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    Peut-on être-au-monde en disant "oui" ?

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    Desassocega

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    Peut-on être-au-monde en disant "oui" ?

    Message  Desassocega le Jeu 31 Jan 2013 - 18:40

    Bonsoir à tous,

    "Oui !", voilà un mot que nous disons à longueur de journée, sans nous demander vraiment tout ce qu'il renferme. Mais que dit-on, quand on dit "oui" ? Qu'est-ce que ce simple mot peut bien renfermer ? Car enfin, le oui, n'est-ce pas la question de l'engagement, de la liberté, de la béatitude (pour parler en termes spinoziens), et tellement d'autres choses ?

    Et d'ailleurs, existe-il un vrai "oui" ? Un oui qui ne serait pas teinté de non ? Le grand "oui" nietzschéen est-il un oui sans non ? Ou alors le non serait un passage obligé du oui pour parvenir à un oui plus fort (une sorte de dialectique hégélienne), mais alors qu'est-ce que cette dialectique ? Et Spinoza dans tout ça, lui qui nous donne l'impression, en le lisant, d'exprimer un oui entier à la vie et au monde, de quelle nature est-il, ce oui ?

    Du reste, le oui peu]t avoir plusieurs sens qu'il est nécessaire de noter. Avec un "oui", on peut accepter, autoriser, affirmer. Est-ce alors le même oui ? Quelles sont les différences ?


    Dernière édition par Desassossego le Dim 17 Fév 2013 - 2:03, édité 1 fois
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    Vangelis
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    Re: Peut-on être-au-monde en disant "oui" ?

    Message  Vangelis le Jeu 7 Fév 2013 - 15:48

    On pourrait aussi voir la question, non pas sous l'angle de l'objet du oui dans le sens d'un oui à quoi ou d'un oui comment, mais surtout en rapport à celui qui l'entend, c'est-à-dire d'un oui à qui. Parce que ce oui est un oui qui se donne par le langage, et donc qui dit quelque chose à quelqu'un, ne serait-ce qu'à soi même. Il présuppose un questionnement en amont mais toujours en regard d'un autre, ou d'un autre soi-même qui précède le oui. Dans cette perspective de l'autre, dire oui c'est dire non à une partie de soi-même qui abandonne ou partage son jugement. Dans le oui, il y a au mieux de la délégation, un accompagnement ou un partage, et au pire cela va jusqu'à la soumission. Dans ce dernier cas on peut effectivement vouloir être soumis, mais on ne fait pas que s'y abandonner. On donne aussi son oui dans la perspective de ne plus pouvoir le reprendre, car il faudrait d'abord se défaire de la soumission avant de se le réapproprier ou de se dédire. Donc si le oui en tant que réponse est important en regard de la question, il l'est tout autant, sinon plus, en regard de celui à qui on le dit.

    Et toujours dans la perspective du dialogue, le oui comme le non, brise l'interrogation. Cette prise de position, si elle n'est pas irrévocable, n'en est pas moins la fin de la neutralité, la mise à l'écart du doute et donc de la réflexion. Mais pour vivre, à un moment donné il faut bien se positionner.
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    Re: Peut-on être-au-monde en disant "oui" ?

    Message  Desassocega le Jeu 7 Fév 2013 - 18:24

    En effet, nous pourrions voir également la question sous cet angle, mais ce serait, je trouve, enfermer le "oui" dans son cadre fonctionnel, à savoir qu'il est une réponse à un énoncé et à quelqu'un. Au contraire, en isolant le "oui" ainsi, on lui retire cette fonction de langage, ce qui nous permet de déployer tous les sens qu'il peut contenir. Avec le "oui", on peut poser la question de la volonté, de l'engagement, de la liberté, de la vie. On en fait quelque chose de métaphysique.

    De la même manière, tous les oui ne sont pas les mêmes non plus. Il y a différentes manières de dire oui : le oui du pari pascalien n'est pas le même que le oui optimiste de Leibniz, ou que le oui tragique de Nietzsche, ou encore que le oui de la vorlaufende Entschlossenheit de Heidegger. Je vois vraiment le oui comme tout un rapport à la vie.
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    Re: Peut-on être-au-monde en disant "oui" ?

    Message  Vangelis le Dim 10 Fév 2013 - 19:45

    Desassossego a écrit:Avec le "oui", on peut poser la question de la volonté, de l'engagement, de la liberté, de la vie.
    Oui. Mais on peut tout aussi bien avec ce oui poser le contraire de cette liste. Il peut très bien signifier la soumission, le renoncement, la nécessité et la mort.
    Pourquoi le oui serait-il vertueux ? Et si justement nous pouvons déployer tous les sens qu'il peut contenir, c'est qu'aucun ne peut le définir. Alors effectivement il convient de savoir à quoi nous disons oui. Mais si nous le faisons c'est qu'avant, soit nous ne décidions de rien, soit nous avons changé de point de vue. Il y a dans ce oui, soit un changement d'état en son être, soit un accompagnement pour autrui. Le oui de Nietzsche n'est-il pas une réponse ou un vœu pieux qu'il se fait à lui-même, comparativement à un état précédent ? Peut-on imaginer un oui qui ne s'adresse à personne ? Et l'autre ou l'autre moi même, n'a-t-il pas besoin de mon oui ? Et là le rapport à la vie est d'autant plus présent parce qu'il s'agit d'un dialogue d'être à être et non pas d'être à objet.
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    Re: Peut-on être-au-monde en disant "oui" ?

