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    Les implications de la "vieillesse" dans nos sociétés

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    Euterpe

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    Re: Les implications de la "vieillesse" dans nos sociétés

    Message  Euterpe le Lun 23 Juil 2012 - 16:12

    Kthun a écrit:Peut-on attribuer une autorité (qui puisse se justifier) à l'individu d'un certain âge
    C'est le cas dans la plupart des sociétés (cf. le seul nom de Sénat, qui réfère explicite à la vieillesse). La relégation des "vieux", chez nous, est quand même récente. Et même si toutes les générations ont plus ou moins formulé des reproches aux générations qui leur succédaient, l'objet principal de la plainte était dans le manque de respect. J'avais cité un texte de Castiglione, à ce propos, je ne sais plus dans quel fil ; Liber avait mentionné Leopardi. Mais, pour mentionner un texte canonique, on peut rappeler que Platon, au livre 2 de la République, fait sortir Céphale de la discussion, signifiant ainsi aux lecteurs que l'expérience ne suffit pas pour philosopher. La nouveauté, aujourd'hui, est bien dans le jeunisme. Or, lorsque vous dites :
    Kthun a écrit:nous interroger sur l'injonction à la longévité, c'est-à-dire que l'objectif implicite d'une vie serait, dans la mesure du possible, de vivre le plus longtemps possible (sans que l'on ne sache trop pourquoi), objectif engendrant un certain nombre d'effets pervers.
    il faut préciser que l'injonction à la longévité n'est pas une injonction à la vieillesse, mais au prolongement de la jeunesse. On veut une jeunesse durable. Du reste, les sexagénaires en très bonne santé sont de plus en plus nombreux. Pas assez, toutefois, pour diminuer le nombre de ceux qui résident dans les maisons de retraite, et dont on ne sait pas quoi faire, sinon les maintenir en vie et les occuper, certes dans des conditions dignes et humaines, selon le vœu des professionnels et de quelques autres. Mais quant à leur donner un rôle, c'est ce que la société n'a pas même envisagé.
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    juliendeb

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    Re: Les implications de la "vieillesse" dans nos sociétés

    Message  juliendeb le Mer 1 Aoû 2012 - 13:31

    J'ai lu avec une relative attention ce sujet et les réponses qui l'ont suivies. Je me suis rendu compte que l'on cherchait souvent une époque lors de laquelle le vieux aurait pu être considéré comme utile. Toujours l'on en vient à l'antiquité !

    Je pense que la dimension de sacralité est importante à souligner : le vieux, dans l'antiquité, était sacralisé, comme certains l'ont déjà dit. Seulement, je pense qu'il faut alors revoir la définition du mot "sacraliser". Melokrik a souligné que, pour se rendre utile à une société telle que la nôtre, il fallait "faire partie du roulement économique". Rien n'est plus avéré ! Alors le vieux, qui ne travaille plus, qui profite des régimes de retraites auxquels nous, modestes contribuables, cotisons, qui a un besoin constant des mutuelles de santé auxquelles nous cotisons également, etc., contribue-t-il au roulement économique ? Tout semble nous dire que non... Le jeune, lui, est dans toute la force de son âge : une santé de fer, un dynamisme propre à l'activité professionnelle. Nous avons tendance, aujourd'hui, à sacraliser le jeune au détriment du vieux. Mais alors sacraliser, ça veut dire quoi, aujourd'hui ? Est-ce que cela veut dire léguer une place dans la société ? Attribuer à l'homme sa fonction économique ? L'argent est plus fort aujourd'hui que l'éthique. L'homme qui mérite son caractère sacré est celui qui crée la richesse, pas celui qui la vole.


    Où est la place du vieux ? Pouvons-nous encore le sacraliser ? Lorsque les candidats à la présidentielle présentaient tour à tour leur programme à la télévision, j'ai entendu la jeune de la Lutte Ouvrière, Nathalie Artaud, dire : "Il ne faut pas croire, les personnes âgées sont très utiles ! Elles participent activement à la vie associative, etc." Le début de sa phrase m'a paru, à moi qui suis jeune, quasi-fausse, puis j'ai réussi à nuancer ce point de vue.

