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    Nietzsche et la biologie

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    Nietzsche et la biologie

    Message  Invité le Mer 3 Aoû 2011 - 22:50

    Lors de mon intervention initiale sur le topic "Nietzsche et la philosophie" je soulevais deux thématiques qui me paraissaient particulièrement problématiques chez Nietzsche : 1°) sa prise en compte (on non) de la question politique ; 2°) son concept central de volonté de puissance qu'il fait reposer sur le biologique, et que je présentais comme insuffisamment fondé d'un point de vue scientifique (en accord sur ce point avec les premiers chapitres de Fouillée).
    Suite à cela Euterpe eut la bonne idée de me diriger vers Claire Richter et son livre sur Nietzsche et les théories biologiques. Je viens de terminer la lecture du premier chapitre et voici déjà ce qu'il est possible d'y trouver :

    1°) Nietzsche lisait énormément d'ouvrages ayant trait à la biologie et à l'évolutionnisme,
    2°) La thèse de Richter est que Nietzsche est largement aussi lamarckien que darwinien.

    Richter confirme p. 29 que Nietzsche comme Spencer " fonde sa sociologie et sa morale sur la biologie", c'est dire l'importance de cette "fondation".
    Richter voit en Nietzsche un évolutionniste mais pas un progressiste (il ne croit pas que l'évolution des espèces s'accompagne d'un "progrès"). Nietzsche admet l'évolution des instincts (p. 66) et il accorde également "qu'outre l'évolution intellectuelle de l'humanité tout entière, il y a une transformation incessante de la mentalité individuelle." (p.66) Ce point nous intéresse aussi sur le terrain du politique.
    Richter affirme que pour "Nietzsche, tout le problème moral est d'origine animale" (!) ( p. 67).

    L'auteur reproche ensuite à Nietzsche son anthropocentrisme appliqué aux organismes les plus petits (p. 69) :

    • Nietzsche attribue à tort une mentalité individuelle à la cellule,
    • Il considère l'organisme le plus petit comme doué de conscience et de volonté (ce qui est clairement excessif et ne signifie rien),
    • Il prétend que tous les organismes ont de la mémoire et une sorte d'esprit (aucun biologiste n'utiliserait ces deux termes ni pour les micro-organismes ni pour la plupart des classes du vivant)
    • Il pense voir à l'œuvre une auto-éducation par la raison dans les organismes inférieurs.

    Ces quatre anthropomorphismes me paraissent déjà disqualifiants pour une fondation rigoureuse de la volonté de puissance au sein du vivant mais... je poursuis ma lecture de ce livre passionnant.


    Richter note encore un point important dans son premier chapitre : lorsque Nietzsche forge son Zarathoustra et son éternel retour, il devient sceptique sur la question de l'évolutionnisme biologique (!) (p. 70).
    Je demandais à Silentio et aussi à Liber pourquoi Nietzsche avait eu besoin de son mythe de l'éternel retour et pourquoi il fallait écrire le Zarathoustra. Je me demande à présent si Nietzsche n'a pas fait dans le surenchérissement de sa philosophie au moment où il commençait éventuellement à douter de la part biologique de sa volonté de puissance. La fondation mythologique et poétique viendrait en quelque sorte prendre le relai pour supporter son concept central, car sans la volonté de puissance...
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    Re: Nietzsche et la biologie

    Message  Invité le Ven 5 Aoû 2011 - 11:18

    Claire Richter, Nietzsche et les théories biologiques contemporaines, chapitre II: "L'adaptation au milieu".

    Nietzsche a d'abord été très sensible aux théories de l'adaptation au milieu et il comprend très bien l'importance de l'environnement, de la nutrition, du climat... (p. 77-78). Il en arrive même à penser que le quotidien de l'homme devrait faire l'objet d'une réforme continuelle. Nietzsche retient aussi que l'homme est sans doute celui qui "colle" le moins à son milieu parce qu'il possède en revanche une grande capacité à varier et à s'adapter. Cependant, le "milieu" le plus important pour l'homme aux yeux de Nietzsche, c'est l'humain lui-même, sa société. Nietzsche produit ici un premier "nietzschéomorphisme" (c'est moi qui produit ce terme en apparence barbare) : il transfère l'important mimétisme adaptatif repéré chez de nombreuses espèces en un mimétisme intellectuel et moral chez l'homme (p.80). La question du mimétisme humain n'avait pas échappé à bien d'autres philosophes avant Nietzsche, mais ce dernier commet l'erreur de le fonder au sein du vivant en amalgamant sans précaution scientifique le plan adaptatif du biologique et celui du fonctionnement de la société humaine. Au fur et à mesure que Nietzsche développe sa théorie de la volonté de puissance, Nietzsche a de plus en plus tendance à interpréter le biologique, à le théoriser en fonction de sa propre philosophie. Par exemple, dans sa Volonté de puissance, Nietzsche en arrive à nier "l'adaptation morphologique protectrice de certaines espèces" (p.82). Il commet d'abord l'erreur de penser que ces capacités protectrices s'acquièrent rapidement (sans doute sous l'effet d'une "volonté") et il ne comprend pas ensuite la raison pour laquelle ces caractères protecteurs ne sont pas perdus en milieu paisible (p.86). D'autre part, afin de pouvoir conserver à la volonté humaine tout son rôle, Nietzsche n'est pas favorable à une théorie (juste ou fausse) où l'homme ferait preuve d'une adaptation maximale, car alors elle conduirait "l'humanité à un rapetissement; les humains seraient comme des grains fins, mous et ronds..."

    Bref, Nietzsche lit, pense, et interprète les théories adaptatives à sa manière, sans prudence ni retenue particulière - ce qui était d'ailleurs clairement l'habitude de son époque. Nietzsche en arrive ainsi à sa définition personnelle bien connue, sans que l'on puisse dire à quel moment elle est fondée dans la science biologique de son temps : "La vie est la volonté de puissance, qui se soumet et incorpore de plus en plus de choses extérieures". Quelles sont ces soumissions et ces incorporations biologiques et que signifient-elles sur le plan du vivant ? Un peu de mimétisme, un peu d'adaptation fonctionnelle, un peu d'influence du milieu, un peu de capacités de défense (ou d'attaque). Un vaste amalgame (une vaste synthèse ?...) mais pas de quoi faire une volonté de puissance.

    "Vers la fin de sa vie consciente (Richter, p.91), Nietzsche commence à se méfier de la théorie du milieu - cette théorie parisienne par excellence - (!)" Il en arrive à nier des termes tels que "auto-régulation", "adaptation", "division du travail" qui ne sont à ses yeux que de "simples constatations de faits et des expressions téléologiques qui n'expliquent rien" ! Il considère que cette théorie de l'adaptation a été très exagérée par Darwin, qu'elle est "détestable" ou encore qu'elle est une théorie de "neurasthénique" (Nietzsche, depuis un moment, dans ce domaine, confond théorie scientifique et philosophie, alors qu'il avait été capable le plus souvent dans son œuvre, de discerner les deux champs avec beaucoup d'intelligence, défendant brillamment la philosophie).

