παιδεία | μανθάνω | ἀπομανθάνω

    Le regret comme point de départ de la philosophie

    Partagez
    avatar
    Baal

    Messages : 14
    Date d'inscription : 23/08/2012
    Age : 104

    Re: Le regret comme point de départ de la philosophie

    Message  Baal le Jeu 30 Aoû 2012 - 21:30

    Non, mais que c'est la douleur qui les a poussés à s'y intéresser.
    avatar
    Kthun
    Invité

    Re: Le regret comme point de départ de la philosophie

    Message  Kthun le Jeu 30 Aoû 2012 - 22:01

    avatar
    Kvothe
    Invité

    Re: Le regret comme point de départ de la philosophie

    Message  Kvothe le Jeu 30 Aoû 2012 - 22:29

    Baal a écrit:Non, mais que c'est la douleur qui les a poussés à s'y intéresser.
    Pourquoi pas l'étonnement ? Je ne fais pas dans l'originalité, je suis même très scolaire avec cette remarque. L’expérience (chez les empiristes) est source de connaissances et de réflexions philosophiques. Le regret n'est source que de regret, c'est un serpent qui se mord la queue. Il est impossible de revenir en arrière, d'effacer/changer la source du regret, d’où son inutilité.
    Puis le regret, provenant d'un fait vécu, c'est une expérience (?). Autant se joindre aux empiristes. Le négatif n'a pas l'exclusivité du questionnement.

    Concernant l’adéquation entre dogme et vie, je trouve Cicéron des plus remarquables sur ce plan. Le tome IV des Tusculanes, "Devant la souffrance", écrit après le décès de sa fille, touche au sublime.
    avatar
    Baal

    Messages : 14
    Date d'inscription : 23/08/2012
    Age : 104

    Re: Le regret comme point de départ de la philosophie

    Message  Baal le Ven 31 Aoû 2012 - 0:36

    Kvothe a écrit:Pourquoi pas l'étonnement ?
    Sensation trop brève et trop fugitive, elle ne peut stimuler l’intellect que sur une très courte durée.

    Kvothe a écrit:  L’expérience (chez les empiristes) est source de connaissances et de réflexions philosophiques.
    L'expérience implique nécessairement l’erreur, donc la frustration et dans une certaine mesure la douleur. Sauriez-vous donc me dire ce qui motive l’expérience chez lez empiristes ?

    Kvothe a écrit:  Le regret n'est source que de regret, c'est un serpent qui se mord la queue.
    Le regret est une sensation aussi fugitive que l'étonnement, elle ne débouche en effet sur rien, même pas sur le regret. Mais je n'ai pas parlé du regret, mais de la douleur d'une manière générale.

    Kvothe a écrit: Le négatif n'a pas l'exclusivité du questionnement.
    Toute sensation, tout sentiment, a sa raison d'être, sa nécessité, ils sont tous des unités de mesure. Il n'y a pas de sentiment négatif ou positif en soi, ce qu'il est rend négatif ou positif, ce sont la façon dont on les interprètes (j'emploie le on par politesse). "La douleur est ton amie", devise d'une école de boxe thaïlandaise.

    Je vais m'y atteler. Mais par pure curiosité, pourquoi avez-vous posté ce lien ?
    avatar
    Kvothe
    Invité

    Re: Le regret comme point de départ de la philosophie

    Message  Kvothe le Ven 31 Aoû 2012 - 1:07

    L’étonnement de trop courte durée ? C'est Aristote lui-même qui reconnaît que "s'étonner" est le moteur de la réflexion philosophique. L'étonnement conduit à l'étonnement, c'est un cercle vertueux. Aucun thème philosophique n'est "autarcique", le questionnement porte en lui d'autres interrogations.

    L’expérience implique l'erreur ? Voilà une interprétation "toute personnelle", si vous me passez le pléonasme. D'autant que je pense l'exact contraire. L'expérience est source de connaissances, d 'acquis, ni plus ni moins. A chacun d'en tirer ce qu'il juge utile et pertinent. L’expérience, à l'inverse du regret, apporte quelque chose, peut-être une base solide pour progresser.  Si j'ai parlé de "négatif", c'est uniquement parce que le mot regret le sous-entend.