    Le vieux est considéré presque unanimement comme inutile. A qui la faute ? Au vieux ? Ou à l'État qui ne semble pas fournir les efforts nécessaires pour lui trouver sa place ? La question de l'utilité du vieux n'est pas une question éthique ! Il ne faut pas demander : "A-t-on raison de désacraliser le vieux au profit du jeune ?". Il faut plutôt demander : "Où est la place du vieux, où est la place du jeune ? Quelle est la place que l'on peut attribuer au vieux pour lui redonner le caractère sacré auquel chaque homme devrait avoir droit ? Comment faire de lui un créateur de richesse ?" ou alors : "N'avons-nous pas oublié de dire que le vieux était d'une certaine manière utile ?". C'est une question politique ! C'était déjà une question politique dans l'Antiquité : les vieux les plus utiles étaient ceux qui participaient à la politique (le philosophe-roi de Platon devait être vieux).

    Chaque société se doit de donner sa place à chaque homme pour remplir ses objectifs politiques ou économiques. Ou il faut changer de politique (et ainsi réformer la distribution des tâches de chacun), ou alors - si certaines personnes ne servent encore à rien parce que rien, au vu des objectifs, ne peut être défini pour elles - il faut changer d'objectifs politiques ou économiques.

    Silentio

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    Re: Les implications de la "vieillesse" dans nos sociétés

    Message  Silentio le Mer 1 Aoû 2012 - 13:48

    Est-ce que l'utilité (laquelle ? économique ?) était un critère des sociétés antiques ? Pourquoi vouloir que le vieux soit utile économiquement, pourquoi encore vouloir l'utilité ? Pourquoi penser encore avec les catégories de notre société ?
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    juliendeb

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    Re: Les implications de la "vieillesse" dans nos sociétés

    Message  juliendeb le Mer 1 Aoû 2012 - 16:37

    Silentio a écrit:Est-ce que l'utilité (laquelle ? économique ?) était un critère des sociétés antiques ? Pourquoi vouloir que le vieux soit utile économiquement, pourquoi encore vouloir l'utilité ? Pourquoi penser encore avec les catégories de notre société ?

    Ce n'est pas cela que je disais. Chaque époque définit ce qui lui est utile ; de nos jours la seule utilité est économique, certes, ce qui n'était peut-être pas le cas dans l'Antiquité. Seulement l'Antiquité nous prouve, notamment avec la philosophie de Platon, que l'on s'efforçait de vouloir trouver pour chaque individu une place attitrée selon certains critères (on gagnerait beaucoup, de nos jours, à relire sérieusement Platon). Ce qui est déplorable, c'est que ce ne soit plus le cas aujourd'hui : le vieux en est une belle caricature !

    Pourquoi vouloir l'utilité ? Parce que c'est la question qu'on pose dans ce sujet, et je n'allais pas en dévier. La question de base était : "quelle peut être la fonction du vieux ?". Dans nos sociétés qui ne marchent qu'à l'économie, comment rendre un vieux utile, si ce n'est économiquement ? Évidemment, j'en parle à l'échelle de la France, ce n'est peut-être pas le cas dans d'autres pays.
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    Euterpe

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    Re: Les implications de la "vieillesse" dans nos sociétés

    Message  Euterpe le Mar 7 Aoû 2012 - 15:29

    Kthun, cet article pourrait vous intéresser :

    ksinok

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    Re: Les implications de la "vieillesse" dans nos sociétés

    Message  ksinok le Dim 3 Mar 2013 - 7:47

    Je suis à la fois surpris et amusé de l'échange que je lis ici. Je ne crois pas que l'on puisse comprendre la vieillesse à 20 ans.
    Etant moi-même un vieux, je puis vous dire que je ne perçois aucune différence dans ma manière de ressentir les choses entre aujourd'hui et la période où j'avais 5, 15, 25 ou 35 ans.
    Pourquoi voulez-vous que les vieux se demandent ce qu'ils vont faire à la retraite. A part quelques cinglés, aucun vieux ne se pose cette question !
    A la retraite il va "glander" en espérant que ça va durer le plus longtemps possible. Il ne se pose pas la question de sa place dans la société car sa place est évidente : C'est la place d'un vieux ! En bout de table aux repas de famille, dans un lit quand il a mal, dans un hôpital quand il va mourir.
    Pourquoi croyez vous qu'un vieux ça marche lentement et tout courbé ? C'est parce qu'il a mal. Que chaque mouvement est un effort. Ce n'est pas parce qu'il est vieux. C'est parce qu'il a mal.
    Sa place c'est de marcher lentement en courbant le dos. Ceci est dans l'ordre des choses et c'est très bien. L'utilité d'un personne pour la société se mesure sur la durée de toute sa vie ! Quelle est l'utilité d'un bébé, d'un adolescent et d'un chômeur de 25 ans.
    Que la fin de la vie puisse être pénible et interminable, c'est très utile. Utile à la société parce que ça crée du travail pour des plus jeunes, utile aux vieux parce que la mort sera un soulagement. Un vieux c'est utile dans le cœur des plus jeunes. Les enfants aiment leur papy ! Le vieux en bout de table les fait rire.  Se poser la question de l'utilité des vieux est indigne de philosophes...
    Il y a des mouroirs pour les vieux parce qu'il faut bien mourir quelque part et que les familles sont éclatées géographiquement, que les filles et les belles-filles qui se chargeaient des vieux autrefois, maintenant ont une activité professionnelle. Je connais cependant beaucoup de vieux qui sont morts très entourés avec beaucoup d'amour et de compassion autour d'eux.

