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    Les conséquences de l'absence de valeurs

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    Törless

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    Les conséquences de l'absence de valeurs

    Message  Törless le Mer 19 Juin 2013 - 18:41

    Bonsoir,
    Avant d'en venir aux questions que je souhaiterais vous exposer, je tiens à vous expliquer ma situation, je suis encore assez jeune, je vous demande donc de ne pas juger mes idées qui sont pour l'instant très floues. Tout au long de mon adolescence j'ai rejeté petit à petit les valeurs que l'on m'avait inculquées. Ceci a commencé avec mon rejet de la religion par exemple. Ce qui fait qu'aujourd'hui, aucune valeur ne me semble pouvoir être un point de référence, tout me paraît assez absurde au fond.

    J'en viens donc à vous demander votre avis sur différentes questions : "l'absence de valeurs" est-elle une position tenable ? Pourrait-on même dire que l'absence de valeurs est une valeur en soi ?
    Finalement j'ai remarqué que sans valeur, on ne pouvait plus juger que des valeurs et rien d'autre étant donné que l'absence de valeurs ne donne pas vraiment de point de référence, ne donne rien sur quoi s'appuyer pour juger autre chose que des valeurs, quelle contradiction pourriez-vous m'apporter par rapport à cette dernière idée ?
    Si vous avez des lectures en rapport avec ces questions je suis preneur.

    Merci.

    Nash

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    Re: Les conséquences de l'absence de valeurs

    Message  Nash le Jeu 20 Juin 2013 - 18:22

    Bonjour.
    Pourriez-vous, s'il vous plaît, préciser le fait que vous n'ayez pas de valeurs ?
    Est-ce à dire que vous n'obéissez à aucun système moral ? Tuer quelqu'un vous pose-t-il un problème moral ou non, par exemple ?
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    nnikkolass

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    Re: Les conséquences de l'absence de valeurs

    Message  nnikkolass le Jeu 20 Juin 2013 - 18:48

    Qu'est-ce que cela veut dire un homme sans valeur ? Les valeurs, est-ce les "croyances", "la morale" ? Qu'entendez-vous par ce terme ? Si vous prenez l'exemple de Dieu, avoir la foi ou ne pas l'avoir, c'est la même chose, dans les deux cas on est dans un système de valeurs avec des conséquences différentes, du coup ce qui me semble le plus se rapprocher de la notion floue de valeur serait la position agnostique qui ne choisit pas...
    Bonne réflexion !

    Törless

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    Re: Les conséquences de l'absence de valeurs

    Message  Törless le Jeu 20 Juin 2013 - 19:25

    Bonjour,

    Tout d'abord merci pour vos réponses.

    Je pense que j'obéis certainement sans m'en rendre compte à un système moral, mais ce qui me gêne c'est d'avoir l'impression que pour justifier l'adhésion à tel ou tel système moral il faut sauter des étapes dans sa justification, qu'il faut admettre un certain nombre de choses (ce qui m'est difficile, étant très influencé par les mathématiques dans ma façon de penser).
    Sur la question du meurtre, je peux trouver deux raisons qui m'empêcheraient de commettre un tel acte : premièrement, si rien ne m'empêche de tuer, rien ne me permet de le faire, je ne puis trouver aucune motivation pour arriver à un tel acte. Deuxièmement, du point de vue "émotionnel" le meurtre me paraît être un acte à ne pas commettre, je sens que le meurtre est mauvais, mais je ne saurais dire pourquoi, et cela me perturbe.
    Après réflexion par rapport à vos questions sur la notion de valeur je pense que celle de "point de référence" irait mieux dans le sens des mes interrogations, point de référence qui permettrait le jugement de valeurs. Je vais essayer de prendre un exemple, pour peut-être mieux réussir à faire comprendre mes interrogations : j'estime que l'Église donne un ensemble de critères, de points de références, crée la notion de ce qui est bien et de ce qui est mal. Et j'ai l'impression que l'absence de foi enlève justement tout point de référence, parce que la foi me semble être la seule base stable qui permette l'adhésion à la justification d'un ensemble de valeurs/de points de référence.

