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    Le bonheur existe-t-il réellement ?

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    NOU-JE

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    Le bonheur existe-t-il réellement ?

    Message  NOU-JE le Dim 22 Jan 2012 - 22:33

    Je peux introduire la question en disséquant son contenu en prenant d'abord le verbe "exister" puis l'adverbe prédicatif "réellement" (le réel est un prédicat dans notre démarche). Est-ce que le bonheur existe ? Quelles sont les déterminations réelles, que nous pouvons vérifier dans la pratique, de son existence ? Le réel serait pour nous ce qui est vérifiable, car une idée vraie n'est rien d'autre qu'une idée vérifiée (James) ou le possible expérimental chez Vernes. Puis-je faire l’expérience du bonheur ? Quels sont les critères de cette expérience ?

    Être heureux, est-ce être bon ? N'est-ce pas d'abord avoir acquis une certaine reconnaissance sociale du fait de la satisfaction d'un besoin de reconnaissance de notre normalité et de notre singularité ? Il y a tant d'acceptions, de critères, de théories du bonheur...

    Globalement, je pense que c'est avec l'idée grecque du bonheur stable que nous n'avons plus rien à faire... Puisque nous devons rompre avec l'idée d'un moi fixe, d'une identité fixe, pour devenir en accord avec nous-mêmes, nous considérant comme nous sommes objectivement, à savoir des "héccéités" (dépourvues de toute acception substantialiste) des individuations dynamiques. Les multiples rencontres que nous pouvons faire dans une journée, dans une semaine, dans une vie, nous constituent, puisqu'il s'agit de "création" (de rencontre), il s'agit de dynamisme. Le bonheur est peut être ailleurs. Je n'ai jamais dit qu'il était impossible, et je ne l'entendrais jamais ainsi, je précise.

    Étymologiquement
    Que signifie bonheur ? C'est "la chance favorable" ; la "bonne - heure". Cela implique l'idée d'un instant de Bonheur.

    Viennent ensuite des conceptions plus métaphysiques. On le définit par exemple comme un état de satisfaction complète qui emplit la conscience ; la satisfaction de toutes nos inclinations. Des conceptions avec lesquelles il faut rompre, me semble-t-il. Il faut envisager une conception plus pragmatiste du bonheur.

    Nous devons partir du fait qu'il s'agit d'une idée, accompagnée de ses images qui correspondent à leur temps historique de production et de signification.

    Il s'agirait dans ce topic de définir le "bonheur" en remettant en cause certaines idées que nous avons communément du bonheur, souvent en termes de "satisfaction" ou de "plénitude". Qu'entendons-nous lorsque nous disons : "je suis heureux" ? Que voulons-nous dire consciemment lorsque nous affirmons cet état d'âme ? Et surtout qu'est-ce que cela signifie pour nous, inconsciemment ? Qu'est-ce que signifie le bonheur pour nous, Occidentaux ?

    Il m’apparaît alors spontanément l'idée que "notre" conception du bonheur n'est pas la même que dans la culture des Wayampis présents entre le territoire guyanais et le Brésil... D'abord parce qu'elle ne se porte pas sur les mêmes objets, ensuite parce qu'il s'agit de conceptions différentes élaborées à partir d'ontologies sociales différentes.

    Le bonheur, chez nous (je n'ai pas dit chez moi, je n'est pas parlé d'éthique), c'est le désir en terme de manque, ou bien en terme de puissance, réussir ses études, avoir un travail stable... C'est le bonheur qui se définit en relation avec des images socialement construites (le rêve américain par exemple). L'idée est donc la suivante : il existe une conception commune du bonheur, propre à chaque formation sociale. Il n'est relatif qu'à des images, qu'à des idéalités.


    Sondage : nos critères du bonheur
    Les résultats de sondages et d'analyses publiées sur psychologie.com (lien) met en relief les principaux critères, suivant ce que nous mettons en avant communément dans notre définition du bonheur : nous ne leur accordons pas la valeur de "vérité" ou "d'objectivité", mais nous en faisons la présentation.

