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    Vers une réversibilité du vieillissement ?

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    Euterpe

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    Vers une réversibilité du vieillissement ?

    Message  Euterpe le Sam 5 Nov 2011 - 18:41

    Il y a quelques jours, des chercheurs de Montpellier ont publié les résultats d'une expérience que la presse a certes relayée, mais qui n'a pas fait le poids face au G20. Cette expérience ne laisse pas d'interpeller (un article, parmi tant d'autres, ici).

    L'équipe de Jean-Marc Lemaitre a réussi à contourner le problème de la sénescence des cellules en les reprogrammant. Je ne m'étendrai pas sur les perspectives médicales que fait poindre cette expérience "réussie". On a trop entendu d'arguments sur les progrès de la médecine depuis des décennies pour s'en contenter. Cela fait maintenant une quinzaine d'années que nous savons cloner. Mais reprogrammer des cellules, voilà qui me paraît plus faustien encore. Ce n'est plus seulement une question de duplication, quoique techniquement les deux choses se ressemblent fort. Bien sûr, nous sommes encore très loin de l'immortalité tant fantasmée depuis que les hommes sont hommes. Toutefois, ce genre d'expériences devrait alimenter quelque temps ce fantasme, et même fournir des motifs supplémentaires de pousser plus loin la recherche en ce sens, malgré les vœux pieux de la bioéthique.

    N'avons-nous pas atteint un degré supplémentaire dans le refus de la mort, dans le refus de ce qui, éminemment, fait le réel ?

    Qu'en pensez-vous ?

    Silentio

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    Re: Vers une réversibilité du vieillissement ?

    Message  Silentio le Sam 5 Nov 2011 - 19:13

    Ça m'interroge sur la sacralisation de la vie. J'ai l'impression que le nihilisme ne se résorbe pas dans la valorisation suprême de la vie, cette dernière en reste la manifestation la plus intense. Je crains que l'on s'empêche de juger en égalisant tout au nom de la participation de tout à la vie. Dans le cas qui nous intéresse, cette volonté d'en finir avec la mort a quelque chose d'effrayant. N'ayant plus de poids, pas même comme virtualité, mise à distance tout comme les cimetières et la maladie que l'on cache, que l'on fuit, elle entraîne la vie avec elle. Bref, est-ce que vouloir tuer la mort ne revient pas aussi à effacer les frontières entre les mondes, à transformer la vie en sommeil ou en rêve, à la "spectraliser" ? Vivre d'une vie virtuelle ?

    Liber

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    Re: Vers une réversibilité du vieillissement ?

    Message  Liber le Sam 5 Nov 2011 - 19:24

    @Euterpe a écrit:N'avons-nous pas atteint un degré supplémentaire dans le refus de la mort, dans le refus de ce qui, éminemment, fait le réel ?
    Il reste qu'on ne pourra pas régénérer l'esprit, la mémoire, donc même si on parvenait à rajeunir le corps d'un homme, il ne retrouverait pas ce qui nourrit le rêve de l'immortalité, l'éternelle jeunesse, la fraîcheur de la sensation, la nouveauté radicale qui marque notre apparition dans le monde.

    @Silentio a écrit:N'ayant plus de poids, pas même comme virtualité, mise à distance tout comme les cimetières et la maladie que l'on cache, que l'on fuit, elle entraîne la vie avec elle.
    Il est certain que si l'on veut vivre une vie intense, elle devra être brève, ou du moins entourée de vies brèves, pour en faire une aventure aussi excitante que celle d'un joueur de casino. J'ai toujours ressenti cette impression en considérant les temps passés, sans doute parce qu'ils vivaient moins longtemps. Je me souviens avoir vu un film au collège qui m'avait frappé, la vie de Stradivarius avec Anthony Quinn. Il perdait sa femme de la tuberculose, je crois. Ensuite il se remariait. Sa seconde femme lui demandait si juste après les violons, c'était elle qu'il aimait le plus. Voilà un homme qui, tel qu'il nous est dépeint, a vécu intensément sa vie, entre passion, amour et mort. Peut-être la grande passion est-elle déjà du passé ?
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    Vangelis
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    Re: Vers une réversibilité du vieillissement ?

