παιδεία | μανθάνω | ἀπομανθάνω

    A-t-on le devoir d'aimer autrui ?

    Partagez
    avatar
    June

    Messages : 18
    Date d'inscription : 08/11/2011

    A-t-on le devoir d'aimer autrui ?

    Message  June le Dim 1 Avr 2012 - 22:45

    Salut à tous,
    ayant ce sujet à traiter, je me demandais s'il était permis de faire, dans une troisième partie, une critique de l'impératif catégorique kantien, aimer autrui en tant que personne (comme fin) est bien l'exigence morale qui nous incombe dès lors que nous vivons en société ;  mais cette exigence morale est impraticable, car pourquoi l'homme voudrait-il être digne de moralité ? Finalement pour mettre en pratique cet amour-agapè (inconditionnel) il faudrait être Dieu, capable d'agapè envers l'autre (amour spirituel).
    Donc ce serait bien l'impératif catégorique comme Kant l'entendait : la morale est là mais, comme il en doutait fort, l'homme ne peut être totalement moral, il ne peut qu'être conforme à la morale :  soucieux de satisfaire son intérêt particulier en faisant le bien d'autrui, il ne le fait pas au nom de la loi morale, mais il use plutôt de cet amour-respect comme d'un moyen vers une fin (je te respecte pour une récompense... de manière intéressée, donc conditionnelle). Un peu comme si l'homme incapable d'agapè du fait de sa finitude, en avait néanmoins l'idée : Dieu est l’Être Suprême capable d'agapè (amour spirituel, inconditionnel).
    Cependant, bien que l'homme ne puisse être complètement moral au sens kantien, on peut quand même lui trouver une dignité : il est capable de respecter l'autre dès lors qu'il sait que ce respect est la base de la relation intersubjective. Respecter l'autre, c'est re-connaître sa subjectivité et son altérité (l'autre est différent et on ne peut le connaître), cette reconnaissance de l'autre comme sujet est nécessaire dans la construction de la relation car c'est le dépassement d'un rapport à l'autre comme "objet", c'est-à-dire connaissable. Or, traiter autrui comme objet connaissable relève d'un rapport d'une part intéressé à autrui : se servir d'autrui comme objet, mais c'est surtout s'illusionner sur lui : autrui est toujours différent de nous, il est une conscience de soi qui se rapporte au monde d'une façon différente et, par conséquent, il est nécessaire d'établir cette relation d'inter-subjectivité : la reconnaissance de l'altérité de l'autre est la base de la construction du moi : c'est par autrui que je me construis.
    Donc, finalement, ce n'est pas tant un devoir d'aimer autrui au sens de l'agapè de Dieu, impossible à mettre en pratique, ou alors de manière intéressée, ce qui déroge au concept d'agapè et d'impératif catégorique. En revanche, bien que ce soit de manière intéressée car dans le but de la relation-intersubjectivité, l'amour au sens d'un respect d'autrui est nécessaire et constitue lui, un véritable devoir pour l'homme dans sa relation à l'autre.


    Est-ce possible de faire quelque chose de ce genre avec un tel sujet ?

    seb38

    Messages : 20
    Date d'inscription : 31/03/2012

    Re: A-t-on le devoir d'aimer autrui ?

    Message  seb38 le Ven 6 Avr 2012 - 9:20

    A mon humble niveau, en troisième partie, j'utiliserais une autre signification du mot "devoir" ; en première partie je l'aurais utilisé en tant qu'"obligation" ; là je l'utiliserais dans le sens suivant : devoir pour soi.
    Autrement dit on peut interpréter "je dois aimer autrui" comme "je suis contraint de le faire" ou comme "je dois l'aimer afin de me réaliser". Cette deuxième interprétation revient à votre phrase :  
    c'est par autrui que je me construis.
    Ainsi la problématique de ma troisième partie serait : en quoi la relation qui me lie à autrui m'est-elle bénéfique ? En quoi dois-je ("ai-je tout intérêt à") aimer autrui ?