    - Être respecté
    - Être acteur de sa santé
    - Réussir dans son couple
    - Être un bon parent
    - Aimer son travail
    - Bien gérer son temps

    Souvent alors, le bonheur est défini sur l'échelle du désir et du manque. Je désire, quelque chose me manque, je satisfais, je m'ennuie : banale déduction métaphysique (que je viens de vulgariser) que l'on retrouve chez Schopenhauer en outre. (... modéré ... inapproprié. Après Pascal, Schopenhauer ! Pas de familiarités de mauvais goût. Merci. Euterpe) Cette conception du bonheur est celle "du bourgeois qui s'ennuie dans sa condition de bourgeois" comme le Roi était l'individu qui, dans le royaume, du fait d'être Roi, s'ennuyait le plus, étant seul, il faisait tourner la cour autour de lui. Définir le bonheur et le désir en terme de satisfaction c'est proprement idéaliste. Sauf si l'on n’omet pas l'instance de la production.

    Il est aussi défini en fonction d'une formation sociale, nous le voyons bien : il s'agit d'avoir un travail dans lequel on est heureux de vendre sa force, sa valeur pour subvenir au besoin d'une famille qui se doit d'être respectueuse et respectée, pouvant prendre des vacances... Des impératifs qui dépendent de l'organisation de la production, qui comprend les droits du travailleur.

    Citation, Theodor Adorno, extrait de Minima Moralia : "le bonheur, c'est l'idée d'un état dans une époque passée"
    Le bonheur n'existe pas matériellement. Ce n'est pas une substance, je doute qu'il s'agisse d'un banal "état d'esprit". Je pense qu'il ne s'agit que d'une idée. Celui qui affirme "je suis heureux" est soit menteur, soit illusionné, ce qui revient un peu à la même chose ; je peux maintenant citer le passage d'un texte de Théodor Adorno qu'il écrit dans un fragment de Minima Moralia. Réflexions sur la vie mutilée, une œuvre sublime au demeurant, que je conseille à toutes et à tous :
    Il arrive au bonheur ce qui arrive à la vérité : on ne le possède pas, on est dedans. le bonheur, en effet, c'est se sentir enveloppé, réminiscence de la sécurité éprouvée dans le ventre maternel. C'est aussi la raison pour laquelle ceux qui sont heureux mentent, et en invoquant le bonheur, pèchent contre lui. Seul celui qui dit : j'étais heureux, lui est fidèle. la seule relation de la conscience au bonheur est la gratitude : c'est là que réside son incomparable dignité
    Le bonheur n'est que l'idée d'un état passé. Du moins, il devrait n'être invoqué que de cette manière, d'un point de vue éthique, vis-à-vis de sa "vie mutilée" (Adorno) présente, cela afin de ne pas se "mentir à soi-même" en quelque sorte. Le bonheur est vécu et ne saurait être signifié en tant que tel de la manière dont celui fait preuve affirmant : "je suis heureux", devant d'autres, ou face à un miroir.

    En outre, le bonheur ne dépend pas que d'une doctrine du savant dosage des plaisirs comme nous le faisait si joliment entendre Épicure et de ses idées élaborées à partir d'un mode de vie bien particulier qui n'est, ni le mien, ni le vôtre.

    Les communes déclarations
    On dit souvent : "heureux les simples d'esprits". Parallèlement, on dit aussi (tout aussi communément que dans la proposition précédente) que la connaissance mène à l'angoisse, à la déception, à la désillusion ; et la morale du professeur philosophe répond alors : mieux vaut une vérité qui fait du mal, qu'une illusion qui fait du bien. C'est un peu court je trouve. En effet, la vérité ne procure pas que de la douleur, ou alors il s'agit de l'état d'esprit même de celui qui reçoit la vérité qui est finalement défaillant. Certes une philosophie doit contrarier, poser des problèmes, voire attrister. Mais en retour elle doit libérer.

    Si le bonheur n'est pas une chose que nous pouvons identifier matériellement, cela n'empêche pas que nous pouvons lui donner certains critères, même s'il s'agit d'idéalités. Le bonheur pourrait se définir à l'aune de la connaissance, de la connaissance des déterminismes (Spinoza) et il en irait de même pour la liberté.

    Lorsque nous disons : "heureux les simples d'esprits" nous les méprisons eux-mêmes, car nous les imaginons inférieurs, déconnectés, insensibles, dans leur monde, aveugles à ce que nous percevrions en eux... C'est fondamentalement méprisant comme ce qui s'apparente à une véritable sentence idéologique. Aussi, dans cette même idée, nous quantifions l'idée de "bonheur", nous lui donnons d'autres prédications, des postulats spécifiques.