    Sur un plan plus dogmatique, les empiristes ne croient qu'en l’expérience sensible comme source de connaissances valides. Mais l'empirisme s'adresse surtout aux théories scientifiques.
    Je ne vais pas chipoter sur ce qu'apporte ou non le regret, ce n'est pas le fond de notre petit échange.
    avatar
    Baal

    Messages : 14
    Date d'inscription : 23/08/2012
    Age : 104

    Re: Le regret comme point de départ de la philosophie

    Message  Baal le Ven 31 Aoû 2012 - 3:33

    Kvothe a écrit:L’étonnement de trop courte durée ? C'est Aristote lui-même qui reconnaît que "s'étonner" est le moteur de la réflexion philosophique. L'étonnement conduit à l'étonnement, c'est un cercle vertueux. Aucun thème philosophique n'est "autarcique", le questionnement porte en lui d'autres interrogations.
    Aristote se leurrait. Comme vous le dites si bien l'étonnement conduit à l’étonnement... et non à la philosophie. Ce qui nous étonne c'est le danger (l'étonnement n'est ni plus ni moins qu'une frayeur momentanée), et ce qui nous pousse à philosopher c'est que maintenant que nous avons conscience de ce "nouveau danger", nous ne pouvons plus vivre comme ne le faisions auparavant. Et comme je vous sais enclin à sous-entendre le négatif sous toute une catégorie d’expressions, je vous préciserai qu'il n'est de plus grand plaisir que celui que nous éprouvons lorsque nous nous retrouvons confrontés au danger, et ce pour la bonne raison que depuis la nuit des temps l'origine du plaisir c'est justement surmonter le danger qui se présente à nous. Le moteur de la philosophie c'est cette angoisse ancestrale qui est inhérente à la vie, l'unique plaisir (et l'unique déplaisir par la même occasion) du philosophe c'est de s'y trouver confronté, il désire la surmonter, en triompher, c'est là la vertu du philosophe, ce par quoi il grandit.

    Vu l'heure tardive vous me pardonnerez de ne pas aborder pour le moment notre contentieux sur l’expérience et l’erreur qui selon moi lui est inhérente, nous remettrons ça à un peu plus tard si le plaisir vous en chante.

    Bonne nuit.
    avatar
    Kvothe
    Invité

    Re: Le regret comme point de départ de la philosophie

    Message  Kvothe le Ven 31 Aoû 2012 - 10:53

    Ajoutez donc Platon à votre liste des philosophes qui se fourvoient.

    L’étymologie même de l'étonnement discrédite votre propos : être frappé de la foudre. L'étonnement est une prise de conscience, pas seulement un trouble passager face à l'inhabituel. Si j'ai utilisé cette formule : l'étonnement mène à l'étonnement, il faut prendre la suite du propos pour en comprendre le sens. L'étonnement n'est pas de courte durée mais s'inscrit dans la durée, mais il porte aussi en lui toute une série d'autres interrogations. L'étonnement initial prolongé, en quelque sorte.

    Le danger comme moteur du plaisir ? Vous extrapolez. Mais je sens que vous n'avez pas saisi mon intervention sur l’expérience. Contrairement à ce que vous pensez, je ne suis pas prompt à sous-entendre le négatif, bien au contraire. L’expérience ne m'apparaît pas comme "négative", mais comme une source de connaissances.

    Puisque l'heure le permet, j'attends votre réponse.
    avatar
    juliendeb

    Messages : 64
    Date d'inscription : 26/07/2012
    Age : 26
    Localisation : Strasbourg

    Re: Le regret comme point de départ de la philosophie

    Message  juliendeb le Ven 31 Aoû 2012 - 11:24

    A JimmyB,

    Que la philosophie se fonde sur la raison, ça c'est vous qui le pensez ! Je vous rappelle qu'il y a au moins deux sortes d'écoles : celle qui pense que la philosophie se base sur la raison, et celle qui pense qu'elle se base sur l'expérience. L'une et l'autre sont d'ailleurs autant fréquentées.
    Et je tiens à re-préciser que je ne pense personnellement pas grand-chose sur la question, mais c'est une question qui m'intéresse et que je souhaite vraiment développer. En quoi pensez-vous qu'une discipline qui se fonde sur la raison, si elle a comme point de départ le regret, est contradictoire ? Qu'est-ce qui empêche la cohabitation de la raison et du regret ?

    JimmyB a écrit:La philosophie est donc un art selon vous ?
    Je ne comprends pas l'intérêt de cette question ici, ni le rapport avec l'ensemble de ce que vous avez dit avant. Pourriez-vous développer votre question ?

