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    Les leaders

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    WiCaM

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    Message  WiCaM le Dim 29 Sep 2013 - 21:56

    Bonjour à tous,

    Étant à l'aube d'une carrière ou je suis amené à diriger des hommes, je me pose de plus en plus une question : "Qu'est-ce qu'un leader ?" Quelle est sa légitimité ?... Bref, j'aimerais avoir votre avis sur les leaders d'un point de vue philosophique. Auriez-vous des ouvrages à me recommander dans ce domaine ? Je précise que je distingue le leader (l'homme, le chef) du leadership (autorité d'influence). 

    Je vous remercie d'avance.
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    Euterpe

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    Re: Les leaders

    Message  Euterpe le Mer 2 Oct 2013 - 0:21

    D'un certain point de vue, la légitimité d'un leader le précède, au moins en principe, s'il accède à cette position par proclamation, cooptation, élection, etc. D'un autre point de vue, sa légitimité ne peut émerger que pendant l'expérience ou après que l'expérience a eu lieu, et aux yeux seulement de ceux qu'il dirige ou qu'il a dirigés. La légitimité d'un leader n'est donc pas un acquis définitif.

    Un leader ne peut pas ne pas être jugé, il doit accepter cela comme une donnée à laquelle il ne peut échapper, sauf à foncer tête baissée au devant des problèmes... Qu'il le veuille ou pas, son autorité lui vient essentiellement d'ailleurs que de son statut, quel qu'il soit. Miser sur cela seul, c'est admettre, consciemment ou pas (encore, l'excuse de l'inconscience est-elle surfaite), qu'on se contentera tôt ou tard de l'autoritarisme ; c'est, ainsi, et d'emblée, renoncer à l'autorité inhérente à un leader légitime.
    Autant dire qu'un leader n'occupe le haut d'une hiérarchie qu'en tant que les autres l'y élèvent au moins autant qu'il s'y élève lui-même. Cela signifie qu'il s'impose des devoirs qu'il ne saurait exiger des autres, et que s'élevant peu ou prou au-dessus de la mêlée, il est censé être le meilleur, et ne rien ignorer des compétences de ceux qu'il dirige et à qui il donne des ordres, etc. On n'en finirait pas de dresser la liste, non pas des droits, mais des devoirs d'un "manager", terme qu'on met à toutes les sauces, hélas ! mais combien de livres dédiés au management rappellent l'étymologie du terme, qui signifie "ménager" autant que tenir en main ?...

    L'affaire ne se résume pas en quelques lignes, d'autant que si le philosophe est un excellent consultant que le patronat devrait avoir honte de ne pas consulter (...), les faits sont là : le philosophe se révèle presque à tous les coups un piètre leader. C'est même une tradition philosophique initiée par Platon à Syracuse, encore en vigueur aujourd'hui !
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    Desassocega

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    Re: Les leaders

    Message  Desassocega le Mer 2 Oct 2013 - 0:55

    Suite à la remarque d'Euterpe, j'ai deux questions, et j'espère que celles-ci ne nous éloigneront pas trop de ce que WicAm est venu chercher ici. 
    @Euterpe a écrit:d'autant que si le philosophe est un excellent consultant que le patronat devrait avoir honte de ne pas consulter 
    On voit ces derniers temps que les entreprises renouent avec la philosophie (par le chemin de l'éthique, mot qu'on retrouve partout aujourd'hui dans les entreprises). Mais j'ai une question : la philosophie est-elle compatible avec l'entreprise ? Le patron, qui intègre une éthique dans son entreprise, le fait parce que c'est une "valeur" qui revient "à la mode" on pourrait presque dire. En d'autres termes : ça fait bien d'avoir une éthique d'entreprise. 
    Dès lors, le rapport du patron avec la philosophie est de l'ordre de l'utilité : la patron utilise la philosophie afin que celle-ci lui permette d'arriver à son but. Mais cette démarche ne vide-t-elle pas la philosophie de ce qu'elle est ? Comment une philosophie peut-elle s'exercer librement dans une entreprise qui me semble être définie par le profit ? 
    J'ai la nette impression qu'on ne saurait accorder entreprise et philosophie sans que l'une des deux soit au service de l'autre, ou du moins sans qu'à un moment donné une situation oblige à choisir laquelle des deux primera. Qu'en pensez-vous ?