    Il ne s'agit plus de se poser la question : "Suis-je heureux", ni même d'y répondre. Il s'agit de connaître nos déterminations. Ce n'est que dans une démarche intellectualiste que nous pourrons être sûrs de quelque chose.  

    La prolétarisation contre le bonheur
    En outre, on ne peut définir l'émancipation dont nous parlons sans parler d'une répression qui se jouerait antérieurement. Qu'est-ce qu'une prolétarisation ? C'est un concept à part entière, de même pour le concept de "prolétaire", dont l'insuffisance théorique se trouve dans la pratique.
    Marx ne dit pas que le prolétariat est la classe ouvrière ; il dit que la classe ouvrière est la première classe à être touchée par la prolétarisation. Toutes les implications de ce concept vont alors changer. La prolétarisation est double selon moi. D'abord dans la définition que l'on retrouve chez Bernard Stiegler, sur son site Arsindustrialis :
    (...) Est prolétarisé celui qui perd son savoir : le producteur prolétaire perd son savoir-faire, passé dans la machine, il devient pure force de travail ; le consommateur prolétaire perd son savoir-vivre, devenu mode d’emploi, il n’est plus qu’un pouvoir d’achat (...)

    La seconde définition que je souhaiterais donner au concept de "prolétarisation" (à entendre comme un processus de potentialités s'actualisant pour créer une existence prolétarisée) relève plus de la théorie intellectualiste telle que peut l'être la doctrine des passions adéquates chez Spinoza. Le processus de prolétarisation est une condition sociale d'existence. A l'échelle d'un individu, il trouverait sa relativité dans le capital culturel et économique de sa famille, par exemple. C'est l'absence d'un savoir faire, pour le travailleur, mais en général, une absence de savoir pour l'individu. L'idéologie chez Marx souligne cette prolétarisation. La fantasmagorie de la religion que Marx révèle dans La religion, c'est l'opium du peuple, est une prolétarisation. C'est l'idéologie qui masque la misère réelle, qui créait un arrière-monde en l'occurrence. L'idéologie chez Marx consiste en une conscience qui a l'illusion de son autonomie. C'est donc la conscience qui est prolétarisée. Mais elle ne se prolétarise pas toute seule. Le processus de prolétarisation relève encore du social : toutes les classes économiques sont prolétarisées ou le sont potentiellement en fonction de leur place dans la hiérarchie économique et culturelle. La conscience prolétarisée ne se reconnaît pas dans ce qu'elle se représente, elle ne se reconnaît que comme produit de ce que déjà elle ne se représente pas comme production (ce qui l'a produite), mais que pourtant elle observe ou tend à observer (une compréhension du social, de l'ordre social, politique, économique, de la domination des images, des discours dans les mass médias...)

    L'action est libre, mais celui qui la mène l'est-il pour autant ?
    (il est où le bonheur dans tout cela ?)

    Objection à la théorie intellectualiste
    On m'a déjà posé la question suivante : quelle légitimité as-tu pour dire ce qui est "bien" ou "bon" pour le bonheur de l'autre ou pour penser qu'il n'est pas heureux, cet autre, dans la condition que tu décris ?

    En l'occurrence, c'était un ami qui me demandait quelle légitimité je pouvais avoir pour dire que le voile, la "burka" pouvait être contradictoire en comparaison d'une généralisation d'une condition émancipée de la femme. Cet impératif du port de la "burka" est intrinsèquement paternaliste, phallocrate. Il ne s'agit même plus de mettre l'étiquette "féministe" sur ce genre de propos. Ça y est, c'est intégré... plus besoin de justification théorique, a priori...
    Cela pour dire que l'enjeu de ce genre de réflexion serait selon moi (et je vous engage à me contredire) d'ordre éthique et dans un même mouvement, d'ordre politique : afin de répondre à l'objection sus-dite, celle de la légitimité.

    Il s'agit d'éthique et de politique ? Les problématiques du savoir-vivre sont communément relancées depuis quelques années, vis à vis d'enjeux écologiques, non seulement au niveau de l'environnement naturel des animaux, mais aussi au niveau de notre écologie sociale, un concept qui englobe tant d'éléments dans notre réalité.

