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    Vérité philosophique.

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    HenriDes

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    Vérité philosophique.

    Message  HenriDes le Dim 4 Mar 2012 - 15:58

    Bonjour !

    "Y a-t-il des vérités philosophiques ?"
    C'est le sujet que m'a négligemment lancé mon professeur, l'autre jour, alors que nous discutions. Mais je n'ai pas eu le temps de creuser un peu la question avec lui.
    J'ai décidé de tenter de percevoir tout ce qu'elle soulève, mais le problème m'a l'air bien plus complexe qu'il n'y paraît au premier abord. Je suis un peu perdu.

    La vérité, si je ne m'abuse, c'est, de façon générale, la connaissance de ce qui est. La conformité de notre pensée ou de notre discours, avec la réalité. Pour la vérité scientifique,  je pense qu'on peut prendre pour exemple les mathématiques et ses règles universelles, dont les calculs sont des "connexions logiques" qui permettent d'aboutir à un résultat "incontestable".

    La philosophie est une recherche de la vérité.
    Mais qu'est-ce qu'une vérité philosophique ? Une vérité démontrée par la philosophie ? Un aboutissement de la philosophie ?

    Je suis probablement à côté de la plaque, c'est pourquoi je fais appel à vous pour me prendre gentiment par la main et me donner quelques pistes. J'ai du mal à voir sur quoi je pourrais "partir".

    Merci d'avance pour votre aide, et pour votre tolérance.  :) La philosophie n'est pas vraiment un domaine qui m'est familier... J'hésite presque à poster ce sujet. J'ai l'impression que je vais me faire taper sur les doigts.
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    Desassocega

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    Re: Vérité philosophique.

    Message  Desassocega le Dim 4 Mar 2012 - 20:03

    C'est une question très intéressante...

    Déjà, il me semble qu'il y a nécessairement à prendre en compte les époques... Car les Grecs ne définissent pas la vérité de la même manière que les hommes du moyen-âge, et ceux-ci ne la définissent pas comme l'homme moderne. Il y a même des différences lorsqu'on prend le mot vérité dans les langues mêmes... Par exemple le latin veritas ne dit pas tout à fait la même chose que l'anglais truth (plus en rapport avec la confiance). Bref, il y a toujours plein de petites nuances qui font que ce n'est jamais quelque chose de rigide.

    Nous pouvons (sommairement) distinguer trois époques de la vérité : l'antiquité (vérité vécue comme dévoilement, cf Alétheia) ; le moyen-âge (conformité entre ma représentation et la chose pensée par Dieu lui-même) ; époque moderne (la vérité devient synonyme de certitude, avec Descartes et la vérité de la science notamment).

    Personnellement, je pense qu'on ne philosophe pas (ou plus ?) pour trouver des certitudes (car trouver une certitude, c'est sortir de la philosophie). Toutefois, cela ne veut pas dire que la philosophie est faite d'affirmations vides, ou même qu'on peut réduire son exercice à de la critique. J'y vois personnellement la formation à l'art du discernement. La philosophie a toujours été paradoxale (dès Socrate), il s'agit d'interroger le fondement des opinions, apprendre à juger.

    Mais beaucoup de choses restent obscures dans mon esprit quant au rapport du philosophe à la vérité... Car ce que disent les philosophes est souvent vrai (me semble-t-il), mais comment alors expliquer les divergences philosophiques ? Est-ce qu'il faut y voir une vérité, mais un cheminement différent ? Est-ce qu'il faut admettre qu'un philosophe est plus proche de la vérité qu'un autre ? Je ne sais pas trop... Mais je continue de chercher, toujours, et peut-être un jour aurais-je une réponse plus complète à vous donner ;)

    gaz

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    Re: Vérité philosophique.

    Message  gaz le Dim 4 Mar 2012 - 20:42

    Pour ma part, je pense que toute chose ne vaut d'être jugée que dans son contexte. L'eau en amont d'un barrage n'a pas la même fonction que celle dans un verre de Ricard.
    Notre monde est régi par deux types de règles, celles définies par la nature elle-même et celles définies par l'homme.
    On ne juge pas la nature (sa vérité) puisqu'elle est notre fondement, notre matière si je puis dire. Par contre, on juge tout ce que l'homme a créé pour une compréhension commune (toutes les sciences) ? et c'est donc pour cela que l'on peut remettre en cause ces règles et donc leur vérité.