    @Euterpe a écrit:les faits sont là : le philosophe se révèle presque à tous les coups un piètre leader.
    Qu'en est-il alors du professeur de philosophie ? Ne doit-il pas être d'une certaine façon un leader ? Arriver à ménager et tenir en main sa classe sans avoir besoin de recourir à l'autorité que lui confère son titre... n'est-ce pas une sorte d'impératif pour lui que d'être un leader ?
    Mon professeur de Terminale disait que même lorsqu'il renvoyait un élève, il n'exerçait aucune autorité. Peut-être Arendt et son essai Qu'est-ce que l'autorité ? éclairerait cela, non ? Il faut que je le relise... et d'ailleurs cet essai pourrait certainement intéresser WiCam je pense !

    Dienekes
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    Re: Les leaders

    Message  Dienekes le Mer 2 Oct 2013 - 22:25

    Desassossego a écrit:Dès lors, le rapport du patron avec la philosophie est de l'ordre de l'utilité : la patron utilise la philosophie afin que celle-ci lui permette d'arriver à son but. Mais cette démarche ne vide-t-elle pas la philosophie de ce qu'elle est ? Comment une philosophie peut-elle s'exercer librement dans une entreprise qui me semble être défini par le profit ?
    L’éthique ne peut pas être vue comme une valeur en elle-même : un affichage éthique serait de peu de valeur s’il était contredit par chaque action de l’entreprise. C’est plutôt le résultat de la réflexion éthique qui génère de la valeur. D’où l’intérêt du travail amenant à cette réflexion. Ensuite, il faut probablement distinguer le travail de réflexion de l’utilisation de ses résultats. Mis à part des situations pathologiques, je ne vois pas une contrainte peser sur la réflexion éthique elle-même et sur les conclusions auxquelles elle peut aboutir. Par contre, ce n’est pas parce que l’équipe RSE arrive à une conclusion sur un dossier que la direction de l’entreprise doit nécessairement mettre en œuvre l’ensemble des recommandations qui en découlent. D’autres paramètres peuvent être pris en compte dans la décision.

    @Euterpe a écrit: les faits sont là : le philosophe se révèle presque à tous les coups un piètre leader.
    Marc-Aurèle est tout de même un contre exemple frappant. Même si un contre-exemple ne prouve rien, j’ai du mal à voir pourquoi ce serait une généralité.

    Ce peut être une autre piste de lecture pour WiCaM, sur le mode leader stoïcien ;)
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    Re: Les leaders

    Message  Euterpe le Mer 2 Oct 2013 - 23:36

    @Dienekes a écrit:Marc-Aurèle est tout de même un contre exemple frappant. Même si un contre-exemple ne prouve rien, j’ai du mal à voir pourquoi ce serait une généralité.
    Pas un contre-exemple : une exception, si et seulement si l'on intègre Marc-Aurèle dans le corpus des œuvres philosophiques. Quant à assimiler sans explication aucune un leader et un empereur, c'est pour le moins expéditif. Pour le reste, je n'envisage pas la question de savoir pourquoi ce serait une généralité. De fait, c'est une généralité.

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    Re: Les leaders

    Message  Dienekes le Jeu 3 Oct 2013 - 20:42

    @Euterpe a écrit:Pas un contre-exemple : une exception, si et seulement si l'on intègre Marc-Aurèle dans le corpus des œuvres philosophiques. Quant à assimiler sans explication aucune un leader et un empereur, c'est pour le moins expéditif. Pour le reste, je n'envisage pas la question de savoir pourquoi ce serait une généralité. De fait, c'est une généralité.
    Marc-Aurèle n'a pas seulement été empereur, il a mené ses armées au combat à de nombreuses reprises et c'est l'une des formes de leadership les plus exigeantes qui soient.
     