    Trois pistes :
    Le partage de notre plénitude : comment puis-je exister si je ne partage pas mes joies, mes doutes, mes angoisses ?
    L'autre me permet d'affronter mes problèmes, c'est en lui que je peux y puiser la force de le faire.
    C'est en aimant l'autre que l'autre peut m'aimer en retour.
    avatar
    Vangelis
    Princeps
    Princeps

    Messages : 1433
    Date d'inscription : 11/03/2011

    Re: A-t-on le devoir d'aimer autrui ?

    Message  Vangelis le Ven 6 Avr 2012 - 11:34

    L'homme étant l'animal social par excellence, l'autre y a une place fondamentale.
    L'amour désintéressé, s'il est impossible par la volonté, peut néanmoins exister comme un sentiment qui surgit en l'homme et dont la genèse est un mystère.
    Quant au respect, il a plus une valeur comptable, c'est-à-dire que l'on va examiner une attitude, un parcours, des actions passées, qui constituent une somme reconnue et digne de respect mais que l'on ne peut attribuer de facto parce que l'autre est seulement un homme. L'homme sans acte n'est pas une valeur, c'est un potentiel. De plus, la limite du respect est affaire de culture, un fait sociétal qui peut bouger au gré de l'aventure humaine. Au pire, c'est une qualification de l'autre en regard d'un projet qui est propre à chacun, et auquel cet autre participe de façon favorable. Dans ce cas nous sommes englués dans le relativisme.
    Mais l'autre est bien fondamental, pour ne pas dire un bien du même ordre que soi. Si l'on ne peut ressentir de l'amour pour tous et si le respect se gagne, comment devrions-nous accueillir l'autre pour lui conserver cette qualité ? Il me semble que nous devons le considérer, c'est-à-dire reconnaître en lui le potentiel et le rôle qu'il peut jouer. La place qu'il prendra par la suite au sein de la société des hommes ou dans notre aventure personnelle dépendra de ses actions, mais le fait que nous le considérions a priori (sans considérer son vécu) c'est lui donner l'importance de son potentiel humain. Et il n'y a pas, à mon sens, de plus grande considération que celle qui consiste à dire de l'autre qu'il peut tout devenir aux yeux des autres hommes. Sa première valeur, c'est son potentiel que nul autre ne devrait contester. Après, les hommes et l'histoire jugeront.
    avatar
    Janus

    Messages : 266
    Date d'inscription : 04/03/2012

    Re: A-t-on le devoir d'aimer autrui ?

    Message  Janus le Ven 6 Avr 2012 - 14:07

    seb38 a écrit:A mon humble niveau, en troisième partie, j'utiliserais une autre signification du mot "devoir" ; en première partie je l'aurais utilisé en tant qu'"obligation" ; là je l'utiliserais dans le sens suivant : devoir pour soi. Autrement dit on peut interpréter "je dois aimer autrui" comme "je suis contraint de le faire" ou comme "je dois l'aimer afin de me réaliser". Cette deuxième interprétation revient à votre phrase :

    c'est par autrui que je me construis.
    Ainsi la problématique de ma troisième partie serait : en quoi la relation qui me lie à autrui m'est-elle bénéfique ? En quoi dois-je ("ai-je tout intérêt à") aimer autrui ?

