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    Perdu dans la pensée

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    Liber

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    Re: Perdu dans la pensée

    Message  Liber le Jeu 6 Oct 2011 - 10:01

    Aristippe de cyrène a écrit:Et votre anecdote semble évoquer cela non ? C'est la peinture qui tombe sur l'homme qui regarde le tableau de Raphaël, c'est une révélation.
    Non, pas dans ce sens. Le Corrège a décidé un beau jour qu'il était capable de peindre comme Raphaël. Il faut bien que cela se passe ainsi. Plutôt donc un acte de folie qu'une révélation, oser penser l'impensable, au-delà de l'orgueil. Cette anecdote nous en apprend beaucoup sur la terrible force de volonté qui anima les grands hommes.
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    Euterpe

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    Re: Perdu dans la pensée

    Message  Euterpe le Jeu 6 Oct 2011 - 14:41

    Baschus a écrit:Je sais bien que Kant ne parle jamais de création de concepts philosophiques ; en revanche, les mathématiques, chez Kant, procèdent par une construction de ses concepts dans l'intuition pure. L'originalité de Deleuze est d'essayer de montrer que la philosophie, au même titre que la mathématique, repose sur une construction de concepts.
    C'est aussi le cas de la morale kantienne, qui n'en est pas vraiment une précisément parce qu'elle est universelle et qu'elle est conçue pour commander à toutes les circonstances et à toutes les inclinations humaines. C'est en grande partie grâce à cela que les sciences anthropologiques, libérées de la morale, ont pu se développer et s'affiner épistémologiquement, avec aussi l'inconvénient du relativisme, que le constructivisme alimente et renforce, précisément parce qu'il n'a pas et ne peut avoir l'universalité de la morale kantienne. Mais ce n'est pas ici le débat.

    Baschus a écrit:Hegel et Nietzsche, par exemple, ont évoqué, dans certains textes, la nécessité de créer des concepts :

    Nietzsche a écrit:Les philosophes ne doivent plus se contenter d'accepter les concepts qu'on leur donne, pour seulement les nettoyer et les faire reluire, mais il faut qu'ils commencent par les fabriquer, les créer, les poser et persuader les hommes d'y recourir.
    Mais Nietzsche le dit pour nous sortir de la raison historique (de la philosophie de l'histoire et de l'histoire de la philosophie), qui est à la philosophie ce que l'académisme est au classicisme. C'est dans la droite ligne de ce qu'il dit dans ses Considérations inactuelles, à propos des vertus de l'oubli, ou dans certains passages du Zarathoustra, à propos de la nouveauté. Si l'expérience vécue d'un homme est singulière, il se doit de forger de nouveaux concepts, non seulement pour rendre dicible et dire son expérience, mais la rendre communicable, compréhensible par d'autres que lui, "universalisable" (quelqu'un d'autre doit pouvoir se réapproprier son expérience vécue). C'est anti-hégélien au possible.

    Baschus a écrit:
    Euterpe a écrit:Mais les ouvriers de la philosophie, quoiqu'on en trouve beaucoup trop, n'ont pas la prétention d'être écrivains, eux. Ce n'est pas ce qu'on leur demande. En l'occurrence, la critique est mal venue.
    L'idéal serait de ne pas avoir d'ouvriers de la philosophie du tout, mais uniquement de bons artisans de la philosophie.
    Chose impossible dans une civilisation démocratique comme la nôtre, qui exige le contraire, et qui, parce qu'elle est démocratique, a aussi de bonnes raisons pour cela (je ne discute pas la question de savoir si la démocratie est idéale ou propice à un idéal philosophique).

    Baschus a écrit:Il ne suffit pas d'avoir une vocation pour devenir philosophe. Nombreuses sont les personnes insignifiantes qui eurent des exclamations semblables à celle du Corrège ! Stendhal, dans son Journal, ne cesse de dire la même chose à propos des comédies auxquelles il assistait, ça n'a (heureusement) pas fait de lui un dramaturge comique.
    Décidément... Je ne vous parle pas de la vocation comme condition de possibilité d'accès à la philosophie. Je vous parle de la vocation philosophique. Socrate, Platon, Lucrèce, Spinoza, Pascal, Nietzsche et quelques autres ont une vocation. Évidemment, la vocation ne tombe pas sur n'importe qui, mais elle a cette particularité qu'elle tombe au hasard, autrement dit que, tout à la fois, elle pouvait ne pas survenir et qu'elle a la force d'une nécessité. On n'y échappe pas, on ne peut s'y soustraire. Hasard et nécessité, parce que, pour reprendre la remarque de Liber, la volonté surhumaine de l'un ou de l'autre, qui n'a plus rien à voir avec l'orgueil, c'est cela qui opère comme une nécessité. Aucun rapport donc, ni de près ni de loin, avec ce qu'on appelle une décision au sens le plus trivial du terme. Liber prend l'exemple du Corrège. On peut prendre aussi celui de César en Espagne, devant la statue d'Alexandre, alors qu'il a déjà 34 ans et qu'il n'a rien accompli. Bref, la volonté, la vocation, tout cela n'est pas comparable avec une "prise de décision".

    Baschus a écrit:je dis, avec Deleuze, quelque chose de très simple et qui ne peut pas être considéré comme absolument absurde, à savoir que si un philosophe est un grand philosophe, c'est qu'il a su créé des concepts ; or, on voit ceci, de façon progressive et remarquable dans l'œuvre de Spinoza.
    Je me référais exclusivement au passage où Spinoza dit comment il en est venu à la philosophie, pas à sa philosophie. Ça n'a rien de conceptuel.

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