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    Re: Les implications de la "vieillesse" dans nos sociétés

    Message  Parousia le Dim 3 Mar 2013 - 21:01

    Pour ceux qui ne la connaîtraient pas, je vous recommande la lecture de la nouvelle particulièrement éclairante de Buzzati : "Chasseurs de vieux" qui figure au sein du recueil Le K.
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    Re: Les implications de la "vieillesse" dans nos sociétés

    Message  Vangelis le Lun 4 Mar 2013 - 12:24

    ksinok a écrit:Je ne crois pas que l'on puisse comprendre la vieillesse à 20 ans.
    Étant moi-même un vieux, je puis vous dire que je ne perçois aucune différence dans ma manière de ressentir les choses entre aujourd'hui et la période où j'avais 5, 15, 25 ou 35 ans.
    Il y a une contradiction entre ces deux phrases, à moins de considérer qu'il n'y a rien à comprendre à la vieillesse.

    ksinok a écrit:Pourquoi croyez vous qu'un vieux ça marche lentement et tout courbé ? C'est parce qu'il a mal. Que chaque mouvement est un effort. Ce n'est pas parce qu'il est vieux. C'est parce qu'il a mal.
    Il y a quand même un lien patent entre la vieillesse et nombre de douleurs. Il est absurde de les séparer.

    ksinok a écrit:Sa place c'est de marcher lentement en courbant le dos. Ceci est dans l'ordre des choses et c'est très bien.
    L'ordre des choses reste à définir. De même on ne voit pas pourquoi ce serait très bien.

    ksinok a écrit:Que la fin de la vie puisse être pénible et interminable, c'est très utile.
    Il ne faut pas confondre fin de vie et vieillesse. Maintenant il faudra nous dire en quoi c'est vraiment utile car vous prenez trop rapidement les effets pour une finalité.

    ksinok

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    Re: Les implications de la "vieillesse" dans nos sociétés

    Message  ksinok le Lun 4 Mar 2013 - 19:32

    Vangelis a écrit:
    ksinok a écrit:Sa place c'est de marcher lentement en courbant le dos. Ceci est dans l'ordre des choses et c'est très bien.
    L'ordre des choses reste à définir. De même on ne voit pas pourquoi ce serait très bien.
    ksinok a écrit:Que la fin de la vie puisse être pénible et interminable, c'est très utile.
    Il ne faut pas confondre fin de vie et vieillesse. Maintenant il faudra nous dire en quoi c'est vraiment utile car vous prenez trop rapidement les effets pour une finalité.
    A priori nous ne sommes pas immortels. Que les forces déclinent peu à peu, que la fin de vie soit plus ou moins pénible, permet d'envisager la mort comme un soulagement, comme la fin normale d'une vie qui a assez duré. C'est en ce sens que c'est utile. Pratiquement toutes les personnes que j'ai connues lorsqu'elles étaient en fin de vie envisageaient la mort non pas comme quelque chose d'effrayant mais comme un soulagement.

    gaz

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    Re: Les implications de la "vieillesse" dans nos sociétés

    Message  gaz le Lun 11 Mar 2013 - 17:02

    L'Homme s'est toujours orienté vers le plaisir, vers le "mieux". Dans ce cas, que serait une vie si on était sûr que demain, on finirait comme des "sous-hommes" sociaux ? Ainsi, la société perdrait de sa motivation, de sa conviction. Finalement, respecter les vieux, c'est nous respecter nous-mêmes et préparer la jouissance d'un demain assurément serein.