    Richter conclut son chapitre de manière extrêmement claire : "pour qu'il y ait une philosophie du vouloir, l'influence du milieu doit être considérée comme dominée par la volonté".

    J'ai déjà annoncé que Claire Richter souhaite démontrer que Nietzsche était davantage lamarckien que darwinien, elle effectue un pas décisif avec ce chapitre. De mon côté, j'irai plu loin : Nietzsche fait preuve d'un "nietzschéocentrisme" fort et excessif dans sa lecture des théories adaptatives pour y faire rentrer, de force, sa volonté de puissance (à suivre).

    Liber

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    Re: Nietzsche et la biologie

    Message  Liber le Ven 5 Aoû 2011 - 14:13

    Il sera toujours extrêmement difficile de comprendre ce que Nietzsche appelle "volonté". Il manque à Nietzsche l'explication métaphysique qui rend le concept de Schopenhauer parfaitement explicable, et bien sûr, indépendant des sciences. La volonté nietzschéenne devrait être abordée par l'angle Schopenhauer, car si Nietzsche s'est intéressé à la biologie, il l'a fait parce que d'une part, Schopenhauer l'avait précédé sur ce terrain, et d'autre part, parce que le système de Schopenhauer lui paraissait manquer de ces explications scientifiques, bien sûr du fait que Nietzsche avait rejeté tout l'attirail kantien de Schopenhauer.
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    Re: Nietzsche et la biologie

    Message  Invité le Ven 5 Aoû 2011 - 14:36

    Liber a écrit:Il sera toujours extrêmement difficile de comprendre ce que Nietzsche appelle "volonté". Il manque à Nietzsche l'explication métaphysique qui rend le concept de Schopenhauer parfaitement explicable, et bien sûr, indépendant des sciences. La volonté nietzschéenne devrait être abordée par l'angle Schopenhauer, car si Nietzsche s'est intéressé à la biologie, il l'a fait parce que d'une part, Schopenhauer l'avait précédé sur ce terrain, et d'autre part, parce que le système de Schopenhauer lui paraissait manquer de ces explications scientifiques, bien sûr du fait que Nietzsche avait rejeté tout l'attirail kantien de Schopenhauer.
    Je comprends bien Liber, mais Nietzsche s'est réclamé "expressément" d'une assise biologique, comme il a tenté également de le faire du point de vue de la mécanique céleste concernant l'éternel retour. En terme d'honnêteté intellectuelle, il ne pouvait pas, d'un côté, délimiter mieux que quiconque les domaines de pensée du scientifique et du philosophique, et, par ailleurs, se réclamer du scientifique lorsque cela lui paraissait étayer sa philosophie. Maintenant, comprenons-nous bien, il y a à penser "utilement" du côté de la volonté de puissance comme du côté du "politique" chez Nietzsche. Mais je m'emploie pour l'instant à critiquer tout ancrage sérieux dans la biologie (comme toute pensée du politique en tant que tel). Lorsqu'on a lu Nietzsche assidûment, le moins que l'on attende de ce penseur, c'est de l'honnêteté intellectuelle et de la lucidité sur ses propres thèses, compte tenu de la grande "lessive" qu'il effectue avec celles des autres.

    Je suis entièrement d'accord avec ce que vous dites de la filiation Schopenhauer. La métaphysique ne se fonde pas sur le scientifique, regardez l'option très nette d'Heidegger sur ce point. Pour ce qui concerne le concept de "volonté de puissance", tout le problème est de savoir justement s'il s'agit d'un concept métaphysique, car alors sur quoi le fonder ? Je vous rejoins sur ce point important.

    Liber

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    Re: Nietzsche et la biologie

    Message  Liber le Ven 5 Aoû 2011 - 14:58

    friedrich crap a écrit:Pour ce qui concerne le concept de "volonté de puissance", tout le problème est de savoir justement s'il s'agit d'un concept métaphysique, car alors sur quoi le fonder ?
    Sur le système de Schopenhauer. C'était l'avantage du premier Nietzsche, celui de Naissance de la tragédie, plus lisible sur la volonté que celui qui lui a succédé. Quoi qu'il en soit, on devrait s'en tenir aux écrits les mieux élaborés, et ne pas chercher une philosophie complète dans des fragments posthumes non publiés. Ainsi, quand Nietzsche dit (dans Par-delà Bien et Mal) que la vie est "volonté de puissance", il ajoute à sa définition des mots tels que "exploitation, esclavage", qui ne concernent pas les fourmis ou les oiseaux. Inutile d'aller chercher dans ses thèses une ressemblance avec la vie animale, laquelle ne l'intéressait pas du tout, au contraire de Darwin. Jamais Nietzsche n'aurait eu l'idée de remonter de l'animal à l'homme. Quand il les compare, il le fait par ironie, comme par exemple, à propos de la cruauté des singes, ou bien pour créer des symboles.
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    Re: Nietzsche et la biologie

    Message  Invité le Ven 5 Aoû 2011 - 15:53

    Alors, si je vous suis bien, la volonté de puissance est uniquement une métaphysique de l'homme et, compte tenu des exemples le plus souvent donnés par Nietzsche, il s'agirait même de psychologie humaine tout court, et même d'un seul trait de la psychologie humaine lorsqu'il s'agit de domination, d'obéissance... Ensuite, la métaphysique de l'art de la Naissance et ses deux sources apollinienne et dionysiaque, je ne sais pas s'il est si facile de les relier aux autres aspects de la volonté de puissance, dont ceux que vous évoquez entre parenthèses (la part dionysiaque de l'homme conduirait à l'esclavage, tandis que l'apollinienne développerait son goût pour le commandement ? Je provoque inutilement, pardon...).

    Vous avez raison de rappeler qu'il ne faut pas chercher ce qui n'est pas abouti dans des écrits non publiés.

    Mais j'effectue cette lecture de Richter au cas où il pourrait subsister une ambiguïté... Si la volonté de puissance ne peut pas se réclamer du biologique chez Nietzsche, c'est peut-être secondaire, c'est peut-être un procès peu équitable, mais au moins cela aura le mérite d'être clair (et je passerai à autre chose ensuite).

    Silentio

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    Re: Nietzsche et la biologie

    Message  Silentio le Ven 5 Aoû 2011 - 16:44

    Je n'ai pas encore lu Darwin, mais j'ai retenu de l'argumentaire de Nietzsche que l'homme était la créature la plus faible et qu'on ne peut parler d'évolution en même temps que de survie des plus forts. Peut-être faut-il parler de survie des plus aptes, au sens des plus susceptibles de s'adapter et d'adapter leur environnement (par la technique et l'intelligence qui compensent l'impuissance individuelle). Ainsi l'homme, créature la plus fragile et la plus démunie de défenses naturelles dans le règne naturel, a pu développer sa puissance. Mais il faut ajouter à la technique la grégarisation. On peut alors se demander si la communauté nuit ou non à l'individu, communauté dans laquelle il apparaît comme possesseur d'un rang ou d'une fonction et qui par la place qu'il acquiert se différencie d'autrui. L'effort est certes commun, mais la coopération semble accroître la puissance pour tout un chacun en visant à parfaire l'unité qui lie et protège. Cependant, un groupe ne peut se constituer sans violence ni se pérenniser sans hiérarchie et rapport de force (codifié ensuite par le droit et la coutume). Or la coopération existe aussi dans le règne animal, comme forme d'exploitation mutuelle, bien qu'il y ait aussi esclavage ou domination. Il n'est pas rare de voir des fourmis (puissance collective) se servir de leur environnement, de le convertir, le construire, l'aménager aux fins de la survie de l'espèce par l'accumulation de ressources. Les fourmis se servent alors des plantes, champignons, etc., de même qu'elles se nourrissent des autres insectes. Autre exemple, celui de l'abeille et de la fleur, la première aidant à polliniser son environnement (ce qui a aussi pour effet de permettre la reproduction des fleurs et donc des ressources dont la ruche a besoin étant donné que son activité en dépend).