    Et pour la gouverne de Baal : on pourrait très bien vous rétorquer qu'il n'y a rien de plus vrai que l'expérience, tandis qu'il n'y a rien de plus artificiel que les produits de la raison. La raison produit, l'expérience reçoit ce qui est déjà. En quoi est-ce que ce qui n'est pas encore, mais qui est produit, aurait plus de vérité que ce qui est déjà là ? Pourquoi ne pas admettre que cette équation, vérité = réalité, puisse être vraie ? Or par quoi nous est connue la réalité ? Par l'expérience ou par la raison ?

    Kvothe,

    Je suis d'accord avec vous : "le négatif n'a pas l'exclusivité du questionnement". D'ailleurs, les poètes, comme les philosophes, comme les peintres, comme les musiciens - car chacun de ces arts questionne - se sont souvent inspirés aussi de sentiments "positifs" : l'amour, l'espoir, l'amitié, l'admiration, etc. Il me semble que l'on a parlé d'étonnement. C'est Aristote qui dit que l'étonnement est à la base de toute recherche scientifique - qui prétend chercher aussi la vérité, le Graal de la philosophie. Mais l'étonnement est-il un sentiment, une émotion ?
    Si cela est le cas, alors nous pouvons dire que les sentiments, les émotions, sont en effet la base de tout ce qui peut être écrit. Car en effet, tous les poètes se servent de leurs sentiments pour mettre leur verve en action. Et si l'étonnement est un sentiment, alors tous les philosophes - mais aussi les scientifiques, et tous ceux qui développent une questionnement sur le monde et l'homme - qui recherchent la vérité (mettons le cas Nietzsche à part), se basent sur leurs sentiments (le regret en faisant partie). Le regret, comme dit auparavant, est une voie parmi tant d'autres. Mais y a-t-il d'autres voies que l'émotion, ou le sentiment ?


    Dernière édition par juliendeb le Ven 31 Aoû 2012 - 16:38, édité 2 fois
    avatar
    JimmyB

    Messages : 853
    Date d'inscription : 25/04/2012
    Age : 29

    Re: Le regret comme point de départ de la philosophie

    Message  JimmyB le Ven 31 Aoû 2012 - 11:28

    Vous avez parlé de littérature et de poésie en faisant le lien avec la philosophie. Donc la philosophie est-elle un art ? C'est simple comme question.
    Ensuite la raison et l'expérience ne sont pas opposées. Lisez Bacon à ce sujet, entre autres. Ou Hume, ou Berkeley. Lisez de la philosophie en somme.
    avatar
    Desassocega

    Messages : 2815
    Date d'inscription : 02/04/2011

    Re: Le regret comme point de départ de la philosophie

    Message  Desassocega le Ven 31 Aoû 2012 - 11:45

    JimmyB a écrit:Vous avez parlé de littérature et de poésie en faisant le lien avec la philosophie. Donc la philosophie est-elle un art ? C'est simple comme question.
    Ensuite la raison et l'expérience ne sont pas opposées. Lisez Bacon à ce sujet entre autres. Ou Hume, ou Berkeley. Lisez de la philosophie en somme.
    Juliendeb faisait référence à l'opposition entre l'école rationaliste (Descartes, Leibniz, etc.) et l'école empiriste (Locke, Hume, etc.). Je ne pense pas qu'il voulait opposer raison et expérience. Et comme vous le précisez, chez Bacon par exemple, l'expérience n'exclut pas le raisonnement. Toutefois, Bacon penche tout de même vers l'expérience car pour lui le raisonnement, bien qu'il soit un moyen de connaître (avec l'autorité et l'expérience), ne peut distinguer le sophisme de la démonstration. Et le seul moyen alors pour le raisonnement de distinguer entre les deux, c'est de vérifier ses conclusions par "les œuvres certificatrices de l'expérience".