    Message  Desassocega le Dim 10 Fév 2013 - 20:00

    Vangelis a écrit:Mais on peut tout aussi bien avec ce oui poser le contraire de cette liste.
    Tout à fait ! C'est ce que je trouve fascinant dans cette question...

    Vangelis a écrit:Pourquoi le oui serait-il vertueux ?
    Vous moralisez ce que je ne moralise pas !

    Vangelis a écrit:Peut-on imaginer un oui qui ne s'adresse à personne ?
    Bien sûr ! Le oui que Nietzsche scande dans le Gai savoir n'est adressé à aucune personne : c'est un rapport à l'existence qu'il se promet à lui-même d'instituer.

    Vangelis a écrit:le rapport à la vie est d'autant plus présent parce qu'il s'agit d'un dialogue d'être à être et non pas d'être à objet.
    Je suis tout à fait en accord avec ça...
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    Re: Peut-on être-au-monde en disant "oui" ?

    Message  Euterpe le Dim 10 Fév 2013 - 22:20

    Desassossego a écrit:En effet, nous pourrions voir également la question sous cet angle, mais ce serait, je trouve, enfermer le "oui" dans son cadre fonctionnel, à savoir qu'il est une réponse à un énoncé et à quelqu'un.
    Mais le oui, c'est d'abord ça. Le oui qui vous intéresse ici est tout simplement la transposition des attitudes philosophiques, des engagements dont vous souhaitez discuter. Votre oui est adhésion à, participation à. Bref, si ce n'est pas stricto sensu un discours, c'est une interprétation. Nous sommes, de toute façon, dans le langage.

    Desassossego a écrit:
    Vangelis a écrit:Pourquoi le oui serait-il vertueux ?
    Vous moralisez ce que je ne moralise pas !
    Pourquoi prêtez-vous un sens moral au qualificatif choisi par Vangelis ? La vertu désigne aussi le pouvoir de produire un certain effet. Alors, le oui produit-il nécessairement son effet ? Quel effet ça fait, d'être nietzschéen ?


    Dernière édition par Euterpe le Sam 30 Juil 2016 - 22:04, édité 1 fois

    Parousia

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    Re: Peut-on être-au-monde en disant "oui" ?

    Message  Parousia le Jeu 14 Fév 2013 - 21:07

    Je remarque qu'il est assez rare de dire oui tout seul dans son coin. Le oui est une réponse. Les questions sont : "à quoi le oui peut-il faire réponse ?" et "quelle modalité de réponse le oui peut-il bien être, compte tenu de son encodage linguistique minimal (3 lettres et souvent 2 dans d'autres langues) ?"
    Par souci de simplification, ne prenons pas en considération le "oui, mais" ou encore le "oui, seulement..." qui est aussi une modalité du "non".
    Je réponds oui à une interrogation. Qui interroge ? Un autre, l'Autre (au sens de Lacan) voire moi-même (mais donc en réponse à l'Autre). Le oui marque l'accord, l'acceptation. De quoi le oui est-il l'acceptation ? De ce qui est offert dans la question. Le oui répond donc à une question qui offre la possibilité de répondre oui, il faut donc qu'en plus de questionner, la question propose.  
    Le oui est donc l'acceptation de ce qui est déjà donné, de ce qui est déjà présent dans la question. Mais si le oui fait réponse à ce qui est déjà donné, le non était-il une autre modalité possible de réponse à la même question ?
    Où l'on voit que le oui et le non seraient alors bien plus qu'opposés ou contraires : ils seraient contradictoires. S'il sont contradictoires, c'est qu'en pure logique, l'un est foncteur de vérité tandis que l'autre est foncteur de fausseté. Cependant le non est souvent la bonne réponse à une question tandis que le oui est parfois une mauvaise réponse.
    On comprendra alors que le "oui" de "valeur" métaphysique , philosophique, voire religieuse, est d'abord un oui qui dit : "cette question est la bonne" et c'est pour cela que je réponds oui à cette question. Le "oui" philosophique est donc le choix de ce qui compte, de ce qui vaut, pour celui qui questionne comme pour celui qui répond. Faute d'entente préalable sur les prémisses, le oui ne saurait alors être prononcé. Le oui nécessite donc d'en savoir toujours un peu plus sur celui qui questionne. Le consentement trop rapidement donné, ferait presque regretter le "non" qui a le défaut majeur de marquer immédiatement le désaccord. Le "non", signe d'indépendance, surtout lorsqu'il n'est pas d'opposition systématique ou de "fausse intelligence", est difficile à tenir dans la durée, assailli qu'il est par l'ambiance oui-ouiste de la recherche du consensus.
    Où l'on voit enfin que la meute des "oui" ne fait pas plus envie que celle des "non", et qu'il faut donc éviter les questions de meute.
    Il faut donc dire oui à la question rare, chère, précise, exigeante et non aux questions triviales qui excitent faussement la multitude. La valeur du oui est celle de la question posée. La valeur du non est d'exiger une reformulation de la question posée, sa reconsidération.
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    Desassocega

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    Re: Peut-on être-au-monde en disant "oui" ?

