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    L'influence de l'Inde.

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    le morosophe

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    Date d'inscription : 16/02/2012

    L'influence de l'Inde.

    Message  le morosophe le Dim 25 Mar 2012 - 22:52

    Bonjour à tous,

    Vous connaissez sûrement, au moins de nom, un courant religieux de la Grèce antique appelé Orphisme. Le peu de chose que l'on sait à son sujet se résume à ce qui suit :

    Tout d'abord, deux mythes fondateurs : la descente d'Orphée en enfer (justifiant sa connaissance de la mort, héritage des orphiques) et le démembrement de Dionysos. Ce dernier mythe fait naître l'humanité des cendres de titans qui se seraient attirés les foudres (littéralement) de Zeus en démembrant et dévorant son fils Dionysos. Les humains seraient donc composés d'une part dionysiaque, divine et pure, l'âme ; d'une part titanique, matérielle et impure, le corps. A la mort du corps, l'âme non-purifiée descendrait en enfer, s’abreuverait au fleuve Léthé (perdant ainsi tout souvenir de sa vie précédente) et se réincarnerait dans un nouveau corps. Les orphiques cherchaient à se purifier par l'ascèse, la poésie, le végétarisme et la non-violence. En choisissant de se tourner vers l'orphisme, le Grec quittait la société : non seulement il s'en écartait lui-même pour vivre reclus, mais l'interdiction de participer aux sacrifices sanglants lui rendait impossible toute participation à la vie religieuse - et donc sociale - des cités.

    Ces idées peuvent nous sembler "banales" et déjà vues, mais en Méditerranée du VIe siècle avant notre ère, elles étaient totalement nouvelles. On peut assez facilement se représenter leur influence sur la philosophie classique : le système de Pythagore, inventeur du mot philosophie, en est plus qu'inspiré, et il est plus facile de compter les divergences entre Pythagorisme et Orphisme que les ressemblances : d'une part, alors que l'Orphisme recherche la purification par l'intuition et la spontanéité de la poésie, Pythagore préfère la réflexion logique et mathématique (influence intellectuelle grecque) et la réflexion symbolique (influence des cultes à mystères auxquels il était initié) ; d'autre part, alors que les orphiques cherchent à s'exclure de la société, les pythagoriciens s'y investissent et, se croyant "l'élite", estiment avoir le devoir de la dominer (possible influence encore une fois des cultes à mystères très hiérarchisés).

    Toutes ses influences de l'Orphisme sur le Pythagorisme se retrouveront plus tard chez Platon, qui en fera son célèbre dualisme sensible/intelligible, qui "préparera" accidentellement le monde méditerranéen à la venue du christianisme... Bref, l'Orphisme a joué un rôle très important dans l'Histoire des idées, et même dans l'Histoire tout court (merci pour le moyen-âge, Orphée...).

    Mais il est assez peu probable que les idées révolutionnaires de l'Orphisme soient nées d'elles-mêmes en Grèce (ou qu'un dénommé Orphée soit allé prendre l'apéro chez Hadès et Perséphone. Les premières traces de ce courant étant thraces, on lui suppose souvent une origine chamanique. La séparation de l'esprit et du corps ainsi que le mythe d'Orphée en tant qu'allégorie de la transe, et même, pourquoi pas, la réincarnation, pourraient effectivement être ainsi justifiés... mais il reste le rejet du corps et de la société, le refus de consommer de la viande et de tuer, etc. S'il ne tenait qu'à moi, je dirais que les orphiques sont des sâdhus occidentaux. L'orphisme est presque calqué sur les traditions ascétiques de l'Inde ! On retrouve telles quelles dans l'orphisme les notions de Samsara (cycle des réincarnations), de Karma ("loi de cause à effet" enfermant l'individu dans le Samsara), de Moksha ("éveil", arrêt du Samsara, but de la religion/philosophie) et d'Ahimsa (non-violence).

