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    Quel est le rôle de l'histoire ? Est-il de rapporter des faits ou de les raconter ?

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    Aubier

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    Date d'inscription : 02/12/2012

    Quel est le rôle de l'histoire ? Est-il de rapporter des faits ou de les raconter ?

    Message  Aubier le Sam 1 Juin 2013 - 18:11

    Alors que j'étais en pleine révision d'histoire sur la Révolution française, je suis tombé sur un texte parlant de la façon dont la Révolution que nous célébrions le 14 juillet n'était pas celle du peuple mais un coup d'État bourgeois.
    Sans remettre en cause politiquement cet épisode de notre histoire, je me suis posé la question : devons-nous écrire une histoire qui soit véritablement avérée (rapporter des faits) ou bien une version romancée (raconter, j'insiste sur le conte) ?

    En sachant bien entendu que l'histoire est souvent amplifiée voire modifiée. Quel est le rôle de l'histoire ? Est-il de nous rappeler les atrocités et de nous informer des dangers de mouvements comme le fascisme ? En sachant qu'en Allemagne de l'Ouest, ce dernier point a traumatisé une génération.
    Ou bien est-il de nous procurer réconfort et inspiration ? Je pense notamment par exemple à l'histoire française. Lorsque par exemple nous étudions la Révolution française, doit-on soutenir la version romantique des choses ou bien doit-on apprendre la version historiquement vraie ?
    Il y a le risque de voir l'histoire de chaque nation refléter son amour-propre et peut-être, je ne pense offenser aucun ressortissant de ce pays ici mais je m'abstiendrai de le nommer, finir par apprendre que notre président a gagné 10.000 batailles à cheval. Néanmoins, si nous poussons l'autre vice trop loin alors où devrions-nous trouver nos exemples ? Doit-on apprendre que Victor Hugo a été exilé loin de son pays mais qu'il n'a cessé d'écrire pour défendre ses idées, ou bien qu'il a quitté sa vie publique en France et a vécu un exil relativement agréable dans un manoir ?
    Pour conclure, on pourrait opposer le chroniqueur, qui relèverait les faits uniquement, au conteur qui rapporterait des mythes pas souvent vrais mais plus proches de ce que les gens veulent et ont besoin d'entendre.

    Actuellement, mon manuel d'histoire est au "milieu" de tout cela même si le chapitre sur la décolonisation est court (aucune mention de Madagascar bien que les "événements" d'Algérie soient reconnus et assumés dans une certaine mesure).
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    invité1899

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    Re: Quel est le rôle de l'histoire ? Est-il de rapporter des faits ou de les raconter ?

    Message  invité1899 le Sam 1 Juin 2013 - 21:51

    Aubier a écrit:Alors que j'étais en pleine révision d'histoire sur la Révolution française, je suis tombé sur un texte parlant de la façon dont la Révolution que nous célébrions le 14 juillet n'était pas celle du peuple mais un coup d'État bourgeois. Sans remettre en cause politiquement cet épisode de notre histoire, je me suis posé la question : devons-nous écrire une histoire qui soit véritablement avérée (rapporter des faits) ou bien une version romancée (raconter, j'insiste sur le conte) ?
    C’est un problème épistémologique. Depuis Thucydide le problème de l’objectivité est fondamental. Le fait devient majeur, et l’historien a pour rôle de le rendre intelligible dans la masse d’événements qu’il a à disposition.

    Aubier a écrit:En sachant bien entendu que l'histoire est souvent amplifiée voire modifiée. Quel est le rôle de l'histoire ? Est-il de nous rappeler les atrocités et de nous informer des dangers de mouvements comme le fascisme ? En sachant qu’en Allemagne de l'Ouest, ce dernier point a traumatisé une génération.
    Ou bien est-il de nous procurer réconfort et inspiration ?
    La fonction de l’Histoire c’est d’être « maîtresse de vie » (Cicéron). Seriez-vous réconforté d’ignorer la seconde guerre mondiale ? « Bienheureux les simples d’esprits » en somme.

