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    Faut-il supprimer, ou non, l'enseignement de la philosophie en classe de terminale ?

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    Faut-il supprimer, ou non, l'enseignement de la philosophie en classe de terminale ?

    Message  Invité le Mer 7 Jan 2015 - 1:31

    Par commodité, la philosophie en classe de terminale divise ceux favorables à l'enseignement de la philosophie en tant qu'histoire de la philosophie et ceux partisans de la philosophie en tant qu'introduction et à la philosophie et à la réflexion impliquant l'élaboration d'un raisonnement. En 1962 déjà, dans La Cabale des dévots, Jean-François Revel remarquait que :

    Jean-François Revel a écrit:[...] le problème culturel du rôle de la philosophie dans l'élaboration de la pensée contemporaine, et le problème pédagogique de l'initiation de jeunes gens à la pensée tout court doivent être distingués. Même si la philosophie perd toute capacité de découvrir et de créer, il restera toujours indispensable, sur le plan scolaire, d'enseigner la signification des étapes classiques de l'histoire de la pensée (cet enseignement ne devrait-il pas ressembler à ce qu'on appelle aujourd'hui histoire de la philosophie ?) et, d'autre part, d'informer les adolescents des problèmes propres au monde, à la culture et au moment où ils vont vivre. On parle toujours de faire réfléchir. Mais sur quoi ? Alors qu'on n'informe jamais ! Une information, même imparfaite et à peine ébauchée, fait plus réfléchir que la "réflexion" dans le vide.

    D'ailleurs, quelle est la vocation de l'enseignement de la philosophie en classe de terminale ?

    Jean-François Revel a écrit:La tendance qui se manifeste depuis plusieurs années à transformer notre enseignement en une mosaïque de sommaires apprentissages relève d'une direction profondément réactionnaire qui, sous prétexte que nous avons besoin de techniciens, prétend que nous n'avons plus besoin de citoyens. [...] Nos enfants ne sont pas des outils. Notre devoir est de les informer impartialement, de les mettre en mesure de choisir ou de rejeter nos valeurs. Ce n'est pas à nous de nous servir d'eux, mais à eux d'apprécier ce qu'ils reçoivent de nous. Une société est une civilisation dans la mesure où elle élève des individus capables de la critiquer, des hommes qui puissent concevoir l'envie de lui échapper, atteindre aux moyens intellectuels de la juger, exercer le droit moral de la refuser et aussi, pourquoi pas ? le droit à l'inefficacité.

    Aujourd'hui, ce discours risque de paraître convenu, bien qu'il appartienne à la phraséologie des défenseurs de l'enseignement de la philosophie en classe de terminale (et ailleurs) :
    L'UNESCO a écrit:« Dans la mesure où elle construit les outils intellectuels nécessaires pour pouvoir analyser et comprendre des concepts essentiels comme la justice, la dignité et la liberté, dans la mesure où elle aide à développer des capacités de réflexion et de jugement indépendants et où elle stimule les facultés critiques indispensables pour comprendre le monde et s'interroger sur les problèmes qu'il pose, dans la mesure enfin où elle favorise la réflexion sur les valeurs et les principes, la philosophie est une « école de la liberté ». »
    Stratégie intersectorielle de l’UNESCO concernant la philosophie (2005). http://www.unesco.org/new/fr/social-and-human-sciences/themes/philosophy/philosophy-teaching/


    Quel peut bien être l'impact des nouvelles technologies ainsi que de la "baisse du niveau" (je ne me prononce pas sur la véracité ou non de constat, sinon que cette représentation est largement diffusée) sur la pratique du professeur de philosophie ? On retrouve deux idéaux-types radicalement opposés du "professeur de philosophie" : l'un est hautain, élitiste, injuste dans sa manière de noter et incompréhensible aux yeux des élèves, alors que l'autre, se rapprochant des préoccupations de ces derniers, abaisserait le niveau d'exigence en frisant la démagogie pour mieux célébrer la vie (cf. l'enseignant du film Le Cercle des poètes disparus). Il est bien entendu possible d'affirmer que l'enseignement de la philosophie en classe de terminale est salutaire dans la mesure où la fréquentation des bancs de l'école inspire des vocations sinon un "déclic", du moins auprès d'une minorité d'élèves. On peut néanmoins rétorquer que cette minorité aurait malgré tout développé un intérêt pour la philosophie (et bien avant, s'ils sont précoces) dans un autre contexte (il n'est, dans tous les cas, pas possible de dire que l'enseignement de la philosophie en classe de terminale constitue la seule et unique cause).

    Question difficile : êtes-vous, ou non, favorables à la suppression de l'enseignement de la philosophie en classe de terminale ? La question se pose dans la mesure où, avec la massification scolaire impliquant une hausse de la fréquentation du supérieur, il devient difficile (sans parler des classes préparatoires) de ne pas être exposé à un cours (même d'introduction) de philosophie ou de sciences humaines et sociales (si le but est bien de se "familiariser avec des noms d'auteurs" et "d'apprendre à réfléchir"). En conséquence, même si l'enseignement de la philosophie est couronnement des études secondaires, cela n'est pas pour autant synonyme de nécessité. De plus, en occultant l'image d’Épinal et notre propre expérience, il nous est loisible d'observer des lycéens (dont le nombre ne faiblit pas) qui viennent réclamer de l'aide sur ce forum - parmi d'autres - afin que les membres leur donnent un coup de pouce. A partir de là, les questions restent inépuisables : ne s'éloignent-ils pas d'une certaine éthique (si l'objectif est bien de "réfléchir par soi-même en faisant ses propres recherches et lectures") ? Il ne s'agit pas de dire qu'ils sont bêtes (au contraire, il est rationnel de chercher à obtenir la meilleure note possible avec le moins de coûts). Il s'agit de dire qu'ils ne risquent pas d'appartenir au public de la philosophie. Quant aux membres qui prennent la peine de leur répondre, et comme me l'a fait remarquer un certain individu, sont-ils légitimes ? Sont-ils habilités à le faire, dans la mesure où tous ne sont pas des "professionnels" de cette discipline ? Leur répondre, cela ne revient-il pas, sans bien sûr le vouloir, à cautionner ce "système" (notion certes bien commode) ? En effet, cela ne revient-il pas qualifier implicitement d'échec la pratique pédagogique de l'enseignant en question ? Peut-il être tenu pour responsable de cet "apprenant" ? Si oui, pourquoi et quelles en sont les causes ? Si non, est-ce la faute du "système" ? En quoi ?

