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    Quand la littérature a une portée philosophique.

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    JimmyB

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    Re: Quand la littérature a une portée philosophique.

    Message  JimmyB le Lun 20 Mai 2013 - 14:45

    En quoi l'art montre t-il le réel ? Ayant fait trois années d'esthétique en spécialisation c'est la première fois que je vois l'art limité à la théorie de l'imitation. N'y a t-il donc que Zeuxis et ses raisins ? En quoi le réel possède-t-il une singularité ?

    Silentio

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    Re: Quand la littérature a une portée philosophique.

    Message  Silentio le Lun 20 Mai 2013 - 15:07

    C'est parce que vous voyez mal. Je n'ai pas parlé d'imitation, ce qui suppose au préalable un modèle, tout comme la représentation. Le réel est singulier parce qu'il est simple et plural, un et multiple. Il excède toujours la représentation. Et s'il y a imitation, c'est seulement à la manière dont la vie et la nature, pour reprendre Oscar Wilde, imitent l'art (et non l'inverse).
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    JimmyB

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    Re: Quand la littérature a une portée philosophique.

    Message  JimmyB le Lun 20 Mai 2013 - 15:24

    Sauf que depuis l'art contemporain est arrivé et il n'est pas nécessairement en lien avec une représentation du réel. C'est d'ailleurs un grand débat en esthétique.
    Je vous conseille à mon tour [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] qui est assez éclairant. Car cet art remet même en cause le statut de l'œuvre d'art.
    Mais je ne vois toujours pas en quoi le réel est singulier. Pour dire cela il faudrait qu'il puisse être comparé à quelque chose, puisque singulier signifie qu'il est différent et par cette différence unique.

    Silentio

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    Re: Quand la littérature a une portée philosophique.

    Message  Silentio le Lun 20 Mai 2013 - 23:14

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Sauf que depuis l'art contemporain est arrivé et il n'est pas nécessairement en lien avec une représentation du réel. C'est d'ailleurs un grand débat en esthétique.
    Qu'entendez-vous ici par représentation du réel ? Car je ne vais pas à contre-courant. Je ne pense pas que l'art ait à reproduire fidèlement ou le plus fidèlement possible un objet qui existerait en soi et qu'il nous serait possible d'atteindre et de reproduire. Vous me parliez de raisins, d'une nature morte en somme. Mais je n'ai pas parlé de cela. A la limite, je dirais même que l'art classique est plus difficile à prendre en compte dans ma thèse, bien qu'il ne la contredise pas. L'art contemporain me semble, au contraire de l'art classique, interroger à la fois le statut de l'objet et celui du sujet. On crée des formes pures qui n'ont pas leur contrepartie dans la nature. Ce sont des créations de l'esprit qui prennent corps dans la chair du monde. Bien évidemment, ces objets sont parfois des mélanges qui comportent quelque chose du réel, mais à l'extrême on débouche sur des formes plus ou moins informes ou déformées, et également sur des formes géométriques pures. Nous sommes alors confrontés à l'absence de sens, parce qu'il n'y a pas de référence qui nous soit accessible, pas de modèle antérieur et prédéterminant. L'œuvre est alors singulière, unique, et nous défie parce qu'elle se tient toujours devant nous : on ne peut jamais tout à fait la com-prendre, la dire dans sa totalité, lui assigner une essence, une nature. Dire la chose c'est déjà s'en écarter, la trahir, parce que c'est appliquer du connu sur ce qui est inconnu et inconnaissable, c'est ce à quoi on ne peut vraiment assigner des coordonnées parce que sa seule présence rompt l'ordre de nos représentations, l'ordre symbolique, etc. Et lorsque cet art nous permet d'en finir avec l'illusion de l'accord entre notre représentation et l'objet (qu'en réalité nous formons et qui en soi nous résiste) on peut alors réinterpréter l'art classique comme la production de formes qui sont autant de découpes dans le chaos le plus primordial, à la racine des choses qui composent notre monde. On en vient aussi à comprendre que le réel fonctionne comme l'art et/ou que notre rapport au réel est semblable à celui que nous entretenons à l'art et à la nature.
    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Mais je ne vois toujours pas en quoi le réel est singulier. Pour dire cela il faudrait qu'il puisse être comparé à quelque chose puisque singulier signifie qu'il est différent et par cette différence unique.
    Allez voir aussi bien du côté de Kant que de Bergson. Voire de Clément Rosset.
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    JimmyB

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    Re: Quand la littérature a une portée philosophique.