    Concernant le fait que le philosophe se révèle un piètre leader, je peux l'admettre, mais j'ai du mal à en comprendre les raisons. Par exemple, est-ce le philosophe qui est un piètre leader ou est-ce la philosophie qui en fait un piètre leader ? La deuxième option semble aberrante (je l'élimine trop vite ?). La première option nécessite probablement de mieux définir ce que l'on entend par philosophe. Une définition tautologique comme "personne pratiquant la philosophie" nous renvoie à la deuxième option. Une définition très restreinte comme une "personne ayant été à l'origine d'une œuvre philosophique reconnue" est peut-être trop limitative. L'histoire nous donne-t-elle alors suffisamment d'exemples de philosophes ayant été des leaders (bon ou mauvais) pour pouvoir en tirer une conclusion générale ? Dans les cas d'échec de leadership de la part d'un philosophe, qu'est-ce qui a provoqué cet échec ?
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    Euterpe

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    Re: Les leaders

    Message  Euterpe le Jeu 3 Oct 2013 - 22:36

    @Dienekes a écrit:Marc-Aurèle n'a pas seulement été empereur, il a mené ses armées au combat à de nombreuses reprises et c'est l'une des formes de leadership les plus exigeantes qui soient.
    Parler de leadership est un anachronisme. Vous occultez complètement la dimension sacrale de la fonction impériale, par exemple. En outre, le stoïcisme est si caractéristique d'une période si importante, significative et complexe de la civilisation romaine que l'originalité de Marc-Aurèle est moins dans ses écrits (adressés à lui-même, dans l'intimité même d'une pensée nécessairement solitaire en ceci qu'elle est celle d'un empereur), que dans le fait d'une rencontre historique et unique de l'action et de la pensée.

    Y a-t-il un lien de cause à effet, entre la pratique philosophique d'un homme et son incapacité à exercer un "leadership" ? Voilà une chose qui paraît impossible à établir. Nous n'avons que des récurrences, lesquelles sont si répétitives, à l'échelle de 25 siècles, qu'il faut se faire une raison. Qu'avons-nous ? Des intellectuels engagés (Sartre, etc.) - mais quelle philosophie n'est pas engagée ? Ce que l'action est à l'homme d'État, la pensée l'est au philosophe. On peut, alors, poser la question de savoir ce qu'est la pensée, en tant qu'elle est action. Parmi les éléments de réponse, on retrouverait que toute philosophie, peu ou prou, est axiologique. Mais combien de philosophes correspondent au zoon politikon d'Aristote, autrement dit à cet homme qui parle et qui, ce faisant, agit ? (cf. ce qu'en dit Arendt). A cet homme, autrement dit encore, qu'on appelle homme politique ? Combien de philosophes d'un côté ? Combien de Périclès de l'autre - Périclès dont Thucydide vantait la faculté à penser, à juger du réel au moment où il se produit ?
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    Kthun
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    Re: Les leaders

    Message  Kthun le Dim 6 Oct 2013 - 11:12

    @WiCaM a écrit:Bonjour à tous,

    Étant à l'aube d'une carrière ou je suis amené à diriger des hommes, je me pose de plus en plus une question : "Qu'est-ce qu'un leader ?" Quelle est sa légitimité ?... Bref, j'aimerais avoir votre avis sur les leaders d'un point de vue philosophique. Auriez-vous des ouvrages à me recommander dans ce domaine ? Je précise que je distingue le leader (l'homme, le chef) du leadership (autorité d'influence). 