    Aubier a écrit:Je pense notamment par exemple à l'histoire française. Lorsque par exemple nous étudions la Révolution française, doit-on soutenir la version romantique des choses ou bien doit-on apprendre la version historiquement vraie ?
    Encore une fois, la version romantique, j’imagine celle d’un peuple qui fait corps, prend conscience de lui-même face à l’absolutisme, que vous apporte-t-elle ? Une vision déformée qui ne peut que déformer vos jugements.

    Aubier a écrit:Il y a le risque de voir l'histoire de chaque nation refléter son amour-propre et peut-être, je ne pense offenser aucun ressortissant de ce pays ici mais je m'abstiendrais de le nommer, finir par apprendre que notre président a gagné 10.000 batailles à cheval.
    Néanmoins, si nous poussons l'autre vice trop loin alors où devrions-nous trouver nos exemples ?
    Vous parlez de fierté nationale. N’y a-t-il pas lieu de s’enorgueillir quand l’Histoire le permet ? Ce qui est risqué c’est la déformation, le dévoiement d’un événement pour grandir une nation, les totalitarismes fournissent les exemples les plus frappants.

    Aubier a écrit:Pour conclure, on pourrait opposer le chroniqueur, qui relèverait les faits uniquement, au conteur qui rapporterait des mythes pas souvent vrais mais plus proches de ce que les gens veulent et ont besoin d'entendre.
    Vous opposez deux manières de faire de l’Histoire, sans peut-être le savoir. D’une part la chronique médiévale, qui est loin de simplement relater des faits. Bien au contraire. Les chroniques ecclésiastiques justifient les écrits saints.

    Le mythe antique ne relate pas ce que les gens veulent entendre (vous transposez votre interprétation) mais ce que les gens croient. Pour Tite-live le mythe fait partie de l’histoire puisqu’il participe à la compréhension de l’essor de Rome. La manière d’écrire l’histoire dépend des époques, et il faut vous souvenir qu’un auteur a une visée (politique par exemple) qui va influencer son discours. La neutralité si j’ose dire, est bien souvent relative, même chez les auteurs contemporains.

    Aubier a écrit:Actuellement, mon manuel d'histoire est au "milieu" de tout cela même si le chapitre sur la décolonisation est court (aucune mention de Madagascar bien que les "événements" d'Algérie soient reconnus et assumés dans une certaine mesure).
    Pensez aussi au fait que vous disposez d’un programme. Qu’il ne soit pas exhaustif est bien normal. On pourrait débattre de sa teneur, mais ce n’est pas le sujet. Si l’Histoire vous passionne, je vous engage à vous tourner vers une Université d’Histoire. Ce sont des études d’une extrême richesse.


    Dernière édition par invité1899 le Dim 2 Juin 2013 - 11:13, édité 1 fois
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    Aubier

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    Re: Quel est le rôle de l'histoire ? Est-il de rapporter des faits ou de les raconter ?

    Message  Aubier le Sam 1 Juin 2013 - 23:49

    Je vois mes erreurs et je m'en excuse. Ma question aurait pu être posée autrement.
    Doit-on embellir l'histoire ?

    Je m'interroge sur plusieurs points de votre réponse, pouvez-vous éclairer ma lanterne ?
    -> Avec tous les problèmes posés par un fait, qui peut être interprété de mille façons, le rendre intelligible signifie-t-il lui donner un contexte et dans ce cas-là ce contexte est une création de l'historien, il n'est pas véridique ?
    -> Où est-ce que le terme "Maîtresse de vie" a été employé et quel est le sens ? Je pense à "guide", à moins que la traduction maîtresse concerne l'amante toujours présente dans l'esprit ?
    -> Doit-on s'inspirer du courage de nos aïeux, quitte à modifier l'histoire pour coller avec notre fantasme de la Liberté guidant le peuple ? Ou bien doit-on apprendre le pourquoi du comment, aussi "froid" cela soit-il ?
    -> L'historien a donc pour devoir de rester neutre ?