    Il s'agit d'éthique, à l'échelle de la vie mutilée de l'individu et il s'agit de politique parce qu'il s'agit de comprendre les circonstances universelles de cette mutilation. La société est administrée. Cette éthique et cette politique dont je parle et qui devraient êtres inséparables, poseraient les questions suivantes : qu'est-ce que le savoir-vivre à l'époque des mass media ? De l'industrie agro-industrielle ? De la financiarisation du bio et de sa labelisation ? Qu'est-ce que la défense de la nature ? Est-ce la connaissance de son renouvellement et de son équilibre ?

    Réflexion sur le bonheur ; Bonheur de la réflexion
    Ainsi, à partir d'une réflexion adéquate, pragmatiste, sur le bonheur, on peut tendre vers cet autre bonheur, ce bonheur nouveau, qui est celui de la réflexion. De la réflexion sur le bonheur, on tend vers le bonheur de la réflexion.

    Le cynisme des anarchistes, totos, et autres enragés, de Nanterre ou d'ailleurs, ce cynisme qui fait partie de ce qui les rassemble, est un bonheur de la réflexion. Pour le dire avec un autre exemple, la réflexion sociologique du sociologue permet ce bonheur de la réflexion, a posteriori. Plus généralement je parle de la satisfaction de comprendre, d'avoir la vérité, ou une certaine répartie. Ne pas comprendre est une insatisfaction (surtout s'il y a effort de compréhension). La pensée se tourne vers la vérité, ou ce qu'elle appelle vérité, ce qui aura l'attribut de vérité selon les critères déterminants de cette pensée. Mais si par dessus cette compréhension le cynisme peut advenir, l'humour noir, celui d'un Desproges par exemple, là même on peut alors constater un "bonheur de la réflexion".

    D'où provient une éthique proprement dite et entreprise si ce n'est d'une réflexion ? L'éthique n'a-t-elle pas en elle-même la prétention à un accès plus rigoureux et choisi à un "bonheur", relatif à celui qui aura déterminé son éthique et l’acception de ce dernier ?

    Il faudrait encore développer les enjeux proprement politiques en fonction de l'éthique ...
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    Euterpe

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    Re: Le bonheur existe-t-il réellement ?

    Message  Euterpe le Sam 4 Fév 2012 - 17:16

    NOU-JE a écrit:Est-ce que le bonheur existe ? Quelles sont les déterminations réelles, que nous pouvons vérifier dans la pratique, de son existence ? Le réel serait pour nous ce qui est vérifiable, car une idée vraie n'est rien d'autre qu'une idée vérifiée (James)
    Si quelqu'un prétend être heureux, soit il ment, soit il se fait des illusions, ce sont vos propres termes. Comment ne voyez-vous pas ce qui cloche, dans votre démarche ? Comment diable pouvez-vous ne pas voir l'absurdité et même le scandale de prétendre corriger l'intimité d'une personne, comme si vous pouviez être au fait de sa conscience plus et mieux qu'elle ? Comment diable pouvez-vous prétendre connaître quelqu'un mieux qu'il ne se connaît lui-même, de surcroît en vous adressant à tout le monde, autrement dit à des personnes que vous ne connaissez pas ni ne connaîtrez jamais ? Comment, enfin, et par conséquent, ne pas voir que d'entrée, vous êtes à côté de votre sujet ? Si quelqu'un vous dit qu'il est heureux, il faudrait qu'on pût "vérifier" son idée dans la pratique ? Au nom de quelle autorité peut-on envisager la question de la sorte, sinon celle, consciente ou pas, mais incontestablement inconséquente, du viol de la conscience ? J'espère que Big Brother ne fait pas partie de votre horizon intellectuel.

    La question du bonheur est quand même une affaire de bon sens. D'abord, c'est une question personnelle. Si une personne prétendait être heureuse, quand tous les autres sans exception ne le seraient pas, cela même ne pourrait constituer le moindre début de preuve que l'heureuse élue se trompe. Ça ne fait que renseigner suffisamment sur le bonheur : une affaire personnelle. Pourquoi ne pas commencer par Kant, qui montre qu'il n'y a pas de concept possible du bonheur ? Pourquoi ne pas commencer, également, par la joie spinozienne ou nietzschéenne ?

    NOU-JE a écrit:je pense que c'est avec l'idée grecque du bonheur stable que nous n'avons plus rien à faire...
    Et que serait cette idée grecque du bonheur ? Des références précises ne seraient pas un luxe, ici. Les sources...

    NOU-JE a écrit:jQue signifie bonheur ? C'est "la chance favorable" ; la "bonne - heure". Cela implique l'idée d'un instant de Bonheur.
    Pas heure, mais heur (hasard, présage). Bonheur, antonyme de malheur, étant devenu synonyme de heur (heureux hasard).