    Qu'en pensez-vous ? Je n'ai pas traité les cas d'autodidaxie et des cours particuliers.
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    JimmyB

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    Re: Faut-il supprimer, ou non, l'enseignement de la philosophie en classe de terminale ?

    Message  JimmyB le Mer 7 Jan 2015 - 8:20

    Dans bon nombre de pays d'Europe, la philosophie n'est qu'optionnelle et il est finalement assez rare de la compter comme une discipline autonome obligatoire.
    En France, l'enseignement de la philosophie se fait dès la première par le biais d'une initiation. Et est une matière importante pour les littéraires en terminale mais l'est déjà beaucoup moins pour les autres filières du bac.
    Ce qu'il faut se demander je pense, c'est si la philosophie dispensée une année sérieusement et deux années, sans jugement de la qualité, est utile ? Permet-il un enseignement même lacunaire suffisamment fertile pour que les élèves aient une image construite et fiable de cette discipline ?
    Sans curiosité propre à l'élève qui lira en dehors de ses cours je doute fortement que la qualité de l'enseignement, le nombre d'heures prévu, et le contenu du programme intéressent et instruisent les élèves en quoi que ce soit.
    De plus il s'agit de la seule matière en lycée où l'apprentissage seul ne suffit pas, or les élèves parviennent jusqu'à la terminale avec comme seule vision de l'examen un "recrachage" systématique des connaissances, ils sont donc démunis lorsqu'il s'agit de les utiliser, les structurer, les organiser en une argumentation, à défaut d'une réflexion.
    Il semble donc hypocrite de penser que la philosophie puisse avoir un rôle particulier en ayant la possibilité d'ouvrir les yeux des lycéens le temps d'une année.
    Soit il convient de la rendre optionnelle, soit de la supprimer, soit de l'étendre à d'autres années.
    Nous faisons des mathématiques depuis la primaire et plus sérieusement le collège, des sciences physiques et biologiques dès le collège, du français et de la littérature dès le primaire et le collège. Et ce, car ce sont des disciplines qui dispensent des connaissances fondamentales pour les élèves. Point de philosophie, or même la technologie apparaît au collège.

    La raison est simple : ce sont des matières utiles et qui serviront à une professionnalisation future. La technologie servira en BEP, et il faut connaître un minimum de choses en mathématiques et en français d'un point de vue pratique et social.
    La physique et la biologie peuvent aussi servir dans des cursus directement professionnalisants.

    Ce qui est utile prévaut, la philosophie en soi ne semble pas utile. Pas pour être un travailleur bien formé. Elle possède éventuellement un rôle politique et social dans la formation du citoyen et culturelle. Elle est donc secondaire pour nos décideurs actuels.
    Une population abêtie sans réflexion, argumentation et connaissance est quand même beaucoup plus servile, cela n'apporterait pas grand chose d'instruire par la philosophie sinon semer un doute qui permettrait une réflexion et des connaissances qui la nourriraient. Donc selon le point de vue la philosophie est nécessaire et primordiale si et seulement si elle est dispensée dès le collège, ou bien il vaut mieux ne pas l'enseigner par confort et donc la supprimer serait plus honnête.
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    Desassocega

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    Re: Faut-il supprimer, ou non, l'enseignement de la philosophie en classe de terminale ?

    Message  Desassocega le Mer 7 Jan 2015 - 18:01

    Si l'on regarde bien, la philosophie disparaît peu à peu dans le secondaire : dans combien de filières ou formations a-t-on remplacé la matière "philosophie" par "culture générale" ? Quoi qu'il en soit, son enseignement me semble important car pour autant que le professeur est compétant et les élèves plus ou moins réceptifs, il parviendra à leur apprendre à penser (au moins un peu), à ne pas être trop soumis à l'opinion et arriver à s'ouvrir au monde. Bien sûr, la plupart des élèves se foutent complètement de la philosophie, mais s'il fallait attendre qu'elle intéresse la majorité des élèves, on ne serait pas sorti du sable ! J'ai deux amis qui enseignent la philosophie en Terminale, chacun sait qu'il vaut mieux se réjouir des deux trois élèves qui auront un intérêt réel pour la philosophie et en apprendront quelque chose qu'être désespéré par tous les autres qui s'en moquent. Et quand je dis apprendre, je ne parle pas d'apprendre au sens ou on apprend sa leçon pour la réciter. 

    Ce qui nous mène à la question de la manière dont est enseignée la philosophie. Les professeurs sont, je pense, tiraillés entre ce qu'est la philosophie (car elle n'est pas une matière comme les autres, et son enseignement est le contraire d'une suite d'informations) et ce qu'on voudrait faire d'elle (qu'elle soit utile immédiatement). Et le problème c'est qu'il ne peut y avoir de compromis. Si l'on dit que la philosophie doit être utile et que son contenu doit être une histoire de la philosophie, on vide la philosophie de tout son sens, je dis bien tout son sens. Car si étudier l'histoire de la philosophie peut s'avérer fécond, ce n'est jamais que parce que son histoire permet une vue large de certains concepts et manière de les penser. Autrement dit, savoir que Kant a écrit la CRPure n'a aucune valeur ; mais connaître les soubassements du débat entre rationalistes et empiristes entre le XVIIe et XVIIIe et ainsi comprendre plus largement ce à quoi répond Kant a de la valeur. 

    Quant à savoir si la philosophie devrait être enseignée avant le lycée, je trouve ça absurde. On entre en philosophie que parce qu'elle nous montre que nous sommes pleins d'a priori prêt à être pensés. Comment voulez-vous être au contact de la philosophie sans avoir un minimum d'expériences, d'opinions ? Sans elles, la philosophie ne trouvera aucune prise et l'élève sera forcé à la réduire à une suite de dates et de noms. Il passera d'emblée à côté de ce qu'est la philosophie. On a besoin d'une bêche que quand les mauvaises herbes ont poussé. 


    Revel a écrit:d'autre part, d'informer les adolescents des problèmes propres au monde, à la culture et au moment où ils vont vivre. On parle toujours de faire réfléchir. Mais sur quoi ? Alors qu'on n'informe jamais ! Une information, même imparfaite et à peine ébauchée, fait plus réfléchir que la "réflexion" dans le vide.