    Je vous remercie d'avance.
    Pourquoi employer des termes anglais lorsqu'ils ne sont pas nécessaires ? S'il suffisait d'ouvrir des manuels pour avoir l'étoffe d'un chef, ça se saurait. Ce dernier en écrit plus qu'il n'en lit. Les chefs ne le deviennent, a priori, par hasard. La théorie peut ne pas correspondre à la réalité, et même arranger la réalité pour se confirmer elle-même. De fait l'homme pratique doit moins se soucier de théorie que d'action. Il le sait instinctivement : se poser trop de questions, autrement dit le fait d'intellectualiser les choses risque de constituer un obstacle à l'action. Mieux vaut se concentrer sur l'expérience. Après, pour ce qui est de la légitimité du pouvoir et les discours portés sur la pratique, les lectures viennent dans un second temps, si l'on croit que la pratique précède la théorie.
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    Re: Les leaders

    Message  JimmyB le Dim 6 Oct 2013 - 16:11

    Dans le monde du travail, il n'y a pas une seule vision du chef ni un seul mot pour le désigner, et généralement chaque mot différent incarne une vision différente du sens qu'on lui donne. Souhaitez-vous comprendre ce que c'est qu'être un manager ? Un patron ? Un dirigeant ? Un président ?
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    Re: Les leaders

    Message  Vangelis le Dim 6 Oct 2013 - 17:02

    De surcroît, à moins d'être vraiment seul à la barre, les sociétés imposent leur propre type de management. Pas facile dans ce cas de dégager une légitimité naturelle, c'est-à-dire dans les faits et en retour, quand il faut d'abord se fondre dans une posture que l'on n'a pas forcément choisie dans son mode d'application. A moins d'adopter une attitude soldatesque, je ne vois pas comment sortir de cette schizophrénie. C'est comme si on vous donnait l'ordre d'obtenir naturellement quelque chose qui ne peut pas survenir d'un ordre.
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    JimmyB

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    Re: Les leaders

    Message  JimmyB le Dim 6 Oct 2013 - 17:34

    Oui et il faut désormais faire face à un malentendu développé par les entreprises qui ne demandent plus des compétences, mais des qualités. Boltansky le développe assez bien.
    Ensuite, la notion de hiérarchie révèle, à force, l'idée d'une répartition des responsabilités, mais non du pouvoir, le pouvoir étant quelque chose que l'on obtient par soi, la responsabilité quelque chose qui nous est dévolue.
    Ce qui fait que du chef il ne reste finalement pas grand chose. Du leader encore moins.

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    Re: Les leaders

    Message  Dienekes le Dim 6 Oct 2013 - 17:39

    @Euterpe a écrit:Parler de leadership est un anachronisme. Vous occultez complètement la dimension sacrale de la fonction impériale, par exemple. En outre, le stoïcisme est si caractéristique d'une période si importante, significative et complexe de la civilisation romaine que l'originalité de Marc-Aurèle est moins dans ses écrits (adressés à lui-même, dans l'intimité même d'une pensée nécessairement solitaire en ceci qu'elle est celle d'un empereur), que dans le fait d'une rencontre historique et unique de l'action et de la pensée.

    Y a-t-il un lien de cause à effet, entre la pratique philosophique d'un homme et son incapacité à exercer un "leadership" ? Voilà une chose qui paraît impossible à établir. Nous n'avons que des récurrences, lesquelles sont si répétitives, à l'échelle de 25 siècles, qu'il faut se faire une raison. Qu'avons-nous ? Des intellectuels engagés (Sartre, etc.) - mais quelle philosophie n'est pas engagée ? Ce que l'action est à l'homme d'État, la pensée l'est au philosophe. On peut, alors, poser la question de savoir ce qu'est la pensée, en tant qu'elle est action. Parmi les éléments de réponse, on retrouverait que toute philosophie, peu ou prou, est axiologique. Mais combien de philosophes correspondent au zoon politikon d'Aristote, autrement dit à cet homme qui parle et qui, ce faisant, agit ? (cf. ce qu'en dit Arendt). A cet homme, autrement dit encore, qu'on appelle homme politique ? Combien de philosophes d'un côté ? Combien de Périclès de l'autre - Périclès dont Thucydide vantait la faculté à penser, à juger du réel au moment où il se produit ?
    Désolé de ne pas avoir répondu plus tôt, mais je voulais prendre le temps de relire un texte auparavant, car votre réponse m’a fait penser au problème de la « réalisation de la philosophie » chez Marx. J’avais vu rapidement ce point il y a quelques mois et ça m’est revenu à l’esprit en vous lisant.
     