    Trois pistes :
    Le partage de notre plénitude : comment puis-je exister si je ne partage pas mes joies, mes doutes, mes angoisses ? L'autre me permet d'affronter mes problèmes, c'est en lui que je peux y puiser la force de le faire.
    C'est en aimant l'autre que l'autre peut m'aimer en retour.
    Le côté "utilitariste" au sens où "à aimer mon prochain,  je n'aurais qu'à y gagner" (j'y gagne un confident, un renfort à mes  faiblesses, etc.)  entre très sûrement en compte en réalité, du moins partiellement. Mais peut-être doit-on y déplorer le côté un peu trop intéressé de la manœuvre. Si chacun fait consciemment et volontairement le même calcul, il est à craindre que cet "amour du prochain" manque beaucoup de sincérité, dans le genre "association de malfaiteurs" :D ... et se révèle de ce fait inefficace à l'épreuve du temps, car un amour qui ne relèverait pas d'un sincère et désintéressé "don de soi" ne sera jamais digne de ce nom.
    L'amour ne peut avoir à mon avis qu'un fondement non seulement dans l'inconscient, autrement dit relever d'une force inconnue qui nous échappe et qu'on ne peut maîtriser, mais de plus indépendante de tout calcul. Le constat que finalement tout le monde y gagne ne peut se faire qu'après coup, dans un second temps, histoire de se consoler maigrement d'y avoir perdu de sa liberté.
    Mais j'ai une autre piste à suggérer, que je découvre actuellement au travers de diverses lectures en cours : sur la base d'études anthropologiques, de recherches au niveau des origines des langues indo-européennes, l'hébreu, etc., il s'avère que le mot "devoir" est étymologiquement relié au mot "dette" au sens "d’avoir obligation", de "devoir rendre" ce que l’on a préalablement reçu, notamment de ses géniteurs et ancêtres. Mais dans cette idée de dette se combine aussi l'idée d'être en faute, et qu'il faut, par ce devoir (aimer l'autre, pour) racheter sa faute. Ce qui est encore à creuser, mais laisse d'ores et déjà entrevoir le lien existant (à l'origine du langage) entre "sentiment de culpabilité" (cf. Freud) et ce "devoir aimer l'autre autant que soi-même" préconisé depuis deux millénaires par la religion, notamment chrétienne.
    avatar
    Vangelis
    Princeps
    Princeps

    Messages : 1433
    Date d'inscription : 11/03/2011

    Re: A-t-on le devoir d'aimer autrui ?

    Message  Vangelis le Ven 6 Avr 2012 - 17:42

    De quel type de faute parlez-vous ?
    avatar
    Janus

    Messages : 266
    Date d'inscription : 04/03/2012

    Re: A-t-on le devoir d'aimer autrui ?

    Message  Janus le Ven 6 Avr 2012 - 19:25

    Il s'agit d'une idée de "faute originelle" qui se retrouve dans des textes anciens (philosophie brahmanique). Mais c'est juste une piste que je donnais ici, sachant que je n'ai pas moi-même approfondi davantage.
    avatar
    jean ghislain

    Messages : 331
    Date d'inscription : 13/03/2011
    Age : 43

    Re: A-t-on le devoir d'aimer autrui ?

    Message  jean ghislain le Ven 6 Avr 2012 - 20:26

    Peut-on s'obliger à aimer l'autre ? L'homme étant un animal sociable, nous sommes tous enclins à nous rapprocher les uns des autres. Je pense à l'image de Schopenhauer, celle du hérisson : nous aimons tous la chaleur humaine jusqu'à ce que le conflit éclate...
    Je crois que fondamentalement, tout dépend de ce que l'on attend de l'autre. Je pense qu'il ne faut attendre d'autrui que ce qu'il peut donner de lui, sans plus. A ceux qui n'ont rien à donner aux autres, convient une vie solitaire, tandis qu'à ceux qui se donnent, dans le sens du partage, de l'échange, il est réservé un juste retour.
    Maintenant, je crois qu'il ne faut pas se forcer à aimer les gens qui ne sont pas aimables... comme il ne faut pas respecter les gens peu respectables, cela semble évident. Certes on pourra objecter que ces gens qu'on est « en droit de haïr », ont une histoire peu favorable qui les excuse, mais il n'en demeure pas moins qu'ils ne donnent rien, même à ceux qui leur tendent la main.
    Que cherche-t-on dans le partage avec autrui, quand le partage peut se faire ? Dans le fond est-ce soi-même qu'on aime dans l'autre ? L'autre n'est-il qu'un prétexte pour mieux s'admirer, se conforter soi-même ? Dans ce cas, l'autre n'est pas aimé pour ce qu'il est, mais pour ce qu'il nous renvoie de nous. Or, aimer autrui c'est d'abord l'accepter comme altérité, c'est-à-dire tolérer qu'il puisse être différent de nous, mais que cette différence peut très bien aussi être partagée. Que gagnerait-on à ne fréquenter que nos semblables ? Rien sinon à rester sur la voie toute tracée d'un clan...
    Nous devons aimer autrui car c'est ainsi que les chemins de vie se croisent.
    avatar
    June

    Messages : 18
    Date d'inscription : 08/11/2011

    Re: A-t-on le devoir d'aimer autrui ?