    On n'informe pas un élève des "problèmes propres au monde". Rien que la tournure de la phrase fait passer à côté de ce qu'il s'agit de voir. Le monde n'a aucun problème, il soulève des questions. La distinction paraît sans importance ; elle ne l'est pas : un problème demande une solution ; une question demande une réponse, réponse qui peut être partielle, indéfinie, provisoire, etc. Bref, tout le contraire d'une solution, qui comme elle traite d'un problème donné et concret, n'a de sens que si elle est entière et définitive. Dire aux élèves qu'on va les informer des problèmes du monde, c'est réduire le monde à quelque chose de mécanique dont il suffit de réparer les pièces... 
    Revel est complètement à côté de la plaque. Il tourne en rond dans sa phrase car il ne comprend pas que c'est précisément dans ce "vide" que s'ouvre pour l'élève l'appel du monde, et que ce n'est qu'à partir de là que la philosophie peut commencer, prendre un sens. Mais pour le comprendre, il faut voir que ce vide n'est pas vide comme une bouteille peut l'être. 
    Il voudrait que la philosophie soit une sorte de meuble qu'on monte grâce aux bonnes pièces (le meuble serait l'objet de la philosophie, son "sur quoi" ; les pièces les informations). Désolé mais la philosophie, et au sens plus large la pensée, ce n'est pas ça. S'il en était ainsi, il suffirait d'un simple code pour savoir rendre la justice, ou aimer quelqu'un, ou être libre, etc. La vie serait bien facile. Force est de constater qu'elle ne l'est pas.
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    Erysimumcheiri

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    Re: Faut-il supprimer, ou non, l'enseignement de la philosophie en classe de terminale ?

    Message  Erysimumcheiri le Mer 7 Jan 2015 - 22:39

    Kthun a écrit:Par commodité, la philosophie en classe de terminale divise ceux favorables à l'enseignement de la philosophie en tant qu'histoire de la philosophie et ceux partisans de la philosophie en tant qu'introduction et à la philosophie et à la réflexion impliquant l'élaboration d'un raisonnement.
    [...]
    Question difficile : êtes-vous, ou non, favorables à la suppression de l'enseignement de la philosophie en classe de terminale ?
    [...]
    En conséquence, même si l'enseignement de la philosophie est couronnement des études secondaires, cela n'est pas pour autant synonyme de nécessité. De plus, en occultant l'image d’Épinal et notre propre expérience, il nous est loisible d'observer des lycéens (dont le nombre ne faiblit pas) qui viennent réclamer de l'aide sur ce forum - parmi d'autres - afin que les membres leur donnent un coup de pouce. A partir de là, les questions restent inépuisables : ne s'éloignent-ils pas d'une certaine éthique (si l'objectif est bien de "réfléchir par soi-même en faisant ses propres recherches et lectures") ? Il ne s'agit pas de dire qu'ils sont bêtes (au contraire, il est rationnel de chercher à obtenir la meilleure note possible avec le moins de coûts). Il s'agit de dire qu'ils ne risquent pas d'appartenir au public de la philosophie.

    Toutes les questions semblent être ramenées à la première que vous posez : "Quelle est la vocation de l'enseignement de la philosophie en classe de terminale ?" Si le but est d'espérer de faire des lycéens des philosophes, c'est une vocation honorable mais vaine. Si l'on souhaite enseigner aux élèves à réfléchir, alors j'aurais personnellement honte de dire que cette matière "n'est pas nécessaire". Comme pour les amis de Desassocego, ce sont peut-être pour ces deux trois élèves que les cours de philosophie prennent leur sens. Évidemment dans une société où le but est la rentabilité, la philosophie n'a pas sa place mais ce n'est pas parce que c'en est le but, que ça doit devenir le nôtre. Si la société façonne les individus, elle est indissociable de ce que nous sommes et des décisions que nous prenons. Malgré l'apparence peu démocratique de la réponse, je préfère voir 24 individus souffrir de leurs cours de philosophie si je peux avoir la joie d'avoir remis les clefs de la réflexion aux mains de 3 élèves.
    (Il faut aussi prendre en considération que la réponse aurait été entièrement différente si j'avais fait partie des 24 individus et que je ne m'étais jamais inscrite sur ce forum.)

    Kthun a écrit:[...] Quant aux membres qui prennent la peine de leur répondre, et comme me l'a fait remarquer un certain individu, sont-ils légitimes ? Sont-ils habilités à le faire, dans la mesure où tous ne sont pas des "professionnels" de cette discipline ?

    Pour ce qui est de la question de l'aide aux devoirs sur ce forum, c'est un choix à faire. Est-ce qu'il s'agit d'orienter la réflexion de la personne ou de lui fournir des éléments de réponse ? Est-ce qu'il est possible de favoriser les réponses qui aident à la réflexion et d'éviter celles qui répondent directement au problème posé ? Est-ce que les personnes qui répondent sont légitimes ? Socrate l'aurait été et c'est d'ailleurs pour cette raison qu'il n'aurait sans doute pas répondu. Personnellement, je ne le suis pas mais c'est peut-être à chacun de juger si sa réponse apporte une aide à la réflexion et non par rapport à la note.

    Kthun a écrit:[...] Leur répondre, cela ne revient-il pas, sans bien sûr le vouloir, à cautionner ce "système" (notion certes bien commode) ? En effet, cela ne revient-il pas qualifier implicitement d'échec la pratique pédagogique de l'enseignant en question ? Peut-il être tenu pour responsable de cet "apprenant" ? Si oui, pourquoi et quelles en sont les causes ? Si non, est-ce la faute du "système" ? En quoi ?

    Il faudrait avoir une vue globale de l'enseignement philosophique pour pouvoir y répondre objectivement. Je ne peux ici vous donner que des exemples :
    Me rappelant l'attitude des élèves vis-à-vis du professeur en classe de Terminale, il m'est impossible de blâmer les professeurs de philosophie. Je ne considère pas que l'échec dont vous parlez (en ce qui concerne la philosophie) soit l'échec de l'enseignant mais plutôt celui de l'enseignement. Si l'échec était celui de la pratique pédagogique de l'enseignant, alors on verrait, comme dans les autres matières, d'excellents résultats chez les bons professeurs et de moins bons chez d'autres.
    Néanmoins, les cours ayant attiré le plus l'attention étaient ceux en lien avec des extraits de films, des sujets actuels, des références à ce que les élèves avaient déjà vu ou entendu... et peut-être l'effarement de notre prof, lorsque le mal et le bien nous apparaissaient exclusivement relatifs et non absolus.

    Quant-à savoir à qui est la faute, l'éducation est la responsabilité de tous.