    Je pourrais schématiser cela en parlant de la situation bien connue des deux élèves qui regardent leur maître. Ce dernier leur montre  la lune du doigt... Celui qui regarde le doigt n'a rien compris aux règles communes ; celui qui regarde la lune et qui a compris les règles communes et qui cherche les règles de la nature dans la lune... Et il y a celui qui se demande pourquoi le maître lui montre la lune finalement !! Et ce dernier sort des règles communes... et donc des vérités qui se doivent d'être communes. Une vérité doit être définie par l'homme dans son contexte pour la compréhension commune.

    HenriDes

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    Re: Vérité philosophique.

    Message  HenriDes le Dim 4 Mar 2012 - 22:17

    Bonsoir. Je vous remercie pour vos réponses.

    Mais beaucoup de choses restent obscures dans mon esprit quant au rapport du philosophe à la vérité... Car ce que disent les philosophes est souvent vrai (me semble-t-il), mais comment alors expliquer les divergences philosophiques ? Est-ce qu'il faut y voir une vérité, mais un cheminement différent ? Est-ce qu'il faut admettre qu'un philosophe est plus proche de la vérité qu'un autre ? Je ne sais pas trop... Mais je continue de chercher, toujours, et peut-être un jour aurais-je une réponse plus complète à vous donner ;)
    Je crois que nous en sommes à peu près au même point. Mais une vérité demeure-t-elle vérité, si elle ne l'est pas pour tous ? Existe-t-il des vérités qui le sont pour les uns et pas pour les autres ? Ne doit-elle pas faire l'unanimité ?
    Ça fait beaucoup de questions. Je suis presque en surchauffe !

    Gaz : Je ne suis pas certain d'avoir bien saisi votre second exemple. Voulez-vous dire que ce qui s'avère vrai quelque part ne l'est pas nécessairement ailleurs ?
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    Desassocega

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    Re: Vérité philosophique.

    Message  Desassocega le Dim 4 Mar 2012 - 22:49

    Certains philosophes, comme Nietzsche, partent à la recherche de leur vérité, et non de la vérité, ce qui donne à la vérité un aspect souple qu'elle n'avait pas au XVIIe siècle. De même, encore une fois, il est important de contextualiser. Car nous sommes aujourd'hui bien loin du temps où science et philosophie se confondaient (du temps de Descartes pourrait-on dire). Et la fracture entre les deux, par rapport à la recherche de la vérité, me semble à bien des égards changer la donne !

    gaz

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    Re: Vérité philosophique.

    Message  gaz le Dim 4 Mar 2012 - 23:25

    Message retiré en attendant sa correction... (Euterpe)

    HenriDes

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    Re: Vérité philosophique.

    Message  HenriDes le Dim 4 Mar 2012 - 23:47

    Aristippe de cyrène a écrit:Certains philosophes, comme Nietzsche, partent à la recherche de leur vérité, et non de la vérité, ce qui donne à la vérité un aspect souple qu'elle n'avait pas au XVIIe siècle. De même, encore une fois, il est important de contextualiser. Car nous sommes aujourd'hui bien loin du temps où science et philosophie se confondaient (du temps de Descartes pourrait-on dire). Et la fracture entre les deux, par rapport à la recherche de la vérité, me semble à bien des égards changer la donne !
    Je ne sais pas grand chose sur ce point (la culture me fait grandement défaut).
    Pourriez-vous brièvement me résumer cette fracture dont vous parlez ?


    Gaz : Une réponse précise ? Laquelle ?
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    Euterpe

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    Re: Vérité philosophique.

    Message  Euterpe le Dim 4 Mar 2012 - 23:48

    gaz, je vous ai renvoyé votre message en mp pour vous permettre de le corriger. Merci de consulter votre messagerie. Je ferme ce fil de discussion jusqu'à ce que vous m'ayez envoyé le message corrigé en mp pour validation. Merci également aux nouveaux de consulter attentivement la charte du forum.
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    Euterpe

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    Re: Vérité philosophique.