    Concernant la biologie dans le cas de l'homme, elle n'est pas séparable de l'activité culturelle et sociale. Chaque activité n'est qu'une stratégie par laquelle la volonté de puissance, ou la force, trouve à s'exprimer en même temps qu'elle est retenue. Foucault, retournant l'expression de Clausewitz, dit que "la paix est la continuation de la guerre par d'autres moyens". Nietzsche nous apprend comment les forces d'un organisme s'agencent et l'agencent, pour concevoir sa puissance propre et ses moyens d'expression. La forme de vie et ses valeurs ont une influence réciproque. Le discours traduit des intérêts qui relèvent de l'organisme qui parle. Lui-même tente d'étendre sa sphère d'influence et d'aménager son territoire. Mais le corps créant ses valeurs peut aussi être changé par elles. Ainsi le christianisme développe de nouveaux instincts sur d'autres. Mais limitant l'expression brute de la force, cette dernière prend des tournures telles que la force ne peut qu'accroître le sentiment de puissance de l'individu (qui est en fait un dividus) dans la souffrance qui éprouve l'individu et le met en conflit avec ses inhibitions. Néanmoins, il faut plutôt comprendre le corps chez Nietzsche comme un corps subjectif, c'est-à-dire vécu et désirant, alors que l'organisme (Nietzsche ne fait pas cette distinction, me semble-t-il, mais elle peut nous servir) est le lieu de la lutte des forces et constituant ce corps. Y a-t-il vraiment un corps biologique chez Nietzsche ? Y a-t-il de la matière organique ? La conception de la vie de Nietzsche me semble plutôt prendre l'allure de forces souterraines donnant naissance à des formes apparentes qui en sont le symptôme ou le signe. C'est une conception énergétique, c'est pourquoi la question du régime a toute son importance, elle demande à réformer ou hiérarchiser les forces faites instincts (il y a donc une mémoire du corps ou de l'organisme) pour vivre autrement et mieux (une vie ascendante) mais en même temps ce régime est aussi création de valeurs à incorporer, production d'un mode de vie, pratique culturelle régulière visant à changer l'état des forces et leurs rapports dans l'organisme, de sorte que le corps puisse développer sa puissance et non faire que l'individu soit lui-même la source de ses propres maux, comme si la vie au lieu d'être à l'image du devenir était mortelle avant même la mort ultime. Or si la vie est un risque, elle n'est pas maladive, elle n'est pas son propre anéantissement. C'est la volonté de puissance chrétienne qui demande à renoncer à soi pour jouir de soi dans sa propre destruction, elle est une vie contradictoire qui s'épuise elle-même. On dépense plus d'énergie qu'on n'en gagne.

    Je me demande alors si c'est pour le chrétien ou pour Nietzsche que le social (et accessoirement la morale) constitue un problème, suivant que l'on est déjà malade de la vie et que l'on ne supporte plus la lutte avec les autres, qu'on n'est plus en mesure de se fortifier en leur prenant leur énergie, ou que l'on flatte son ego par des moyens détournés et que l'on trouve à se transcender vis-à-vis d'autrui. De même pour la coopération. L'isolement est-il signe de force ou de dépérissement ? Le social n'est-il pas le lieu de l'affirmation de soi et lieu de ressource pour la puissance (de relations qui sont relations de pouvoir) ? Surtout que participent de nous le social, la technique, le langage, le savoir, les valeurs, les pratiques, etc. Il faut s'y confronter, en devenir maître. A moins que l'on ait développé une volonté de connaissance.

    Liber

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    Re: Nietzsche et la biologie

    Message  Liber le Ven 5 Aoû 2011 - 19:56

    friedrich crap a écrit:Alors,si je vous suis bien, la volonté de puissance est uniquement une métaphysique de l'homme et, compte tenu des exemples le plus souvent donnés par Nietzsche, il s'agirait même de psychologie humaine tout court, et même d'un seul trait de la psychologie humaine lorsqu'il s'agit de domination, d'obéissance...
    Disons qu'elle est anthropomorphique. Nietzsche peut à bon droit se voir objecter sa propre objection à l'égard des philosophies antérieures à la sienne. Mais cela ne change pas le fait qu'il demeure un philosophe, au contraire, puisque sa propre philosophie ne diffère pas tellement des autres, sur ce point.


    Ensuite, la métaphysique de l'art de la Naissance et ses deux sources apolliniennes et dyonisiaques, je ne sais pas s'il est si facile de les relier aux autres aspects de la volonté de puissance
    Non, à cette époque, de la Volonté avec un V. Nietzsche, qui écrit pour Wagner, schopenhauérien converti, se sert de la théorie du philosophe pour expliquer le dionysiaque. Il dira plus tard combien il s'était trompé en associant Schopenhauer et Wagner à une idée aussi originale, aussi personnelle, sur le sujet qui lui tenait le plus à cœur, la musique.
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    Re: Nietzsche et la biologie

    Message  Invité le Ven 5 Aoû 2011 - 22:28

    Silentio, pour vous répondre il me faudrait une page toutes les quatre lignes de votre intervention. Et comme je ne maîtrise pas les [quote] multiples, je vais faire autrement. Je peux vous suivre à peu près partout dans ce que vous dites mais ce qui me gêne, c'est que je peux dire tout ce que vous dites sans le concept nietzschéen de volonté de puissance (qui, avec tout le respect que je vous dois, commence à ressembler au mot préféré des petits hommes bleus). En effet, votre texte consiste en partie à vouloir la retrouver partout (dans la survie des hominidés, dans le monde des insectes, dans la coopération, dans le social, dans la morale castratrice...).

