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    Th. Nagel

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    Chalan

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    Th. Nagel

    Message  Chalan le Dim 6 Jan 2013 - 15:39

    Bonjour,
    Quelqu'un peut-il me renseigner sur un accès au texte de la traduction française de "Mortal questions" (1979) du philosophe américain Thomas Nagel ? La traduction française (PUF 1983) est apparemment épuisée à la vente.
    Merci
    Chalan
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    Euterpe

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    Re: Th. Nagel

    Message  Euterpe le Dim 6 Jan 2013 - 18:02

    Il est consultable dans les bibliothèques suivantes, en France. Parmi nos membres, certains sont inscrits auprès de la Bibliothèque Sainte Geneviève à Paris, peut-être quelqu'un pourrait-il l'emprunter ou vous le faire photocopier :

    Si vous pratiquez l'anglais, même mal, ça peut valoir la peine, puisque vous avez un exemplaire à 3 euros :


    Peut-être ceci vous fera-t-il patienter :


    Dernière édition par Euterpe le Dim 6 Jan 2013 - 18:44, édité 1 fois

    Chalan

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    Re: Th. Nagel

    Message  Chalan le Dim 6 Jan 2013 - 18:43

    Merci pour votre réponse, rapide et, je vois, toujours bien informée.
    En fait j'ai le texte en anglais mais la traduction que j'en fais me laisse insatisfait et hésitant sur plusieurs passages.
    Bien à vous.
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    Euterpe

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    Re: Th. Nagel

    Message  Euterpe le Dim 6 Jan 2013 - 18:46

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:En fait j'ai le texte en anglais mais la traduction que j'en fais me laisse insatisfait et hésitant sur plusieurs passages.
    On peut, si vous le souhaitez, essayer une traduction à plusieurs des passages qui vous importent le plus. Silentio n'est pas mauvais en anglais, peut-être Intemporelle pourrait-elle y contribuer aussi.
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    Intemporelle

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    Re: Th. Nagel

    Message  Intemporelle le Dim 6 Jan 2013 - 18:50

    Sainte Geneviève n'est malheureusement pas une bibliothèque de prêt, excepté pour la bibliothèque nordique (ouvrages d'auteurs finlandais, estoniens etc.), je ne comprends d'ailleurs pas pourquoi... Il faut venir consulter sur place, si vous en avez la possibilité. L'inscription est gratuite.

    Je peux bien sûr contribuer à une traduction à plusieurs.

    Chalan

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    Re: Th. Nagel

    Message  Chalan le Dim 6 Jan 2013 - 23:18

    Je vous remercie infiniment pour votre gentillesse ; en fait, mes hésitations tiennent à des nuances et je dois bien avouer - c'est un peu comme un caprice d'enfant gâté - une envie de "séjourner" dans le texte : je trouve intéressant ce projet où une sagesse empirique, subjective se présente comme un appoint de justification au fondement rationnel de la morale...
    Bien à vous

    Silentio

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    Re: Th. Nagel

    Message  Silentio le Lun 7 Jan 2013 - 12:25

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:
    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:En fait j'ai le texte en anglais mais la traduction que j'en fais me laisse insatisfait et hésitant sur plusieurs passages.
    On peut, si vous le souhaitez, essayer une traduction à plusieurs des passages qui vous importent le plus. Silentio n'est pas mauvais en anglais, peut-être Intemporelle pourrait-elle y contribuer aussi.
    Ce serait un bon exercice.