    Message  Euterpe le Mar 6 Mar 2012 - 3:23

    gaz a écrit:Dans mon deuxième exemple, le troisième élève n'a pas le contexte de sa question... de plus, il est seul à se la poser... Et une vérité doit, je pense, être établie dans un contexte et jugée en commun par les hommes.
    La philosophie serait à la limite la première des sciences car elle est le fait même de poser un questionnement qui, seul, peut être commun, tandis qu'il y a plusieurs réponses possibles. On peut prendre comme autre exemple plus précis le fait que la philosophie a ou aurait émis au final des hypothèses sur les astres... et que ces questions et ces hypothèses ont été relayées par les sciences (astrophysique).

    D'ailleurs, cette question est-elle réellement une question philosophique ? Pour moi "non" du fait qu'elle a une réponse précise.


    J'ai corrigé le reste. Outre l'orthographe, soignez aussi la syntaxe... (Euterpe).

    Je rouvre le fil de discussion. Que chacun apporte un soin particulier à la rédaction de ses messages...


    Dernière édition par Euterpe le Mer 27 Juil 2016 - 22:18, édité 3 fois

    HenriDes

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    Re: Vérité philosophique.

    Message  HenriDes le Mar 6 Mar 2012 - 18:20

    Bonjour Philippe. Je vous remercie pour votre réponse !
    Tiens, tiens ! Voilà qui ressemble furieusement à un sujet de dissertation !
    N'est-ce pas le cas de tout questionnement philosophique ?

    Philippe Jovi a écrit:Aussi, je vous suggère
    1 - de faire l'inventaire des éléments de réponse que sont en mesure de vous procurer votre cours de terminale et/ou votre manuel et/ou les discussions diverses et variées que vous n'avez manqué d'avoir avec votre professeur (quels auteurs avez-vous étudiés ? répondraient-ils de la même façon à la question ? n'en est-il pas pour qui la philosophie se confond avec la science, d'autres pour qui la philosophie est condition de possibilité de la vérité, d'autres enfin pour qui la philosophie est une manière de vivre et n'a donc rien à voir avec la vérité ?)
    2 - éventuellement de compléter cet inventaire en vous inspirant de quelques exemples de traitement de la question (ou de questions similaires), notamment en parcourant ou autres sites philosophiquement pertinents (cf. rubrique "Liens")
    Vous vous méprenez : je ne cherchais pas à répondre à tout prix sous forme de dissertation, mais plus à résoudre le problème sous forme de débat. Il me semblait intéressant de connaître la définition que chacun ici présent donne à la vérité, de procéder à un échange d'idées. Cela dit, la page que vous me proposez a l'air très instructive. Je ne manquerai pas de la lire intégralement.

    2 - en tout cas, et c'est cela le plus important, de répondre méthodiquement à la question en faisant dialoguer les différents points de vue en faisant en sorte de montrer comment vous résolvez le problème.
    Je ne suis pas certain d'avoir bien saisi.
    En faisant "dialoguer" les points de vue de différents philosophes ayant des idées opposées sur le thème de la vérité, comment puis-je parvenir à faire ressortir ma propre vision du problème ?
    La question peut sembler étrange, voire stupide, mais il s'agit d'une chose qui me paraît réellement difficile (voire impossible, à mon niveau).
    Peut-être que la réponse se trouve dans la page que vous m'avez envoyée. Si c'est le cas, je m'en excuse : je ne peux pas m'y attaquer tout de suite. Je dois me déconnecter.

    Je vous souhaite une bonne soirée !
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    Euterpe

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    Re: Vérité philosophique.

    Message  Euterpe le Mar 6 Mar 2012 - 19:04

    HenriDes a écrit:
    Philippe Jovi a écrit:Tiens, tiens ! Voilà qui ressemble furieusement à un sujet de dissertation !
    N'est-ce pas le cas de tout questionnement philosophique ?
    C'est maladroit de le dire comme ça. Beaucoup des questions philosophiques pourraient être énoncées sous la forme d'un sujet de dissertation. Mais les questions philosophiques ne sont pas des sujets de dissertation. La dissertation est un exercice rationnellement conçu pour l'apprentissage de la pensée.