    Je suis désolé de rester à ce point dans le flou.
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    Re: Les conséquences de l'absence de valeurs

    Message  nnikkolass le Jeu 20 Juin 2013 - 19:35

    Après réflexion par rapport à vos questions sur la notion de valeur je pense que celle de "point de référence" irait mieux dans le sens des mes interrogations, point de référence qui permettrait le jugement de valeurs. Je vais essayer de prendre un exemple, pour peut-être mieux réussir à faire comprendre mes interrogations : j'estime que l'Église donne un ensemble de critères, de points de références, crée la notion de ce qui est bien et de ce qui est mal. Et j'ai l'impression que l'absence de foi enlève justement tout point de référence, parce que la foi me semble être la seule base stable qui permette l'adhésion à la justification d'un ensemble de valeurs/de points de référence.
    Oui il existe une morale dans certaines religions, mais les personnes qui l'utilisent l'acceptent parce qu’elles ont justement la foi et qu'elles croient en l'amour de Dieu et donc en ses préceptes... Un athée peut aussi avoir une morale et des points de référence, par exemple dans la culture, mais peut-être aussi parce que même s'il ne croit pas en Dieu, il croit en la solidarité qui devrait exister entre les membres de l'espèce humaine ; nous sommes de la même espèce, liés par notre humanité, ne devons-nous pas espérer le meilleur pour notre espèce ? Voilà un système de valeurs qui peut réunir des gens qui ont la foi et des gens qui ne l'ont pas... reste à définir un projet commun à notre humanité...
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    Re: Les conséquences de l'absence de valeurs

    Message  JimmyB le Jeu 20 Juin 2013 - 19:41

    Il faudrait déjà définir ce qu'est une valeur. Si vous sentez qu'il est mauvais de tuer quelqu'un c'est justement parce que vous pensez que c'est moralement douteux. C'est une norme sociale que de penser ainsi.

    Törless

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    Re: Les conséquences de l'absence de valeurs

    Message  Törless le Jeu 20 Juin 2013 - 20:18

    nnikkolass, ce qui me gêne c'est le fait que l'homme me semble être obligé de passer par la croyance pour adhérer à une quelconque morale et à des points de référence. 
    Cette idée de "projet commun à notre humanité" est bien belle mais sa justification me semble trop bancale.
    Ne peut-on pas accéder à une morale, ou à des points de référence sans passer par la moindre croyance ? Pour l'instant je ne peux accepter pleinement une réponse qui dirait que tout débute par une croyance, certainement par manque d'humilité...
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    nnikkolass

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    Re: Les conséquences de l'absence de valeurs

    Message  nnikkolass le Jeu 20 Juin 2013 - 20:45

    nnikkolass, ce qui me gêne est le fait que l'homme me semble être obligé de passer par la croyance pour adhérer à une quelconque morale et à des points de référence. Cette idée de "projet commun à notre humanité" est bien belle mais sa justification me semble trop bancale.
    Ne peut-on pas accéder à une morale, ou à des points de référence sans passer par la moindre croyance ? Pour l'instant je ne peux accepter pleinement une réponse qui dirait que tout débute par une croyance, certainement par manque d'humilité...
    Alors on passe de "valeur" à "croyance" ? C'est là où je voulais justement vous emmener : On ne peut pas faire sans croyances, y compris vous, pourquoi ?
    Nos croyances viennent d'une interaction entre raison et sentiment... Une raison pure ne pourrait faire de choix, je crois que Damasio avait un patient atteint d'un problème au cerveau, il était incapable d'éprouver le moindre sentiment, mais avait gardé une intelligence normale (la raison), du coup il était aussi incapable de faire des choix... C'est une preuve concrète que la raison seule est très handicapante car elle nous empêche de faire des choix et donc d'avancer dans la vie... Les croyances, vous l'avez dit, sont des points de repère, et c'est la nature humaine d'en avoir (Stephen Pinker nous explique qu'il préexiste en nous des modules d'émotions contradictoires), donc les émotions plus la raison nous obligent à faire des choix, c'est inéluctable...

    Alors quelle attitude adopter, c'est au choix de chacun, personnellement je vous conseille de lire Platon pour appréhender la pensée de Socrate et de la maïeutique, il nous apprend à nous méfier de nos croyances en instaurant un système de pensée : essayer d'évaluer les situations empiriques, comprendre l’émotion qui est liée à cette situation (système de raisonnement, mise à distance des émotions) et ensuite d'évaluer les probabilités accolées à chaque hypothèse de la situation... Cela se nomme la maïeutique ou le questionnement Socratique, on a des croyances qu'on assouplit en évaluant la valeur des autres croyances possibles et en se disant qu'une est plus probable que l'autre et en étant conscient qu'on peut se tromper et donc se planter, c'est qu'on n'aura pas fait le bon choix parmi les possibilités qui s'offraient à nous...