    Chalan

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    Re: Th. Nagel

    Message  Chalan le Lun 7 Jan 2013 - 13:14

    Ah, si vous êtes partant, je vais aller scanner les quelques passages qui me posent problème. Voici en avant goût l'article pdf qui m'a fait plonger dans le livre ; trois ans avant la sortie du livre, l'auteur y anticipe une partie originale de sa pensée sur le thème de la fortune morale (thème également traité par B. Williams, mais ici avec une structuration plus rigoureuse que dans l'article de ce dernier). Tout le début du texte est facile mais je trouve que ça se corse sur les deux dernières pages, à partir de "The area of genuine agency...". En particulier, la phrase de l'avant dernière page : "The problem arises, I believe, because the self which acts and is the object of moral judgment is threatened with dissolution by the absorption of its acts and impulses into the class of events" est difficile de même que son développement dans les lignes suivantes.
    Fichiers joints
    DOC_Nagel_Moral_luck.pdf
    Vous n'avez pas la permission de télécharger les fichiers joints.
    (215 Ko) Téléchargé 7 fois
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    Re: Th. Nagel

    Message  Desassocega le Lun 7 Jan 2013 - 18:27

    Je peux éventuellement aussi apporter mon aide pour traduire...

    P.S : je ne parviens pas à lire le lien posté...
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    Euterpe

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    Re: Th. Nagel

    Message  Euterpe le Lun 7 Jan 2013 - 22:15

    Desassossego a écrit:P.S : je ne parviens pas à lire le lien posté...
    Votre version d'Adobe reader est-elle à jour ? J'ai directement accès au document, il suffit de cliquer une fois. Toutefois, l'ouverture des fichiers pdf, en ce moment, est laborieuse (mise à jour du plugin pour firefox ?).

    Chalan, j'ai trouvé la traduction française d'un des chapitres les plus connus du livre : "Quel effet cela fait, d'être une chauve-souris ?", mais peut-être en aviez-vous déjà un exemplaire ? Également des extraits en français du Point de vue de nulle part.
    Enfin, trois articles ou cours qui pourraient vous intéresser de très près.

    Maintenant, je copie-colle tout le passage du texte que vous mentionnez, Chalan (j'ai augmenté la taille de la typographie pour le confort de lecture). Que tous ceux qui souhaitent contribuer à la traduction du texte le fassent sans crainte aucune, l'idée est de trouver un résultat collectif intéressant (et de saisir l'occasion d'un débat) :

    The area of genuine agency, and therefore of legitimate moral judgment, seems to shrink under this scrutiny to an extensionless point. Everything seems to result from the combined influence of factors, antecedent and posterior to action, that are not within the agent's control. Since he cannot be responsible for them, he cannot be responsible for their results - though it may remain possible to take up the aesthetic or other evaluative anacogues of the moral attitudes that are thus displaced.

    It is also possible, of Course, to brazen it out and refuse to accept the results, which indeed seem unacceptable as soon as we stop thinking about the arguments. Admittedly, if certain surrounding circumstances had been different, then no unfortunate consequences would have followed from a wicked intention, and no seriously culpable act would have been performed; but since the circumstances were not different, and the agent in fact succeeded in perpetrating a particularly cruel murder, that is what he did, and that is what he is responsible for. Similarly, we may admit that if certain antecedent circumstances had been different, the agent would never have developed into the sort of person who would do such a thing; but since he did develop (as the inevitable result of those antecedent circumstances) into the Sort of swine he is, and into the person who committed such a murder, that is what he is blameable for. In both cases one is responsible for what one actually does - even if what one actually does depends in important ways on what is not within one's control. This compatibilist account of Our moral judgments would leave room for the ordinary conditions of responsibility - the absence of coercion, ignorance, or involuntary movement - as part of the determination of what someone has done - but it is understood not to exclude the influence of a great deal that he has not done.

    The only thing wrong with this solution is its failure to explain how skeptical problems arise. For they arise not from the imposition of an arbitrary external requirement, but from the nature of moral judgment itself. Something in the ordinary idea of what someone does must explain how it can seem necessary to subtract from it anything that merely happens - even though the ultimate consequence of such subtraction is that nothing remains. And something in the ordinary idea of knowledge must explain why it seems to be undermined by any influences on belief not within the control of the subject - so that knowledge seems impossible without an impossible foundation in autonomous reason. But let us leave epistemology aside and concentrate on action, character, and moral assessment.