    Un peu plus dans le détail : l'homme, les hominidés sont là ; oui, comme des millions d'autres espèces. Aujourd'hui ils grouillent, mais c'est assez récent. Il y a un million d'années il n'y avait peut-être pas 10000 hominidés sur un territoire grand comme quatre fois la France actuelle (pour vous donner une idée). Cela n'est pas très ancien ni très long, l'humanité se ferait péter le citron un de ces jours (nucléaire, pollution, guerre totale...) et les avantages adaptatifs paraîtraient minimes pour un paléontologue du futur. Il y a toutes sortes de comportements d'espèces et de plantes... Vous savez que l'on trouve des parasites de 4ème niveau (parasite d'un parasite d'un parasite de parasite). La vie de ces êtres n'est pas très spectaculaire du point de vue de la volonté de puissance, pourtant leurs chances de survie terrestre équivaut largement à la nôtre. Non, la plus grande caractéristique de la vie est dans sa capacité à occuper absolument toutes les niches viables possibles. Il est encore difficile d'expliquer une telle souplesse du vivant en général, le code génétique et sa mutabilité n'y sont pas pour rien, mais le concept de volonté de puissance n'est pas ici fonctionnel et de toute façon il n'aide pas à comprendre. Par exemple on forgerait un concept de "toute puissance de l'eau au sein du vivant" et on aurait raison, mais c'est une nuit de vaches grises.
    La coopération accroît la puissance : pas seulement et pas toujours ! Tout dépend en vue de quoi vous coopérez. Pour prendre un cas extrême, dans une secte, vous pouvez établir une coopération maximale et diminuer à zéro la puissance de chacun, quant à la puissance de la secte, tout dépend, n'est-ce pas ? Oui, les orques s'associent pour chasser, les lionnes, toutes sortes de meutes, le but est commun, la force et le nombre sont mis en commun. Mais aucune de ces bêtes n'a une volonté de puissance (comme le dit Liber, il vaut mieux laisser ce concept à l'homme chez Nietzsche).

    Vous écrivez encore que chaque activité culturelle, sociale... est une stratégie pour la volonté de puissance. Vous écririez que c'est une stratégie pour l'esprit, pour la pensée, pour l'inconscient, pour le divertissement, cela fonctionnerait aussi bien. Vous dites ensuite que Nietzsche nous apprend à voir la puissance dans l'organisation et dans l'agencement des corps, des organismes. Le biologiste vous répondrait que dans la compréhension des agencements, il y voit avant tout la fonctionnalité, l'adaptation, la capacité, la complémentarité, etc., dans bien des cas il ne penserait pas à la puissance ni même à la force. Pourquoi vouloir subsumer à tout prix ? Remplacez volonté de puissance par volonté d'être, puis par être tout court et vous pourrez subsumer encore davantage. Mais cela ne vous suffit pas, il y a encore de la volonté de puissance dans le christiannisme, donc dans la morale, dans les religions... mais pourquoi s'arrêter là ? Il y a de la puissance partout. Vous pourriez proposer d'autres termes et concepts : libildo dominendi, surmoi, tradition, forces coercitives, lien social... non, tout cela et le reste... c'est de la volonté de puissance ! (y compris ce dernier point d'exclamation). D'ailleurs vous en terminez par là, le social est une réserve pour la volonté de puissance, en effet.

    Lorsque Nietzsche annote les livres de biologie qu'il a lus, il écrit systématiquement "moi" dans la marge à chaque fois que le biologiste (ou Guyau) décrit une situation où le vivant déploie soit de la force, soit de l'agressivité, soit de l'expansion ; il n'écrit rien ou inscrit son désaccord (!) lorsqu'il s'agit d'une description d'une coopération paisible, lorsque le mécanisme ne relève pas de cette volonté de voir la volonté de puissance à l'œuvre partout (vous trouverez cela dans Fouillée).

    Dites-moi que Nietzsche veut des hommes libres, émancipés, capables de choisir, de trancher, de tuer s'il le faut. Qu'il abhorre la société de masse, la démocratisation et la montée du prolétariat. Qu'il préfère la hauteur de vue et de pensée de quelques uns à la mièvrerie collective, etc., etc., cela ne me pose pas de problème. Mais lorsqu'on forge et qu'on utilise un concept, c'est autre chose, surtout lorsqu'il est forgé de deux parties aux champs sémantiques déjà trop larges pour chacun d'eux. Car, la volonté, vous accorderez que c'est vaste, la puissance ne l'est pas moins, il est peut-être préférable pour des philosophes de ne pas en rajouter en vastitude. La précision et la compréhension l'emportent à coup sûr sur le méga concept un peu passe-partout, vous en conviendrez peut-être.
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    Re: Nietzsche et la biologie

    Message  Invité le Ven 5 Aoû 2011 - 22:45

    Liber a écrit:
    friedrich crap a écrit:Alors,si je vous suis bien, la volonté de puissance est uniquement une métaphysique de l'homme et, compte tenu des exemples le plus souvent donnés par Nietzsche, il s'agirait même de psychologie humaine tout court, et même d'un seul trait de la psychologie humaine lorsqu'il s'agit de domination, d'obéissance...
    Disons qu'elle est anthropomorphique. Nietzsche peut à bon droit se voir objecter sa propre objection à l'égard des philosophies antérieures à la sienne. Mais cela ne change pas le fait qu'il demeure un philosophe, au contraire, puisque sa propre philosophie ne diffère pas tellement des autres, sur ce point.

    Ensuite, la métaphysique de l'art de la Naissance et ses deux sources apolliniennes et dionysiaques, je ne sais pas s'il est si facile de les relier aux autres aspects de la volonté de puissance
    Non, à cette époque, de la Volonté avec un V. Nietzsche, qui écrit pour Wagner, schopenhauérien converti, se sert de la théorie du philosophe pour expliquer le dionysiaque. Il dira plus tard combien il s'était trompé en associant Schopenhauer et Wagner à une idée aussi originale, aussi personnelle, sur le sujet qui lui tenait le plus à cœur, la musique.
    Pardonnez-moi Liber, mais j'avais crû comprendre que vous me renvoyiez à Schopenhauer pour la fondation du concept de volonté de puissance, et en particulier à la Naissance de la tragédie, et vous semblez concéder maintenant que ce n'est plus la même volonté de puissance...

    Liber

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    Re: Nietzsche et la biologie

    Message  Liber le Sam 6 Aoû 2011 - 9:31

    friedrich crap a écrit:Pardonnez-moi Liber, mais j'avais crû comprendre que vous me renvoyiez à Schopenhauer pour la fondation du concept de volonté de puissance, et en particulier à la Naissance de la tragédie, et vous semblez concéder maintenant que ce n'est plus la même volonté de puissance...
    Nietzsche a commencé par la Volonté (avec un V). Quand a t-il ajouté le complément "puissance" ? J'avoue ne pas le savoir avec précision. Peut-être ne voyons-nous ce mot employé de façon nette, revendiqué pour tel, que dans Par delà Bien et Mal, où il est associé à d'autres termes qui décrivent les résultats concrets de la puissance (chez l'homme) : esclavage, exploitation, assujettissement. Nietzsche s'est alors considérablement écarté de Schopenhauer et de sa philosophie de la pitié. La puissance est maintenant une composante essentielle de l'éthique nietzschéenne, la pitié un grave défaut, la force qui écrase une prérogative et une qualité de l'homme fort pour qui le faible n'est plus qu'un moyen. C'est par cette porte que Nietzsche fait entrer la puissance. Il ose envisager la Volonté schopenhauérienne (ce monstre tyrannique qui se contemple dans un univers souffrant) comme une chance, la "douleur des mondes" comme un bienfait. A l'époque de Naissance de la tragédie, Nietzsche pense encore que la Volonté est un malheur, qu'elle ne se combat que par un narcotique, la musique, singulièrement celle de Wagner. C'est cela qu'il regrettera le plus, avoir pris la musique comme un remède à la vie, sous l'influence du maître de Bayreuth. Libéré de l'orbe de Wagner et conscient des lacunes du système de Schopenhauer, poussé par ses études historiques sur les Grecs présocratiques et socratiques, il diagnostiquera une maladie de la civilisation. Le remède sera alors... Zarathoustra.
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    Re: Nietzsche et la biologie

    Message  Invité le Sam 6 Aoû 2011 - 21:20

    Liber, votre dernière intervention me convient très bien, je ne voyais pas les choses autrement. Cependant si la description des symptômes de la maladie de la civilisation est effectivement le fait d'un médecin qui se penche sans simulacre au chevet du patient, en revanche le remède administré oscille entre le remède de cheval, le placebo et la maladie nosocomiale !