    Sur ce point, je vous laisse interpréter la fin de l'empire romain, le déclin de la société occidentale et des sociétés dites civilisées.

    Il est vrai que d'un jugement matérialiste, les "vieux" sont à ranger au placard... encore que, on dit que "la tête est le plus haut de la bête", et je constate que très souvent, si le physique est bien moindre, la motivation leur est tout autre.

    Pourtant, si l'on juge le côté structurel d'une société, les "vieux" ont une place primordiale par le fait qu'ils sont le gage d'une certaine sagesse de l'expérience dans un premier temps, mais aussi du jugement. Ainsi, le citoyen peut-il se passer de "l'autre" (de Sartre) représenté par ces "vieux". Leur vie, leur expérience, peuvent nous donner un nombre bien plus important de notre reflet ! Ainsi, la considération de ces "vieux" nous fait avancer de façon plus objective, et plus en harmonie avec nous-mêmes puisque cela nous fait éviter des situations probables de regret par manque d'expérience.

    Enfin, il y a dans le respect des "vieux" toute cette humanité représentée par la raison et la conscience.
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    Paul Schillings

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    Re: Les implications de la "vieillesse" dans nos sociétés

    Message  Paul Schillings le Mar 1 Mar 2016 - 9:33

    Bonjour,

    Quoi que l'on pense de lui, le système économique capitaliste, même s'il est peut-être le meilleur des systèmes possibles, avait déjà un effet pervers, celui d'avoir transformé d'abord les objets en produits de consommation, ce qui est nécessaire pour en assurer le fonctionnement, mais aussi et ensuite dans un deuxième temps les êtres humains, ce qui est moins acceptable dès que chacun ne peut plus être considéré que comme un produit à consommer, et non comme un individu libre de se construire.
    Un nouvel effet pervers est en train insidieusement de se mettre en place sans que personne ne l'ait encore clairement analysé et n'en ait vraiment mesuré les conséquences pour l'avenir.
    L'obsolescence programmée des objets, c'est-à-dire la fixation à l'avance de leur fin de vie, dans un objectif à première vue louable dans des visions schumpétériennes, est en train de se transférer au niveau des individus.
    Un énorme fossé est ainsi en train de se créer entre l'ancienne génération pour qui la vieillesse était un phénomène naturel, même s'il n'était pas facile à supporter, et la nouvelle génération pour qui la vieillesse devient une programmation destinée à permettre l'évacuation de tous les encombrants qui nuisent au bon fonctionnement du système économique.
    Rien n'est clairement dit mais les idées nouvelles font leur chemin dans la discrétion et le feront d'autant plus facilement que des philosophes ne se lèvent pas pour attirer l'attention sur ce basculement de la vieillesse naturelle à l'obsolescence programmée. Avec toutes les conséquences que cela pourrait avoir sur notre fonctionnement social général.
    Demain, il sera trop tard.

    gaz

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    Re: Les implications de la "vieillesse" dans nos sociétés

    Message  gaz le Mar 1 Mar 2016 - 18:52

    Énorme remarque et analyse qui donne a la philosophie tout son sens. Effectivement, on ne peut que constater cette déviance qui n est qu'une bouée de sauvetage supplémentaire à un système dont l'expansion s'essouffle une fois de plus.
    Vous êtes le contre-exemple qu'exposait Michel Onfray (si je ne me trompe) en disant qu'il n y avait plus de philosophes, mais plus que des lecteurs de philosophie.
    Merci pour cette remarque pleine de sens et de raison.

    kercoz

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    Re: Les implications de la "vieillesse" dans nos sociétés

    Message  kercoz le Mar 1 Mar 2016 - 20:14

    Paul Schillings a écrit:Un nouvel effet pervers est en train insidieusement de se mettre en place sans que personne ne l'ait encore clairement analysé et n'en ait vraiment mesuré les conséquences pour l'avenir.
    [...]
    Un énorme fossé est ainsi en train de se créer entre l'ancienne génération pour qui la vieillesse était un phénomène naturel, même s'il n'était pas facile à supporter, et la nouvelle génération pour qui la vieillesse devient une programmation destinée à permettre l'évacuation de tous les encombrants qui nuisent au bon fonctionnement du système économique.
    Votre interrogation porte sur la médicalisation de la vieillesse.  Elle ne fait que succéder à la médicalisation de la naissance, qui ne choque plus personne. Pourtant s'interroger sur ces phénomènes culturels mène à s'interroger sur la médicalisation de la maladie.
    En poussant plus avant, on en vient à s'interroger sur le concept de médicalisation en tant qu'outil commercial. On peut aussi se poser la question de la corrélation avec la structure sociétale financière. On y retrouve le même processus qui fait passer l'immoralité en amoralité afin de rationaliser sans risque d'affect rétroactif.
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    Re: Les implications de la "vieillesse" dans nos sociétés