    Dernière édition par Desassossego le Ven 31 Aoû 2012 - 15:43, édité 1 fois
    avatar
    JimmyB

    Messages : 853
    Date d'inscription : 25/04/2012
    Age : 29

    Re: Le regret comme point de départ de la philosophie

    Message  JimmyB le Ven 31 Aoû 2012 - 12:29

    J'aurais pu citer le pragmatisme de James également, qui a justement pour but - et qui y parvient selon moi - d'équilibrer raison et expérience.

    cognitivist

    Messages : 4
    Date d'inscription : 25/08/2012

    Re: Le regret comme point de départ de la philosophie

    Message  cognitivist le Ven 31 Aoû 2012 - 12:49

    juliendeb a écrit: Le regret, comme dit auparavant, est une voie parmi tant d'autres. Mais y a-t-il d'autres voies que l'émotion, ou le sentiment ?
    Pourquoi pas le plaisir de réfléchir. Le même qu'on a lorsqu'on planche sur une énigme mathématique ou un diagramme d'échecs. Je pense qu'on peut apprécier réfléchir sur des problèmes sans trop se questionner sur l'utilité effective du questionnement. Même si ce plaisir est une source "chaude", il est assez différent du regret et de l’étonnement car ce n'est pas la situation vécue qui appelle à la réflexion, mais au contraire un espèce de vide qu'on a le luxe de remplir par les petits plaisirs inutiles de l'esprit.

    @Kvothe
    La négativité n'a certes pas le monopole. J'ai pour ma part deux raisons personnelles pour lui accorder plus de force que la positivité que comme point de départ : Les philosophes ne se déclarent généralement pas malheureux, car leurs doctrines s'en verraient affaiblies. J'accorde plus d'importance à ce que les philosophes ont intérêt à cacher que ce qu'ils ont intérêt à dévoiler. - La négativité impose une recherche de solution ou une conceptualisation différente de sa situation. On refuse absolument de la voir persister, ce qui implique une réflexion active. Parmi mes connaissances, j'ai l'impression que ceux qui se posent de grandes questions ont une santé psychologique plutôt variable, ça n'a honnêtement pas valeur d'argument, mais cela explique l'origine de mon sentiment.


    Dernière édition par Euterpe le Lun 3 Sep 2012 - 19:19, édité 2 fois (Raison : erreur d'orthographe)
    avatar
    Kvothe
    Invité

    Re: Le regret comme point de départ de la philosophie

    Message  Kvothe le Ven 31 Aoû 2012 - 15:31

    Pour répondre à juliendeb :
     
    N'oublions pas que pour Aristote, Philosophie et Science sont mêlées. La recherche scientifique et la philosophie sont une seule et même chose. La distinction se fera plus tard. C'est d'ailleurs l'observation de la Nature qui conduit à philosopher. Aristote ne cherche pas la Vérité, mais le Bonheur. La Vérité n'est pas érigée en totem indispensable à la vie.


    Le propre du scientifique n'est-il pas, justement, de ne pas se fonder sur ses sentiments ?

    Il n'existe pas une voie vers la philosophie, nous en avons énoncé quelques unes (raison, expérience, étonnement, sentiment...). J'aurais tendance à dire que le chemin diverge en fonction du but. Quel est le but de la Philosophie ? Le Bonheur ? La Vérité ? La Connaissance ? La Sagesse ?

    Pour répondre à cognitivist :

    Que faites-vous des pessimistes ou des cyniques dans ce cas ? Ils puisent dans la fange pour élaborer leurs philosophies, et ne s'en cachent pas.
    La négativité, pour vous reprendre, me fait penser à un ascétisme forcené, à une auto-flagellation intellectuelle. Comme si la joie (pour synthétiser) était incapable de fécondité. La conquête d'une joie supérieure, ou sa sauvegarde, peuvent être des moteurs aussi puissants.


    Dernière édition par Kvothe le Ven 31 Aoû 2012 - 18:05, édité 1 fois

    cognitivist

    Messages : 4
    Date d'inscription : 25/08/2012

    Re: Le regret comme point de départ de la philosophie

    Message  cognitivist le Ven 31 Aoû 2012 - 16:43

    Kvothe a écrit:Que faites-vous des pessimistes ou des cyniques dans ce cas ? Ils puisent dans la fange pour élaborer leurs philosophies, et ne s'en cachent pas.
    La négativité, pour vous reprendre, me fait penser à un ascétisme forcené, à une auto-flagellation intellectuelle. Comme si la joie (pour synthétiser) était incapable de fécondité. La conquête d'une joie supérieure, ou sa sauvegarde, peuvent être des moteurs aussi puissants.
    Cette remarque est bien pensée. Il y a effectivement différentes manières de gérer la négativité. J'avais en tête "la volonté de sortir de la négativité", vous aviez en tête "l'auto-flagellation intellectuelle". Ce sont certainement des attitudes diamétralement opposées qui mènent à des trajectoires intellectuelles très différentes.