    HenriDes a écrit:
    Philippe Jovi a écrit:2 - en tout cas, et c'est cela le plus important, de répondre méthodiquement à la question en faisant dialoguer les différents points de vue en faisant en sorte de montrer comment vous résolvez le problème.
    Je ne suis pas certain d'avoir bien saisi.
    En faisant "dialoguer" les points de vue de différents philosophes ayant des idées opposées sur le thème de la vérité, comment puis-je parvenir à faire ressortir ma propre vision du problème ?
    Parce qu'à partir du moment où vous confrontez des pensées les unes aux autres, outre que ça vous aide à mieux les comprendre du dedans, ça vous aide aussi à forger progressivement votre propre pensée, puisque vous disposez alors de critères de comparaison. D'autre part, à condition que votre travail soit sérieux et régulier, ça prendra forme, sans qu'il soit nécessaire d'anticiper ce que ça peut être que d'avoir sa propre vision. C'est comme pour la concrétion des stalactites, un goutte à goutte qui, pour être invisible, n'en est pas moins réel.

    hokousai

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    Re: Vérité philosophique.

    Message  hokousai le Jeu 8 Mar 2012 - 0:57

    à P. Jovi

    1)"il me semble (comme je l'ai montré par ailleurs) que le destin de la philosophie est indissociable du dialogue vivant" (P. Jovi)
    2)"l'exercice de la philosophie n'est pas très différent de celui des mathématiques" (P. Jovi)

    Ou bien le destin des mathématiques est indissociable du dialogue vivant et sous ce rapport l'exercice de la philosophie n'est pas très différent de celui des mathématiques.
    Ou bien les mathématiques sont alors dissociables du dialogue vivant. Elles ne possèdent pas une propriété apparemment essentielle de la philosophie.

    Pour que l'exercice de la philosophie soit pensable comme peu différent de celui des mathématiques, il faut :
    1) soit montrer en quoi les mathématiques sont indissociables elles aussi du dialogue vivant.
    2) soit abandonner la thèse 1 (le destin de la philosophie est indissociable du dialogue vivant).
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    Euterpe

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    Re: Vérité philosophique.

    Message  Euterpe le Jeu 8 Mar 2012 - 1:45

    Ou bien on lit un peu plus attentivement le message auquel on veut répondre, pour corriger s'il y a lieu (et il y a lieu), ce qu'on dit.

    hokousai

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    Re: Vérité philosophique.

    Message  hokousai le Jeu 8 Mar 2012 - 12:35

    à P. Jovi,

    Il semble que le destin de la philosophie soit indissociable du respect de l'orthographe et plus exactement de l'attention portée à la lecture.

    Je ne cherche pas à réfuter, je vous pose une question sur les formes d'expression en philosophie. Une question qui m'intéresse au plus au point puisque, comme vous le savez très bien, je suis lecteur de Spinoza. Il semble à bien des lecteurs de Spinoza que l'exercice de la philosophie n'est pas très différent de celui des mathématiques.
    1) il invente le matériau conceptuel ad hoc.
    2) il démontre.
    Son texte n'est cependant pas un texte de mathématiques. L'exercice qui semble ne pas être très différent produit une différence. Si la différence n'est pas dans l'exercice, où est-elle ?
    Il est à noter que les scolies qui ne sont pas exprimés more geometrico produisent un même message quant au fond ; que la correspondance, laquelle relève du dialogue vivant, produit le même message.

    La philosophie de Spinoza ne semble pas indissociable de la forme d'expression adoptée.

    Une forme d'expression, pour être reconnue comme telle exige le respect de règles précises et rigoureuses. En revanche, ce qui n'exige pas le respect de règles précises et rigoureuses, c'est le choix de la forme d'expression et plus particulièrement en philosophie puisque vous en parliez.
    Qui plus est, la sympathie ou l'antipathie que l'on peut éprouver envers certaines formes ne sont pas exigibles.

    bien à vous,
    hokousai
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    Desassocega

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    Re: Vérité philosophique.