    Je ne sais pas si c'est très clair ? C'est aussi une libre interprétation de la pensée Socratique... C'est à vous de choisir ce qui fonde votre façon de pensée, mais si vous lisez aussi Hélène Fischer vous comprendrez que le libre arbitre existe très peu, nous sommes très soumis à l'architecture hormonale de notre cerveau, le peu de liberté qu'il nous reste, me semble-t-il, est dans le contrôle que l'on aura sur nos émotions, qui fondent nos sentiments, qui nous mettent en action... Ce n'est que mon avis et un peu celui d'Aristote et de Pinker, voire de Denett, d'Hélène Fischer ou de Lucie Vincent (mouvement évolutionniste (suite de la pensée de Darwin)).

    Nash

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    Re: Les conséquences de l'absence de valeurs

    Message  Nash le Jeu 20 Juin 2013 - 21:24

    Il faut reconnaître que la question : "pourquoi faisons-nous le bien ?" n'admet pas, pour le non croyant, de réponse immédiate. Et si l'on raisonne en généalogiste (je crois que Nietzsche l'exprime plus ou moins comme ça) de quelle "maladie" notre volonté de faire le bien est elle le symptôme ?
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    nnikkolass

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    Re: Les conséquences de l'absence de valeurs

    Message  nnikkolass le Jeu 20 Juin 2013 - 21:32

    "... Il faut reconnaître que la question "pourquoi faisons nous le bien" n'admet pas, pour le non croyant, de réponse immédiate.
    Et si l'on raisonne en généalogiste (je crois que Nietzsche l'exprime plus ou moins comme ça) de quelle "maladie" notre volonté de faire le bien est-elle le symptôme ?..."
    Désolé, je ne comprends pas bien la question, peut-être parce qu’il me semble que la maladie provoque des symptômes et non pas l'inverse ? une maladie peut-elle être un symptôme ? ou n'est-ce pas une maladie qui donne des symptômes ? En fait Nash je ne sais pas si ça vient de la fatigue, mais je ne comprends pas bien la question, pourriez-vous reformulez s'il vous plaît ?

    Nash

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    Re: Les conséquences de l'absence de valeurs

    Message  Nash le Jeu 20 Juin 2013 - 22:50

    En effet, la maladie est la cause du symptôme.En d'autres termes, d'où vient notre "envie" de faire le bien ?Ce qu'on peut aussi exprimer avec un vocabulaire plus médical : quelle est la maladie qui donne pour symptôme de vouloir faire le bien, bref, reformulation élégante : de quelle maladie notre volonté de faire le bien est-elle le symptôme ?
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    nnikkolass

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    Re: Les conséquences de l'absence de valeurs

    Message  nnikkolass le Ven 21 Juin 2013 - 14:27

    Je tente une esquisse de réponse d'un point de vue "évolutionniste" (plus je lis des auteurs de ce mouvement plus je me sens proche des idées véhiculées, je découvre plein de choses sur la nature humaine qui me permettent de faire des liens avec la philosophie, en voici un exemple), je vais parfois partir d'un point qui paraît éloigné, mais c'est pour mieux comprendre un cheminement de pensée et arriver au sujet :

    - Lucie Vincent (neurobiologiste) nous dit que l'amour dure 3 ans : ce qu'elle nomme amour est en fait l'amour/passion (de mon point de vue)... Pourquoi dure-t-il 3 ans maximum ? Tout simplement parce l'espèce humaine est nidicole (il existe a contrario des espèces nidifuges dans le règne animal) : les petits humains naissent immatures, ils ont donc besoin des deux parents pendant un certain temps pour survivre (en tout cas à l'époque des premiers hommes, un bébé seul ne pouvait survivre sans l'aide des deux parents), pour Lucie Vincent l'organisation hormonale du cerveau se dérègle pendant trois ans maximum, pour obliger les deux parents à être amoureux et qu'ils ne se séparent pas pendant trois ans, âge où le petit homme commence à être autonome)... Alors bien sûr quelques couples durent plus de trois ans : le cerveau reprend son architecture normale, son fonctionnement hormonal normal, mais il existe une hormone, l'ocytocine que l'on fabrique quand on ressent le plaisir d'être avec l'autre (tendresse, voire discussion, etc.), cette hormone serait l'hormone de l'amour complice... Bref, donc si on relie à Pinker et aux modules d'émotions nous préexistant, nous serions d'accord pour dire que la nature humaine est en partie liée à des caractéristiques communes innées... Je pense que la morale peut prendre un premier ingrédient de sa composition dans l'inné, l'appartenance à une espèce avec des caractéristiques communes ayant pour volonté inconsciente et programmée la perpétuation de notre espèce animale si particulière... mais vous me direz : tout le monde n'a pas envie d'avoir d'enfant, ou d'améliorer la condition humaine.