    The problem arises, I believe, because the self which acts and is the object of moral judgment is threatened with dissolution by the absorption of its acts and impulses into the class of events. Moral judgment of a person is judgment not of what happens to him, but of him. It does not say merely that a certain event or state of affairs is fortunate or unfortunate or even terrible. It is not an evaluation of a state of the world, or of an individual as part of the world. We are not thinking just that it would be better if he were different, or did not exist, or had not done some of the things he has done. We are judging him, rather than his existence or characteristics. The effect of concentrating on the influence of what is not under his control is to make this responsible self seem to disappear, swallowed up by the order of mere events.

    What, however, do we have in mind that a person must be to be the object of these moral attitudes ? While the concept of agency is easily undermined, it is very difficult to give it a positive characterization. This is familiar from the literature on free will.

    I believe that in a sense the problem has no solution, because something in the idea of agency is incompatible with actions being events, or people being things. But as the external determinants of what someone has done are gradually exposed, in their effect on consequences, character, and choice itself, it becomes gradually clear that actions are events and people things. Eventually nothing remains which can be ascribed to the responsible self, and we are left with nothing but a portion of the larger sequence of events, which can be deplored or celebrated, but not blamed or praised.

    Though I cannot define the idea of the active self that is thus undermined, it is possible to say something about its sources. There is a close connexion between our feelings about ourselves and our feelings about others. Guilt and indignation, shame and contempt, pride and admiration are internal and external sides of the same moral attitudes. We are unable to view ourselves simply as portions of the world, and from inside we have a rough idea of the boundary between what is us and what is not, what we do and what happens to us, what is our personality and what is an accidental handicap. We apply the same essentially internal conception of the self to others. About ourselves we feel pride, shame, guilt, remorse - and agent-regret. We do not regard our actions and our characters merely as fortunate or unfortunate episodes - though they may also be that. We cannot simply take an external evaluative view of ourselves - of what we most essentially are and what we do. And this remains true even when we have seen that we are not responsible for our own existence, or our nature, or the choices we have to make, or the circumstances that give our acts the consequences they have. Those acts remain ours and we remain ourselves, despite the persuasiveness of the reasons that seem to argue us out of existence.

    It is this internal view that we extend to others in moral judgment - when we judge them rather than their desirability or utility. We extend to others the refusal to limit ourselves to external evaluation, and we accord to them selves like our own. But in both cases this comes up against the brutal inclusion of humans and everything about them in a world from which they cannot be separated and of which they are nothing but contents. The external view forces itself on us at the same time that we resist it. One way this occurs is through the gradual erosion of what we do by the subtraction of what happens.

    The inclusion of consequences in the conception of what we have done is an acknowledgment that we are parts of the world, but the paradoxical character of moral luck which emerges from this acknowledgment shows that we are unable to operate with such a view, for it leaves us with no one to be. The same thing is revealed in the appearance that determinism obliterates responsibility. Once we see an aspect of what we or someone else does as something that happens, we lose our grip on the idea that it has been done and that we can judge the doer and not just the happening. This explains why the absence of determinism is no more hospitable to the concept of agency than is its presence - a point that has been noticed often. Either way the act is viewed externally, as part of the course of events.

    The problem of moral luck cannot be understood without an account of the internal conception of agency and its special connection with the moral attitudes as opposed to other types of value. I do not have such an account. The degree to which the problem has a solution can be determined only by seeing whether in some degree the incompatibility between this conception and the various ways in which we do not control what' we do is only apparent. I have nothing to offer on that topic either. But it is not enough to say merely that our basic moral attitudes toward ourselves and others are determined by what is actual; for they are also threatened by the sources of that actuality, and by the external view of action which forces itself on us when we see how everything we do belongs to a world that we have not created.