    Message  June le Sam 7 Avr 2012 - 12:34

    Justement dans ma troisième partie je ne pouvais pas faire : "Je dois aimer autrui car mon intérêt entre en jeu dans cette relation à l'autre" : le propre du devoir est d'être totalement désintéressé, donc en fait il fallait trouver un amour désintéressé qui puisse correspondre au devoir moral, qu'il n'y ait pas de contradiction entre les deux termes.
    Kant définit l'acte moral comme un acte libre qu'aucun motif personnel ne peut déterminer (réconfort, écoute d'autrui, compréhension, profit de l'autre). La recherche s'est donc faite vers cet amour qui peut être totalement désintéressé et il s'est trouvé que c'était bien l'amour que prêchait le Christ et qui, depuis deux milles ans est toujours prêché : "Marchez dans l'amour, comme le Christ", c'est l'amour au sens d'aimer son prochain de manière totalement désintéressée : le mot grec utilisé dans le nouveau testament est celui d'agapè.
    D'ailleurs, Ghislain, d'après le Nouveau Testament, aimer autrui n'est-ce pas aimer même les pêcheurs, surtout et avant tout les pêcheurs ? Donc aimer les voleurs, violeurs, bandits, les "âmes corrompues" ? Justement, les aimer c'est bien professer un amour inconditionnel et désintéressé en vue d'être pleinement moral au sens kantien, en les aimant on traite autrui non pas comme un moyen mais comme une fin, on veut faire "progresser l'humanité" en les aimant.
    Donc n'est-ce pas l'acte moral par excellence d'aimer autrui, dans le sens du respect de l'humanité qu'il y a en l'autre ? Donc Vangelis je suis d'accord avec vous.
    Finalement, ça correspond peut-être au sens de la "dette" : je dois à la société des hommes de m'avoir "humanisé", de m'avoir permis de pouvoir être humain, donc je leur dois en retour cette reconnaissance en les traitant comme mes égaux humains humanisés : en respectant en chacun d'eux l'humain qui est en eux.


    Ensuite, on peut se demander ce qu'est l'humanité et s'il peut vraiment y avoir un "progrès" de l'humanité ? (ce que Kant croyait...).
    avatar
    Janus

    Messages : 266
    Date d'inscription : 04/03/2012

    Re: A-t-on le devoir d'aimer autrui ?

    Message  Janus le Sam 7 Avr 2012 - 13:47

    Kant a bien sûr été l'auteur du fameux impératif catégorique, mais il ne faudrait pas pour autant confondre son message avec celui d'un religieux. Même si son œuvre s'intitule "raison pratique", l'énoncé de son impératif de caractère universel est purement théorique, et il n'a jamais préconisé de l'appliquer concrètement, aveuglément et sans discernement, dans le style : "aimez les pêcheurs", encore moins : "aimez les violeurs"...
    Si l'humanité peut et doit toujours progresser, ce n'est vraisemblablement pas en prétendant que tout se vaut, ni en niant l'existence du mal, mais plutôt en le désignant pour mieux le combattre.
    avatar
    Vangelis
    Princeps
    Princeps

    Messages : 1433
    Date d'inscription : 11/03/2011

    Re: A-t-on le devoir d'aimer autrui ?

    Message  Vangelis le Mar 10 Avr 2012 - 11:26

    Janus a écrit:Il s'agit d'une idée de "faute originelle" qui se retrouve dans des textes anciens (philosophie brahmanique). Mais c'est juste une piste que je donnais ici, sachant que je n'ai pas moi-même approfondi davantage.
    Vous ne pouvez pas convoquer les textes religieux sans en faire la critique. Sinon on ne fait plus de philosophie.
    Par contre il est possible de poser une faute originelle dans le sens de faute ontologique. C'est-à-dire de considérer l'être humain comme un mur de liberté pour autrui et ainsi d'impliquer le conflit entre les hommes comme structurel, ontologique.

