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    Nietzsche et la philosophie.

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    friedrich crap
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    Nietzsche et la philosophie.

    Message  friedrich crap le Ven 29 Juil 2011 - 14:56

    Je vais tenter de préciser succinctement ce que j'ai essayé de dire au sujet de ce très très grand monsieur (avant ou après ma prise de connaissance du travail de Fouillée, peu importe, Fouillée aide à penser ce qui suit, c'est tout).

    A ma droite Nietzsche, un monstre dans la pensée, quelqu'un qui prétend que, de Platon au "chinois de Koënigsberg", la tradition philosophique n'a rien moins fait que d'oublier littéralement la question de la possibilité de l'homme, c'est-à-dire la possibilité du surhomme. (Quelques années plus tard Heidegger accusera cette même tradition philosophique d'avoir oublié la question de l'être...)

    A ma gauche la philosophie elle-même, toute déformée par son axiomatique des valeurs, par sa moralité, par ses fins, par l'héritage chrétien. Mais philosophie dont Nietzsche se réclame néanmoins comme lieu de la pensée. Aristippe me demandait les distinctions et nuances que l'on peut opérer entre "penseur", "philosophe" et "sage". Chez Nietzsche, cette question est du plus grand intérêt, car il est sans doute les trois dès lors que l'on précise comment ces catégories peuvent lui être adaptées. Commençons par cela.


    Nietzsche "penseur" ? C'est si évident que c'est justement par nuances vis-à-vis des deux autres termes qu'il peut s'y retrouver. Car, dans les moments où Nietzsche ne fait pas œuvre de philosophie, ou qu'il ne fait pas dans la sagesse, et bien il revendique la possibilité de penser encore et toujours, presque affranchi parfois des deux autres catégories.
    Nietzsche philosophe, il le revendique, parfois d'ailleurs très simplement lorsqu'il explique l'ennui où il se trouvait littéralement dans son travail de philologie et la libération qu'il a ressentie sur la terre d'accueil philosophique. Philosophe, donc, mais pas un philosophe de systèmes (encore que, c'est lui qui le dit), philosophe qui n'adopte pas ni la forme ni le style classiques, dont non seulement il se méfie mais qui ne lui conviennent pas - ce qui ne l'empêche pas d'être un écrivain majeur. Philosophe qui opère sur ses lecteurs, même philosophes, une véritable opération de la cataracte. Tant et si bien que beaucoup de jeunes étudiants en philosophie ont non seulement l'impression de sortir de la caverne une première fois en abordant les rivages philosophiques, mais encore une seconde fois, lorsque l'acuité visuelle s'améliore encore à la lecture de Nietzsche. Nietzsche serait une sorte de génie de la lucidité, rendue possible chez lui par une sensibilité hors du commun. Philosophe encore par son pouvoir critique, par son pouvoir d'analyse quasi chirurgical parfois et par son aptitude aux synthèses métaphysiques d'envergure.
    Mais philosophe de la construction ? Philosophe de "la cité" ? Philosophe épris ou soucieux de cohérence ? Philosophie en faveur de l'homme, philosophe proche de la sagesse ? C'est ce qui de mon point de vue peut se discuter. (Bien sûr Euterpe, cela n'enlève aucune valeur à sa pensée.)
    Du côté de la sagesse, Nietzsche a été là aussi si clairvoyant dans la proximité entre le savoir, la sagesse, la "sapience", la saveur, la "sophia", la sagacité... (même racine indo-européenne sur laquelle il discourt volontiers), qu'il y a chez cet homme une aspiration à la sagesse aussi me semble-t-il. Sauf que si cette sagesse signifie aussi chez Nietzsche penser comme un enragé (pardonnez-moi), c'est une sagesse très particulière tout de même.