    Si j'interroge le concept de volonté de puissance, notamment dans son ancrage biologique, c'est que le principe actif de la pharmaceutique nietzschéenne me paraît relever du médiator ! J'interroge donc le principe actif pour tenter de cerner d'où il sort. Je comprends que pour vous, c'est l'observation de l'homme qui le guide. Vous avez compris que je soutiens une autre thèse : les lectures et annotations de Nietzsche, ses brouillons et écrits posthumes, plusieurs aphorismes ou sentences relevés par Richter (ou Fouillée) dans les livres de Nietzsche publiés, montrent une pensée non seulement en gestation mais aussi une pensée qui se réclame régulièrement de l'objectivité et des faits scientifiques. Je plaide donc pour dire clairement que le concept de volonté de puissance forgé par Nietzsche n'est pas acceptable dans un éventuel fondement biologique et qu'il frappe de "nietzschéomorphisme" à peu près tout ce qu'il touche, y compris dans la sphère humaine.
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    Re: Nietzsche et la biologie

    Message  Invité le Sam 6 Aoû 2011 - 22:45

    Claire Richter, Nietzsche et les théories biologiques contemporaines, Chapitre III : L'hérédité des caractères acquis.

    C'est le chapitre le plus faible jusqu'à présent du point de vue scientifique, non seulement du côté de Nietzsche mais aussi du côté de l'auteur, qui certes écrit et pense en 1911, mais qui semble accepter que bien des composantes du caractère humain puissent se transmettre de manière héréditaire ! (et "héréditaire" au sens de biologique, pas au sens de l'éducation reçue ! Il est vrai que la génétique des petits pois en est à ses balbutiements - Mendel meurt en 1884).

    On y apprend tout de même que Nietzsche considère la réflexion sur les caractères acquis comme l'une des plus essentielles (p. 96). Nietzsche constate que chaque instinct s'hérite longtemps après qu'il a cessé d'être condition de vie (ou d'être un avantage pour la vie) (p. 99). Le problème commence avec la croyance de l'époque dans la transmission des qualités humaines (que Richter semble approuver). Nietzsche pense que les qualités humaines transmises sur plusieurs générations se transmettent comme instinct (p. 101). Mais ce n'est pas tout : il peut en être ainsi des capacités intellectuelles et même du talent, seul le génie faisant exception, Nietzsche parlant pour lui de "coups de dés heureux", comme chez Jules César. Et, bien sûr, il existe deux arts que l'hérédité a de plus en plus accrus : l'art de savoir commander et l'art de savoir obéir (p.105). S'en suivent quelques "horreurs" sur le tempérament non seulement des individus mais des peuples voire des races :

    • (p. 107) Pour Nietzsche notre tempérament ne serait pas autre chose que l'ensemble des jugements et des opinions de nos ancêtres, qui a été accumulé au cours des générations et qui nous a été transmis par hérédité.
    • (p. 107) Le mauvais tempérament, Nietzsche le considère comme la conséquence d'innombrables inaxectitudes logiques dont les ancêtres se sont rendus coupables tandis que les hommes de bon tempérament descendent de races réfléchies et solidaires, qui ont placé haut la raison.
    • (p. 108) Le pessimisme nous aurait été transmis par des peuples faméliques.
    • Et encore, un trait assez décisif pour comprendre la guerre menée sans merci par Nietzsche contre les valeurs morales dominantes : (p. 110) Nietzsche croit impossible qu'on puisse s'affranchir du caractère moral hérité de nos ancêtres.

    Richter termine ce chapitre en pointant de nouveau que Nietzsche a évolué vers la fin de son œuvre sur cette question, souhaitant accorder bien moins d'importance à la question de l'hérédité. Certes, mais un peu tardivement à notre goût.

    Au final, on comprend que si Nietzsche observant l'humain, les lignées historiques, les grands hommes, les peuples et leurs cultures, y a lu cette hérédité là, il ait ressenti le besoin de changer les valeurs et de bousculer les esprits de manière aussi radicale. On comprend aussi pourquoi il a condamné aussi facilement (et trop souvent) la faible humanité : la décadence, le rapetissement, la dégénérescence sont héréditaires donc inutile d'agir contre, plaider pour la suppression de ces tendances dans l'humanité lui paraissait plus sûr.

    Un chapitre, je le répète, très faible d'un point de vue scientifique ou même critique, mais qui aide à comprendre que la confusion biologique/culturel de la notion d'hérédité à cette époque n'aidait pas à penser juste. Par ailleurs, on veut toujours appréhender le génie nietzschéen par son "second degré", son art des paradoxes et la puissance de sa pensée (capable de penser les contraires et la multiplicité des scénarios) mais il y a aussi un Nietzsche du premier degré, que le lecteur admiratif, parfois consentant, transpose au plus vite sur le second degré ou passe à la page suivante... Même dans une absence complète de clairvoyance sur ce chapitre, Claire Richter a au moins le mérite de nous rappeler, et le premier degré nietzschéen, et l'air du temps: plus tout à fait la phrénologie de l'individu, mais presque celle des peuples.

    Liber

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    Re: Nietzsche et la biologie

    Message  Liber le Dim 7 Aoû 2011 - 15:20

    Je trouve de l'intérêt à votre approche, mais il n'y a là rien de nouveau. Cela fait des lustres que j'associe Nietzsche et Gobineau, voir par exemple [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]. Il serait trop facile de démontrer les erreurs scientifiques de l'époque, qui sont sans doute intéressantes pour l'histoire de la science, mais pas du tout pour étudier Nietzsche. Il vous suffit de feuilleter les premières pages de Janz ou de Andler pour y découvrir qu'il a toujours eu une très forte croyance dans l'hérédité, y compris pour lui-même et ses proches. C'est du reste ce que ne voient pas chez Nietzsche les chantres de l'individualisme qui croient que le philosophe les encourage dans leur voie libertaire.