    D'ailleurs, il serait peut-être plus juste de parler en terme d'attitude vis-à-vis des émotions si on veut chercher des points de départ à la philosophie.
    avatar
    juliendeb

    Messages : 64
    Date d'inscription : 26/07/2012
    Age : 26
    Localisation : Strasbourg

    Re: Le regret comme point de départ de la philosophie

    Message  juliendeb le Ven 31 Aoû 2012 - 16:56

    JimmyB a écrit:Vous avez parlé de littérature et de poésie en faisant le lien avec la philosophie. Donc la philosophie est-elle un art ? C'est simple comme question.
    Ensuite la raison et l'expérience ne sont pas opposées. Lisez Bacon à ce sujet entre autres. Ou Hume, ou Berkeley. Lisez de la philosophie en somme.
    Je n'ai pas apprécié votre dernière remarque. Heureusement, je ne suis pas méchant, donc je ne vous dirai pas de choses méchantes, quand bien même cela me titillerait... L'objection que j'ai faite à Baal n'avait pas pour but d'opposer l'expérience et la raison ; j'ai simplement dit que c'était une objection qu'on pouvait lui faire. Quant à celle que je vous ai faite, je ne reviendrai pas dessus : plus d'un philosophe opposent expérience et raison (lisez Platon, Descartes... "de la philosophie en somme") ; je n'ai rien inventé.
    Le point commun que j'ai tenté de développer entre la poésie et la philosophie est que chacune des deux peut avoir pour point de départ les émotions. Je ne sais pas si vous entendez par "art" le fait de rendre compte de ses émotions, mais si oui, alors la philosophie peut être un art. Deleuze dit d'ailleurs que la philosophie "crée des concepts" : en tant qu'activité créatrice, n'est-elle pas un art ?

    cognitivist a écrit:Pourquoi pas le plaisir de réfléchir?
    Mais le plaisir n'est-il pas un sentiment, une émotion ?

    Kvothe a écrit:Aristote ne cherche pas la Vérité, mais le Bonheur
    Dans la philosophie antique, le bonheur se passe difficilement de la vérité. C'est le cas chez Aristote également : il faut à ce titre lire les chapitres 2 et 7 du livre I de l'Éthique à Nicomaque. Il faut partir des choses connues pour atteindre le bonheur. Certes, la fin recherchée par la philosophie d'Aristote est le bonheur, mais avant le bonheur il faut rechercher la vérité. Et elle n'est pas donnée à tout le monde : il faut avoir été "élevé dans de bonne mœurs" (traduction J. Tricot).
    avatar
    JimmyB

    Messages : 853
    Date d'inscription : 25/04/2012
    Age : 29

    Re: Le regret comme point de départ de la philosophie

    Message  JimmyB le Ven 31 Aoû 2012 - 17:43

    L'émotion étant une réaction par rapport à ce qui nous entoure, c'est une expérience. L'émotion est notre confrontation au monde, par conséquent l'émotion est soumise à une rationalisation ; lorsque l'on fait de la philosophie, on analyse, on observe, on émet des hypothèses. Donc les deux sont liés.

    Toute discipline qui crée n'est pas du domaine de l'art. Depuis le Moyen-âge par exemple, l'artisanat ne fait plus partie des arts. Donc si l'on crée une chaise, ce n'est pas pour autant artistique. Ainsi en effet, il n'y a selon moi pas de lien entre la poésie, qui découle d'une volonté de production artistique, et la philosophie.
    avatar
    juliendeb

    Messages : 64
    Date d'inscription : 26/07/2012
    Age : 26
    Localisation : Strasbourg

    Re: Le regret comme point de départ de la philosophie

    Message  juliendeb le Ven 31 Aoû 2012 - 18:33

    L'artisanat n'est plus considéré comme un art car il ne crée plus, il reproduit : la création de la chaise relevait de l'art lorsqu'elle était créée ; aujourd'hui, la chaise est un objet commun, qui n'est plus créé, mais fabriqué à la chaîne. L'artisanat n'est plus considéré comme un art, certainement parce qu'il n'a plus rien à créer (pour le moment du moins).

    Mais la philosophie a-t-elle fait son temps ? N'a-t-elle plus rien à créer véritablement ? Si l'artisanat n'est plus considéré comme un art, car il ne fait aujourd'hui que refabriquer, reproduire, la philosophie ne fait-elle que reproduire ? N'y a-t-il pas une manière de la voir malgré tout comme un art, c'est-à-dire comme une activité réellement créatrice ?