    Message  Desassocega le Jeu 14 Fév 2013 - 21:46

    Votre message me semble fermer le sujet plutôt que l'ouvrir. Vous simplifiez beaucoup trop !

    Pourquoi le oui devrait-il être une réponse à une interrogation ? Est-il nécessaire d'avoir un certain savoir pour dire oui (le pari pascalien n'est-il pas un oui ? Pourtant il n'est pas question d'un savoir, bien au contraire. Je ne peux pas savoir) ? Vous dites que le oui est acceptation, mais l'acceptation peut être une forme de non, savez-vous ? Le oui peut être bien d'autres choses !

    Parousia

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    Re: Peut-on être-au-monde en disant "oui" ?

    Message  Parousia le Jeu 14 Fév 2013 - 22:07

    Je ne vois pas où est votre désaccord. Le pari pascalien est un oui à la question "comment dois-je me comporter ? en faisant le pari de Dieu ou pas ?" Et la réponse est : "en faisant le pari de Dieu". Je pense au contraire que vous n'usez pas suffisamment de l'esprit de géométrie et préférez sur ce thème l'esprit de finesse... Le oui est réponse contenue dans la question et/ou acceptation. Il est facile de me démentir en proposant un contre-exemple. Je ne crois pas que le pari pascalien soit un bon contre exemple.
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    Re: Peut-on être-au-monde en disant "oui" ?

    Message  Desassocega le Jeu 14 Fév 2013 - 22:33

    Je ne suis pas en désaccord, je vous dis simplement qu'en faisant des approximations, vous fermez le sujet.

    Vous croyez faire des distinctions, quand vous ne faites que forcez le "oui" à n'être qu'une seule chose, quand il en est une multitude !
    Relisez votre message, et dès les premières lignes : dès le début (et comme vous le dites, par souci de simplification), vous laissez de côté le "non". De quel droit ? Je ne dis pas que c'est faux. Je dis, et vous le dites aussi, que c'est une simplification. Or il ne s'agit pas de simplifier un sujet, mais de se faire à sa complexité.

    Puisque je vous sens sceptique, je prends l'affirmation qui suit : "je réponds oui à une interrogation". Ah bon ? De manière nécessaire ? Nous ne répondons oui qu'à des interrogations... ?

    Ainsi, je vous invite premièrement à bien relire le fil du sujet, et ensuite à entamer la démarche philosophique de vous ouvrir à lui plutôt qu'à le refermer sur vous.

    Parousia

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    Re: Peut-on être-au-monde en disant "oui" ?

    Message  Parousia le Jeu 14 Fév 2013 - 22:50

    Vous confondez art de la synthèse et "simplification". Il semble vous échapper que la philosophie fait aussi le vœu du discours synthétique et non celui de l'inventaire. Par ailleurs, le discours synthétique demeure ouvert, bien plus ouvert que la litanie des singularités. Mais vous ne m'avez pas compris, ce n'est pas grave. Vous me ferez le reproche traditionnel du manque de clarté, des approximations, etc., etc. Faites d'abord l'effort de comprendre ce qui est dit.
    Lorsque Hegel écrit : "tout ce qui est rationnel est réel, tout ce qui est réel est rationnel", vous trouvez sans doute qu'il ferme le sujet.

    Reprenez aussi l'interrogation du topic... Quel type de réponses attendiez-vous ? Des exemples ? Une enquête sur ce qu'est la réponse "non" ? Alors que vous parlez par exemple du grand oui, si je vous ai bien suivi...

    "Quand on est déçu, on a toujours tort" (J. Lacan). Je vous laisse deviner pourquoi.

    Pour ce qui me concerne je passe à autre chose ; pas de problème.
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    Re: Peut-on être-au-monde en disant "oui" ?

    Message  Desassocega le Dim 17 Fév 2013 - 1:53

    Je pense qu'il est nécessaire que je recadre le sujet, afin qu'il puisse s'orienter de manière adéquate.

    En fait, je pense que le problème vient du titre du sujet, que j'ai définitivement mal choisi, et qui a désorienté la discussion. Je vais donc tenter de préciser ce dont je veux que l'on parle.
    Ma question, en réalité, ne porte pas sur l'adverbe "oui" que nous prononçons à longueur de journée et qui a une valeur de réponse. Je voudrais retirer au "oui" cette valeur usuelle, et prendre le oui en tant que manière de se rapporter au monde. Peut-on être-au-monde en disant "oui" ? Un oui au monde est-il possible ? Pouvons-nous vraiment dire oui à la vie sans dire non à la fois ? Voilà sur quel terrain j'aimerais diriger le sujet, tout simplement car c'est une question qui m’obsède !