    Au final, on comprend que si Nietzsche observant l'humain, les lignées historiques, les grands hommes, les peuples et leurs cultures, y a lu cette hérédité là, il ait ressenti le besoin de changer les valeurs et de bousculer les esprits de manière aussi radicale. On comprend aussi pourquoi il a condamné aussi facilement (et trop souvent) la faible humanité : la décadence, le rapetissement, la dégénérescence sont héréditaires donc inutile d'agir contre, plaider pour la suppression de ces tendances dans l'humanité lui paraissait plus sûr.
    Non, je ne comprends pas. :scratch: Vous ne donnez pas les causes qui ont amené Nietzsche à sa transvaluation. Si Nietzsche accorde autant d'importance à l'hérédité, c'est à l'instar de Gobineau, parce qu'il croit à l'existence des races nobles en amont de l'histoire et à leur disparition dans le temps présent. Il éprouve, ainsi que le Comte de Gobineau, une nostalgie très forte pour ces aristocrates. Il serait plus intéressant pour votre étude de chercher d'où cette admiration a pu lui venir.
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    Re: Nietzsche et la biologie

    Message  Invité le Dim 7 Aoû 2011 - 21:08

    Liber, je n'ai pas prétention à faire apparaître du neuf. Afin de ne pas tout aborder à la fois, je m'en tiens au livre de Richter et au titre du topic que j'ai proposé : "Nietzsche et la biologie" afin de pouvoir interroger précisément ce rapport là. Comme vous l'avez constaté, je ne m'interdis pas de voir comment ce rapport a pu être tantôt déterminant, décisif, tantôt avoir exercé une influence mineure voire aucune influence sur les autres aspects de sa pensée. Je vous remercie de pointer régulièrement ce qui vous paraît inexact ou insuffisant dans mon propos. Je n'explique pas, en effet, le besoin de transmutation des valeurs en dénonçant le fourvoiement du "tout héréditaire" de l'époque et de la pensée de Nietzsche en particulier : mais tel n'était pas mon dernier objectif. Je soutiens que cette vision de l'hérédité induit Nietzsche en erreur ni plus ni moins que sur le regard qu'il porte sur "la faible humanité" et que cette erreur est décisive à mes yeux. Ce n'est pas le point fort de la philosophie de Nietzsche, je considère même que pas mal de choses s'en trouvent discréditées.

    Par ailleurs, je ne vous surprendrai plus maintenant en vous rappelant que le Surhomme n'est pas ce qui me convainc le plus chez Nietzsche. J'ai besoin d'être convaincu en philosophie, et là, ce n'est pas du tout le cas. Une fois passée la première douche-lecture poétique du Zarathoustra, je suis mal à l'aise devant tant d'excès, d'"ampouleries", de faux paradoxes, de vérités trop souvent creuses que seule la verve haute rehausse parfois. Je ne souhaite pas engager une dispute sur la valeur du Zarathoustra : vous avez mon point de vue - trop rapide - car ce n'est pas le sujet qui me passionne et je respecte le vôtre (votre article, très juste, ne me fait pas changer d'avis).

    Je préfère le Nietzsche généalogiste, voire "moraliste", en un sens si particulier, le Nietzsche éducateur, émancipateur, philosophe ! Le Nietzsche de la Naissance éventuellement... Mais ça s'arrête là me concernant.

    Sur l'admiration de Nietzsche pour Gobineau et la noble aristocratie, je vous fais confiance, je n'ai pas encore rencontré ce sujet en effet, et je ne manquerai pas de le faire. Mais vous ne semblez pas exclure que mon hypothèse en rajoute un tant soit peu à la vôtre, même si vous estimez sans doute à juste titre que ma remarque/proposition ne fait pas "origine". En tout état de cause, l'admiration pour Gobineau et le regard porté sur les "basses hérédités" me paraissent assez complémentaires si je vous lis bien.
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    Re: Nietzsche et la biologie

    Message  Invité le Dim 7 Aoû 2011 - 22:19

    Claire Richter : Nietzsche et les théories biologiques contemporaines; chapitre IV : "La lutte pour l'existence. La lutte pour la prééminence".

    De nouveau un chapitre relativement faible d'un point de vue scientifique mais toujours instructif sur les choix de Nietzsche. Richter résume elle-même très précisément son quatrième chapitre : (p. 131) "Comme Rolph, Nietzsche se montre anti-darwinien, anti-malthusien, en rejetant la lutte de concurrence comme principe évolutif. Il adopte le principe de prospérité de Rolph comme cause des variations. La lutte pour l'existence au sens darwinien, c'est-à-dire comme lutte pour la simple conservation, est remplacée chez lui par la lutte pour la prééminence, par son propre principe de volonté de puissance." Regardons cela dans le détail.

    (p. 115) Nietzsche est sceptique vis-à-vis des idées de Darwin. Il n'adhèrera jamais au principe de la lutte pour l'existence. Il considère que cette thèse est plus affirmée que démontrée. Cependant il concède en même temps que la lutte est une nécessité biologique et sociale, ce qui le conduira jusqu'à faire l'apologie de la guerre : "la bonne guerre sanctifie toute chose" (et elle serait une nécessité biologique). Il pense encore que l'individu se maintient par la lutte (ce qui fait du communisme comme fin une doctrine foncièrement ennemie de la vie). (p. 118)
    Nietzsche croit retrouver cette lutte à tous les échelons de la vie : intracellulaire, histonale*, lutte des organes, l'individu comme champ de lutte... (p. 119-120).
    *
    wiktionnaire a écrit:(Biochimie) (Génétique) Protéine de base de la chromatine, présente dans les nucléosomes et jouant un rôle important dans l’empaquetage et le repliement de l’ADN.


    Il étend ce principe de lutte tous azimuts au domaine de la vie mentale : lutte des instincts mais aussi absorption des images faibles, idées faibles, pensées faibles par les images fortes, idées fortes, pensées fortes. Cependant ce "polémomorphisme" appliqué par analogie et de manière exhaustive (!) du vivant à la sphère mentale, ne lui convient pas absolument partout : en effet, concernant la lutte des individus au sein d'une même espèce, quelque chose cloche. Il est d'abord tout prêt de se ranger aux côtés de Malthus (p. 124) : "L'humanité tout entière est gaspillée par la nature aussi négligemment que les fleurs au printemps." Mais ensuite, il s'écarte de cette doctrine de "famine et de détresse". Il soutient alors que dans la nature règne non la détresse mais l'abondance, et même le gaspillage, jusqu'à la folie, et que la lutte pour l'existence n'est qu'une exception. [Vous voyez Silentio que chez Nietzsche ce n'est pas tant la lutte contre la Nécessité qui compte, mais la lutte contre des adversaires.] Car Nietzsche nie même l'âpreté, la fréquence et la violence de cette lutte pour la seule existence (p. 125). Nietzsche pense même (en porte-parole de Rolph) que la cause de la formation de nouvelles espèces et de variétés n'est pas la lutte, la détresse, mais l'abondance, la prospérité (p. 126). Non, c'est une autre forme de lutte qui a la préférence de Nietzsche : la lutte entre les individus d'espèces différentes est le lieu de la manifestation de la force qui joue alors un rôle capital à ses yeux : la lutte pour la prééminence. Ce n'est pas sur des critères scientifiques que Nietzsche tranche mais sur des critères psycho-logiques : Nietzsche ne veut pas et ne croit pas en une lutte aveugle pour exister mais il revendique une lutte pour avoir le plus, être ou avoir le meilleur, aller le plus vite, obtenir le plus souvent, etc. (p. 129). Nietzsche se fait le glorificateur de la lutte considérée comme épreuve de force. On lutte même sans aucune cause spéciale, mais pour sentir sa force et montrer que l'on est plus fort que les autres (p. 129). Nietzsche soutient évidemment que commander et obéir ne sont que deux formes spéciales de lutte. Richter semble approuver Nietzsche dans sa description juste des jeux sociaux, des enjeux de pouvoir, des formes de dissimulation, d'hypocrisie, de jalousie, des recherches de gloire, d'honneurs... Mais elle reconnaît qu'à mesure que la philosophie de Nietzsche devient de plus en plus une philosophie de la volonté, cette lutte pour la prééminence finit par prédominer sous le nom de volonté de puissance, à laquelle Nietzsche "tend même à ramener toute la vie instinctive". "A ses yeux, cette volonté de dominer est un caractère commun à tous les êtres organiques". (p. 130-131) "Partout où j'ai trouvé des êtres vivants, j'ai trouvé de la volonté de puissance" et même, à la fin, il n'admet aucune autre lutte que celle-ci : "Où il y a lutte, c'est pour la puissance".