    Silentio

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    Re: Th. Nagel

    Message  Silentio le Mar 8 Jan 2013 - 13:08

    Je me suis permis une traduction rapide qu'il faudra certainement retravailler :

    The area of genuine agency, and therefore of legitimate moral judgment, seems to shrink under this scrutiny to an extensionless point. Everything seems to result from the combined influence of factors, antecedent and posterior to action, that are not within the agent's control. Since he cannot be responsible for them, he cannot be responsible for their results - though it may remain possible to take up the aesthetic or other evaluative anacogues of the moral attitudes that are thus displaced.

    Par cet examen approfondi, la zone du choix réel, et donc du jugement moral légitime, semble se rétrécir jusqu'à un point inétendu. Tout semble résulter de l'influence combinée de facteurs, antérieurs et postérieurs à l'action, qui ne sont pas sous le contrôle de l'agent. Puisqu'il ne peut être responsable de ces facteurs, il ne peut être responsable de leurs résultats - bien qu'il puisse toujours être possible d'accepter les analogies esthétiques ou évaluatives d'attitudes morales qui sont donc déplacées.

    It is also possible, of Course, to brazen it out and refuse to accept the results, which indeed seem unacceptable as soon as we stop thinking about the arguments. Admittedly, if certain surrounding circumstances had been different, then no unfortunate consequences would have followed from a wicked intention, and no seriously culpable act would have been performed; but since the circumstances were not different, and the agent in fact succeeded in perpetrating a particularly cruel murder, that is what he did, and that is what he is responsible for. Similarly, we may admit that if certain antecedent circumstances had been different, the agent would never have developed into the sort of person who would do such a thing; but since he did develop (as the inevitable result of those antecedent circumstances) into the Sort of swine he is, and into the person who committed such a murder, that is what he is blameable for. In both cases one is responsible for what one actually does - even if what one actually does depends in important ways on what is not within one's control. This compatibilist account of Our moral judgments would leave room for the ordinary conditions of responsibility - the absence of coercion, ignorance, or involuntary movement - as part of the determination of what someone has done - but it is understood not to exclude the influence of a great deal that he has not done.

    Il est aussi possible, bien sûr, d'être culotté et de refuser d'accepter les résultats, qui en effet semblent inacceptables dès que nous arrêtons de penser aux arguments. Il est vrai que, si certaines circonstances environnantes avaient été différentes, aucune conséquence malheureuse n'aurait suivi une intention malfaisante, et aucun acte sérieusement blâmable n'aurait été accompli ; mais puisque les circonstances n'ont pas été différentes, et que l'agent a effectivement réussi à perpétrer un meurtre particulièrement cruel, c'est bien ce qu'il a fait, et c'est ce dont il est responsable. De la même manière, nous pouvons admettre que si certaines circonstances antérieures avaient été différentes, l'agent ne serait jamais devenu le type de personne à faire une telle chose ; mais puisqu'il est bien devenu cette ordure qu'il est (ce qui est le résultat inévitable de ces circonstances antérieures), et une personne qui a commis un meurtre, c'est ce pourquoi il est coupable. Dans tous les cas, on est responsable pour ce qu'on fait vraiment - même si ce qu'on fait vraiment dépend en grande partie de ce qu'on ne contrôle pas. Cette explication compatibiliste de nos jugements moraux laisserait de la place aux conditions ordinaires de la responsabilité - l'absence de coercition, d'ignorance, ou de mouvement involontaire - comme détermination de ce que quelqu'un a fait - mais compris de sorte que ça n'exclut pas l'influence d'un grand nombre de choses qu'il n'a pas faites.

    The only thing wrong with this solution is its failure to explain how skeptical problems arise. For they arise not from the imposition of an arbitrary external requirement, but from the nature of moral judgment itself. Something in the ordinary idea of what someone does must explain how it can seem necessary to subtract from it anything that merely happens - even though the ultimate consequence of such subtraction is that nothing remains. And something in the ordinary idea of knowledge must explain why it seems to be undermined by any influences on belief not within the control of the subject - so that knowledge seems impossible without an impossible foundation in autonomous reason. But let us leave epistemology aside and concentrate on action, character, and moral assessment.