    Je suis sûr que je vais paraître bien sot en posant ces questions mais tant pis.

    PS : Une idée d'ouvrage (idéalement deux) pour creuser la question ?
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    invité1899

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    Re: Quel est le rôle de l'histoire ? Est-il de rapporter des faits ou de les raconter ?

    Message  invité1899 le Dim 2 Juin 2013 - 0:33

    Aubier a écrit:Je vois mes erreurs et je m'en excuse. Ma question aurait pu être posée autrement. Doit-on embellir l'histoire ?
    Dans quel but ? C’est là la question fondamentale. Quel est le but de l’Histoire ?

    Aubier a écrit:-> Avec tous les problèmes posés par un fait qui peut être interprété de mille façons, le rendre intelligible signifie-t-il lui donner un contexte et dans ce cas-là ce contexte est une création de l'historien, il n'est pas véridique ?
    L’Histoire est une création de l’Homme, c’est un discours. En cela elle porte des imperfections inhérentes à la condition d’homme ; l’inexactitude en fait partie. D’autre part, les sources lacunaires (je pense à l’antiquité notamment) rendent la reconstruction complexe et l’interprétation hasardeuse.
    Il arrive que l’hypothèse soit plus souvent la règle que la certitude. Puis le contexte d’écriture propre à l’auteur va (quoi que nous fassions) le déterminer. Dans le cas d’historiens engagés politiquement (Michelet, Duby…) c’est encore plus flagrant. Cela n’ôte rien à la finesse des interprétations mais doit pousser le lecteur à la prudence. Enfin, nous ne touchons qu’aux aspects pratiques. Peut-être espériez-vous une réponse plus « conceptuelle ».

    Aubier a écrit:-> Où est-ce que le terme "Maîtresse de vie" a été employé et quel est le sens ? Je pense à guide à moins que la traduction maîtresse concerne l'amante toujours présente dans l'esprit ?
    C’est bien guide, ou enseignante qu’il fallait comprendre. Pour Cicéron le présent doit prendre modèle sur le passé. Je vais essayer d’étayer mon propos précédant relatif au contexte. Si Cicéron dit cela, c’est qu’il faut y voir un contexte double : la crise de la République romaine (qui débute dès 146 av J-C avec la chute de Carthage), et l’influence du stoïcisme qu’il a étudié.

    Aubier a écrit:-> Doit-on trouver inspirant le courage de nos aïeux quitte à modifier l'histoire pour coller avec notre fantasme de la Liberté guidant le peuple ? Ou bien on doit apprendre le pourquoi du comment, aussi "froid" que cela soit ?
    Le courage de modifier l’Histoire ? Certains seraient à deux doigts de crier au complot. Encore une fois, que gagneriez-vous à fantasmer tel ou tel événement historique ?

    Aubier a écrit:-> L'historien a donc pour devoir de rester neutre ?
    Il a le devoir d’essayer. Dans le cas contraire, il tomberait dans l’idéologie, c’est-à-dire la défense d’une image, d’un groupe. Lorsque l’émotionnel supplante le rationnel. Vous parliez de la Révolution Française et du 14 Juillet. C’est un parfait exemple de débat historique-idéologique : 14 Juillet oui, mais 1789 ou 1793 ? Allait-on accepter la Terreur ?

    Aubier a écrit:PS : Une idée d'ouvrage (idéalement deux) pour creuser la question ?
    Paul Veyne, Écrire l’Histoire est pas mal pour commencer.


    Dernière édition par invité1899 le Dim 2 Juin 2013 - 11:10, édité 1 fois
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    Euterpe

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    Re: Quel est le rôle de l'histoire ? Est-il de rapporter des faits ou de les raconter ?