    Le seul "problème" est qu'entre la Grèce antique et l'Inde, il y a la Perse, l'ennemi infranchissable... Il y a un certain temps que je cherche des indices permettant de supposer un contact intellectuel entre la Grèce et l'Inde. J'ai cru avoir "trouvé" plus que le nécessaire dans l'introduction aux Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres de Diogène Laërce : il y a un nom grec pour désigner les sages d'Inde ("gymnosophiste", sage-nu), et certains font provenir d'eux la philosophie. Mais je n'ai rien trouvé qui permette de croire que ce fameux mot, "gymnosophiste", soit antérieur à la période hellénistique... à mon grand dam.

    Mais je viens de penser à quelque chose... en fait, "l'indice" permettant d'admettre un échange intellectuel gréco-indien pré-héllenistique existe bel et bien, et il est plus qu'évident ! Les éléments, tout bêtement...
    On y est tellement habitué (fiction, histoire de la philosophie et de la physique, ésotérisme...) qu'on peut penser notre découpe des éléments en air - terre - eau - feu (et parfois éther, occupant une place particulière) est universelle, mais c'est loin d'être le cas. En extrême Orient par exemple, les éléments sont traditionnellement découpés en cinq : terre - fer - eau - bois - feu . Nos 4 (ou 4+1) éléments sont une construction culturelle, au même titre que les systèmes philosophiques... Or, il se trouve que ce découpage se retrouve en Ionie (avec l'école de Milet) et en Inde (avec le darshana Vaisheshika) bien avant Alexandre le Grand !

    Je sais que ça ne "prouve" rien, mais ça rend acceptable (n'aimant pas les coïncidences, j'aurais même tendance à dire probable) des échanges culturels entre les mondes grec et indien bien plus anciens que ce que l'on soupçonne... et si c'est bien le cas, il serait difficile de voir autre chose en l'orphisme qu'un hindouisme ascétique "hellénisé". Le dualisme spirituel/matériel viendrait d'Inde, et le Christianisme devrait indirectement son installation en Europe à l'Hindouisme... amusant, non ?

    Liber

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    Re: L'influence de l'Inde.

    Message  Liber le Lun 26 Mar 2012 - 9:20

    Dans ce domaine, les influences sont plutôt à chercher du côté des Egyptiens.
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    le morosophe

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    Re: L'influence de l'Inde.

    Message  le morosophe le Lun 26 Mar 2012 - 22:29

    Je ne connais pas grand chose de la pensée égyptienne... Le problème est que depuis Cagliostro et Napoléon on a une véritable "égyptomanie" et on s'amuse à faire dire n'importe quoi aux Égyptiens... On en fait autant des Indiens, bien sûr, mais eux ont une culture encore "vivante" et il est plus facile de vérifier les sources.

    Je sais que les Égyptiens, au moins par leurs mathématiques, ont influencé Thalès, et donc les débuts de notre philosophie. Mais il ne me semble pas qu'ils aient admis des notions telles que les quatre éléments ou la réincarnation. Quand au dualisme corps/esprit, il était loin d'être clair chez eux... il y avait plutôt une séparation post-mortem du corps "djet" avec les deux essences plus subtiles de l'individu que sont le "ba" et le "ka", toutes deux aussi différentes l'une de l'autre que du corps.
    J'ai tendance à considérer que la philosophie grecque est née grâce à un "brassage d'informations". L'ouverture d'esprit inhérente à l'étendue géographique de la civilisation grecque (de Massalia à l'Ionie) cumulée à la possibilité d'accéder à des systèmes logiques et mathématiques développés parallèlement par les Égyptiens et les Babyloniens a amené certains génies du monde méditerranéen (grec, donc) à imaginer un système logique "absolu" et cosmique intelligible. La première philosophie grecque n'aurait été qu'une physique... ce n'est qu'après que serait intervenue (indirectement, via l'Orphisme) l'Inde, amenant Pythagore à associer la philosophie méditerranéenne basée sur la compréhension de la nature à la philosophie indienne basée sur l’ascension spirituelle de l'individu (à laquelle il aurait aussi ajouté -petite contribution personnelle de sectaire mégalo - une dimension sociale et politique).
    Et vous connaissez la suite... bref, la philosophie (distincte de la science) serait apparue en Occident grâce à un contact indirect avec l'Inde.

    Liber

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    Re: L'influence de l'Inde.