    - Et je vous répondrais : oui, car la morale n'est pas seulement constituée d'éléments innés mais aussi d'une certain libre arbitre dans ce que chacun va définir de ce qu'est le bien commun. Donc le deuxième élément pourrait se trouver dans une maladie (qui n'en n'est pas vraiment une puisque c'est dans notre nature de fonctionner comme cela) que l'on nommerait, nos croyances, et donc aussi nos stéréotypes... je ne vais pas détailler, cela a fait l'objet déjà de nombreux post de ma part...
    - un dernier élément, que j'aurais dû mettre en second, vient de la culture et des archétypes fondateurs, à lier avec le concept de norme sociale : "l'homme est un animal social" disait Durkheim, Aristote ajoute : "la liberté des uns s'arrêtent à celle des autres..." Si nous voulons vivre parmi les autres on est obligé de faire avec les normes, la culture de la société dans laquelle on vit...

    Pour moi une morale se compose de ces trois éléments et pas uniquement de nos croyances personnelles : la culture, les normes sociales, une programmation génétique commune à de nombreuses espèces qui influent sur une volonté de perpétuation de l'espèce, et enfin sur un système de croyances propres à chacun en fonction des expériences empiriques de chacun... Donc la volonté de faire le bien commun viendrait aussi de ces trois éléments, de mon point de vue... J'avoue ne pas bien connaître le concept de morale, en revanche j'ai des connaissances solides concernant le mouvement évolutionniste et je crois de plus en plus qu'il existe un libre arbitre mais qui est minime, car en effet nos croyances sont une maladie qu'il est difficile de remettre en question ou d'assouplir, et la volonté de faire du bien étant une notion subjective, serait un des symptômes de cette croyance...

    Pour finir, je dirais que quelqu'un qui n'a pas la volonté de faire le bien commun (comme les poètes romantiques, qui nous proposent de vivre la passion intensément sans se soucier des conséquences, n'est-ce pas là la preuve d'un égoïsme) sont finalement en désaccord avec la nature (à la fois leur nature et la Nature), ils vont donc droit à la destruction (leur propre destruction, voire la destruction de l'espèce et de la Nature), ils ont choisi un chemin égoïste en prenant des fausses valeurs, l'argent, la beauté, la passion, etc., et vont droit à leur perte et la perte de l'humanité... C'est bien pour cela que malgré mon agnosticisme, je me range du côté d'une morale qui m'amène à respecter l'autre dans ses croyances, toujours partant pour discuter et essayant de comprendre même ce qui peut paraître intolérable, ma morale consiste à penser comme les évolutionnistes qu'il faut préserver notre espèce pour des millénaires, voilà un beau projet commun dont on pourrait discuter, peut-être en commençant par réfléchir au système d'ancrage et de conditionnement mental de nos enfants (comme le décrit Huxley), pourrions-nous réfléchir aux archétypes fondateurs de notre civilisation ? etc.

    Que pensez-vous de mon interprétation ? Ai-je bien compris le sens de votre question ?
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    Euterpe

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    Re: Les conséquences de l'absence de valeurs

    Message  Euterpe le Mar 9 Juil 2013 - 3:57

    nnikkolass a écrit:Pour finir, je dirais que quelqu'un qui n'a pas la volonté de faire le bien commun (comme les poètes romantiques, qui nous proposent de vivre la passion intensément sans se soucier des conséquences, n'est-ce pas là la preuve d'un égoïsme) sont finalement en désaccord avec la nature (à la fois leur nature et la Nature), ils vont donc droit à la destruction (leur propre destruction, voire la destruction de l'espèce et de la Nature), ils ont choisi un chemin égoïste en prenant des fausses valeurs, l'argent, la beauté, la passion, etc., et vont droit à leur perte et la perte de l'humanité...
    Êtes-vous certain de bien connaître ceux que vous appelez les poètes romantiques ?