    Nous avons assez dit ce que nous pensions de cette dérive de l'utilisation du concept de volonté de puissance, qui, parce qu'il semble dire quelque chose des rivalités humaines, subsumerait, et le comportement humain dans son ensemble, et l'activité biologique de l'alpha à l'oméga. Nous retenons cette obsession nietzschéenne, qui consiste à préférer une lutte volontaire entre les espèces, qu'une lutte "aveugle" interne à l'espèce.

    Nietzsche, ou le besoin d'adversité à tout prix.

    Silentio

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    Re: Nietzsche et la biologie

    Message  Silentio le Dim 7 Aoû 2011 - 23:04

    J'aurais tendance à penser que la pureté de la race n'est pas première, elle aussi se construit. Les instincts se sélectionnent méticuleusement, par expérimentation, et se pérennisent par certaines pratiques culturelles et valeurs. Cela façonne les corps et les mentalités, qui deviennent réceptives à ces idées et ces pratiques. Il aura fallu attendre des milliers d'années pour voir réunies les conditions rendant possible le génie de certains peuples caractérisés par l'unité d'un style de vie et certains traits précis, significatifs et caractéristiques. Mais de même que les empires atteignent leur apogée avant de chuter, les peuples sont soumis aux aléas du temps et du changement provoqué par les actions des uns et des autres, faisant varier progressivement des modèles stables et les amenant vers des grandes cassures. Le problème est alors l'introduction d'éléments étrangers qui font qu'une forme de vie perd de sa confiance en elle-même, en son environnement, etc. Il y a un décalage qui altère le mode de vie et diminue le vivant qui n'est plus dans ses habitudes. Il faudrait voir alors comment se lèguent des "problèmes", à la fois moraux, physiques et culturels, qui introduisent un dysfonctionnement ou un vice dans la chair des êtres modelés pour des modèles qui se désagrègent. Nous nous voyons comme décadents face à Rome mais notre décadence est une errance qui peut-être nous amènera vers de nouvelles civilisations, et le métissage peut apporter bien des instincts nouveaux pour corriger les faiblesses propres à certaines races dites nobles. Nietzsche voyait peut-être l'Europe tendre vers une sorte de bouddhisme, il a aussi fait l'éloge du peuple Juif et de ce qu'il apportera à l'Europe et à ses élites.

    friedrich crap a écrit:Vous voyez Silentio, que chez Nietzsche ce n'est pas tant la lutte contre la Nécessité qui compte, mais la lutte contre des adversaires.
    Les deux termes ne s'excluent aucunement, au contraire même ils sont équivalents, à ceci près que dans la tragédie il est impossible de vaincre le destin (mais pas de lutter contre lui) alors que nous pouvons, voulons et devons vaincre nos adversaires (après tout, c'est possible, puisqu'ils sont humains comme nous, mais ils sont un obstacle et une nécessité puisque nous ne sommes pas eux et qu'ils sont à la fois une force qui s'exerce en rapport à nous et une résistance à nos actions, ils nous limitent, ils sont comme les choses les limites de notre monde, de nous-mêmes, de notre puissance, de notre propre nécessité ou liberté, nous renvoyant à notre Moi, à notre finitude, à notre impuissance, etc.).

    Quant à votre précédente réponse, je vous répondrai plus tard. Sachez que cela fait quelques jours que j'ai terminé la lecture du livre de Fouillée.
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    Re: Nietzsche et la biologie

    Message  Invité le Lun 8 Aoû 2011 - 9:57

    Silentio, pour votre approche d'hier au soir vous avez mon adhésion, d'abord pour ce que vous englobez finalement sous votre Nécessité. La nuance que j'introduisais ici de mon côté, c'est que, dans l'ensemble des combats humains, certains sont plus nécessaires que d'autres, et, du point de vue de la tragédie, certains affrontements sont plus "tragiques que d'autres". Chacun connaît les tragédies de "verres d'eau" où le pauvre bourgeois croit voir la fin du monde à la moindre contrariété, quelques tragédies typiquement féminines et d'autres bien machistes, les tragédies d'honneur plus ou moins bien placé, bref les tragédies relevant des biens et des honneurs illusoires et les tragédies de condition humaine "lourde". Je réserverais volontiers pour ma part " la condition humaine comme Nécessité" aux paysans de Kurosawa (ou d'autres) que seule la noblesse et l'héroïsme des sept Samouraï vient "transmuter" (vous voyez que là je suis nietzschéen).

    Ensuite ce que vous dites des peuples me paraît convainquant, même si cela me laisse toujours avec beaucoup d'interrogations sur ce que peut être un peuple d'un point de vue monolithique, ou "originel", et justement, de ce qu'il advient de ce peuple au fur et à mesure des assimilations, des mélanges et des influences. Un peuple qui fonctionnerait selon les prémices d'une société close (et qui se perdrait à terme en ne renonçant pas à ses origines) ne peut avoir l'évolution d'une société ouverte (qui semble plus apte à perdurer en perdant un peu beaucoup de ses origines). Avec, en effet, cet exemple hors norme du peuple juif, possédant de grandes capacités d'adaptation avec un renoncement minimal aux origines. C'est qu'il faut aussi compter avec l'Institution imaginaire, n'est-ce pas ?
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    Re: Nietzsche et la biologie

    Message  Invité le Mer 10 Aoû 2011 - 21:52

    Claire Richter, Nietzsche et les théories biologiques contemporaines, Chapitre V : La sélection naturelle et artificielle.

    D'abord sensible aux présocratiques, Nietzsche a retenu d'Héraclite l'idée d'évolution perpétuelle, et d'Empédocle celle d'une vie toujours capable de produire des éléments aptes à la vie. La théorie de la survie des plus aptes énoncée par Darwin trouve chez Nietzsche un accueil favorable (p. 135). Cependant, comme beaucoup d'autres à son époque, il assimile évolution et sélection (p. 136) voulant faire à tort de Darwin un évolutionniste "progressiste", ce qui est évidemment une erreur (p. 137). Nietzsche retient de la sélection naturelle ce qui deviendra l'un de ses leitmotivs : la valeur éliminatrice des plus faibles au sein de l'ordre naturel.