    Quel oui pourrait être un vrai oui, un oui puissant ? Il y a tellement de manières de dire oui. Comparons par exemple le "oui" des stoïciens et celui de Nietzsche. Le oui des stoïciens me semble être un oui résigné, un oui qui est une impuissance, un oui sans vie ; le oui de Nietzsche, lui, me semble tout à fait différent.

    Nietzsche a écrit:Le poids formidable. — Que serait-ce si, de jour ou de nuit, un démon te suivait une fois dans la plus solitaire de tes solitudes et te disait : " Cette vie, telle que tu la vis actuellement, telle que tu l’as vécue, il faudra que tu la revives encore une fois, et une quantité innombrable de fois ; et il n’y aura en elle rien de nouveau, au contraire ! il faut que chaque douleur et chaque joie, chaque pensée et chaque soupir, tout l’infiniment grand et l’infiniment petit de ta vie reviennent pour toi, et tout cela dans la même suite et le même ordre — et aussi cette araignée et ce clair de lune entre les arbres, et aussi cet instant et moi-même. L’éternel sablier de l’existence sera retourné toujours à nouveau — et toi avec lui, poussière des poussières !" — Ne te jetterais-tu pas contre terre en grinçant des dents et ne maudirais-tu pas le démon qui parlerait ainsi ? Ou bien as-tu déjà vécu un instant prodigieux où tu lui répondrais : « Tu es un dieu, et jamais je n’ai entendu chose plus divine ! » Si cette pensée prenait de la force sur toi, tel que tu es, elle te transformerait peut-être, mais peut-être t’anéantirait-elle aussi ; la question « veux-tu cela encore une fois et une quantité innombrable de fois », cette question, en tout et pour tout, pèserait sur toutes tes actions d’un poids formidable ! Ou alors combien il te faudrait aimer la vie, que tu t’aimes toi-même pour ne plus désirer autre chose que cette suprême et éternelle confirmation ! —

    Gai savoir, IV, 341

    Voilà ce que nous impose Nietzsche : vivre de telle façon qu’on puisse souhaiter que notre vie se répète éternellement. Se mettre en chemin de la puissance de la vie pour que l’éternel retour nous soit une délectation (d’où l’importance du dionysiaque chez lui ?). En somme, Nietzsche est un autre Pascal, mais qui ne se laissera pas abuser par le christianisme. Son pari à lui, c'est celui de l'éternel retour.

    De quel oui s'agit-il donc ?

    Nietzsche a écrit:Pour la nouvelle année. — Je vis encore, je pense encore : il faut encore que je vive, car il faut encore que je pense. Sum, ergo cogito : cogito, ergo sum. Aujourd’hui je permets à tout le monde d’exprimer son désir et sa pensée la plus chère : et, moi aussi, je vais dire ce qu’aujourd’hui je souhaite de moi-même et quelle est la pensée que, cette année, j’ai prise à cœur la première — quelle est la pensée qui devra être dorénavant pour moi la raison, la garantie et la douceur de vivre ! Je veux apprendre toujours davantage à considérer comme la beauté ce qu’il y a de nécessaire dans les choses : c’est ainsi que je serai de ceux qui rendent belles les choses. Amor fati : que cela soit dorénavant mon amour. Je ne veux pas entrer en guerre contre la laideur. Je ne veux pas accuser, je ne veux même pas accuser les accusateurs. Détourner mon regard, que ce soit là ma seule négation ! Et, somme toute, pour voir grand : je veux, quelle que soit la circonstance, n’être une fois qu’affirmateur !

    Gai savoir, IV, 276

    Les choses se précisent donc, et il faut bien voir que la position de Nietzsche est radicalement différente de celle des stoïciens : si Nietzsche dit oui à tout, ce n’est pas comme l’âne du Zarathoustra, ce n’est pas comme le béni oui-oui. Il ne faut pas confondre l'acceptation de Nietzsche et l'approbation de l’âne qui fait hi-han. Ça c’est pour les stoïciens. Le oui de Nietzsche, lui, c’est l’amor fati, c’est le oui tragique. Et c’est ainsi qu’apparaît le oui tragique de Nietzsche. Nietzsche dit oui au monde, au monde dans ce qu’il a aussi de plus terrible, de plus souffrant et de plus malheureux. Mais il lui dit oui car tout cela fait partie du monde. Et gardons-nous bien de penser que si le oui de Nietzsche est tragique, il perd de sa puissance. Au contraire ! Le tragique n’est en rien négatif. C’est l’acceptation sans réserve de la passion essentielle qu’est l’exister en tant qu’être de pathos. Le oui de Nietzsche, ce n’est plus le oui résigné des stoïciens ou le oui optimiste d'un Leibniz, c’est le oui de celui qui malgré tout ce que la vie peut avoir de souffrance, l’accepte, le reconnaît et l’aime.

    Le oui de Nietzsche semble complet (car même si Nietzsche reconnaît que la négation a une grande importance, le but reste le oui). Pourtant je ne suis pas satisfait par ce oui, et d'ailleurs lui non plus ne peut pas être satisfait. Avec Nietzsche, la vie est à elle-même son propre but, et par là-même sans fin. Comment, dans ces conditions, le oui à la vie pourrait-il être entier, complet ? Et on pourrait d'ailleurs parler ici de la difficulté pratique de ce oui, en observant la vie de Nietzsche : il a passé sa vie à se battre contre ses tourments, et je pense même pouvoir avancer que Nietzsche, au fond, n'a jamais pu supporter sa vie ni la vivre. Il a, de ce point de vue, cette espèce de côté obscur de Dionysos.