    Message  JimmyB le Lun 20 Mai 2013 - 23:43

    Vous me renvoyez à des lectures ; je vous renvoie également à des lectures fondamentales en esthétique... Textes clés d'esthétique contemporaine chez Vrin. Cela vous aidera à comprendre pourquoi ce que vous dites n'est ni à contre-courant ni dans le sens de quoi que ce soit. Sujet bien évidemment clos pour moi.

    Cordialement.

    Silentio

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    Re: Quand la littérature a une portée philosophique.

    Message  Silentio le Mar 21 Mai 2013 - 1:23

    Écoutez, votre ton commence à sérieusement m'agacer. Vous ne cessez de jouer au procureur à chacune de mes interventions sans jamais développer une seule idée - et ce depuis plusieurs mois. Vous mésinterprétez la plupart du temps ce que je dis (je n'ai ni valorisé la représentation ni ne me suis inscrit à contre-courant de quoi que ce soit), vous critiquez des choses que je ne dis pas en projetant sur moi ce que vous voulez y mettre, ce que vous croyez y trouver, et vous n'expliquez jamais rien. Qu'est-ce que la théorie de la représentation que vous m'imputez ? Et pourquoi la critiquez-vous au fait ? Bref, au lieu de nous faire croire que vous savez quelque chose, démontrez-le. Vous avez sûrement beaucoup de choses à dire, alors faites-le. La prétention n'est vraiment pas de mon côté. Ayez au moins l'obligeance de me répondre comme je le fais toujours, même quand il s'agit de vos attaques infondées et gratuites. Il est si facile de ne défendre aucune thèse, de ne prendre aucun risque, de ne pas chercher à discuter. Vous voulez être utile à la discussion et nous faire part de vos lumières ? Alors commencez par nous dire comment vous comprenez les choses, de quoi et d'où vous parlez précisément. Je vous ai renvoyé à un de mes messages où j'expliquais ne pas connaître grand chose en esthétique. La moindre des choses, pour quelqu'un qui se prend pour un professeur, serait d'étayer son propos. Sans quoi nous finissons par parler dans le vide et à nous donner une importance que nous n'avons pas en gonflant notre poitrail. Cela ne m'intéresse pas le moins du monde. J'ai fait l'effort de produire un début de raisonnement. A vous de le lire comme il faut et d'éclaircir ce qui doit l'être. Mais à la vue de votre réaction je pense que vous faites bien de ne pas vouloir continuer et de vous réfugier dans vos évidences, car à l'évidence vous n'êtes pas un interlocuteur digne de ce nom, vous ne pouvez pas l'être. Notez que j'accepte tout à fait les critiques, et même d'avoir tort, d'être réfuté, encore faut-il que l'on me démontre mon ignorance et la fausseté de ce que je dis. Or vous n'avez rien démontré, et cela ne vous intéresse aucunement. Que faites-vous donc ici ? C'est à se le demander... Quant à vous recommander des lectures, il s'agit de vous signifier depuis quelle perspective j'envisage les choses. Si vous prenez un conseil pour une marque de supériorité je crois que le problème ne peut que venir de vous-même, car alors il n'y a que vous pour ne pas supporter qu'on lui rappelle certaines choses et qu'on l'aiguille.
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    Euterpe

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    Re: Quand la littérature a une portée philosophique.

