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    L'origine dessentiments et des passions.

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    nnikkolass

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    L'origine dessentiments et des passions.

    Message  nnikkolass le Jeu 30 Mai 2013 - 18:21

    Bonjour,

    J'ai lu un sujet sur le forum sur raison et déraison, je pense que mon questionnement aura des liens avec ce sujet. Je me pose en ce moment des questions sur l'origine de nos sentiments et leur influence sur nos interprétations, voici où j'en suis (n'hésitez pas à me dire si j'affirme des énormités) :

    nnikkolass a écrit:"... Il est étonnant de constater que la période de l’Antiquité classique a été la plus riche de l'histoire de l'humanité en matière de philosophie. Au Ve siècle avant JC, Pythagore explique que le cerveau est l'organe de l'intelligence humaine et le siège des maladies mentales. C'est une idée extrêmement innovante pour l'époque, mais qui, hélas, n'aura pas un grand retentissement. Elle ne sera reprise que par Platon : celui-ci affirme que le corps ne peut fonctionner sans l'âme. Il reconnaît par là même l’existence possible de maladies du corps mais aussi de l'âme. La folie serait une maladie de l'âme et non pas du corps. Le fondement de la philosophie de Platon se situe dans cette séparation de l'esprit et du corps. Cette dichotomie entraînerait des conflits entre les appétits inférieurs et ceux de la raison. Il faudra attendre le Moyen-âge pour que cette intuition soit reconnue à sa juste valeur. Les philosophes idéalistes placeront le siège de l'âme, de l'intelligence et de la raison dans le cerveau.

    Aristote, au IVe siècle avant JC, étudie Platon, puis s'en éloigne. Il établit une théorie de la raison qui présente toujours de l’intérêt aujourd’hui. Il accorde une place fondamentale à l'âme humaine, qui s’organise autour de quatre thèmes : mémoire, imagination, sensations et passions. L'âme se décline dans les trois règnes : végétal (doué d'un principe vital de croissance, assimilation et reproduction), animal (plus complexe) et humain. Aristote sépare l’homme de l’animal car il se distingue par sa capacité à raisonner. L'homme n'est pourtant pas raison pure, étant aussi un être de passion : colère, tendresse, cruauté, haine... Ces émotions échappent à sa raison. Aristote propose deux explications :


    • l'hypothèse de causalité ou déterministe : les émotions, la passion sont dues à des événements vécus, à des interactions avec l’environnement. Par exemple, on ressentira de la colère suite à un événement vécu comme injuste ;
    • l'hypothèse téléologique ou finaliste : les passions, les émotions ont un objectif. Elles préparent l'esprit à un événement à venir. La colère prépare notamment à la vengeance (le corps et l'esprit doivent être suffisamment stimulés pour que la vengeance s’accomplisse).


    Ces deux modèles ont influencé la psychologie. L'hypothèse de la causalité a inspiré la théorie psychanalytique de Freud, et l'hypothèse téléologique a influencé la psychologie individuelle d'Adler.
    Pour Aristote, le siège de la raison se situe au niveau du cœur ; il se démarque ainsi de Platon qui avait eu, néanmoins, une excellente intuition. Il considère que les maladies du corps ou de l'âme (la folie) proviennent d'un excès. Il recommande à ses élèves d'adopter des attitudes de sagesse : satisfaire les besoins du corps avec retenue et user des biens matériels avec modération.

    Platon et Aristote estiment que les hommes ont été créés par les dieux et que leur âme est d’essence divine..." (extrait d'un texte plus global que j'ai écrit concernant les représentations de la folie à travers l'histoire)
    Cela pose des questions fondamentales : Est-ce l'environnement, les interactions qui nous procurent des sentiments (hypothèse causalité ou déterministe) ? Où est-ce que les sentiments sont déjà en nous et qu'ils s'expriment de façon plus ou moins forte selon le besoin de mise en action (hypothèse téléologique) ? Nos sentiments naissent-ils de situations qui nous arrivent (par exemple si je croise une belle jeune femme, avec du charme, je vais peut-être avoir "un coup de foudre", un sentiment fort qui n'était pas là avant que je croise la charmante demoiselle, bien que si je me réfère au dialogue de Socrate avec Alcibiade, je devrais plutôt m’intéresser à sa bonté intérieure) ? Ou bien est-ce que nos sentiments sont déjà en nous à l'état dormant et se réveillent en cas de besoin d'action (par exemple, si quelqu'un a crevé un pneu de ma voiture et que j'ignore de qui il s'agit, je vais bien sûr éprouver de la colère, mais il faudra que je la fasse grandir en moi pour sauter une étape et passer à la vengeance, si la colère n'augmente pas alors je ne me venge pas) ? De ce fait deux hypothèses s'affrontent sur l'origine de nos sentiments, y en a-t-il une plus valable que l'autre ? Peut-être existe-t-il une troisième voie ?

    Si on fait un état des lieux de toutes ces questions on a :

    - des sentiments, des passions dont on se demande comment cela fonctionne
    - des interactions avec l’environnement
    - des dispositions biologiques de type hormonal
    - une capacité de raisonnement

    Que pourrait-on ajouter à ces ingrédients ?

