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    Nietzsche et autrui

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    jean ghislain

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    Nietzsche et autrui

    Message  jean ghislain le Mer 27 Juin 2012 - 12:26

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Je ne vous conseille pas l'amour du prochain, mais l'amour du lointain.
    Ainsi Parlait Zarathoustra, I, De l'amour du prochain.
    Nietzsche attribue à Autrui une place réduite dans l'existence de chaque individu. Alors que la philosophie classique prend en compte autrui, l'amène jusqu'à notre intimité, Nietzsche nous déconseille d'aller chercher au-delà de nous-mêmes, car ce n'est que par soi-même qu'on peut s'épanouir. On peut se demander en quoi une vie solitaire ou esseulée peut conduire au bonheur, puisque souvent nous prenons quand même plaisir à échanger en société. Mais pour Nietzsche, autrui est plus un embarras qui empêcherait notre épanouissement. Il faut comprendre que pour Nietzsche, le but de l'homme est de tendre vers le surhomme, et que ce but n'est pas pour plaire à tout un chacun. Ainsi, autrui par sa petitesse nous mettrait tout le temps des bâtons dans les roues. Car la multitude préfère rester à son stade plutôt que de se surmonter et regarde d'un mauvais œil toute tentative pour s'élever.

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Garde-toi donc des petits ! Devant toi ils se sentent petits, et leur bassesse s'échauffe contre toi en une vengeance invisible.
    Ainsi Parlait Zarathoustra, I, Des mouches de la place publique.
    Quand Zarathoustra parle du surhomme sur la place publique, on se rit de lui et on lui préfère l'arrivée du danseur de cordes, ou encore le dernier homme qui est un idéal de petit bonheur, même s'il mène une vie végétative ou absente. Car l'amour de l'autre, pour Nietzsche, c'est l'oubli de soi, comme si, quand on vit une vie misérable, il est heureux d'aller chercher de la chaleur chez son prochain.

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Votre amour du prochain, c'est votre mauvais amour de vous-même.
    Ainsi Parlait Zarathoustra, I, De l'amour du prochain.
    Or aimer autrui ne résout rien, puisque souvent on ne peut rien attendre des autres, mais il faut plus compter sur soi-même, car de toute façon, qui sait le plus ce qui me convient à part moi-même ? Autrui ne peut donc pas apporter des réponses, en retour de l'amour qu'on lui porte, si ce n'est une belle image de moi, qui reste trompeuse. Penser à soi, plutôt qu'à l'autre, là est la solution, nous dit Nietzsche, et ce chemin nous fera gagner du temps à ne pas vagabonder

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Il faut apprendre à s'aimer soi-même, d'un amour sain et bien portant : afin d'apprendre à se supporter soi-même et de ne point vagabonder – c'est ainsi que j'enseigne. Un tel vagabondage s'est donné le nom d' « amour du prochain ».
    Ainsi Parlait Zarathoustra, III, De l'esprit de lourdeur.
    Ce à quoi Nietzsche nous invite est de développer notre propre personnalité, de faire nos propres lois, de vivre dans notre domaine, et de ne pas être influencé par autrui. Ainsi on ne doit pas se définir par rapport à l'autre, mais bien de soi-même, atteindre un degré élevé d'autonomie.

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Nous devons croître et nous épanouir librement et sans crainte, dans un innocent amour de nous-mêmes, par notre propre personnalité.
    Le Gai Savoir, §99.
    Cependant, autrui peut nous faire parvenir un cri de détresse, qui émeut et qui pourrait nous faire dévier de notre tâche. Pourtant Nietzsche l'assimile à un dernier péché, c'est-à-dire comme une raison de chute, et qui nous ramènerait à la case départ. En effet, la pitié est le plus fort attachement que l'on peut avoir envers autrui et pourrait nous faire plier. Il faut pourtant passer outre car s'attacher par pitié à autrui conduit à sa propre perte, car la pitié est inconditionnelle. Or peut-on aimer par pitié autrui, sans conditions ? Ne faut-il pas préférer suivre ses propres voies, et s'y tenir ?

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:J'ai décrit, sous le titre de la Tentation de Zarathoustra, le cas où un grand cri de détresse vient aux oreilles de Zarathoustra, où la compassion l'assaille comme un dernier péché pour le rendre infidèle à lui-même. Alors, demeurer maître, conserver la hauteur de sa tâche pure de toute les impulsions, beaucoup plus basses et à courte vue, qui agissent dans ce l'on appelle les actions désintéressées, c'est l'épreuve, peut-être la dernière épreuve, qu'un Zarathoustra doive surmonter – la véritable preuve de sa force...
    Ecce Homo, Pourquoi je suis si sage, §4.

    Silentio

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    Re: Nietzsche et autrui

    Message  Silentio le Mer 27 Juin 2012 - 13:16

    Le lointain, c'est peut-être l'amour du monde qui participe au plus intime d'un individu qui se croit substantiel. Quant au reste, ça ressemble à du Rousseau, entre amour de soi (je me suffis à moi-même) et amour-propre qui me divise du fait de l'importance d'autrui et de l'image de moi-même dans le regard des autres.

    Liber

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    Re: Nietzsche et autrui

    Message  Liber le Mer 27 Juin 2012 - 14:35

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Le lointain, c'est peut-être l'amour du monde qui participe au plus intime d'un individu qui se croit substantiel.
    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Mais pour Nietzsche, autrui est plus un embarras qui empêcherait notre épanouissement. Il faut comprendre que pour Nietzsche, le but de l'homme est de tendre vers le surhomme, et que ce but n'est pas pour plaire à tout un chacun.
    L'explication la plus proche du texte de Nietzsche est celle que propose Jean. Le lointain, ce sont les promesses de l'homme à venir. Par contre, ici Nietzsche vise explicitement la morale chrétienne, le prochain n'est pas un simple autrui que nous sommes amenés à rencontrer, c'est celui que nous devons aimer. Or, Nietzsche nous demande d'aimer le futur de l'homme, non pas ce que l'homme est actuellement. Il exige plus de l'homme et veut que nous aussi, nous exigions davantage des autres.

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