    Message  Euterpe le Jeu 13 Mar 2014 - 17:26

    Desassossego a écrit:Le problème, c'est que ce n'est pas la nature des sujets abordés qui fait qu'une œuvre est (de portée) philosophique... Comme je l'ai dit, c'est la manière de traiter ce sujet, de le voir, de l'entendre, etc. Parfois la poésie peut rencontrer la philosophie, mais cela reste rare, et beaucoup plus rare que ce que pense le monde.
    Le sujet exigerait quand même que chacun se préoccupât, sinon de définir, du moins de caractériser au mieux la philosophie et la littérature. Il y a évidemment plusieurs angles d'attaque. D'un côté, la pensée philosophique se distingue dès l'origine par la volonté de constituer un savoir total ; et, très tôt, on s'est aperçu que le seul fait de penser (philosophiquement) impliquait une réflexivité : comment penser ce qu'on pense (ce à quoi est rapportée la pensée) ? L'objet de la pensée a obligé les penseurs à inventer, disons d'un terme technique, des procédures. Pas de méthode (sens étymologique), pas de pensée. Le romancier peut se montrer théoricien (la surenchère théoricienne des écrivains du XIXe siècle l'atteste), mais il n'expose jamais, dans son œuvre, les procédures qui lui permettent de l'écrire. Le [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] "théoricien" se trouve surtout dans son [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], le [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] "théoricien", dans [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], le [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] théoricien dans des textes conçus pour le seul exposé de [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]. D'un côté, l'œuvre ; de l'autre, la théorie. Il ne peut en aller ainsi chez les philosophes. L'œuvre est et reste en même temps une interrogation sur la manière et les moyens de parvenir à l'objet que se propose son auteur.

    Ceci posé, qu'est-ce que le roman ? Un genre littéraire tardif. Le terme lui-même est une métonymie, puisqu'il désigna d'abord, non une production littéraire en tant que telle, mais la langue vulgaire utilisée pour l'écrire. Le roman est donc une langue, celle que n'employaient pas les clercs et les savants. Langue que les poètes n'emploieront que très tard, pour des raisons qui ne font pas partie de ce débat ; retenons seulement, ici, que la langue romane n'est pas, à l'origine, une langue poétique (langue noble), mais prosaïque (dans les deux sens du terme : écriture en prose ; sans beauté), dont l'objet n'a aucune espèce de dignité (thèmes vulgaires, anecdotiques, etc.). Il faudra tout le travail des poètes et grammairiens de [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], l'influence du théâtre du XVIIe siècle, et celle du roman précieux, pour donner au roman à la fois un contenu (toujours mal établi aujourd'hui) et une valeur littéraire dignes d'en faire un genre à part (à côté du théâtre et de la poésie - les distinctions antérieures se font entre les œuvres poétiques, théâtre compris donc, et les œuvres en prose), pour ne s'en tenir qu'à la France.
    Or qu'est-ce qui distingue le roman ? C'est un récit (narration) fictif. Mais en disant cela on n'a encore rien dit. Fiction littéraire en prose qui parle de quoi ? En fait, de rien qu'on pourrait pré-assigner aux romanciers ; en droit, tout. C'est donc un genre né à la littérature comme mauvais genre et devenu le genre idéal de la littérature au XIXe siècle grâce à une particularité qui a quelque chose de la prestidigitation : c'est un pseudo genre ; et le romancier un pseudo écrivain (zoologiste, comme Balzac ? naturaliste, comme Zola ?). Pourquoi mauvais genre, d'abord (jusqu'au XVIIIe siècle) ? Parce qu'il s'intéresse de près, de très près, à ce que la morale réprouve (cf. ses origines libertines). Pourquoi genre idéal, ensuite ? Parce qu'il est le genre bourgeois, démocratique, par excellence ; le miroir que se donne à elle-même la modernité. Entre les deux ? Il aura prétendu montrer des modèles, des héros, empruntant ses thèmes aux tragédies ; il aura dans le même temps démoli le héros, subverti les valeurs (cf. ses origines picaresques) ; il aura, enfin, décidé que les personnages ne doivent pas être nécessairement des héros, des modèles auxquels se conformer, plutôt des représentants de notre médiocrité. Ne parlons pas du roman comme crypto-histoire, ce qui mériterait un développement à part. Signalons enfin que le roman aura permis de donner une alternative indispensable aux penseurs visés par la censure, comme en témoigne tout le XVIIIe siècle, dont de nombreux romans ont une portée philosophique évidente, puisqu'ils dissimulent une pensée qui se développe par des moyens non démonstratifs.