    Message  Vangelis le Ven 2 Déc 2011 - 10:05

    Sans parler de problèmes métaphysiques il y a le problème de la renaissance, car si l'on ne renouvelle pas les personnes est-on sûr de pouvoir renouveler les idées ? Toujours dans cette optique comment concevoir une hiérarchisation dynamique dans la société et dans les entreprises ?
    Et dans un cadre physiologique est-on sûr de pouvoir, au niveau de l'individu, avoir une conscience si élaborée que nous serions capables d'entrevoir un projet de vie qui couvrirait autant de révolutions ? Un homme né au moyen-âge, s'il vivait encore aujourd'hui, ne serait-il pas au bord de la folie ?

    aliochaverkiev

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    Re: Vers une réversibilité du vieillissement ?

    Message  aliochaverkiev le Mer 4 Mai 2016 - 11:10

    @Euterpe a écrit:Il y a quelques jours, des chercheurs de Montpellier ont publié les résultats d'une expérience que la presse a certes relayée, mais qui n'a pas fait le poids face au G20. Cette expérience ne laisse pas d'interpeller (un article, parmi tant d'autres, ici).

    L'équipe de Jean-Marc Lemaitre a réussi à contourner le problème de la sénescence des cellules en les reprogrammant. Je ne m'étendrai pas sur les perspectives médicales que fait poindre cette expérience "réussie". On a trop entendu d'arguments sur les progrès de la médecine depuis des décennies pour s'en contenter. Cela fait maintenant une quinzaine d'années que nous savons cloner. Mais reprogrammer des cellules, voilà qui me paraît plus faustien encore. Ce n'est plus seulement une question de duplication, quoique techniquement les deux choses se ressemblent fort. Bien sûr, nous sommes encore très loin de l'immortalité tant fantasmée depuis que les hommes sont hommes. Toutefois, ce genre d'expériences devrait alimenter quelque temps ce fantasme, et même fournir des motifs supplémentaires de pousser plus loin la recherche en ce sens, malgré les vœux pieux de la bioéthique.

    N'avons-nous pas atteint un degré supplémentaire dans le refus de la mort, dans le refus de ce qui, éminemment, fait le réel ?

    Qu'en pensez-vous ?
    Je pense qu'il est inévitable que nous tentions de combattre le vieillissement. Si j'étais biologiste j'étudierai aussi le mécanisme du vieillissement et je déciderai de le combattre. Dans quel but? Sans doute pour ouvrir des voies qui ne m'apparaissent pas clairement, à l'instant.
    Mais quand nous prenons du recul, effectivement, il y a en soi une opposition qui surgit. Si nous fouillons en nous pour savoir d'où vient ce raidissement (cela oblige à passer par-dessus notre amour propre) je crois que, comme nous serions exclus des bénéfices de la découverte du moyen de contrer le vieillissement (vu notre temps de vie et le temps qu'il faudra pour que la lutte contre le vieillissement soit opérationnelle) nous en prendrions ombrage. Si l'immortalité advenait, nous n'en bénéficierions pas. Nous sommes là, vivant à un moment de l'histoire humaine, et nous sommes exclus de toutes les avancées qui arriveront dans un avenir plus ou moins proche. De même qu'il y a plusieurs milliers d'années l'espérance de vie n'excédait peut-être pas 25 ans, ce qui a exclu tous ceux qui sont nés à cette époque de la longévité dont nous bénéficions, de même nous serions exclus de l'immortalité. . 

    Ensuite il est possible de réfléchir encore plus loin. Est-ce le refus de la mort qui motive ce type de recherche. Je ne crois pas, si nous réussissons, si nous voyons que nous pouvons vaincre la mort alors nous la vaincrons.
    Alors que se passera-t-il? Celui qui mourra, décidera de mourir. Nous ne subirons plus la mort, nous en disposerons.
    Si l'homme peut choisir de mourir ou de ne pas mourir il aura acquis une liberté supplémentaire.
    Choisira-t-il de vivre éternellement ? Non. Il y aura des hommes, peut-être beaucoup, qui choisiront de mourir. 
    On imagine alors que nous vivrons dans un monde qui aura acquis une liberté, une grandeur  d'âme, à peine imaginable aujourd'hui.

    kercoz

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    Re: Vers une réversibilité du vieillissement ?

    Message  kercoz le Mer 4 Mai 2016 - 14:32

    @aliochaverkiev a écrit: De même qu'il y a plusieurs milliers d'années l'espérance de vie n'excédait peut-être pas 25 ans, ce qui a exclu tous ceux qui sont nés à cette époque de la longévité dont nous bénéficions, de même nous serions exclus de l'immortalité. . 