    Ensuite, je tiens, dans cette première intervention à vous faire partager mes deux principales déceptions (chez un philosophe chez qui l'on prend tellement que l'on voudrait pouvoir lui sucer encore un peu plus de sang) :

    1°) Une grande partie de sa critique (de la morale, des valeurs, de la vérité, de la religion, parfois même de la science) est bâtie sur un concept métaphysique que je trouve insuffisamment fondé : celui de volonté de puissance, qu'il croit voir à l'œuvre à peu près partout non seulement dans le vivant mais surtout dans la psychologie humaine, dans les passions et les mobiles humains. Tant et si bien que la tradition devient pour lui à peu près tout ce qui s'oppose à cette volonté de puissance. Plus je prends de l'âge et moins Nietzsche ne parvint à me convaincre ici.

    2°) Je ne parviens pas (malgré tous mes efforts) à trouver chez Nietzsche une pensée politique (sans parler d'une pensée du "travail", d'une pensée de la "société"). Cette histoire de domination des forts sur les faibles, également bâtie sur le même principe de volonté de puissance, et bien je vous le dis tel quel, je trouve que c'est un peu court, même si Nietzsche le fait en plus long.

    Alors oui, la lecture de Fouillée est éclairante à plus d'un titre. Pour ceux qui disposent de peu de temps, la lecture du Livre III sur Nietzsche et Guyau constituerait une bonne base pour la discussion future. (Plus j'avance dans ce livre de Fouillée et meilleur je le trouve, le livre III me semble au-dessus des deux premiers et le livre IV (en cours de lecture) est tout aussi nourrissant et salvateur.)

    J'ai admiré la pensée de Nietzsche plus qu'aucun autre philosophe mais ces regrets 1° et 2° que j'avais éprouvés dans mes jeunes années se sont aujourd'hui, et au fil du temps, transformés en prise de recul vis-à-vis de ce penseur dont les livres ne me font plus aujourd'hui le même effet.


    Dernière édition par friedrich crap le Ven 29 Juil 2011 - 20:39, édité 5 fois
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    Desassocega

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    Re: Nietzsche et la philosophie.

    Message  Desassocega le Ven 29 Juil 2011 - 15:04

    est tout aussi nourrissant et salvateur.
    Pour l'aspect nourrissant, je comprends totalement. Mais pourquoi salvateur ? Comme s'il s'agissait de se libérer de Nietzsche, alors qu'il ne nous a jamais emprisonnés dans sa philosophie...
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    friedrich crap
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    Re: Nietzsche et la philosophie.

    Message  friedrich crap le Ven 29 Juil 2011 - 15:12

    Salvateur au sens où tout de même il n'est pas si simple de s'extirper des concepts nietzschéens une fois qu'ils ont agi. Par ailleurs, grâce à Euterpe j'ai découvert deux auteurs (Fouillée et même Guyau que je ne connaissais pas) qui font prendre du recul par rapport à Nietzsche. Je n'avais jamais eu le temps de faire un travail comme celui de Fouillée mais j'ai toujours trouvé nécessaire d'avoir son approche.

    Liber

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    Re: Nietzsche et la philosophie.

    Message  Liber le Sam 30 Juil 2011 - 10:07

    Je viens de lire la préface du livre de Fouillée. Je tiens à corriger une erreur manifeste sur [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], lequel aurait inspiré cette adoration de Nietzsche pour la race blonde germanique, race supérieure appelée à dominer le monde. C'est évidemment faux, car pour Gobineau, l'humanité, suite à de trop nombreux métissages, est condamnée à la décadence. Il y a eu une race supérieure, mais il est trop tard pour espérer qu'elle revienne. Son message est désespéré. Gobineau est d'un pessimisme absolu sur l'avenir de l'humanité.

    Silentio

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    Re: Nietzsche et la philosophie.