    Qu'est-ce que la philosophie ? Un genre argumentatif, comme le sont beaucoup de parties de romans. Or, on parle bien de romans et surtout de contes philosophiques (conte = sous-genre du roman). Les thèmes philosophiques sont très restreints, contrairement aux thèmes littéraires ; mais du point de vue de l'argumentation (je ne prends pas le temps de préciser ce qu'on appelle argumentation implicite, implication du narrateur et du lecteur, en littérature), il est intéressant de rapprocher littérature et philosophie. Ajoutons à cela, mais ça n'a pas beaucoup d'importance, que certaines œuvres philosophiques sont volontiers appréciées pour leurs qualités littéraires, souvent inégales.

    Enfin, Desassossego, je vous précisais dans un fil de discussion, je ne sais plus lequel, que la poésie et la philosophie entretiennent des rapports étroits. Rapports qui ne sont pas systématiques, bien sûr, compte tenu de la diversité des formes poétiques (pas de rapport avec les rondeaux, ballades, madrigals, hymnes, etc.).

    Desassossego a écrit:Prenez l'Education sentimentale. Ce dont traite Flaubert n'a rien d'une question qu'il interroge et à laquelle il répond grâce à l'histoire qu'il met en place. Ce serait même un contresens de penser cela, la tension dramatique chez lui étant très faible. Il fait le portrait d'une génération, montre comment en croyant faire de la politique avec des sentiments, tout s'est perdu. Il nous met sous les yeux l'importance du hasard dans les faits historiques, et donne une véritable leçon aux historiens...
    Et comment avez-vous deviné que Flaubert dresse le portrait de toute une génération, et pas n'importe lequel ? Il vous aura bien fallu avoir étudié l'œuvre comme si elle répondait à une question.


    Dernière édition par Euterpe le Lun 24 Juil 2017 - 7:48, édité 1 fois

    Silentio

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    Re: Quand la littérature a une portée philosophique.

    Message  Silentio le Dim 5 Oct 2014 - 19:03

    Cher Euterpe, auriez-vous des références à nous donner concernant les rapports entre philosophie et littérature romanesque ?

    (A l'exception de l'excellent livre de Jacques Bouveresse, La connaissance de l'écrivain, auquel je renvoie les membres.)
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    Euterpe

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    Re: Quand la littérature a une portée philosophique.

    Message  Euterpe le Dim 5 Oct 2014 - 20:37

    Bonsoir,

    le mieux me paraît de passer par [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] (notamment [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], qu'il vous suffit d'acheter dans une édition de poche avec dossier, pour y trouver des informations et des indications bibliographiques propres à vous donner des pistes de recherche), [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] (peut-être [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], pour commencer) et [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] ([Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], mais aussi [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]).

    Ensuite, difficile de se passer de [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] (vous pouvez commencer [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] ), d'[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] ([Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], suivi de Idées sur le roman) et de [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] (se pose, vous le savez, le problème de l'édition française des œuvres pourtant majeures de ces deux-là).

    Le plus facile serait quand même de commencer par les critiques littéraires. Dans [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], de [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], vous trouverez de quoi alimenter vos recherches (c'est universitaire et très conceptuel), mais n'oubliez pas la "vieille" école, je pense notamment à [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] ([Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], absolument incontournables), [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] (au moins ses [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], que vous pouvez ne lire qu'en diagonale), [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] et [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] (au moins [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]).

    Enfin, quelques romanciers ouvrent des portes intéressantes. En France, [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] ; [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]. En Italie, [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], en commençant par les [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] ([Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]).

    Cette bibliographie n'est qu'indicative, bien sûr. N'hésitez pas à me poser des questions.


    Dernière édition par Euterpe le Lun 24 Juil 2017 - 8:23, édité 1 fois

    Silentio

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    Re: Quand la littérature a une portée philosophique.

    Message  Silentio le Lun 6 Oct 2014 - 22:44

    Merci pour ces références.