    Message  Liber le Mar 27 Mar 2012 - 9:37

    Disons qu'à l'époque historique, tous les philosophes se tournent vers l'Egypte, certains y font même un voyage et sont initiés par les prêtres. En revanche, je ne vois rien de tel vis-à-vis des Indiens. Vous accordez également trop d'importance à l'orphisme dans la pensée philosophique grecque.
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    Janus

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    Re: L'influence de l'Inde.

    Message  Janus le Mar 27 Mar 2012 - 10:40

    D'abord je ne vois rien de si surprenant à ce qu'il y ait des points communs ou fils conducteurs entre les anciennes croyances connues de l'Inde (où se situent les plus anciennes civilisations) et celles apparues plus tard en Europe avec la mythologie.
    En tout cas j'ai trouvé ces quelques éléments qui pourraient vous aider à avancer dans vos recherches :

    encyclopédie encarta a écrit:Vedanta (du sanskrit veda, « connaissance » ; anta, « fin »), l'une des six philosophies orthodoxes de l'hindouisme, dont l'intérêt porte principalement sur la connaissance du brahman, l'Être pur et suprême universel. Le vedanta est fondé sur la partie spéculative de l'ancienne littérature védique, en particulier les traités connus sous le nom de Aranyakas et Upanishad...
    Transmigration des âmes... Dans la pensée et la philosophie religieuses orientales, la croyance en la transmigration ne semble pas avoir fait partie des plus anciennes croyances des conquérants aryens de l'Inde. Elle apparaît pour la première fois sous forme de doctrine dans l'ensemble religieux et philosophique que représentent les Upanishads (VIe siècle av. J.-C. environ). Cependant, depuis, le samsâra, l'incessant tourbillon des naissances et des morts dont l'homme ne parvient pas à se libérer, a toujours été l'un des plus importants principes des trois principales religions orientales : l'hindouisme, le bouddhisme et le jaïnisme.
    Encyclopédie Universalis a écrit:La mort (réflexions philosophiques sur)
    … Historique du problème
    La grande diversité de positions fournies sur le problème de la mort par l'histoire de la philosophie peut se ramener à trois lignes fondamentales : les doctrines de la chute, les doctrines de l'information, les doctrines de la dispersion. Curieusement, aucune de ces dénominations ne se réfère ouvertement au terme de la vie humaine, puisqu'elles portent plutôt sur la constitution de la nature de l'homme…
    - Les doctrines de la chute :
    Si le courant des doctrines de la chute est dominé par la figure de Platon, son élaboration philosophique s'inaugure cependant avec les Upanishads et se prolonge, par-delà Origène, jusqu'à Descartes et Malebranche. L'axe qui joint des philosophies aussi différentes est le dualisme de l'âme et du corps. La vie humaine naît de leur rencontre et la mort est leur séparation. Mais, pour la pensée grecque devenue chrétienne, cette rencontre est l'effet d'une création de l'âme, alors qu'elle est la conséquence d'une chute pour les philosophies antérieures. Chute ou création détermineront des différences importantes dans les conceptions de la vie et de la mort.
    Des Upanishads à Plotin, en passant par l'orphisme, Pythagore, Empédocle, Platon et la gnose, seul l'Un existe absolument, alors que la multiplicité est une zone d'irréalité. Le passage au multiple se conçoit alors comme une dégradation et une chute dans la matière. Les âmes, issues de l'Un en qui elles sont unies, inengendrées, et par là immortelles comme lui-même, descendent dans les corps périssables par choix libre ou par inclination nécessaire afin d'y commencer une existence qui sera une épreuve purificatrice. Jusqu'à mériter le retour à l'univers divin de l'Un, les âmes connaîtront une ou plusieurs transmigrations. Une ascèse de vie ou une discipline de l'intelligence peuvent raccourcir cette durée d'un exil plein des séductions fallacieuses du monde sensible, qui ne réussissent cependant pas à assoupir en elles la nostalgie de leur noblesse originelle. La mort se présente alors comme une libération de la prison corporelle. « L'objet propre de l'exercice des philosophes est même de détacher l'âme et de la mettre à part le corps » (Platon, Le Phédon, 67 c-d). Et pour Plotin, comme pour Platon, le mouvement de « conversion » doit correspondre à celui de la « procession » (Ennéades, IV) et redonner à l'âme le goût de l'intelligible et du réel, dans lesquels elle finira par se résorber comme les fleuves se perdent dans la mer…

    Liber

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    Re: L'influence de l'Inde.