    Il faut se méfier des discours dominants. L' hygiène est la principale victoire sur la mortalité. La mortalité enfantine fausse les statistiques.

    http://www.dur-a-avaler.com/esperance-vie-paleolithique-os-ancetre-hommes/
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    BOUDOU

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    Re: Vers une réversibilité du vieillissement ?

    Message  BOUDOU le Sam 28 Mai 2016 - 12:04

    La reprogammation permet surtout d'améliorer l'utilisation des cellules souches (cellules iPS :  induced pluripotent stem cell) pour la médecine régénérative pour l’étude et le traitement des maladies- par extension pour rajeunir les tissus et prolonger la longévité.
    Comment changer n'importe quelle cellule du corps en une cellule souche pluripotente : http://www.eurostemcell.org/fr/factsheet/reprogrammation-comment-changer-nimporte-quelle-cellule-du-corps-en-une-cellule-souche-plu
    La création de la vie en éprouvette devrait aboutir à la synthèse d'êtres vivants. Se présenterait alors le problème de la pensée, de la psychologie de synthèse.
    La Biologie de synthèse et l’ingénierie du vivant (http://www.jeudebat.com/ressources/ressources-biologie-de-synthese/), se développent très rapidement aujourd'hui.
    Les enjeux de la biologie de synthèse
    http://biologie-synthese.cnam.fr/rapports-/les-enjeux-de-la-biologie-de-synthese-520445.kjsp
    … le travail du groupe Venter démontre que l'objectif de créer des systèmes vivants en laboratoire se rapproche.
    En matière de rafistolage on utilise aujourd'hui l'imprimante 3D :
    Des scientifiques impriment des tissus et des organes vivants avec une imprimante 3D
    http://sciencepost.fr/2016/02/scientifiques-impriment-tissus-organes-vivants-imprimante-3d/
    Aux États unis, une équipe de chercheurs est parvenue à mettre au point une technique d’impression 3D permettant de produire des organes et des os pouvant être greffés sur des êtres humains.
    L'augmentation de la longévité, le rajeunissement, l'introduction de greffons posent des problèmes philosophiques, comme par exemple celui posé par Euterpe pour les idées :
    Euterpe
    ....si l'on ne renouvelle pas les personnes est-on sûr de pouvoir renouveler les idées ?
    Cette question est posée par Ulysse dans l'Odyssée :
    Luc Ferry, Sagesse d'hier et d'aujourd'hui - L'Odyssée, Chant 1
    Souvenez vous du moment où Ulysse, notre héros grec, refuse l'offre de Calypso, sa maîtresse, qui l'aime au point que, pour le garder, elle lui propose l'immortalité : "Si tu restes avec moi et si tu restes mon amant, lui dit-elle, je te donnerai la jeunesse et la vie éternelle". Mais Ulysse refuse, parce qu'en philosophe, il pense qu'une vie de mortel réussie est préférable à une vie d'immortel réussie. Et c'est ainsi qu'Ulysse ouvre la voie à la grande tradition de la philosophie occidentale... un être humain trouve la vie bonne quand il rejoint enfin sa juste place au sein de l'ordre cosmique.
    L'individu ne peut pas être abstrait de son environnement biologique/environnemental, culturel, historique. Il y a aussi la question de l'être intérieur (la perception de soi).... On peut penser à la dimension religieuse (vie éternelle). D'après les philosophes (u.a Heidegger) notre vie s'organise en fonction de notre mort (finitude). Une vie que l'on peut fabriquer n'aurait plus la même valeur. Il y a aussi la vie des fantômes (cf.Silentio : vie spectrale)..., etc.
    La fiction, le mythe  (Faust) permettent d'expérimenter/explorer "in vivo" les contours de la prolongation artificielle de ces questions, qu'il faudrait développer au préalable - par exemple le film :
    Time out
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Time_Out_%28film%29
    En 2070, dans le ghetto de Dayton, Will Salas et sa mère vivent au jour le jour, afin de gagner du temps... littéralement. Le temps est la nouvelle unité monétaire mondiale, payant factures, péages, denrées alimentaires ou biens de consommation depuis que l'être humain a été génétiquement modifié afin de ne plus vieillir après l'âge de 25 ans. À partir de cet âge, un compteur intégré à l'avant-bras de chacun, crédité d'une année, se met en marche : s'il tombe à zéro, l'individu meurt…. Will Salas part ... pour la zone de New Greenwich, où les habitants sont nantis de centaines d'années au compteur, contrastant avec le ghetto où une semaine fait de quelqu'un une personne « riche ». Les zones des riches ne sont accessibles que par des péages en temps coûteux, hors d'atteinte des habitants des ghettos.
    D'autres fictions sont à recenser (Le portrait de Dorian Gray, La Peau de chagrin, L'Étrange Histoire de Benjamin Button, Rollback, Une vie ailleurs, La machine à rajeunir, Khonsou et le papillon, While We're Young, La vertu de Rosine, Rester jeune, L’horloge du temps, etc.), ou à écrire...