    Message  Desassocega le Ven 9 Mar 2012 - 17:44

    Philippe Jovi a écrit:(à ce propos, je trouve absurde le conseil qu'on donne parfois au débutant de commencer la lecture de l'Éthique par les parties III et IV : on ne comprend, déductivement, la partie N que si et seulement si on a assimilé la partie N-1, un point, c'est tout !).
    Je suis tout à fait d'accord avec vous sur ce point. La pensée de Spinoza est bien trop cousue et solide pour se permettre de planter son étendard en plein milieu ! De plus, la trame suivie par Spinoza est elle-même une invitation à le lire parfaitement dans l'ordre, et en entier : la première partie détruit généralement le lecteur, car Spinoza nous dépouille alors de tous nos appuis, il nous décourage car il nous prive de toutes les illusions rassurantes que l'on peut avoir. Spinoza ne ment jamais à son lecteur, jamais. Bref, la première partie nous décourage, et après, au fil de l'œuvre, il nous reconstruit et nous accompagne sur le chemin de la liberté vraie, de la béatitude, etc.

    Au vu de cela, lire l'Éthique dans le désordre est un contresens. Cependant, l'aspect géométrique de l'Éthique n'est pas simple à dépasser, vous en conviendrez je suppose. Et la première lecture est généralement un supplice (c'est paradoxal quand on sait que Spinoza est le penseur de la joie et est de surcroît un véritable professeur en matière de spiritualité, mais il ne se préoccupait pas d'être accessible ou pas, il se laisse guider par la rationalité, rien d'autre), si bien que pour le néophyte, lire l'Éthique une première fois dans le désordre peut s'avérer utile je pense. Évidemment il ne pourra pas comprendre bien Spinoza, mais il pourra peut-être avoir une idée de certaines choses, des petites bases, qui rendront ainsi plus aisée la seconde lecture, laquelle doit se faire dans l'ordre, et qui permettra alors de faire les liens. C'est dans ce sens-là, et seulement, que le conseil d'une lecture désordonnée peut je pense être légitime. Mais si la lecture désordonnée n'a pas pour but la seconde ordonnée, là c'est absurde, je suis d'accord.

    sophie.h

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    Re: Vérité philosophique.

    Message  sophie.h le Mar 10 Juil 2012 - 23:14

    HenriDes a écrit:"Y a-t-il des vérités philosophiques ?"
    La vérité est relative au discours et à la connaissance. Ce que l'on dit est vrai ou faux. La vérité philosophique consiste à clarifier ses pensées par le langage pour appréhender la réalité telle qu'elle est. La réalité, c'est la vérité. Saint Thomas d'Aquin pensait que "la vérité est l'adéquation de la pensée et des choses." Mais peut-on objectivement connaître la réalité ? Notre langage est conditionné par la perception que nous avons de celle-ci et donc par nos sens, notre raisonnement, nos émotions... Notre regard ne peut être que subjectif et intrinsèque à l'être humain et non extérieur à lui.
    L'esprit humain a su inventer et créer pour s'adapter à cette réalité. Par l'expérience et la recherche, il a su aussi découvrir une infime partie de cette réalité extérieure à l'homme. Mais nos découvertes ne sont jamais totalement acquises et perpétuellement remises en question par de nouvelles découvertes. Donc la vérité ne peut être que relative car subjective de par notre perception limitée. Il n'y a donc pas une mais des vérités. Et il y a autant de vérités qu'il y a d'hommes.
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    Tom

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    Re: Vérité philosophique.

    Message  Tom le Mer 11 Juil 2012 - 2:12

    Un sujet qui est vaste même s'il peut paraître classique.

    La vérité est, comme vous le dites, vérité de quelque chose. Je crois qu'Aristote la définit comme une adéquation entre le connaissant et le connu. La vérité est une qualité, mais elle est aussi, pour les philosophes notamment, un objet, comme un objet de convoitise, un but. Mais dans le domaine (domus) de la philosophie, cette vérité est pudique. Comme le disait Nietzsche : "ce qui est profond aime le masque". Pourquoi une discipline comme la philosophie semble autant stagner dans sa course au progrès, alors que d'autres matières, comme la physique, semblent avancer ? Y a-t-il des vérités philosophiques ?