    J'avoue que j'ai déjà de bons éléments de réponse grâce à un travail de recherche laborieux, j'ai trouvé un nouveau courant de la psychologie qui propose une explication qui me semble logique sur l'origine de nos sentiments et comment ils interfèrent dans nos décisions et nos choix (ce qui me laisse penser que l'on n'a pas toujours le choix comme semble le dire JP Sartre (à moins que j'aie mal interprété ce qu'il voulait dire). Je me rends compte de plus en plus que la philosophie entretient des rapports étroits avec bien d'autres disciplines des sciences humaines et de ce fait je cherche des réponses dans ces différents domaines... Je vous donnerai les explications de cette hypothèse psychologique et neurobiologique très récente si vous le souhaitez, mais je préférerais attendre de voir vos réponses sur le sujet... Merci de réagir, ça m'aiderait beaucoup à avancer...
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    Dalva

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    Re: L'origine dessentiments et des passions.

    Message  Dalva le Ven 31 Mai 2013 - 18:25

    nnikkolass a écrit:Aristote, au IVe siècle avant JC, étudie Platon, puis s'en éloigne. Il établit une théorie de la raison qui présente toujours de l’intérêt aujourd’hui. Il accorde une place fondamentale à l'âme humaine, qui s’organise autour de quatre thèmes : mémoire, imagination, sensations et passions. L'âme se décline dans les trois règnes : végétal (doué d'un principe vital de croissance, assimilation et reproduction), animal (plus complexe) et humain. Aristote sépare l’homme de l’animal, car il se distingue par sa capacité à raisonner. L'homme n'est pourtant pas raison pure, étant aussi un être de passion : colère, tendresse, cruauté, haine... Ces émotions échappent à sa raison.
    Justement, hier, je lisais une théorie contemporaine : la théorie des trois cerveaux (le cerveau reptilien, le système limbique, le néocortex). Chaque partie correspond à un moment de notre évolution. Et chaque partie réagit de façon différente. Cette théorie peut expliquer l'origine de certains de nos comportements.
    Finalement, c'est bien la même chose que l'explication d'Aristote. Les mots utilisés sont différents, les concepts sont plus modernes, mais c'est bien la même chose.
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    nnikkolass

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    Re: L'origine dessentiments et des passions.

    Message  nnikkolass le Sam 1 Juin 2013 - 0:34

    Justement, hier, je lisais une théorie contemporaine : la théorie des trois cerveaux (le cerveau reptilien, le système limbique, le néocortex). Chaque partie correspond à un moment de notre évolution. Et chaque partie réagit de façon différente. Cette théorie peut expliquer l'origine de certains de nos comportements.
    Finalement, c'est bien la même chose que l'explication d'Aristote. Les mots utilisés sont différents, les concepts sont plus modernes, mais c'est bien la même chose.
    Incroyable, je pensais que ce serait plus difficile que cela, mais vous avez tapez dans le mille... Cependant quelques nuances entre Aristote et ce que propose le Docteur Pinker (théorie des trois cerveaux)... Ce courant de la psychologie est très récent et s'appelle la psychologie évolutionniste :

    Pas de réponse simple à ce sujet qui agite les philosophes depuis des siècles, les psychologues et, aujourd'hui, les neuroscientifiques ! L'une des réponses les plus stimulantes que je connaisse est celle de la psychologie évolutionniste. Notre cerveau est composé de modules différents forgés au cours de l'évolution. Ces modules peuvent être en partie contradictoires. Par exemple nous sommes prédisposés à l'agressivité mais aussi à la compassion... Ces modules correspondent aux "sentiments" qui sont en nous. Comme ils ne vont pas tous dans le même sens, ils laissent de la place à l'influence de l'environnement et des événements que nous vivons. Notre liberté - relativement limitée - résulte du "jeu" entre ces deux contraintes : intérieure et extérieure.

    Les ouvrages de référence sur ce sujet ont été écrits par Steven PINKER : Comment fonctionne l'esprit et comprendre la nature humaine. Pas toujours facile à lire mais absolument passionnant !

    Edit :
    J'en sais un petit peu plus :


    Il est étonnant de voir que l'intuition d'Aristote reste très proche de ce que propose le mouvement évolutionniste (Pinker : Comment comprendre la nature humaine ?, Fischer : Histoire naturelle de l'amour, Denett...). Cependant une petite différence :
    Les "évolutionnistes" différencient l'émotion du sentiment : l'émotion serait une prédisposition, les émotions existeraient en nous programmées génétiquement et inscrites dans notre ADN ; les sentiments eux apparaissent dans les interactions avec notre environnement. En gros la recette de nos sentiments : des modules d'émotions pré-inscrits et des interactions avec le monde empirique... Aristote ne fait pas la distinction entre émotion et sentiment mais si on lie les deux hypothèses, on pourrait dire que l'hypothèse téléologique et déterministe explique les rapports entre émotion et sentiment et comment une émotion donne naissance à un sentiment, notamment par les interactions avec l’environnement...


    Dès lors je cherche toujours, et je commence à percevoir que si nos émotions sont programmées, nos sentiments ne le sont pas, il reste une liberté de choix, de ce qui forme notre caractère, notre singularité et donc aussi l'organisation de notre cerveau dans les interactions avec le monde qui nous entoure... Je pense que nos sentiments influent sur nos choix car ils nous mettent en action, et que ces derniers ont pour origine nos émotions. Ces dernières sont organisées en modules parfois contradictoires, et c'est bien dans l'organisation de ce schéma que l'on peut agir... Comment me direz-vous ? en s'interrogeant sur le monde qui nous entoure les messages qu'ils renvoient, messages qui fonderont une organisation émotionnelle propre à chaque individu, mais aussi propre à un groupe d'individu (notre organisation émotionnelle semble aussi être influencée par des modes de vie et donc une culture commune d'une civilisation...). C'est pourquoi aujourd'hui je m’intéresse à la notion d'archétype fondateur d'une culture commune d'une civilisation, car ces archétypes participent à l'organisation d'un inconscient collectif et donc un peu de ce que nous sommes...

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