    Message  Silentio le Sam 30 Juil 2011 - 13:41

    Vous posez des questions, friedrich crap, mais ce que vous problématisez ce sont vos propres préférences. Vous n'expliquez que cela, et encore, vous nous donnez l'orientation et le cadre de vos choix et soucis avec la pensée de Nietzsche. Une explication conséquente dépasserait le simple point de vue pour avancer des hypothèses et proposer un minimum d'argumentation. Votre perspective n'est pas inintéressante, toutefois ce qu'elle révèle c'est que Nietzsche vous échappe et que votre propre sentiment sur lui relève du plus grand flou. En ce sens vous ne pouvez rien développer ni fonder vos soupçons. Par exemple, vous vous contentez d'énoncer votre sentiment comme si c'était un argument (oui, le sentiment se donne à lui-même sa propre légitimité, mais puisque c'est le votre il ne fait que vous convaincre vous-mêmes et n'a aucune force sur nous ; c'est pourquoi vous devez rendre compte de ce sur quoi il porte et donner des raisons valables à cette orientation du discours) : vous ne dites pas pourquoi la volonté de puissance est "un concept métaphysique" ni pourquoi vous le trouvez "insuffisamment fondé". Vous vous contentez d'énoncer une opinion qui se donne les airs du jugement pour mieux tromper votre auditoire. Si vous ne maîtrisez pas les concepts élaborés par Nietzsche autant le dire, ça n'aura rien de déshonorant. Ce serait mieux que de vous enfoncer dans votre propre labyrinthe et de prétendre juger, comme si vous déteniez une vérité si importante que vous ne pouvez dire la que du bout des lèvres et qui vous donnerait une autorité suffisante. Ce n'est pas la peine, non plus, de prétexter que Fouillée l'a dit si vous ne reproduisez pas les critiques émises par cet auteur. On ne peut pas discuter d'un sujet dont vous avez déjà tout décidé et qui ne relève que de vous-mêmes.
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    friedrich crap
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    Re: Nietzsche et la philosophie.

    Message  friedrich crap le Sam 30 Juil 2011 - 14:11

    @Silentio a écrit:Vous posez des questions, friedrich crap, mais ce que vous problématisez ce sont vos propres préférences. Vous n'expliquez que cela, et encore, vous nous donnez l'orientation et le cadre de vos choix et soucis avec la pensée de Nietzsche. Une explication conséquente dépasserait le simple point de vue pour avancer des hypothèses et proposer un minimum d'argumentation. Votre perspective n'est pas inintéressante, toutefois ce qu'elle révèle c'est que Nietzsche vous échappe et que votre propre sentiment sur lui relève du plus grand flou. En ce sens vous ne pouvez rien développer ni fonder vos soupçons. Par exemple, vous vous contentez d'énoncer votre sentiment comme si c'était un argument (oui, le sentiment se donne à lui-même sa propre légitimité, mais puisque c'est le votre il ne fait que vous convaincre vous-mêmes et n'a aucune force sur nous ; c'est pourquoi vous devez rendre compte de ce sur quoi il porte et donner des raisons valables à cette orientation du discours) : vous ne dites pas pourquoi la volonté de puissance est "un concept métaphysique" ni pourquoi vous le trouvez "insuffisamment fondé". Vous vous contentez d'énoncer une opinion qui se donne les airs du jugement pour mieux tromper votre auditoire. Si vous ne maîtrisez pas les concepts élaborés par Nietzsche autant le dire, ça n'aura rien de déshonorant. Ce serait mieux que de vous enfoncer dans votre propre labyrinthe et de prétendre juger, comme si vous déteniez une vérité si importante que vous ne pouvez dire la que du bout des lèvres et qui vous donnerait une autorité suffisante. Ce n'est pas la peine, non plus, de prétexter que Fouillée l'a dit si vous ne reproduisez pas les critiques émises par cet auteur. On ne peut pas discuter d'un sujet dont vous avez déjà tout décidé et qui ne relève que de vous-mêmes.
    Oui oui oui Silentio, je suis d'accord ! mais si j'incrimine le temps qui me manque vous allez me dire, alors ne postez pas ! Et vous aurez raison de nouveau.

