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    Epochè husserlienne et doute cartésien.

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    Lou S.

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    Epochè husserlienne et doute cartésien.

    Message  Lou S. le Jeu 25 Aoû 2011 - 11:30

    C'est un peu l'embrouillamini dans ma tête...

    Je comprends, je crois, [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], qui est un doute de sophiste (?). Je comprends aussi, je crois, que [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] va plus loin puisque l'existence du cogito est remise en doute, car il n'est pas une substance mais une attitude.

    Mais quand Husserl dit : "j’opère l’épochè phénoménologique qui m’interdit absolument tout jugement portant sur l’existence spatio-temporelle" (Husserl, Ideen I, Livre II « La considération phénoménologique fondamentale », Chap. 1 « La thèse de l’attitude naturelle », §32 « L’épochè phénoménologique ».), je ne comprends plus. Au lieu de douter, donc, il suspend son jugement sur son existence (?). Mais quelle est la différence entre les deux démarches ? Et en quoi l'épochè de Husserl est-elle différente de celle des sceptiques antiques ?

    Un grand merci, je sèche complètement.
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    Euterpe

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    Re: Epochè husserlienne et doute cartésien.

    Message  Euterpe le Ven 26 Aoû 2011 - 3:10

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Au lieu de douter, donc, il suspend son jugement sur son existence (?)
    L'idée est de laisser être le réel. Pour cela, il faut que rien ne puisse être affirmé de ce qui est. Or qu'est-ce qui nous incite à en affirmer quelque chose, sinon le fait que ce qui est nous apparaît ? D'où la démarche de Husserl, qui se veut radicale, au point même de couper l'herbe sous le pied des scientifiques, mis hors jeu dès lors qu'on met hors jeu les phénomènes. Ce n'est donc pas un scepticisme, si le scepticisme consiste à douter du monde. Prenons un exemple. Vous voyez un arbre. La perception même de cet arbre, en tant qu'il vous apparaît, est d'emblée biaisée, parce que parasitée par votre humeur du moment, votre expérience vécue, etc. Vous n'avez donc pas accès à l'arbre réel. Vous n'en avez pas l'intuition (husserlienne), car toute votre perception de cet arbre, au moment précis où vous le percevez, est déjà une affirmation à son propos (il vous plaît, il ne vous plaît pas ; il évoque des choses, etc., comme s'il était condamné à n'être que le support, ou le prétexte, ou le signe, d'autre chose). Vous voyez, dès lors, comment on peut en venir à Heidegger, mais aussi à Merleau-Ponty, qui ne s'intéressait pas à la peinture avec un tel talent, de même qu'au langage, par hasard.

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Mais quelle est la différence entre les deux démarches ? Et en quoi l'épochè de Husserl est-elle différente de celle des sceptiques antiques ?
    La différence est aussi dans l'objectif. Le scepticisme antique est une sagesse ; l'épochè husserlienne une démarche épistémologique et scientifique.
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    Lou S.

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    Re: Epochè husserlienne et doute cartésien.

    Message  Lou S. le Ven 26 Aoû 2011 - 9:02

    Un grand merci ! L'exemple de l'arbre m'a bien aidée à comprendre.

    [On peut lire utilement ce plan d'un cours de [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], en pièce jointe - cf. ses contributions : [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]. Euterpe]
    Fichiers joints
    Doute cartésien et réduction husserlienne.pdf
    Vous n'avez pas la permission de télécharger les fichiers joints.
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    Dernière édition par Euterpe le Jeu 11 Aoû 2016 - 15:05, édité 2 fois (Raison : Ajout d'un document.)

    Silentio

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    Re: Epochè husserlienne et doute cartésien.

    Message  Silentio le Ven 26 Aoû 2011 - 12:30

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:L'idée est de laisser être le réel. Pour cela, il faut que rien ne puisse être affirmé de ce qui est. Or qu'est-ce qui nous incite à en affirmer quelque chose, sinon le fait que ce qui est nous apparaît ? D'où la démarche de Husserl, qui se veut radicale, au point même de couper l'herbe sous le pied des scientifiques, mis hors jeu dès lors qu'on met hors jeu les phénomènes. Ce n'est donc pas un scepticisme, si le scepticisme consiste à douter du monde. Prenons un exemple. Vous voyez un arbre. La perception même de cet arbre, en tant qu'il vous apparaît, est d'emblée biaisée, parce que parasitée par votre humeur du moment, votre expérience vécue, etc. Vous n'avez donc pas accès à l'arbre réel. Vous n'en avez pas l'intuition (husserlienne), car toute votre perception de cet arbre, au moment précis où vous le percevez, est déjà une affirmation à son propos (il vous plaît, il ne vous plaît pas ; il évoque des choses, etc., comme s'il était condamné à n'être que le support, ou le prétexte, ou le signe, d'autre chose). Vous voyez, dès lors, comment on peut en venir à Heidegger, mais aussi à Merleau-Ponty, qui ne s'intéressait pas à la peinture avec un tel talent, de même qu'au langage, par hasard.
    Cette suspension du jugement est-elle dès lors réellement possible ? On peut s'efforcer de ne point juger (entendement), toutefois nos humeurs, comme vous dites, trancheront pour nous sans nous demander notre accord pour être elles aussi. De plus, est-ce que cela ne montre pas que la connaissance ne dépend que de l'observateur et que l'on ne peut que se connaître soi-même et non les choses (qui sont notre limite) ? Peut-être à force de se connaître parviendra-t-on, à l'inverse, à connaître l'Autre (tout ce qui n'est pas soi, la singularité du réel, dont pourtant nous participons et que l'on fait être au travers de notre regard) ?

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:La différence est aussi dans l'objectif. Le scepticisme antique est une sagesse ; l'épochè husserlienne une démarche épistémologique et scientifique.
    Autrement dit, Husserl ne nous aide pas à mieux vivre, tandis que le sceptique grec sait malgré tout (en dépit de son doute) que le réel est bien là, sans raison, et qu'il mord comme le chien.
    Pour l'anecdote :
    Diogène Laërce, à propos de Pyrrhon a écrit:Il s’irrita un jour contre sa sœur (elle s’appelait Philista), et comme on le lui reprochait, il répondit que lorsqu’il s’agissait d’une femme, il n’avait pas à montrer d’indifférence. Une autre fois, il eut très peur, parce qu’un chien se jetait sur lui, et comme on lui en faisait grief, il répondit qu’il était bien difficile de dépouiller l’homme complètement, qu’il n’en fallait pas moins combattre autant qu’on le pouvait, d’abord par ses actes contre les choses, sinon par la raison.

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