 - 22:48

    Desassocego a écrit:En effet, c'est une chose de protéger les animaux de toute forme de cruauté (je pense par exemple à ceux qui postent des vidéos sur internet où ils balancent des chats contre les murs) ; c'en est une autre de vouloir éradiquer cette "tradition" qui est de manger de la viande. Le débat devrait et doit se situer au niveau de la raison, à savoir qu'est-ce qui est acceptable éthiquement, économiquement, etc. ?
    Le problème c'est qu'il n'y a rien en faveur de la consommation de viande, sinon le plaisir qui est à la fois subjectif et relève d'une habitude (qui peut être changée), le tout se résumant à un goût pour la cruauté, redoublée quand on l'occulte pour "son bon plaisir". Ce qui donne un argument de poids au moralisme qui rappelle que l'homme est cette bête assoiffée de sang qui, de plus, se permet le superflu. C'est donc le diable.
    Desassocego a écrit:J'imagine que la question devient difficile à cause de la société de consommation, puisque aujourd’hui, nous faisons de l'élevage de masse pour nourrir en viande la planète. Combien de reportages horribles n'avons-nous pas vu sur les bovins aux état-unis, ou sur les poissons au japon, ou sur les poulets en France, etc.
    Le problème est la surpopulation qui nuit au renouvellement des ressources, notamment lorsque la demande en viande entraîne un usage intensif de l'eau, de l'énergie, des engrais et des terres. Pour produire un kilo de viande, il faut énormément de ces ressources... Bref, il y a trop d'hommes et surtout trop de mangeurs de viande !
    Desassocego a écrit:Quant aux végétariens, ils ont le droit de l'être, mais je déteste cette tendance à vouloir transformer les autres en prenant l'attitude de celui qui vaut mieux par sa droiture morale. Une bonne lecture de Nietzsche leur ferait le plus grand bien
    Ce qu'ils refusent, c'est que l'homme et la réalité soient cruels.

    anormal

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    Re: Le végétarisme et ses travers

    Message  anormal le Jeu 10 Mar 2016 - 22:02

    Je suis devenu quasiment végétarien, or, ce n'était pas une volonté de ma part, mais un fait auquel je suis arrivé par la nécessité, à un moment donné, de "raisonner" mon alimentation. En cela ma réponse n' a d'autre prétention que de faire part de mon expérience. Vous citez Nietzsche, et j'aimerais évoquer le cas de ce personnage qui souffrait du mal éponyme de "cornarisme". Nietzsche dit de ce personnage que ce n'est pas parce qu'il mangeait peu qu'il se portait bien, mais plutôt parce que s'il mangeait plus que son organisme ne réclamait, alors il se rendait malade. Il est assez rare que j'aille à l'encontre de ce philosophe, mais là, pour le coup, je crois qu'il se trompe quand il présente la chose telle qu'il le fait, car dire de quelqu'un qu'il se rend malade quand il mange trop ou mal, c'est exactement la même chose que de dire qu'il ne doit pas manger trop ou mal pour rester en bonne santé et vivre vieux. Mais j'imagine qu'il devait par là, vouloir dénoncer les agissement trompeurs de "l' épicurien " en question, un peu comme s'il avait perçu là un "Cagliostro".

    Nous seront, en toute logique, pour la plupart d'entre nous majoritairement végétarien par la force des choses, et nous y viendront par la nécessité de raisonner notre alimentation, sans qu'il soit question de militantisme. Car l'industrie agro-alimentaire laisse à notre charge le soin de nous préoccuper de notre alimentation, son but légal n'étant autre que de proposer ce qu'elle veut, selon la seule loi du marché. Je ne parlerai pas de mon cas personnel, je veux juste dire que la tradition est une chose et que l'emballage " façon tradition" n'est pas la tradition et n'est gage que de performance marchande.