    Liber

    Messages : 1399
    Date d'inscription : 30/01/2011

    Re: A-t-on le devoir d'aimer autrui ?

    Message  Liber le Mar 10 Avr 2012 - 12:22

    Vangelis a écrit:Vous ne pouvez pas convoquer les textes religieux sans en faire la critique. Sinon on ne fait plus de philosophie.
    Vous n'êtes pas obligé de critiquer les "textes religieux" pour en faire de la philosophie (cf. Pascal entre autres exemples). De plus, la philosophie n'est pas toujours critique ni la religion dogmatique.

    kulvo

    Messages : 2
    Date d'inscription : 09/04/2012

    Re: A-t-on le devoir d'aimer autrui ?

    Message  kulvo le Mer 11 Avr 2012 - 18:33

    Vous dites :
    je dois à la société des hommes de m'avoir "humanisé", de m'avoir permis de pouvoir être humain, donc je leur dois en retour cette reconnaissance en les traitant comme mes égaux humains humanisés : en respectant en chacun d'eux l'humain qui est en eux
    Ce qui m'amène à ceci que si l'on ne respecte pas les codes hiérarchiques dans une société "humanisée", nous ne sommes pas humains mais autre chose et donc nous ne sommes pas dignes d'être aimés par autrui, mais d'être délaissés par nos semblables.
    avatar
    Vangelis
    Princeps
    Princeps

    Messages : 1433
    Date d'inscription : 11/03/2011

    Re: A-t-on le devoir d'aimer autrui ?

    Message  Vangelis le Ven 13 Avr 2012 - 12:50

    Liber a écrit:Vous n'êtes pas obligé de critiquer les "textes religieux" pour en faire de la philosophie (cf. Pascal entre autres exemples).
    Il ne semble pas que Pascal soit le bon exemple. Le peu de crédit qu'il donne à la raison et à la philosophie en fait un penseur à part :
    "Se moquer de la philosophie, c'est vraiment philosopher" (Pensée 4, GF p. 51).
    Hormis cela, je considère que tout élément apporté dans l'exercice philosophique doit être déchu en sa qualité, et que c'est au philosophe de lui en attribuer une nouvelle s'il y a lieu. Mais ce n'est pas pour autant que j'exclus totalement le "cœur" de Pascal dans ce mouvement.

    Liber

    Messages : 1399
    Date d'inscription : 30/01/2011

    Re: A-t-on le devoir d'aimer autrui ?

    Message  Liber le Ven 13 Avr 2012 - 14:56

    Vangelis a écrit:
    Liber a écrit:Vous n'êtes pas obligé de critiquer les "textes religieux" pour en faire de la philosophie (cf. Pascal entre autres exemples).
    Il ne semble pas que Pascal soit le bon exemple. Le peu de crédit qu'il donne à la raison et à la philosophie en fait un penseur à part :
    " Se moquer de la philosophie, c'est vraiment philosopher" (Pensée.4, GF p51).
    Il me semblait que cette phrase voulait dire l'inverse de ce qu'elle dit en apparence. Quant à prétendre que Pascal, grand mathématicien et physicien, créateur du premier système de transports publics, donnerait "peu de crédit [...] à la raison", est tout simplement absurde.
    avatar
    Desassocega

    Messages : 2815
    Date d'inscription : 02/04/2011

    Re: A-t-on le devoir d'aimer autrui ?

    Message  Desassocega le Ven 13 Avr 2012 - 16:26

    Comme le rappelle justement Liber, il est absurde de dire que Pascal donne peu de crédit à la raison et à la philosophie. Il n'y a pas de haine de la philosophie, ni de la raison, chez Pascal. Mais il y a des distinctions. La raison ne peut pas tout gouverner. Pascal fait ainsi des distinctions, et la raison a son domaine, et le cœur le sien. Et ils ne peuvent être intervertis, c'est le sens de la célèbre phrase : "le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point".
    avatar
    Vangelis
    Princeps
    Princeps

    Messages : 1433
    Date d'inscription : 11/03/2011

    Re: A-t-on le devoir d'aimer autrui ?