    @JimmyB a écrit:Ce qu'il faut se demander je pense, c'est si la philosophie dispensée une année sérieusement et deux années, sans jugement de la qualité, est utile ? Permet il un enseignement même lacunaire suffisamment fertile pour que les élèves aient une image construite et fiable de cette discipline ?

    Nous faisons des mathématiques depuis la primaire et plus sérieusement le collège, des sciences physiques et biologiques dès le collège, du français et de la littérature dès le primaire et le collège. Et ce, car ce sont des disciplines qui possèdent des connaissances fondamentales pour les élèves. Point de philosophie or même la technologie apparaît au collège.

    Ce sont en effet des matières qui permettront d'aboutir à un métier, mais pas une seule d'entre elles n'est en mesure d'aider l'individu. Certains élèves, et je parle ici d'eux au titre d'individu, apparaissent en effet comme n'ayant aucune difficulté dans leur vie, que ce soit au niveau social, culturel ou encore intellectuel. Néanmoins, je n'en connais pas un qui ne se soit interrogé à son sujet. Tous ne cherchent pas leurs réponses dans la philosophie et la complexité du raisonnement peut suffire à l'abandonner. Mais pouvons-nous dire pour autant que le questionnement disparait ?

    @JimmyB a écrit:Une population abêtie sans réflexion, argumentation et connaissance est quand même beaucoup plus servile, cela n'apporterait pas grand chose d'instruire la philosophie sinon semer un doute qui permettrait une réflexion  et des connaissances qui la nourriraient. Donc selon  le point de vue la philosophie est nécessaire et primordiale si et seulement si elle est dispensée dès le collège ou bien il vaut mieux ne pas l'enseigner par confort et donc la supprimer serait plus honnête. Donc selon le point de vue la philosophie est nécessaire et primordiale si et seulement si elle est dispensée dès le collège [...]

    N'est-ce pas l'un des rôles de l'enseignement que d'apporter des éléments de réponses ? Ne sommes-nous formés qu'à être les rouages d'une machine destinée à servir le pays ? JimmyB vous avez raison sur tous les points que vous avez cité (je suis juste sceptique sur la réceptivité des collégiens au cours de philosophie). Mais ô combien l'asservissement du peuple est une réjouissance dans les hautes sphères du gouvernement, je doute fortement que supprimer la philosophie (seule matière donnant matière à réfléchir) permette à notre société de devenir la civilisation telle que Revel la décrivait.

    Kthun a écrit:
    Revel a écrit:Une société est une civilisation dans la mesure où elle élève des individus capables de la critiquer, des hommes qui puissent concevoir l'envie de lui échapper, atteindre aux moyens intellectuels de la juger, exercer le droit moral de la refuser et aussi, pourquoi pas ? le droit à l'inefficacité.


    @JimmyB a écrit:[...] ou bien il vaut mieux ne pas l'enseigner par confort et donc la supprimer serait  plus honnête.
    La supprimer serait plus honnête ? Admettons que vous ayez raison, mais n'est-ce pas là choisir la voie la plus facile ? Et ne sommes-nous pas tout autant honnêtes à vouloir persévérer dans l'enseignement de cette discipline, continuant d'apporter de l'aide aux élèves qui trouvent en cette matière un moyen de répondre à leurs questions et finalement, espérant ainsi entraîner les autres vers une réflexion de ce qu'ils sont et de ce qui les entoure ?


    Desassocego a écrit:
    Revel a écrit:d'autre part, d'informer les adolescents des problèmes propres au monde, à la culture et au moment où ils vont vivre. On parle toujours de faire réfléchir. Mais sur quoi ? Alors qu'on n'informe jamais ! Une information, même imparfaite et à peine ébauchée, fait plus réfléchir que la "réflexion" dans le vide.

    On n'informe pas un élève des "problèmes propres au monde". Rien que la tournure de la phrase fait passer à côté de ce qu'il s'agit de voir. Le monde n'a aucun problème, il soulève des questions. La distinction paraît sans importance ; elle ne l'est pas : un problème demande une solution ; une question demande une réponse, réponse qui peut être partielle, indéfinie, provisoire, etc. Bref, tout le contraire d'une solution, qui comme elle traite d'un problème donné et concret, n'a de sens que si elle est entière et définitive.
    Je n'entrevois pas les choses de la même façon. J'entends par "information" une information sur le monde qui n'exclut pas le milliard d'autres informations existant. L'information est plus concrète que la réflexion. La réflexion peut se baser sur des concepts abstraits, l'information renvoie à des faits et en ce sens peut apparaître plus accessible à l'adolescent. Prenons par exemple la révolution française, le printemps arabe ou n'importe quelle manifestation ayant eu lieu depuis un an (nous laisserons au professeur de Philosophie le soin de choisir un sujet pertinent). Ce sont là des faits concrets qui soulèvent des questions, notamment l'éternel "Pourquoi?" et qui finalement mènent à un certain nombre de sujets philosophiques dont la liberté. Mais si l'on s'interroge sur ces faits, n'est-il pas parce qu'un problème demeure ? L'homme libre ne réclame pas la Liberté. L'homme qui ne sait pas qu'il est enchaîné ne la réclame pas non plus.

    Une fois la réflexion entamée, elle peut se poursuivre. Mais si l'on veut un jour pouvoir philosopher, elle doit se poursuivre. Alors oui, la réflexion vaut mieux que l'information mais philosopher ce n'est pas non plus réfléchir inutilement. La réflexion peut être autant utile qu'inutile, tel que c'est le cas pour l'information. Est-il inconcevable d'associer les deux lorsque les deux s'avèrent utiles ?

    Un problème demande une solution, certes, mais il soulève une question. Une question peut soulever un problème.
    (Il est possible que je me fourvoie avec ces termes, auquel cas une aide serait la bienvenue.)

    Desassocego a écrit:[...]c'est précisément dans ce "vide" que s'ouvre pour l'élève l'appel du monde, ce n'est qu'à partir de là que la philosophie peut commencer, prendre un sens. Mais pour le comprendre, il faut voir que ce vide n'est pas vide comme une bouteille peut l'être.
    Il n'y aurait donc aucun autre point de départ à la philosophie ? Soit je ne comprends pas ce que vous entendez par "ce vide", soit je ne suis simplement pas d'accord avec ce que vous dites puisque la philosophie me semble prendre naissance aussi bien dans les événements de la nature que dans les actions des hommes, que je ne considère ni l'un ni l'autre comme faisant partie du vide.
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    JimmyB

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    Re: Faut-il supprimer, ou non, l'enseignement de la philosophie en classe de terminale ?