    Message  Vangelis le Mer 2 Mar 2016 - 1:54

    Paul Schillings a écrit:L'obsolescence programmée des objets, c'est-à-dire la fixation à l'avance de leur fin de vie, dans un objectif à première vue louable dans des visions schumpétériennes, est en train de se transférer au niveau des individus.
    Il faut arrêter de délirer. Le pouvoir d'achat est du côté des séniors et il serait stupide pour les industriels de se priver de cette niche - entre autres arguments. Ce forum ne sert pas à répandre des théories du complot. C'est le premier et dernier avertissement avant bannissement.
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    Re: Les implications de la "vieillesse" dans nos sociétés

    Message  Paul Schillings le Mer 2 Mar 2016 - 11:54

    Comme définiriez-vous la disparition de Windows XP?
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    Re: Les implications de la "vieillesse" dans nos sociétés

    Message  Vangelis le Mer 2 Mar 2016 - 12:40

    Je ne vous reprends pas sur les objets, qui est une réalité, mais de transposer la programmation de fin de vie sur l'être humain et qui serait en train de se faire.
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    Re: Les implications de la "vieillesse" dans nos sociétés

    Message  Paul Schillings le Jeu 3 Mar 2016 - 9:48

    Bonjour,

    Si vous en avez le temps, je vous invite à procéder comme moi à des animations dans les maisons pour personnes âgées, où j'ai fait les constatations suivantes.
    Proposer à nos anciens de redécouvrir des bribes de poèmes ancrés dans leurs mémoires a un effet positif pour certains, qui m'en remercient.
    Mais là n'est pas la question, même s'il serait bien nécessaire de s'interroger sur la différence entre vieillissement cérébral et vieillissement physique.
    Elle se pose beaucoup plus du côté des responsables de ces maisons de repos ou assimilées qui ont deux réactions contradictoires :
    - se féliciter du fait que mon passage a réactivité l'existence assoupie de leurs pensionnaires, s'en réjouir et se monter prêts à envisager de nouvelles méthodes de gestion ;
    - me reprocher d'avoir réactivé l'existence assoupie de leurs pensionnaires et m'accuser de placer ainsi ces responsables devant de nouvelles difficultés.
    Pour moi, la deuxième attitude dévoile un comportement davantage mercantile.
    Enfin, il ne faut pas limiter la vieillesse à une période. Celle-ci est aussi complexe que la prime enfance, la jeunesse, la puberté, l'adolescence, etc., en début de vie.
    S'occuper de personnes âgées est un non-sens tant que l'on ne définit pas de quelles personnes âgées il s'agit.

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    Re: Les implications de la "vieillesse" dans nos sociétés

    Message  Dienekes le Lun 7 Mar 2016 - 22:57

    Paul Schillings a écrit:Elle se pose beaucoup plus du côté des responsables de ces maisons de repos ou assimilées qui ont deux réactions contradictoires:
    - se féliciter du fait que mon passage a réactivité l'existence assoupîe de leurs pensionnaires, s'en réjouir et se monter prêts à envisager de nouvelles méthodes de gestion;
    - me reprocher d'avoir réactivé l'existence assoupie de leurs pensionnaires et m'accuser de placer ainsi ces responsables devant de nouvelles difficultés.
    Ces réactions contradictoires montrent bien que le problème n’est pas aussi simple que vous le présentez dans votre premier message. C’est dans le comportement de l’ensemble des acteurs que l’on finit par aboutir à des situations de maltraitance sans qu’une volonté délibérée ait besoin d’entrer en jeu. Avancer des « théories du complot » comme vous l’avez fait, certainement par indignation (parfaitement compréhensible), ne fait pas avancer le sujet d’un pouce.