    Message  Liber le Mar 27 Mar 2012 - 10:44

    Il y a bien une similitude entre les langues indo-européennes, mais elle est prouvée par la linguistique. Rien de tel dans vos affirmations.
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    le morosophe

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    Re: L'influence de l'Inde.

    Message  le morosophe le Mar 27 Mar 2012 - 21:37

    Je ne comprends pas ce que vous voulez dire. Vous adressez-vous à moi ?

    Je ne prétends pas que les Indiens et les Grecs auraient hérité d'un bagage philosophique protohistorique, bien au contraire ! Ce serait totalement incompatible avec le fait que l'on ne retrouve aucune trace de ce même bagage chez les autres peuples indo-européens et surtout que l'on n'en trouve pas de trace en Grèce avant l'Orphisme et Pythagore... Ce que je postule est un échange intellectuel indirect entre l'Inde et la Grèce vers le VIIe ou VIe siècle avant notre ère, permettant à la philosophie grecque de devenir plus qu'une simple physique.

    Si j'accorde autant d'importance à l'Orphisme, c'est tout simplement parce que c'est de lui que le Pythagorisme (et donc indirectement le Platonisme et l'Occident tout entier) semble avoir hérité du dualisme matière/esprit.
    L'idée d'âme immortelle unique et distincte du corps, dans la doctrine de Pythagore, ne va pas sans le rejet de la matière, la métempsychose et la nécessité de se purifier par un travail psychique. Ces notions n'ont absolument rien d'égyptien (je rappelle que dans la tradition d’Égypte il n'y a ni âme unique - elles sont deux - ni réincarnation, et à ce que je sache, aucun rejet du corps), par contre, ces notions sont bien présentes dans l'Orphisme, elles en sont même les principales caractéristiques.

    Je l'ai déjà dit dans mon premier message, la doctrine de Pythagore est extrêmement proche de l'Orphisme et pour ainsi dire toutes les différences entre ces deux systèmes sont à imputer à l'influence intellectuelle des philosophes de la nature (substitution des mathématiques à la poésie, volonté d'expliquer le cosmos) et à celle des cultes à mystères (structure de la secte de Pythagore et prétentions politiques).
    Vous reconnaîtrez qu'il serait surprenant que "l'invention" des notions d'essence spirituelle de l'individu, d'impureté du corps et de métempsychose (ainsi que, accessoirement, le végétarisme, le refus de nuire à toute forme de vie et la recherche d'une purification de l'âme) soit une coïncidence avec l'arrivée dans le monde méditerranéen d'un courant religieux basé sur ces mêmes idées...

    Et pourquoi l'Inde ? Tout simplement parce que toutes ces idées sont typiquement indiennes. Quelques mots sur l'Hindouisme : l'individu existe en lui-même, distinctement de son corps (Atman), il est condamné à se réincarner (Samsara) jusqu'à se libérer du poids de ses actions faites dans l'inconscience d'une vie dans le monde matériel (Karma), dans le but d'atteindre un éveil spirituel lui permettant de rejoindre le Divin (Moska). Bien sûr, rien n'alourdit plus le Karma que le mal qu'on fait à d'autres êtres vivants, c'est pourquoi on prône la non-violence (Amisha), souvent même le végétarisme. Certains hindous (de différentes traditions), appelés "saddhu", choisissent volontairement de se retirer du monde et de pratiquer l'ascèse. Ils ne consomment pas de viande et se consacrent pleinement à la quête de leur éveil.

    Bref, les orphiques sont pour ainsi dire des saddhu grecs... Ce qui m'empêchait d'affirmer cela était l'absence supposée de communication entre l'Inde et la Grèce avant la période hellénistique. Mais le système des quatre (ou quatre plus un) éléments se retrouvant autant chez les philosophes présocratiques ioniens qu'en Inde avec le Lokayata et le Vaisheshika, une communication indo-grecque devient admissible...