    Message  JimmyB le Jeu 8 Jan 2015 - 0:55

    Desassocego a écrit:

    Quant à savoir si la philosophie devrait être enseignée avant le lycée, je trouve ça absurde. On entre en philosophie que parce qu'elle nous montre que nous sommes pleins d'a priori prêt à être pensés. Comment voulez-vous être au contact de la philosophie sans avoir un minimum d'expériences, d'opinions ? Sans elles, la philosophie ne trouvera aucune prise et l'élève sera forcé à la réduire à une suite de dates et de noms. Il passera d'emblée à côté de ce qu'est la philosophie. On a besoin d'une bêche que quand les mauvaises herbes ont poussé. 
    .

    Cette idée est un drame de la philosophie française. Penser que l'expérience permet une réflexion pour faire de la philosophie. Et quel poncif de penser que l'expérience est liée à l'âge. C'est vraiment dommageable. Mais voyons il y a plusieurs étapes dans la philosophie, plusieurs actions. Avant d'émettre des hypothèses, il faut questionner, et questionner cela s'apprend. C'est d'ailleurs le rôle le plus important, celui par lequel tout commence, le questionnement.
    Le questionnement, l'étonnement philosophique comme le dit Jeanne Hersh est primordial pour être curieux, une qualité dont auraient bien besoin beaucoup d'élèves cela éviterait qu'ils s'en foutent par la suite pour reprendre vos termes.
    Parce que si l'on suit votre raisonnement, il ne faut pas non plus étudier de textes littéraires. Comment comprendre Dom Juan sans expérience de la séduction et du romantisme. On l'apprend en 5e.
    On ne peut étudier l'histoire, comment comprendre la vie d'un soldat de la seconde guerre mondiale sans l'expérience de la guerre ?
    Finalement avant même d'avoir des opinions il faut avoir envie d'en forger, pour ensuite les écarter. Vous le dites vous-mêmes, la philosophie sert à ne pas se satisfaire des opinions, mais il faut qu'elles existent il faut donc que les élèves en aient et les motiver pour cela.

    C'est un peu comme le ski. On apprend à se forger des opinions comme on apprend le chasse-neige, puis quand on sait slalomer en godille on ne doit plus faire de chasse neige, quand on sait réfléchir et argumenter on ne doit plus se contenter d'opinions.

    Suis je un meilleur philosophe que vous parce que je suis plus vieux ? Parce que je suis père ? parce que j'ai connu la mort ? Bien sur que non.
    Mais si je ne me suis pas fiché de la philosophie en terminale c'est parce que mes parents m'ont fait découvrir les livres et la philosophie dès l'entrée en collège. Je ne comprenais que peu de choses mais justement ne pas comprendre c'est s'interroger. Et le principal réside dans l'interrogation.

    La mort même de la culture c'est de ne jamais la regarder avec naïveté.
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    Desassocega

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    Re: Faut-il supprimer, ou non, l'enseignement de la philosophie en classe de terminale ?

    Message  Desassocega le Jeu 8 Jan 2015 - 7:06

    @Erysimumcheiri a écrit:philosopher ce n'est pas non plus réfléchir inutilement. 

    Tout dépend ce que vous mettez derrière le terme d'utilité. Que voulez-vous dire, quand vous dites cela ?
    @Erysimumcheiri a écrit:Il n'y aurait donc aucun autre point de départ à la philosophie ? Soit je ne comprends pas ce que vous entendez par "ce vide", soit je ne suis simplement pas d'accord avec ce que vous dites puisque la philosophie me semble prendre naissance aussi bien dans les événements de la nature que dans les actions des hommes, que je ne considère ni l'un ni l'autre comme faisant partie du vide.

    C'est parce que vous entendez vide ici au même sens qu'une bouteille peut l'être, comme je le disais dans mon message. Quant à mon propos, il ne veut pas dire qu'il n'y a pas de point de départ à la philosophie ; ce qu'il veut dire, c'est qu'un élève n'est jamais autant au contact de la philosophie que quand il se sent complètement démuni face à elle, comme nu, face à un brouillard si épais qu'il y voit rien (notez que je n'ai pas écrit qu'il n'y voit rien, mais qu'il y voit rien). Et c'est la raison pour laquelle les élèves ne savent pas comment réagir devant cette matière : ils sont dans une position où le but est d'avoir le bac (pour ceux qui sont en Terminale, mais contrairement à ce qu'on pourrait croire, c'est pire encore par la suite), et donc ils souhaitent faire ce qu'il faut pour l'avoir, emprunter les éléments qu'il faut pour réussir. Mais comme la philosophie leur montre qu'elle est le contraire de cela, ils sont complètement perdus. Or c'est quand ils sont complètement perdus que peut se frayer un chemin l'expérience socratique du "savoir que je ne sais rien", qui n'est pas une pirouette, mais une expérience essentielle. Cette expérience, c'est précisément le vide dont je parle, qui n'est évidemment pas un vide comme les autres, puisque on peut en faire l'expérience. C'est un vide éminemment plein. 

    Or, réduire la philosophie ou la réflexion (pour reprendre les termes en question par rapport au texte de Revel) à des informations, c'est empêcher l'élève d'expérimenter l’insuffisance, le manque, la perdition, etc. qui sont de réelles expériences de philosophie. On en arrive rapidement à faire de la philosophie une simple méthode pour traiter une question (qui n'est donc plus une question mais un problème). Alors on problématise, on liquide le problème à grand coup d'informations, et on en vient à des élèves (c'est ce que j'ai vu en Khâgne et qui m'a horrifié !) pour qui la philosophie devient du jonglage : un sujet au hasard, une heure de préparation, un plan fait en dix minutes, hop-là, le tour et joué, on peut aller en mettre plein la vue. Il n'y a plus que de la méthode, de la mécanique. 

    @JimmyB a écrit:Cette idée est un drame de la philosophie française. 
    Pensez-vous vraiment que l'idée selon laquelle la philosophie ne commence que par rapport à l'opinion est lié à la France ? Mais c'est vieux comme... la création de la philosophie. Quel dialogue socratique n'est pas construit par rapport l'opinion des interlocuteurs de Socrate ? Quel propos de Socrate n'est pas une réponse aux opinions des autres ? Philosopher, c'est réagir par rapport à ce qu'on croyait être vrai, évident, et dont on se rend compte tout à coup que ce n'est pas si facile. 