    Nietzsche prend soin de préciser tout au long de son œuvre que, précisément chez l'être humain, la sélection naturelle n'opère plus depuis bien longtemps, car elle est entravée d'abord par la solidarité des faibles, encouragée par l'Église, et secondée par le sentiment de pitié, qu'il considère comme le sentiment humain le plus nuisible (p. 138-140). La nature n'est pas immorale parce qu'elle est sans pitié, c'est bien plutôt la morale humaine qui est contre-nature en s'apitoyant. Suivent quelques rappels de Richter sur des sentences/affirmations de Nietzsche, certes de premier degré, mais qui appartiennent à sa pensée la plus "directe" :


    • Celui qui veut contribuer au salut de l'humanité devrait se faire aussi "impitoyable" que la nature à l'égard des faibles et des ratés.
    • Les faibles et les malades sont des parasites de la société et constituent une entrave pour les forts. Ils vivent du temps et des forces des hommes bien portants (p. 141).
    • La guerre - dont il fait par ailleurs l'apologie - est détestable sous sa forme moderne, d'une part parce que les meilleurs y périssent et d'autre part parce que ceux qui en reviennent malades ou amputés contribuent à la dégénérescence de la société.
    • L'extinction de beaucoup d'espèces d'hommes est aussi désirable que toute procréation (p. 150).
    • Il faut non seulement éliminer les dégénérés, mais, encore plus simplement, les empêcher de se reproduire.
    • La suppression des dégénérés ne suffira peut-être pas à "épurer la société" car il faudra aussi se passer des malades chroniques, des neurasthéniques et aussi des hommes de mauvais tempérament (les bilieux) (p. 150).
    • Il faut considérer les criminels comme des malades et les éliminer en tant que parasites, c'est le sens et le but de leur peine (p. 152).
    • Malades incurables et criminels, s'ils ne sont pas éliminés, ou dans l'attente de l'être, doivent être castrés pour éviter leur reproduction (p. 153).
    • En prenant exemple chez les Grecs, il considère que les enfants nés chétifs devraient être éliminés (p. 154).
    • Lorsque la vie devient un fardeau pour soi ou pour les autres, il faut savoir mourir à temps (Zarathoustra).

    Voilà une pensée qui s'assume, comme d'autres, sous d'autres cieux. Mais il sera bien difficile de trouver ici un Nietzsche du second degré.

    Vers la fin de son œuvre, Nietzsche s'intéresse à la sélection artificielle pour l'exploitation que les hommes pourraient en faire (très prophétique sur ce point). "L'humanité peut dès maintenant faire ce qu'elle veut d'elle-même" (p. 143) "La tâche de l'humanité, c'est une sélection consciente et voulue sur une grande échelle." Cette obsession nietzschéenne d'une sélection humaine consciente est déjà présente en germe dans Schopenhauer éducateur et traverse toute l'œuvre du philosophe. Nietzsche prétend que ceci est affaire de volonté humaine, et qu'il est temps d'entreprendre un élevage de l'humain de grande ampleur si l'on veut mettre un terme au hasard et aux aléas de l'histoire humaine. Il faut créer le type d'homme qui fera cesser les infortunes de l'histoire (p. 145). Pour Nietzsche, cette sélection consciente des humains a déjà été opérée avec bonheur par les Grecs et par les Hindous.

    Cependant, comparée à l'espoir de Nietzsche dans l'élimination des dégénérés, la sélection positive de l'humain occupe une place bien plus minime dans sa pensée. Il propose d'ailleurs peu de choses : fortifier l'homme par la souffrance, par le danger. Le mal lui semble le facteur le plus favorable à la sélection des humains les plus aptes, ce qui lui fournit l'occasion de se moquer des glorificateurs anglais du "bien". "Ce qui est un poison pour les faibles est un fortifiant pour les forts" (p. 159). Et encore le célèbre : "Ce qui ne me détruit pas me rend plus fort".

    Richter démontre en fin de chapitre que Nietzsche semble faire la synthèse entre sélection naturelle et sélection artificielle autour de deux notions qu'il apprécie, mais qui se retrouvent ici en porte-à-faux : le hasard et la volonté consciente. D'une part, Nietzsche sait que le hasard peut beaucoup, il s'en sert lui même régulièrement comme possibilité d'explication (apparition de l'organe de la vue dans la nature, apparition du génie...) mais d'autre part, il ne réussit pas à suivre Darwin sur le rôle du hasard dans l'apparition de nouvelles espèces, qu'il ne croit possible que par l'action d'une volonté consciente (p.165).

    Encore un "nietzschéomorphisme" de la volonté de puissance qui doit être à l'œuvre dans l'apparition des espèces.

    Silentio

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    Re: Nietzsche et la biologie

    Message  Silentio le Jeu 11 Aoû 2011 - 1:34

    friedrich crap a écrit:La suppression des dégénérés ne suffira peut-être pas à "épurer la société" car il faudra aussi se passer des malades chroniques, des neurasthéniques et aussi des hommes de mauvais tempérament (les bilieux) (p. 150).
    De quoi éliminer les génies en puissance, c'est-à-dire également Nietzsche lui-même.
    friedrich crap a écrit:Les faibles et les malades sont des parasites de la société et constituent une entrave pour les forts. Ils vivent du temps et des forces des hommes bien portants (p. 141).
    Dans la société moderne, certainement (quoique je ne sais pas qui sont les forts aujourd'hui, cette société faite pour les masses produit une vie normée et moyenne, les forts seraient alors ceux qui virevoltent dans le superflu tels les artistes, au dépend des autres, ou les philosophes qui vivent en dehors des institutions et partis politiques - qu'on ne me dise pas que Nietzsche soit un fervent admirateur des bourgeois et libéraux qui siègent dans les parlements), mais dans un projet "nietzschéen" il faut bien des esclaves, alors pourquoi les éliminer ? Il ne faudrait qu'une élite de forts ? En quoi seraient-ils forts s'ils ne peuvent s'exercer à commander ?
    friedrich crap a écrit:Il faut considérer les criminels comme des malades et les éliminer en tant que parasites, c'est le sens et le but de leur peine (p. 152).
    Ce qui est difficile à concevoir chez quelqu'un qui nous parle des criminels et de leurs instincts guerriers, ces mêmes instincts que le philosophe voudrait que les nobles retrouvent. Et comme il est dit dans ce film médiocre (Calculs meurtriers) qui est passé récemment à la télévision mais qui commence par un peu de Nietzsche, "la liberté est criminelle car elle pense à elle-même et non au groupe" (grosso modo). Et qui sont les créateurs de valeurs, les briseurs d'anciennes tables des lois, sinon des criminels qui deviennent des saints (on pensera aussi aux thèmes du crime, du risque, du mal, de l'innocence, du jeu, du lion et de l'enfant, etc.) ?


    Dernière édition par Silentio le Jeu 11 Aoû 2011 - 1:48, édité 1 fois

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