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    Kierkegaard : angoisse, mélancolie, désespoir.

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    Laquadrature

    Messages : 1
    Date d'inscription : 21/01/2012

    Kierkegaard : angoisse, mélancolie, désespoir.

    Message  Laquadrature le Sam 21 Jan 2012 - 15:11

    Bonjour à tous,

    Pouvez-vous m'aider à distinguer angoisse, mélancolie et désespoir chez [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], parce que quand il parle de l'un, j'ai l'impression qu'il parle de l'autre et je ne m'en sors pas !
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    Desassocega

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    Re: Kierkegaard : angoisse, mélancolie, désespoir.

    Message  Desassocega le Sam 21 Jan 2012 - 15:57

    L'angoisse me semble être une souffrance puissante, souffrance qui nous donne l'impression d'être oppressés par notre environnement. Pour ce qui est de la mélancolie, on pourrait prendre [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] qui définissait la mélancolie comme un mélange de crainte et tristesse s'étalant sur une longue durée. Mais plus qu'un état, la mélancolie me semble aussi être une manière d'être. Le mélancolique vit sa vie à travers le prisme de ce sentiment, qui enveloppe son être. J'ai l'impression que la mélancolie enfonce toujours plus le sujet dans sa douleur, car la mélancolie c'est aussi cela, creuser toujours plus la douleur, et ne même pas souhaiter en sortir. C'est peut-être pour ça que la mélancolie n'est pas quelque chose qui se soigne avec des médicaments.

    Quant au désespoir, il n'est pas simple de le saisir, car on l'utilise de nos jours peut-être avec un sens différent de ce qu'il signifie en réalité. Il y a énormément à dire sur le désespoir, mais par peur de dire mal, je préfère me limiter à dire que le désespéré est celui qui n'a plus d'espoir, ce qui peut être le chemin d'une certaine sérénité. Car si on y réfléchit, celui qui espère a toujours un pied dans le vide et risque de tomber, car l'espoir mène bien souvent à la souffrance. Or celui qui n'espère plus est libéré de la crainte que l'espoir implique. On peut prendre l'exemple simple et très parlant de l’adolescent qui se fait "plaquer" comme on dit. S'il espère retourner en couple avec l'autre, il est d'une part nécessairement habité par la crainte que son espoir soit déçu, et de l'autre si son espoir est effectivement déçu, la souffrance qui en découlera sera d'autant plus grande !

    Il y a pas mal de chose intéressantes à lire sur l'espoir et la crainte, notamment chez [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] !

    Silentio

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    Re: Kierkegaard : angoisse, mélancolie, désespoir.

    Message  Silentio le Sam 21 Jan 2012 - 18:40

    Très rapidement : l'angoisse existentielle est ce qui naît du "vertige de la liberté", c'est-à-dire de la confrontation à l'infini des possibles. Par exemple, c'est la découverte du néant, la prise de conscience de l'absence de fondement en toute chose. Cela relève d'une incertitude et du fait que nous avons à prendre des décisions pour agir, c'est-à-dire du choix. Mais c'est aussi une angoisse métaphysique au sens de la prise de conscience de ce qu'est exister et d'être au monde, sachant que le monde lui-même pourrait ne pas exister. Cette angoisse est aussi liée au péché, du fait de l'absence de vérité qui nous culpabilise (il n'y a pas de Loi et la loi que l'on se donne ne suffit pas, elle n'est jamais suffisamment légitime) et qui nous fait considérer chaque décision sous le prisme de l'erreur au regard d'un absolu inconnaissable et qui nous restreint à une vérité subjective liée à notre finitude et que l'on doit assumer en dépit d'un accès à l'absolu. Mais chez Kierkegaard, il faut aussi souligner que le savoir est lié à la nécessité et que les prétentions de l'objectivité et de la raison sont fallacieuses. On pourrait y voir une forme de fidéisme, opposant la foi à la raison. Mais qui peut prétendre avoir accès au savoir divin ? Hors de la raison, le monde semble absurde et il faut estimer, à la manière du protestantisme, que l'on a toujours tort à l'égard de Dieu.

    Le désespoir, c'est le sentiment de l'indécision et de la non-identité à soi-même. C'est l'incapacité et l'impuissance à être soi par et pour soi. Mais désespérer, en doutant par exemple, peut nous permettre de nous approfondir, de nous défaire de nos préjugés et nous permettre de nous soucier de nous ou du monde (le souci signifiant à la fois la préoccupation, le soin et l'inquiétude).

    Enfin, on pourrait dire que la mélancolie est liée à la béance qui nous est constitutive et qui n'est jamais résorbée par notre activité ou notre engagement dans le monde. C'est le sentiment né de l'irrésolution de la dialectique ; une dialectique négative sans synthèse, du fait même de l'ex-istence qui implique une division en nous et un écart irréductible entre le monde et nous, voire entre notre intention (volonté) et nos actes. On pourrait alors parler d'incomplétude et d'un désir d'absolu flou qu'aucun objet réel ne peut satisfaire. C'est donc une nostalgie de l'Un. Mais aveugle ou confuse en un sens. La mélancolie est aussi la tristesse de l'absence du bonheur passé (unité, harmonie ou extase), mais aussi le bonheur d'être triste car on peut encore se rappeler de ce qui a été nôtre un temps et nous a ouvert à l'éternité d'un instant de pure joie.


    Dernière édition par Silentio le Sam 21 Jan 2012 - 20:00, édité 2 fois
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    Euterpe

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    Re: Kierkegaard : angoisse, mélancolie, désespoir.

    Message  Euterpe le Sam 21 Jan 2012 - 19:59

    Non, c'est très clair. J'ajouterai seulement que [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], sert pour ainsi dire de point d'ancrage, chez Kierkegaard.

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] est l'auteur d'un opuscule intitulé [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], dont Kierkegaard est la figure centrale, et qui a l'avantage d'éclairer le rapport entre mélancolie et religion chez le philosophe danois, ou plutôt de proposer une compréhension de la mélancolie comme quelque chose de métaphysique, plutôt que psychiatrique, grâce à l'expérience spirituelle de Kierkegaard (qu'il cite abondamment, on a affaire à un Kierkegaard intime).

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