    C'est pour cela que malheureusement je ne peux pas faire mieux sur ce site. La volonté de puissance vous semble un concept bien fondé chez Nietzsche ? Sur l'observation qu'il croit faire du vivant ? Avec ce que l'on savait en biologie dans la seconde moitié du XIXème, vous ne pensez pas qu'il appartenait à Nietzsche d'être un peu plus circonspect ? La phrase "dans la limite de nos connaissances", vous l'avez rencontrée dans son œuvre ? Fouillée le fait très bien comprendre, il y a des moments essentiels dans l'argumentation de Nietzsche où l'honnêteté ne peut pas appartenir qu'au seul lecteur. C'est le cas dans le domaine du vivant.

    Mais, j'ai compris, il vous faut des citations, des arguments, je prendrai le temps de les relever lors de ma seconde lecture de Fouillée et de les argumenter comme je m'y suis déjà engagé. Maintenant, sur le second point que je soulève, je vous dis que je ne rencontre pas de pensée du politique chez Nietzsche. Si de votre côté vous prétendez que page x de son livre y, surtout si on le met en regard de ceci et de cela vous verrez que Nietzsche pense la polis, qu'il pense la question du travail... Et bien vous m'apprendrez quelque chose (ou en me conseillant un auteur qui aurait écrit un livre sur le sujet : "la pensée politique chez Nietzsche")
    Donc, sur la volonté de puissance, je comprends qu'il faille argumenter avec précision, mais sur le point deux, j'avoue mon incapacité la plus complète à citer ce que je n'ai pas rencontré chez cet auteur. Il est possible que ce ne soit pas une question essentielle pour lui, mais c'est justement ce qui me dérange chez un penseur de cette notoriété.
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    Euterpe

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    Re: Nietzsche et la philosophie.

    Message  Euterpe le Sam 30 Juil 2011 - 22:46

    friedrich crap a écrit:Maintenant, sur le second point que je soulève, je vous dis que je ne rencontre pas de pensée du politique chez Nietzsche. Si de votre côté vous prétendez que page x de son livre y, surtout si on le met en regard de ceci et de cela vous verrez que Nietzsche pense la polis, qu'il pense la question du travail... Et bien vous m'apprendrez quelque chose
    Dans Humain, trop humain I, chapitre 8 : [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] ; dans Humain, trop humain II, [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], § 170, 276, 286, 287, 288, 292, 293.

    En parlant des connaissances que Nietzsche pouvait avoir de la biologie, friedrich crap, je vous recommande celui de Claire Richter, [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], de 1911, qui se livre à une très bonne mise au point et à d'importantes rectifications.


    Dernière édition par Euterpe le Jeu 20 Juil 2017 - 16:04, édité 3 fois
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    Re: Nietzsche et la philosophie.

    Message  Invité le Sam 30 Juil 2011 - 22:52

    Merci Euterpe, je vais dévorer cela dès que possible. Il ne m'avait pas échappé que Nietzsche abordait notamment la question de l'État, je l'évoquais moi-même tantôt grâce à Fouillée, mais cela fait-il une pensée politique ? Une pensée de la polis ? J'y plonge. Et merci également pour le livre sur Nietzsche et la biologie. Vos connaissances bibliographiques (sans parler de celles qui font l'acuité de votre pensée) sont proprement "époustouflantes".
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    Euterpe

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    Re: Nietzsche et la philosophie.

    Message  Euterpe le Sam 30 Juil 2011 - 23:35

    friedrich crap a écrit:mais cela fait-il une pensée politique ? Une pensée de la polis ?
    Si ça vous intéresse, nous avions eu, Silentio, Liber et moi, une longue discussion, à propos de Nietzsche, où nous avons évoqué la question. C'est dans le fil [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]

    J'y ai soutenu et développé l'idée suivante :
    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:Il y a de forts contrastes chez Nietzsche, par exemple dans le jugement politique. Certains aphorismes de Humain trop humain, à propos de l'État ou de la démocratie, sont saisissants, tant il parvient à révéler ce qui, dans le présent, devient la société prussienne, allemande, européenne. Il saisit les choses dans leur mouvement. Mais cela même ne fait pas de lui un historien, ni un politique ; plutôt un généalogiste surdoué qui en devient prophétique.
    Je crois que la pensée politique de Nietzsche est une sente qu'il a lui-même ouverte mais qu'il n'a pas poursuivie jusqu'au bout.