    Petite interprétation personnelle : des saddhu d'Inde auraient propagé leurs idées en Perse. Celles-ci n'auraient pas directement pénétré la Grèce puisque trop étranges et étrangères, mais se seraient d'abord installées en Thrace. De là, elles auraient été superficiellement "hellénisées" (pour être rendues acceptables) par un nettoyage du vocabulaire, une attribution de mythes faisant intervenir des dieux grecs, et par une prise d'importance de la poésie (domaine "sacré" par excellence pour les Grecs). De cela serait l'Orphisme, inspirant le Pythagorisme qui permettra lui même la philosophie présocratique italique puis le Platonisme.
    Parallèlement, les physiciens ioniens développent le système des éléments en étant en contact avec l’Égypte et la Mésopotamie. De Mésopotamie, ce système cheminera jusqu'en Inde en traversant la Perse, et sera adopté par les philosophies Vaisheshika et Lokayata. Peu importe que les chemins des éléments et de la réincarnation ne soient pas les mêmes, tout ce qui compte est que la Perse ait pu ne pas être un mur imperméable entre l'Occident et l'Orient.


    Dernière édition par le morosophe le Mer 28 Mar 2012 - 14:34, édité 3 fois
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    Janus

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    Re: L'influence de l'Inde.

    Message  Janus le Mer 28 Mar 2012 - 12:29

    @le morosophe a écrit:Merci pour vous informations Janus, mais j'avoue ne rien apprendre de nouveau !
    Ce que j'ai surtout voulu indiquer en fournissant ces quelques modestes extraits encyclopédiques (pas seulement à vous, mais à tout lecteur du forum), c'est que la relation entre Inde et Europe y était bien mise en évidence, ce qui confirmait vos dires. Mais toutes ces explications érudites démontrent surtout à mes yeux l'universalité de la pensée humaine... alors que vous semblez surtout vouloir démontrer une espèce de "supériorité" de la pensée indienne ! ... comme quoi les mêmes réflexions "savantes" peuvent être utilisées à des fins opposées ! Smile
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    Euterpe

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    Re: L'influence de l'Inde.

    Message  Euterpe le Dim 16 Mar 2014 - 13:46

    Pour la question de l'Inde comme source religieuse de la Grèce, on peut lire le premier chapitre de l'introduction aux Religions de l'antiquité, par Frédéric Cruezer (et Joseph-Daniel Guigniaut, qui ne s'est pas contenté de traduire, mais quasiment de ré-établir le texte de l'auteur allemand), chez Treuttel et Würtz, Paris, 1825.


    Dernière édition par Euterpe le Lun 8 Aoû 2016 - 23:27, édité 1 fois

    aldolo

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    Re: L'influence de l'Inde.

    Message  aldolo le Mar 25 Mar 2014 - 21:46

    Bonjour Morosophe,
    Je ne suis pas assez érudit pour vous aider dans vos recherches. Néanmoins, un point de logique me chagrine dans votre présentation : il semble que les premiers Vedas datent d'au moins mille ans avant les philosophes grecs, et peut-être d'ailleurs bien plus puisqu'il s'agit d'enseignement transmis de bouche à oreille sur des temps peut-être immémoriaux.
    Je ne vois donc pas bien en quoi Grecs et Indiens, finalement pas si éloignés que ça par rapport aux migrations incroyables dont l'Histoire a été le témoin, n'auraient pas pu échanger et transmettre, en l'espace d'un millénaire, leurs traditions respectives, tout voyageur sachant combien comparer les façons de vivre des uns et des autres est un des principaux moteurs de curiosité entre étrangers.
    Il me semble d'autre part tout aussi facile d'imaginer que les questions fondamentales des uns et des autres puissent se rejoindre, même dans des civilisations plutôt différentes, et que des problèmes tels que celui de la sagesse (avec tous les exemples que vous en donnez) puissent se retrouver de façon traditionnelle en Grèce comme en Inde. Le problème posé me semble plutôt de comprendre pourquoi les choses ont perduré en Inde quand elles se sont radicalement transformées en Occident...