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    BOUDOU

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    Re: Vers une réversibilité du vieillissement ?

    Message  BOUDOU le Lun 30 Mai 2016 - 11:18

    A ma liste très incomplète de textes littéraires qui mettent en scène la question de la réversibilité du vieillissement on pourrait ajouter cette histoire :

    Quelque chose pour rien
    (titre original : Something for Nothing) est une nouvelle de science-fiction à saveur humoristique écrite par Robert Sheckley. 1954
    Joe Collins, sans l'avoir voulu, entre en possession d'une Machine (« The Utilizer ») provenant apparemment du futur, fabriquée par une civilisation aux pouvoirs immenses. En effet cette machine a la capacité de réaliser toutes les volontés que son possesseur émet : il peut tout demander « pour rien » (d'où le titre de la nouvelle).
    C'est ainsi que Joe demande diverses choses qu'il n'aurait jamais cru pouvoir s'offrir, à commencer par une forte somme d'argent. Même s'il est bien conscient que la Machine ne lui est pas destinée, il ne peut pas s'empêcher de l'utiliser. Quelques heures après, un homme vient le voir, et lui demande s'il fait bien partie des « A + », et s'il souhaite conserver la Machine ou la restituer. Joe, craignant qu'on ne la lui enlève, déclare qu'il est bien de la classe des « A + » et qu'il a effectivement le droit de détenir l'engin.
    Pendant plusieurs jours, Joe utilise sans hésiter la Machine. Il acquiert notamment un Palace, des servantes, des danseuses, cinq millions de dollars, une bonne santé, l'immortalité, un studio de cinéma, une voiture de sport, un troupeau de vaches, etc.
    Un jour la Machine disparaît, et Joe est « téléporté » devant un agent du futur, qui l'interroge. Fièrement, Joe déclare qu'il a utilisé la Machine, car tout homme a le droit de bénéficier de ses capacités, et pas seulement les privilégiés de la classe A +. L'homme lui répond que « A + » n'est ni une catégorie sociale ni une classe sociale, mais le credit scoring calculé par une banque au sujet d'un particulier, pour vérifier que l'intéressé est en mesure de rembourser son emprunt. Joe est interloqué : de quel emprunt son interlocuteur parle-t-il ? L'homme lui explique que l'utilisation de la Machine n'est pas gratuite, et qu'il va devoir rembourser l'intégralité de ce qu'il a emprunté. Il lui présente la facture, d'un montant de « 18 milliards de crédits ». Joe réplique qu'il n'a pas les moyens de rembourser cette somme. L'homme rétorque qu'on va trouver un moyen pour s'arranger.
    Joe se retrouve alors téléporté sur une planète grise, aux abords d'une carrière de marbre. Un contremaître s'approche et lui remet une pioche entre les mains. Joe apprend qu'il va être chargé d'extraire du marbre de la carrière et qu'il sera rémunéré 50 crédits par mois, jusqu'au remboursement intégral de sa dette. Joe s'écrie que ce n'est pas possible, et que toute sa vie ne lui permettra pas de payer la somme due ! L'homme lui fait remarquer qu'il avait demandé à bénéficier d'une bonne santé, et qu'il ne faut pas que Joe s'en fasse : après quelques milliers d'années de travail, il se sera habitué… Joe fait observer que sur la facture remise par l'employé de la comptabilité, l'immortalité n'était pas facturée. Le contremaître répond que c'est normal : l'immortalité n'est pas facturée, elle est accordée gratuitement !

    Le titre de la nouvelle prend alors une seconde signification…
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    BOUDOU

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    Re: Vers une réversibilité du vieillissement ?