    Ou trouver alors le oui entier que je cherche ? Je vais donc naturellement vers mon maître : Spinoza. Comme Nietzsche, le oui que l'on peut trouver chez Spinoza, tout en reconnaissant l'aspect terrible que peut avoir la vie, réside dans une acceptation du monde : Spinoza dit oui non parce que tout est bien, mais parce que tout est. Mais Spinoza, lui,, tout en reconnaissant l’existence de la souffrance, y voit une diminution de notre puissance d’être, et nous apprend alors qu’il s’agit de nous retirer des situations qui peuvent être source de souffrances, de passions tristes. Grâce à Spinoza, on peut orienter la question du oui vers la liberté !

    Je ne rappelle pas ici le déterminisme de Spinoza, qui refuse le libre arbitre et nous dévoile une toute autre liberté, qui est celle de la libre nécessité. Que je connaisse ou pas les causes qui me déterminent, quelle différence ? Aucune, dans les deux cas je suis déterminé. Mais dans un cas je suis le jouet des passions, je subis la détermination, je subis le monde. Dans l’autre, en connaissant ce qui me détermine, je peux reconnaître le monde et être actif. C’est pour ça que la liberté chez Spinoza ne se veut pas mais se reconnaît. C’est pour ça que n’est pas libre qui le veut mais qui le découvre en s’affirmant et en se connaissant. Être libre, ce n’est pas faire ce qu’on veut (nous sommes déterminés), ni vouloir ce qu’on veut (il suffirait de se résigner tête basse), mais affirmer ce que l’on devient en se connaissant : s’affirmer dans son vivre à propos, pour parler comme Montaigne.
    L’homme libre, c'est celui qui accepte les difficultés de l'existence et accepte en même temps son effort natif de les vaincre : il se donne autant qu'il est en lui le moyen de les vaincre sans avoir besoin d'espérer atteindre ce but, car dès lors qu'il exerce sa puissance d'exister dans la lutte, le but est déjà atteint. D'où le fait que la plus haute espérance pour l'homme est de parvenir à l'acquiescement intérieur (à soi et au monde tel qu'il est) :
    Spinoza a écrit:La paix intérieure peut provenir de la raison, et cette paix née de la raison est la plus haute où il nous soit donné d’atteindre.

    Démonstration : La paix intérieure, c’est la joie qui naît pour l’homme de la contemplation de soi-même et de sa puissance d’agir (par la Déf. 25 des pass.). Or, la véritable puissance d’agir de l’homme ou sa vertu, c’est la raison elle-même (par la Propos. 3, part. 3) que l’homme contemple clairement et distinctement (par les Propos. 40 et 43, part. 2) ; d’où il suit que la paix intérieure naît de la raison. De plus, l’homme, quand il se contemple soi-même, ne perçoit d’une façon claire et distincte, c’est-à-dire adéquate, rien autre chose que ce qui suit de sa puissance d’agir (par la Déf. 2, part. 3), en d’autres termes (par la Propos. 3, part. 3), de sa puissance de comprendre : et par conséquent, le plus haut degré de la paix intérieure ne peut naître que de cette seule contemplation. C. Q. F. D.

    Scholie : La paix intérieure est réellement l’objet le plus élevé de nos espérances ; car personne (comme on l’a démontré dans la Propos. 25) ne s’efforce de conserver son être pour une autre fin que soi-même ; et comme cette paix intérieure est entretenue et fortifiée en nous par les louanges (en vertu du Coroll. de la propos. 53, part. 3) et troublée au contraire par le blâme d’autrui (en vertu du Coroll. de la Propos. 55, part. 3), on s’explique ainsi que la gloire soit le principal mobile de nos actions, et que la vie avec l’opprobre nous devienne presque insupportable.

    Éthique, IV, Proposition LII

    Le oui à soi, aux autres et au monde, tout cela par la puissance de notre entendement et en vue d'un sentiment de plénitude. Le voilà le grand oui de Spinoza qui fait frémir celui qui sait l’écouter ! L'homme libre, c’est celui qui comprend que la béatitude est immédiatement présente. Il dit oui à la vie, et n'attend rien d'elle, il ne pose ni conditions pour l'aimer ni proposition de dépassement de celle-ci. Bref, l'homme libre est dans un rapport de pleine acceptation avec la vie, acceptation qui en est en même temps l'éternelle affirmation. Nous l'aurons compris, le oui de Spinoza n'a rien de tragique, et mène directement à la joie, que je prends soin ici de mettre en exergue par l'écriture en italique, qu'on ne puisse pas confondre entre la joie d'un Spinoza et la joie de l'imbécile heureux. La joie est sentiment de l’être, elle est l’idée adéquate née de la puissance de notre entendement et qui augmente notre perfection. Avec Spinoza, voilà le domaine du oui bien élargi : il est signe de notre liberté, le chemin vers la joie ; la condition de la béatitude.