    Silentio

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    Re: L'influence de l'Inde.

    Message  Silentio le Sam 29 Mar 2014 - 12:58

    @aldolo a écrit:Il me semble d'autre part tout aussi facile d'imaginer que les questions fondamentales des uns et des autres puissent se rejoindre, même dans des civilisations plutôt différentes, et que des problèmes tels que celui de la sagesse (avec tous les exemples que vous en donnez) puissent se retrouver de façon traditionnelle en Grèce comme en Inde. Le problème posé me semble plutôt de comprendre pourquoi les choses ont perduré en Inde quand elles se sont radicalement transformées en Occident...
    Il est probable que la différence soit politique, dans l'opposition entre castes et démocratie.
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    Kthun
    Invité

    Re: L'influence de l'Inde.

    Message  Kthun le Mar 1 Avr 2014 - 2:27

    Plus généralement et sous l'angle méthodologique, les courants d'imitations n'impliquent ni une parenté entre deux choses ni l'existence d'un modèle unique :

    Gabriel Tarde, Les Lois de l'imitation, 1890, Éditions du Seuil, p. 157-159 a écrit:
    Eh bien, pour une raison analogue, si maintenant nous passons du monde vital au monde social, nous sommes toujours frappés, en parcourant les tableaux ou les statues de nos peintres et de nos sculpteurs contemporains dans nos expositions, en lisant nos écrivains du jour dans nos bibliothèques, en observant les manières, les gestes, les tours d'esprit de nos amis et connaissances dans nos salons, nous sommes toujours et exclusivement frappés en général de leurs différences apparentes, nullement de leurs analogies. Mais quand, au musée Campana, nous jetons un coup d’œil sur les produits de l'art étrusque, quand, dans une galerie hollandaise, vénitienne, florentine, espagnole, nous voyageons pour la première fois à travers des peintures de la même école et de la même époque, quand, dans nos archives, nous parcourons des manuscrits du moyen âge, ou que, dans un musée d'art rétrospectif, les exhumations des cryptes égyptiennes s'étalent à nos yeux, il nous semble que ce sont là autant de copies à peine discernables d'un même modèle, et qu'autrefois toutes les écritures, toutes les façons de peindre, de sculpter, de bâtir, toutes les manières de vivre socialement, à vrai dire, se ressemblaient à s'y méprendre dans un même temps et un même pays. [...]
    Nous avons essayé d'établir dans un précédent chapitre que toute ou presque toute similitude sociale dérive de l'imitation, comme toute ou presque ou presque toute similitude vitale a pour cause l'hérédité. [...] Un vieux tombeau étrusque décoré de fresques est découvert. Comment apprécier son âge ? Quel est le sujet de ses peintures ? On résout ces problèmes en signalant les similitudes, légères et insaisissables parfois, de ces peintures avec d'autres d'origine grecque, d'où l'on conclut immédiatement que la Grèce était déjà imitée par l’Étrurie à l'époque où ce caveau fut creusé. Il ne vient pas à l'esprit d'expliquer ces ressemblances par une coïncidence fortuite. Tel est le postulat qui sert de guide en ces questions et qui, employé par des esprits sagaces, ne trompe jamais. Trop souvent, il est vrai, entraînés par des préjugés naturalistes de leur âge, les savants ne se bornent pas à déduire des similitudes l'imitation, et ils en induisent la parenté. Par exemple, des fouilles faites à Este, en Vénétie, ayant donné des vases, des situles et autres objets qui présentent des ressemblances étranges avec le produit de fouilles faites à Vérone, à Bellune et ailleurs, M. Maury incline à penser que les auteurs de ces tombeaux divers appartenaient à un même peuple, conjecture que rien ne paraît justifier, mais il a soin d'ajouter : "ou du moins à des populations observant les mêmes rites funéraires ou ayant une industrie commune", ce qui n'est pas tout à fait la même chose. [...] Ainsi la similitude des produits artistiques ne prouve rien en faveur de la consanguinité et révèle seulement une contagion imitative.
    Obligés, pour rattacher l'inconnu au connu, de chercher dans les analogies les plus lointaines, les plus inappréciables à l’œil profane, en fait de formes, de styles, de scènes, de légendes figurées, de langues, de costumes, etc., les secret des générations disparues, les archéologues se sont exercés à en découvrir partout d'inattendues, les unes certaines, les autres vraisemblables à divers degrés suivant une échelle fort étendue de probabilité. Par là, ils ont merveilleusement contribué à étendre et approfondir le domaine de l'imitativité humaine, et à résoudre presque entièrement en un faisceau d'imitations combinées des autres peuples la civilisation de chaque peuple, même la plus originale au premier aspect. Ils savent que l'art arabe, de physionomie si nette, est pourtant une simple fusion de l'art persan avec l'art grec, que l'art grec a emprunté à l'art égyptien, et peut-être à d'autres sources, tels et tels procédés, et que l'art égyptien s'est formé ou grossi successivement d'apports multiples, asiatiques ou même africains.