    Je ne me souviens plus de la teneur de notre conversation à tous trois. Si vous avez envie de la lire, peut-être y trouverez-vous matière à discussion.


    Dernière édition par Euterpe le Jeu 20 Juil 2017 - 15:37, édité 1 fois
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    Kthun
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    Re: Nietzsche et la philosophie.

    Message  Kthun le Dim 31 Juil 2011 - 0:07

    Friedrich, Arendt aborde un peu la pensée politique de Nietzsche (de Kierkegaard et de Marx) dans le premier chapitre de La crise de la culture.
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    Euterpe

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    Re: Nietzsche et la philosophie.

    Message  Euterpe le Dim 31 Juil 2011 - 2:51

    Kthun a écrit:Friedrich, Arendt aborde un peu la pensée politique de Nietzsche (de Kierkegaard et de Marx) dans le premier chapitre de La crise de la culture.
    Il y est quand même surtout question de [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], le seul qu'elle juge politique, parmi les trois.


    Dernière édition par Euterpe le Jeu 20 Juil 2017 - 16:08, édité 1 fois

    Silentio

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    Re: Nietzsche et la philosophie.

    Message  Silentio le Dim 31 Juil 2011 - 12:29

    Elle en parle aussi dans [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] et dans [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien].
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    Desassocega

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    Re: Nietzsche et la philosophie.

    Message  Desassocega le Dim 31 Juil 2011 - 13:40

    Ce livre d'Hannah Arendt est déjà chez moi mais je ne l'ouvrirai que fin août, vous me donnez bien envie de le lire là savez-vous ? !
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    friedrich crap
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    Re: Nietzsche et la philosophie.

    Message  friedrich crap le Dim 31 Juil 2011 - 15:02

    @Euterpe a écrit:Il y a de forts contrastes chez Nietzsche, par exemple dans le jugement politique. Certains aphorismes de Humain trop humain, à propos de l'État ou de la démocratie, sont saisissants, tant il parvient à révéler ce qui, dans le présent, devient la société prussienne, allemande, européenne. Il saisit les choses dans leur mouvement. Mais cela même ne fait pas de lui un historien, ni un politique ; plutôt un généalogiste surdoué qui en devient prophétique.
    Ce que vous dites là est très juste ; je l'avais aussi repéré. Je vais relire les passages que vous m'avez indiqués et qui datent maintenant un peu dans mon esprit. Je reviendrai éventuellement sur mes positions après cela, mais je répète que je ne vois pas de pensée politique élaborée chez Nietzsche. C'est tout de même embarrassant du point de vue des thèses défendues par ailleurs et il me semble très illusoire de s'adresser à l'homme, aux individus, sans penser comment ils peuvent marcher ensemble.

    @Euterpe a écrit:Je ne me souviens plus de la teneur de notre conversation à tous trois. Si vous avez envie de la lire, peut-être y trouverez-vous matière à discussion.
    Figurez-vous que j'avais commencé à vous lire tous les trois, mais pour suivre l'ensemble du site (je me prends au jeu) et assurer mon quotidien ! Comment faites-vous Euterpe ? Si je le peux je vous dirai ce que je retiens de vos échanges passés. Je termine Fouillée, je vais le relire et l'annoté, il y a ce livre sur Nietzsche et la biologie et... vous vous doutez du reste.

    Je viens de relire votre échange à trois : il apparaît que vous n'avez pas du tout besoin que je pointe en quoi la pensée de la démocratie chez Nietzsche est notoirement insuffisante, vous l'aviez évidemment très largement repéré ! J'en suis désolé mais vous lire n'ouvre pas chez moi de discussion supplémentaire : je comprends parfaitement ce qui motive l'introduction de Silentio et j'approuve l'ensemble de vos commentaires, Euterpe.