    Concernant Croce, je me suis procuré il y a quelques temps son Bréviaire d'esthétique. Il y a peut-être déjà des choses à y trouver.

    Silentio

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    Re: Quand la littérature a une portée philosophique.

    Message  Silentio le Mar 28 Oct 2014 - 12:30

    Peut-on connaître le roman par sa seule lecture ? Autrement dit : le roman se pense-t-il lui-même, ou faut-il nécessairement en passer par la critique ? Tout écrivain est-il d'ailleurs un critique ? Enfin, quel est justement le rôle de la critique, comment la penser (entre roman et philosophie) ? Est-elle une extension du roman, un organisme parasite, une forme de légitimation, etc. ?

    Par ailleurs, arrive-t-il que de grands écrivains se soient fixés un programme et ne réussissent pas à l'accomplir dans leur œuvre (jusqu'à accoucher de tout l'opposé) ?
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    Euterpe

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    Re: Quand la littérature a une portée philosophique.

    Message  Euterpe le Mer 29 Oct 2014 - 12:18

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Peut-on connaître le roman par sa seule lecture ?
    Oui, mais c'est à la condition de savoir lire ce qu'un roman dit, non seulement de lui-même, mais du roman en général (si l'auteur estime avoir quelque chose à en dire, certes, mais pas nécessairement). Un roman, c'est un narrateur plus encore qu'un auteur. Pas de narrateur : pas de roman, par définition. Au théâtre, on assiste directement à la fiction qui se joue sur scène, il n'y a aucun intermédiaire. La vérité théâtrale n'est pas comparable à la vérité romanesque, indirecte, implicite, licencieuse, libertine. Les sous-entendus et les présupposés sont, dans un roman, autrement plus redoutables à détecter que dans un dialogue entre acteurs, parce que c'est le narrateur qui se mêle de raconter quelque chose à quelqu'un qui, pas plus que lui, n'est facilement identifiable. C'est quoi un narrateur ? Une fiction. Mais il faut quelqu'un pour tirer les ficelles. Et à qui s'adresse un narrateur ? Au lecteur ? Mais c'est quoi un lecteur, sinon tout le monde et personne à la fois ; qui existe mais qui n'est jamais en présence ; à la fois l'autre de la critique (le narrateur veut échapper aux normes et à l'autorité de la critique) et la critique elle-même ?

    Or la critique a toujours contraint le roman à se penser lui-même (toute l'histoire du roman n'est qu'une tentative de définir un genre indéfinissable). Pas de "théorie du roman" : pas de roman. Même chez les moins théoriciens. Le roman avance toujours masqué.

    Tout romancier est toujours au moins potentiellement critique. C'est le cas de [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] avec [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] (je ne m'étendrai pas sur le choix révélateur du titre), dont l'incipit est très intéressant. Tout romancier est toujours au moins potentiellement pour ou contre une norme, une autorité morale (cf. la critique), et doit trouver un peu plus que des expédients pour justifier son œuvre. [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] entretient un rapport étroit avec l'art des portraits, et les portraits que le roman propose sont aussi faits pour satisfaire une mode, une norme. Dès le départ, le roman a été sommé de se justifier comme tel (genre littéraire ? etc.) face à l'indétrônable poésie (je rappelle que le théâtre ne fut pas d'abord un genre distinct, mais de la poésie dramatique).