    Message  BOUDOU le Mer 8 Juin 2016 - 15:07

    Cf. notre discussion sur : comment la juxtaposition des mondes actuels et virtuels produit un nouvel espace-temps ?
     
    Pierre Lévy, L'hypercorps
    La virtualisation du corps incite aux voyages et à tous les échanges. Les greffes organisent une grande circulation d'organes entre les corps humains. D'un individu à l'autre, mais aussi entre les morts et les vivants. Parmi l'humanité, mais également d'une espèce à l'autre : on greffe aux gens des coeurs de babouin, des foies de porc, on leur fait ingérer des hormones produites par des bactéries. Les implants et les prothèses brouillent la frontière entre le minéral et le vivant : lunettes, lentilles, fausses dents, silicone, pacemakers, prothèses acoustiques, implants auditifs, filtres externes en lieu et place de reins sains. Les yeux (les cornées), le sperme, les ovules, les embryons et surtout le sang sont maintenant socialisés, mutualisés et préservés dans des banques spéciales. Un sang déterritorialisé coule de corps en corps à travers un énorme réseau international dont on ne peut plus distinguer les composantes économiques, technologiques et médicales. Le fluide rouge de la vie irrigue un corps collectif, sans forme, dispersé. La chair et le sang, mis en commun, quittent l'intimité subjective, passent à l'extérieur. Mais cette chair publique retourne à l'individu greffé, au bénéficiaire d'une transfusion, au consommateur d'hormones. Le corps collectif revient modifier la chair privée. Parfois, il la ressuscite ou la féconde in vitro. La constitution d'un corps collectif et la participation des individus à cette communauté physique usa longtemps de médiations purement symboliques ou religieuses : "Ceci est mon corps, ceci est mon sang." Elle emprunte aujourd'hui des moyens techniques. De même que nous partageons depuis belle lurette une dose d'intelligence et de vision du monde avec ceux qui parlent la même langue, nous nous associons aujourd'hui virtuellement en un corps jointif avec ceux qui participent aux mêmes réseaux techniques et médicaux. Chaque corps individuel devient partie prenante d'un immense hypercorps hybride et mondialisé. Faisant écho à l'hypercortex qui pousse aujourd'hui ses axones par les réseaux numériques de la planète, l'hypercorps de l'humanité étend ses tissus chimériques entre les épidermes, entre les espèces, par delà les frontières et les océans, d'une rive à l'autre du fleuve de la vie.
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    BOUDOU

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    Re: Vers une réversibilité du vieillissement ?

    Message  BOUDOU le Mer 22 Juin 2016 - 15:29

    Pour mieux contextualiser notre débat ici  sur une réversibilité du vieillissement, veuillez trouver ci-dessous  quelques références :

    Ce matin sur France Info Luc Ferry nous parlait de son dernier livre sur le transhumanisme :

    Transhumanisme - https://fr.wikipedia.org/wiki/Transhumanisme
    Le transhumanisme est un mouvement culturel et intellectuel international prônant l'usage des sciences et des techniques afin d'améliorer les caractéristiques physiques et mentales des êtres humains. Le transhumanisme considère certains aspects de la condition humaine tels que le handicap, la souffrance, la maladie, le vieillissement ou la mort subie comme inutiles et indésirables. Dans cette optique, les penseurs transhumanistes comptent sur les biotechnologies et sur d'autres techniques émergentes. Les dangers comme les avantages que présentent de telles évolutions préoccupent aussi le mouvement transhumaniste.