    @JimmyB a écrit:Et quel poncif de penser que l'expérience est liée à l'âge.  
    L'expérience n'est pas réductible à l'âge, ça je suis tout à fait d'accord ! Mais c'est autre chose de dire que l'expérience n'a pas de lien avec l'âge. Si elle n'en avait pas, il n'y aurait pas de temps pour l'expérience (j'emploie temps ici au sens où on dit par exemple "un temps pour tout"). Chaque âge peut nous donner à faire une expérience, à charge pour nous ensuite de la faire, mais penser qu'on puisse faire n'importe quelle expérience à n'importe quel âge, c'est absurde. Connaissez-vous un seul enfant de 10 ans qui ait fait l'expérience de l'amour ? Je parle bien de faire une expérience, c'est-à-dire être capable d'y répondre, au lieu de simplement la subir. 

    @JimmyB a écrit:Le questionnement, l'étonnement philosophique comme le dit Jeanne Hersh est primordial pour être curieux
    L'étonnement philosophique est à cent mille années lumière de la curiosité. Un élève curieux, un élève qui s'intéresse à plusieurs choses, qui a ce que "on" appelle une "ouverture d'esprit", qu'est-ce que cela à avoir avec l'expérience socratique dont je parle au début de ce message ? Je le répète et je maintiens, enseigner la philosophie au collège, c'est prendre le risque d'habituer les élèves à faire de la philosophie une machine à régler des problèmes, ou un jonglage intellectuel, ou je ne sais quoi d'autre. 

    @JimmyB a écrit:Parce que si l'on suit votre raisonnement, il ne faut pas non plus étudier de textes littéraires. Comment comprendre Dom Juan sans expérience de la séduction et du romantisme. On l'apprend en 5e.
    On ne peut étudier l'histoire, comment comprendre la vie d'un soldat de la seconde guerre mondiale sans l'expérience de la guerre ?
    Je ne crois pas que les élèves de 5e qui étudient Dom Juan soient au contact de ce qu'est la séduction. L'étude qu'ils font de ce texte est faite sous un autre angle, ils y apprennent d'autres choses, à commencer par la construction d'un texte littéraire : c'est en 5e qu'on apprend, si je me souviens bien, ce qu'est une péripétie, un élément perturbateur, etc. Bref, ne nous faites pas croire que les élèves de 5e ont un rapport à l'œuvre en tant qu'elle dit quelque chose du monde. Personnellement j'ai fait cette expérience avec Flaubert, que j'ai étudié une fois en classe de Seconde, une fois en classe d'Hypokhâgne. En Seconde, les cours se concentraient sur les mécanismes littéraire, sur l'histoire de l'ouvrage, sur quelques éléments d'écriture, sur des thèmes, etc. En Hypokhâgne, j'ai été forcé à faire une lecture qui puisse touché l'essence de l'œuvre, ce qui la dépasse, ce qu'elle peut nous apprendre au sens fort du mot apprendre. Demandez à un élève de Seconde de comprendre pourquoi Flaubert disait que mai 1870 ne serait pas arrivé si on avait lu L'Education sentimentale, vous verrez qu'il n'en est pas capable. Et cela non pas parce qu'il est débile, mais parce qu'il n'a pas encore les ressources nécessaires. 
    De même en histoire : vous souvenez-vous d'un seul de vos professeur du collège qui vous ait fait un cours sur "qu'est-ce que la guerre ?" ou "y a-t-il une différence entre un ennemis et un adversaire ?", je ne le pense pas. Quand on étudie la seconde guerre mondiale en classe de 3e, on étudie les dates, les mouvements, les conséquences, les causes, etc. bref, on donne une vue d'ensemble de ce qu'il s'est passé, on ne cherche pas à apprendre aux élèves ce qu'est la guerre. 

    @JimmyB a écrit:Mais si je ne me suis pas fiché de la philosophie en terminale c'est parce que mes parents m'ont fait découvrir les livres et la philosophie dès l'entrée en collège
    Et c'est une très bonne chose ! Je ne dis pas qu'aucune personne ne doit ouvrir un livre de philosophie avant la Terminale ! Je dis que la philosophie en tant que matière enseignée n'a pas de sens au collège.
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    Re: Faut-il supprimer, ou non, l'enseignement de la philosophie en classe de terminale ?

    Message  JimmyB le Jeu 8 Jan 2015 - 8:44

    Desassossego a écrit:Pensez-vous vraiment que l'idée selon laquelle la philosophie ne commence que par rapport à l'opinion est lié à la France ?

    Non, l'expérience, la nécessité d'expérience pour faire de la philosophie.

    Desassossego a écrit:L'étonnement philosophique est à cent mille années lumière de la curiosité

    Pas selon Jeanne Hersh. Et en effet je ne connais pas d'enfant de la sorte car pour moi l'expérience n'est pas nécessaire pour faire de la philosophie... Car se poser des questions n'est pas uniquement constitutif de l'epérience. Je connais peu de terminale ayant fait l'expérience de l'amour, le vrai, pas seulement l'acte.
    C'est ce que je disais déjà dans mon premier message.

    Desassossego a écrit:Je ne crois pas que les élèves de 5e qui étudient Dom Juan soient au contact de ce qu'est la séduction. L'étude qu'ils font de ce texte est faite sous un autre angle, ils y apprennent d'autres choses, à commencer par la construction d'un texte littéraire : c'est en 5e qu'on apprend, si je me souviens bien, ce qu'est une péripétie, un élément perturbateur, etc. Bref, ne nous faites pas croire que les élèves de 5e ont un rapport à l'œuvre en tant qu'elle dit quelque chose du monde. Personnellement j'ai fait cette expérience avec Flaubert, que j'ai étudié une fois en classe de seconde, une fois en classe d'Hypokhâgne. En seconde, les cours se concentraient sur les mécanismes littéraire, sur l'histoire de l'ouvrage, sur quelques éléments d'écriture, sur des thèmes, etc. En Hypokhâgne, j'ai été forcé à faire une lecture qui puisse touché l'essence de l'œuvre, ce qui la dépasse, ce qu'elle peut nous apprendre au sens fort du monde apprendre. Demandez à un élève de Seconde de comprendre pourquoi Flaubert disait que mai 1870 ne serait pas arriver si on avait lu L'Education sentimentale, vous verrez qu'il n'en est pas capable. Et cela non pas parce qu'il est débile, mais parce qu'il n'a pas encore les ressources nécessaires.
    De même en histoire : vous souvenez-vous d'un seul de vos professeur du collège qui vous ait fait un cours sur "qu'est-ce que la guerre ?" ou "y a-t-il une différence entre un ennemis et un adversaire ?", je ne le pense pas. Quand on étudie la seconde guerre mondiale en classe de 3e, on étudie les dates, les mouvements, les conséquences, les causes, etc. bref, on donne une vue d'ensemble de ce qu'il s'est passé, on ne cherche pas à apprendre aux élèves ce qu'est la guerre.