    La seule chose fausse avec cette solution est qu'elle échoue à expliquer comment les problèmes sceptiques surviennent. Car ils ne surgissent pas de l'imposition d'un préalable externe et arbitraire, mais de la nature du jugement moral lui-même. Quelque chose dans l'idée ordinaire de ce que quelqu'un fait doit expliquer comment il peut sembler nécessaire d'y soustraire quelque chose qui arrive tout juste - même si la conséquence ultime d'une telle soustraction est que rien ne reste. Et quelque chose de l'idée ordinaire de la connaissance doit expliquer pourquoi elle semble sapée par toute influence sur la croyance que le sujet ne contrôle pas - de sorte que la connaissance semble impossible sans une impossible fondation dans la raison autonome. Mais laissons l'épistémologie de côté et concentrons-nous sur l'action, le caractère et l'évaluation morale.

    The problem arises, I believe, because the self which acts and is the object of moral judgment is threatened with dissolution by the absorption of its acts and impulses into the class of events. Moral judgment of a person is judgment not of what happens to him, but of him. It does not say merely that a certain event or state of affairs is fortunate or unfortunate or even terrible. It is not an evaluation of a state of the world, or of an individual as part of the world. We are not thinking just that it would be better if he were different, or did not exist, or had not done some of the things he has done. We are judging him, rather than his existence or characteristics. The effect of concentrating on the influence of what is not under his control is to make this responsible self seem to disappear, swallowed up by the order of mere events.

    Le problème est soulevé, je crois, parce que le moi qui agit et est l'objet du jugement moral est menacé de se dissoudre par l'absorption de ses actes et élans dans la catégorie des événements. Le jugement moral d'une personne est un jugement, non pas sur ce qui lui arrive, mais sur lui. Ça ne dit pas simplement qu'un événement particulier ou une situation est heureuse, malheureuse ou même terrible. Ce n'est pas une évaluation d'un état du monde, ou d'un individu en tant que partie du monde. Nous ne pensons pas seulement qu'il serait mieux qu'il soit différent, ou qu'il n'ait pas existé, ou qu'il n'ait pas fait certaines des choses qu'il a faites. Nous le jugeons, lui, plutôt que son existence ou ses qualités. Se concentrer sur l'influence de ce qui n'est pas sous son contrôle a pour effet de faire disparaître ce moi responsable, avalé par l'ordre des simples événements.

    What, however, do we have in mind that a person must be to be the object of these moral attitudes ? While the concept of agency is easily undermined, it is very difficult to give it a positive characterization. This is familiar from the literature on free will.

    Néanmoins, qu'avons-nous en tête pour faire qu'une telle personne soit nécessairement l'objet de ces attitudes morales ? Tandis que le concept de choix est facilement sapé, il est très difficile de le caractériser positivement. Nous en avons l'habitude dans la littérature sur le libre-arbitre.

    I believe that in a sense the problem has no solution, because something in the idea of agency is incompatible with actions being events, or people being things. But as the external determinants of what someone has done are gradually exposed, in their effect on consequences, character, and choice itself, it becomes gradually clear that actions are events and people things. Eventually nothing remains which can be ascribed to the responsible self, and we are left with nothing but a portion of the larger sequence of events, which can be deplored or celebrated, but not blamed or praised.

    Je crois qu'en un sens ce problème n'a pas de solution, parce que quelque chose dans l'idée du choix est incompatible avec les actions comme événements, ou avec les gens comme choses. Mais alors que les facteurs déterminants et externes de ce que quelqu'un a fait sont graduellement exposés, d'après leurs effets sur les conséquences, le caractère et le choix lui-même, il devient graduellement clair que les actions sont des événements et les gens des choses. Finalement, rien ne reste qui peut être attribué au moi responsable, et il ne nous reste rien qu'une portion de la séquence plus grande des événements, qui peuvent être déplorés ou célébrés, mais pas blâmés ou loués.