    Pour ce qui concerne l'absence de valeurs, outre que cela paraît impossible (sauf à définir avec précision ce que l'initiateur du topic entend par là), puisque seules des "valeurs" peuvent en remplacer d'autres - nouvelles valeurs qui semblent souvent dénuées de valeur aux yeux des conservateurs -, la question sera plus facile à circonscrire si vous observez que la question des valeurs ne surgit qu'une fois la métaphysique morte et enterrée ou à peu près, et ce malgré le chef-d'œuvre de la métaphysique des mœurs. Tant que la métaphysique est la discipline reine de la philosophie (et que la théologie, ou plutôt l'onto-théologie est alignée sur la métaphysique), autrement dit tant qu'il y a de l'être ou un Dieu, la question des valeurs ne se pose pas : elle n'existe pas ni ne peut exister ; la seule question est de se conformer (morale/action/liberté) à Dieu ou à l'être. Dès lors que s'effondrent et la métaphysique et l'onto-théologie, il ne reste plus rien à quoi se conformer, puisque les principes de l'action disparaissent avec elles. Sans prédicat ni prédication pour nous "dicter" ce que nous pouvons et devons faire, ne reste plus qu'à "inventer" des valeurs qu'on n'a même pas à inventer : elles surgissent d'elles-mêmes puisqu'il s'agit de pré-férences, lesquelles renvoient à des mobiles, à des motivations, bref à la psychologie plutôt qu'à la morale. Le problème et l'intérêt des valeurs résident en ceci qu'elles sont tout à la fois subjectives (personnelles) et sources de conformisme, à l'image, donc, des sociétés modernes (tension et complémentarité de l'individu et de la masse). C'est leur envers et leur endroit, indissociables par définition.


    Dernière édition par Euterpe le Dim 16 Fév 2014 - 22:15, édité 1 fois
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    nnikkolass

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    Re: Les conséquences de l'absence de valeurs

    Message  nnikkolass le Mar 9 Juil 2013 - 9:29

    Je faisais référence au Carpe Diem qui propose de vivre la passion intensément... En lisant Platon et certains dialogues de Socrate avec Alcibiade sur la différence entre la beauté d'âme et la beauté physique, j'ai l'impression que la passion est égoïste, éphémère et bien souvent destructrice, elle se réfère quasiment exclusivement à des critères physiques comme dans le "coup de foudre" (Verlaine a quand même tiré une balle sur son amant Rimbaud quand celui-ci a menacé de le quitter, il existe de nombreux drames liés à la passion...). Alors il me semble (mais peut-être que je me trompe) que ceux qui défendent la passion comme ceux du Carpe Diem (profite du temps présent, on pourrait ajouter : "sans te soucier des conséquences futurs"), ne construisent pas l'avenir, sont insouciants... C'est ce que je pense aujourd'hui, mais comme je l'ai déjà dit, je me trompe peut-être...
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    Re: Les conséquences de l'absence de valeurs

    Message  Euterpe le Mer 10 Juil 2013 - 21:19

    Justement, le fameux "carpe diem" est bien mal traduit et, comme pour l'emploi moderne du substantif "épicurisme", l'altération du sens originel est si prononcée que ça ne veut plus rien dire, en l'état. D'abord, de quels poètes romantiques exactement parlez-vous ? Verlaine, pas plus que Rimbaud, n'est un poète romantique. Vous semblez tenir le carpe diem pour un synonyme pur et simple de passion. Et vous semblez ne retenir de la passion que le pathos, en lui attribuant un sens péjoratif (l'égoïsme). C'est un point de vue moral étranger à l'épicurisme.

    Le carpe diem n'est pas d'origine romantique (on le tient d'Horace, dans ses Odes*), et ne se comprend que dans une conception de l'existence qui intègre l'expérience de la mort, pour ainsi dire comme une donnée immédiate de la conscience. Je ne distingue que deux moments dans l'histoire où le carpe diem correspond à une sensibilité et à des représentations identifiables, le premier est le siècle d'Auguste, le deuxième la Renaissance (Cf. Ronsard, par exemple, pas seulement dans ses fameux Sonnets à Hélène). En outre, le carpe diem ne consiste pas à se dessaisir de toute responsabilité, c'est une variante latine de l'épicurisme et, pour être exact, c'est une forme de la prudence, si chère aux Romains (prudentia futurorum), et si contraire à l'inconséquence.

    Concernant le coup de foudre, il a fait l'objet de conceptions plus spirituelles que matérielles ou charnelles ("physiques").