    Vous avez le droit de ne pas le croire et vous en avez votre propre expérience. Moi j'ai eu l'expérience à laquelle vous ne croyez pas. Que faisons nous ? On continue à jouer à "Qui a vécu quoi ?" Nous n'avons pas le même âge les choses ont quelque peu changé.
    Pour l'instant je n'ai vu aucun argument de votre part donc j'arrête là ce débat puisque vous modérez les personnes sur ce que vous faites précisément.





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    Re: Faut-il supprimer, ou non, l'enseignement de la philosophie en classe de terminale ?

    Message  Desassocega le Jeu 8 Jan 2015 - 10:18

    @JimmyB a écrit:Non, l'expérience, la nécessité d'expérience pour faire de la philosophie.

    Qu'est-ce qui vous fait penser que cette idée vient de France ?


    @JimmyB a écrit: car pour moi l'expérience n'est pas nécessaire pour faire de la philosophie

    Pourriez-vous développer, car je ne vois pas comment pourrions-nous avoir rapport à la philosophie sans expérience, ou plus précisément et selon mon propos, sans opinions ? Car ce qui fait que nous allons philosopher, c'est ce qui dans notre vie va nous solliciter, nous requérir. Où commence la philosophie, si ce n'est sur ce qu'on croit savoir ?



    @JimmyB a écrit:Moi j'ai eu l'expérience à laquelle vous ne croyez pas. 

    Laquelle ? Être en rapport à une œuvre en tant qu'elle dit quelque chose d'essentiel sur le monde, et ceci en classe de 5e ? Je veux bien vous croire, mais dans ce cas dites-en nous plus ! 


    @JimmyB a écrit:Pour l'instant je n'ai vu aucun argument de votre part donc j'arrête là ce débat 

    Si je n'ai pas donné d'arguments sur ce point précis de la discussion, c'est simplement car de votre côté vous n'avez pas pris au sérieux ce que j'ai dit dans mon premier message. Voyez : 1) j'affirme qu'apprendre la philosophie commence quand on questionne ce qu'on croyait savoir, et que donc la philosophie se positionne et se tient par rapport à des opinions (en donnant ensuite l'exemple des dialogues socratiques) 2) vous me répondez que si on suit ce raisonnement, alors on ne peut pas étudier la seconde guerre mondiale sans expérience de la guerre, ce qui est absurde et en plus n'a rien à voir avec mon propos, puisque lorsqu'on étudie la seconde guerre mondiale à l'école, ce qu'on étudie, c'est un événement historique, non le concept de guerre...


    @JimmyB a écrit:Je connais peu de terminale ayant fait l'expérience de l'amour, le vrai, pas seulement l'acte.

    C'est vrai, mais admettez peut-être qu'à 17-18 ans on est déjà plus en rapport à l'amour qu'à 12-13 ans, au moins parce qu'on commence à en penser quelque chose, à en affirmer quelque chose.
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    Re: Faut-il supprimer, ou non, l'enseignement de la philosophie en classe de terminale ?

    Message  JimmyB le Jeu 8 Jan 2015 - 12:07

    Je me suis mal exprimé. Les expériences nous en faisons nécessairement quel que soit l'âge, mais des expériences spécifiques ne sont pas nécessaires pour faire de la philosophie. Je convoque Dewey si vous voulez qui affirme que seule la faculté d'apprendre est innée. Donc quel que soit l'âge apprendre est possible vous en conviendrez aisément, en faire l'expérience aussi donc. Du coup ce que vous remettriez en cause est la faculté d'en tirer quelque chose, ce que vous ne pouvez prouver.
    Dès lors le débat est vain sur ce sujet.
    La philosophie comme je vous l'ai dit ne commence pas à ce qu'on croit savoir mais à ce qu'on doute de comprendre, dès lors cela revient à poser des questions, se poser des questions et tout le travail va consister à force de réflexion à se poser des questions plus pertinentes.
    En 5e, Nous avons dû lire Frankenstein et parmi nos contrôles un devoir de réflexion, une rédaction, la première, qui portait (je paraphrase) sur la question de savoir si la vie se réduisait à de l'électricité dans le corps. C'est une question simple en apparence mais très compliquée selon le degré de connaissances que l'on a. Le devoir fut apprécié, il y eut de bonnes notes et une correction instructive. C'est possible, c'est faisable, c'est bénéfique, c'est devenu la matière préférée de tous les élèves de ma classe.

    Et non je n'admets pas qu'à 17-18 ans on connaisse davantage l'amour surtout avec l'exemple de Dom Juan que j'ai évoqué. La question hormonale n'est pas la question amoureuse pas plus que la question sexuelle.
    Surtout si l'on pense comme certains psychanalystes que tous les amours de notre vie sont des tentatives de revivre l'amour de l'enfant envers sa mère et réciproquement.


    PS : je ne dis pas que c'est né en France mais que c'est typique de la France actuelle, il suffit de lire les essais contemporains.
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    Re: Faut-il supprimer, ou non, l'enseignement de la philosophie en classe de terminale ?

    Message  Vangelis le Jeu 8 Jan 2015 - 13:50

    Quelle discipline est la plus propice à la formation de l'esprit critique ?
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    Re: Faut-il supprimer, ou non, l'enseignement de la philosophie en classe de terminale ?

    Message  Erysimumcheiri le Jeu 8 Jan 2015 - 17:22

    @Vangelis a écrit:Quelle discipline est la plus propice à la formation de l'esprit critique ?

    Je crains ne pas même pouvoir répondre la philosophie. J'ai eu une prof qui malheureusement nous a préparés au bac et non à la réflexion ni à l'esprit critique.

    L'étonnement, le questionnement et la curiosité sont des qualités qui peuvent être développées dans n'importe quel domaine. On pourrait songer à inclure une séquence philosophique à chaque matière et ce dès le collège si on le souhaitait. Même simplement soulever des questions durant les cours, montrer que ce qui est enseigné comme une évidence n'en a pas toujours été une, suffirait à initier un esprit critique. Les exemples ne manquent pas.