    Voyez l'incipit du Roman comique :
    Paul Scarron, Le Roman Comique a écrit:Le soleil avait achevé plus de la moitié de sa course et son char, ayant attrapé le penchant du monde, roulait plus vite qu'il ne voulait. Si ses chevaux eussent voulu profiter de la pente du chemin, ils eussent achevé ce qui restait du jour en moins d'un demi-quart d'heure ; mais, au lieu de tirer de toute leur force ils ne s'amusaient qu'à faire des courbettes, respirant un air marin qui les faisait hennir et les avertissait que la mer était proche, où l'on dit que leur maître se couche toutes les nuits. Pour parler plus humainement et plus intelligiblement, il était entre cinq et six quand une charrette entra dans les halles du Mans. Cette charrette était attelée de quatre bœufs fort maigres, conduits par une jument poulinière dont le poulain allait et venait à l'entour de la charrette comme un petit fou qu'il était. La charrette était pleine de coffres, de malles et de gros paquets de toiles peintes qui faisaient comme une pyramide au haut de laquelle paraissait une demoiselle habillée moitié ville, moitié campagne. Un jeune homme, aussi pauvre d'habits que riche de mine, marchait à côté de la charrette. Il avait un grand emplâtre sur le visage, qui lui couvrait un œil et la moitié de la joue, et portait un grand fusil sur son épaule, dont il avait assassiné plusieurs pies, geais et corneilles, qui lui faisaient comme une bandoulière au bas de laquelle pendaient par les pieds une poule et un oison qui avaient bien la mine d'avoir été pris à la petite guerre. Au lieu de chapeau, il n'avait qu'un bonnet de nuit entortillé de jarretières de différentes couleurs, et cet habillement de tête était une manière de turban qui n'était encore qu'ébauché et auquel on n'avait pas encore donné la dernière main. Son pourpoint était une casaque de grisette ceinte avec une courroie, laquelle lui servait aussi à soutenir une épée qui était aussi longue qu'on ne s'en pouvait aider adroitement sans fourchette. Il portait des chausses troussées à bas d'attache, comme celles des comédiens quand ils représentent un héros de l'Antiquité, et il avait, au lieu de souliers, des brodequins à l'antique que les boues avaient gâtés jusqu'à la cheville du pied. Un vieillard vêtu plus régulièrement, quoique très mal, marchait à côté de lui. Il portait sur ses épaules une basse de viole et, parce qu'il se courbait un peu en marchant, on l'eût pris de loin pour une grosse tortue qui marchait sur les jambes de derrière. Quelque critique murmurera de la comparaison, à cause du peu de proportion qu'il y a d'une tortue à un homme ; mais j'entends parler des grandes tortues qui se trouvent dans les Indes et, de plus, je m'en sers de ma seule autorité. Revenons à notre caravane.
    Cet incipit, souvent étudié, est intéressant dans la mesure où l'histoire n'en finit pas de commencer, parce que le narrateur y confronte directement deux manières de la raconter. Il prend évidemment parti pour la deuxième, qui appartient au genre comique et populaire. Enfin, il ne se contente pas de réclamer le droit de dire ce qu'il veut : il dit ce qu'il veut, ne se préoccupant pas de la critique (on la détecte ici avec la question du vraisemblable, qui occupa, parfois violemment, tout le XVIIe siècle avant que [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] ne referme le couvercle).


    Dernière édition par Euterpe le Lun 24 Juil 2017 - 8:53, édité 1 fois

    Silentio

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    Re: Quand la littérature a une portée philosophique.

    Message  Silentio le Mer 14 Jan 2015 - 18:44

    J'ajoute à vos conseils [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] de [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien].
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    BOUDOU

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    Re: Quand la littérature a une portée philosophique.

    Message  BOUDOU le Mar 24 Mai 2016 - 17:44

    Je vous invite à lire cet entretien avec Alain Badiou, et je vous remercie par avance de me dire ce que vous en pensez :

    - Commençons par ce paradoxe : en tant que philosophe, vous vous réclamez de Platon, dont le geste fondateur fut de bannir les poètes et les artistes hors de la Cité ; mais en tant qu'auteur, le premier livre que vous avez publié s'intitulait Almagestes (Seuil, 1964), et c'était un roman. Comment comprendre cette tension ?

    - Dans les années 1950-1960, mon maître absolu, c'est Sartre. Et à travers lui, la grande tradition française de l'écrivain-philosophe. Or, dans Les Mots, l'écrivain est premier, la philosophie est une sorte de pis-aller. A l'époque, je fais des études de philosophie, mais mon ambition est littéraire, et mon premier passage à la télé, chez Pierre Dumayet, c'est pour Almagestes. Au fond, il y a cette idée française que la vraie gloire est littéraire. La gloire philosophique est allemande, ou académique. C'est pourquoi Merleau-Ponty n'a jamais pu prétendre à la puissance de rayonnement de Sartre.