    Luc Ferry : "La révolution transhumaniste"
    http://www.franceinfo.fr/emission/le-livre-du-jour/2015-2016/luc-ferry-la-revolution-transhumaniste-15-04-2016-09-44
    Les progrès des techno-sciences sont d'une rapidité inimaginable et l’économie collaborative monte en puissance. Le monde à venir est à la fois enthousiasmant et effrayant. Dans son nouveau best-seller, le philosophe et ancien ministre de l'Éducation nationale, Luc Ferry décrypte, avec des mots simples, la révolution transhumaniste qui se déroule sous nos yeux.
    Comprendre et prendre conscience de la nature exacte des révolutions économiques, scientifiques et médicales en cours, mais aussi des bouleversements éthiques, spirituels et métaphysiques dont ces nouvelles technologies sont porteuses : voici le but de cet ouvrage.
    Ne croyez surtout pas qu'il s'agisse de science-fiction : 18 avril 2015, une équipe de généticiens chinois entreprenait d'"améliorer' le génome de quatre-vingt-trois embryons humains.
    Jusqu'où ira-t-on dans cette voie ? Sera-t-il possible un jour (bientôt ? déjà ?) d'"augmenter' à volonté tel ou tel trait de caractère de ses enfants, d'éradiquer dans l'embryon les maladies génétiques, voire d'enrayer la vieillesse et la mort en façonnant une nouvelle espèce d'humains "augmentés' ? Nous n'en sommes pas (tout à fait) là, mais de nombreux centres de recherche "transhumanistes' y travaillent partout dans le monde, avec des financements colossaux en provenance de géants du Web tel Google. Les progrès des technosciences sont d'une rapidité inimaginable, ils échappent encore à toute régulation. En parallèle, cette "infrastructure du monde' qu'est le Web a permis l'apparition d'une économie dite "collaborative', celle que symbolisent des applications comme Uber, Airbnb ou BlaBlaCar. Selon l'idéologue Jeremy Rifkin, elles annoncent la fin du capitalisme au profit d'un monde de gratuité et de souci de l'autre. N'est-ce pas, tout à l'inverse, vers un hyperlibéralisme, vénal et dérégulateur, que nous nous dirigeons ? Certaines perspectives ouvertes par les innovations technoscientifiques sont enthousiasmantes, d'autres effrayantes. Ce livre cherche d'abord à les faire comprendre, et à réhabiliter l'idéal philosophique de la régulation, une notion désormais vitale, tant du côté de la médecine que de l'économie.
    Luc FERRY
    Pierre Lévy nous parle de l'hypercorps qui renvoie à une notion plus large que le transhumanisme :

    Pierre Lévy, Qu’est-ce que le virtuel ?
    Mon corps personnel est l’actualisation temporaire d’un énorme hypercorps hybride, social et technobiologique. Le corps contemporain ressemble à une flamme. Il est souvent minuscule, isolé, séparé, presque immobile. Plus tard, il court hors de lui-même, intensifié par les sports ou les drogues, passe par un satellite, lance quelque bras virtuel très haut vers le ciel, le long de réseaux de soins ou de communication. Il se noue alors au corps public et brûle de la même chaleur, brille de la même lumière que d’autres corps-flammes. Il retourne ensuite, transformé dans une sphère quasi privée, et ainsi de suite, tantôt ici, tantôt partout, tantôt en soi, tantôt mêlé. Un jour, il se détache complètement de l’hypercorps et s’éteint.

    aliochaverkiev

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    Re: Vers une réversibilité du vieillissement ?

    Message  aliochaverkiev le Ven 24 Juin 2016 - 8:00

    Ci-joint débat sur le transhumanisme entre Luc Ferry et Michel Onfray, arbitré par Alain Finkielkraut.

    Je n'aime pas trop visionner de longues vidéos mais le sujet est essentiel. Il s'inscrit  parfaitement dans le débat lancé ici sur la réversibilité du vieillissement.

    Ce sujet ouvre plusieurs voies de réflexion. Une voie de réflexion sur l'avenir de nos sociétés (il est aussi fait question de l'ubérisation de l'économie) mais aussi voie de réflexion sur le sens de notre propre vie, la nôtre, notre vie actuelle, face à un avenir qui transformera totalement la vie de nos descendants.

    Ce débat est lancé par Euterpe dans sa réflexion suivante  : "N'avons-nous pas atteint un degré supplémentaire dans le refus de la mort, dans le refus de ce qui éminemment fait le réel ? "  Cette question ouvre sur la subjectivité du rédacteur de cette phrase. Sa représentation du monde, sa morale même sont totalement agressées par ce devenir possible de  l'humanité. Sa vie actuelle tombe dans le non-sens si, ce qui est annoncé dans le transhumanisme comme étant possible, se réalisait car c'est  la conception même du réel d'Euterpe qui serait détruite.

    Donc deux voies de réflexion essentielles :

    Quid de notre devenir,  entendu comme le devenir de l'humanité.

    Quid du sens de notre vie, à nous, si toutes les valeurs usuelles sont à ce point bouleversées.

    Cela me rappelle un débat lancé il y a longtemps par Henri Laborit, qui se demandait : " Comment penser le sens d'une vie historiquement située, datée ?" 






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