    Message  Euterpe le Dim 2 Juin 2013 - 10:55

    invité 1899, merci d'éditer vos interventions en donnant à vos textes le format normal, pour le confort de lecture de tous. Quand vous faites un copier-coller, le forum modifie le format du texte, je ne sais pas pourquoi. Il faut donc appuyer sur le bouton "basculer le mode édition" et rétablir le texte.


    Dernière édition par Euterpe le Mar 26 Juil 2016 - 23:56, édité 1 fois
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    Aubier

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    Re: Quel est le rôle de l'histoire ? Est-il de rapporter des faits ou de les raconter ?

    Message  Aubier le Dim 2 Juin 2013 - 11:11

    Je crois comprendre ce que vous voulez dire. Mais ma réflexion n'est pas assez nourrie pour l'instant et je préfère prendre le temps de développer ma réflexion avant de la confronter ici.

    Merci de votre réponse rapide et instructive.
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    Kthun
    Invité

    Re: Quel est le rôle de l'histoire ? Est-il de rapporter des faits ou de les raconter ?

    Message  Kthun le Mer 12 Fév 2014 - 21:39

    Aubier a écrit:Alors que j'étais en pleine révision d'histoire sur la Révolution française, je suis tombé sur un texte parlant de la façon dont la Révolution que nous célébrions le 14 juillet n'était pas celle du peuple mais un coup d'État bourgeois.
    Sans remettre en cause politiquement cet épisode de notre histoire, je me suis posé la question devons nous écrire une histoire qui soit véritablement avéré (rapporter des faits) ou bien une version romancée (raconter, j'insiste sur le conte) ?

    En sachant bien entendu que l'histoire est souvent amplifiée voir modifiée. Quel est le rôle de l'histoire ? Est-il de nous rappeler les atrocités et de nous informer des dangers de mouvements comme le fascisme ? En sachant qu'en Allemagne de l'Ouest, ce dernier point a traumatisé une génération.
    Ou bien est-il de nous procurer réconfort et inspiration ? Je pense notamment par exemple à l'histoire française. Lorsque par exemple nous étudions la Révolution française, doit-on soutenir la version romantique des choses ou bien doit-on apprendre la version historiquement vraie ?
    Il y a le risque de voir l'histoire de chaque nation refléter son amour-propre et peut-être, je ne pense offenser aucun ressortissant de ce pays ici mais je m'abstiendrais de le nommer, finir par apprendre que notre président a gagné 10.000 batailles à cheval. Néanmoins, si nous poussons l'autre vice trop loin alors où devrions-nous trouver nos exemples ? Doit-on apprendre que Victor Hugo a été exilé loin de son pays mais qu'il n'a cessé d'écrire pour défendre ses idées, ou bien qu'il a quitté sa vie publique en France et a vécu un exil relativement agréable dans un manoir ? 
    Pour conclure, on pourrait opposer le chroniqueur, qui relèverait les faits uniquement, au conteur qui rapporterait des mythes pas souvent vrais mais plus proches de ce que les gens veulent et ont besoin d'entendre.  

    Actuellement, mon manuel d'histoire est au "milieu" de tout cela même si le chapitre sur la décolonisation est court (aucune mention de Madagascar bien que les "événements" d'Algérie soient reconnus et assumés dans une certaine mesure).

    En somme, il est ici question du dilemme existant - du point de vue de l'observateur qui fait œuvre d'histoire - entre l'utilité sociale ("le moraliste") et la vérité ("le psychologue") :

    Gustave Le Bon, La Révolution française et la psychologie des révolutions (1912) a écrit:
    L’impartialité a toujours été considérée comme la qualité la plus essentielle d’un historien. Tous, depuis Tacite, assurent qu’ils sont impartiaux.

    En réalité l’écrivain voit les événements comme le peintre un paysage, c’est-à-dire avec son tempérament, son caractère et l’âme de sa race. Plusieurs artistes, placés devant un même paysage, le traduiront nécessairement d’une façon différente. Les uns mettront en valeur des détails négligés par d’autres. Chaque reproduction sera ainsi une œuvre personnelle, c’est-à-dire interprétée par une certaine forme de sensibilité.