    NOU-JE a écrit:Nous devons partir du fait qu'il s'agit d'une idée, accompagnée de ses images qui correspondent à leur temps historique de production et de signification.
    De fait, il s'agit de quelque chose qui n'est pas une idée. C'est le propre du bonheur que de ne pas correspondre à une idée, plus exactement aucune idée ne correspond au bonheur (autrement dit, toutes peuvent lui correspondre). Lisez Clément Rosset sur ce point. Le bonheur c'est le rapport au réel tel qu'il est : singulier, ce qui, par définition, échappe au concept (d'où aussi, la référence à Kant).

    NOU-JE a écrit:Il m’apparaît alors spontanément l'idée que "notre" conception du bonheur n'est pas la même que dans la culture des Wayampis présents entre le territoire guyanais et le Brésil... D'abord parce qu'elle ne se porte pas sur les mêmes objets, ensuite parce qu'il s'agit de conceptions différentes élaborées à partir d'ontologies sociales différentes.

    Le bonheur, chez nous (je n'ai pas dit chez moi, je n'est pas parlé d'éthique), c'est le désir en terme de manque, ou bien en terme de puissance, réussir ses études, avoir un travail stable... C'est le bonheur qui se définit en relation avec des images socialement construites (le rêve américain par exemple). L'idée est donc la suivante : il existe une conception commune du bonheur, propre à chaque formation sociale. Il n'est relatif qu'à des images, qu'à des idéalités.
    L'angle sociologique ou anthropologique en général vous détourne de l'angle philosophique. La question du bonheur, chez les Grecs, est inséparable de la question de la Justice et du souverain Bien...

    NOU-JE a écrit:Souvent alors, le bonheur est défini sur l'échelle du désir et du manque. Je désire, quelque chose me manque, je satisfais, je m'ennuie : banale déduction métaphysique (que je viens de vulgariser) que l'on retrouve chez Schopenhauer en outre.

    Prenez le temps de vous documenter correctement sur le désir. De même, vous devriez n'utiliser le terme de métaphysique que de façon appropriée, pas en reprenant servilement la vulgate et le jargon des sciences sociales contemporaines et universitaires...

    NOU-JE a écrit:comme le Roi était l'individu qui, dans le royaume, du fait d'être Roi, s'ennuyait le plus, étant seul, il faisait tourner la cour autour de lui.

    Vous ne trouveriez pas beaucoup de rois ayant le temps et le luxe de s'ennuyer pendant leur règne... Attention aux images d'Épinal.

    NOU-JE a écrit:Le bonheur n'est que l'idée d'un état passé.
    On appelle ça la nostalgie, le souvenir du bonheur. Vous assimilez abusivement les deux, bonheur et souvenir du bonheur.

    NOU-JE a écrit:En outre, le bonheur ne dépend pas que d'une doctrine du savant dosage des plaisirs comme nous le faisait si joliment entendre Épicure et de ses idées élaborées à partir d'un mode de vie bien particulier qui n'est, ni le mien, ni le vôtre.
    Vérifiez vos sources. Et qui vous dit qu'il n'existe aucun épicurien aujourd'hui ?

    NOU-JE a écrit:En l'occurrence, c'était un ami qui me demandait quelle légitimité je pouvais avoir pour dire que le voile, la "burka" pouvait être contradictoire en comparaison d'une généralisation d'une condition émancipée de la femme. Cet impératif du port de la "burka" est intrinsèquement paternaliste, phallocrate. Il ne s'agit même plus de mettre l'étiquette "féministe" sur ce genre de propos. Ça y est, c'est intégré... plus besoin de justification théorique, a priori...
    Vous préjugez, vous ne jugez pas... Faites confiance à votre ami... appuyez-vous vraiment sur sa question.


    Dernière édition par Euterpe le Ven 29 Juil 2016 - 17:03, édité 2 fois
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    NOU-JE

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    Re: Le bonheur existe-t-il réellement ?