    Je me base sur les explications d’Emmanuel Renault dans Lire Marx. Soit une situation réelle identifiable empiriquement et une situation idéelle issue de la réflexion philosophique. Un « parti politique pratique » aurait tendance à refuser de considérer la situation idéelle ce qui, pour Marx, est une impasse, car une action véritablement libre doit être issue de consciences suffisamment éclairées. Un « parti politique théorique » aurait tendance à ne se baser que sur sa position théorique et se trouve alors coupé de la réalité historique et imperméable à toute critique. Marx résume cela en deux phrases : « vous ne pouvez pas supprimer la philosophie sans la réaliser » et « il croit pouvoir réaliser la philosophie sans la supprimer » (Introduction à l’Idéologie allemande). Pour surmonter ces deux positions intenables, Marx propose la mise en place d’une « philosophie critique » qui permettra un ancrage dans la réalité et un regard sur elle-même.
     
    Ceci dit, par rapport aux questions de WiCaM, je ne sais pas si nous sommes toujours sur le même terrain. Marx parle plutôt de l’élaboration de la politique (la définition du « bien ») alors que le manager se charge de sa mise en œuvre (comment aller vers ce « bien »).
     
    Concernant Marc-Aurèle, plusieurs aspects m’échappent effectivement, par manque de culture historique principalement. La dimension sacrale de la fonction impériale que vous donnez en exemple m’apparaît bien comme un point important maintenant que vous la mentionnez, mais je ne sais pas l’appréhender.
     
    Enfin, sur un autre sujet et pour recoller aux questions de WiCaM, j’ai trouvé amusant que vous mentionniez Périclès, car La Guerre du Péloponnèse m’est venue à l’esprit en lisant le premier post de WiCaM. Je m’étais demandé si le contraste Périclès / Alcibiade était intéressant par rapport à ses questions.

    Kthun a écrit:De fait l'homme pratique doit moins se soucier de théorie que d'action. Il le sait instinctivement : vous poser trop de questions, autrement dit le fait d'intellectualiser les choses risque de constituer un obstacle à l'action. Mieux vaut se concentrer sur l'expérience.
    Ça me gêne un peu comme position. Je vais tenter de m’expliquer à l’aide d’une métaphore sportive. Dans de nombreux sports (tous ?), il est nécessaire de « désapprendre » des réflexes naturels pour les remplacer par de nouveaux, plus efficaces. Pour prendre un exemple simple, en boxe, lorsque vous voyez arriver le poing de votre opposant, le réflexe naturel (instinctif) est de reculer en fermant les yeux. Or, il est beaucoup plus efficace d’esquiver en avançant (pour être en mesure de répliquer immédiatement) et en gardant les yeux ouverts (plutôt évident ça). On voit ici que si « intellectualiser » pendant l’action peut poser quelques problèmes, il est tout de même important « d’intellectualiser » avant l’action en vue d’être prêt pour l’action.
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    Kthun
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    Re: Les leaders

    Message  Kthun le Ven 11 Oct 2013 - 9:22

    @JimmyB a écrit:Dans le monde du travail il n'y a pas une seule vision du chef ni un seul mot pour le désigner et généralement chaque mot différent incarne une vision différente du sens qu'on lui donne. Souhaitez vous comprendre ce que c'est qu'être un manager ? Un patron ? Un dirigeant ? Un président ?
    Oui, en admettant que ce soit vrai, est-il nécessaire d'avoir ouvert le moindre livre philosophique pour le deviner (ce qui constitue, je le rappelle, mon point de départ) ? Pour ce qui est des étiquettes, vous pouvez désigner la même activité par différents termes ("femme de ménage", "technicien de surface") sans pour autant qu'elle ne se transforme.