    Dernière édition par juliendeb le Ven 31 Aoû 2012 - 18:36, édité 2 fois
    avatar
    JimmyB

    Messages : 853
    Date d'inscription : 25/04/2012
    Age : 29

    Re: Le regret comme point de départ de la philosophie

    Message  JimmyB le Ven 31 Aoû 2012 - 18:35

    L'art grec se basait aussi sur la reproduction, votre argument est erroné.

    cognitivist

    Messages : 4
    Date d'inscription : 25/08/2012

    Re: Le regret comme point de départ de la philosophie

    Message  cognitivist le Ven 31 Aoû 2012 - 19:40

    juliendeb a écrit:
    cognitivist a écrit:Pourquoi pas le plaisir de réfléchir ?
    Mais le plaisir n'est-il pas un sentiment, une émotion ?
    Je doute qu'on puisse trouver des sources complètement non émotionnelles de la philosophie.
    Si j'ai pointé le plaisir de réfléchir, c'est parce qu'il représente un cas très particulier comparé aux autres motivations/émotions pour la philosophie.
    avatar
    Baal

    Messages : 14
    Date d'inscription : 23/08/2012
    Age : 104

    Re: Le regret comme point de départ de la philosophie

    Message  Baal le Dim 2 Sep 2012 - 17:31

    À Kvothe

    Ajoutez donc Platon à votre liste des philosophes qui se fourvoient
    En effet, Platon se fourvoie et pas qu'un peu.

    L’étymologie même de l'étonnement discrédite votre propos : être frapper de la foudre.
    Je ne vois pas en quoi elle discrédite mon propos. À mon sens elle ne fait que le confirmer. Mais avez-vous déjà été frappé par la foudre. Car mon impression est qu'ici vous parlez en inexpérience de cause.

    L'étonnement n'est pas de courte durée mais s'inscrit dans la durée, mais il porte aussi en lui toute une série d'autres interrogations. L'étonnement initial prolongé en quelque sorte.
    Je pourrais presque vous accorder la chose, mais j'ai bien peur que cela vous plonge un peu plus dans votre fourvoiement. Ce n'est pas tant l'étonnement initial qui se prolonge que l'intensité de la peur qui diminue à une vitesse proportionnelle au trauma vécu et qui permet peu à peu l'adoption d'un comportement de rationalisation vis-à-vis de celle-ci. Ce comportement étant un moyen de se l'approprier, d'y asseoir sa domination. Pour établir le parallèle avec la foudre celle-ci est dans les temps anciens et jusqu’au moins au moyen-âge assimilé par les hommes au plus grand des traumas - celui du châtiment divin et de leur possible extinction qui y est associé. Zeus frappe avec la foudre lorsqu'il veut manifester sa colère, Yahvé pour punir les hommes provoque le déluge auquel l'image de la foudre est régulièrement associée. Vous pouvez aussi observer le comportement des animaux face à la foudre, angoisse, peur, anxiété... Enfin, il me semble bien que tout ça va dans le sens de mon propos.

    L'étonnement est une prise de conscience  
    Si du moins vous preniez le temps de me lire...

    et ce qui nous pousse à philosopher c'est que maintenant que nous avons conscience de ce "nouveau danger", nous ne pouvons plus vivre comme ne le faisions auparavant.
    N'est-ce pas une "prise de conscience", l’événement que je décris ici ?

    Le danger comme moteur du plaisir ? Vous extrapolez.
    Non il me semble bien que c'est vous qui extrapolez.

    et ce pour la bonne raison que depuis la nuit des temps l'origine du plaisir c'est justement de surmonter le danger qui se présente à nous
    Mais encore ?

    l'unique plaisir (et l'unique déplaisir par la même occasion) du philosophe c'est de s'y trouver confronté, il désire la surmonter, en triompher, c'est là la vertu du philosophe, ce par quoi il grandit.
    En vérité vous êtes tellement aveuglé par votre désir d'avoir raison et d'établir votre raison que vous falsifiez mes propos et ne prenez nullement le temps de les peser. Est-ce là le secret de votre attitude philosophique ?