    Voici deux exemples réels de ce que peut être une société ayant mis en place une « obsolescence programmée » des personnes âgées (pour reprendre vos termes) :
    Jean Malaurie, Les derniers rois de Thulé, chapitre IV a écrit:Le vieillard, chez l’Esquimau ancien, n’avait pas droit de cité ; assurément, les temps ont changé, mais si l’on n’encourage plus les vieux à se laisser mourir, l’on se montre toujours à leur endroit d’une sèche indifférence. Ils sont tout juste tolérés.
    Il y a dix ans à peine, au Canada, le chasseur, durant ses marches, abandonnait encore ses vieux sur la banquise. Cet abandon, nécessaire en cas de pénurie, se faisait en accord tacite au cours des grands déplacements. À la fin de l’hiver, les Esquimaux fuyaient les villages où avait sévi la famine. Quarante-huit heures de marche de suite sans manger, sans dormir. Rejoindre les autres, vite ; pour partager leurs réserves. C’était alors un lamentable spectacle : deux à trois chiens, guère plus, tirant une pauvre traine (les Inuits de Thulé étaient, il y a encore moins d’un siècle, si démuni qu’ils ne pouvaient se permettre des attelages nombreux). Le père et le fils marchent en avant ; la femme et la fille en arrière. Seul le vieux – la vieille aussi, mais plus rarement : elle meurt en général précocement – est assis à l’arrière de la traîne. Se sachant de trop, il se laisse enfin glisser… Personne ne se tourne ; et cependant que la traîne inexorablement s’éloigne, il songe en lui-même : « j’ai fait mon temps ! Allez-vous-en, vous autres. Vite, allez manger le phoque, le morse de ceux qui voudront bien partager avec vous. » La traine n’est plus qu’un point à l’horizon. L’homme stoïquement attend la fin, se laisse peu à peu geler.
    Pierre Clastres, Chronique des Indiens Guayaki, chapitre III a écrit:Kybwyragi, fort occupé à scruter de toutes parts le terrain, ne s’inquiétait pas de ce qui se passait à l’arrière. Sa mère était une waimi, certes, mais il l’avait toujours vue marcher sans difficulté. Peut-être cela ne durerait-il plus très longtemps ; quelqu’un alors dirait : wata kwatä, elle ne peut plus marcher. Chacun comprendrait ce que cela signifiait. Mais apparemment, on n’en était pas encore là. Kybwyragi acceptait d’avance cette issue pour sa mère. Il n’ignorait pas que, tôt ou tard, il faudrait la tuer : dès qu’elle ne pourrait plus marcher. Un jeune homme, désigné par le reste des Aché, s’approcherait d’elle par derrière et lui briserait le crâne d’un coup de hache de pierre. Après quoi, conformément aux enseignements des ancêtres, on procèderait aux funérailles. Tel était le destin des vieilles femmes guayaki.
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    Paul Schillings

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    Complot ou culture?

    Message  Paul Schillings le Mar 8 Mar 2016 - 10:40

    C'est une sur-interprétation de ma pensée d'avoir dit que j'évoquais une "théorie du complot". Mon interrogation philosophique porte beaucoup plus sur l'apparition d'une nouvelle culture dans laquelle l'obsolescence programmée deviendrait un comportement normal. Je ne mets là aucun jugement de valeur. Pardonnez-moi d'être tant soit peu futurologue.

    Quant aux deux exemples anthropologiques évoqués, ils semblent plus relever d'une intériorisation d'un vieillissement naturel dans un sentiment collectif de survie que de l'effet externe d'une obsolescence programmée dans un objectif d'efficacité économique, sociale ou autre.
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    Vangelis
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    Re: Les implications de la "vieillesse" dans nos sociétés

    Message  Vangelis le Mar 8 Mar 2016 - 12:01

    Paul Schillings a écrit:C'est une sur-interprétation de ma pensée d'avoir dit que j'évoquais une "théorie du complot"
    Non, ce n'est pas de la surinterprétation. Votre texte est au présent immédiat d'une part et donc vous n'êtes pas futurologue [...] :
    Paul Schillings a écrit:L'obsolescence programmée des objets, c'est-à-dire la fixation à l'avance de leur fin de vie, dans un objectif à première vue louable dans des visions schumpétériennes, est en train de se transférer au niveau des individus.
    [...], et d'autre part comme cette pratique serait interdite par la loi et donc se ferait dans le secret, cela cadre parfaitement avec la théorie du complot.

    Vous vous êtes peut-être mal exprimé (ça arrive à tout le monde), mais il vaudrait mieux faire amende honorable que d'essayer de vous esquiver par tous les moyens. Nous savons lire.

      La date/heure actuelle est Jeu 19 Oct 2017 - 1:43