    Ma démarche n'était pas "engagée", mais dans la mesure où cela m'a rationnellement menée à un quasi végétarisme, je ne peux stigmatiser les travers du végétarisme quand je vois ce qui à l'opposé est le travers du consumérisme. ( le végétarisme ne tue pas celui qui l'est, non plus)

    Silentio

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    Re: Le végétarisme et ses travers

    Message  Silentio le Jeu 10 Mar 2016 - 22:16

    Personnellement, je ne mange quasiment plus de viande parce qu'elle est souvent de mauvaise qualité et donc susceptible d'être mauvaise pour la santé (c'est plutôt cela que la souffrance animale en tant que telle qui me dérange). Elle est aussi onéreuse et un luxe que l'on se paye au prix des ressources naturelles à notre disposition. Il me semble que l'avenir sera frugal et que nous ferions bien, de toute façon, de diminuer considérablement notre consommation de viande. Autrement, nous serons mal quand les classes moyennes des pays émergents voudront se mettre au mode de vie occidental. Cela dit, j'essaie de me réserver pour les grands événements, même si, en amateur de viande, je ne refuse jamais ce plaisir.

    kercoz

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    Re: Le végétarisme et ses travers

    Message  kercoz le Jeu 10 Mar 2016 - 22:43

    En terme de logique calorique, la consommation de viande n'est pas pertinente dans sa proportion actuelle. D'autre part, certains terrains ( pentes, prés salés, aridité, petites surfaces, etc) ne sont valorisables que par l' animal et le retour aux circuits courts va réenchanter certains déplacements ( fromages, poissons, crustacés).
    Mais pour le problème du végétarisme, il est une chose qui me choque: très peu de gens actuellement ont tué un animal pour le manger. Y a t il un problème moral dans cet état de fait. Il me semble que participer à la mort d' un lapin, d' une vache ou d' une poule devrait faire partie de nos expériences. J' ai une dizaine de poules dont je ne consomme que les oeufs. Ce problème me tracasse. Je m' en sort en me disant que je les connais trop bien, je prends parfois l' apéro avec eux ( il y a un coq), mais qu'en cas de disette, l' ayant vu faire très jeune et souvent, je m' y résoudrais sans trop de problèmes.

    anormal

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    Re: Le végétarisme et ses travers

    Message  anormal le Ven 11 Mar 2016 - 9:29

    Je reconnais qu'il est difficile de parler de l'alimentation en d'autres termes que de recettes, de bon, de pas bon, de super bon; ils y en a même qui disent: " oh, c'est trop bon, c'est une tuerie...!!!!"

    Sauf que le but premier de l'alimentation, c'est quand-même bien de : se restaurer, au restaurant ou ailleurs. Or, la quasi totalité de la nourriture ingurgitée aujourd'hui 11 mars 2016 , en France, produira plus de troubles qu'elle ne restaurera le mangeur. C'est une tuerie, en effet. Plutarque, je crois, disait : la médecine tue longtemps. Je prédis que l'alimentation va faire mieux.


    Ceci dit, manger de la volaille me paraît être un bon compromis quand on veut manger de la viande. Et vous avez raison, prélever soi-même est plus digne que de céder au packaging dans les "rayons de la mort"
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    BOUDOU

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    Re: Le végétarisme et ses travers

    Message  BOUDOU le Sam 16 Avr 2016 - 15:44

    Les chaînes alimentaires sont des éléments essentiels de l'équilibre des écosystèmes naturels ou domestiques. Les populations animales ne savent pas s'auto-réguler. Il faudrait limiter la consommation en protéines animales, qui ne sont pas bonnes en excès pour la santé et qui produisent des gaz à effet de serre (en évitant, autant que possible, de faire souffrir les animaux) et en introduisant des substituts gustatifs et moins chers (on sait aujourd'hui produire industriellement des protéines animales, extraire des protéines à partir de microalgues, ou à partir d'insectes… sans en arriver à un monde comme celui décrit dans "Soleil vert" en limitant la démographie et en respectant les équilibres naturels).

    Il y a ensuite la croyance à la réincarnation qui est un vrai problème comme se le posait déjà Pythagore :