    L'expérience est source de connaissances, d 'acquis, ni plus ni moins
    C'est là un constat qui ne m'est pas étranger et sur lequel nous pouvons nous accorder. Néanmoins lorsque vous bannissez l’erreur du champ de l’expérience vous la bannissez dans son sens le plus mathématique, le plus scientifique. Et c'est bien dans ce sens-là que j'entendais que l’erreur est inhérente à l’expérience, nous n'expérimentons que dans des domaines où le champ de notre connaissance est forcément approximatif, l'expérience exige que nous nous y déplacions à tâtons et que nous émettions un certain nombre d'hypothèses et de conclusions erronées. Et n'en déduisez pas que je délimite le champ de l’expérience à la science au sens moderne. Pour moi le champ de l’expérience embrasse nécessairement tout le champ du vécu, et ce non seulement à l’échelle de l'individu mais aussi l'échelle des peuples, des civilisations, des espèces et de la vie elle-même.

    Contrairement à ce que vous pensez, je ne suis pas prompt à sous-entendre le négatif, bien au contraire.
    Je pense que si, d'après votre aveu, vous l'avez sous-entendu sous le mot regret, de même que vous devez l'avoir sous-entendu sous le mot douleur sans quoi vous ne seriez pas intervenu. De même que vous devez le sous-entendre sous les mots haine, cruauté, désespoir, etc.

    Aristote ne cherche pas la Vérité, mais le Bonheur
    N'oubliez qu'on lui accorde l'ouvrage L'homme de génie et la mélancolie, titre des plus évocateurs... De plus s'il cherche le Bonheur cela prouve qu'il ne le possède pas. Maintenant vous pourrez peut-être en déduire ce qui le motivait à rechercher le Bonheur.

    À Juliendeb

    Et pour la gouverne de Baal : on pourrait très bien vous rétorquer qu'il n'y a rien de plus vrai que l'expérience
    Qui donc vous a mandaté pour établir ce qu'est le vrai ? Ainsi donc l’inexpérience du vin ou du chocolat serait moins vraie ou plus fausse que l’expérience du vin ou du chocolat ? Excusez-moi de répondre par une ânerie, mais il me semble qu'à une ânerie nous ne pouvons répondre que par une autre.

    se sont souvent inspirés aussi de sentiments "positifs" : l'amour, l'espoir, l'amitié, l'admiration, etc.
    Au risque de vous offenser, vous parlez comme une jeune fille, cela n'est pas digne d'un philosophe. Nietzsche invitait à philosopher par-delà le bien et le mal, je vous invite à philosopher par-delà le positif et le négatif.

    À Kthun,

    Vous n'avez pas daigné me répondre à propos de votre lien. Ma première impression était que vous en déduisiez que je manquais d'objectivité et qu'à partir de mon expérience de la Philosophie j’érigeais  une loi qui vaudrait pour toute la somme de l'expérience philosophique, j'ai jeté un œil à ce lien et cela ne fait que confirmer mon impression. Je me demande à mon tour si vous n’idéaliseriez pas trop les philosophes qui sont avant toute chose des hommes et qui en tant que tels sont toujours motivés par des buts très humains, bassement humains ? N'idéaliseriez-vous pas aussi le monde Grec ? Qui était un monde d'une violence absolue, tel qu'il est difficile de la concevoir aujourd'hui. Un monde où à l'origine était ritualisé le sacrifice humain, où pour ne pas être eux-mêmes sacrifiés les rois substituaient des nourrissons traînés à même les champs par des chars afin d'en assurer la fertilité. Famine, maladie, guerre, c'est cela l'origine du monde Grec. Affirmer que ce n'est pas la douleur qui a poussé les Grecs et le reste du genre humain à la recherche de la vérité, c'est là étaler toute son inexpérience du monde Grec et de l'humanité d'une manière plus générale.

    Pour en revenir à mon propos initial : la douleur comme épicentre de la démarche philosophique. Il me semble que certains d'entre vous sont victimes du mouvement de décadence morale, spirituelle et intellectuelle propres à ce siècle, où l'on ne supporte plus de loin comme de près le fait d'être exposé à la douleur, mais où encore plus grave l'on ne supporte même plus "l'idée" de la douleur. Or, dois-je vous rappeler que la douleur est avant toute chose la garante de notre intégrité physique, qu'elle est l'unité de mesure la plus fiable que nous possédons, celle qui permet d’adapter notre comportement face à une situation donnée. Passez votre main sous le feu et demandez-vous ce qu'elle deviendrait si la douleur ne vous commandait pas de la retirer. Essayez maintenant de repenser mon propos sous cette perspective et voyez si votre position ne commence pas à évoluer.

      La date/heure actuelle est Lun 23 Oct 2017 - 15:31