    Though I cannot define the idea of the active self that is thus undermined, it is possible to say something about its sources. There is a close connexion between our feelings about ourselves and our feelings about others. Guilt and indignation, shame and contempt, pride and admiration are internal and external sides of the same moral attitudes. We are unable to view ourselves simply as portions of the world, and from inside we have a rough idea of the boundary between what is us and what is not, what we do and what happens to us, what is our personality and what is an accidental handicap. We apply the same essentially internal conception of the self to others. About ourselves we feel pride, shame, guilt, remorse - and agent-regret. We do not regard our actions and our characters merely as fortunate or unfortunate episodes - though they may also be that. We cannot simply take an external evaluative view of ourselves - of what we most essentially are and what we do. And this remains true even when we have seen that we are not responsible for our own existence, or our nature, or the choices we have to make, or the circumstances that give our acts the consequences they have. Those acts remain ours and we remain ourselves, despite the persuasiveness of the reasons that seem to argue us out of existence.

    Bien que je ne puisse définir l'idée d'un moi actif qui est donc sapée, il est possible de dire quelque chose de ses sources. Il y a un lien étroit entre nos sentiments concernant nous-mêmes et nos sentiments concernant les autres. La culpabilité et l'indignation, la honte et le mépris, la fierté et l'admiration sont des faces internes et externes des mêmes attitudes morales. Nous ne pouvons nous voir simplement comme des portions du monde, et de l'intérieur nous avons une idée incohérente des liens entre ce qui est nous et ce qui ne l'est pas, ce que nous faisons et ce qui nous arrive, ce qu'est notre personnalité et ce qui est handicap accidentel. Nous appliquons aux autres les mêmes conceptions essentiellement internes au moi. Nous concernant, nous sentons la fierté, la honte, la culpabilité, le remord - et agent-regret. Nous ne regardons pas nos actions et nos caractères simplement comme des épisodes heureux ou malheureux - même s'ils peuvent l'être. Nous ne pouvons pas simplement adopter une vue externe de nous-mêmes pour nous évaluer - pour évaluer ce que nous sommes essentiellement et ce que nous faisons. Et cela reste vrai même lorsque nous avons vu que nous ne sommes pas responsables de notre existence, de notre nature, des choix que nous faisons, ou des des circonstances qui donnent à nos actes leurs conséquences. Ces actes demeurent les nôtres et nous restons nous-mêmes, malgré la persuasion des raisons qui semblent nous disputer l'existence.

    It is this internal view that we extend to others in moral judgment - when we judge them rather than their desirability or utility. We extend to others the refusal to limit ourselves to external evaluation, and we accord to them selves like our own. But in both cases this comes up against the brutal inclusion of humans and everything about them in a world from which they cannot be separated and of which they are nothing but contents. The external view forces itself on us at the same time that we resist it. One way this occurs is through the gradual erosion of what we do by the subtraction of what happens.

    C'est cette vue interne que nous étendons aux autres dans le jugement moral - quand nous les jugeons eux plutôt que leur désidérabilité ou leur utilité. Nous étendons aux autres le refus de nous limiter à une évaluation externe, et nous leur accordons un moi comme le nôtre. Mais dans tous les cas, nous nous soulevons contre l'inclusion brutale des humains et de tout ce qui les concerne dans un monde duquel ils ne peuvent être séparés et dont ils ne sont rien d'autre que des contenus. La vue externe s'impose à nous lorsque nous y résistons. Ça se produit d'une façon par l'érosion graduelle de ce que nous faisons en soustrayant ce qui arrive.