    Dienekes, on peut aussi soutenir l'idée, ce qui mettra tout le monde d'accord, que théorie et pratique sont dans un rapport de mutuelle dépendance. La théorie existe évidemment dans le cadre de quelque activité ("comment effectuer telle tâche ?", "comment parvenir à la fin X ou Y ?") en fonction de la pratique. La "théorie" dont il est question est celle qui s'éloigne du domaine de la pratique pour voler dans le ciel des idées, des principes, des questions philosophiques ("qu'est-ce qui justifie ma position, mon autorité, ma légitimité ?"). Dans son activité il ne lui est aucunement nécessaire de rejoindre ce domaine. En fait il peut très bien avoir une représentation inexacte voire fausse de son activité sans que cela ne porte à conséquence ; de même que nous n'attendons pas de notre boucher qu'il connaisse la pensée de Marc-Aurèle. Je réagissais initialement dans la mesure où il n'est peut-être pas dans l'intérêt d'un chef, ni de son rôle, d'interroger sérieusement la nature du pouvoir, douter (en questionnant) de la légitimité de son exercice.
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    JimmyB

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    Re: Les leaders

    Message  JimmyB le Ven 11 Oct 2013 - 13:44

    En admettant que ce soit vrai puisque ça l'est, chaque terme désigne une vision de la responsabilité différente et du rapport au subalterne différent également. Contrairement à la femme de ménage.
    Ah ! mais rien n'est nécessaire quand il s'agit de philosophie, si l'on va jusqu'au bout de votre logique...

    Silentio

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    Re: Les leaders

    Message  Silentio le Ven 18 Oct 2013 - 19:27

    Que n'importe qui puisse devenir un leader un jour, pourquoi pas, mais cela ne dit rien de ce qui distingue le leader et des conditions qui mènent un homme, et non un autre, à devenir en certains circonstances (celles que vous présupposez et qui sont paradoxalement, si elles peuvent s'appliquer à n'importe qui, universelles et particulières à chaque fois) un leader qui se détache du reste du groupe. Que le leader soit choisi, certes, mais est-ce toujours le cas ? Et même en démocratie, le choix n'est-il pas motivé par des raisons inconscientes ? Comment choisit-on, d'après quels critères, et est-on sûr que l'on n'est pas influencé malgré nous dans notre choix ? Le leader en puissance ne doit-il pas aussi faire preuve de qualités qui pourraient être jugées comme mauvaises (alors qu'on prétend le choisir pour de bonnes raisons), comme l'éloquence qui capte l'attention, séduit, et qui font que les hommes en compétition ne sont pas égaux entre eux puisqu'ils ne possèdent pas tous les mêmes talents, du moins pas au même degré ? Ne leur faut-il pas non plus "travailler" explicitement ou implicitement leur public ? Ne jugez-vous pas trop le leader d'un point de vue idéal, oubliant les contradictions propres au réel et à l'humain, et comme s'il était un prestataire de services devant réponse à la demande des autres ? Et comment se rend-on légitime ? Les leaders n'ont pas toujours été démocrates, et même les démocrates ont des méthodes et des attitudes qui ne répondent pas aux souhaits de ceux qu'ils conduisent, lesquels ne bénéficient pas de toute la transparence nécessaire ni d'un pouvoir suffisant pour décider en âme et conscience de leurs leaders. Leur poids dans la constitution d'un homme en leader n'est pas non plus si important. César ou Sarkozy, par exemple (pour prendre des extrêmes et des opposés), étaient-ils légitimes, reconnus pleinement, attendaient-ils même la reconnaissance pour s'imposer et diriger, l'accord de tous ? N'y a-t-il pas des rapports de force à prendre en compte ? Enfin, toute personne désignée comme chef est-elle un leader ? Elisez-moi demain, il est fort probable que je ne sache ni convaincre ni décider...
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    Euterpe

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    Re: Les leaders

    Message  Euterpe le Ven 29 Juil 2016 - 1:43

    Édition complète du topic. Messages inconsistants déplacés dans les Archives du forum.

      La date/heure actuelle est Sam 19 Aoû 2017 - 1:55