    Mais ce oui, et Spinoza le sait bien, ce n'est pas le déclic qu'on a au petit matin. C'est tout un travail, et un travail énorme :
    Spinoza a écrit:J’ai épuisé tout ce que je m’étais proposé d’expliquer touchant la puissance de l’âme sur ses passions et la liberté de l’homme. Les principes que j’ai établis font voir clairement l’excellence du sage et sa supériorité sur l’ignorant que l’aveugle passion conduit [...]. La voie que j’ai montrée pour atteindre jusque-là paraîtra pénible sans doute, mais il suffit qu’il ne soit pas impossible de la trouver. Et certes, j’avoue qu’un but si rarement atteint doit être bien difficile à poursuivre ; car autrement, comment se pourrait-il faire, si le salut était si près de nous, s’il pouvait être atteint sans un grand labeur, qu’il fût ainsi négligé de tout le monde ? Mais tout ce qui est beau est aussi difficile que rare.

    Éthique, V, Proposition 42, Scholie

    Le oui est-il donc une démarche ? Voire une résolution ?
    C'est ici que Heidegger me fait du pied...

    Je vais aller de suite à l'essentiel, et ne pas perdre trop de temps à poser tous les éléments de la philosophie de Heidegger, ce qui serait tout d'abord bien trop long, et certainement inutile puisque la plupart de ceux qui liront mon message n'en auront pas besoin (si besoin, bien sûr, je peux tenter de donner plus de détails).

    Allons donc de suite vers l’expérience fondamentale du Dasein : L’angoisse. En effet, dans l’expérience de l’angoisse le Dasein va pouvoir, nous montre Heidegger, découvrir ses possibilités, écloses comme étant les siennes, et devenir ainsi authentique.

    Et qu’est-ce qui va suivre cette authenticité ? Ce que Heidegger va nommer : Entschlossenheit, et que l’on va traduire par résolution. Par la résolution, le Dasein va pouvoir se rapporter à son être. Sa résolution lui ouvre un-être-au-monde authentique, affranchi de la précipitation dans le « On ». La résolution se présente alors comme un mode d’ouverture privilégié, au sein duquel, s’arrachant à l’emprise du On, le Dasein se décide à être authentiquement et proprement lui-même. La résolution constitue ce moment où le Dasein se décide à un mode d’être qui lui permet d’accéder à la possibilité la plus propre d’advenir. Le dasein dit oui à son être.
    Or cette résolution, ce "oui", est toujours devançant, Heidegger dit bien : « vorlaufende Entschlossenheit », qui signifie littéralement résolution devançante, précisément car l’arrachement se réalise en vue d’un futur, par anticipation. C’est là qu’apparaît la dimension proprement temporelle du oui que l'on découvre avec Heidegger, et qui est en fait une décision.

    Heidegger a écrit:La résolution, selon son essence ontologique, est à chaque fois celle d’un Dasein factice. L’essence de cet étant est son existence. La résolution n’existe que comme décision qui comprend et se projette. Mais vers quoi le Dasein, dans la résolution, s’ouvre-t-il ? A quoi doit-il se décider ? La réponse ne peut ici nous être donnée que par la décision même. Ce serait totalement mécomprendre le phénomène de la résolution que de s’imaginer qu’elle est simplement la re-prise de possibilités proposées et recommandées. La décision, et elle seule, est justement le projeter et le déterminer ouvrant de ce qui est à chaque fois possibilité factice. A la résolution appartient nécessairement l’indétermination qui caractérise tout pouvoir-être facticement jeté du Dasein. Sûre d’elle-même, la résolution ne l’est que comme décision. Néanmoins, l’indétermination existentielle, déterminée à chaque fois dans la seule dérision, de la résolution possède sa déterminité existentiale [...]. La décision ne se soustrait pas à l’« effectivité », mais découvre pour la première fois le possible factice, et cela en s’en emparant de la manière dont elle le peut en tant que pouvoir-être le plus propre dans le On. La déterminité existentiale du Dasein résolu à chaque fois possible embrasse les moments constitutifs de ce phénomène existential - omis jusqu’ici-que nous appelons la situation. Le terme situation (« être dans la situation de... ») connote une signification spatiale, que nous ne nous appliquerons pas à éliminer de son concept existential. Car cette signification ne s’attache pas moins au « Là » du Dasein [...]. La situation est le Là à chaque fois ouvert dans la résolution - le Là en tant que quoi l’étant existant est là. La situation n’est pas un cadre sous-la-main où le Dasein surviendrait, ou dans lequel il ne ferait que s’insérer. Sans commune mesure avec une combinaison sous-la-main de circonstances et de contingences survenantes, la situation n’est que par et dans la résolution.