    Votre exposé est encore trop syncrétique (mélange de notions, de périodes et de domaines que vous rapprochez, mais dont vous ne dites pas en quoi ils sont liés logiquement) ; il constitue plutôt, à mon avis, une photographie de l'état actuel de vos recherches et de votre réflexion.
    Horace, Odes, I, XI, 7-8 a écrit:* [...] La vie étant courte, supprime les longs espoirs. Pendant que nous parlons, l'heure jalouse a déjà fui. Cueille le jour présent, ne te fie pas à celui qui luira demain


    Dernière édition par Euterpe le Sam 30 Juil 2016 - 10:50, édité 1 fois
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    nnikkolass

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    Re: Les conséquences de l'absence de valeurs

    Message  nnikkolass le Mer 10 Juil 2013 - 21:43

    Vous avez raison, j'ai relu quelques poèmes en vrac de Ronsard, Lamartine ("Le lac")... Et je n'avais pas pensé à la différence entre Carpe Diem et l'épicurisme... Sur le "coup de foudre", il me semble que le tout premier déclencheur est la vision, la rencontre visuelle avec l'autre sans pour autant le connaître plus profondément de l'intérieur. On ne fait confiance inconsciemment qu'à nos sens sans y mettre la moindre réflexion, on est envahi par les sentiments, et ces derniers sont bien souvent trompeurs... Il me semble (sans en être sûr) que l'idée que je cherche à formuler serait qu'il ne faut pas renier ses sentiments, cependant il faut s'en méfier car ils défient la logique et peuvent nous amener à notre propre destruction, particulièrement quand ils sont poussés à l'extrême (c'est d'ailleurs l'hypothèse d'Aristote : il faut que le sentiment de haine augmente pour qu'une vengeance puisse s'accomplir, plus les sentiments sont forts plus on tend vers une mise en action qui pourrait s'avérer être regrettable après réflexion) : la passion, le coup de foudre me semblent être liés à des émotions fortes, ne seraient-elles pas sans danger ?

    Il faut que je me renseigne plus en avant sur le sujet, notamment en allant chercher du coté d'Horace... Merci de m'avoir transmis cette idée...

    Agis

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    Re:absence de valeurs

    Message  Agis le Mar 3 Déc 2013 - 20:14

    Permettez-moi de rejoindre cette conversation judicieuse. Je pense qu'il serait bon de définir la notion de "valeurs".
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    Vision28

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    Re: Les conséquences de l'absence de valeurs

    Message  Vision28 le Mar 3 Déc 2013 - 21:42

    Agis a écrit:Permettez-moi de rejoindre cette conversation judicieuse. Je pense qu'il serait bon de définir la notion de "valeurs".
    A mon avis, une valeur est un principe dont on se tient personnellement de ne pas le violer quoi qu'il arrive. En fait, il suffit de se rendre compte de notre bonne vieille devise : "Liberté, égalité, fraternité" qui s'applique à la République Française qui marque les restrictions que doivent satisfaire chaque loi de la République.

    Une valeur, est à mon sens, une restriction personnelle.

    kercoz

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    Re: Les conséquences de l'absence de valeurs

    Message  kercoz le Mar 3 Déc 2013 - 22:10

    Agis a écrit:Permettez-moi de rejoindre cette conversation judicieuse. Je pense qu'il serait bon de définir la notion de "valeurs".
    Bonsoir,
    Il me semble que le terme "valeur" ne devrait pouvoir se référer qu'à une personne . Si l'on observe un individu optimisé dans son groupe originel, la seule chose qui l'intéresse c'est de se valoriser par des interactions ou de confirmer sa valeur par ces échanges. Dans ce modèle peu d'objets sont échangés et ceux qui le sont ne le sont pas (ou peu) pour des raisons de nécessité mais servent de "support" à la "valeur" de celui qui offre.
    Ce dont parle le premier intervenant se rapporte plutôt aux "rites" structurants du groupe, antérieurs et squattés tardivement par les "morales" qui font que par exemple, mes actes engagent non seulement mon honneur, mais celui de mes proches... Le "flic dans la tête" bradé contre un car de CRS en bas de l'immeuble.

    Agis

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    Re:absence de valeurs

    Message  Agis le Mer 4 Déc 2013 - 13:14

    Exactement. Le problème est que chacun a des valeurs différentes mais qui néanmoins se rapprochent. On trouve par exemple dans beaucoup de religions l'interdit : "Tu ne tueras point" ; ce qui montre qu'on est influencé par ses amis ou par les vieilles traditions. Je pense que les valeurs se ressemblent entre les Hommes de même milieu.

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