    The inclusion of consequences in the conception of what we have done is an acknowledgment that we are parts of the world, but the paradoxical character of moral luck which emerges from this acknowledgment shows that we are unable to operate with such a view, for it leaves us with no one to be. The same thing is revealed in the appearance that determinism obliterates responsibility. Once we see an aspect of what we or someone else does as something that happens, we lose our grip on the idea that it has been done and that we can judge the doer and not just the happening. This explains why the absence of determinism is no more hospitable to the concept of agency than is its presence - a point that has been noticed often. Either way the act is viewed externally, as part of the course of events.

    L'inclusion des conséquences dans la conception de ce que nous avons fait est une reconnaissance que nous sommes des parties du monde, mais le caractère paradoxal de la chance morale qui émerge de cette reconnaissance montre que nous sommes incapables d'opérer avec une telle vue, puisqu'elle ne nous laisse personne avec qui être. La même chose est révélée dans le fait que le déterminisme oblitère la responsabilité. Une fois que nous voyons un aspect de ce que nous faisons ou de ce quelqu'un d'autre fait comme quelque chose qui se passe, nous perdons notre prise sur l'idée que ça a été fait et que nous pouvons juger celui qui fait et pas seulement l'événement. Ca explique pourquoi l'absence de déterminisme n'est pas plus hospitalier au concept de choix que sa présence - un point qui a souvent été remarqué. De toutes les manières, l'acte est vu extérieurement comme une partie de la course des événements.

    The problem of moral luck cannot be understood without an account of the internal conception of agency and its special connection with the moral attitudes as opposed to other types of value. I do not have such an account. The degree to which the problem has a solution can be determined only by seeing whether in some degree the incompatibility between this conception and the various ways in which we do not control what' we do is only apparent. I have nothing to offer on that topic either. But it is not enough to say merely that our basic moral attitudes toward ourselves and others are determined by what is actual; for they are also threatened by the sources of that actuality, and by the external view of action which forces itself on us when we see how everything we do belongs to a world that we have not created.

    Le problème du hasard moral ne peut être compris sans une explication de la conception interne du choix et de son lien particulier aux attitudes morales opposées aux autres types de valeurs. Je n'ai pas une telle explication. Le degré à partir duquel le problème présente une solution peut être seulement déterminé en regardant dans quelle mesure l'incompatibilité entre cette conception et les différentes façons de ne pas pouvoir contrôler ce que nous faisons est seulement apparente. Je n'ai pas non plus de solution à donner sur ce sujet. Mais ce n'est pas assez de seulement dire que nos attitudes morales basiques envers nous-mêmes et les autres sont déterminées par ce qui est actuel ; car elles sont aussi menacées par les sources de cette actualité, et par la vue externe de l'action qui s'impose à nous quand nous voyons que tout ce que nous faisons appartient à un monde que nous n'avons pas créé.

    Chalan

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    Re: Th. Nagel

    Message  Chalan le Mar 8 Jan 2013 - 17:12

    Je suis impressionné par l'efficacité et par la gentillesse. :D
    Une question cependant. Dans la phrase (début du 4ème paragraphe de la traduction) " Moral judgment of a person is judgment not of what happens to him", la forme du génitif me pose question : la suite du paragraphe semble indiquer qu'il s'agit d'un génitif objectif. A contrario, ne se serait-on pas alors attendu à une formulation anglaise plus claire de la forme "Moral judgment about a person..." , rendant accessoirement l'articulation avec le paragraphe 7 plus aisée ? Mais bon, ça ne modifie pas le sens général du texte...
    Je vous remercie pour votre aide

    Silentio

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    Re: Th. Nagel

    Message  Silentio le Mar 8 Jan 2013 - 17:42

    Il est effectivement difficile de savoir si ça signifie un jugement fait par nous sur cette personne ou si c'est un jugement qu'elle fait elle-même. Ma traduction littérale permet de comprendre les deux. Il faut s'aider du contexte lorsqu'on ne sait pas.

    En relisant, j'ai vu plusieurs erreurs mais je n'ai pas le temps de me corriger.

      La date/heure actuelle est Lun 11 Déc 2017 - 4:44