    Quand on pense à la vérité, on pense à Descartes. Nul doute que Descartes soit à l'origine d'une certaine science moderne. La vérité, qui est opposée au faux (faux qui vient du latin fallere qui signifie tomber il me semble), est pour Descartes, par opposition, infaillible. C'est ce qui ne peut pas tomber. Si un énoncé, même sur ses quatre pieds, semble rien moins que bancal, il doit être considéré comme faux. Mais comment savoir que quelque chose est ou n'est pas faux ? En appliquant une méthode qui doit tourner autours d'un doute méthodique et hyperbolique. Le problème de Descartes selon moi, est le suivant : Descartes doute de tout SAUF d'une chose. Devinez : ... le doute lui même !

    C'est bien beau de dire ça, mais la question est de savoir pourquoi ! La faute n'est pas spécialement de Descartes (ne soyons pas vaches tout de même !) mais est anthropologique.


    Prenons deux énoncés :

    1. Mon chien est blanc

    2. Dieu existe


    Ces énoncés répondent à des conditions de vérité : pour le 1. il me suffit de vérifier en regardant mon chien, tout en faisant confiance à mes sens. Mais pour le 2. comment vérifier ? Est-ce que c'est en regardant le monde que je trouverai Dieu ? Est-ce que ce terme "existe" ? Le problème d'un concept comme Dieu, c'est qu'il est sans objet ! Pensez au triangle sémantique d'Aristote : tout concept (c'est-à-dire langage mental) par lequel on fait référence à quelque chose à partir d'un mot vocal choisi de manière arbitraire (on aurait, oui, pu appeler un chien un chat) fait signe vers un objet. Quand je dis : "chaise", je pense au concept chaise, et je pense à l'objet chaise. On a trois chaises pour le prix d'une. Mais quand je dis Dieu, je n'en ai que le concept, et encore, vague, et je n'en ai nullement l'objet ! Or, comment ne prouver l'existence d'un objet qu'à partir d'un concept ?! On est, ou on n'est pas. Comment être à partir d'une déduction de concept ? Russell disait que l'existence est un prédicat de prédicat. C'est un prédicat qui dépasse le langage.

    Mais là n'est pas encore le bout du bout ! Même si on ne peut savoir si Dieu existe, ce n'est pas pour autant qu'il n'existe pas. La limite ne vient pas de Dieu, mais de l'homme : c'est une limite anthropologique de notre capacité de connaître. Nous sommes des êtres sensibles : la sensibilité est la matrice et la maîtresse de notre capacité de connaître. Une des parties que j'ai le plus aimé dans la Critique de la raison pure de Kant, c'est celle de l'esthétique transcendantale : essayez d'avoir une pensée sans objet, OK, mais essayez d'avoir une pensée sans temps ni espace... Or toute connaissance, toute intuition se réfère à, part de ces conditions a priori de la sensibilité. On peut avoir le meilleur entendement qui puisse être, celui-ci ne peut dépasser les conditions que lui donne la sensibilité. Vous êtes limité à ce qu'il vous est donné de voir. Dès lors on comprend mieux la difficulté à connaître Dieu. Vouloir connaître Dieu, c'est dépasser les bornes.

    Voilà ce qu'on peut en dire de manière classique, dans le domaine philosophique, même si je l'ai étendu à la sphère spécialement métaphysique, mais comme disait Aristote : « la démarche philosophique ne consiste pas seulement à se demander ce qui découle des principes mais à mettre en lumière les principes eux-mêmes ».

    Ceci n'est pas forcément mon point de vue. Pour moi la vérité se voile, et quand elle semble se dévoiler, sous nos yeux elle nous fuit par un autre voile. Une autre manière peut-être d'ouvrir le sujet serait de se demander : peut-on parler de vérité philosophique ? Ce serait un moyen de parler un peu, peut-être, de poésie.

    sophie.h

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    Re: Vérité philosophique.