    Je me demande également si la philosophie ne souffre pas démesurément des préjugés des élèves, comme si la mode de notre siècle était de ne pas aimer la philosophie. A peine parle-t-on de philosophie que les élèves soupirent. Mais la recherche de liberté, le besoin de justice, le fait d'agir spontanément de façon morale les concernent tous.

    Pour former l'esprit critique, il faudrait peut-être que les professeurs encouragent les élèves dans leurs interprétations et leurs réflexions; leur montrer en quoi celles-ci sont plausibles ou incohérentes et non chercher à tout prix à leur imposer un modèle.
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    Re: Faut-il supprimer, ou non, l'enseignement de la philosophie en classe de terminale ?

    Message  Invité le Ven 9 Jan 2015 - 0:30

    kercoz, où voulez-vous en venir ?

    Desassocego a écrit:Bien sûr, la plupart des élèves se foutent complètement de la philosophie, mais s'il fallait attendre qu'elle intéresse la majorité des élèves, on ne serait pas sorti du sable ! J'ai deux amis qui enseignent la philosophie en Terminale, chacun sait qu'il vaut mieux se réjouir des deux trois élèves qui auront un intérêt réel pour la philosophie et en apprendront quelque chose qu'être désespéré par tous les autres qui s'en moquent. Et quand je dis apprendre, je ne parle pas d'apprendre au sens ou on apprend sa leçon pour la réciter.

    @Erysimumcheiri a écrit:Comme pour les amis de Desassocego, ce sont peut-être pour ces deux trois élèves que les cours de philosophie prennent leur sens. Évidemment dans une société où le but est la rentabilité, la philosophie n'a pas sa place mais ce n'est pas parce que c'en est le but, que ça doit devenir le nôtre. Si la société façonne les individus, elle est indissociable de ce que nous sommes et des décisions que nous prenons. Malgré l'apparence peu démocratique de la réponse, je préfère voir 24 individus souffrir de leurs cours de philosophie si je peux avoir la joie d'avoir remis les clefs de la réflexion aux mains de 3 élèves

    A rebours de l'utilitarisme, le point de vue défendu ici pourrait-il être résumé par le principe du "plus grand bonheur du plus petit nombre" ? Je suppose que l'on a, d'ailleurs, sans doute à l'esprit le lycée public. Autrement dit, il s'agit de justifier la satisfaction de quelques-uns au détriment (et à la charge) du reste de la classe. Nous sommes donc en présence d'une situation sous-optimale en termes d'allocation des ressources. Afin d'y remédier, Jimmy avait proposé de transformer cet enseignement en option, idée qui constitue un bon compromis en vue de la satisfaction du plus grand nombre. Sauf que cette décision (qui pourrait peut-être la rendre attrayante) enverrait le signal suivant : cet enseignement passerait pour élitiste (comme le latin). Or, dans le même temps l'on prétend que cet enseignement a pour tâche de s'adresser à tous au nom de la "démocratisation scolaire" (ce qui explique sans doute pourquoi le même Jimmy parlait d'hypocrisie). De plus, et paradoxalement, la filière littéraire passe (du moins dans les représentations) pour une filière de relégation (alors que l'enseignement en philosophie dans cette section est à la fois gourmand en heures et en coefficient). Quel casse-tête. Pour poursuivre sur les différents cursus du lycée (extrait, je le rappelle, d'un texte de 1962) :

    Jean-François Revel a écrit:S'il est un vain débat, c'est bien celui qui met périodiquement aux prises les partisans de l'enseignement secondaire scientifique et ceux de l'enseignement secondaire littéraire, des sciences exactes et de "l'humanisme". On dirait vraiment que c'est au niveau des lycées que la question mérite d'être discutée, et que c'est au niveau de la quatrième qu'il faille choisir entre Shakespeare et Newton. Spécialisation ou culture générale ? Vivace serpent de mer des éditorialistes... Or seul l'égocentrisme des adultes explique l'imputation au second degré de cette responsabilité : préférer le technicien à l' "honnête homme" ou inversement. Le second degré n'a le loisir de fabriquer ni l'un ni l'autre. Faux problème en soi, la conciliation de la spécialisation et de la culture est un problème dépourvu de signification pratique dans le cadre du lycée. Les arguments dirigés contre l'enseignement littéraire et philosophique dans les lycées consistent à en souligner le caractère aristocratique et improductif et à souhaiter un enseignement "orienté vers la vie pratique" mais surtout vers la technique et la science. La France a besoin d'ingénieurs et de savants... Ces arguments, sensés en apparence, reposent en fait sur des informations incomplètes et des raisonnements faux. Premier point, en effet : ce qui peut s'enseigner de littérature et de philosophie dans le second degré ne constitue pas une spécialité. La spécialisation philosophico-littéraire ne commence qu'avec l'entrée en Première Supérieure (khâgne) ou en Faculté. Un élève reçu à la seconde partie du baccalauréat est à peine capable, même lorsqu'il a suivi la section classique A' et Philo-lettres d'écrire quatre pages cohérentes dans sa langue maternelle (ce qui a obligé à créer la Propédeutique) et, s'il possède en outre une très vague idée de la culture où il vit, il devient une brillante exception. D'où peut donc provenir la légende d'un excès de littérature ? Il ne s'agit pas, à vrai dire, de "littérature", mais d'un balbutiement indispensable, en deçà duquel aucun être humain ne pourrait passer pour citoyen d'un pays évolué. Il s'agit d'assurer le niveau culturel minimal d'une société moderne à ceux-là mêmes, précisément et surtout, que leurs occupations et dispositions futures entraîneront loin des livres.
    Ces considérations vous paraissent-elles fausses aujourd'hui ?


    Dernière édition par Kthun le Ven 9 Jan 2015 - 18:15, édité 1 fois
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    Re: Faut-il supprimer, ou non, l'enseignement de la philosophie en classe de terminale ?

    Message  Vangelis le Ven 9 Jan 2015 - 11:24

    Pour moi la question de la légitimité de l'enseignement philosophique ne se pose pas, et quand je posais la question de l'esprit critique c'était pour faire écho à la déclaration de l'UNESCO. La seule question qui prévaut à mon sens c'est : à partir de quel moment et de quelle façon ?

      La date/heure actuelle est Ven 24 Nov 2017 - 14:03