    Être et temps, §60

    La décision est donc le positionnement authentique du Dasein résolu au cœur de sa « situation », nom par lequel Heidegger désigne l’ouverture authentique du « là ». Or cette ouverture est souvent nommée chez Heidegger par une appellation temporelle, notamment l'instant (Augenblick, le clin d’œil de Kierkegaard). La décision apparaît alors sous la détermination temporelle de l’instant, l'âtre où s’entrechoquent au sein d'un même lieu le passé et l'avenir ; et où seulement peut naître l'authenticité. La décision du Dasein, en fait, est un instant. Il s’agit de saisir l’instant de l’être (ce qui donne à réfléchir sur le titre même de l’ouvrage de Heidegger : Être et temps), et surtout ne pas fuir devant lui. Le mot Dasein a d’ailleurs été défini de plusieurs manières par Heidegger, et parmi l'une d'elles figure celle-ci :
    Heidegger a écrit:Dasein veut dire « Nichtweglaufen »,
    Herméneutique de la facticité, 1923
    « Nichtweglaufen », soit littéralement : ne pas se sauver, ne pas ficher le camp. Voilà ! être un Dasein, cela veut dire être « là », être où et quand tombent les orientations fondamentales de notre être. Le oui de Heidegger est donc une décision, un engagement, un instant d’authenticité dirigé vers tout notre être. Le oui heideggerien, en somme et pour résumer, c’est la décision d’être humain !

    Le oui au monde est-il donc possible ? Il semblerait, et il semblerait qu'il ait une dimension que l'on n'avait même pas soupçonnée si l'on s'était contenté de considérer le oui comme un simple adverbe. Le oui, c'est donc la décision d'être-humain ? Facile, avec les textes... Mais qu'en est-il en pratique ? Car j'ai beau essayé, je n'ai pas l'impression d'être sur le chemin du oui avec le monde et la vie...


    Dernière édition par Desassossego le Dim 17 Fév 2013 - 19:41, édité 1 fois

    Silentio

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    Re: Peut-on être-au-monde en disant "oui" ?

    Message  Silentio le Dim 17 Fév 2013 - 14:05

    Desassossego a écrit:Le oui heideggerien, en somme et pour résumer, c’est la décision d’être humain !
    Votre réflexion est très intéressante. Mais je n'ai pas vu où vous aviez défini ce que c'est que d'être humain et de décider de l'être. Est-ce que le Dasein authentique, ouvert à la présence de l'être, n'est pas plutôt celui qui se dessaisit de ce qu'il y a d'humain en lui (l'existant comme étant ou produit social) pour viser l'inhumain (l'être impersonnel, quoiqu'ici appréhendé dans une relation singulière qui défait toutefois les masques sociaux et identitaires) ? Est-ce retrouver dans la co-participation à l'être qui se crée une liberté originaire, ou dans ma liberté éprouvée cette participation à l'être ? Ou bien encore rester dans cette présence en dépit de toute difficulté, ou bien encore se soucier de soi et du monde en tant que responsabilité à l'égard de l'être auquel je participe ?

    Parousia

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    Re: Peut-on être-au-monde en disant "oui" ?

    Message  Parousia le Dim 17 Fév 2013 - 17:16

    En effet, la question philosophique que pose D. est beaucoup plus claire ainsi, encore que demandant peut-être un peu plus de précision. Car j'entends de mon côté plusieurs choses un peu différentes.
    Le "oui" à la vie, lorsque D. fait la comparaison entre les stoïciens et Nietzsche me semble relever de ce que l'on pourrait appeler un regard différent sur la condition humaine. Je constate d'ailleurs que, chez Spinoza compris, l'homme n'a pas le "choix" en terme de condition. Nécessité comprise chez les uns, éternel retour chez Nietzsche (certes "libérateur"... mais revenant à l'identique : ne jamais oublier ce point chez Nietzsche, tout reviendra à l'identique !). En d'autres termes, c'est presque uniquement à travers le regard que je porte sur ma condition humaine (il y a deux anses pour porter l'outre, une qui blesse et l'autre qui est plus légère) que le "fardeau" de la vie s'allège ou non.
    J'entends aussi dans cette réflexion sur le "oui" la question d'Hamlet : "être ou ne pas être". D'ailleurs, où se situerait la nuance entre la question du "oui" et celle d'Hamlet ?
    Je crains, en un troisième temps, que cette question ne soit en réalité pas très éloignée de ce que le commun (ou le philosophe) interroge à travers la recherche du sens de la vie.
    Et, d'amenuisements en amenuisements, la question du "oui métaphysique ?", ramenée de mon point de vue à celle du sens de la condition humaine, très proche de celle du sens de la vie, devient en fait celle du sens de ma vie, et ne consisterait plus alors qu'en la recherche et en la pesée de raisons de vivre, d'agir et de choisir, à travers toutes les difficultés et les vicissitudes de l'existence humaine. Mais la philosophie n'est-elle pas ici, comme chez d'autres la religion, notre meilleur soutien ?
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    Desassocega

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    Re: Peut-on être-au-monde en disant "oui" ?

    Message  Desassocega le Sam 23 Fév 2013 - 16:25

    Silentio a écrit:Est-ce que le Dasein authentique, ouvert à la présence de l'être, n'est pas plutôt celui qui se dessaisit de ce qu'il y a d'humain en lui (l'existant comme étant ou produit social) pour viser l'inhumain (l'être impersonnel, quoiqu'ici appréhendé dans une relation singulière qui défait toutefois les masques sociaux et identitaires) ?