    Message  sophie.h le Mer 11 Juil 2012 - 9:54

    Je suis totalement d'accord avec vous. La philosophie ne peut être une science. Elle témoigne de notre subjectivité car il y a des questions concrètes et d'autres abstraites. Or, le philosophe traite de questions abstraites et interprète ses pensées. Ses pensées représentent son rapport au monde. Peut-on dire que sa perception est fausse ? Si son discours est sincère, elle est le témoignage de ce qu'il est (son héritage génétique et culturel, son expérience, etc.). Elle fait donc partie de la réalité.
    Peut-on comparer les valeurs d'un philosophe à un autre et dire que l'une de ces valeurs est fausse par rapport à l'autre ? Pour cela, il faudrait que ces valeurs soient communément admises comme vraies. Mais ces valeurs demeurent subjectives. Sinon tout le monde se serait déjà accordé sur les pensées du même philosophe.
    Effectivement le langage n'est pas l'unique moyen d'appréhender la réalité. On peut aussi considérer la poésie (et l'art en général) comme une tentative de dire la vérité. Lorsqu'un poète soumet sa vision singulière qu'il a du monde, il témoigne une part de vérité.
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    Euterpe

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    Re: Vérité philosophique.

    Message  Euterpe le Mer 11 Juil 2012 - 15:03

    sophie.h a écrit:La vérité est relative au discours et à la connaissance. Ce que l'on dit est vrai ou faux. La vérité philosophique consiste à clarifier ses pensées par le langage pour appréhender la réalité telle qu'elle est. La réalité, c'est la vérité. Saint Thomas d'Aquin pensait que "la vérité est l'adéquation de la pensée et des choses." Mais peut-on objectivement connaître la réalité ? Notre langage est conditionné par la perception que nous avons de celle-ci et donc par nos sens, notre raisonnement, nos émotions... Notre regard ne peut être que subjectif et intrinsèque à l'être humain et non extérieur à lui.
    L'esprit humain a su inventer et créer pour s'adapter à cette réalité. Par l'expérience et la recherche, il a su aussi découvrir une infime partie de cette réalité extérieure à l'homme. Mais nos découvertes ne sont jamais totalement acquises et perpétuellement remises en question par de nouvelles découvertes. Donc la vérité ne peut être que relative car subjective de par notre perception limitée. Il n'y a donc pas une mais des vérités. Et il y a autant de vérités qu'il y a d'hommes.
    Vous assimilez vérité et réalité, transposant ainsi tout ce que vous dites de la "réalité" à la vérité elle-même. C'est très platonicien. Pourtant, dans le même temps, vous affirmez purement et simplement qu'il y a autant de vérités que d'hommes. Sans vous en rendre compte, vous adoptez deux positions incompatibles : l'une, dogmatique (métaphysique) ; l'autre, relativiste. Affirmer la réalité d'une chose, ce n'est pas en affirmer la vérité, mais l'existence. Si la vérité est relative au discours et à la connaissance, discours et connaissance sont relatifs à ce à quoi ils sont rapportés. Le réel constitue donc le critère de la vérité. Je me contente de mentionner cette seule difficulté. On pourrait en ajouter d'autres.

    Tom a écrit:Pourquoi une discipline comme la philosophie semble autant stagner dans sa course au progrès
    La philosophie ne court pas après le progrès.

    Tom a écrit:Quand on pense à la vérité, on pense à Descartes. Nul doute que Descartes soit à l'origine d'une certaine science moderne. La vérité, qui est opposée au faux (faux qui vient du latin fallere qui signifie tomber il me semble), est pour Descartes, par opposition, infaillible. C'est ce qui ne peut pas tomber. Si un énoncé, même sur ses quatre pieds, semble rien moins que bancal, il doit être considéré comme faux. Mais comment savoir que quelque chose est ou n'est pas faux ? En appliquant une méthode qui doit tourner autours d'un doute méthodique et hyperbolique. Le problème de Descartes selon moi, est le suivant : Descartes doute de tout SAUF d'une chose. Devinez : . . . . . . . . le doute lui même !
    Chez Descartes, la vérité s'oppose à l'erreur ; la vérité n'est pas infaillible, mais indubitable.