    Il en est de même pour l’écrivain. On ne peut donc pas plus parler de l’impartialité d’un historien que de celle d’un peintre.

    Sans doute l’historien peut se borner à reproduire des documents, et c’est la tendance actuelle. Mais ces documents, pour les époques peu éloignées de la nôtre, la Révolution française par exemple, étant tellement abondants qu’une vie d’homme ne suffirait pas à les parcourir, il faut bien se résigner à choisir.

    D’une façon consciente quelquefois, inconsciente le plus souvent, l’auteur sélectionne nécessairement les matériaux répondant le mieux à ses opinions politiques, religieuses et morales.

    Il est donc impossible, à moins de se contenter de simples chronologies résumant chaque événement dans une ligne et une date, de produire un livre d’histoire véritablement impartial. Aucun auteur ne saurait l’être et il n’est pas à regretter qu’aucun ne l’ait été. La prétention d’impartialité, très répandue aujourd’hui, conduit à ces œuvres plates, grises et prodigieusement ennuyeuses qui rendent complètement impossible la compréhension d’une époque.

    L’historien doit-il, sous prétexte d’impartialité, s’abstenir de juger les hommes, c’est-à-dire de parler d'eux en termes admiratifs ou sévères ?

    Cette question comporte, je crois, deux solutions très différentes et cependant très justes suivant le point de vue auquel on peut se placer celui du moraliste ou celui du psychologue.

    Le moraliste doit envisager exclusivement l’intérêt social et ne juger les hommes que d’après cet intérêt. Par le fait seul qu’elle subsiste et veut continuer à vivre, une société est obligée d’admettre un certain nombre de règles, d’avoir un critérium irréductible du bien et du mal, de créer par conséquent des distinctions très nettes entre le vice et la vertu. Elle arrive ainsi à constituer des types moyens dont les hommes d’une époque se rapprochent plus ou moins, mais dont ils ne peuvent s’écarter beaucoup sans péril pour la société.

    C’est d’après de semblables types et les règles dérivées des nécessités sociales que le moraliste doit juger les hommes du passé. Louant ceux qui furent utiles, blâmant les autres, il contribue à fixer des types moraux indispensables à la marche de la civilisation et servant de modèles. Les poètes comme Corneille, par exemple, créant des héros supérieurs à la majorité des hommes et inimitables peut-être, contribuent puissamment à stimuler nos efforts. Il faut toujours proposer à un peuple l’exemple des héros pour élever son âme.

    Tel est le point de vue du moraliste. Celui du psychologue sera tout autre. Alors qu’une société n’a pas le droit d’être tolérante, parce que son premier devoir est de vivre, le psychologue doit rester indifférent. Considérant les choses en savant, il ne s’occupe plus de leur valeur utilitaire, et tâche seulement de les expliquer. Sa situation est celle de l’observateur devant un phénomène quelconque. Il est difficile évidemment de lire avec sang-froid que Carrier ordonnait d’enterrer ses victimes jusqu’au cou pour leur faire ensuite crever les yeux et subir d’horribles supplices. Il faut cependant, pour comprendre de tels actes, ne pas plus s’indigner que le naturaliste devant l’araignée dévorant lentement une mouche. Dès que la raison s’émeut, elle cesse d’être la raison et ne peut rien expliquer.

    Le rôle de l’historien et celui du psychologue ne sont pas comme on le voit identiques, mais au premier comme au second on peut demander d’essayer, par une sage interprétation des faits, de découvrir sous les évidences visibles, les forces invisibles qui les déterminent.
    http://classiques.uqac.ca/classiques/le_bon_gustave/revolution_francaise/revolution_franc.html (premier chapitre de la deuxième partie)

      La date/heure actuelle est Jeu 19 Oct 2017 - 11:05