    Le Dasein, quand il se rapporte au monde de manière authentique (ou appropriée), est nécessairement personnel. L'impersonnel, c'est le "on", c'est l'inauthenticité. De ce point de vue, être humain (être un Dasein authentique donc), c'est précisément comprendre à quel point je suis et vis personnellement. C'est pour ça que c'est l'expérience de l'angoisse qui permet l'authenticité : car dans l’angoisse le Dasein est « de par son propre être mis devant lui-même », ce qui signifie que dans l’angoisse le Dasein, en étant mis face à lui-même, fait l’expérience de son être, de sorte qu’il découvre également ce que signifie pour lui "être". C'est la découverte de soi comme abîme, comme être sans fondements, toujours seul (cf. aussi Pascal sur ce point).


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    Re: Peut-on être-au-monde en disant "oui" ?

    Message  Silentio le Sam 23 Fév 2013 - 16:38

    C'est donc moins une expérience de l'être en tant que tel qu'un décentrement ou une dépersonnalisation au regard des normes sociales (cf. l'identité) faisant apparaître ma singularité irréductible et ma liberté (dans ma contingence) ? Ex-ister authentiquement, est-ce s'étonner de faire irruption dans le monde et ne pas être réductible à la construction sociale du "On" ?

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    Re: Peut-on être-au-monde en disant "oui" ?

    Message  Parousia le Sam 23 Fév 2013 - 20:01

    En effet, il n'y a pas moyen de définir l'être autrement qu'en tant que dénominateur commun de tous les étants. Malgré les efforts des ontologistes... L'être n'est pas un étant, mais sans les étants, pas d'être.
    Découvrir l'être c'est découvrir qu'il y a de l'être comme dit Lévinas, et même, plus précisément, "il y a". Un peu comme Hegel disait "C'est ainsi".
    Pas besoin d'angoisse. La découverte de l'être est première (entre 12 et 15 ans chez un sujet pas trop attardé). L'angoisse existentielle philosophique vient plus tard, chez certains elle ne vient jamais, ou à tâtons... Même chez Pascal, pourtant précoce, lorsque "sa nuit" (Comme Descartes avait eu la sienne) s'est produite, l'adolescence était déjà bien passée...
    Ne confondons pas théorie du Dasein, phénoménologie de l'être, et expérience de l'être, ce n'est pas rigoureusement la même chose d'un philosophe à l'autre.
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    Desassocega

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    Re: Peut-on être-au-monde en disant "oui" ?

    Message  Desassocega le Sam 23 Fév 2013 - 23:49

    Silentio a écrit:Ex-ister authentiquement, est-ce s'étonner de faire irruption dans le monde et ne pas être réductible à la construction sociale du "On" ?

    C'est moins faire irruption dans le monde que le fait d'être jeté au monde. C'est aussi l'expérience de ce que Heidegger nomme Geworfenheit : c'est l'être jeté, pro-jeté, en dédale...

    Silentio

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    Re: Peut-on être-au-monde en disant "oui" ?

    Message  Silentio le Dim 24 Fév 2013 - 11:34

    Parousia a écrit:Découvrir l'être c'est découvrir qu'il y a de l'être comme dit Lévinas, et même, plus précisément, "il y a".
    Ce que j'appelle, pour ma part, la présence, mais c'est tout aussi abstrait.

    larion

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    Que dit-on, quand on dit "oui" ?

    Message  larion le Dim 22 Fév 2015 - 1:08

    Salut,
    Je crois que la conception de Nietzsche sur le "Oui" ne reflète pas sa maturité.
    Pour moi, le sage qui rit et qui danse est une intuition fondamentale de Nietzsche. Cette intuition transcende la culture de régression, de nostalgie des commencements, de  l'éternel retour. Ici nous avons une culture païenne, une culture chamaniste. C'est une culture de souffrance.
    La culture chrétienne représente un véritable progrès moral par rapport à cette culture chamaniste. Voilà la raison pour laquelle je préfère Pascal, en défaveur de Nietzsche. La culture chrétienne a établi l'histoire en défaveur du paradis, l'amour et la rédemption.
    Dans la culture chamaniste la conscience retourne à l'inconscient, mais dans la culture chrétienne l'inconscient devient le Dieu et l'homme devient chrétien.
    Pour ce que nous pourrions faire, voilà un titre auquel je pense beaucoup : Das Spiel des Daseins (je n'ai que le PDF allemand) - c'est le dernier chapitre dans le premier volume des Contes Kabyles de Frobenius. J'ai vu ici la gaieté de l'existence. Le rire surprend les contradictiones de notre vie et nous dévoile la gaieté de l'existence.
    Ce que j'ai cherché ici n'est pas une théorie, mais la direction d'une solution concrète.
    Je veux terminer avec l'observation que Heidegger est un excellent représentant de la culture chamaniste, de la culture de régression et de souffrance. Donc, je n'ai pas de confiance en Heidegger.
    À bientôt !

      La date/heure actuelle est Ven 22 Sep 2017 - 22:40