    Je maintiens donc ma propre intervention : malgré sa stature, Nietzsche déçoit sur deux points capitaux pour moi (car il y en a sûrement d'autres), le fondement insuffisant de la volonté de puissance d'un point de vue scientifique (qui est pourtant son arme philosophique) et... l'insuffisance de sa pensée politique, notamment sur la question de la démocratie, sur celle du travail (c'est tout de même essentiel, on n'est pas au ciel ici bas !), sur la société aussi. Généalogiste de génie, prophète (prophéties en partie auto-réalisatrices, vous savez bien que la question se pose) mais pas un penseur du politique. Je vais voir du côté d'Humain trop humain, mais je me fais encore moins d'illusions après vous avoir lu.


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    friedrich crap
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    Re: Nietzsche et la philosophie.

    Message  friedrich crap le Dim 31 Juil 2011 - 15:07

    @Euterpe a écrit:
    Kthun a écrit:Friedrich, Arendt aborde un peu la pensée politique de Nietzsche (de Kierkegaard et de Marx) dans le premier chapitre de La crise de la culture.
    Il y est quand même surtout question de Marx, le seul qu'elle juge politique, parmi les trois.
    Je ne suis pas surpris qu'Arendt ne juge que Marx comme "politique", mais je jetterai un œil plus tard. En la lisant, je n'avais pas relevé non plus qu'elle rencontrait une pensée du politique chez Nietzsche.  Merci pour ce rappel.

    Liber

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    Re: Nietzsche et la philosophie.

    Message  Liber le Dim 31 Juil 2011 - 15:17

    Vous pouvez trouver des renseignements sur la pensée politique de Nietzsche en lisant le livre de Marc Sautet : [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] (introduction seulement).
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    Re: Nietzsche et la philosophie.

    Message  friedrich crap le Dim 31 Juil 2011 - 15:20

    @Liber a écrit:Vous pouvez trouver des renseignements sur la pensée politique de Nietzsche en lisant le livre de Marc Sautet : Nietzsche et la Commune (introduction seulement).
    N'en jetez plus !

    En réalité, c'est un vrai bonheur, vos références, car je vais pouvoir argumenter davantage. Thanks Liber.
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    Euterpe

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    Re: Nietzsche et la philosophie.

    Message  Euterpe le Dim 31 Juil 2011 - 17:20

    Vous avez également Philippe Lacoue-Labarthe, [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], 1986 ; et François Leroux, [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien], 1997. Il faudrait que je m'y replonge un peu, mais tout ça ne m'a jamais convaincu. On dirait qu'ils voudraient tous faire de Nietzsche un hyper ministre à la tête d'un ministère fusionnant la culture et l'éducation, un hyper ministère donc, plus important encore que le ministère de l'intérieur. Ils misent beaucoup sur le Nietzsche éducateur pour en faire un politique. Mais c'est parce que Nietzsche est aussi un grec. Il ne suffit pas de savoir qu'il était plus que sensible à certains événements effectivement politiques pour en faire un politique.

    C'est épuisant de voir tous ces fous s'occuper de politique à propos de tout et de n'importe quoi depuis quelques décennies. Les penseurs politiques contemporains, on les connaît, il n'y a pas de mystère, il suffit de lire leurs œuvres ; point n'est besoin de chercher des philosophies politiques "oubliées" ou "cachées" que personne n'aurait décelées, chez Nietzsche ou chez d'autres.


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    friedrich crap
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    Re: Nietzsche et la philosophie.