    Message  NOU-JE le Sam 4 Fév 2012 - 19:22

    Euterpe a écrit:Comment diable pouvez-vous ne pas voir l'absurdité et même le scandale de prétendre corriger l'intimité d'une personne, comme si vous pouviez être au fait de sa conscience plus et mieux qu'elle ? Comment diable pouvez-vous prétendre connaître quelqu'un mieux qu'il ne se connaît lui-même, de surcroît en vous adressant à tout le monde, autrement dit à des personnes que vous ne connaissez pas ni ne connaîtrez jamais ? Comment, enfin, et par conséquent, ne pas voir que d'entrée, vous êtes à côté de votre sujet ? Si quelqu'un vous dit qu'il est heureux, il faudrait qu'on pût "vérifier" son idée dans la pratique ?
    J'ai parlé de cela ; et n'ai pas voulu répondre à la question ; en citant la conversation que j'ai pu avoir avec un ami, je pensais qu'il serait aisé de comprendre qu'en quelque sorte, je me plaçais et me place toujours de son côté. Je ne prétends donc pas que l'on puisse vérifier une dite valeur du bonheur de quelqu'un dans la pratique. Jamais je n'aurais pensé une telle absurdité. Invoquant la conception pragmatiste de la vérité (une idée vraie est une idée vérifiable et surtout vérifiée) je marquais seulement la frontière de ma conception de la vérité ; mais je ne disais pas que le "bonheur" pourrait être quantifié ou que l'on pourrait tirer une quelconque vérité, parler d'un état réel, objectif, ou que sais-je. Ce n'était pas mon propos. Vous remarquerez qu'au moment où vous me citez, je ne réponds pas aux questions, je ne fais que les poser. Et à la question : est-ce que le bonheur peut être identifié à une idée que l'on vérifierait dans la pratique ? Je ne réponds pas non plus ; je ne la pose même pas en ces termes si vous observez bien. C'est votre remarque qui me pousse à formuler l'idée ainsi. Mais elle ne se posait pas en ces termes dans mon premier message.
    Je vous rejoins sur ce point : le bonheur n'est pas une idée, c'est cela le propre du bonheur.
    Qu'entendez-vous, Euterpe, par image d'Epinal ?

    En outre, l'assimilation bonheur-souvenir du bonheur, que vous soulignez clairement dans ma démarche, est un certain postulat en effet que je m'accorde. J'aurais dû le souligner plus clairement afin de rendre l'idée distincte des autres.
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    Euterpe

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    Re: Le bonheur existe-t-il réellement ?

    Message  Euterpe le Sam 4 Fév 2012 - 20:47

    NOU-JE a écrit:Qu'entendez-vous, Euterpe, par image d'Epinal ?
    Un stéréotype, une pensée toute faite. Sans vous en rendre compte, vous vous interdisez d'examiner des hypothèses qui contribueraient à vous éclairer, et qui auraient la vertu de vous ménager une pensée "multiple", perspectiviste, articulant le divers, et qui implique de surcroît une souplesse intellectuelle.
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    NOU-JE

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    Re: Le bonheur existe-t-il réellement ?

    Message  NOU-JE le Ven 10 Fév 2012 - 19:35

    C'est vrai que je ne m'en rendais pas compte aussi clairement que vous le formulez. Ainsi, je vois bien ce que vous voulez dire par un manque de "souplesse intellectuelle" et de "pensée du multiple ou du divers". J'entends cela. Je veux bien, néanmoins, garder ce postulat qui pourrait de votre point de vue, sembler réducteur. Je vais essayer de me justifier.

    Je ne dis pas simplement que lorsque quelqu'un dit à quelqu'un d'autre qu'il est heureux qu'il ment ou se fait des illusions. Là vous réduisez ce que je dis. Par rapport à la citation de Theodor Adorno, il est possible de penser à quelqu'un qui dit être heureux tout en l'étant vraiment : certes, il ne l'est jamais que de son point de vue. Ni moi, ni Adorno que je cite, ne supposons une norme objective, une "valeur bonheur" qui permettrait de "juger" du bonheur de l'autre. Entendez bien Euterpe qu'un tel jugement ne me viendrait jamais à l'esprit. Néanmoins, je veux bien affirmer la chose suivante : le bonheur dépend à la fois de la Vie (que l'on oppose à la Conscience, dans l'acception hégélienne des termes), de l'Être, et de l'Art de vivre que nous déployons et élaborons continuellement comme une éthique, que nous déployons à partir d'une subordination certaine aux possibilités réelles mais aussi aux moyens que nous mettons en œuvre pour-nous. Je pense que la société contemporaine, dans ce qu'elle a de marchand (1) et de spectaculaire (2) nous empêche, disons (3) d'accéder au bonheur.