    Tom a écrit:Le problème d'un concept comme Dieu, c'est qu'il est sans objet ! Pensez au triangle sémantique d'Aristote : tout concept (c'est-à-dire langage mental) par lequel on fait référence à quelque chose à partir d'un mot vocal choisi de manière arbitraire (on aurait, oui, pu appeler un chien un chat) fait signe vers un objet. Quand je dis : "chaise", je pense au concept chaise, et je pense à l'objet chaise. On a trois chaises pour le prix d'une. Mais quand je dis Dieu, je n'en ai que le concept, et encore, vague, et je n'en ai nullement l'objet ! Or, comment ne prouver l'existence d'un objet qu'à partir d'un concept ?! On est, ou on n'est pas. Comment être à partir d'une déduction de concept ? Russell disait que l'existence est un prédicat de prédicat. C'est un prédicat qui dépasse le langage.
    Mais qu'est-ce qu'un objet ? Si vous exceptez le christianisme, aucune religion ne se donne un "concept" de Dieu. Pour le reste, vous ne tenez le concept que pour un fait de langue, en ne tenant compte que de l'arbitraire du signe linguistique. On peut certes appeler une tomate "Mickey", la tomate n'en reste pas moins la tomate. Enfin, quand je dis : "chaise", je ne pense tout à la fois au vocable, au concept et à l'objet correspondant que si je suis un linguiste ou un sémioticien. Au quotidien, quand je dis : "chaise", je ne pense ni au vocable ni au concept (ce qui revient à ne penser qu'à l'objet, justement). Si les hommes parlent si facilement, c'est précisément parce qu'ils le font sans y penser, comme on marche si facilement parce qu'on marche sans penser qu'on marche.

    sophie.h a écrit:le philosophe traite de questions abstraites et interprète ses pensées.
    Il ne traite pas seulement de questions abstraites. Et avant d'interpréter ses pensées, si et seulement s'il estime devoir le faire, sa pensée même est une interprétation.

    sophie.h a écrit:Ses pensées représentent son rapport au monde. Peut-on dire que sa perception est fausse ? Si son discours est sincère, elle est le témoignage de ce qu'il est (son héritage génétique et culturel, son expérience, etc.). Elle fait donc partie de la réalité.
    Et comment appliquez-vous votre hypothèse à un penseur nazi ? Sa sincérité parle-t-elle pour lui ?

    sophie.h a écrit:Peut-on comparer les valeurs d'un philosophe à un autre et dire que l'une de ces valeurs est fausse par rapport à l'autre ?
    On ne passe pas comme ça de la question de la vérité à celle des valeurs !

    sophie.h a écrit:Effectivement le langage n'est pas l'unique moyen d'appréhender la réalité. On peut aussi considérer la poésie
    La poésie, c'est du langage.


    Dernière édition par Euterpe le Mar 11 Fév 2014 - 12:18, édité 1 fois

    sophie.h

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    Date d'inscription : 10/07/2012

    Re: Vérité philosophique.

    Message  sophie.h le Mer 11 Juil 2012 - 22:19

    Euterpe a écrit:Vous assimilez vérité et réalité, transposant ainsi tout ce que vous dites de la "réalité" à la vérité elle-même. C'est très platonicien. Pourtant, dans le même temps, vous affirmez purement et simplement qu'il y a autant de vérités que d'hommes. Sans vous en rendre compte, vous adoptez deux positions incompatibles : l'une, dogmatique (métaphysique) ; l'autre, relativiste. Affirmer la réalité d'une chose, ce n'est pas en affirmer la vérité, mais l'existence. Si la vérité est relative au discours et à la connaissance, discours et connaissance sont relatifs à ce à quoi ils sont rapportés. Le réel constitue donc le critère de la vérité. Je me contente de mentionner cette seule difficulté. On pourrait en ajouter d'autres.
    Pour moi, la vérité, c'est tout ce qui se conforme au réel (c'est-à-dire tout ce qui existe). Seulement, je ne perçois qu'une infime partie de la réalité de par mes sens limités. Aussi, ma vision de la vérité est très personnelle puisque subjective. Chacun a donc sa vérité. Et vous, comment définissez-vous la vérité ?

    Euterpe a écrit:Et comment appliquez-vous votre hypothèse à un penseur nazi ? Sa sincérité parle-t-elle pour lui ?
    Le psychisme d'un individu dépend-il de sa volonté ?

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