    Message  Vangelis le Ven 13 Avr 2012 - 17:53

    Liber a écrit: Quant à prétendre que Pascal, grand mathématicien et physicien, créateur du premier système de transports publics, donnerait "peu de crédit [...] à la raison", est tout simplement absurde.
    Je ne dis pas le contraire. Mais nous parlons du Pascal et de la religion, nous avons changé de domaine. Et dans ce dernier la raison est déchue.

    toniov

    Messages : 120
    Date d'inscription : 27/01/2012

    Re: A-t-on le devoir d'aimer autrui ?

    Message  toniov le Sam 14 Avr 2012 - 18:38

    Il faut savoir aussi ce qu'on entend par "aimer". La plupart des êtres sont incapables d'aimer les autres, tous les autres, avec la même intensité. Ceux qui y parviennent font probablement preuve d'une grande sagesse, mais cet amour est-il de la passion ?... Je le rangerais plutôt du côté de la raison. Une raison éclairée, pourrions-nous dire. La passion en serait-elle absente pour autant ? Il y a la passion destructrice. Celle-ci se manifeste dans le choix égoïste d'un individu envers un autre individu. Je t'aime, moi non plus. Voilà la passion destructrice à l'œuvre. Mais le philosophe ou le sage, ou le religieux qui, avec le recul, en arrive à penser que le chemin le plus juste est d'aimer autrui, de quel amour parle-t-il ? Le philosophe préfère certes la raison à la passion, cependant pour réussir à aimer ainsi tous les êtres, ne faut-il pas avoir la passion et l'amour de cette idée : le chemin le plus juste est d'aimer autrui sans jamais se perdre dans les méandres de l'amour exclusif et égotique ?

    Liber

    Messages : 1399
    Date d'inscription : 30/01/2011

    Re: A-t-on le devoir d'aimer autrui ?

    Message  Liber le Sam 14 Avr 2012 - 19:08

    L'amour est quelque chose de composé, d'hétéroclite, fait des sentiments les plus divers. Je ne crois pas à un amour "pur". Cet amour-là est vidé de toute substance, de toute vie, c'est l'amour éclairé par la raison, comme vous dites. Or on aime quelqu'un pour les passions qu'il nous inspire, parce que ce quelqu'un nous rend plus vivant.

    toniov

    Messages : 120
    Date d'inscription : 27/01/2012

    Re: A-t-on le devoir d'aimer autrui ?

    Message  toniov le Sam 14 Avr 2012 - 22:40

    L'amour le plus commun c'est l'amour passion, et c'est celui que nous pratiquons tous, avec plus ou moins de bonheur. Il conduit au désastre assez souvent et lorsqu'un génie le pratique il peut en tirer des merveilles.
    Mais que faites-vous de l'amour du sage ? Celui de l'au-delà des passions et qui se retire du monde... pour mieux l'aimer ?
    avatar
    Ronin

    Messages : 180
    Date d'inscription : 19/01/2012
    Age : 62
    Localisation : Sud de France

    Re: A-t-on le devoir d'aimer autrui ?

    Message  Ronin le Jeu 19 Avr 2012 - 16:56

    toniov a écrit:Mais que faites-vous de l'amour du sage ? Celui de l'au-delà des passions et qui se retire du monde... pour mieux l'aimer ?
    L'amour sans passion, donc sans pathos, c'est-à-dire sans désir, sans possession et sans manque.
    Mais que se passe-t-il, dans la subtilité de ce "phénomène" ?
    Peut-on parler encore de relation ? Si oui, comment "voyez-vous", non seulement dans les faits, mais dans ce qui habiterait le vivant ?

      La date/heure actuelle est Ven 20 Oct 2017 - 5:12