    « Le ciel et tout ce qu’on voit au-dessous de lui, la terre et tout ce qu’elle contient, changent de formes. Nous aussi, portion de ce monde, nous changeons ; et, comme nous avons une âme vagabonde qui peut, de notre corps, passer dans le corps des animaux, laissons en paix et respectons l’asile où vivent les âmes de nos parents, de nos frères, de ceux que nous aimions, des âmes d’hommes, enfin : prenons garde de faire des festins de Thyeste. Comme il se fait d’horribles goûts, comme il se prépare à verser un jour le sang humain, celui qui égorge de sang-froid un agneau, et qui prête une oreille insensible à ses bêlements plaintifs ; celui qui peut sans pitié tuer le jeune chevreau et l’entendre vagir comme un enfant ; celui qui peut manger l’oiseau qu’il a nourri de sa main ! Y a-t-il loin de ce crime au dernier des crimes, l’homicide ? N’en ouvre-t-il pas le chemin ? Laissez le bœuf labourer, et ne mourir que de vieillesse ; laissez les brebis nous munir contre le souffle glacial de Borée, et les chèvres présenter leurs mamelles pleines à la main qui les presse. Plus de rêts et de lacs, plus d’inventions perfides ; n’attirez plus l’oiseau sur la glu, ne poussez plus le cerf épouvanté dans vos toiles, ne cachez plus, sous un appât trompeur, la pointe de l’hameçon. »
    Livre XV, Métamorphoses, Ovide.
    Pour ceux que cela ferait sourire je leur dirais : ne pensez vous pas que les papillons se souviennent de leur passé de chenille, ou que mes animaux domestiques et mes proches sont imprégnés de ma pensée et de mes sentiments ? A ce sujet je comprend kercoz qui n'aime pas tordre le coup de ses poules, mais s'il a un coq pour avoir des poussins, les voisins apprécient-ils le chant du coq tôt le matin ?

    kercoz

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    Re: Le végétarisme et ses travers

    Message  kercoz le Sam 16 Avr 2016 - 20:30

    BOUDOU a écrit: A ce sujet je comprend kercoz qui n'aime pas tordre le coup de ses poules, mais s'il a un coq pour avoir des poussins, les voisins apprécient-ils le chant du coq tôt le matin ?

    Je ne vois pas trop le rapport. Si mon coq réveille un blaireau et que ça le gêne, qu'il retourne à l' urbanité. Ce qui moi me gêne c'est son 4x4 inutile, le quad et la mobylette de son avorton ou la tronçonneuse dont il se sert pour tailler sa haie.
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    BOUDOU

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    Re: Le végétarisme et ses travers

    Message  BOUDOU le Sam 16 Avr 2016 - 21:17

    Il s'agissait de vous faire un clin d'œil, car je trouve que vous avez souvent une tournure littéraire pour traiter les questions philosophiques et que les philosophes littéraires sont malheureusement rares. Il y a parfois plus de philosophie dans deux lignes de René Char que dans une page de "L’Introduction à la métaphysique des mœurs".

    kercoz

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    Re: Le végétarisme et ses travers

    Message  kercoz le Sam 16 Avr 2016 - 22:28

    BOUDOU a écrit:Il s'agissait de vous faire un clin d'œil, car je trouve que vous avez souvent une tournure littéraire pour traiter les questions philosophiques et que les philosophes littéraires sont malheureusement rares. Il y a parfois plus de philosophie dans deux lignes de René Char que dans une page de "L’Introduction à la métaphysique des mœurs".

    Il existe une méthode "douce" pour atténuer le chant du coq: un élastique plat type pyjamas , pas trop serré, autours du cou ( le doigt doit passer aisément) . Le coq n' a pas de cordes vocales. Il étire le cou pour le faire vibrer. Un élastique brise la vibration et le son reste audible , mais atténué.
    Je n'ai pas utilisé cette méthode avec mon dernier coq, j'ai préféré rendre mes voisins "redevables" en leur fournissant quelques oeufs ( noirs, ce sont de Marans) et mes surplus de légumes.

    http://www.marans.eu/loeuf.htm#loeuf
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    BOUDOU

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    Re: Le végétarisme et ses travers

    Message  BOUDOU le Dim 17 Avr 2016 - 9:42

    On  peut être végétarien pour des raisons diététiques ou économiques, mais on l'est aussi pour des raisons morales, parce qu'on condamne le comportement carnivore. Pour un ati-spéciste ce comportement s'apparente à un comportement cannibale. C'est alors qu'intervient les discussions philosophiques et anthropologiques sur ce sujet.
    Faut-il juger le comportement carnivore comme tel ou relativement à ses conséquences ? Comment serais-je végétarien alors que je donne des aliments carnés à mon chien ? La chasse se justifierait par le fait que les populations animales ne s'autorégulent pas, l'élevage par le fait qu'il joue un rôle conservateur. La population sauvage des poules de Marans ne serait sans doute pas aussi grande que celle d'élevage.


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