    (1) : fétichisme, division du travail intellectuel, travail intellectuel de la division, consommation et désir de consommer, industrie chimique et alimentaire...
    (2) : image, médiatique, captation de l'attention, mise en spectacle, récupération...
    (3) : même si la formulation ne me convient guère par sa métaphysique et sa tendance à la normalisation.

    La mise en garde de Theodor Adorno est ailleurs. Contrairement à ce que vous entendez lorsque vous dites la chose suivante :
    Euterpe a écrit:Si quelqu'un prétend être heureux, soit il ment, soit il se fait des illusions, ce sont vos propres termes.
    Adorno ne nous propose pas de juger le bonheur d'autrui, et ce n'est pas non plus dans ma démarche, que j'aurais dû préciser - même si dans cette citation, Adorno est sur le mode de l'altérité. Sa mise en garde relève d'une éthique, pas d'une morale : c'est tout l'enjeu de Minima Moralia, maximes pour la vie mutilée, cette vie en société qui est "administrée". Lorsque je propose dans ce topic de questionner ce que nous entendons par "bonheur" je ne propose pas de déterminer une règle "valable pour tous"... Je veux parler de l'éthique et de la sincérité envers soi. Adorno parle d'une société "administrée", d'une "folie généralisée", d'une vie "mutilée" par les conditions de vie réelles et un déterminisme fascisant disons, quant aux dénonciations que l'auteur fait envers le régime nazi au moment de la rédaction des 3 Parties (de 1944 à 1947). Et il ne s'agit pas, bien entendu, de "libéraliser" le bonheur, ni pour moi, ni pour Adorno.

    Il s'agit de déconstruire la mystique de l'idée de "bonheur", de ne plus vivre dans une représentation ou des représentations pré-fabriquées (par exemple, le bonheur c'est l'amour heureux, en couple ; or pour un poète comme Aragon "il n'y a pas d'amour heureux". L'amour est le sujet le plus intéressant presque tout le temps pour presque tout le monde, c'est un sujet important en général, le bonheur aussi). La maxime socratique "connais toi toi-même", en l'arrachant partiellement à ce que Socrate voulait dire en la prononçant, nous pouvons aussi la comprendre comme : "aide-toi dans ta recherche du bonheur et de sa pensée". Cette affaire est affaire de connaissance de soi. Voilà pourquoi je veux parler d'une éthique.

    Je ne pense pas que nous souhaitions accéder ou que nous accédions au bonheur comme l'on réalise une idée dans la pratique (bien qu'il puisse y avoir de cela, l'idée de bonheur correspond à quelque chose de plus profond en nous). Nous sommes "hédonistes" dira quelqu'un comme Michel Onfray. Nous sommes tous hédonistes ; le même auteur dira aussi que nous sommes tous philosophes, cela à différents degrés  ; nous fuyons la douleur, le déplaisir ; même si nous nous les attirons dans notre destin existentiel d'immanence. L'enjeu du bonheur relève de notre quête du plaisir, ou au moins de notre fuite du déplaisir, de l'irrégularité déplaisante (par exemple le désordre, qui est en réalité une absence d'ordre au lieu même où il était attendu) et des techniques, des stratégies que nous mettons en place. Ces stratégies sont de véritables raisonnements : dans le Littré, comme vous devez le savoir, on peut voir l'étymologie du mot stratégie faisant référence au domaine militaire, guerrier (le stratège prépare un plan d'attaque). Être stratégique, c'est réagir réflexivement à l'imprévisible ; mais c'est surtout se permettre d'anticiper une réaction, ou de mener une action ou un ensemble d'actions selon une planification "pré-paratoire" plus ou moins souple. Souple ? Oui, vis-à-vis de l'imprévisible (potentialité), ou de l'imprévu (actualité). Il s'agit de stabiliser le devenir.

    Qu'est-ce que le bonheur indépendamment de ce qu'il a de subjectif ? Est-ce un état stationnaire de la conscience ? Ou est-ce un mode de vie ? Une éthique qui tend vers "l'idée de bonheur" et qui rend compte dans la pratique de son efficacité ?
    Du reste, comment pouvons-nous rendre compte à nous-mêmes de cette efficacité sans nous "mentir à nous-mêmes" dans un même temps ? Je veux dire, trouver notre propre valeur du bonheur, s'il s'agit de quelque chose d'éminemment subjectif.

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