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], LE MONDE DES LIVRES | 25.05.2009 à 09h19 | Propos recueillis par Jean Birnbaum
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    BOUDOU

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    Re: Quand la littérature a une portée philosophique.

    Message  BOUDOU le Jeu 26 Mai 2016 - 19:11

    On peut dire, en effet, que le roman, le théâtre, la poésie expriment des connaissances scientifiques, philosophiques, politiques, mais ils contribuent également à ces connaissances, ils produisent des connaissances. La littérature peut avoir une fonction d'expérimentation et d'évaluation d'idées par leur mise en scène de façon réaliste ou fictionnelle.

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    Euterpe

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    Re: Quand la littérature a une portée philosophique.

    Message  Euterpe le Lun 24 Juil 2017 - 10:23

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Il ne peut y avoir d'écrit romanesque "neutre", sans morale, sans contexte.

    La question étant aussi de savoir si la valeur morale d'une œuvre est volontaire ou pas. On en discute depuis Platon et Aristote. Or, l'injonction morale qu'on impose à la littérature, par principe ou par tradition, demeure un problème (pour la littérature, ou pour la morale ?). Les romanciers du XIXe siècle se veulent objectifs. Balzac se donne pour mission d'être le « secrétaire de l'histoire », Zola voudrait écrire une œuvre comme le ferait un scientifique. Il précise pourtant :
    Nous enseignons l'amère science de la vie, nous donnons la hautaine leçon du réel [...]. Je ne connais pas d'école plus morale, plus austère.

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], 1880.

    Ce qu'il affirme peut sembler paradoxal : que viendrait faire la morale dans des œuvres qui, pour être littéraires, se définissent elles-mêmes comme une science appliquée ? La remarque de Zola repose sur une nuance que d'autres avant lui avaient établies. Ainsi, [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], à propos de ce roman de [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], disait :
    Un ouvrage d'imagination ne doit pas avoir un but moral, mais un résultat moral. Il doit ressembler, à cet égard, à la vie humaine qui n'a pas un but, mais qui a toujours un résultat dans lequel la morale trouve nécessairement sa place.
    Remarque d'importance qui permet, incidemment, de comprendre pourquoi B. Constant est l'un des pères fondateurs de la sociologie.

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:On peut dire, en effet, que le roman, le théâtre, la poésie expriment des connaissances scientifiques, philosophiques, politiques, mais ils contribuent également à ces connaissances, ils produisent des connaissances. La littérature peut avoir une fonction d'expérimentation et d'évaluation d'idées par leur mise en scène de façon réaliste ou fictionnelle.
    C'est en effet souvent le cas, on en a un exemple d'une éloquence et d'une éminence rares avec [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] dans l'une de ses meilleures fables, le « [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] », qui discute la thèse cartésienne des animaux-machines (les animaux ont-ils une âme ?).
    On pourrait, pour en rester au XVIIe siècle, ajouter certaines élégies de [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], où l'épicurisme est vécu-vivant.

    Pour autant, on ne doit pas oublier que l'injonction morale dont on parle est aussi une convention, qui impose de distinguer entre les lieux communs, les topos littéraires (sur cette question, je vous renvoie à [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], ou [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]) que s'imposent les auteurs, et ce qu'ils disent avec plus de sincérité ailleurs, pour éviter les ennuis. [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], dans son fameux [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], rappelait que malgré la devise : « Castigat ridendo mores »,
    La comédie guérit les méchantes humeurs comme elle fait des mœurs. Son rire est sain. Mais pour avoir cet effet, il lui suffit d'être comique. Elle n'a nul besoin de se faire magistrale et didactique. [...] Corneille, opposant Aristote à Horace, avait déjà [...] soutenu que l'art littéraire « n'a pour but que le divertissement ».

    Première partie, chapitre II : Molière pense-t-il ?, pp. 21-22.

      La date/heure actuelle est Ven 24 Nov 2017 - 6:15