    Message  friedrich crap le Dim 31 Juil 2011 - 21:16

    @Euterpe a écrit:C'est épuisant de voir tous ces fous s'occuper de politique à propos de tout et de n'importe quoi depuis quelques décennies. Les penseurs politiques contemporains, on les connaît, il n'y a pas de mystère, il suffit de lire leurs œuvres ; point n'est besoin de chercher des philosophies politiques "oubliées" ou "cachées" que personne n'aurait décelées, chez Nietzsche ou chez d'autres.
    Je subodore que vous me relancez... Tout de même Euterpe, n'est-il pas surprenant, après Kant et ses problématiques historique et cosmopolitique (chez lui aussi il y a des prophéties mais plus difficiles à réaliser...), après Hegel et sa philosophie de l'histoire, à deux encablures de Marx, de voir surgir cet ovni nietzschéen (certes il y aura Kierkegaard outre-baltique) qui, au sein de ce fourmillement d'hégéliens de droite et de gauche, prend justement le parti pris de ne pas réellement penser le politique ? Plus je me questionne à ce sujet, plus je pense évidemment que c'est tout à fait délibérément que Nietzsche "se contente" de critiquer l'État et les idées anarchistes. Nietzsche a autre chose à faire et comme il se fait en réalité une haute idée de l'homme (sinon à quoi bon philosopher, - il est bien plus haut qu'un Cioran - me semble-t-il), Nietzsche préfère "brader" le politique pour dire en quelque sorte : quel que soit le fonctionnement théorique de la société ou du politique que vous me présenterez, il ne sera susceptible de retenir mon attention que s'il favorise l'émergence de l'homme aristocratique en tout homme. Et Nietzsche fait encore ce choix : ce n'est pas par la mise en place de tel ou tel fonctionnement politique que l'humanité pourra réussir dans cette haute ambition pour l'homme, c'est par le changement de paradigme humain. En ce sens, vous auriez raison, Euterpe, Nietzsche ne serait pas contradictoire dans sa pensée du politique, il assumerait au contraire un choix de priorité et d'objectif.
    Il appartient ensuite à son lecteur de juger... et de juger notamment sa contribution à l'idéologie allemande.
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    friedrich crap
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    Re: Nietzsche et la philosophie.

    Message  friedrich crap le Dim 31 Juil 2011 - 22:11

    @Liber a écrit:Vous pouvez trouver des renseignements sur la pensée politique de Nietzsche en lisant le livre de Marc Sautet : Nietzsche et la Commune (introduction seulement).
    Grâce à vous Liber, je viens de me régaler de cette gourmandise de Sautet. Ce que je viens de suggérer comme étant le choix délibéré de Nietzsche de ne pas penser le politique "frontalement" (je parle de la recherche d'un changement de paradigme humain) trouve une résonance autrement magistrale dans cette introduction de Nietzsche et la Commune : Sautet y a en effet pour ambition de démontrer que la première œuvre de Nietzsche, sa Naissance de la Tragédie est une "réponse esthétique à un problème politique". Nietzsche n'était évidemment pas dans sa tour d'ivoire, ni du point de vue des événements qui l'entouraient, ni d'ailleurs du point de vue de l'histoire de la philosophie. Que Nietzsche ait eu très vite l'intuition que le soulèvement des masses prolétariennes ne trouverait pas de réponse sur le terrain proprement politique à court terme, comme à long terme, et que dans tous les cas le prix à payer serait considérable, cela me semble indiscutable. D'où aussi ce choix de penser le politique sur un autre terrain. Ce qui en effet n'est pas tout à fait la même chose que de ne pas penser le politique. J'en prends bonne note tout en conservant volontiers l'avis d'Euterpe ci-dessus : "cela n'en fait pas pour autant un politique". Il y a un malaise, un mal être entre Nietzsche et le problème (le spectre) du politique. Sautet en rend compte en partie aussi me semble-t-il.

    Sauf mauvaise lecture de ma part, j'ai rencontré deux affirmations qui m'ont surpris : 1°) Nietzsche se serait exprimé ouvertement et publiquement contre l'idéologie allemande, contre cet idéal de "nation allemande "(peut-être à la Fichte ?) ? 2°) Nietzsche aurait vers la fin de son œuvre souhaité l'avènement du socialisme pour favoriser l'apparition du surhomme (là j'ai dû mal lire, je vais vérifier) ?

    Nota bene : on y trouve aussi la satisfaction de Nietzsche d'avoir été qualifié "d'aristocrate radical" par un commentateur de l'époque. Nietzsche lui écrit pour l'en remercier.

      La date/heure actuelle est Ven 15 Déc 2017 - 14:45