    aldolo

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    Re: L'influence de l'Inde.

    Message  aldolo le Mer 9 Avr 2014 - 23:59

    Je voudrais rajouter une possibilité qui pourrait expliquer certaines similitudes entre l'Inde et la Grèce : celle d'un envahisseur commun, les aryens. C'est une hypothèse que j'avais lue (et qui m'avait fasciné) il y a longtemps, et dont je viens d'apprendre (à mon grand étonnement) que c'est ainsi que l'histoire serait enseignée aux enfants de l'Inde ! En voici un lien sur wiki plutôt pas mal fait, il me semble :

    Je voudrais aussi répondre quelque chose à Silentio depuis un moment... lui qui parle de la difficulté de concilier castes et démocratie. Répondre que l'Inde est une espèce de pieuvre qui engloutit tout et le digère sans moufter (il en a été ainsi d'ailleurs de la démocratie, même si son apparition coïncide avec la fin de sa colonie, ce qui bien sûr facilite les choses).
    Il me semble qu'il y a là une question de mémoire avec l'Inde. L'Inde m'apparaît comme un grenier à mémoire, à la mémoire des hommes peut-être. Un grenier d'où rien ne s'échappe, où cohabitent apparemment sans heurt les traditions les plus anciennes et les effets les plus récents de la modernité, sans que bizarrement là-bas personne ne s'en émeuve comme on peut le faire en Occident, dépassés par les événements, en se référant sans cesse à la nostalgie des temps anciens. Comme si la mémoire éternelle de l'Inde était suffisamment forte pour résister et absorber les chocs de la modernité.
    Bref, c'est plus à ce type de mémoire, certes partiellement religieuse puisque la religion est partout que j'aurais envie de me référer, plutôt par intuition, sans vraiment aujourd'hui arriver à définir clairement ce qui fait que les chemins ont divergé entre sagesse indienne et façons occidentales, plutôt qu'à tel ou tel système de caste qui serait incompatible avec telle ou telle forme de modernité.

    Voici un extrait de texte que je trouve révélateur dans ce sens, qui a trait à l'absence apparente d'intérêt des indiens pour l'Histoire :
    L’Histoire de l’Inde offre moins de lisibilité que la civilisation indienne. À cela plusieurs raisons, la première étant que les Indiens ne se sont pas intéressés au temps qui passe, ni aux événements qui le jalonnent… Jusqu’à l’époque britannique, l’Inde est une simple expression géographique : il n’y a à jamais eu précédemment un État ou un empire qui, à la manière des Empires romain, chinois ou inca, aurait duré dans un cadre spatial défini et dont on aurait alors pu faire l’histoire. Il n’y a jamais eu non plus de ville qui aurait été, évidemment et durablement, le centre du monde indien, l’équivalent de Rome, et dont subsisteraient les ruines. Si nous continuons la comparaison, il n’y a jamais eu de date fondatrice ni même de fondation de l’Inde, sauf à époque récente… Il y a eu une civilisation dans ce qui aujourd’hui se nomme Inde mais pas une civilisation de l’Inde dont l’histoire serait l’un des aspects. 
    http://www.clio.fr/chronologie/chronologie_inde_des_origines_a_la_conquete_aryenne.asp

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    Re: L'influence de l'Inde.

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